Audition du général Christophe Gomart, 

directeur du renseignement militaire

 

Le 08 avril 2015, la commission auditionne le général Christophe Gomart, directeur du renseignement militaire.

 

La réunion reprend à 9 heures 50.

 

M. Jean-Pierre Raffarin, président. - Nous auditionnons à présent le général Christophe Gomart, dans le cadre du travail que nous engageons sur le projet de loi sur le renseignement, et de la révision de la loi programmation militaire (LPM), au mois de juin. Le général Gomart dirige le renseignement militaire.

Chacun comprend que le renseignement est devenu une composante essentielle de notre stratégie de défense, mais aussi en matière de sécurité nationale. La direction du renseignement militaire (DRM) est l'un des six services qui font partie de la communauté du renseignement. Outre la DRM, deux autres services relèvent de la défense, la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et la direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD).

La mission de la DRM est de renseigner les autorités politiques et militaires et de les aider à arrêter leur choix dans le cadre de la veille stratégique. La DRM est à ce propos en lien direct avec le chef d'état-major des armées (CEMA) pour permettre de déterminer certaines options militaires et conduire les opérations nécessaires à celles-ci.

La DRM est un service très important dont l'originalité tient notamment à la richesse de ses capteurs. La qualité de la source est certes importante, mais celle de l'appareil l'est tout autant, ainsi que sa capacité à fusionner avec le renseignement d'intérêt militaire. Cette proximité permet un certain métissage entre l'information et la capacité militaire.

Le général Gomart a engagé un travail de transformation et de modernisation de la DRM. C'est pourquoi son exposé est important pour faire le point sur l'organisation de ses missions, en intégrant cette vision dans la perspective du projet de loi sur le renseignement et de l'actualisation de la loi de programmation militaire.

Général Gomart, vous avez la parole.

Général Christophe Gomart. - Mesdames les sénatrices, messieurs les sénateurs, permettez-moi tout d'abord de vous dire l'honneur et le plaisir qui sont les miens à m'exprimer devant vous au sujet de la DRM.

Antoine de Jomini, célèbre pour avoir décrypté le génie militaire de Napoléon, au sein de l'état-major duquel il a servi avant de rejoindre ensuite celui du Tsar, rappelait un principe élémentaire pour tout chef militaire : « comment un homme peut-il dire ce qu'il devrait faire lui-même s'il est ignorant de ce que fait son adversaire ? ».

C'est tout le principe et le sens de l'action de la DRM, service de renseignement des armées, qui permet d'assurer la capacité d'appréciation autonome de situation des chefs militaires sur le terrain, du CEMA et du ministre de la défense.

C'est un service autonome, discret et intégré, puisqu'il dispose de ses propres capteurs. Il fournit le renseignement nécessaire aux décideurs et aux acteurs des opérations militaires pour leur garantir une réelle liberté d'action : connaître l'adversaire et ses intentions permet de concentrer ses efforts sur un objectif décisif, et donc d'économiser les moyens engagés.

Pour illustrer mon propos, je reviendrai d'abord sur l'année 2014-2015, riche en événements et en engagements pour la DRM. Je décrirai ensuite les enjeux fondamentaux de la DRM, avant de conclure par les pistes envisagées pour relever nos défis majeurs.

Il y a deux ans, je vous aurais parlé des succès de Serval, succès fondés sur la connaissance précise de cette zone du Sahel que la DRM avait engrangée au cours des années, facilités par l'implication de tous les moyens de la DRM pour permettre à la force de disposer à temps du renseignement nécessaire à la conception et à la conduite de sa manœuvre. J'aurais sans doute aussi abordé la situation en Afghanistan et les derniers soubresauts de Côte d'Ivoire et du Kosovo, ainsi que le suivi des grandes puissances militaires comme la Chine.

Aujourd'hui, le tableau que je suis en mesure de dresser devant vous est bien plus fourni ; la DRM est engagée sur trois théâtres d'opération, suit trois zones de crises majeures et maintient son niveau de veille stratégique à un niveau élevé. Ce tour d'horizon est possible, car la DRM dispose de toutes les capacités nécessaires à l'élaboration du renseignement : des capteurs techniques particulièrement perfectionnés, notamment les satellites dont j'ai le contrôle opérationnel, des capteurs humains, des analystes civils et militaires, des experts de zones géographiques ou de thématiques particulières. Tous permettent à la DRM de produire environ 10 000 notes de renseignement par an, et surtout de satisfaire les besoins immédiats du CEMA, comme ceux des commandements opérationnels et, bien sûr, du ministre de la défense.

Nous appuyons la force Barkhane au Sahel, dans cette zone gigantesque, où nous suivons tous les groupes armés terroristes, comme l'a souligné l'action menée ce week-end par le commandement des opérations spéciales, dans le cadre de la libération de l'otage néerlandais. Les groupes armés terroristes sont sérieusement étrillés par l'action de nos forces, mais sont néanmoins toujours aptes à faire peser une menace sur les forces internationales, comme sur les ressortissants occidentaux. Il faut rappeler à ce propos qu'un roumain a été enlevé très récemment encore.

