JOURNAL DU CHANGEMENT D’ORDRE MONDIAL

...par Thierry Meyssan

 

Consultant politique, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace.

 

Dernier ouvrage en français : L’Effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP Bertand, 2007).


L’épreuve de force - le 06/10/2016.

Pour Thierry Meyssan, le conflit syrien peut dégénérer à tout instant en Guerre Mondiale. Les États-Unis ne sont plus en mesure de tenir leurs engagements, comme on l’a vu avec l’accord de l’Aïd, mais ne veulent pas pour autant abandonner son objectif (empêcher le développement de la Chine et de la Russie afin de maintenir un ordre mondial unipolaire). Moscou et Pékin, de leur côté, estiment être désormais en position de force. Nous approchons du moment clé de renversement de l’ordre mondial ou de la Guerre nucléaire.

Source : http://www.voltairenet.org/article193544.html


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Jamais Moscou n’a cru à la sincérité de Washington. Pourtant, depuis le 30 juin 2012, il n’a cessé d’enchaîner les accords, jamais tenus. Il ne considère pas les États-Unis comme le maître du monde, mais comme un empire en déclin. Conscient des énormes pouvoirs militaires du Pentagone, notamment nucléaires, il entend amener gentiment Washington au cimetière, en évitant qu’il ne se rebiffe et ne déclenche de Guerre Mondiale.

En conduisant pas à pas les États-Unis à signer la cessation des hostilités de l’Aïd en Syrie, la Russie entendait limiter un peu plus les options de son « partenaire ». De fait, malgré ses déclarations lénifiantes, Washington n’a pas été capable de séparer le moindre « modéré » des « extrémistes ». Or, l’accord prévoyait que les modérés désignés par John Kerry seraient intégrés au dispositif de lutte contre les jihadistes, puis seraient inclus dans le gouvernement d’union nationale du président Bachar el-Assad [1]. Washington ne se trouve plus qu’avec deux options : soit se retirer du conflit syrien, soit entrer en guerre frontale contre la Russie, à l’échelle planétaire.

Washington a alors rendu public des extraits choisis d’une discussion entre John Kerry et des représentants de l’opposition de salon syrienne, prétendument enregistrée « à son insu », le 22 septembre à New York [2]. On y entend le secrétaire d’État déplorer que le Congrès US refuse d’envoyer des hommes renverser la République arabe syrienne et conseiller aux opposants de se trouver une autre puissance militaire pour faire le travail à leur place et les porter au pouvoir. Ce nouveau parrain ne pourrait être que l’alliance déjà en place de l’Arabie saoudite, d’Israël, de la Jordanie, du Qatar et de la Turquie. En d’autres termes, Washington renonce à la guerre, mais rien ne change vraiment sur le terrain. Elle se poursuit sous l’unique responsabilité de ses vassaux.

De son côté, loin de craindre elle-même l’épreuve de force, la Russie maintient ses prétentions en Syrie et s’est secrètement déployée militairement au Yémen durant l’été. Samedi, elle a tiré un missile sol-mer sur le HSV-2 Swift, le catamaran perce-vagues de l’armée émiratie et l’a détruit. Bien que selon la presse altantiste, le missile été tiré par les Houthis et le fleuron de la Marine émiratie n’aurait été qu’endommagé, les faits sont têtus. Le message était adressé à la fois à l’Otan et aux pétro-dictatures du Golfe : la Guerre générale est possible et Moscou ne fuira pas.

 

Washington ne réagit pas à l’incident yéménite et s’en remet à ses vassaux.

 

Considérant que le contentieux ne se limite pas à la Syrie, mais que les problèmes s’accumulent depuis des années, Moscou considère que la Troisième Guerre mondiale est déjà déclenchée même si elle ne se tient que sur un territoire limité, la Syrie. Depuis cinq ans, 129 États et 16 organisations internationales soutiennent les États-Unis contre la Syrie, l’Algérie, l’Iran, la Russie, la Chine et la Corée du Nord. Vladimir Poutine révoque l’accord russo-états-unien sur la limitation du plutonium militaire ; une décision qui ressort de la dissuasion nucléaire. Déposant un projet de loi à la Douma, il pose que l’accord sur le plutonium ne sera restauré que lorsque Washington tiendra ses promesses : retrait des armes installées par l’Otan dans d’anciens États soviétiques, abrogation des sanctions anti-Russes qui s’accumulent depuis la loi Magnitski jusqu’au coup d’État de Kiev ; toutes revendications qui nous ramènent 15 ans en arrière.

Washington a cru qu’il pouvait limiter l’espace et l’influence russes ; qu’il pouvait promettre, ne pas tenir et adresser des excuses.

C’était vrai lors de l’effondrement de l’URSS. Ce ne l’est plus aujourd’hui.

 

Thierry Meyssan


Peut-on encore prévenir la guerre généralisée ?

par Thierry Meyssan - le 07/10/2016.


Les événements s’accélèrent autour de la crise syrienne et révèlent l’ampleur du conflit entre le camp atlantiste et le bloc russo-chinois. Après avoir observé le risque grandissant de guerre généralisée conventionnelle, voire nucléaire, Thierry Meyssan analyse les manœuvres des États-Unis et les réponses de la Russie.

Source : http://www.voltairenet.org/article193560.html


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Après la destruction du fleuron de la Marine des Émirats arabes unis, le 1er octobre, les armées des pétro-dictatures du Golfe hésitent à poursuivre seules la guerre contre la République arabe syrienne. Il est clair pour tous que le missile sol-mer qui a détruit le catamaran perce-vagues est une arme extrêmement sophistiquée que l’on n’avait jamais vue sur un champ de bataille. Il n’a été tiré ni par les Houthis, ni par les partisans de l’ancien président Saleh, qui ne disposent pas d’une telle arme, mais par la Russie, qui est secrètement présente depuis l’été au Yémen.

L’idée d’une coordination des jihadistes sans intervention des États-Unis, par leurs seuls alliés locaux, est d’autant plus difficile à imaginer que la rivalité entre l’Arabie saoudite et le Qatar n’a cessé de miner les étapes précédentes de la guerre.

Washington envisage donc sérieusement l’unique option restante : la confrontation militaire directe.

Les États-Unis ont sollicité les 64 États et les 3 institutions internationales qui ont rejoint leur Coalition dite anti-Daesh afin de lancer une attaque contre Damas. Dans la pratique, seuls le Canada, la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni sont présents. L’idée est de tirer des missiles de croisières sur Damas et Lattaquié, et de bombarder l’Armée arabe syrienne. Ce projet avait été annoncé aux membres de l’Otan, lors du Conseil atlantique du 27 septembre. Il a été soutenu par le sénateur John McCain dans le Wall Street Journal.

Cette opération implique une réorganisation de la préparation actuelle de la libération de Mossoul en Irak, occupé par Daesh. D’ores et déjà, chacun a pu constater que l’objectif de cette Coalition n’est pas celui qu’elle a annoncé, mais le changement d’occupant de Mossoul. Il s’agit de mettre en place non pas des autorités représentatives de l’Irak, ni de ses habitants historiques, mais des seuls sunnites irakiens de manière à créer un « Sunnistan ». La Coalition n’a pas bombardé Daesh, mais n’a pas hésité à anéantir « par erreur » une milice de volontaires chiites venue, elle, délivrer la ville de l’obscurantisme. Le président Recep Tayyip Erdoğan a vendu la mèche en déclarant au journal Sabah qu’une fois Mossoul libérée, la ville appartiendrait à ses habitants, « seuls les arabes sunnites, les turkmènes et les kurdes sunnites pourront y rester ». En d’autres termes, la Coalition se propose de terminer le travail que Washington avait confié à Daesh. Son véritable objectif est d’avaliser le nettoyage ethnique pratiqué par les jihadistes, notamment l’expulsion ou le massacre des chrétiens et des kurdes yazidis, afin de créer un État religieusement homogène.

