Deux textes très intéressants

...par le Lcl. Quentin Deubergue - Le 10/05/2020.

 

Manie due à mes antécédents professionnels, je n'ai pas pu m'empêcher de commettre une nouvelle fiche sur le COVID 19 en France. 

 

De plus, j'ai trouvé un document intéressant sur la manière dont la Suède a traité le problème.

 

Merci de vos réactions, si vous n'êtes pas déjà saturés de la question,

ce que je comprendrais parfaitement

 

 Quentin


MORTALITÉ DUE AU COVID 19 EN FRANCE DE MARS A MAI 2020

Pour faire le point des décès dus au COVID 19 en France, il est d’abord important de les replacer dans l’ensemble des décès au niveau national, et de ne pas oublier qu’en France, pour une population de 67 064 000 habitants au 1er janvier 2020, le nombre moyen de décès journaliers est de l’ordre de 1800 décès, toutes causes confondues dans les périodes normales, ce qui donne en moyenne 54 000 décès par mois et 648 000 décès par an.

De façon récurrente, et sans que les autorités prennent des mesures particulières autres que des campagnes de vaccination, les grippes saisonnières de début d’année sont l’occasion de milliers de décès supplémentaires par rapport à la moyenne parmi les personnes les plus fragiles et les plus âgées de la population française dont l’espérance de vie est de l’ordre de 82 ans (80 ans pour les hommes, 85 ans pour les femmes).

Un bilan statistique de l’INSEE portant sur les quatre premiers mois des quatre dernières années montre que, du fait de la quasi-absence de grippe saisonnière au début de l’année 2020, le nombre des décès en janvier-février a été nettement plus faible que les années précédentes. Ainsi, entre le 19 janvier et le 17 février 2020, on a enregistré 17 600 décès de moins que pour la même période de 2017 où la grippe avait été virulente. A partir du mois de mars, l’épidémie de COVID 19 a fait plus que rattraper ce retard : 24 372 décès dus au COVID du début mars au 30 avril, ce qui peut être évalué comme un total de 132 000 pour ces deux mois au lieu d’un chiffre moyen de 108 000. C’est un accroissement sérieux, mais certainement pas une catastrophe démographique. De plus, à la différence des accidents du travail et de la route, cet accroissement concerne essentiellement les plus âgés de nos compatriotes et épargne largement la population active et les enfants, qui peuvent être touchés par la maladie mais très exceptionnellement au point d’en décéder.

  1. Tableau comparatif des décès quotidiens de janvier à avril 2017, 2018, 2019 et 2020. Ce tableau ne va que jusqu’au 16 avril pour 2020. Si la courbe jaune continuait jusque fin avril, on pourrait ajouter un écart de 10 000 décès supplémentaires (24 372 décès attribués au COVID 19 à la date du 30 avril).

 

Concernant les décès dus au COVID 19, l’INSEE nous donne un tableau de la répartition par tranche d’âge des décès survenus en milieu hospitalier du fait de cette maladie.

  1. Statistique des décès par âge du début mars jusqu’au 8 avril 2020.

 

 

Si l’on applique les valeurs fournies par l’INSEE, les décès à l’hôpital dus au COVID 19 par tranche d’âge se présentent comme suit :

  • Du début mars au 8 avril, sur 7 632 décès (en noir) :

  • En extrapolant, du début mars au 30 avril, sur 15 244 décès (en rouge) :

0 à 9 ans : 0 0

10 à 19 ans : 0 0

20 à 29 ans : 7 15

30 à 39 ans : 35 76

40 à 49 ans : 100 198

50 à 59 ans : 366 731

60 à 69 ans : 877 1 753

70 à 79 ans : 1 885 3 765

80 à 89 ans : 3007 6 007

90 ans et + : 1 358 2 713

On remarquera que sur les 15 244 décès survenus à l’hôpital, 6007 + 2 713 = 8 720 décès concernent les patients âgés de 80 ans et plus. A ces décès, il faut ajouter les 9 132 décès survenus hors des hôpitaux en EHPAD, qui n’avaient pas été comptabilisés avant le début d’avril, mais qui, sauf rare exception, concernent la même tranche d’âge, soit un total de : 8 720 + 9 132 = 17 852 décès de personnes de 80 ans et plus. On peut rappeler à cette occasion qu’un grand nombre de patients décédés à l’hôpital provenaient logiquement des EHPAD. En fait, plus de la moitié des personnes décédées provenaient des EHPAD.

