Les Traoré forcément respectables, la gendarmerie coupable forcément !

par Philippe Bilger - le 25/07/2016.



Les tragédies massives occultent des scandales plus quotidiens, Nice a fait négliger Beaumont-sur-Oise.

Pourtant il y aurait beaucoup à dire à la suite de la mort le 19 juillet d'Adama Traoré, 24 ans, à la suite d'une interpellation dans la cité de Boyenval.

Beaucoup à dire mais, en même temps, depuis cette date on retrouve un processus terriblement répétitif qui, en substance, oppose des "saints" quoi qu'ils aient accompli à des "salauds" aussi légitime qu'a été leur action. En l'occurrence la famille Traoré médiatiquement promue et soutenue contre des policiers et des gendarmes évidemment de mauvaise foi !

 

Adama Traoré aurait été victime d'une "bavure" puisque selon son frère Bagui, il est entré "vivant dans le camion et qu'il en est sorti mort" quand il a été transféré à la brigade de Persan.

Depuis le 19 juillet, quatre nuits de violences et de dégradations et un dispositif de taille pour en empêcher une cinquième (Le Parisien).

Les forces de l'ordre traitées de "assassins, fils de putes et bandes de bâtards".

"Tensions après la mort d'un jeune interpellé" titre Le Monde qui consacre, comme il se doit, un très long article où est mis sur le même plan le comportement des fauteurs de trouble et celui des gendarmes et policiers.

TF1 n'est pas en reste qui lors de son journal de 20 heures, le 22 juillet, redonne une importance démesurée à cette triste affaire, au sujet de laquelle on demeure dans l'équivoque au bénéfice bien sûr de la famille Traoré.

Quelques rappeurs sont de service pour soutenir la cause de celle-ci et Omar Sy continue à exploiter sa popularité pour systématiquement, sans rien savoir, aller du bon côté démagogique, du mauvais pour la discrétion et la prudence. Avec un tweet convenu et brassant large (20 minutes).

Les appels à manifester sur les réseaux sociaux et l'ébullition ignorante des professionnels du désordre.

Une marche blanche dégradant un deuil privé en défilé public. Pour réclamer on ne sait quoi puisqu'une enquête est diligentée et la Justice saisie.

 

Le Défenseur des droits étudie ce dossier car le CRAN l'a saisi malgré la procédure en cours.

Personne évidemment ne se risque à évoquer le passé d'Adama Traoré. Etait-il effectivement ou non sorti de prison un mois et demi avant le 19 juillet ? On glisse sur le fait qu'il serait intervenu pour assister son frère Bagui concerné, avec d'autres, par une enquête préliminaire pour extorsion de fonds, même si ce dernier affirme qu'Adama aurait fui parce qu'il n'avait pas ses papiers.

Ces informations n'auraient pas rendu moins douloureuse la mort d'Adama pour sa famille, ses parents, son frère et sa soeur Assa, tous deux très présents médiatiquement, mais elles seraient nécessaires pour déterminer si les gendarmes ont été confrontés à des angelots ou à des jeunes gens décidés à en découdre.

Cette mécanique irrésistible de la présomption de culpabilité à l'encontre d'autorités que l'état de droit légitime est d'autant plus insupportable en l'occurrence que l'autopsie n'a relevé "aucune trace de violence de nature à entrer dans le phénomène du décès" mais, outre des égratignures, "une infection massive touchant plusieurs organes" dont la nature sera précisée par une expertise bactériologique et toxicologique (Le Parisien).

Dans le climat de ces dernières années, il est tristement normal que la famille Traoré soupçonne et incrimine.

Il n'est pas habituel, en revanche, qu'un avocat sollicite une "contre-autopsie" comme si la première était sujette à caution "malgré la compétence des médecins légistes(...)et pour rassembler le maximum d'informations claires pour la famille". Comment laisser entendre plus élégamment qu'il doit y avoir une vérité acceptable pour la famille ?

 

Il est vaudevillesque mais prévisible que Me Karim Achoui s'immisce sans titre dans ces péripéties et qu'il soit clairement renvoyé à la déontologie par le confrère en charge du dossier, Me Zajak.

L'anormal qui se rapporte à la structure même du monde médiatique et de la tonalité sociale et communautariste favorisée par la gauche de gouvernement, est la focalisation unilatérale sur un point de vue pour lui apporter du poids, de la consistance et de la plausibilité.

Et l'absence totale de dénonciation des transgressions graves qui portent atteinte à l'ordre public, aux personnes et aux biens. Avec l'aval lâche ou complaisant de ceux qui auraient pour mission démocratique de les fustiger.

Mais comment résister ?

Puisqu'aujourd'hui c'est pain bénit que de préjuger une "bavure" au détriment d'une famille Traoré, ou demain d'un jeune maghrébin... Je parie que Dupont ou Dubois exciteraient moins la partialité médiatique.

Cette machine infernale qui se plaît sinon à inverser l'ordre des responsabilités au moins à répudier toute équité, en exigeant d'abord des preuves de la normalité institutionnelle, m'a toujours indigné. Avec ce paradoxe que "la vérité, on la veut avec vous, madame la juge" mais qu'il serait hors de question qu'elle soit différente de celle que depuis quelques jours, insidieusement ou ostensiblement, on cherche à diffuser (JDD).

Tout est fait depuis le 19 juillet pour susciter le trouble dans le certain et la malignité dans l'évidence.

Car il est manifeste que la déontologie des journalistes s'arrête juste avant le traitement de ces incandescences régulières, toujours appréhendées sur le même mode. L'objectivité est inconcevable puisque la cause est toujours entendue.

Pas pour moi. Je regrette mais les Traoré ne sont pas forcément respectables et la police et la gendarmerie pas forcément coupables.

 


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