Ainsi que nous l’avons déjà plusieurs fois annoncé, Daesh devrait migrer de Mossoul vers Rakka et Deir ez-Zor, à la manière dont il a évacué Jarablous devant l’armée turque, sans livrer de combat.

Réagissant au projet de bombardement de la République arabe syrienne, la Russie a révélé l’installation en Syrie de batteries d’armes anti-aériennes S-300 et S-400. Selon les experts russes, ces armes sont capables non seulement de détruire n’importe quel avion en vol, y compris les avions furtifs, mais aussi les missiles de croisière. La situation ne s’étant jamais présentée sur le champ de bataille, personne n’en sait rien. Mais, depuis des siècles, les Russes n’ont jamais menti quant aux performances de leur armement.

Cette annonce a soulevé un vif émoi en Israël où les experts sont désormais persuadés que ce sont ces armes russes qui ont abattu un de ses avions et touché un autre, lorsque Tsahal a violé la cessation des hostilités de l’Aïd, le 13 septembre. L’état-major israélien a déclaré avoir perdu la dominance aérienne à la fois en Syrie et au Liban.

Les États-Unis ont répondu en faisant bombarder l’ambassade de Russie à Damas par des jihadistes. La Russie a annoncé l’arrivée en Méditerranée de trois nouveaux bâtiments de guerre, tandis que son porte-avion —qui était espéré en juillet— est en route.

Consciente du risque de guerre nucléaire, la France a envoyé son ministre des Affaires étrangères à Moscou. Celui-ci a présenté un projet de résolution qu’il entend déposer au Conseil de sécurité à propos d’Alep. Ce pourrait être un moyen pour les Occidentaux de sortir la tête haute de cette confrontation. Ne l’ayant pas encore lu, je ne peux commenter ce projet de résolution. Cependant la presse française regorge d’articles sur la crise d’Alep basés sur des données fausses. Actuellement, la partie Ouest de la ville héberge entre 1,4 et 1,5 million d’habitants partisans de la République. La partie Est héberge entre 25 000 et 30 000 personnes. Le rapport se situe donc entre 46 et 50 fois plus de population et non pas à égalité comme on le suggère. Ce sont les jihadistes qui ont abattu les habitants d’Alep-Est qui tentaient de fuir durant la trêve de l’Aïd. Ce sont encore eux qui ont brûlé le convoi humanitaire du Croissant rouge syrien destiné aux civils qu’ils tiennent en otages à Alep. Après avoir offert lors de l’Aïd la possibilité à tous les résidents d’Alep-Est, qu’ils soient civils ou combattants, syriens ou étrangers de quitter la ville, l’armée syrienne et ses alliés libanais, russes et iraniens ont lancé une opération contre les jihadistes au risque de tuer également les civils qu’ils tiennent en otages. Ceci en application de la résolution 2249 du 20 novembre 2015 qui demande aux Etats membres de l’Onu de de « mettre un terme aux actes de terrorisme commis en particulier par l’EIIL, également connu sous le nom de Daech, ainsi que par le Front el-Nosra et tous les autres individus, groupes, entreprises et entités associés à Al-Qaida ».

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergey Lavrov, a fait part à son homologue français, Jean-Marc Ayrault, de plusieurs amendements qu’il souhaiterait voir figurer dans le projet de résolution. Il a proposé que l’on revienne aux termes de l’accord de cessation des hostilités de l’Aïd. Mais il peu probable que ce retour en arrière soit accepté par Washington, c’est-à-dire qu’il reconnaisse qu’il n’y a pas de rebelles modérés en Syrie. Le projet —amendé ou pas— sera présenté samedi au Conseil de sécurité. Le président Poutine se rendra en France le 19 octobre.

 

Thierry Meyssan


Extension du conflit

le 08/10/2016.


Thierry Meyssan poursuit sa narration de la guerre qui oppose Washington et ses alliés au reste du monde. L’Égypte est entrée dans le conflit. Israël a attaqué la Syrie. La Turquie maintient ses troupes en Irak, malgré la plainte de Bagdad. On se dirige vers un cinquième veto russo-chinois au Conseil de sécurité contre l’initiative française.

 

Source : http://www.voltairenet.org/article193574.html


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Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, a dressé le bilan de l’action des armées russes en Syrie. En un an, a-t-il assuré, « elles ont libéré 586 localités et plus de 12 000 kilomètres carrés du territoire, éliminé environ 35 000 terroristes, dont plus de 2 700 personnes en provenance de Russie et des pays de la CEI ». Il a opposé ces résultats à ceux des États-Unis qui, tout en déclarant combattre les terroristes, les soutiennent contre la République arabe syrienne.

La Douma a adopté à l’unanimité l’accord russo-syrien autorisant un déploiement pour une durée illimitée de l’aviation russe sur la base syrienne d’Hmeimim. Ce texte avait été secrètement signé en août 2015 et n’a été présenté à la Douma que pour rendre publique la position russe. La Douma a précisé que la présence militaire russe au Levant est indispensable à la lutte contre le terrorisme.

Simultanément ont débuté les plus grands exercices militaires russo-égyptiens depuis l’époque de Gamal Abdel Nasser. L’état-major russe a indiqué que ces manœuvres permettraient de coordonner les deux armées dans leur lutte contre les jihadistes, notamment dans le désert. Ce faisant, la Russie a officialisé son déploiement militaire dans le pays, en plus de la Syrie et du Yémen (même si la présence au Yémen n’est pour le moment qu’officieuse).

Plusieurs généraux états-uniens ont relevé que la situation n’avait jamais été aussi grave depuis la guerre de Corée. Selon eux, un affrontement entre les États-Unis et la Russie serait bref, mais d’une ampleur jamais jamais égalée dans l’Histoire. Le général Mark A. Milley, chef d’état-major de l’armée de terre, a affirmé que les deux Marines et Aviations se neutraliseraient et que les combats les plus durs auraient lieu au sol. L’ambassadeur Charles W. Freeman, Jr. a mis en garde contre un passage à l’acte alors que les États-Unis et la Russie sont parvenus jusqu’ici à éviter la guerre nucléaire.

Le PKK, c’est-à-dire les Kurdes turcs, ont profité de la situation pour reprendre Jarablous, au Nord de la Syrie. Tandis que la Turquie dénonçait la plainte irakienne à son égard. Ankara refuse de retirer ses soldats du territoire irakien et a fait valoir que seule la présence de ses soldats était contestée par Bagdad, alors qu’une trentaine d’États se sont déployés dans le pays.

Surtout, considérant que Washington et Moscou étaient trop occupés par leur affrontement pour intervenir, l’armée israélienne a attaqué la zone jouxtant le plateau du Golan occupé.

Tel-Aviv a fait expulser en août 2014 les casques bleus de la la Force des Nations unies chargée d’observer le dégagement (FNUOD) et les a remplacés par des jihadistes d’Al-Qaïda. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu se faisait photographier avec quelques uns des 500 jihadistes soignés au Ziv Medical Centre. Il déclarait en juin 2016 qu’il ne restituerait jamais le Golan à son propriétaire syrien. Considérant que c’en était trop, les États-Unis et la Russie s’accordaient à rédiger un projet de résolution enjoignant Israël de cesser son soutien aux terroristes et de laisser l’Onu reprendre sa mission. La résolution devait être déposée en août, mais ce projet n’a pas survécu à la détérioration des relations entre Moscou et Washington.

L’artillerie israélienne a bombardé toute l’après-midi, ainsi que l’aviation, qui a tiré sur le sol syrien depuis l’espace aérien israélien. Les jihadistes ont opéré sous son appui.

Dans le cas où Israël et les jihadistes parviendraient à ouvrir un couloir entre la zone démilitarisée syrienne et les fermes de Chebaa libanaise, il serait possible d’étendre la guerre au Sud du Liban. Les populations kurdes de cette zone, fidèles au prince Talal Arslan et à la République arabe syrienne et non pas à Walid Joumblatt, sont susceptibles d’être exterminées par les jihadistes.