Sur les 25 531 décès attribués au COVID 19 au 30 avril 2020, ce sont donc 17 852 décès qui concernent la tranche d’âge de 80 ans et plus. On peut rappeler à ce stade que l’espérance de vie moyenne en France est de 82 ans. De plus, 5 524 autres décès concernent la tranche d’âge des retraités de 60 à 79 ans. Pour les tranches d’âge de la population active de 20 à 60 ans, concernées pour 1020 décès en deux mois, soit 17 par jour, le taux de décès demeure faible, et tout porte à croire qu’il a été compensé par l’effondrement du nombre de décès par accidents du travail et de la route, du fait du quasi-arrêt des activités économiques dans la même période. Il n’y a de plus, sauf cas exceptionnel, aucun décès parmi les enfants et les adolescents d’âge scolaire.

 

Gestion de l’épidémie par les autorités gouvernementales.

Initialement, les autorités ont eu tendance à assimiler l’épidémie de COVID 19 à une nouvelle forme de grippe saisonnière dont les dégâts ne seraient pas plus importants, malgré le fait que l’on en ignorait les caractéristiques et que l’on n’avait pas de vaccin. Mais ce n’est pas parce qu’on a un vaccin contre la grippe que tout le monde se fait vacciner, et les grippes font chaque année des milliers de victimes. Au début de mars les autorités ont commencé à modifier leur attitude en constatant un début de saturation du système hospitalier là où le COVID 19 avait commencé à s’implanter, en Alsace et dans l’Oise. Il devenait urgent d’éviter une saturation des soins intensifs (capacité nationale de 7000 lits au maximum, du moins initialement) qui risquait d’aboutir à une montée en flèche des décès parmi les patients qu’il aurait été impossible de soigner correctement. De plus, il est apparu que les hôpitaux manquaient des moyens, masques adaptés, lunettes et effets de protection nécessaires pour les personnels soignants dans les zones COVID qui y étaient créées à cet effet.

Confronté à l’urgence et sous le feu des critiques, le gouvernement a donc décidé à partir du 17 mars de changer radicalement d’attitude et d’appliquer à toute la population un confinement strict permettant de ralentir la propagation de l’épidémie, et ainsi de gagner le temps nécessaire pour permettre au système hospitalier de s’organiser et d’encaisser le choc de la première vague épidémique. De fait, l’importance de cette vague a pu être mesurée à la montée rapide des cas d’urgence en soins intensifs au mois de mars, passées de 699 cas au 17 mars, début du confinement, à 7 142 cas au 8 avril, saturant l’essentiel des moyens disponibles. On a pu assister depuis cette date à une décrue progressive vers les 4 019 cas d’urgence au 30 avril et 2 868 cas au 9 mai (on ne dispose pas de statistiques sur le taux de mortalité des personnes traitées en soins intensifs). Dans le même temps, les autorités ont pu fournir aux hôpitaux une bonne partie des moyens dont ils manquaient initialement pour faire face à la crise, et les EHPAD ont pu prendre des dispositions pour bloquer la propagation de l’épidémie. Le gouvernement a claironné que le confinement avait sauvé 60 000 vies, ce qui est en partie possible mais bien sûr invérifiable.

Mais la contrepartie est sévère sur le plan économique. Même s’il s’agit d’une pandémie qui touche l’ensemble du monde développé à commencer par la Chine, et en particulier les grandes métropoles mondialisées avec New York au premier rang, un certain nombre de décisions touchent directement le niveau national. L’activité économique ne peut pas plus se maintenir à l’arrêt qu’un homme ne peut s’empêcher de respirer. C’est possible une minute, mais au bout d’un quart d’heure, l’homme est mort. Il en va de même pour l’économie d’un pays. Par ailleurs, les enfants d’âge scolaire et les étudiants ne peuvent continuer à être privés du système éducatif. Le déconfinement devient donc la première urgence.