Ces groupes armés terroristes ont revu leurs modes d'action pour moins prêter le flanc à nos opérations de renseignement et d'action, et présentent une capacité d'adaptation permanente. L'Adrar des Ifoghas, dont vous avez tous entendu parler et, plus largement, le Nord-Mali, demeure leur sanctuaire, mais la Libye est aussi une zone refuge générant un trafic important à travers le Niger.

En Centrafrique, nous participons à la mission de la force Sangaris face à une situation plus calme mais toujours fragile. Le renseignement permet de suivre les deux principaux acteurs de la crise, les anti-Balaka et les ex-Seleka, dont les velléités de pouvoir demeurent prégnantes, alors que les instances de transition peinent à les désarmer.

Enfin, en Irak, nous avons déployé un large dispositif de recueil de renseignement en appui des frappes de nos aéronefs de l'opération Chammal et de ceux de la coalition. Il nous permet de mieux appréhender Daesh, cet adversaire proto-étatique d'un genre nouveau, aujourd'hui temporairement à l'arrêt au nord de l'Irak, mais toujours offensif dans la province d'Al-Anbar et en Syrie. Il a aussi facilité l'intégration de la France au sein des instances de commandement américaines, en renforçant notre crédibilité grâce à du renseignement précis, fort apprécié de nos alliés.

En parallèle de cet appui direct aux opérations, la DRM fait un effort sur l'anticipation dans trois zones de crise importantes.

En Afrique d'abord, nous suivons avec intérêt l'évolution de la situation sécuritaire en Libye. Le lien avec le Sahel est évident, comme l'illustre la présence récurrente de chefs des groupes armés terroristes, principalement dans le sud, mais aussi dans plusieurs villes côtières libyennes. La situation au nord est devenue encore plus complexe, avec les forces nationalistes du gouvernement de Tobrouk affrontant principalement les groupes islamistes de Fayjr Libya, qui combattent les groupes affiliés à Daesh, surtout dans le bassin de Syrte. Les perspectives demeurent sombres.

Plus au sud, l'avancée de Boko Haram a été à ce stade stoppée, mais le groupe terroriste, récemment inféodé à Daesh par opportunisme médiatique, représente toujours une menace, non seulement pour la stabilité du Nigeria, mais aussi pour ses voisins camerounais, nigériens et tchadiens. Le Tchad a un rôle moteur dans la dynamique de reconquête, mais son engagement dans la durée se révèle compliqué. Au Proche-Orient, la Syrie fait toujours l'objet de notre attention, en dehors de la problématique de Daesh, dont la zone d'action se moque des frontières, et qui combat aussi bien les forces du régime que des groupes kurdes et d'autres groupes de l'insurrection. Que cette insurrection soit modérée ou radicale, nous assistons à une radicalisation constante. La frange modérée est réduite à la portion congrue, et les alliances tactiques d'opportunité contribuent au passage de nombreux groupes islamistes sous la coupe des djihadistes ou des radicaux.

Le Liban souffre aussi des conséquences directes du voisinage de cette crise, et ses forces armées combattent les groupes djihadistes, notamment dans la Bekaa et le massif du Qalamoun, en coordination avec le Hezbollah et parfois avec l'appui de l'aviation syrienne. La discorde entre les acteurs libanais connaît un apaisement du fait de l'union contre l'accroissement de la pression djihadiste dans l'est du pays.

Au Yémen, la situation est chaotique, comme on a pu le voir ce week-end avec le retrait de nos ressortissants grâce aux moyens de la marine nationale. L'Arabie saoudite a affirmé son leadership régional en montant une vaste coalition sunnite contre les forces anti-Hadi. Les frappes aériennes, qui sont essentiellement le fait de l'Arabie saoudite et surtout des Émirats arabes unis, n'ont pour l'heure pas entamé les positions adverses. Le niveau de menace contre les intérêts français au terminal gazier de Balhaf, où opère Total, est en augmentation du fait du bénéfice que pourrait tirer Al-Qaïda dans la péninsule Arabique (AQPA) de la guerre actuelle. Les pro-Hadi et anti-Hadi n'ont pas intérêt, pour leur part, à menacer les intérêts occidentaux à ce stade.

Enfin, en Europe, la DRM contribue directement, et depuis le début des événements, à l'appréciation de la situation en Ukraine. Nous suivons avec attention l'application des accords de Minsk et le respect du cessez-le-feu par les séparatistes et par les forces armées ukrainiennes, même si une trentaine de coups de feu et tirs d'artillerie sont échangés par jour. Nous gardons naturellement un oeil sur les déploiements russes de l'autre côté de la frontière et en Crimée, et sur toutes les activités militaires de la Russie, tant sur son territoire qu'à l'extérieur de ses frontières.

L'anticipation est complétée par notre aptitude à maintenir une veille stratégique sur les régions prioritaires du globe.

Le suivi des grandes puissances militaires, notamment des puissances dotées de l'arme nucléaire, demeure fondamentale. À titre d'exemple, la Russie dont la présence dans de nombreux dossiers sécuritaires, de l'Ukraine à la Syrie en passant par l'Iran, justifie le fait de faire effort concernant cet acteur stratégique essentiel.