Au plan diplomatique, les États-Unis ont demandé l’ouverture d’une enquête sur l’offensive syro-russe contre les jihadistes à Alep-Est pour « crimes de guerre ». Le représentant du secrétaire général pour la Syrie, Steffan de Mistura, a proposé de garantir la sauvegarde des combattants s’ils décidaient de quitter Alep-Est pour Idleb, d’interrompre ainsi la bataille et de sauver les civils. Mais ce compromis (inspiré par le directeur des Affaires politiques de l’Onu, Jeffrey Feltman, au nom de Washington) a été rejeté par la France.

Après consultation d’Israël, Paris a décidé de ne pas intégrer les amendements que son ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, avait négocié avec son homologue russe, Sergey Lavrov, et de présenter son projet samedi au Conseil de sécurité. M. Ayrault se rendra personnellement à New York pour défendre son texte.

Le projet français prévoit d’interdire tout bombardement d’Alep Est, que ce soit par l’artillerie ou l’aviation, et d’interdire tout survol de la ville par des aéronefs militaires. La Russie a immédiatement confirmé qu’elle lui opposerait son veto. On ignore encore la position chinoise, mais il se pourrait que l’on assiste demain au cinquième veto conjoint de Moscou et de Pékin sur les initiatives de l’Otan par rapport à la Syrie. La Syrie deviendrait alors le principal sujet de friction international depuis la Seconde Guerre mondiale. Ce blocage pourrait remettre en cause l’avenir des Nations Unies.

 

Thierry Meyssan


Veto croisés au Conseil de sécurité

Le 09/10/2016.

Pour la première fois au Conseil de sécurité, le bloc atlantiste et le bloc russe se sont opposés et ont censuré la proposition de résolution de l’autre camp. En outre, le représentant de la Russie est sorti de sa réserve diplomatique habituelle et a directement accusé le camp US de soutenir les terroristes en Syrie et ailleurs dans le monde ; une affirmation largement démontrée, mais jusque là jamais explicitée.

 

Source : http://www.voltairenet.org/article193589.html

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Le Conseil de sécurité s’est réuni le 8 octobre 2016 pour débattre non seulement de la proposition de résolution franco-espagnole sur la Syrie, mais aussi d’une contre-proposition russe. Sans surprise, les deux textes ont été rejetés par les vetos de la Russie pour le premier, du bloc atlantiste pour le second.

 

C’est la première fois dans l’histoire du Conseil qu’une telle situation se présente.

La proposition française visait à empêcher la Syrie et la Russie d’appliquer la résolution 2249 qui « demande aux États Membres (…) de redoubler d’efforts et de coordonner leur action en vue de prévenir et de mettre un terme aux actes de terrorisme commis en particulier par l’ÉIIL, également connu sous le nom de Daech, ainsi que par le Front el-Nosra et tous les autres individus, groupes, entreprises et entités associés à Al-Qaida ». De manière contradictoire, le texte français faisait référence à l’accord russo-états-unien de cessation des hostilités (selon lequel les États-Unis doivent séparer les rebelles modérés des jihadistes extrémistes), tout en interdisant de bombarder les extrémistes et de survoler non seulement Alep-Est, mais aussi Alep-Ouest.

La proposition russe faisait également référence à l’accord de cessation des hostilités, mais saluait l’application de la résolution 2249 contre les jihadistes.

Clôturant l’épisode de la cessation des hostilités, la katiba Jund al-Aqsa (issue d’Al-Qaïda et donc considérée par tous comme « extrémiste ») a rejoint officiellement le Front Fateh al-Cham (nouvelle appelation du Front Al-Nosta après sa séparation à l’amiable d’Al-Qaïda).

Mettant en cause l’Otan, le représentant russe, Vitali Tchourkine, a conspué ses collègues en déclarant : « Le représentant permanent du Royaume-Uni vient de s’écrier pathétiquement : "Arrêtez maintenant !" C’est vrai, arrêtez tout de suite de soutenir toute sorte de racaille dans le monde entier, que ce soient des extrémistes, des terroristes et tous ceux qui s’amusent à déstabiliser la situation dans tel ou tel pays. De manière générale, arrêtez de vous immiscer dans les affaires des autres États souverains, abandonnez vos habitudes coloniales, laissez le monde tranquille. Cela permettra d’assainir la situation dans plusieurs régions du monde ».

De son côté, le représentant de la Syrie, Bachar Jafari, a poursuivi : « Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni saisissent depuis six ans le Conseil, une séance après l’autre, sponsorisent les projets de déclarations, et ce, pour induire en erreur l’opinion publique en montrant qu’ils cherchent à résoudre la crise dans mon pays ».

La Chine a voté pour la proposition russe, mais a préféré s’abstenir que d’opposer son veto à la proposition française.

 

Les veto croisés ont délié les langues et de nombreux responsables politiques, comme le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, qui, dans un entretien avec Bild, a mis en garde ses concitoyens face au risque de Guerre Mondiale.

En Syrie cependant, on ne croit pas que Washington mettra ses menaces à exécution et bombardera le pays, ou tout au moins son armée. La libération du pays se poursuit, notamment avec un recul toujours plus marqué des jihadistes à Alep.

Simultanément, la situation s’est tendue en Irak. Bagdad ne semble pas être sur la même longueur d’ondes que la Coalition internationale anti-Daesh à propos de la libération de Mossoul, occupée par les jihadistes. Les non-dits ont été explicités par le président turc Recep Tayyip Erdoğan sur la chaîne saoudienneRotanaTV (propriété du prince Walid Ben Talal, ambassadeur officieux du royaume en Israël). Reprenant ses propos au quotidien turc Sabah, il a annoncé qu’une fois Mossoul libéré de Daesh, sa population devait rester telle que Daesh l’avait épurée, c’est-à-dire exclusivement sunnite. En outre, il a rappelé que la Turquie maintenait ses troupes sur place, malgré l’opposition de Bagdad, parce qu’elle avait un droit historique sur la ville.

De nombreux Irakiens ont interprété ces propos irrédentistes comme l’annonce d’une possible occupation turque de la ville, après celle de Daesh.

À Sanaa, un missile non identifié a tué 140 Yéménites venus célébrer le deuil du père du ministre de l’Intérieur. Le général Jalal al-Rouichène avait été nommé à ce poste par le président Abd Rabbo Mansour Hadi. Il est resté à ce poste dans le gouvernement mis en place par les révolutionnaires Houthis et est donc considéré comme un traître par les Saoudiens. Soupçonnée d’être à l’origine du tir, l’Arabie saoudite a démenti son implication et affirmé ne pas avoir bombardé Sanaa ce jour-là. Mais ce communiqué de Riyad ne disculpe pas les alliés de l’Arabie saoudite qui participent à la guerre contre le Yémen.

 

Thierry Meyssan


Washington et Paris relancent la propagande contre le « régime de Bachar »

le 10/10/2016.


Les Tribunaux de Nuremberg et de Tokyo permirent aux Alliés d’exposer les crimes commis par l’Axe durant la Seconde Guerre mondiale et de justifier à la fois le prix de leur victoire et leur domination sur le monde. Sur ce modèle, Washington a cru pouvoir juger et condamner 120 dirigeants syriens, dont le président Bachar el-Assad, de manière à justifier la guerre et le renversement de la République arabe syrienne. Restait à inventer leurs crimes…

 

Source : http://www.voltairenet.org/article193601.html


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En avril 2012 —c’est-à-dire après le retrait français de la guerre (qui reprit en juillet) et avant l’accord de partage russo-états-unien (du 30 juin à Genève)—, les « Amis de la Syrie » avaient décidé de juger le président Bachar el-Assad devant une juridiction internationale. l s’agissait de mettre en scène a posteriori la Pax Americana, après l’assassinat de Slobodan Milošević dans sa prison à La Haye, la pendaison de Saddam Hussein et le lynchage de Mouamar Kadhafi.