La date de ce dernier a été fixée au 11 mai. Mais, pour le gouvernement, assailli de critiques et d’assignations en justice, tenu par ailleurs par le principe de précaution malheureusement inscrit dans la constitution française depuis le début des années 2000, la tentation est grande de se couvrir face à toutes les directions. La reprise de l’activité est donc partout subordonnée à des consignes émises par des spécialistes de la santé qui ont tendance à transformer le pays en l’annexe d’un vaste hôpital. Il suffit de parcourir les quelque 55 pages de consignes reçues par la directrice d’une école primaire pour réaliser l’ampleur de « l’usine à gaz » conçue par ces nouveaux « docteurs Knok », qui va freiner considérablement la reprise de la scolarité comme de l’activité en général dans notre pays, tout en donnant aux décideurs les moyens juridiques de se protéger face aux tribunaux. Il est pourtant établi que le risque induit par le COVID 19 est pratiquement nul pour les enfants d’âge scolaire comme pour les étudiants.

Le fait qu’une usine Renault voie la reprise de son activité bloquée dès le début par une action en justice menée par la CGT pour des prétextes futiles montre que tout le monde est loin d’être convaincu, aussi bien dans certains syndicats que parmi les magistrats, de la nécessité d’une reprise rapide de l’activité économique pourtant essentielle pour faire face à la crise qui va suivre.

Pour justifier toutes ces mesures, on agite la menace d’une « seconde vague » supposée de même ampleur que la première. On peut cependant en douter pour les raisons suivantes :

  • Les personnes les plus fragiles ont déjà péri, frappées par la première vague face à laquelle aucune mesure n’avait été prise initialement, en particulier dans les EHPAD ;

  • La population applique massivement les consignes de « distanciation sociale » et de port du masque qui lui ont été serinées pendant deux mois. Plus personne à Paris, même les esprits forts, ne se fait la bise voire ne se serre la main. La peur ainsi inculquée dans une bonne partie de la population par les média ne va pas disparaître en quelques jours ;

  • Si les enfants sont un vecteur important de la propagation de la maladie, ce qui reste en fait à démontrer, les mesures ubuesques imposées aux directeurs d’école, mesures largement à l’origine du peu d’enthousiasme des enseignants comme des parents pour la reprise des cours, vont considérablement freiner cette propagation.

  • Enfin, les personnes à risques comme les EHPAD prennent désormais les mesures de prévention nécessaires.

 

Il demeure urgent de ne pas sacrifier l’activité de la population active comme l’enseignement des enfants d’âge scolaire et des étudiants à une protection outrancière des couches les plus âgées de la population. Même si cela ne fait pas plaisir, nous mourrons tous, et pas forcément du COVID 19 !

 

Pour consulter les graphiques que je n'ai techniquement pas pu reproduire, télécharger l'original :

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COVID 19 en France de mars à mai.docx
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Confinement : La leçon suédoise

..par Laurent Pahpy - Le 08/05/2020.

Source : http://www.slate.fr/story/190365/covid-19-confinement-lecon-suede-libertes-derives-autoritaires-france

Face à l'incertitude du début de pandémie de Covid-19, la Suède a fait un choix plus juste et plus moral que la France, qui se trouve être aussi plus efficace jusqu'à présent.

Stockholm, le 22 avril 2020. | Anders Wiklund / TT NEWS AGENCY / AFP

 

Face au coronavirus, il est un pays qui fait figure de mouton noir. Alors que toute l'Europe est touchée et a confiné de manière plus ou moins autoritaire sa population, la Suède a décidé de faire un tout autre pari: celui de la confiance en la responsabilité individuelle.

 

Si les lycées et les universités assurent leurs cours à distance et si les rassemblements de plus de cinquante personnes ont été interdits, l'État scandinave n'a fermé ni les écoles, ni les restaurants, ni les frontières. Le gouvernement informe et formule des recommandations sans les imposer. Les Suédois sont appelés à respecter les consignes de distanciation sociale et les personnes les plus fragiles à rester confinées.

 

La stratégie suédoise paie-t-elle ?

