On a catégoriquement refusé l'aide des services secrets Syriens !

par Alain Chouet - le 20/11/2015


Pour ceux qui ne veulent pas voir, Alain Chouet confirme ainsi en quasi-totalité les informations de Bernard Squarcini (qu’auraient proposé les services syriens, si ce n’est des informations sur nos djihadistes ?). Vous imaginez bien la profondeur du scandale d’État pour que tous ces agents secrets parlent et dézinguent de facto autant nos politiques (ah non, c’est vrai qu’il y en a qui croient que c’est un vaste complot…).

Bien entendu, il y a des contreparties dans ce genre de cas, mais rouvrir une ambassade à Damas et cesser d’appeler à l’assassinant de Bachar al-Assad était ils un grand prix ? L’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, l’Autriche, la Croatie, l’Estonie… tous le payent, il n’y a que nous qui avons des “croisés” comme dirigeants, qui ont oublié que leur première mission, c’est de protéger leurs concitoyens…


Ancien haut responsable de l’espionnage français, Alain Chouet pointe les failles des services de renseignement intérieurs et extérieurs au lendemain des attentats du 13 novembre. Il plaide pour un investissement dans le renseignement humain, dans la police, la gendarmerie et l’armée. Alain Chouet a effectué toute sa carrière au sein de la DGSE (l’espionnage français), dont il a été le chef du service de renseignement de sécurité de 2000 à 2002, après avoir été en poste notamment à Beyrouth, Damas et Rabat. Il est l’auteur de plusieurs livres sur le monde arabe et sur le terrorisme.


Manquons-nous de renseignements en provenance de pays déstabilisés ou en guerre comme la Syrie, l’Irak, la Libye ?

Énormément, oui. La France a rompu tous les liens de la DGSE avec les services syriens. Or les services secrets sont faits pour dîner avec le diable, sinon ils ne servent à rien. Que le pouvoir politique ait voulu rompre avec le régime syrien, c’est une décision qu’il a toute légitimité pour prendre. Mais le rôle des services spéciaux est de permettre – si besoin est – de maintenir un canal discret de communication. Quand, récemment, les services syriens ont tenté de rétablir un canal discret via d’anciens responsables des services français [il s’agit notamment de Bernard Squarcini, l’ancien patron de la DCRI – ndlr], il leur a été opposé un refus catégorique. Que ce soit à droite ou à gauche, il y a une méconnaissance de ce qu’est un service spécial. Notre métier est de garder le contact avec des gens infréquentables. Nous ne sommes ni des juges, ni des flics, ni des diplomates, qu’on nous laisse parler aux agents syriens ne serait pas une reconnaissance politique du régime de Bachar. Avec la Libye et l’Irak, on a aussi perdu quelques bons clients ces dernières années. Ce n’était pas toujours blanc de poil, mais on avait l’habitude de travailler avec eux contre la violence islamiste. On savait que sur une liste de 50 islamistes qu’ils nous envoyaient, il y avait en fait cinq opposants à leur régime. On en tenait compte. Aujourd’hui, on est aveugles, on n’a plus rien qui vienne de ces trois pays. Et dans les zones grises où il n’y a plus vraiment de pouvoir d’État, au Sahel ou ailleurs, il est difficile d’envoyer un blond aux yeux bleus se trimballer, ou de recruter des agents sur place, avec des groupes islamo-mafieux très dangereux qui tuent sans hésiter. [...]


Existe-t-il des pays qui ne jouent pas le jeu, ou qui ont d’autres logiques que la nôtre vis-à-vis des djihadistes ?

Oui, il y a les sponsors idéologiques et financiers du terrorisme. Les pétromonarchies du Golfe, qui essayent par tous les moyens – et en particulier par la diffusion de l’idéologie salafiste – d’empêcher la constitution d’un axe chiite du Liban jusqu’à l’Iran, qui ont un problème de légitimité musulmane, et qui veulent empêcher toute dérive démocratique. L’Arabie saoudite, par exemple, s’emploie depuis 30 ans à distiller le message salafiste et wahhabite en Europe, à travers des écoles et des fondations, et le résultat est là aujourd’hui. Il y a trente ans, les musulmans de France ne savaient pas ce qu’était le wahhabisme. Cela étant, l’Iran a pratiqué le terrorisme d’État dans les années 1980 et y a renoncé.


Pour conclure, vous militez pour moins de collecte de données, et plus de moyens humains au sein des services français.

Aux États-Unis, le dragage massif de données n’a pas permis d’éviter les attentats de Boston, et même pas les mitraillages hebdomadaires sur les campus qui avaient été annoncés par leurs auteurs sur les réseaux sociaux. On n’a vraiment pas intérêt à mettre tous nos œufs dans le panier des écoutes massives. Il nous faut des ressources humaines et opérationnelles. Pour le prix d’un satellite d’écoute, on peut embaucher des centaines de personnes. Mais ça demande du temps, et de la volonté politique. À la fin des années 1990, une fois passés les attentats de 1995 qui étaient liés à la situation algérienne, on est venu me dire que mon service coûtait cher et qu’il ne servait pas à grand-chose puisque rien ne se passait. Bercy rechignait à budgétiser les postes. À la DGSE aujourd’hui, il doit y avoir 4 500 à 5 000 personnes, dont 1 000 qui font de l’administratif. Le problème n’est pas tant les effectifs que la qualité et l’utilisation des effectifs, comme à la DGSI. J’ajoute qu’à la gendarmerie, il y a 80 000 personnes qui, à une époque, quadrillaient le territoire et parlaient à tout le monde. On les a reconvertis en percepteurs d’impôts et pères Fouettard sur le bord des routes, au lieu de créer un corps spécifique, une police des routes. Du coup, le maillage territorial du renseignement et la défense opérationnelle du territoire ont été affaiblis.



Source : https://www.les-crises.fr/ex-directeur-de-la-dgse-on-a-categoriquement-refuse-laide-des-services-secrets-syriens/


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