5 décembre 2015 : Jour de commémoration nationale.

Par le Général (2s) Pierre ZAMMIT




Ce n'était pas une journée comme une autre. C'était un jour de commémoration nationale dédié "à la mémoire des combattants morts pour la France lors de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie, et à celle de tous les membres des forces supplétives, tués après le cessez-le-feu en Algérie, dont beaucoup n'ont pas été identifiés". Cette année, j'y ai participé en tant que délégué départemental de Haute-Garonne. J'ai vu, lu et entendu de belles choses. J'en ai lu et vu de moins belles. Et je me suis dit "pourquoi ne pas partager ce témoignage et mes impressions des bords de Garonne ?". Je commencerai par ce que je qualifierai de "triste" avant de passer aux belles choses qui réconfortent.

 

Dans la Dépêche du Midi, j'ai lu les mots affligeants d'un maire qui, à propos du 5 décembre, tenait des propos totalement erronés et blessants sur les raisons qui ont conduit au choix de cette date. L'outrance du propos m'a conduit à lui écrire pour rétablir la vérité. Ainsi qu'au préfet. En tiendra-t-il compte ? J'ai vu des communes totalement silencieuses sur l'évènement, dans lesquelles on n'avait pas pavoisé les bâtiments publics. Pourtant depuis quinze jours, jamais le Drapeau, la Marseillaise, le patriotisme n'ont autant été mis à l'honneur. Il faut croire qu'il existe encore d'irréductibles villages gaulois. Dans une commune, j'ai vu des associations d'anciens combattants se débrouiller seules, sans aide de la municipalité, pour organiser cette journée. Aussi, comme la cérémonie avait lieu le lendemain, 6 décembre, je me suis joint à eux par solidarité et camaraderie. J'ai vu un maire accepter de se rendre à cette commémoration nationale s'il y était invité par une association, mais refuser d'en être "l'autorité publique" organisatrice et invitante. Curieuse conception de son rôle et de sa place. J'ai pensé à ces "morts pour la France" de ces guerres-là et j'ai été triste pour eux.

 

Mais j'ai également vu des communes dans lesquelles tout le monde s'y mettait pour que la mémoire des "Morts pour la France" soit honorée comme il convient, avec dignité. J'ai vu des maires au premier rang et présidant la cérémonie pour rendre hommage. J'ai vu des bâtiments publics pavoisés. J'ai vu une députée et des conseillers départementaux passer d'une commune à l'autre en fonction de l'horaire. Les "Anciens" étaient heureux de voir "leur" députée, "leur" conseiller sur la modeste place du bourg. Ils se sentaient honorés et ils pensaient que c'était bien pour leurs copains morts là-bas. Tant pis pour la sono décalée et les petits loupés dans le protocole. Il y avait comme un parfum de France dans l'air. Dans la grande ville rose, devant le monument aux morts, j'ai vu un porte-drapeau de seize ans ; c'était réconfortant et je suis allé le féliciter. J'ai vu le président du comité d'entente des associations d'anciens combattants s'avancer vers le monument aux morts accompagné d'un "Ancien", claudiquant, coiffé de son béret vert de légionnaire, chacun tenant un jeune enfant par la main. Image touchante et rassurante de la transmission de notre histoire. J'ai entendu un discours qui avait du souffle. Au pied du grand monument aux morts, il m'a semblé qu'il y avait plus de monde que les années précédentes. Partout où je suis allé, où mes amis sont allés, la Marseillaise a été entonnée, fort. Les gens en avaient vraiment envie, nous a-t-il semblé.

 

Alors que penser ? Qu'il y a encore du chemin à faire. Sans doute, surtout quand me reviennent à l'esprit images et déclarations enflammées des quinze derniers jours. L'élan patriotique serait-il déjà en train de retomber ? Il est vrai que ce n'était "que" le 5 décembre, date peu connue des Français. Une guerre oubliée, qu'un certain temps on a même voulu oublier ou faire oublier. Le 11 novembre eût été certainement plus rassembleur. Et pourtant, il m'a semblé percevoir un petit quelque chose de plus que les autres années. Mais n'est-ce pas pour me rassurer que je me dis cela ? Alors que penser ? Qu'il y a encore du pain sur la planche. Qu'il nous faut entretenir la petite flamme qui semble s'être ravivée. Que si nous étions plus nombreux à souffler, plus unis aussi, alors peut-être… Oui, mais surtout, continuer à y croire. Et à le vouloir.

 

Pierre ZAMMIT
Officier général (2S)

Délégué ASAF pour la Haute-Garonne