 

L'autolimitation des Suédois, globalement appliquée, semble fonctionner. Les déplacements sur de longues distances ont diminué de 90% pendant les fêtes pascales. Les terrasses des restaurants ne sont pas bondées et tout le monde prend ses précautions.

L'évolution de la situation reste bien entendu incertaine. Le nombre de morts par million d'habitants se trouve dans la tendance européenne des pays les plus gravement atteints (France, Italie, Espagne) et significativement plus que les voisins scandinaves (Norvège, Danemark, Finlande) qui ont tous drastiquement confiné. Ces données doivent être prises avec beaucoup de précautions, car le nombre de décès n'est pas calculé de la même manière selon les pays. La situation n'est pas simple, notamment dans les maisons de retraite, et certains scientifiques suédois appellent à des mesures plus strictes.

 

Comparer la mortalité avec le Danemark et la Norvège a ses limites. Les morts sont inévitables et arriveront tôt ou tard car il est trop tard pour contenir l'épidémie. La consigne des médecins consistant à aplatir la courbe pour étaler les malades dans le temps n'a pas pour but d'empêcher les décès du Covid-19, mais de prévenir les morts dues à la mise à mal du système de soins. Si l'on juge la réussite de la stratégie suédoise relativement à cette consigne, les hôpitaux suédois n'ont pas eu à souffrir de saturation et ont traité tous les malades au moins jusqu'à fin avril.

L'approche suédoise, d'un point de vue médical, aurait un autre avantage. Même si elle est sujette à caution parmi les experts quant à son efficacité, elle peut être vue comme un pari pour atteindre l'immunité de groupe. Cela permettrait de limiter une deuxième ou une troisième vague qui risque de toucher les pays ayant fortement confiné, comme la France, entraînant de nouvelles restrictions toujours plus dommageables. L'épidémiologiste en chef de l'Agence de santé publique suédoise, Anders Tegnell, a déclaré dans une récente interview qu'un quart des Stockholmois auraient déjà été exposés et que l'immunité de groupe pourrait être atteinte dans les prochaines semaines à Stockholm.

 

Aurions-nous pu appliquer la méthode suédoise ?

 

La pandémie du coronavirus touche toute l'Europe. Certains pays sont plus affectés que d'autres. Les causes sont multiples: le manque d'anticipation, la densité et la répartition géographique de la population, les facteurs culturels, la capacité des systèmes de santé, la flexibilité de l'industrie domestique, les restrictions aux importations, l'inertie des bureaucraties plus ou moins omnipotentes et centralisées, mais aussi, malheureusement, une grande part d'aléatoire difficilement explicable.

Aurions-nous pu, en France, faire comme les Suédois? Nos pays ne sont pas identiques. Le pays est moins dense et accueille moins de tourisme international. Culturellement, les Suédois ont des habitudes et une histoire politique différentes. Ils n'ont pas le même rapport aux conseils sanitaires et à l'État. Quatre Suédois sur cinq font confiance à l'Agence de santé publique. Les recommandations des agences sont respectées alors que nous avons parfois tendance à être plus méfiants, voire même complotistes lorsqu'il s'agit de médicaments ou de vaccins.

 

Les Français ne sont toutefois pas le peuple irresponsable, désordonné et incapable d'appliquer des consignes sanitaires de manière volontaire que dépeignent les personnes discréditant une approche à la suédoise dans l'Hexagone. Nombre d'entre nous respectaient les conseils médicaux plusieurs semaines avant que l'État n'impose des mesures très restrictives. Ateliers de masques artisanaux, soutiens solidaires avec les soignants et les plus démunis, reconversions de chaînes de production en urgence... Les initiatives, petites comme géantes de la société civile et des entreprises sont capables de faire des miracles en situation de crise.

 

En réalité, nous ne savons pas ce qui aurait pu se passer si nous avions misé sur la confiance et la responsabilité de chacun. Le refus du confinement autoritaire ne signifie pas le rejet du confinement volontaire. Probablement, certains auraient fait fi des recommandations médicales, mais d'autres, peut-être plus nombreux, les auraient respectées. De multiples mécanismes spontanés de pression sociale auraient pu inciter à plus de précautions. La fermeture ou la limitation des accès aux lieux de rencontres comme les marchés, les rues animées ou les sites de loisirs auraient pu aussi être décidés de manière volontaire, locale et décentralisée, apportant ainsi une réponse à l'émoi suscité par les images des fêtards agglutinés le week-end du 15 mars. Réécrire l'histoire est forcément hasardeux, dans un sens comme dans l'autre.

