Charlie corrompu

...par le Col. Jean-Jacques Noirot - le 14/12/2019.

Source : https://www.asafrance.fr/item/charlie-corrompu.html

Charlie-Hebdo revendique le droit
à la provocation, à la satire, à l'ironie ?

Allons-y ! Nous aussi, nous savons faire


Je suis Charlie ?

 

 

 

Ils sont là tous les 4, Charb, Cabu, Wolinski et l'autre, un peu surpris. Devant eux se tient un vieux barbu, le front soucieux, mais souriant.

« T'es qui toi ? » demandent-ils ensemble, un peu perplexes.

« Je suis Dieu. »

« Quoi ! T'es Dieu ! Mais alors, tu existes ? »

« Oui. »

« Houlala ! Mais ça n’est pas possible ! Il existe ce gugusse ! Faut prévenir Riss et les copains ! C’est grave ! »

« Eh ! Les gars, on se calme. J’ai compris ! C'est maintenant lui le boss, alors, on arrête les âneries. On n’est plus sur terre. »

« Oui, t'as raison. Monsieur Dieu, vous nous en voulez, avec tout ce qu'on a bavé sur vous en bas ? »

« Non. »

« Eh bien voilà, nous sommes sauvés, ce bonhomme est bien la copie conforme de toutes les salades qu'on raconte dans les églises : il pardonne ! »

« Attends, il faut vérifier. Il y a peut-être un loup. Monsieur Dieu, pourquoi ne nous en voulez-vous pas ? Vous n'avez pas la télé ? Il n’y a pas France-info chez vous? Vous ne lisez pas les journaux ? LibéL’ObsLe Canard ? »

« Bien sûr que si. »

« Et nos caricatures, les vôtres comme celles de l'autre, le Allah, là, ça ne vous fait rien ? Et toutes les saloperies qu'on a dit ou écrit pendant 40 ans, elles ne vous touchent pas ? »

« Non. Sachez que je suis aussi Allah. »

« Bigre ! On va avoir droit à la double peine ! Mais, Monsieur Dieu, pouvez-vous nous dire pourquoi toutes les méchancetés que nous vous avons faites vous indiffèrent ? »

« Elles ne m'indiffèrent pas. Elles me réjouissent. »

« Quoi ! Vous n'allez pas nous dire que pendant 40 ans, on a bossé comme des malades pour vous ? »

« Si. »

« C'est fou ce que vous nous dites. Comment est-ce possible ? »

« Vous avez parlé de moi. Chaque fois que vous l'avez fait, vous avez rappelé à vos lecteurs que j'existe. »

« Mais non, on faisait tout pour affirmer le contraire ! »

« Ceux qui parlent de moi, quoiqu'ils disent, affirment mon existence. Je leur en sais toujours gré et les récompense selon leurs mérites. »

« Quels sont les nôtres ? »

« Ils sont immenses, comme vos talents. »

« Alors là, c’est du délire ! Pincez-moi ! Je rêve ! »

« Pas du tout, vous ne rêvez pas. La mort vous a rapprochés de moi. C’est ainsi pour tout le monde. »

"Bon, et bien, Monsieur Dieu, on a fait le point. Tout baigne, si on a bien compris. On peut entrer ? Ça sent bon chez vous, et on commence à avoir une petite faim là tout de suite..."

« Non. »

« Comment non? Vous venez de nous dire que nos mérites ont été immenses, en parlant de vous, même en vous injuriant à longueur de page...? »

« Certes, mais vous n'avez pas fait l'essentiel, ce qui doit primer aux yeux de tous. »

« Comment, l'essentiel n'était pas de parler de vous, même en proférant à votre endroit les pires infamies ? »

« Non. L'essentiel a été, est et sera toujours de dénoncer le mal. Vous ne l'avez jamais fait. »

« Mais que… qui… quoi... le mal, le mal... quel mal ? »

« Vous avez dit, écrit, dessiné que le mal, c'est moi. »

« Ben… bah… heu... et c'est pas ça ? »

« J'ai peur que dans votre cas, je le sois maintenant devenu. »