Pour ce faire, les États-Unis avaient créé une association à La Haye, le Syria Justice and Accountability Centre (SJAC). Durant deux ans, des juristes accumulèrent des témoignages sur « les tortures pratiquées par le régime ».

Le bureau du secrétariat d’État pour la Justice globale, alors dirigé par l’ambassadeur Stephen Rapp, avait sollicité l’Arabie saoudite, la Jordanie, le Qatar et la Turquie pour financer un « Tribunal spécial des Nations unies pour la Syrie » sur le modèle du « Tribunal spécial des Nations unies pour le Liban ». Rappelons que ce dernier, contrairement à sa dénomination, n’est pas un tribunal au sens plein du terme puisqu’il a été créé par deux exécutifs, le secrétaire général des Nations unies et le Premier ministre du Liban, sans jamais avoir été avalisé ni par le Conseil de sécurité, ni par le Parlement libanais. Ce pseudo-tribunal aurait ainsi pu s’affranchir des règles de droit et condamner le président syrien sans preuves.

Le principe des tribunaux pour le Liban et pour la Syrie revient à Jeffrey Feltman, ancien ambassadeur US à Beyrouth, puis sous-secrétaire d’État pour les Affaires du Proche-Orient, et actuellement directeur des Affaires politiques de l’Onu. M. Feltman avait créé le Tribunal pour le Liban, après avoir lui-même organisé l’assassinat de Rafic Hariri, pour juger et condamner les présidents Émile Lahoud et Bachar el-Assad qu’il entendait rendre responsables. Selon un document interne de son bureau que nous avons pu consulter, l’Otan avait prévu, après le renversement de la République arabe syrienne, de juger et de condamner 120 dirigeants du pays, dont 80 figuraient déjà sur les listes des personnes sous sanctions établies par les États-Unis et/ou l’Union européenne.

Le 20 janvier 2014, soit deux jours avant l’ouverture des négociations de Genève 2, le cabinet d’avocats londoniens Carter-Ruck accusait la Syrie d’avoir torturé et tué plus de 11 000 de ses citoyens au cours de la guerre. Il publiait alors un rapport de trois juristes internationaux authentifiant 55 000 clichés prétendument pris par un photographe militaire ayant fait défection. Bien que deux des juristes aient été largement mis en cause pour leur partialité dans des affaires précédentes et que le troisième ait été chargé par la CIA de créer le Syria Justice and Accountability Centre (SJAC), et malgré les dénégations de la Syrie, John Kerry ne manqua pas de citer ce document à l’ouverture de la Conférence de Genève 2.

Le 31 juillet 2014, la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants auditionnait le photographe syrien. Ce dernier montrait 10 clichés parmi les 55 000 de sa collection, mais après les avoir floutés et rendus in-identifiables.

Las ! Le 22 septembre 2014, la Russie et la Chine opposaient leur veto à un projet de résolution français saisissant la Cour pénale internationale des crimes commis en Syrie. De son côté, le département d’État considérait que le matériel accumulé, quoi qu’extrêmement volumineux, n’avait pas plus de valeur que les faux témoignages du Tribunal pour le Liban. Il cessait donc de subventionner la préparation du Nuremberg syrien.

Cependant, le secrétariat d’État a récemment subventionné leCenter for Victims of Torture du Minnesota non seulement pour l’ensemble de son action mais aussi pour venir en aide aux « victimes du régime », s’il en trouve, mais pas aux 80 000 personnes enlevées par les États-Unis et torturées par la Navy à Guantánamo et dans des bateaux-prisons en eaux internationales durant les deux mandats de George Bush.

En outre, le département d’État a soutenu une exposition du Qatar aux Nations unies à New York, puis au Musée de l’holocauste à Washington et enfin la semaine dernière à Rome à partir des photographies du cabinet Carter-Ruck. Bien sûr, il n’est pas question de montrer les 55 000 photographies, mais toujours les même 10 photos floutées accompagnées d’autres relatives à la guerre. Simultanément, le représentant pro-israélien Eliot Engel (déjà auteur du Syrian Accountability Act) déposait la proposition de loi H. R. 5732 visant à accroitre les sanctions contre la Syrie.

 

Le 6 octobre 2016, les Pays-Bas (qui sont illégalement déployés militairement en Syrie) organisèrent à leur ambassade à Washington une réunion pour relancer le Syria Justice and Accountability Centre (SJAC) et financer le projet d’un Tribunal pour la Syrie. L’Allemagne, la Belgique, le Danemark, l’Italie, la Norvège, le Royaume-Uni, la Suède, la Suisse et bien sûr les États-Unis annoncèrent verser une obole. Ce projet ne devrait coûter que quelques millions de dollars par an.

Pour Washington, il est désormais clair que la République arabe syrienne ne tombera pas et qu’il ne sera pas possible de juger et de condamner sans preuves le président Bachar el-Assad. Cette mise en scène s’inscrit dans le conditionnement des Occidentaux, « défenseurs du Bien face aux cruels Syriens ».

La France, successivement porte-parole des intérêts turcs, puis qataris, puis saoudiens et aujourd’hui israéliens, ne l’entend pas de cette oreille. Elle espère donc juger les 120 dirigeants syriens (déjà condamnés sur le papier) devant la Cour pénale internationale… par contumace.

Le 10 octobre, le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Marc Ayrault, a annoncé qu’il avait demandé à un groupe de juristes de trouver un moyen pour saisir la CPI malgré l’opposition prévisible du Conseil de sécurité.

Il semble que Washington se prépare à accepter la fin du monde unipolaire. Dans ce cas, les accusations les plus farfelues et plus terrifiantes contre la Syrie serviront à noircir l’image du camp russe.

 

 

Documents : 

 "A Report into the credibility of certain evidence with regard to Torture and Execution of Persons Incarcerated by the current Syrian regime", Carter-Ruck, January 20, 2014. 

 « Report sulla attendibilità delle “Foto di Caesar” che si paventa saranno esposte in mostra al Senato della Repubblica italiana », Sibialiria, Marzo 2016. 

 “The Caesar Photo Fraud that Undermined Syrian Negotiations”, Rick Sterling, March 2016.

 

Thierry Meyssan

 


Faut-il juger Vladimir Poutine ?

le 12/10/2016.

Considérant Vladimir Poutine comme le responsable du relèvement de la Russie, les néo-conservateurs états-uniens et israéliens tentent depuis 2011 de l’arrêter, de le juger et de le condamner devant une juridiction internationale. Fidèle serviteur de leur stratégie, le président français François Hollande a publiquement suggéré de le rendre responsable des crimes des jihadistes en Syrie.

 

Source : http://www.voltairenet.org/article193653.html

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François Hollande et Vladimir Poutine, il y a un an.

Durant la Seconde Guerre mondiale, le chef de l’État français qui avait aboli la République, Philippe Pétain, fit juger et condamner à mort son ancien dauphin devenu le chef de la France libre, Charles De Gaulle.

Sur ce modèle, l’actuel président de la République française, François Hollande, a évoqué la possibilité d’ouvrir une procédure judiciaire internationale pour les crimes de guerre commis en Syrie et de juger non seulement le président le président de la République arabe syrienne, Bachar el-Assad, mais aussi celui de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine [1] ; des propos repris en demi-teinte par le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon.

Ces déclarations interviennent alors que le Canada, les États-Unis, la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni soutiennent les jihadistes d’Alep-Est contre le Hezbollah, l’Iran, la Russie et le Syrie [2].

