Fillon-Juppé : quelle politique étrangère ?

...par Renaud Girard - le 23/11/2016.

Journaliste, reporter de guerre et géopoliticien français 

Ecole normale supérieure (Ulm)

Ecole nationale d'administration (ENA)

Officier de réserve (après une formation à l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr) 

Grand reporter international et reporter de guerre au journal Le Figaro depuis 1984 

A couvert la quasi-totalité des grandes crises politiques et des conflits armés depuis trente ans.

Notamment reconnu pour sa couverture des guerres à Chypre, en Asie centrale, en ex-Indochine, au Maghreb et au Sahel, dans les Balkans, au Proche et au Moyen-Orient, Afrique subsaharienne, dans le Caucase et en Libye.

Se rend en Afghanistan pour y couvrir la lutte contre les Soviétiques et y rencontre le commandant Ahmed Chah Massoud (années 1980).

En Somalie au moment de l'intervention militaire des États-Unis (1993).

Au Rwanda dès le début du génocide de 1994.

Coincé en Tchétchénie, traverse à pied dans la neige (avec le photographe Olivier Jobard) la chaîne du Caucase vers la Géorgie afin d'échapper à l'Armée russe (hiver 1999-2000)

Au Venezuela pour y couvrir le référendum sur la modification de la Constitution et passe plusieurs jours au contact d'Hugo Chavez, le chef d’État vénézuélien (2007)

A nouveau en Somalie puis en Égypte au Caire au moment du renversement du Président Mohamed Morsi, évènement qu'il a couvert pour Le Figaro (2013)

Se rend dans la bande de Gaza pour y couvrir le conflit entre Israël et le Hamas (2014)

En Libye, (2011, 2013 et 2015)

En République Démocratique du Congo où il rencontre Moïse Katumbi, alors gouverneur de la province du Katanga (2015)

 Conférencier et médiateur international

Professeur de stratégie, de géostratégie et de relations internationales à l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po)

Membre du Comité de rédaction de la Revue des deux Mondes, éditorialiste à Questions Internationales

Auteur de livres sur le Moyen-Orient, le Pakistan et l'Afghanistan et d'essais sur les relations internationales, a également développé sa propre théorie géopolitique

 Ouvrages

Pourquoi ils se battent ? : Voyage dans les guerres du Moyen-Orient (2005) Prix Montyon de l'Académie française

La guerre ratée d'Israël contre le Hezbollah (2006)

Retour à Peshawar  (2010)

Le Monde en marche (2014)

Que reste-t-il de l'Occident ?, avec Régis Debray (2014)



Tous deux issus de la famille gaulliste, François Fillon et Alain Juppé ont, dans leur vie politique, souvent travaillé ensemble, au sein du même gouvernement. Parfois, ils furent à égalité, simples ministres, comme dans le gouvernement Balladur (1993-1995). Parfois, l’un fut hiérarchiquement au-dessus de l’autre. Fillon fut le ministre des Télécommunications du gouvernement Juppé (1995-1997). Juppé fut le ministre de la Défense puis des Affaires étrangères du gouvernement Fillon, de 2010 à 2012. Ce long cheminement commun explique qu’ils n’entretiennent pas de divergences fondamentales en politique étrangère. Tous les deux sont attachés à l’indépendance du pays, à son rayonnement culturel, à sa force nucléaire, à son adhésion à l’OTAN, à son appartenance à l’Union européenne et à l’euro-zone, à son respect des institutions de l’ONU, à sa politique méditerranéenne, au maintien de ses liens privilégiés avec l’Afrique francophone. Tous deux, sous Chirac, ont voté oui au référendum sur la Constitution européenne de 2005, et ont condamné l’invasion américaine de l’Irak de 2003. Tous deux, sous Sarkozy, ont approuvé la réintégration de la France dans la structure militaire intégrée de l’OTAN (2008), et son expédition militaire contre la Libye de Kadhafi (mars 2011).

 

S’il n’y a pas de divergences fondamentales, il y a cependant des différences, qui ont, depuis 2012, surgi sur quatre terrains : la Russie, le Moyen-Orient, l’Union européenne, l’Amérique.

Vis-à-vis de la Russie, Fillon prône la suppression des sanctions européennes, qui furent décidées en 2014, après l’annexion de la Crimée et l’ingérence militaire russe dans le Donbass ukrainien. Il estime que ces sanctions sont contre-productives, car pénalisant les exportateurs français vers la Russie, sans avoir la moindre chance de faire changer la stratégie russe à l’égard de l’Ukraine. Il juge enfin inutilement provocatrice la politique d’expansion ininterrompue de l’OTAN vers les anciennes Républiques de l’Union soviétique. La position de Juppé est en revanche plus proche de celle des Allemands, des Suédois ou des Hollandais, qui songent davantage à durcir les sanctions qu’à les alléger. On a traité Fillon de "poutinien". C’est ridicule. Aussi ridicule que si on avait traité de Gaulle de "brejnévien" après son discours de Phnom Penh (1966) contre la guerre américaine au Vietnam. Ou que si l’on traitait aujourd’hui Juppé de "caniche des Américains". Quand il quitta le Quai d’Orsay en 1995, Juppé fut ovationné par les diplomates de carrière, qui étaient tous, à cette époque, encore fort sourcilleux sur l’indépendance nationale.

 

Sur le Moyen-Orient, les positions des deux hommes sont en revanche presque antagoniques. Imitant l’Amérique, Alain Juppé ferma notre ambassade à Damas en mars 2012 pour protester contre la politique du régime baasiste, tout en annonçant la chute imminente de Bachar. Sur la Syrie, sa position actuelle, fille de sa volonté de propager les droits de l’homme et la démocratie en Orient, est la même que celle de Laurent Fabius : le ni-ni. Ni le régime, ni Daech.

François Fillon pense en revanche que seul l’État islamique tue des Français et qu’il faut donc donner comme priorité à notre politique étrangère la destruction de notre ennemi principal. Dans cet objectif, il est prêt à coopérer avec la Syrie d’Assad. D’autant plus que, très attaché à la défense des chrétiens d’Orient, Fillon sait que les quatre cinquièmes d’entre eux sont pro-Bachar.

 

Sur l’UE, François Fillon a violemment critiqué la Cour européenne des droits de l’homme, après qu’elle eut condamné la France pour son refus de reconnaître la filiation d’enfants nés de mères porteuses à l’étranger : "La CEDH se mêle de plus en plus de questions de société, qui font notre identité. On ne peut pas l’accepter. Si on ne peut changer cela, je proposerai que la France quitte la CEDH". Alain Juppé, lui aussi, a proposé de réformer la CEDH, mais il a exclu toute possibilité de faire sortir la France de la Convention européenne des droits de l’homme.

En fils spirituel de Philippe Séguin, Fillon est pour une Europe des patries, alors que Juppé, fils spirituel de Jacques Chirac, ne s’est jamais opposé au fédéralisme croissant des institutions de Bruxelles.

 

Sur nos relations avec l’Amérique, Juppé se montre plus atlantiste que Fillon. Ayant en tête l’hégémonisme financier et juridique des États-Unis, Fillon a dit que la France était menacée par l’ "impérialisme américain". Une expression qu’on ne trouvera jamais dans la bouche de Juppé. Pour celui-ci, regrettable est l’amende de 9 milliards de dollars imposée par la justice américaine à la BNP. Pour celui-là, elle est inacceptable.

Fillon et Juppé sont tous les deux des patriotes intransigeants. Mais Fillon est plus un gaulliste classique alors que Juppé s’accommode parfaitement des positions atlantistes classiques du centrisme français.


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