SI TU CROIS EN TON DESTIN...

par le Gal. Bernard Messana - le 01/09/2015.


Le 13 janvier dernier, le Premier ministre a déclaré : « La France est en guerre contre l’islamisme radical ». Pour éclairer cette nouvelle « drôle de guerre », le général Bernard Messana explique pourquoi, à son avis, l’islam conduit effectivement des musulmans à mener un combat plus ou moins direct et violent contre ceux qui ne partagent pas leur foi.

Le 01/09/2015


« Si tu crois en ton destin ». Ce titre rappellera sûrement quelque chose à certains. Il s’agit en effet des premières paroles d’un chant traditionnel des parachutistes, et peut-être pouvez-vous en fredonner la suite, « [si tu crois au lendemain, l’ami, faut pas hésiter, prends ton sac et viens sauter ! ». Si l’on en croit la chanson, le saut est donc tout à la fois un test – « faut pas hésiter… » –, et une « clé » pour un destin que l’on voudrait grandiose.

Mais il existe bien d’autres « clés » pouvant donner l’espoir d’un futur d’exception. La chahada, profession de foi musulmane, en est une. Prononcée dans certaines conditions, elle permet de rejoindre le cercle des croyants, communauté fraternelle accueillante et chaleureuse. Le converti, touché par la grâce, délivré des souillures de l’incroyance, se sent soudain plus fort, et respecté. Personne ne lui demande de devenir un éminent connaisseur des textes sacrés. Il lui suffit d’écouter les prêcheurs et d’appréhender l’essence du fait religieux unissant les hommes dans la soumission à un Dieu, Allah, dont il faut, ici-bas, appliquer la loi. Un Dieu fort et juste qui fait des hommes ses ardents serviteurs, les imprégnant d’un sentiment de plénitude, et d’une foi pouvant aller jusqu’au sacrifice.

Ainsi donc, sauter en parachute ou se convertir à l’islam ne seraient que des moyens d’oser croire en son destin, potions magiques donnant « force et courage » pour changer de vie et guider celles de nos concitoyens.

Mais ma comparaison quelque peu provocatrice va s’arrêter là…

Le saut en parachute n’est en effet qu’une sorte d’introduction à l’action, un prélude, une mise en jambes. Les « choses sérieuses » ne commencent qu’après. Le « saut dans l’islam », lui, s’avère d’emblée action, et action globale. Dans tous ses aspects, voilà que la vie est encodée, rythmée, canalisée. L’islam devient le moteur de l’activité humaine, codifiant le mental, disciplinant le spirituel, ordonnant le matériel. C’est une sorte de feu intérieur, une flamme. Une flamme qui éclaire, réchauffe, ou brûle le monde des musulmans

Une flamme qui éclaire, réchauffe, ou brûle le monde des musulmans

Elle éclaire ceux que j’appellerai les « sécularisés ». Elle réchauffe les « fervents ». Elle brûle les « incendiaires ».

Les « sécularisés » ont fait le choix de vivre en France et se sont volontairement adaptés aux coutumes et modes de vie français. Leur religion, ils la vivent un peu comme les Français, dits « de souche », qui vivent leur christianisme raboté par la laïcité. En effet, si le christianisme reste officiellement, et de très loin, la première religion de France, ceux qui s’en réclament se déclarent aussi, le plus souvent, « non pratiquants ». Et vous ne les verrez plus, ou rarement, aux offices religieux. Le concept de laïcité, conçu pour et contre le christianisme, a là parfaitement rempli son office abrasif. Pour le musulman sécularisé, les choses sont encore plus simples. L’islam, en effet, ne comprend pas de clergé, et, contrairement aux discours spécieux concernant les mosquées, le musulman n’a nul besoin impératif de lieux dédiés pour prier. L’islam n’est-il pas d’ailleurs né dans le désert ? Dès lors, vivant en Occident et désireux d’y faire souche, le musulman « sécularisé » se pliera aux modes de vie des indigènes, évitant toute attitude ou discours susceptible de les heurter. Ses femmes, par exemple, ne porteront pas ce voile qui serait un reproche d’impudeur, sorte d’affront pour les occidentales qui ne le portent pas. En bref, l’esprit qui anime la sécularisation musulmane en France est de rendre à César ce qui lui appartient. La religion, c’est une affaire privée, un rapport strictement personnel, direct et discret avec la divinité : « Je n’adore pas ce que vous adorez, et vous n’êtes pas adorateurs de ce que j’adore (…) À vous votre religion, et à moi ma religion. » (sourate 109/ 2.6.). L’islam est Religion, pas Politique. En Occident, il n’a aucun droit de gérer la Cité, d’en changer les règles. Surtout quand cette Cité a baigné pendant des siècles dans un christianisme qui a marqué les paysages, influencé les lois, conditionné les comportements, structuré la pensée. Les racines chrétiennes sont à la fois bases et architecture interne de notre civilisation. Il y a donc, et la loi de 1905 n’y pouvait rien changer, un gène en forme de croix dans l’ADN du « Français de souche ». Et les musulmans sécularisés l’ont parfaitement compris et accepté. C’est cela, l’art du vivre ensemble.