La volonté de condamner M. Poutine n’est pas nouvelle (successivement pour la Seconde Guerre de Tchétchénie, pour l’Ukraine et désormais pour la Syrie). C’est une idée récurrente des néo-conservateurs états-uniens et israéliens. Durant la campagne électorale présidentielle russe de 2012, les États-Unis avaient même proposé au président Medvedev de l’aider à se présenter contre Vladimir Poutine, de financer sa campagne électorale et de lui donner un plein accès aux cercles des dirigeants de la planète s’il prenait l’engagement de leur livrer Vladimir Poutine. Ce qu’il ne fit évidemment pas.

Le 29 juillet 2015, les néo-conservateurs poussèrent au Conseil de sécurité un texte de Victoria Nuland (l’épouse du leader républicain Robert Kagan, devenue porte-parole de la secrétaire d’État démocrate Hillary Clinton, et aujourd’hui assistante du secrétaire d’État pour l’Europe et l’Eurasie) [3]. Il proposait de créer un Tribunal international spécial pour juger les auteurs de la catastrophe du vol MH17 qui fut abattu en Ukraine, faisant 298 morts. Le texte renvoyait à une Commission d’enquête internationale, dont la Russie était officiellement membre, mais dont les autres membres l’avaient exclu. Il était donc possible de rendre la Russie responsable, de juger et de condamner Vladimir Poutine.

La Russie fit non seulement valoir l’absurdité de créer un Tribunal international pour un fait divers, mais aussi le caractère spécieux de la procédure, et opposa son veto. La presse occidentale minimisa l’événement.

Washington tient, à juste titre, Vladimir Poutine pour être l’architecte de la reconstruction de la Russie après la dissolution de l’URSS et le pillage de Boris Eltsine (dont la cabinet avait été formé par la NED). Il imagine, à tort cette fois, qu’éliminé du jeu, il serait possible de rabaisser la Russie au rang qu’elle occupait il y a 20 ans.

Le président Hollande a informé son homologue russe qu’il ne l’accompagnerait pas lors de l’inauguration de la nouvelle cathédrale orthodoxe de Paris, prévue le 19 octobre, mais se contenterait de le recevoir à l’Élysée. L’entretien ne pourrait alors porter que sur la situation en Syrie.

Le président Poutine a reporté son déplacement en France à une date indéterminée. Son porte-parole a déclaré qu’il serait prêt à se rendre à Paris lorsque son homologue français se sentirait à l’aise. Une réaction qui évoque celle que l’on a avec un enfant capricieux.

L’actuel contentieux entre M. Hollande et la Fédération de Russie porte à la fois sur la question ukrainienne (refus du coup d’État nazi de Kiev, rattachement de la Crimée, et soutien à la République du Donbass) et sur la question syrienne (refus de la tentative de coup d’État des jihadistes et soutien à la République arabe syrienne). Il est peu probable qu’il trouve une issue d’ici la fin du quinquennat de M. Hollande ou avec son successeur s’il s’agit de M. Juppé comme le suggèrent les sondages. Ces deux hommes en effet ont scellé, dans le sang des Syriens, leur avenir personnel avec Washington.

Officiellement favorable à la démarche française, le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson, a appelé ses concitoyens à manifester devant l’ambassade russe à Londres ; une sorte de soutien qui semble préfigurer un retrait du Royaume-Uni.


Les « sanctions économiques » ou la guerre en col blanc

par Thierry Meyssan - le 14/10/2016.


Les États-Unis et l’Union européenne ont lancé une guerre qui ne dit pas son nom contre la Syrie, l’Iran et la Russie, celle des « sanctions économiques ». Cette tactique redoutable a tué plus d’un million d’Irakiens dans les années 90, sans éveiller les soupçons des opinions publiques occidentales. Elle est aujourd’hui patiemment mise en place contre les États qui refusent d’être dominés par l’Ordre mondial unipolaire.


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Par le passé, la stratégie des guerres conventionnelles comprenait le siège d’une ville ou d’un État. Il s’agissait d’isoler l’ennemi, de l’empêcher d’utiliser ses ressources, de le soumettre à la famine, et en définitive de le vaincre. En Europe, l’Église catholique a fermement condamné cette tactique comme criminelle en ce qu’elle tue d’abord les civils, et seulement ensuite les belligérants.

 

Aujourd’hui, les guerres conventionnelles comprennent les « sanctions économiques », qui visent aux mêmes buts. De 1990 à 2003, les sanctions décrétées contre l’Irak par le Conseil de sécurité des Nations unies tuèrent plus d’un million de civils. De fait, il s’agissait bien d’une guerre menée par des banquiers au nom de l’institution chargée de promouvoir la paix.

Il est probable que plusieurs États qui votèrent pour ces sanctions n’en avaient perçu ni l’ampleur, ni les conséquences. Il est certains que lorsque certains membres du Conseil de sécurité en demandèrent la levée, les États-Unis et le Royaume-Uni s’y opposèrent, portant en cela la responsabilité du million de morts civils.

 

Après que de nombreux hauts-fonctionnaires internationaux ont été renvoyés pour leur participation au massacre du million de civils irakiens, les Nations unies réfléchirent à la manière de rendre des sanctions plus performante par rapport aux objectifs annoncés. C’est-à-dire de s’assurer qu’elles ne toucheraient que les responsables politiques et militaires et pas les civils. On parla donc de « sanctions ciblées ». Cependant, malgré les nombreuses recherches en la matière, on n’a jamais pratiqué de sanctions contre un État qui ne touchent que ses dirigeants et pas sa population.

 

L’effet de ces sanctions est lié à l’interprétation que les gouvernements font des textes qui les définissent. Par exemple, la plupart des textes évoquent des sanctions sur les produits à double usage civile et militaire, ce qui laisse une grande marge d’interprétation. Une carabine peut-être interdite à l’exportation vers un État déterminé car elle peut servir aussi bien à la chasse qu’à la guerre. Mais une bouteille d’eau peut être bue aussi bien par une mère de famille que par un soldat. En conséquence, les mêmes textes peuvent aboutir —selon les circonstances politiques et l’évolution de la volonté des gouvernements— à des résultats extrêmement différents.

 

La situation est d’autant plus compliquée qu’aux sanctions légales du Conseil de sécurité s’ajoutent les sanctions illégales des États-Unis et de l’Union européenne. En effet, si des États ou des institutions intergouvernementales peuvent légalement refuser de commercer avec d’autres, ils ne peuvent établir de sanctions unilatéralement sans entrer en guerre.

Le terme de « sanction » laisse à penser que l’État qui en est l’objet a commis un crime et qu’il a été jugé avant d’être condamné. C’est exact pour les sanctions décrétées par le Conseil de sécurité, mais pas pour celles unilatéralement décidées par les États-Unis et l’Union européenne. Il s’agit purement et simplement d’actes de guerre.

 

Depuis la guerre contre les Britanniques, en 1872, Washington s’est doté d’un Bureau, l’Office of Foreign Assets Control, qui est chargé de mener cette guerre en cols blancs.

Actuellement les principaux États victimes de sanctions, ne le sont pas du fait des Nations unies, mais exclusivement des États-Unis et de l’Union européenne. Ce sont la Syrie, l’Iran et la Russie. C’est-à-dire les trois États qui se battent contre les jihadistes soutenus par les Occidentaux.

 

La plupart de ces sanctions ont été prises sans lien direct avec la guerre contemporaine contre la Syrie. Les sanctions contre Damas sont principalement liées à son soutien au Hezbollah libanais et à l’asile qu’il avait accordé au Hamas palestinien (qui a depuis rejoint les Frères musulmans et se bat contre lui).

Les sanctions contre l’Iran ont été prétendument prises contre son programme nucléaire militaire, même si celui-ci a été clôturé par l’ayatollah Khomeiny, il y a trente ans. Elles se poursuivent malgré la signature de l’accord 5+1 censé résoudre ce problème qui n’existe pas.

Celles contre la Russie sanctionnent le rattachement de la Crimée après que celle-ci a refusé le coup d’État nazi de Kiev, qualifié de « révolution démocratique » par l’Otan.