La Chine, bien évidemment, poursuit l'accroissement de ses capacités militaires, notamment navales, et est toujours très active en mer de Chine méridionale. Nous avons pu assister, ces jours derniers, à la première évacuation de ses ressortissants au Yémen par sa marine, comme nous avons assisté, ces derniers mois, à sa première circumnavigation. Il en va de même de ses sous-marins.

Enfin, l'Iran soutient le régime syrien, le gouvernement irakien et les milices chiites qui combattent en Syrie et en Irak. S'agissant de la crise yéménite, il adopte une posture humanitaire et appelle à une solution négociée.

Ce constat illustre notre premier enjeu majeur, qui est de répondre à une sollicitation croissante générée par la multiplication des crises et des conflits ayant un impact sur les intérêts vitaux de notre nation.

Comme je l'ai évoqué dans ce tableau rapide de notre engagement, l'adversaire que combattent nos armées en opération ou qu'elles pourraient avoir à combattre a résolument changé.

Nous ne faisons pas directement face à des armées organisées et étatiques, mais à des groupes, d'envergure variable, dont la nature semble de plus en plus proto-étatique. Daesh, Boko Haram ou même les séparatistes ukrainiens disposent d'armées plus ou moins organisées pour atteindre des objectifs politico-stratégiques, des buts de guerre, très clairs, de l'imposition d'un califat à l'établissement de républiques autonomes. Ils combattent donc en mêlant modes d'action conventionnels, embuscades, offensives ou manoeuvres défensives rétrogrades, et modes d'action asymétriques comme les attaques suicides ou les engins explosifs improvisés, ces pièges plus ou moins complexes qui frappent nos forces au sol.

Ainsi, les groupes armés terroristes du Mali ont abandonné leurs colonnes de pick-up pour se déplacer à moto, moins visibles, et poser discrètement ces pièges, tirer des roquettes ou tendre des embuscades. La population est payée 450 euros pour poser une mine ; lorsque celle-ci a explosé sous un véhicule, elle perçoit environ le double.

Daesh se fond dans la population, se déguise grâce aux uniformes volés des forces irakiennes et stocke armes et munitions dans les hôpitaux ou les mosquées. Leur réversibilité est saisissante : ils apprennent très vite des erreurs du passé. L'emploi qu'ils font des moyens de communication est soumis à des règles strictes de sécurité pour éviter d'être interceptés. Cet adversaire s'est aussi approprié la révolution de l'information et est résolument moderne. Ils peuvent ainsi communiquer sur Internet sans être détectés. C'est aussi un vecteur formidable des opérations d'influence que cet adversaire manie avec un réel professionnalisme. Les vidéos de Daesh sont un modèle de communication maîtrisée pour exploiter les failles de nos sociétés connectées, influencer nos opinions publiques et rallier de nouveaux combattants. Daesh recrute plus qu'il ne perd de soldats.

Cette menace est désormais continue. L'ennemi que nos forces combattent au loin, en Irak ou au Sahel, est lié à la menace proche, celle qui a récemment frappé sur notre territoire national. La globalisation de la menace qu'évoquaient les deux derniers livres blancs sur la sécurité et la défense nationale est une réalité à laquelle tous les services de renseignement sont confrontés.

Face à un adversaire aussi résolu, nous avons également à assimiler un flux croissant d'informations. La modernisation de nos capteurs et l'accroissement de nos capacités, auxquels j'ajouterai la nécessité de prendre en compte ce que nous appelons les sources ouvertes comme Internet et les réseaux sociaux, génèrent une arrivée massive d'informations qu'il faut traiter. Nous devons y déceler les signaux d'alerte, plus ou moins faibles, qui nous permettront d'agir immédiatement et d'anticiper les actions de l'adversaire. Il s'agit d'un défi majeur que nous devons relever, afin de ne pas risquer d'être asphyxiés et saturés.

Nous devons intégrer le contexte contraint, que vous connaissez bien, dans lequel évoluent nos armées. Certes, la fonction connaissance-anticipation a bénéficié des faveurs du dernier livre blanc et de la loi de programmation militaire. La prochaine revoyure devrait aussi, je l'espère, nous être bénéfique.

La DRM, toutefois, n'est pas autonome dans l'attribution de ses ressources humaines, financières et programmatiques. Elle dépend totalement des armées dans ces domaines. Sans réelle liberté d'action, elle est donc soumise aux mêmes contraintes globales des armées, notamment dans la déflation des effectifs.

Quelles sont les perspectives ? Consciente de ces enjeux, s'appuyant sur les directives du ministre de la défense et du CEMA, inscrites pour ce dernier dans son ordre aux armées Cap 2020, la DRM conduit depuis bientôt deux ans une transformation en profondeur. L'idée est de pouvoir continuer à remplir notre mission de renseignement au profit de nos armées, en gardant un temps d'avance sur l'adversaire d'aujourd'hui et de demain.