Les musulmans « fervents » aussi l’ont compris. Mais ils ne s’en accommodent guère. Ils veulent, en France, tenter de vivre comme ils le feraient en terre d’Islam, suivant les préceptes du Coran et des Hadith. Allah, pour eux, porte aussi la couronne de César, et devrait donc gouverner la Cité. Frustrés de ne pouvoir l’exiger de notre République déclarée laïque, les « fervents » vont le mettre en pratique dans leurs communautés, qui s’inscrivent alors dans le paysage français comme des îlots préservés, zones de non droit laïc, à l’écart des miasmesharam, des mécréants : «  Combattez ceux qui ne croient ni en Dieu ni au jour dernier […] et ceux des gens du Livre qui ne se donnent pas comme religion la religion de la vérité, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation […] ; et qu’ils se fassent petits » (sourate 9/ 29.). À Paris, Marseille, Lyon, Bordeaux, et bien d’autres villes, il suffit de flâner pour, au détour d’une rue, se retrouver soudain en pays musulman et devenir ainsi « l’étranger », pas toujours bienvenu, sommé de se faire « petit » sur son propre sol. C’est donc là l’expression claire d’un communautarisme résolu que des élus couards en mal d’électorat n’hésitent cependant pas, niant effrontément l’évidence, à qualifier de républicain. Dès lors, parfaitement toléré, et par là semi-officialisé, ce communautarisme va s’exprimer avec une insistance proportionnelle à la faiblesse de ses interlocuteurs, par des revendications « pragmatico-provocatrices »– transformons les églises sans paroissiens en mosquées ! –, par un « grignotage » incessant dans tous les domaines, culte, culture, éducation, habitudes vestimentaires, alimentation, liberté d’expression, etc... Comme les dinandiers des souks ciselant leurs plateaux de cuivre, on martèle à petits coups précis la croix génétique du Français en espérant la transformer en croissant.

Quant aux « incendiaires », ce sont des « fervents » qui, s’étant trop approchés de la flamme islamique, se sont embrasés. Ils brûlent alors de combattre pour imposer urbi et orbi la charia, et, comme aux premiers temps de l’islam, soumettre et convertir les incroyants, ou les détruire. Ils ne se contentent pas, en effet, suivant en cela les prescriptions de leur Livre saint, de promettre aux mécréants, dans l’au-delà, le feu de la Gehenne. Mais ils appliquent ici-bas, avec ardeur et inventivité, la peine de mort que le Coran prescrit à ceux qui refusent la soumission :« Quant à ceux qui mécroient, Je vais jeter l’effroi dans leurs cœurs : frappez donc au-dessus des cous, et frappez les aux jointures ! […] Et puis ce n’est point vous qui les avez tués : mais c’est Dieu qui les a tués. » (sourate 8/12.17.). Le califat, aujourd’hui rétabli, et des prêcheurs islamistes virulents vont donc guider l’action des « incendiaires » dans une guerre dite sainte. Mais le combat est global, et ils inspireront aussi et faciliteront les opérations de terrorisme menées dans le monde des mécréants par des « incendiaires » déguisés en « fervents », et parfois même grimés en « sécularisés ». Tuer les blasphémateurs – Charlie-Hebdo –, tuer les Juifs – Hyper-casher –, tuer les « croisés » s’ils viennent polluer les terres d’Islam – le Bardo, Sousse –, tuer le chiite, tuer l’alaouite, tuer, tuer, tuer…

Ne pas avoir peur ?

« N’ayez pas peur ! » clament nos dirigeants politiques, se découvrant soudain une âme de pasteurs tutélaires de la Nation. Et les Français, interloqués, se regardent. De quoi donc ne faut-il pas avoir peur ?