 

Les sanctions actuelles les plus dures sont celles prises contre la Syrie. Un rapport réalisé pour le Bureau du Coordinateur des Nations unies en Syrie, financé par la Confédération helvétique et rendu public il y a quatre mois, observe que l’interprétation états-unienne et européenne des textes aboutit à priver une majorité de Syriens aussi bien de certains soins médicaux que de ressources alimentaires. De très nombreux matériels médicaux sont interdits car considérés à double usage et il est impossible de payer des importations de nourriture via le système bancaire international.

 

Bien que la situation des Syriens ne soit pas aussi catastrophique que celle des Irakiens des années 90, il s’agit d’une guerre menée par les États-Unis et l’Union européenne, par des moyens financiers et économiques, exclusivement contre la population vivant sous la protection de la République arabe syrienne dans le but de la tuer.

 

Thierry Meyssan


Le prix de la rétrogradation

par Thierry Meyssan - le 18/10/2016.


Washington tente de tenir ses positions sans avoir à déclencher la Troisième Guerre mondiale. Mais le pari semble impossible à tenir. Moscou lui offre une porte de sortie en Syrie et au Yémen. Mais dans le cas où les États-Unis choisiraient cette voie, il devraient abandonner certains de leurs alliés.

 

Source : http://www.voltairenet.org/article193735.html


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Un pygargue à tête blanche, symbole des États-Unis.

 

Depuis la rupture de la cessation des hostilités de l’Aïd, un fossé se creuse entre l’ambiance insouciante des sociétés occidentales et la gravité des sociétés russe et chinoise.

À Moscou, la télévision diffuse des reportages sur les abris anti-atomiques et des jeux par équipes de « parcours du combattant ». Tandis qu’à Washington, on se moque de la paranoïa des Russes qui croient à la possibilité d’une Troisième Guerre mondiale.

 

Pourtant, les deux Grands s’envoient des messages à faire dresser les cheveux sur la tête. Après les menaces états-uniennes de frappe en Syrie, Moscou a rompu l’accord sur la limitation des stocks de plutonium et a ajusté son système de lancement de bombes nucléaires en tirant trois missiles intercontinentaux. Le porte-parole de l’armée russe a mis en garde ses homologues et annoncé que son armement était en mesure de détruire tous les aéronefs US, qu’il s’agisse de missiles de croisière ou d’avions fussent-ils furtifs.

Le chef d’état-major de l’armée de terre des États-Unis a fièrement répliqué qu’en cas de guerre frontale, les aviations et les marines des deux armées seraient rapidement neutralisées, et que Washington l’emporterait au sol. Son discours martial a peu impressionné les Russes, mais a inquiété les membres du Congrès, au point que 22 d’entre eux ont écrit au président Obama pour lui demander de s’engager à ne pas déclencher en premier la guerre nucléaire.

Moscou a donné instruction à ses diplomates en poste dans les pays de l’Otan de rapatrier leurs familles et de se tenir prêts à se replier eux aussi.

 

Jadis les Romains assuraient que « Si tu veux la paix, prépare la guerre ! » (Si vis pacem, para bellum). L’idée est que lors d’un désaccord international, la victoire sera emportée, sans guerre, par celui qui paraît capable de l’emporter par les armes.

Or, le fait est que la population russe se prépare à la guerre (par exemple, cette semaine 40 millions de Russes participent à des exercices d’évacuation d’immeuble et de lutte contre l’incendie), tandis que les Occidentaux batifolent dans les centres commerciaux.

 

On peut évidemment espérer que la raison l’emportera et que l’on évitera la Guerre mondiale. Quoi qu’il en soit, ces rodomontades attestent que ce qui est en jeu, ici en Syrie, depuis cinq ans n’est pas ce que nous croyons.

Si au début, il s’agissait pour le département d’État de réaliser son plan du « printemps arabe », c’est-à-dire le renversement des régimes laïques de la région et leur remplacement par les Frères musulmans, la Russie et la Chine ont rapidement conclu que le monde ne pouvait plus être gouverné par les États-Unis ; que ces derniers ne pouvaient plus décider de la vie et de la mort des Peuples.

 

En coupant la route de la soie historique en Syrie, puis la nouvelle route de la soie en Ukraine, Washington a stoppé le développement de la Chine et de la Russie. Il les a poussé dans les bras l’un de l’autre. La résistance imprévue du Peuple syrien a contraint les États-Unis à mettre en jeu leur domination mondiale. Le monde, qui était devenu unipolaire en 1991 avec « Tempête du désert », est sur le point de basculer et de redevenir bipolaire, et peut-être par la suite multipolaire.

 

En 1990-91, le changement d’ordre mondial s’était opéré sans guerre (l’invasion de l’Irak n’en était pas la cause, mais la conséquence), mais au prix de l’effondrement intérieur de l’Union soviétique. Le niveau de vie des ex-Soviétiques chuta de manière drastique ; leurs sociétés furent profondément désorganisées ; leurs richesses nationales pillées au prétexte d’être privatisées ; et leur espèrance de vie recula de plus de 20 ans. Après avoir cru que cette défaite était celle du soviétisme, nous savons aujourd’hui que la chute de l’URSS était aussi —peut-être surtout— le fruit du sabotage de l’économie par la CIA.

 

Il n’est donc pas impossible de parvenir à un rééquilibrage mondial, sans affrontement généralisé. Et, pour éviter la Guerre mondiale, la discussion entre John Kerry et Sergey Lavrov s’est déplacée de la bataille d’Alep à un cessez-le-feu général à la fois pour toute la Syrie et le Yémen. Ainsi vient-il d’être annoncé une trêve de 8 heures à Alep et de 72 heures au Yémen.

 

Le problème est que les États-Unis ne pourront pas rétrograder de la première place incontestée —dont ils s’étaient emparés et qu’ils ont si mal utilisée— à l’égalité avec la Russie sans en payer le prix, eux ou leurs alliés.

Étrangement les cinq États arabes, la Turquie et l’Iran, qui ont été conviés samedi à Lausanne par Kerry et Lavrov sont sortis satisfaits de la rencontre. C’est pourtant de leur avenir qu’il était question. Aucun d’entre eux ne semble penser que des têtes doivent tomber, comme sont tombées celles des dirigeants du Pacte de Varsovie.

Dans la situation actuelle, il est possible de s’abstenir d’anéantir une partie de l’Humanité, mais l’importance du recul états-unien se mesurera au nombre et à l’importance des alliés qu’ils sacrifieront.

 

Thierry Meyssan


À la recherche du bouc émissaire

...par Thierry Meyssan - le 20/10/2016.

À Berlin, l’Allemagne, la France, la Russie et l’Ukraine ont tenté de débloquer les conflits ukrainien et syrien. Cependant, d’un point de vue russe, ces blocages n’existent que parce que l’objectif des États-Unis n’est pas la défense de la démocratie dont ils se prévalent, mais la prévention du développement de la Russie et de la Chine à travers l’interruption des routes de la soie. Disposant de la supériorité conventionnelle, Moscou a donc tout fait pour lier le Moyen-Orient et l’Europe orientale. Ce à quoi il est parvenu en échangeant l’allongement de la trêve en Syrie contre l’arrêt du blocage des accords de Minsk. De son côté, Washington cherche toujours à se décharger de sa culpabilité sur un de ses alliés. Après avoir échoué en Turquie, la CIA se tourne vers l’Arabie (...)

 

Source : http://www.voltairenet.org/article193805.html


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Le conflit opposant les États-Unis à la Russie et à la Chine évolue sur deux fronts : d’un côté, Washington cherche un éventuel bouc émissaire à qui faire porter la responsabilité de la guerre contre la Syrie, de l’autre Moscou qui a déjà relié les dossiers syrien et yéménite, tente de les lier à la question ukrainienne.