 

Aurions-nous dû appliquer la méthode suédoise ?

 

Une différence majeure entre un confinement coercitif, uniforme et un confinement consenti, décentralisé dans un contexte d'incertitude extrême est que les mesures prises volontairement et localement peuvent s'adapter de manière très rapide et efficace. Le processus de découverte et d'apprentissage est bien plus performant. On aurait pu se rendre compte que certains départements ou populations n'avaient pas besoin de tant de contraintes tandis que d'autres régions nécessitaient plus de précautions.

 

On aurait pu expérimenter des solutions et des protections moins coûteuses, découvrir des arbitrages plus efficients et plus conciliants. Le fameux juste milieu que les Suédois appellent «lagom». Individuellement, nous aurions pu adapter nos comportements, et nous permettre quelques exceptions quand les situations personnelles ou professionnelles le nécessitaient, comme aller voir un parent mourant, ce que le confinement a interdit.

L'état dramatique de notre activité productive était en outre prévisible. Si la crise affecte tous les pays, la Suède pénalise bien moins son économie que la France. Selon le journaliste Dominique Seux, sur les 47 millions de Français âgés de plus de 18 ans, 34 millions dépendent désormais directement de l'État pour leurs revenus. L'effondrement économique qui nous attend sera plus douloureux que si le confinement avait été plus adaptatif. Depuis quelques semaines, nous savons que le Covid-19 s'attaque durement aux plus vieux et épargne les jeunes. Ces derniers auraient pu remettre plus rapidement la machine en marche tandis que nous aurions pu protéger plus encore nos aînés et ceux présentant des comorbidités.

 

Aussi, il n'est pas dit que les maux engendrés par le confinement soient moins coûteux que les années de vie sauvées pour les personnes infectées (plus de la moitié des décédés ont plus de 80 ans, l'espérance de vie est de 80 ans pour les hommes, 85 ans pour les femmes). Une économie en ruine, ce sont des chômeurs, des dépressions, des suicides, des violences familiales qui se multiplient. Mais aussi des moyens en moins pour la recherche médicale et les hôpitaux qui devront soigner les malades de ces prochaines années. Les conséquences sont encore plus dramatiques dans les pays pauvres qui dépendent de nos exportations. Selon le Programme alimentaire mondial de l'ONU, du fait de la pandémie de Covid-19, le nombre de personnes confrontées à une crise alimentaire pourrait doubler d'ici à fin 2020, atteignant plus de 250 millions.

Comme le soulève l'écrivain suédois Johan Norberg, face à l'incertitude d'un tel arbitrage, la Suède a d'abord appliqué le principe d'Hippocrate «d'abord ne pas nuire» à l'économie. Précisons que Stefan Löfven, le Premier ministre suédois qui a pris cette décision, n'est pas un ultralibéral cynique, mais un ancien syndicaliste social-démocrate. Les Suédois sont conscients que le choix entre la vie et l'économie est un faux dilemme, les deux étant indissociables.

 

Un danger plus grand que le coronavirus: la dérive autoritaire

 

Contrairement à la Suède, nos libertés ont été complètement balayées. Liberté de circuler, d'entreprendre, d'échanger: les mesures, plus ou moins justifiées, ont été imposées sans véritable débat ni contrôle constitutionnel. Les témoignages de l'arbitraire des forces de l'ordre se sont multipliés autant que les discours martiaux du préfet de police de Paris. La prolongation des durées maximales de détention provisoire inquiète les défenseurs des libertés publiques. À Nice, les drones surveillant les passants ont transformé la cité en dystopie orwellienne que l'on pensait réservée à la dictature chinoise. L'état d'urgence sanitaire suspend les délais de transmission et d'examen des questions prioritaires de constitutionnalité. Le Conseil constitutionnel est aux abonnés absents au moment où il est le plus capital de protéger les droits humains face aux risques de l'arbitraire et des dérives autoritaires.