Ne pas avoir peur des « incendiaires » ? Alors qu’au lendemain de l’attentat contre Charlie-Hebdo, nos dirigeants politiques ont déclaré que nous étions en guerre contre eux, que ce soit sur notre sol – opération Sentinelle –, mais aussi dans la bande sahélo-saharienne (BSS) où, justement, le président a ordonné de les « détruire » ! Mais si, dans la BSS, la Force Barkhanefait effectivement la guerre, quoiqu’avec des moyens trop réduits pour espérer pouvoir la gagner, faisons-nous effectivement la guerre sur notre sol ? « Drôle de guerre » ! Le citoyen informé n’arrive pas à comprendre pourquoi la masse imposante et l’extrême précision des informations dont nous semblons disposer sur nos ennemis ne débouchent pas sur une exploitation opérationnelle digne de ce nom. Comme s’il fallait attendre le « flagrant délit » pour agir, ou, dans certains cas douteux, recourir à une justice pointilleuse du temps de paix où le jeu des procédures provoque inéluctablement l’enlisement ! Rejoindre Daech ou Al Qaïda, ou tenter de le faire, n’est-ce pas déclarer la guerre à l’État français ?

Ne pas avoir peur des « fervents » ? Certes, et les propos publics de cette pieuse assemblée magnifient avec lyrisme l’esprit de tolérance et d’ouverture de leur religion… feignant toutefois d’oublier que le Coran n’admet littéralement qu’une religion unique, l’islam, ne laissant aux chrétiens et aux juifs qu’un statut de « dhimmitude », et au mécréant irréductible, le sacrifice. Par ailleurs, pour un esprit cartésien, quel type d’intégration attendre d’une communauté musulmane « fervente » ne dissociant pas spirituel et temporel, se refusant catégoriquement à toute relecture moderne d’un Coran « incréé », et assimilant nos concepts de laïcité et démocratie à des hérésies ? « Not in my name ! » disent les « fervents » devant les crimes des « incendiaires ». Certes, mais doit-on se suffire d’une condamnation des individus « fous de Dieu », en se gardant de condamner leur vision de l’islam issue d’un texte intouchable ? L’intégration vue par les « fervents » se résume alors à une coexistence bancale, sorte d’état de guerre froide où, remettant en question le patrimoine culturel et l’équilibre de civilisation existants, la règle permanente devient celle du compromis, de la transaction, du marchandage, de la cote toujours mal taillée. Les Français non musulmans, et les Français musulmans « sécularisés », conscients de cet envahissement sociétal obstiné qu’ils dénoncent en vain, se sentent bafoués et « s’encolèrent ». Et islamophobie et amalgames naissent et prospèrent, prodromes de déchirements à venir…

Voilà pourquoi les Français ont peur. Mais ce qui les effraye le plus, c’est assurément l’attitude de leurs dirigeants dont ils ressentent, avec une angoisse croissante, l’impuissance.

Impuissance à définir clairement avec les musulmans un islam compatible avec notre République laïque. Si « Vivre en France » est bien le choix de nombreux musulmans, ne doivent-ils pas alors, comme le font déjà les « sécularisés », en assumer le poids, dans toute sa plénitude, selon les lois, mais aussi les us et coutumes français, sans chercher à en contourner l’application, en discuter le bien-fondé ? Tout se passe comme si, ayant su pourtant, au terme d’un long combat, dompter le christianisme, le politique se refusait aujourd’hui à contraindre l’islam à s’adapter aux règles républicaines et laïques, prenant ainsi le risque de réveiller sur notre sol une de ces guerres de religions dont nous avons eu le secret.

Quant aux raisons qui expliquent l’impuissance et les hésitations de nos dirigeants, en exercice ou non, chacun les cherchera, à sa guise, dans ce mélange obscur d’idéologie, de haine de soi, de repentance, de couardise, mais aussi d’électoralisme de bas étage, et de goût irrépressible pour les contrats juteux et les généreuses enveloppes moyen-orientales. J’oubliais l’incompétence et l’inculture…

Que veulent donc les politiques ? Une France « soumise », « houellebecquienne » ? Y aura-t-il alors un politique entrant en résistance pour lancer, pourquoi pas, l’« appel de Rome » ?

Une phrase récente du président de la République devant les ravages des incendies de forêts provoqués par des irresponsables résume à merveille, à la manière d’une « raffarinade », « l’état français » : « Quand on voit les conséquences, on se dit qu’il faut traiter les causes ! »

Traiter les causes ? C’est justement ce que s’apprêtent à faire, à leur manière, des citoyens exaspérés, et désespérés, mais qui veulent encore « croire en un destin… ». Les choix désespérés cependant sont rarement les plus beaux

Bernard MESSANA
Officier général (2S)


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