Washington à la recherche du bouc émissaire

Pour se désengager la tête haute, les États-Unis doivent faire porter la responsabilité de leurs crimes à un de leurs alliés. Ils ont trois possibilités : soit faire porter le chapeau à la Turquie, soit à l’Arabie saoudite, soit aux deux. La Turquie est présente en Syrie et en Ukraine, mais pas au Yémen, tandis que l’Arabie est présente en Syrie et au Yémen, mais pas en Ukraine.

La Turquie

Nous disposons désormais d’informations vérifiées sur ce qui s’est réellement passé le 15 juillet dernier en Turquie ; des informations qui nous contraignent à réviser notre jugement initial.

En premier lieu, il s’avérait que confier la gestion des hordes jihadistes à la Turquie après l’attentat ayant touché le prince saoudien Bandar bin Sultan n’allait pas sans problèmes : en effet, si Bandar était un intermédiaire obéissant, Erdoğan poursuivait sa propre stratégie de création d’un 17ème empire turco-mongol, ce qui l’amenait à utiliser les jihadistes en dehors de sa mission.

En outre, les États-Unis ne pouvaient pas ne pas sanctionner le président Erdoğan qui rapprochait économiquement son pays de la Russie alors qu’il était militairement membre de l’Otan.

Enfin, avec la crise autour du pouvoir mondial, le président Erdoğan devenait le bouc émissaire idéal pour sortir de la crise syrienne.

D’un point de vue états-unien, le problème n’est pas la Turquie, indispensable allié régional, ni le MIT (services secrets) d’Hakan Fidan qui organise le mouvement jihadiste dans le monde, mais Recep Tayyip Erdoğan.

Par conséquent, la National Endowment for Democracy (NED) a d’abord tenté en août 2013 une révolution colorée (la « révolution des manchots ») en organisant des manifestations au parc Gezi d’Istanbul. L’opération a échouée ou Washington s’est ravisé.

La décision a été prise de renverser les islamistes de l’AKP par les urnes. La CIA a à la fois organisé la transformation du HDP en véritable parti des minorités et a préparé une alliance entre lui et les socialistes du CHP. Le HDP a adopté un programme très ouvert de défense des minorités ethniques (kurdes) et des minorités sociétales (féministes, homosexuels), et inclut un volet écologique. Le CHP a été réorganisé à la fois pour masquer la surreprésentation des alévis [1] en son sein et en vue de promouvoir la candidature de l’ancien président de la Cour suprême. Cependant, si l’AKP a perdu les élections de juillet 2014, il n’a pas été possible de réaliser l’alliance CHP-HDP. Par conséquent de nouvelles élections législatives se sont tenues en novembre 2014, mais elles ont été grossièrement truquées par Recep Tayyip Erdoğan.

Washington a donc décidé d’éliminer physiquement M. Erdoğan. Trois tentatives d’assassinat ont eu lieu entre novembre 2014 et juillet 2016. Contrairement à ce qui a été dit, l’opération du 15 juillet 2016 n’était pas une tentative de coup d’État, mais d’élimination du seul Recep Tayyip Erdoğan. La CIA avait utilisé les liens industriels et militaires turco-US pour recruter une petite équipe au sein de l’armée de l’Air afin d’exécuter le président lors de ses vacances. Cependant, cette équipe a été trahie par des officiers islamistes (ils sont presque un quart dans les armées) et le président a été prévenu une heure avant l’arrivée du commando. Il a alors été transféré sous escorte de militaires loyalistes à Istanbul. Conscients des conséquences prévisibles de leur échec, les comploteurs ont lancé un coup d’État sans préparation et alors qu’Istanbul grouillait encore de monde. Ils ont évidemment échoué. La répression qui a suivi n’a pas eu pour but d’arrêter les seuls auteurs de la tentative d’assassinat, ni mêmes les militaires qui se sont ralliés au coup d’État improvisé, mais l’ensemble des pro-états-uniens : d’abord les laïques kémalistes, puis les islamistes de Fethullah Gülen. Au total, plus de 70 000 personnes ont été mises en examen et il a fallu libérer des détenus de droit commun pour incarcérer les pro-US.

La folie des grandeurs du président Erdoğan et son délirant palais blanc, son trucage des élections et sa répression tous azimuts en font le bouc émissaire idéal des erreurs commises en Syrie. Cependant, sa résistance à une révolution colorée et à quatre tentatives d’assassinat laissent à penser qu’il ne sera pas possible de l’éliminer rapidement.

L’Arabie saoudite

L’Arabie saoudite est tout aussi indispensable aux États-Unis que la Turquie. Pour trois raisons : d’abord ses réserves pétrolière d’un volume et d’une qualité exceptionnelles (bien qu’il ne s’agit plus pour Washington de les consommer, mais simplement d’en contrôler la vente), ensuite pour les liquidités dont il disposait (mais ses revenus ont chuté de 70 %) et qui permettaient de financer des opérations secrètes hors du contrôle du Congrès, enfin pour sa main-mise sur les sources du jihadisme. En effet, depuis 1962 et la création de la Ligue islamiste mondiale, Riyad finance pour le compte de la CIA les Frères musulmans et les Naqchbandis, les deux confréries dont est issue la totalité des cadres jihadistes dans le monde.

Toutefois le caractère anachronique de cet État, propriété privée d’une famille princière étrangère aux principes communément admis de liberté d’expression et de religion, contraint à des changements radicaux.

La CIA a donc organisé, en janvier 2015, la succession du roi Abdallah. La nuit de la mort du souverain, la majorité des incapables ont été démis de leurs fonctions et le pays a été entièrement réorganisé conformément à un plan pré-établi. Désormais, le pouvoir est réparti en trois principaux clans : le roi Salmane (et son fils chéri le prince Mohammed), le fils du prince Nayef (l’autre prince Mohammed) et enfin le fils du roi défunt (le prince Mutaib, commandant de la Garde nationale).

Dans la pratique, le roi Salmane (81 ans) laisse son fils, le sémillant prince Mohammed (31 ans), gouverner à sa place. Celui-ci a accru l’engagement saoudien contre la Syrie, puis lancé la guerre contre le Yémen. En outre, il a lancé un vaste programme de réformes économiques et sociétales correspondant à sa « Vision pour 2030 ».

Malheureusement, les résultats ne sont pas au rendez-vous : le royaume est enlisé en Syrie et au Yémen. Cette dernière guerre se retourne contre lui avec les incursions des Houthis sur son territoire et des victoires sur son armée. Au plan économique, les réserves pétrolières sécurisées touchent à leur fin et la défaite au Yémen empêche d’exploiter le « Quart vide », c’est-à-dire la région à cheval sur les deux pays. La baisse des prix du pétrole a certes permis d’éliminer bien des concurrents, mais elle a aussi asséché le Trésor saoudien qui se trouve contraint d’emprunter sur les marchés internationaux.

L’Arabie n’a jamais été aussi puissante et aussi fragile. La répression politique a atteint des sommets avec la décapitation du chef de l’opposition, le cheikh Al-Nimr. La révolte ne gronde pas uniquement parmi la minorité chiite, mais aussi dans les provinces sunnites de l’Ouest. Au plan international, la Coalition arabe est certes impressionnante, mais prend de l’eau de toutes part depuis le retrait égyptien. Le rapprochement public avec Israël contre l’Iran soulève un tollé dans le monde arabe et musulman. Plus qu’une nouvelle alliance, il illustre la panique qui s’est emparée de la famille royale, désormais haïe de tous.

Vu de Washington, le moment est venu de choisir les éléments qu’il convient de sauver en Arabie saoudite et de se débarrasser des autres. La logique voudrait donc que l’on revienne à la répartition du pouvoir précédente entre les Sudeiris (mais sans le prince Mohammed bin Salman qui s’est montré incapable) et les Chammars (la tribu de feu le roi Abdallah).

