Lettre ouverte au Président de la République

..par le Gal. Antoine Martinez - le 27/09/2018.

Monsieur le président de la République,

 

Le 11 novembre 2018, nous célébrerons le centenaire de l’armistice, c'est à dire le centenaire de la victoire de la France et des forces alliées face à l'ennemi, c'est à dire la défaite totale de l’Allemagne lors de la Grande Guerre. Pour la France, une des conséquences les plus heureuses de la victoire, chèrement acquise par le sang versé par ses poilus, sera le retour dans le giron national de l’Alsace et de la Lorraine qui avaient été

annexées par l’Empire allemand en 1871.

 

A nos yeux, et probablement aux yeux de tous les patriotes, il paraît évident que le fil conducteur des célébrations du Centenaire doit être la célébration de cette victoire. C’est,

en effet, l’occasion pour la nation française d’exalter les valeurs patriotiques caractérisées

notamment par la bravoure, l’héroïsme, le sens du sacrifice.

 

Ce n’est que dans un deuxième temps que ces cérémonies du Centenaire pourront être

un moment de commémoration qui se traduit, elle, par un devoir de mémoire à l'égard des

morts pour la patrie. Et ce n’est qu’en troisième et dernière instance que cette célébration

peut donner lieu à la commémoration de tous les morts de la Première Guerre Mondiale,

induisant une mémoire mondiale avec l’ensemble des belligérants et plus spécifiquement

une mémoire européenne. C’est dans ce dernier cadre que s’inscrit le rappel de la

nouvelle amitié franco-allemande impulsée par le général de Gaulle et le chancelier

Adenauer.

Ne pas respecter cet ordre d’importance et de préséance lors des célébrations de la

victoire serait faire courir à la nation le risque d'un contresens historique et commettre un

anachronisme mélangeant allègrement les lieux et les époques. Célébrer, c’est rappeler le

contexte de l’époque, vibrer au diapason des grandes valeurs qui ont guidé le sacrifice de

nos aïeux. Ce n’est pas faire l’apologie du pacifisme ou pointer du doigt le supposé

bellicisme de l’Etat-Nation. Mieux vaudrait encore ne pas célébrer la victoire que de

détourner le sens profond de ces cérémonies nationales.

 

Que cela plaise ou non, il y a quelques raisons pour que ce jour du 11 novembre soit, une

fois n’est pas coutume, d’abord un jour pour la France, un jour pour les Français, un jour

où il n’est pas honteux ou indécent de faire preuve d’un certain gallocentrisme bien

tempéré et modéré par ailleurs. Le 11 novembre, en effet, n’est pas comme beaucoup

d’autres jours du calendrier républicain un jour de repentance, un jour pour les victimes,

un jour pour l’étranger.

 

Aussi nous a-t-il paru opportun de vous proposer de marquer ce Centenaire de la victoire

par une mesure qui consacrerait les valeurs patriotiques de courage, d’abnégation, de

dépassement de soi qui ont guidé l’engagement de tous nos soldats durant la Grande

Guerre. Nous vous proposons de nommer dans l’Ordre national de la Légion d’honneur au

rang de chevalier – pour ceux très nombreux qui ne le sont pas – l'ensemble des

combattants français de la Première Guerre Mondiale pour services éminents rendus à la

nation. Tout comme vous avez su faire vibrer la fibre nationale avec l’hommage rendu au

colonel Arnaud Beltrame pour son sacrifice lors de l’attentat islamiste de Trèbes, tout

comme vous avez décidé de décerner aux vainqueurs de la dernière coupe du monde de

football cette Légion d’honneur, le moment n'est-il pas venu, alors que l’ensemble des

combattants de la Grande Guerre ont disparu, de leur décerner à titre posthume la plus

haute décoration honorifique française ? Le Centenaire du 11 novembre n'est-il pas tout

indiqué pour un si grand acte de reconnaissance nationale ?

 

Il reviendrait alors aux services de l'Etat concernés de prendre contact avec les familles

des défunts pour les informer de cette mesure et les inviter, si elles le souhaitent, de

produire les éléments nécessaires pour obtenir cette croix de la Légion d'honneur et

d'accepter de faire l'effort d’en assumer le coût financier.

 

Enfin, afin de renforcer la cohésion nationale, et alors que chacun peut constater qu'elle

est aujourd'hui fracturée par l'abandon suicidaire de ce qui fait la nation, à savoir sa

cohérence interne seule capable de développer l'envie de faire ensemble, n'est-il pas

temps de compléter ce devoir de mémoire, qui s'adresse surtout aux générations qui ont

connu ou dont les familles ont connu des périodes douloureuses de notre histoire, par un

véritable travail de mémoire à destination de la nouvelle génération ignorante du sacrifice

de nos aînés ? Dans cette optique de communion entre générations, les familles

françaises pourraient ainsi, lors des prochaines célébrations, être sollicitées et être mises

à l'honneur en défilant sur l'avenue des Champs Elysées avec un portrait du défunt honoré

par la France. Le renforcement de la cohésion nationale conduit dans le souvenir du

sacrifice de nos aînés est aujourd'hui, plus que jamais, nécessaire. Ce sacrifice nous

rappelle d'ailleurs à nos devoirs de reconnaissance à leur égard et de fidélité dans la

défense de la continuité historique de la nation française.

 

Nous vous prions d'agréer, Monsieur le président de la République, l'expression de notre

très haute considération.

 

Le 22 septembre 2018

 

Signataires

Général (2s) Antoine MARTINEZ

Général (2s) Philippe CHATENOUD

Général (2s) Roland DUBOIS

Général (2s) Daniel GROSMAIRE

Général (2s) Denis LETTY

Général (2s) Jean du VERDIER

Général (2s) Marc DESCHAMPS

Général (2s) Christian PIQUEMAL

 

 



Interview du général Antoine Martinez sur TV Libertés


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