Ce projet se décline en de nombreux chantiers, qui mobilisent les 1 600 hommes et femmes de mon service à Paris, à Creil et à Strasbourg. Je vous citerai trois des nombreuses pistes de ce projet que j'estime essentielles.

La première concerne ce que les Anglo-Saxons appellent le Geospatial intelligence (GEOINT). Notre ambition est de pouvoir fournir un renseignement complet, fruit de la fusion de tous les types de renseignement, précis, géolocalisé et actualisé sur un support numérique adapté, sorte de Google Earth consacré au renseignement, où tous peuvent accéder aux informations de façon permanente, sur un visualisateur.

La DRM a donc créé un centre dédié, le centre de renseignement géospatial interarmées (CRGI), début janvier, à Creil. C'est une véritable start-up d'une trentaine d'experts qui appuie déjà les opérations de Barkhane au Sahel. Nous voulons, à terme, être capables de fournir des produits ad hoc, aussi bien aux forces en opérations qu'aux analystes de la DRM et aux autorités qui en ont besoin pour éclairer leurs décisions.

Nous voulons aussi améliorer la gestion de notre ressource humaine. C'est là mon second objectif.

Des solutions techniques d'automatisation et de traitement existent aujourd'hui pour résoudre la gestion du big data. Il faut toutefois disposer de personnel pour servir ces systèmes. En outre, un certain nombre d'activités n'a pas encore pu être automatisé : seuls l’œil et le cerveau humains permettent d'interpréter précisément les photos, seuls l'oreille et le cerveau humains arrivent aujourd'hui à reconnaître précisément des voix interceptées. Nous avons donc besoin d'une ressource humaine de qualité et en quantité.

La LPM prévoyait une augmentation de nos effectifs à hauteur de soixante-quinze postes sur sa durée. Nous faisons face cependant depuis plusieurs années à un déficit chronique lié à la non-réalisation de nos effectifs et au manque dans des spécialités importantes comme les interprétateurs photos, qui sont capables de détecter sur des images satellites ce que tout quidam ne voit pas, ou les linguistes d'écoute, qui exploitent et traduisent les interceptions électromagnétiques. À ce jour, j'estime, pour relever tous les défis que je vous ai décrits et surtout « pour rester dans le match », que j'ai besoin de près de trois cents postes supplémentaires.

Je dispose d'une ressource très variée qui compte près de cinquante statuts différents. Nous avons la chance de pouvoir profiter d'une alchimie intéressante de militaires - en majorité à 79% - et de civils - 21 % - d'expérience opérationnelle et d'expertise universitaire, de jeunesse et d'ancienneté, d'hommes et de femmes - près de 28% - de fonctionnaires et de contractuels. Je souhaite valoriser cette richesse et je veux donc faire un effort sur l'attractivité des parcours professionnels.

Pour le personnel militaire, la réalisation des effectifs est la priorité dont je me suis ouvert au CEMA et aux gestionnaires des armées. Pour le personnel civil, nous souhaitons avancer dans la création d'un statut d'emploi offrant une plus grande lisibilité de carrière à nos agents, et permettant de leur offrir des perspectives de responsabilité. En collaboration avec le coordonnateur national du renseignement, nous avons appuyé les initiatives de la communauté nationale dans ce sens et dans celui du développement d'une plus grande mobilité entre les services de renseignement.

Je crois enfin que la coopération entre les services est une clef de la réussite de nos missions propres, au profit de l'intérêt général. Le processus de mutualisation des capacités, motivé par la LPM, progresse bien et ne pose pas à ce jour de difficulté manifeste. Nous avons initié un embryon de coopération opérationnelle avec la mise en place d'une cellule composée d'agents des six services de renseignement, au cœur du centre de planification et de conduite des opérations, boulevard saint-germain, en appui des opérations des armées en Irak.

Cette cellule, baptisée Hermès, a tracé la voie d'une plus grande interaction entre les services, d'un échange dynamique et efficace de renseignement au profit de l'action militaire.

Face à une menace globalisée, les services de renseignement doivent offrir une réponse globale. Les enjeux sécuritaires qui nous concernent tous militent pour la pérennisation et la consolidation de dispositifs similaires. Nous mettrons ainsi bientôt en place un élément de liaison au sein de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) en phase avec l'implication visible des armées sur le territoire national.

Dans notre projet, nous ne nous contentons pas d'explorer ces pistes et de les traduire en demandes supplémentaires. Nous suivons une approche pragmatique et nous avons déjà revu notre organisation et nos procédures. C'est ainsi que j'ai mis en place une sous-direction stratégie transversale, avec des cellules dans chacune des sous-directions, de façon à pouvoir piloter cette transformation.

Les défis sont tels que nous devons en permanence réfléchir à la manière de faire autrement et mieux, avec un souci permanent de performances. La DRM est une véritable ruche et les hommes et les femmes que j'ai la chance de commander ne manquent pas d'idées pour être plus efficaces, pertinents et proactifs. Grâce au travail formidable de mes prédécesseurs, nous pouvons continuons à façonner l'outil de renseignement des armées et servir nos forces en opération.

