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...du général François TORRES


 

Bonjour, ci-joint un document interne au MINDEF et un petit texte d’humeur sur ce qui se passe dans les hautes sphères de notre belle défense. Marginalisez, marginalisez, il ne restera bientôt plus rien de militaire à la tête des armées françaises. 

 

A part ceux à qui on demandera d'envoyer, en silence et sans broncher, nos soldats se faire tuer, tandis que le pékin sectaire, à l'occasion antimilitariste, préoccupé avant tout de l'ascendant de la toge sur le glaive, s'occupera à saper les fondements opérationnels des armées, reléguées au rang de société de service. Un signe qui ne trompe pas : le prochain patron de l’X sera un civil. C’est en cours. Je n’ai pas entendu l’actuel Commandant le général Demay s’en offusquer le moins du monde.

Les militaires se taisent ou ne réagissent que très peu, sous prétexte de réserve républicaine. Ils ont tort car nous sommes dans un combat asymétrique. Quand l’armée observe la discrétion exigée par les institutions, le pouvoir politique, animé d’une sorte d’arrogance monarchique, ne cesse de sortir des clous démocratiques.

Il me semble que, toutes proportions gardées, le pouvoir politique actuel est sur une ligne de philosophie politique assez voisine de celle de Morsi en Egypte : « je suis élu, donc je fais ce que je veux ». Y compris chambarder de fond en comble le système de sécurité du pays. Je me suis assez souvent demandé ce qui autorisait de telles dérives.

 

De fil en aiguille, j’en suis venu à penser que la 5° République concoctée par De Gaulle a atteint ses limites. Mais, tout comme pour la dissuasion, noyée dans une longue collection de non dits et d’incohérences comme cette doctrine très intellectuelle et à la limite de l’ubuesque, du « non emploi », les réflexions à propos du sens brouillé de la 5°République, procèdent du tabou. Dans les milieux du pouvoir nourris des incohérences et des mensonges, l’évocation de ses dérives, se perd dans les sables du désert.

 

Tabou en effet, comme un sacré, dont même l’évocation serait dangereuse. 

 

Pourtant, il me semble que - premier contresens majeur - l’affaissement du sens des responsabilités de ceux qui se sont glissés dans la loi fondamentale gaullienne, comme des Bernard Lhermitte dans une coquille trop grande pour eux, est en partie à la racine du démantèlement des armées.

Le montage gaullien, construit à la mesure d’une vision héroïque de la France, mais aujourd’hui – deuxième contresens - avachi dans les querelles d’apparatchiks partisans, à rebours de la conception gaullienne de l’onction populaire contre les arrangements partisans, a abouti à conférer à un président de troisième choix, un pouvoir quasi monarchique, trempé dans la consécration presque mystique du suffrage universel, à la tête d’un exécutif politique dont le pouvoir sans partage est, sans conteste, le plus puissant parmi les démocraties occidentales.

 

C'est le troisième contresens et non le moindre, puisque l'illusion de l'onction du peuple persiste alors que la race des hommes politiques capables de se faire élire en dehors de l'appareil d'un parti a, pour l'heure, disparu du paysage politique français. Il n'est d'ailleurs pas certain qu'elle puisse resurgir. Ce qui vient en appui d'une révision constitutionnelle.

 

Incidence néfaste pour les militaires et pour la France, les armées et la défense sont, de surcroît, enfermées dans le no-man’s land intouchable du « domaine réservé », comme dans un coffre fort imprenable, installé au sein de l’intangible.

 

Étonnez vous ensuite que la défense glisse, au prétexte d’économies, qu’elle est la seule à accepter à ce niveau, le long de la ligne de plus grande pente du parisianisme pacifiste et antimilitariste, articulée autour de l'illusion éculée des "dividendes de la paix", puisque, par la

fâcheuse perversité des dérives de la 5ième République, elle est laissée toute entière aux mains de bureaucrates habiles, rompus aux tractations des cabinets, mais assez souvent sans convictions, puisque avant tout outils bureaucratiques, ils sont avant tout formés à l'efficacité administrative.

 

Ce qui n'est déjà pas si mal, mais très loin d'être suffisant pour diriger un pays dans la tourmente. Il y faut une capacité de vision globale du monde, quelques convictions, notamment sur le rôle et la place de la France dans le monde, une autorité naturelle, et beaucoup de culture générale. Autant dire que ni les louvoiements nécessaires à la présidence d'un parti politique, ni l'agitation commerciale et opportuniste d'un cabinet d'avocats ne préparent correctement à cette charge.

 

Opportunistes du pouvoir, les hommes et les femmes d’appareil sont fabriqués par une école, qui, d’abord obsédée par l’obligation de concision, enseigne à rédiger le plus rapidement possible – c’est un critère - des synthèses sophistes, capables de démontrer tout et son contraire, parfois sans analyse approfondie et, éventuellement, si le machiavélisme politique l’exige, avec une honnêteté intellectuelle à géométrie variable.

 

Inutile de dire que, dans cet utilitarisme bureaucratique, les produits de cette école apprennent par obligation à se tenir éloignés des certitudes, inutiles et dangereuses dans l’incessante fluctuation des ambitions, dont les rivalités froides et cyniques sautent aux yeux de ceux qui s'aventurent dans les cabinets ministériels. Quand elles s'affichent, les certitudes ne sont, comme la logique du « non emploi » ou l’efficacité de la 5 ième République, que de façade.

 

Ci-joint deux documents.

Le premier, la lettre interne du ministre à propos de ce qui se présente ni plus ni moins comme une invasion de civils dans la machinerie du ministère de la défense et mon pavé d’humeur.

 

Diffusez les, y compris au sein de parlementaires préoccupés

par la trajectoire infligée à notre système de défense.

FT

 

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L'armée civile.pdf 103.25 Ko
La toge et le soldat.doc 31 Ko
 


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