L'avocat François Sureau, auteur de "Sans la liberté", nous met en garde:«Les Français ne sont pas un troupeau de moutons ou une garderie d'enfants. Ils n'ont pas nécessairement besoin d'être d'abord protégés ou rassurés, ils ont besoin d'une autorité politique qui leur dise la vérité, et qui les traite comme des citoyens adultes

 

Le formulaire de déplacement dérogatoire est la marque de l'infantilisation d'État, comme si le comportement insouciant d'une minorité impliquait de considérer tous les Français comme des irresponsables. Sur ce point, la Suède n'est pas la seule. Nombre de nos voisins européens n'ont pas besoin de ce genre d'attestation humiliant notre responsabilité pour appeler la population à respecter les consignes de distanciation sociale des médecins.

 

Enfin, méfions-nous du gouvernement des blouses. La santé, si elle est essentielle, n'est pas une fin qui doit dicter la loi, sinon boire et fumer devraient être interdits. Dans le cas du coronavirus, les seniors isolés dans les Ehpad n'ont pendant un temps pas eu le droit de recevoir de la visite de leur famille voire même de discuter avec leurs voisins de chambre. Les personnes qui meurent loin des leurs, assignées à résidence, montrent que vouloir faire le bien des gens à leur place leur fait parfois plus de mal. Une vie sans la liberté de voir ses proches, quitte à devoir prendre des précautions sanitaires, n'est pas une vie.

 

Garantir nos libertés, c'est protéger notre santé

 

Face aux incertitudes de l'arbitrage entre liberté, responsabilité, maintien de l'activité productive d'une part, et confinement, dérive autoritaire, effondrement de l'économie d'autre part, la santé ne peut pas tout légitimer. Du fait de sa violence aveugle et de son arbitraire, l'État ne devrait pas décider de quel niveau de sécurité imposer aux individus pour leur bien.

 

Les multiples défaillances de son omnipotence bureaucratique aggravent d'ailleurs la crise. Les pénuries de masques et de gel hydroalcoolique sont largement explicables par le fiasco des réquisitions qui ont désorganisé les circuits de distribution classiques et par les contrôles des prix qui ont raréfié l'offre. Ces échecs devraient nous inviter à nous méfier tout autant du gouvernement que du coronavirus. Notre acceptation de cette arrogance autoritaire créera un précédent qui laissera des traces durables sur les libertés que les hommes de l'État, de gauche comme de droite, se sentiront légitimes de bafouer lorsque de nouvelles menaces surgiront.

 

La Suède démontre qu'une situation de crise aussi grave que celle du Covid-19 ne peut justifier de se défausser de sa responsabilité individuelle pour se jeter dans la facilité de la dérive autoritaire. Face à l'incertitude du début de pandémie, la Suède a fait un choix plus juste et plus moral, qui se trouve être aussi plus efficace jusqu'à présent. Et même si demain les hôpitaux suédois arrivaient à saturation, rien ne permettrait d'affirmer que les Suédois ne réagiraient pas en se confinant volontairement plus encore, avec plus d'efficacité que nous ne pourrions l'envisager en France.

Nous, Français, devons accepter cette leçon. Il est trop facile de se jeter dans les bras de la dérive autoritaire au nom de l'urgence sanitaire, cajolés dans l'illusion de richesse des milliards de subventions que nous devrons irrémédiablement payer. Il est tout aussi aisé de donner cette leçon après coup. Comme le dit Johan Norberg, soyons reconnaissants aux Suédois d'avoir eu le courage de miser sur la liberté et la responsabilité jusqu'à présent. Espérons qu'ils auront la persévérance de continuer sur cette voie.

 

Nous nous sommes fourvoyés dans la panique, et avons oublié que nous infantiliser dans un confinement arbitraire est une insulte à notre responsabilité, et donc à notre liberté, dommageable pour notre santé et pour notre avenir. Même dans le cas d'une pandémie, la liberté (responsable) est non négociable. Tâchons désormais d'appliquer ce premier principe de notre devise au plus vite dans le cadre du déconfinement ou d'une éventuelle recrudescence du virus post-confinement.

 

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