« Y a un truc qui colle pas dans votre raisonnement. Ça vous arrange qu'on dise du mal de vous parce que parler de vous c'est bien, mais vous ne renvoyez pas l'ascenseur, et nous laissez à la porte. Faudrait savoir... ! »

« J'ai bien dit que je récompense selon les mérites. Le vôtre est seulement d'avoir parlé de moi. C'est à la fois beaucoup et très peu au regard de tout ce que j'ai fait et ferai pour l'humanité. Je vous remercie de m'avoir combattu. Cela a contribué beaucoup à ma notoriété, à ma présence dans le cœur des gens. Vous les avez forcés à réfléchir, ils ont été sensibles à ma souffrance et ont beaucoup prié pour moi. Grand merci encore, et bonne chance. »

« Quoi bonne chance ? On ne reste pas avec vous ? Vous n'êtes pas Charlie comme tout le monde ? Vous ne voyez pas les foules qui se rassemblent pour nous ? On est célèbres, on nous aime, on nous vénère... Mais c'est vrai que, quelque part, on vous fait concurrence. Excusez-nous, ce n’est pas ce que nous voulions ! Sans le vouloir, ils sont en train de nous casser notre affaire en bas ! »

« Rassurez-vous. Ces manifestations sont sans valeur. Pour moi, seules comptent les consciences. Je les connais et je les juge. Seul.
Mais pour les juger, encore faut-il qu’elles existent Or je n’en ai trouvé aucune chez aucun d’entre vous. Mais assez parlé. Il faut vous en aller. »

« Mon dieu, où allons nous ???? »

« C'est un peu tard pour dire « Mon Dieu », mais merci quand même pour cette invocation. Prenez cet escalier, et descendez d'un étage. On vous attend en bas avec impatience. »

« Qui ça ? »

« Celui dont vous n'avez jamais parlé, le confondant avec moi. C'est un jaloux, il déteste qu'on l'ignore, et surtout, qu'on fasse croire que je prends sa place. Vous allez devoir vous expliquer. Ce ne sera pas simple. C'est pourquoi je vous souhaite bonne chance. Un conseil quand même : enlevez vos chandails. Là où vous allez pour l'éternité, il n'y a jamais d'hiver. »

*

Ce petit texte, provocateur, a été rédigé quelques jours après l’attentat contre Charlie-Hebdo.
Il ne veut pas dire : « C’est bien fait pour eux. » Rien n’est plus odieux que ces assassinats d’hommes talentueux se voulant libres, moqueurs, satiriques et sans borne. Il n’est pas non plus ressuscité aujourd’hui pour faire pendant aux affreux dessins caricaturant la publicité pour l’armée de Terre et injuriant nos morts. Les militaires ne se vengent pas. Ils obéissent à un code de l’Honneur qui échappe à l’entendement des cervelles obscures.

Il ne blesse personne. Il n’a aucune valeur commerciale, et n’a pas rapporté un centime à son auteur. Il était destiné à un cercle très restreint d’amis que les offenses répétées des journalistes et dessinateurs de Charlie avaient souvent blessés et humiliés. Cela n’est pas le cas des récents dessins de Charlie dont les pages gluantes baignent dans la bave antimilitariste des babines de ses lecteurs et lui rapportent gros.

Il veut dire aussi à ceux qui caricaturent nos soldats qu’ils font le jeu des ennemis de leur patrie.

Enfin, rappelons qu’il n’existe pas une liberté pour la presse et ses dessinateurs distincte de celle pour laquelle se battent nos militaires partout dans le monde. La liberté est multiforme, mais elle est une. Si Charlie-Hebdo peut encore aujourd’hui donner libre cours à ses élans provocateurs, et trop souvent destructeurs, c’est parce que nos soldats, au loin, dans l’inconfort des sables brûlants du Sahel, au Moyen-Orient, en Afrique ou ailleurs, font tout ce qu’ils peuvent pour que la France reste une grande nation et une nation libre pour ses enfants.

L’oublier, c’est se corrompre. C’est ce qu’a fait Charlie-Hebdo.

 

Jean-Jacques NOIROT
Colonel (er)
Membre de l’ASAF

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