Voilà rapidement décrit le tableau de la DRM aujourd'hui, de ce qu'elle souhaite devenir face aux nombreuses crises auxquels la France et les forces armées françaises ont affaire.

Je vous remercie.

M. Jean-Pierre Raffarin, président. - La parole est aux commissaires.

M. Michel Boutant. - Depuis quelques années, la situation mondiale a changé ; elle est de plus en plus préoccupante. Les zones qui, aujourd'hui, sont porteuses de cette inquiétude se sont multipliées. La DRM, au sein de la communauté du renseignement, joue un rôle particulier. Vous avez évoqué le rôle classique d'observation et de veille qu'elle tient auprès de certains pays, comme la Russie ou la Chine, par exemple, mais la multiplication des zones de conflits fait que nous devons nous adapter à ces situations si particulières, dans un contexte financier contraint.

Vous avez ainsi évoqué le besoin de recrutement et les problèmes de formation dans certaines langues extrêmement rares que vous rencontrez. Quels moyens peut-on aujourd'hui mettre en oeuvre en termes de mutualisation et de partage avec le monde occidental dans ce domaine ? Il existe, en matière de renseignement militaire, un regroupement appelé Five Eyes qui réunit Américains, Britanniques, Canadiens, Néozélandais et Australiens, que nous regardons d'un peu loin. J'ai également lu avec attention un de vos commentaires concernant la qualité du renseignement et le peu d'intérêt que l'OTAN accorde au renseignement militaire français.

Comment peut-on progresser en matière de mutualisation et de partage avec les autres services de la communauté du renseignement, alors que le directeur de la DGSE a annoncé que certaines activités pourraient vous être transférées. Cela se fera-t-il avec les financements et les personnels correspondants ?

J'ai la certitude que vous avez beaucoup réfléchi à ces questions. Peut-être pourrez-vous nous en dire un peu plus tout à l'heure.

M. Jacques Gautier. - C'est avec plaisir, mais aussi avec une certaine inquiétude, que nous vous avons entendu nous présenter l'état du monde et les défis que nous devons relever tous ensemble.

Vous avez également évoqué la coordination, les fusions des services de renseignement, ainsi qu'Hermès. Pourriez-vous nous en dire plus des spécificités de la DGSE et du volet satellitaire ?

En second lieu, le renseignement humain est souvent indispensable à l'action. Cela vient encore de se vérifier lundi, dans le Sahel. Vous avez commandé les opérations spéciales (COS). Au sein de celui-ci, le 13e RDP est à la disposition du GCOS et à votre disposition. Comment cela se passe-il avec votre successeur à la tête des forces spéciales ? Pourriez-vous en dire un mot ?

M. Xavier Pintat. - Merci pour le panorama très complet que vous nous avez brossé. S'agissant du renseignement spatial, l'arrivée de satellites d'observation comme Musis, à la suite d'Hélios, et d'écoutes électromagnétiques Cérès, prévus pour 2020, devraient renforcer sensiblement la capacité d'appréciation de la DRM. Leur lancement et leur mise en oeuvre s'effectueront-elles comme prévu ? Disposez-vous des infrastructures et des ressources humaines nécessaires à la mise en exploitation de ces deux capacités ?

Par ailleurs, l'Allemagne a décidé de participer au troisième satellite d'observation Musis. La Bundeswehr aura-t-elle accès aux informations des trois satellites ? Ce troisième satellite a-t-il une mission et une capacité spéciale ? Quand son lancement est-il prévu ?

Enfin, le démonstrateur Élisa, qui nous offrait des capacités d'écoutes électromagnétiques, a été désorbité en 2010. Selon moi, il s'agit là d'une rupture des capacités en attendant le futur lancement de Cérès, en 2020. Cela a-t-il été compensé ?

M. Gilbert Roger. - Quel partage de l'information préconisez-vous avec nos alliés ? En second lieu, pourriez-vous être plus précis à propos des relations entre les services civils de renseignement et les vôtres ?

M. Jean-Marie Bockel. - Le Sénat rend aujourd'hui publique le rapport d'une commission d'enquête sur l'organisation et les moyens de la lutte contre les réseaux djihadistes. Parmi ses propositions, que pensez-vous des aspects vous concernant ?

En Afrique, la nouvelle donne au Nigeria peut-elle changer les choses en matière de partenariat, notamment s'agissant de la sécurité du Cameroun et les pays au-delà ?

Quant au Tchad, vous avez dit qu'il constituait pour nous un allié, mais que bien des questions demeuraient à propos de l'avenir. La relation avec le Soudan, son voisin, est-elle aujourd'hui stabilisée ?

Quelle est votre réflexion sur la situation en Libye ? Je sais qu'il est compliqué de répondre à cette question et même de dire quels seront demain les bons interlocuteurs, notamment militaires, tant la confusion actuelle est grande...

Enfin, la Syrie soulève la question de nos relations avec la Turquie, dont on a souligné l'ambiguïté. C'est un vrai sujet, la Turquie constituant un allié incontournable dans le conflit syrien, notamment à la frontière...

Général Christophe Gomart. - La question de savoir s'il est nécessaire pour la France de disposer de six services de renseignement revient souvent. Ne doit-on réduire ce nombre ?