Le mieux, aussi bien pour Washington que pour les sujets saoudiens, serait que le roi Salmane décède. Son fils Mohammed serait écarté du pouvoir qui reviendrait à l’autre prince Mohammed (le fils de Nayef). Tandis que le prince Mutaib conserverait son poste. Cette succession serait plus facile à gérer pour Washington si elle intervenait avant l’investiture du prochain président, le 6 janvier 2017. L’impétrant pourrait alors rejeter toutes les fautes sur le défunt et annoncer la paix en Syrie et au Yémen. C’est sur ce projet que travaille actuellement la CIA.

En Arabie comme en Turquie et dans d’autres pays alliés la CIA cherche à maintenir les choses en l’état. Pour cela, elle se contente d’organiser en sous-main des tentatives de changements de dirigeants, sans jamais toucher aux structures. Le caractère cosmétique de ces modification facilite l’invisibilité de son travail.

Moscou tente de négocier ensemble le Moyen-Orient et l’Ukraine

La Russie est parvenue à relier les champs de bataille syrien et yéménite. Si ses forces sont publiquement déployées au Levant depuis un an, elles sont officieusement présentes au Yémen depuis trois mois et y participent désormais activement aux combats. En négociant simultanément les cessez-le-feu à Alep et au Yémen, elle a contraint les États-Unis à accepter de lier ces deux théâtres d’opération. Dans ces deux pays, ses armées montrent leur supériorité en matière conventionnelle face aux alliés des États-Unis, tout en évitant une confrontation directe avec le Pentagone. Cette esquive empêche Moscou de s’investir en Irak, malgré ses antécédents historiques dans ce troisième pays.

Toutefois, l’origine de la querelle entre les deux Grands est fondamentalement l’interruption des deux routes de la soie en Syrie, puis en Ukraine. Logiquement, Moscou tente donc de lier les deux dossiers dans ses négociations avec Washington. C’est d’autant plus logique que la CIA elle-même a déjà créé un lien entre les deux champs de bataille via la Turquie.

En se rendant à Berlin, le 19 octobre, le président russe Vladimir Poutine et son ministre des Affaires étrangères, Sergey Lavrov, entendaient convaincre l’Allemagne et la France, à défaut des États-Unis, de lier ces dossiers. Ils ont donc échangé l’allongement de la trêve en Syrie contre l’arrêt du blocage ukrainien des accords de Minsk. Ce troc ne peut qu’irriter Washington qui fera tout ce qui est en son pouvoir pour le saboter.

Bien sûr, au final, Berlin et Londres s’aligneront sur leur suzerain otanien. Mais du point de vue de Moscou mieux vaut un conflit gelé qu’une défaite (en Ukraine, comme en Transnitrie par exemple), et tout ce qui entame l’unité de l’Otan anticipe la fin du suprémacisme états-unien.


...vu notre absence de sérieux sur la scène diplomatique, il ne serait pas étonnant que la France soit dans la "charette" des sacrifiés. JMR


Deux mondes distincts

par Thierry Meyssan - le 08/11/2016.


Lors d’une très importante réunion du Conseil de sécurité —passée sous silence par la presse occidentale—, le 28 octobre, les États-Unis ont refusé que l’Onu coopère avec les organisations régionales comprenant la Russie, et de facto la Chine. En refusant de travailler avec d’autres, et donc d’admettre que ces autres soient ses égaux, Washington a pris la voie d’une division du monde en deux sphères distinctes et de la fin de la globalisation économique.

 

Source : http://www.voltairenet.org/article193969.html


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Les États-Unis ont refusé, le 28 octobre 2016, que l’Onu travaille avec l’Organisation de Coopération de Shanghai, ici représentée par son secrétaire général, le Tadjik Rashid Alimov, au motif que la Russie y siège. L’OCS représente plus de 40 % de la population mondiale.
© UN Photo/Evan Schneider

 

Moscou a convoqué une réunion spéciale du Conseil de sécurité, le 28 octobre 2016, pour débattre de la coopération entre l’Onu et les organisations régionales. L’ambassadeur Vladimir Churkin, qui présidait alors le Conseil, avait invité les représentants de la Communauté des États indépendants (le Russe Sergey Ivanov, CÉI), de l’Organisation du traité de sécurité collective (le général russe Nikolai Bordyuzha, OTSC) et de l’Organisation de coopération de Shanghai (le Tadjik Rashid Alimov, OCS).

Les trois secrétaires généraux ont exposé le travail de leurs organisations : la coopération entre les États de l’ancienne Union soviétique pour la CÉI, une alliance militaire pour l’OTSC, et une coopération régionale pour stabiliser l’Asie centrale en ce qui concerne l’OCS. Ils ont souligné leur apport auprès de l’Onu en matière de lutte contre les trafics de drogues et contre le terrorisme ; deux sujets qui font l’unanimité de la rhétorique internationale alors que chacun sait que ces fléaux sont créés et contrôlés par les États-Unis.

Si tout avait bien débuté et que les différents ambassadeurs membres du Conseil de sécurité se félicitaient de cet air frais, la réunion a tourné court après les interventions des ambassadeurs d’Ukraine et des États-Unis. Soucieux d’éviter que ces trois organisations ne viennent troubler le monopole de l’Otan et de l’Union européenne, ils ont accusé la Russie de toutes sortes de crimes et dénoncé ces organisations comme autant de couvertures visant à masquer l’expansionnisme russe. L’ambassadrice des États-Unis conclut que, dans ces conditions, il n’était pas possible d’envisager la moindre coopération de l’Onu avec ces organisations, y compris l’OCS, c’est-à-dire également avec la Chine.

On retrouve ici la position tenue par les uns et les autres lors de la Conférence de Genève 2 : si tous sont en théorie unis contre le terrorisme, Washington ne conçoit pas ce problème comme prioritaire, mais fait passer en premier les exigences de son impérialisme. Sauf que cette fois-ci, il n’a pas attaqué la Syrie, mais giflé la Russie et la Chine.

Le monde paye ainsi le flou qui entoure la lutte contre le terrorisme depuis 2001. Rappelons que le terrorisme n’est pas un ennemi, mais une méthode de combat utilisée par des ennemis.

Washington a donc fermé la seule porte de sortie qui lui était ouverte. L’administration Obama refuse de reconnaître le développement de la Russie, première puissance militaire conventionnelle, et de la Chine, première puissance économique. Elle refuse de lâcher l’organisation unipolaire du monde qui s’est instituée à partir de « Tempête de désert », en 1991, et poursuit ses guerres au Levant et en Ukraine dans l’unique but de couper les deux voies d’approvisionnement terrestre de la Chine vers l’Europe occidentale.

Sachant que sa position est intenable à court terme et qu’il ne souhaite pas la Guerre mondiale, Washington se prépare à séparer le monde en deux. Il ne devrait pas s’agir d’un retour à la Guerre froide, où le monde était un, bien qu’administré à deux. Mais d’une structuration nouvelle : d’un côté un monde unipolaire gouverné par les seuls États-Unis, de l’autre des États indépendants et insoumis coopérant entre eux autour de la Russie et de la Chine, et le moins de passerelles possibles entre ces deux mondes. Ce qui implique la fin du libre-échange mondial, de l’organisation mondiale du commerce, de la globalisation économique, et donc un gigantesque retour en arrière.

Si Washington persiste dans cette direction, il devrait se retirer militairement de Syrie et laisser la paix y revenir —sauf à la frontière irakienne où il maintiendra la coupure de la route de la soie—. Du fait des États-Unis cette fois, une barrière infranchissable devrait s’abattre sur le monde et diviser l’Humanité à la manière dont le Mur de Berlin avait coupé la population de l’ancienne capitale allemande et divisé ses familles durant près d’un demi-siècle. Il deviendra ainsi très difficile pour les Syriens ayant fui les jihadistes à l’étranger de revenir chez eux et de retrouver leur famille. Il sera impossible pour un occidental de passer ses vacances à Moscou ou d’acheter des ordinateurs chinois.

 

Thierry Meyssan


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