Garde nationale : le nouveau casse-tête de François Hollande

par Jean Guisnel  pour "Le Point" - le 02/09/2016.



Après ses multiples interventions sur la création d'une garde nationale, qu'il avait annoncée le 16 novembre 2015, le président de la République a demandé que le gouvernement passe à la vitesse supérieure. Une première réunion engagée par l'amiral Bernard Rogel, le chef d'état-major particulier de François Hollande, s'est tenue le 30 août au Secrétariat général de la sécurité et de la défense nationale – un service dépendant directement de l'hôtel de Matignon. La commission comptant tous les participants à cette création (armées, gendarmerie, état-major des armées, etc.) doit rendre sa copie très rapidement, pour que le président de la République puisse faire une annonce au plus vite, sans doute fin septembre ou début octobre.

Selon les éléments que nous avons recueillis, l'ambition politique est « énorme ». Selon une source bien informée, le président mettrait une « pression forte ». « C'est la bonne méthode », estime-t-on. Le processus en cours vise à constituer une garde nationale à partir, pour l'essentiel, des effectifs de l'armée de terre et de la gendarmerie appartenant à l'actuelle réserve opérationnelle. Celle-ci est composée de deux types de réservistes. Les membres de la réserve « RO1 » ont souscrit un contrat ESR (engagement à servir dans les réserves). Les membres de la réserve « RO2 », n'existant pour l'essentiel que sur le papier, sont les anciens militaires d'active qui doivent se tenir prêts durant cinq ans à un éventuel rappel sous les drapeaux. D'après les derniers chiffres officiels disponibles (rapport d'évaluation de la réserve militaire, décembre 2015), la RO1 comptait 54 660 personnes fin 2014, dont la moitié dans les armées (essentiellement armée de terre) et l'autre moitié dans la gendarmerie.

Réservistes

Selon nos informations, l'objectif actuel consisterait à mettre sur pied une garde nationale de 84 000 hommes et femmes, dont 5 000 à 8 000 seraient disponibles à tout moment pour être déployés sur le territoire national en cas de crise. Il s'agit en réalité de renommer et de réformer un système existant. Les objectifs actuels duministère de la Défense consistent à déployer 1 000 personnes par jour sur le terrain d'ici à la fin de 2018. Comment faire pour augmenter ce nombre dans de telles proportions ? Le rapport d'évaluation déjà cité est explicite sur les difficultés à attendre. En 2014, l'armée de terre, qui ne parvient pas à retenir ses réservistes, s'était donné pour objectif de faire signer 21 500 nouveaux contrats d'ESR. Elle n'a atteint que 72 % de son programme, ce qui est pourtant mieux que la marine (62 %) ou l'armée de l'air (68 %).

Le problème vient davantage des armées que de la gendarmerie. Quand elle devait faire signer 25 000 contrats, cette dernière a explosé ses objectifs remplis à 108 % ! Le vrai sujet pour les armées, c'est que les réserves ont été négligées depuis le passage à l'armée de métier en 1996. Une très large proportion du territoire national ne compte plus aucune implantation de l'armée de terre, alors que la gendarmerie est présente partout. Cette dernière a de plus très finement joué son passage auministère de l'Intérieur, où elle a collectivement adopté une attitude aux antipodes de celle de la police. Comme le fait remarquer un observateur attentif, « la police nationale ne parle qu'au ministre. La gendarmerie a su faire de chaque élu local un lobbyiste à son profit ! Et avec le ministre, c'est simple : il donne aux gendarmes des ordres, qu'ils exécutent avant de rendre compte ».

L'Élysée privilégie la gendarmerie

Les différences sont également culturelles. L'armée de terre n'envisage pas à ce stade d'employer ses réservistes autrement que constitués en compagnies cohérentes de plusieurs dizaines de soldats, qu'elle a bien du mal à rassembler. Les gendarmes, de leur côté, intègrent des réservistes dans leurs tableaux de vacations et savent les affecter individuellement à proximité de leur domicile, de jour ou de nuit, « au coup de sifflet ». Lors de la visite qu'il a rendue le 20 juillet à des réservistes de la gendarmerie en formation à Saint-Astier (Dordogne), François Hollande avait annoncé que la limite d'âge d'engagement dans la réserve de la gendarmerie sera portée de 30 à 40 ans.

Il est clair que l'Élysée privilégie à ce stade un rôle important pour la gendarmerie dans la future garde nationale. Pour l'armée de terre, les mois qui viennent devront être ceux de la remise en question. Cette semaine, le général de division Gaëtan Poncelin de Raucourt prend pour de bon ses nouvelles fonctions de « directeur du projet théâtre national », nouvelle structure de l'armée de terre rassemblant les effectifs et les organisations (brigade des sapeurs-pompiers de Paris, unités militaires de la sécurité civile, etc.), mais aussi le programme de rénovation des réserves « Réserves 2019 », dont son adjoint, le général Franck Nicol, aura la responsabilité effective. Y compris pour préparer l'intégration des réserves opérationnelles de l'armée de terre dans la garde nationale.

Au-delà des effets d'annonce

Reste que le programme présidentiel va devoir trouver des solutions pour inciter davantage de Français à intégrer la future formation. Aujourd'hui, la réserve militaire ne parvient pas à fidéliser ses effectifs, composés pour une part d'anciens militaires d'active, mais aussi, dans des proportions importantes, de fonctionnaires civils et d'étudiants. Tous rejoignant le plus souvent la réserve durant leurs congés, en étant alors rémunérés comme des militaires d'active du même grade. La question des incitations à rejoindre la réserve est crûment posée.

Il s'agit d'améliorer l'attrait général de l'engagement, notamment dans les armées qui n'ont semble-t-il pas trouvé la bonne réponse. Il faut également résoudre la quadrature du cercle, s'agissant des employeurs souvent très réticents à lâcher leurs personnels en dehors de leurs vacances. François Hollande a lancé un très gros chantier. Comment pourra-t-il obtenir d'ici à la fin de son mandat un résultat concret, au-delà des effets d'annonce et des retombées médiatiques ? C'est une partie de la question…

 


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