Corse, la décentralisation et l'unité nationale

...par le Gal. Michel FRANCESCHI -  le 30/01/2018.

Dans sa tribune du 25 janvier, intitulée « Entre la Corse et Paris, le dialogue de sourds », monsieur Gauthier, d’ordinaire mieux inspiré, se fait le propagandiste du mouvement séparatiste insulaire. Il reprend, en effet, à son compte ses slogans ressassés, tels la sclérose du pouvoir central, l’existence d’un peuple corse et la détention de prisonniers politiques insulaires.

 

 

Dialogue de sourds ?

Tout d’abord, il ne s’agit pas d’un « dialogue de sourds » entre Paris et la Corse, mais d’un déphasage entre un gouvernement responsable des intérêts du pays et des Séparatistes survoltés, prenant leurs désirs pour des réalités. 
Répétons qu’ils ont été portés au pouvoir local pour mettre en place et gérer une nouvelle collectivité territoriale et non pour exiger une quelconque mutation institutionnelle, pour laquelle, d’ailleurs, ils seraient loin d’avoir reçu l’indispensable onction populaire. 
Rappelons à monsieur Gauthier les chiffres incurablement têtus de leur élection. Ils ont certes obtenu les suffrages de 56,46% des votants, mais avec une non participation majoritaire de 50,63% (47,37% d’abstentions et 3,26% de votes blancs et nuls), ce qui prive ce scrutin de réelle signification. Et sur l’ensemble du corps électoral, ils n’ont bénéficié que de l’adhésion volontaire de 26,18% des Insulaires, soit un sur quatre. 
Il coule alors de source qu’ils ne peuvent prétendre parler au nom de l’ensemble du « peuple corse » dans leurs comminatoires exigences institutionnelles. Notons qu’ils ne se hasardent pas à demander un référendum d’autodétermination, à l’instar de leurs riches amis catalans ou écossais. Région pauvre, la Corse refuserait en bonne logique de couper la branche sur laquelle elle est assise en s’éloignant un tant soit peu de la mère patrie qui lui garantit l’assurance tous risques de la solidarité nationale.

 

Par ailleurs, il ne faut pas perdre de vue que trois Corses sur quatre vivent sur le continent, sans compter les nombreux expatriés dans le monde entier. Tous ceux-là n’ont-ils pas également leur mot à dire lorsque l’on connaît leur attachement viscéral à leur île ?

 

Quel peuple corse ?

Ensuite, le concept de « peuple corse »  que l’auteur fait sien est sans fondement. Cette panacée juridique des Séparatistes pour usurper l’appellation de Nationalistes, a déjà été retoquée en son temps par le Conseil Constitutionnel. La population de l’île constitue en réalité un véritable melting-pot (à noter 15% de Maghrébins), produit des vagues humaines successives qui se sont succédées sur son sol tout au long de son histoire tourmentée, qu’il faudrait prendre la précaution de connaître pour éviter les idées fausses. On estime, par exemple, à plus de la moitié le nombre de mariages corso-continentaux. De ce fait, il n’y a pas un peuple corse mais une communauté insulaire fière de son identité et qui s’est volontairement fondue dans la Nation française il y a 250 ans, avant la Savoie et Nice.

 

Cette symbiose humaine a ainsi rendu la Corse consubstantielle à la France. Consubstantielle d’abord par son Histoire, qu’elle a contribué à forger à coups d’Empires (les deux napoléoniens et l’empire colonial). Ensuite par le sang abondamment versé sans barguigner sur tous les champs de batailles, au coude à coude avec tous les autres Français. Consubstantielle encore par le sang largement mêlé évoqué plus haut. Et enfin, par sa large implication dans les affaires du pays, que d’aucuns trouvent même un tantinet envahissante.

 

Incarcérés pour des crimes et non pour des opinions

Enfin, il est inacceptable que l’auteur s’associe à l’invention de « militants emprisonnés pour leurs seules opinions », accusation insensée des Séparatistes pour séduire les gogos. En France républicaine, il n’y a bien évidemment pas de « prisonniers politiques », sauf à penser que des centaines d’attentats et le lâche assassinat d’un préfet relèvent de l’expression démocratique. Il y a tout au plus des prisonniers ayant commis des crimes pour des raisons politiques, mais ne pouvant être tolérés dans un pays civilisé.

 

 

Principe de subsidiarité dans le respect absolu de l’unité nationale

Mais élevons le débat. Aujourd’hui, la Corse n’est plus la seule concernée par le débat institutionnel. Un courant général porte les régions périphériques du pays à l’émancipation du pouvoir central. De ce fait, la question corse se fond dans une cause nationale majeure. Ce qui importe alors, c’est moins la recherche d’un énième statut particulier de la Corse que l’invention d’un nouveau statut général de la France, visant à concilier les riches identités régionales avec la vitale unité nationale. Il faut se faire une raison, naguère fondateurs, les Jacobins ont fait leur temps, place aujourd’hui aux Girondins sensés ! Mais il doit importer avant tout à ces derniers d’éviter le piège fatal d’un traitement à la carte qui transformerait la France en auberge espagnole et catalane. Le légitime droit à la différence des régions n’impose d’aucune manière sa satisfaction par une différence des droits qui ferait voler en éclats l’unité nationale, chef-d’œuvre d’une alchimie assimilatrice de quinze siècles d’une histoire unique au monde. Une vigoureuse relance de la décentralisation, appliquant pleinement le principe de subsidiarité, doit présider à l’indispensable ravalement de l’architecture administrative du pays. Toutes les régions doivent accéder à une même autogestion administrative bien comprise, rendant caduques les revendications d’autonomie, sauf à dévoiler des intentions suspectes. Bien évidemment, l’Etat conserverait jalousement ses prérogatives régaliennes. En échange de ses concessions administratives, il renforcerait son pouvoir de contrôle, de péréquation et d’arbitrage.