Même si ma position d'ancien adjoint de Bernard Bajolet, alors coordonnateur national du renseignement, m'a permis d'acquérir une vision assez large de l'ensemble des capacités de chacun de ces services, je pense que la DRM répond à un vrai besoin. Sa création, en 1992, était liée au besoin d'appréciation autonome face à certaines menaces.

On sortait alors de la guerre froide et on n'était pas capable de fédérer les capacités des armées de terre, d'air et de la marine nationale pour répondre au CEMA et au ministre de la défense et apprécier la menace en face de nos forces armées.

À l'époque, une compagnie de parachutistes, de légionnaires ou de troupes de marine suffisait pour répondre aux quelques guerres africaines. Un passage de nos Jaguar était alors suffisant. Cela répondait à un vrai besoin ; la mise en orbite de nos satellites d'observation militaire a permis d'apprécier les situations de façon autonome.

C'est aujourd'hui ce qui permet au CEMA, aux décideurs politiques ou aux chefs militaires d'expliquer la position française.

Le problème vient du fait qu'on fait plus confiance à celui qui crie au loup qu'à celui qui ne crie pas, on aime se faire peur. La vraie difficulté d'un analyste est de ne pas se laisser influencer par les médias, mais de dire ce qu'il voit, ce qu'il analyse. Maintenir une ligne en dépit des pressions extérieures est le plus difficile.

On prétend que Daesh a constitué une surprise stratégique, ou qu'on ne savait rien avant le coup de force intervenu en Centrafrique le 5 décembre 2013. C'est faux ! Quand on lit les notes de la DRM, on s'aperçoit que c'était écrit, mais on ne s'y est pas forcément intéressé parce que ce n'était pas le sujet du moment.

La vraie capacité d'un service réside dans le fait de pouvoir dire ce qui est, à l'instant où on le voit, grâce aux capteurs qui sont les nôtres. Le problème des linguistes est par ailleurs un de nos sujets essentiels : comment faire pour en avoir davantage ? En Centrafrique, on a eu besoin de linguistes en sango. Il en va de même pour le Tamasheq. Vous avez également abordé le sujet de nos échanges avec les alliés. Pendant longtemps, pour les militaires français, appartenir à la communauté Five Eyes devait permettre de tout connaître du monde grâce au réseau Échelon. Il vaut mieux échanger de façon bilatérale.

Pour ce qui est du renseignement spatial, le lancement du satellite Hélios nous a permis de porter des appréciations autonomes. Hélios s'achève ; nous avons la chance de profiter du satellite Pléiade, qui est excellent ; il donne des images en couleur, alors que celles d'Hélios étaient en noir et blanc. Les images sont donc plus faciles à interpréter.

Cérès sera lancé en 2020. Musis est constitué de trois satellites, l'un à extrêmement haute résolution, deux à très haute résolution. Toutes ces images sont néanmoins partagées avec certains alliés, la France étant leader en ce domaine.

Élisa tourne toujours, répond aux besoins et doit s'éteindre avant que Cérès ne soit lancé, mais nous avons acquis un certain nombre de données. On aurait préféré qu'il n'y ait pas de trou capacitaire, mais il y en aura vraisemblablement un entre la fin d'Élisa et le lancement de Cérès. C'est extrêmement utile.

En termes de renseignement humain, il est vrai que nous partageons bien avec le COS. En tant qu'ancien patron du COS, j'ai d'excellentes relations avec le général de Saint-Quentin, que je remercie d'avoir cité la DRM lors de son interview sur Europe 1. Il a également cité la DGSE. Tout cela est un petit monde, où chacun cherche à préserver ses acquis, mais on sait qu'il faut partager. On est tous là pour la France. C'est l'équipe France qui compte !

Le renseignement humain est partagé à travers le 13e RDP. Les équipes remontent au COS des renseignements qui lui permettent de monter ses actions. Il s'agit d'un partage, même si je sais que j'ai le droit d'utiliser un certain nombre d'équipes de recherche par an, et que le COS, de son côté, a le droit d'utiliser un certain nombre d'équipes de recherche par an. Les choses sont en fait bien plus souples qu'elles n'en ont l'air.

Lorsque j'étais patron des forces spéciales, et que nous avons pris le pont et la ville de Gao, en janvier 2013, j'avais un visuel sur mes hommes au sol grâce aux drones et aux caméras embarquées, voire grâce aux images satellites, dont la redondance permet seule de comprendre ce qui se passe.

Quoi qu'il en soit, nous suivons les choses de très près au Nigeria. Boko Haram est selon moi plus ou moins en train de reculer. Avec le nouveau président nigerian, qui est issu d'une ethnie du nord, les problèmes vont se déplacer au sud. Il en a toujours été ainsi.

Les Tchadiens, quant à eux, ont essuyé des pertes de plus de soixante-dix morts. Ils ont repris la ville de Malam Fatori. On sent bien que les combats sont très violents. Boko Haram ne tient en fait pas le terrain et revient commettre des exactions, tenant ainsi la population par la peur.

