Good morning, Mali !

Le déclin de la Défense est clairement programmé, et s'inscrit dans les faits

Dans ce billet d'humeur écrit à la suite du bilan à mi-mandat présenté par le président de la République en novembre dernier, le général Bernard Messana souligne que ce n'est que grâce à une question posée par un journaliste que M. Hollande a abordé de manière fugace le domaine de la Défense alors que c'est lui qui a décidé d'engager les armées dans trois conflits tout en continuant à diminuer leurs effectifs. À l'époque, nos soldats n'avaient pas encore été déployés massivement sur le territoire national !





Le 6 novembre, à mi-chemin de son mandat, le président de la République s'est adressé aux Français, s'exposant ainsi au risque d'un inventaire critique de son action. Au risque aussi de devoir affronter des attaques et railleries sur son style, sa manière de se présenter, en public comme en privé, comme un homme « normal » exerçant une fonction exceptionnelle, à la tête d'un État exceptionnel. C'était là un exercice difficile que les spécialistes ont commenté sur des modes divers, louange affectée ou partiale, condamnation brutale ou accablée, indifférence dédaigneuse.

 

Aucun de ces commentateurs n'a relevé un fait pourtant surprenant. Il n'a jamais, ou presque jamais, été question de « Défense », tant dans les propos du Président, que dans les questions posées par les journalistes. Et pourtant, en deux années et demie de présidence, M. Hollande a résolument engagé la France dans trois conflits armés. N'étaient-ce pas là des actions majeures du demi-quinquennat ?

Nos soldats se battent au Mali, en Irak, et même souvent en RCA, quand les forces en présence bravent l'interposition française. Ils risquent ainsi chaque jour leur vie et en meurent parfois, pour la France.

 

Mais ce n'est pourtant que très fugitivement que le président a abordé ces questions. En réponse à un journaliste impertinent semblant douter de sa capacité à décider, il a rappelé que c'était lui, président chef des armées, qui avait sans coup férir engagé nos forces au Mali. Rappelant alors combien était lourde, et difficile à prendre, la décision d'engager des soldats sur un théâtre, au péril de leurs vies. Enfin, interpellé sans ménagement  sur la pertinence de ses priorités dans la conduite de l'État, il les a réaffirmées avec force : oui, des domaines comme l'Éducation nationale ou la Défense devaient absolument être préservés.

 

Habités par les questions qu'ils ont mûrement pensées et pesées, pressés de les poser, les journalistes n'écoutent les réponses que d'une oreille distraite, et laissent au public le soin de juger de leur pertinence. C'est pourquoi dans le public, les individus très minoritaires qui se hasardent encore à « penser Défense », et parfois même osent en parler, n'ont pas manqué de sursauter. Car si la priorité accordée à l'Éducation Nationale affirmée par le président est indubitable et s'inscrit dans les faits - création de 60 000 postes d'enseignants par exemple -, la Défense, elle, n'est ni favorisée, ni même préservée. Son déclin est clairement programmé, et s'inscrit lui aussi dans les faits.

En voici quelques illustrations. En 10 ans, nos armées auront perdu 25% de leurs effectifs. La dernière tranche de cette liquidation - suppression de 23500 personnels - est planifiée dans le quinquennat en cours.

Le budget de la Défense, déclaré « sanctuaires » par son ministre, est en fait gelé jusqu'en 2019 à son niveau de 2011.

La part du PIB consacrée à la Défense est passée de 2,3 % en 2007 à 1,5 % en 2014. D'autres faits, plus techniques, pourraient aussi être cités : surcoût des opérations extérieures, incertitudes quant aux ressources exceptionnelles censées abonder le budget, report de charges d'année en année, etc.

Nous sommes donc dans une situation parfaitement irrationnelle : la France est engagée dans trois conflits qui vont durer et se durcir, nécessitant l'engagement de moyens supplémentaires. Elle est consciente qu'à court terme, elle devra aussi s'engager en Libye. Elle sait que sa sécurité intérieure est menacée et qu'il faudra sans doute avoir aussi recours aux armées sur le territoire national. Et la France, imperturbable, réduit ses moyens militaires.

Le mur est au bout du chemin. Il y a quelques années, nos responsables s'y étaient heurtés à Uzbin, réveillant un ministre qui disait que nous n'étions pas en guerre. Aujourd'hui 8 novembre, nous sommes encore en guerre. Mais les médias me parlent de Nabilla, Fillon, Zlatan, Bygmalion, et du barrage de Sivens menaçant renoncules et tritons.

 

Je change de chaîne, je rôde sur les ondes, guettant le « Good morning, Mali !», le « Good morning, Bangui ! » qui me diront les nouvelles de ceux qui vont mourir pour nous, et pour les saluer.

 

Bernard MESSANA Officier général (2S)

 

 


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