 

Nous appellerons cette révolution tranquille la « Régionalisation pour tous ».

La France attend le grand maître d’œuvre de cet aggiornamento salutaire. 

      Général (2s) Michel FRANCESCHI

 

Source : http://www.asafrance.fr/item/corse-la-decentralisation-et-l-unite-nationale-libre-opinion-du-general-michel-franceschi.html


...une des particularités Corse...

Fourniture d’électricité : le cas de la Corse

...par Remy Prud'homme - le 31/01/2018.


En matière de fourniture d’électricité, les deux tendances à la mode sont l’anti-interconnexion et l’anti-nucléaire. Vive les circuits courts ! Il faut que chacun – chaumière, bâtiment, village, département, région – produise l’électricité qu’il consomme, et ne consomme que l’électricité qu’il produit. Et à bas le nucléaire !

Nous avons la chance d’avoir en France une région qui, plus par nécessité que par choix, met en oeuvre ces deux principes : la Corse. L’Ile de Beauté n’est pas reliée au réseau interconnecté français, principalement alimenté par des centrales nucléaires. Comment fait-elle ? L’électricité qu’elle consomme apparaît comme : (i) fortement carbonée, (ii) très dépendante des importations, et (iii) chère, et subventionnée.

     L’électricité produite en Corse est principalement (à 64%) thermique, fabriquée dans des centrales au charbon, et surtout au fioul. Elle est de ce fait lourdement carbonée. Une étude officielle évaluait à 497 grammes de CO2 par kWh les rejets de CO2 de l’électricité produite en Corse. C’est le contenu carbone de l’électricité allemande, près de 10 fois plus élevé que celui de l’électricité de la France continentale. La Corse, pays de montagne, bénéficie pourtant d’une part importante (23%) d’électricité hydraulique, et d’une part relativement importante (11%) de photovoltaïque, mais d’un volume faible (1%) d’électricité éolienne. La part des renouvelables intermittents est donc de 12% de la production.

     L’électricité consommée en Corse est fortement – et doublement – dépendante des importations. Tout d’abord la consommation excède la production d’environ 43%. La différence est importée d’Italie. La Corse est reliée à l’Italie par deux câbles à haute tension : l’un aboutit en Toscane, l’autre en Sardaigne, l’ile italienne voisine, bien plus peuplée que la Corse. Ensuite, l’électricité produite localement elle même elle même fabriquée à partir d’intrants importés : totalement pour le charbon et le fioul, très largement pour le solaire et l’éolien puisque panneaux et turbines sont importés. Finalement, presque 80% de la consommation d’électricité de la Corse dépend de l’étranger. Pour la France métropolitaine, en prenant en compte l’excédent des exportations sur les importations, le chiffre équivalent est à peu près 0%.

     Enfin, l’électricité corse est chère. Son coût élevé est compensé, et effacé, par deux types de subventions : au titre de la péréquation, et au titre des énergies renouvelables. Les prix de l’électricité sont péréqués, c’est-à-dire qu’ils sont identiques sur tout le territoire français, quel que soit le coût de production. Les iles (la Corse mais aussi les Antilles) où le coût est plus élevé que la moyenne bénéficient donc de subventions. Ces subventions sont financées par un impôt assis sur toute la consommation d’électricité, baptisé CSPE (Contribution au Service Public d’Electricité), qui figure sur nos factures d’électricité. La péréquation est un choix politique, fait au nom de la solidarité nationale et de l’aménagement du territoire. Les électricités renouvelables, de leur côté, jouissent, en Corse comme dans le reste de la France, d’un système d’obligation d’achat : leur production est automatiquement achetée par EDF, à un prix – élevé – décidé par le gouvernement. La différence entre ce prix d’achat et le prix de marché est remboursée à EDF par l’intermédiaire de la CSPE.

     L’évaluation du montant de ces deux subventions est complexe. Heureusement, elle est effectuée par la CRE (Commission de Régulation de l’Energie), et rendue publique. La CRE (délibération du 13 juillet 2017, Annexe 1, Tableaux 5 et 17) chiffre pour 2018 le montant de ces deux subventions à l’électricité corse : 130 M€, pour la péréquation, 180 M€ pour les renouvelables, soit 311 millions. C’est un chiffre élevé : presque 1000 € par habitant, étant entendu qu’une partie de l’électricité ainsi subventionnée bénéficie aux industries, aux collectivité, et pas seulement aux ménages. Ces quelques 300 millions sont une mesure des surcoûts causés par le système corse de production électrique.

     Ces surcoûts résultent de la géographie plutôt que de la politique. Mais ils devraient donner à réfléchir à ceux, et ils sont nombreux, qui prônent pour le reste de la France l’abandon de l’interconnexion et du nucléaire. Si toute la France, 200 fois plus peuplée que la Corse, fonctionnait comme le système électrique corse, notre électricité coûterait annuellement quelques 60 milliards de plus, rejetterait 10 fois plus de CO2, et dégraderait plus encore notre balance des paiements. Le cas corse montre que, au moins en matière d’électricité, "small" n’est pas toujours "beautiful".

Autonomie et renouvelables sont plus souvent des mirages que des miracles.

BouquetElectriqueCorse2017

Source : Calculé à partir de : EDF Corse, Production d’électricité par filière, télédéchargement de données mensuelles.


Note : aPour tenir compte du caractère capitalistique de ces filières, et de l’origine étrangère des panneaux solaires et des turbines éoliennes, on a alloué la moitié de la production aux importations.

Source : https://mythesmanciesetmathematiques.wordpress.com/2018/01/31/fourniture-delectricite-le-cas-de-la-corse/#more-15353

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