Sans l'intervention tchadienne, Boko Haram aurait pu continuer à prospérer par rapport à un pouvoir nigérian absent des régions du nord.

La Libye constitue un vrai souci : sur quel acteur jouer ? J'ai fait le tour de tous les pays où je pouvais me rendre afin de me faire une idée exacte de ce qu'il était possible de faire, de façon à rendre compte de ce que l'on me disait.

Le sud est quelque peu délaissé par les gens du nord. Certains Touaregs se font la guerre entre eux pour des raisons de trafics. Finalement, l'intervention française au Sahel gêne tous ces intérêts. Au Niger, le fait que la mine d'Imouraren n'ouvre pas va créer une zone de chômage. L'orpaillage illégal est très suivi par les forces armées nigériennes. Les jeunes Touaregs vont donc être attirés par les groupes armés terroristes.

M. Joël Guerriau. - Vous avez expliqué qu'il était nécessaire de connaître les intentions de nos deux adversaires et souligné que la DRM disposait de capteurs techniques et humains performants. Quels sont les moyens dont disposent nos adversaires en termes de renseignement ? Avec quels outils peuvent-ils faire eux-mêmes du renseignement ?

Le renseignement évolue-t-il au plan européen ? Existe-t-il des objectifs de mutualisation, de renforcement, de coopération, ou reste-t-on toujours au point mort ?

Enfin, comment le renseignement français se situe-t-il au plan mondial, eu égard aux autres nations ?

Mme Sylvie Goy-Chavent. - Nous avons bien compris qu'il vous manquait quelques agents. Vous avez bien fait passer le message ! En France, le concours administratif semble désormais remplacer la cooptation pour ce qui est de l'intégration dans la communauté du renseignement.

Pour autant, il n'y a pas, à ma connaissance, de formation universitaire dans ce domaine en France, contrairement à ce qui se passe dans les pays anglo-saxons, où cela existe depuis très longtemps. Qu'en pensez-vous ? Comment devraient être formés les agents que vous allez recruter ? On a parlé de langues rares : quel devrait être leur profil ? Pensez-vous qu'on pourrait avancer dans ce domaine et créer quelque chose en France pour être plus compétitif par rapport au paysage international ?

M. Robert del Picchia. - Pour recruter, il faut proposer des filières attractives. Que suggérez-vous à cet égard ?

Vous avez dit que vous rédigiez en moyenne trente notes par jour. Sont-elles lues et par qui ? Tout votre travail consiste en une anticipation d'actualité, même à court terme, mais cela peut-il servir à faire de la prospective à plus long terme ? Si l'on parvenait à voir plus loin, peut-être arriverait-on à de meilleurs résultats !

Enfin, vous dites que l'on prend beaucoup de précautions avant de bombarder un site - et c'est normal. J'ai parlé avec des pilotes en Afghanistan qui avouaient être très frustrés : pendant des jours, des semaines, des mois, ils poursuivaient des cibles. Au moment où ils devraient bombarder, l'ordre n'arrivait pas pour tout un tas de raisons. N'en fait-on pas un peu trop ? Où est la limite entre les deux ? Il faut savoir ce que l'on veut !

M. Aymeri de Montesquiou. - L'expansion foudroyante de Daesh en Syrie et en Irak, qui a conquis 200 000 km² en six mois, souligne les carences du renseignement et l'absence de coordination entre les divers services de renseignements. Quelles mesures comptez-vous prendre pour pallier celles-ci ?

Mme Christiane Kammermann. - Votre intervention était particulièrement intéressante - pour ne pas dire passionnante. Vous avez dit avoir besoin de trois cents personnes supplémentaires. Où peut-on s'adresser pour avoir des renseignements pratiques au cas où nous connaîtrions des personnes intéressées par ce sujet ?

M. Daniel Reiner. - Vous connaissez tout l'intérêt que le Sénat porte aux drones MALE et à ceux qui se trouvent actuellement à Niamey. On s'est suffisamment battu pour les obtenir : comment les utilisez-vous ?

Comment se passe le travail de coopération, en particulier avec nos alliés américains sur ce territoire ? Peut-on imaginer qu'ils acquièrent des compétences nouvelles, en particulier en matière électromagnétique ? Où en est-on de la montée en puissance de l'utilisation de ce moyen ?

M. André Trillard. - La Libye, que je connais un peu, est un pays immense et très peu peuplé. Comment surveiller un pays trois fois plus grand que la France et peuplé de sept millions d'habitants, dont 80 % en zone côtière ? Est-il possible de couvrir la moitié de l'Afrique, et un bout de l'Asie, avec les moyens de la France ?

Mme Marie-Françoise Perol-Dumont. - Vous avez estimé avoir besoin de trois cents personnes. Quel champ de compétences pourriez-vous prioriser et quelles anticipations préconiseriez-vous en termes de politiques de formation ?

M. Jean-Pierre Cantegrit. - D'où proviennent les ressources de Daesh et des autres mouvements terroristes ? On a parlé de produits pétroliers qu'ils revendent à bas prix : qu'en est-il ?

Général Christophe Gomart. - S'agissant des effectifs, un satellite comme Musis multiplie par dix le flux d'images auquel la DRM va avoir accès. Il faudrait donc multiplier par dix le nombre d'interprétateurs d'images si l'on voulait analyser toutes les images.

Il nous faut des outils capables de faire ce tri de façon automatique, mais, au bout du compte, il reste l'homme, avec ses yeux et son cerveau, de façon à mener l'analyse qui apparaît utile.

Si j'ai parlé d'un besoin de recrutement de trois cents personnes, c'est parce que je dois recruter différentes compétences et, tout d'abord, de compétences cybernétiques. J'ai d'excellents liens avec l'amiral Coustilliere. Ce qu'on appelle le renseignement fermé permet de mieux comprendre le renseignement ouvert. Tout cela nécessite du monde, des interprétateurs d'images, des linguistiques, des analystes.

D'où viennent-ils ? Beaucoup sont des contractuels qui sortent de Sciences Po ou qui ont des masters 2 en relations internationales et en sciences politiques. Il n'en est pas moins vrai que la France ne compte pas de filière consacrée au renseignement, même si on trouve, parmi ceux qui suivent des masters dédiés à la défense, des personnes désireuses d'intégrer les services.

La DGSE a cependant un concours dont les annales se retrouvent sur Internet. On peut ainsi devenir soit cadre A de la fonction publique, soit cadre B, soit cadre C. la DGSE utilise moins de contractuels que la DRM, mais la DGSI doit aujourd'hui recruter quatre cents personnes qui ne sont pas des policiers. Cela va constituer une véritable révolution culturelle.

Lorsque j'ai pris la tête de la DRM, j'ai estimé que la composition idéale serait 70 % de militaires et 30 % de civils, sachant que laDefense Intelligence Agency (DIA), aux États-Unis, compte 20 % de militaires et 80 % de civils. Toutefois, ceux-ci ne bénéficient pas des mêmes capteurs que la DRM. J'ai donc besoin de jeunes doués, capables de travailler sur Internet, de linguistes passionnés de telle ou telle région du monde. Il est par exemple très compliqué d'affecter un spécialiste de l'Ukraine à la Libye. Créer de vrais parcours professionnels, avec des débouchés, constitue un vrai problème.

Il faut s'adresser au ministère de la défense, et envoyer des curriculum vitae à la direction des ressources humaines de la DRM, qui les analyse et les trie en fonction des besoins. Sachez que nous ouvrons aujourd'hui des postes.

Comment nos adversaires pratiquent-ils ? Tout comme nous, ils utilisent le renseignement ouvert. Nous sommes, pour ce qui nous concerne, tellement ouverts qu'ils en savent sans doute sur nous bien plus que nous n'en savons sur eux !

Daesh donne des ordres très stricts en termes d'utilisation des moyens de communication. Ils sont donc tout à fait au courant de ce que nous sommes capables de faire.

Les drones MALE sont aujourd'hui un outil indispensable dans une armée moderne occidentale. Lorsque j'étais patron du COS, l'amiral McRaven me disait qu'avant une action, il avait un drone sur zone pendant un long moment.

En termes de prospective, j'ai un lien direct avec la nouvelle direction des affaires générales des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) du ministère de la défense. Je fais de l'anticipation sur environ deux ans ; la DGRIS agit à plus long terme, même si ce que je dis là n'est pas aussi formel. Il y a forcément recouvrement, et je dialogue régulièrement avec Philippe Errera, son nouveau directeur.

Qui lit donc mes notes ? La DGRIS, le CEMA, le Quai d'Orsay, les commandements militaires tout autour du monde. Mes notes sont très lues. Je cible toutefois les destinataires : s'il s'agit d'une note technique concernant les moyens aériens, je l'adresse à l'armée de l'air. Si c'est une note sur les moyens maritimes, je l'adresse à la marine.

Je ne lis pas les 10 000 notes, mais je prends connaissance du plus grand nombre, afin de me rendre compte de leur qualité, et j'interroge mes destinataires pour connaître leur ressenti et améliorer ces mémorandums. Je crois que leur qualité est reconnue très largement à l'extérieur du ministère de la défense. Je fais des notes préalables plus courtes au CEMA, à l'occasion de ses déplacements.

Ces notes vont toutes au cabinet du ministre et au coordonnateur national du renseignement ; une partie, sous format court, va sur le bureau du Président de la République.

Quant au financement de Daesh, il est essentiellement lié au pétrole et aux prises des banques, en particulier à Mossoul. Il est intéressant de constater que d'un côté, Daesh, en Libye, détruit les sites pétroliers et les raffineries, alors que, de l'autre, en Irak, il cherche à les exploiter. Je pense qu'il existe en Irak des débouchés. C'est un de leurs moyens d'acquérir de l'argent.

M. Jean-Pierre Raffarin, président. - On pourrait peut-être essayer de consacrer une matinée de travail à Daesh, cette organisation finissant par ressembler à un État ! Nous allons essayer de mettre cela en oeuvre... Merci de votre participation.


La réunion est suspendue à 11 heures.




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