LE SYNDROME DE NORMAN ANGELL

 

Le général Vincent Desportes dénonce ici l'utopie de l'Europe qui la conduit à dés­armer alors que la guerre est loin d'être morte.

 


Eté 2015 


Nous sommes au début du XXe siècle, au cœur de cette période que nombre

d'éco­nomistes qualifient de « première mon­dialisation», une période d'expansion du commerce et d'intensification des échanges de capitaux. Jamais les liens économiques entre la France et l'Alle­magne n'ont été aussi importants. La guerre est donc devenue impossible où, si par malheur, elle éclatait, elle ne pour­rait qu'être brève. C'est juste du bon sens nous sommes tellement civilisés et nous avons tellement besoin les uns des autres ! La thèse est en vogue ; elle conduit, du moins jusqu'en 1910, à un affaiblissement de la défense française.

La France est elle-aussi aujourd'hui frappée du syndrome de Norman Angell, cet homme

politique britannique qui, dans sa Grande illusion, développe la thèse fallacieuse de la paix par l'impé­ratif économique ? En 1945, 80 millions de morts plus tard, après le double suicide

collectif d'une partie de l'humanité, le bon sens revient, tel que Freud l'avait exprimé quelques

décennies auparavant « On ne peut pas guérir l'homme de la guerre.»

 

Nous devons remercier l'Europe. Sincèrement. Parce que l'idée même de l'Europe a donné aux peuples européens soixante-dix ans de paix, ce qui n'était ja­mais arrivé dans l'Histoire.

Mais nous devons désormais nous réveiller de ce rêve parce qu'il porte désormais en lui le germe même de sa mort. Le rêve européen, c'est de croire qu'il est universel, c'est de croire qu'il est l'idéal qui dépasse les autres et étouffe toutes les vieilles raisons de la guerre - toujours les mêmes depuis que Thucydite les recensaient : la peur, l'honneur et l'intérêt, c'est de croire que les ressources du monde sont pour tous infinies comme elles semblent l'être pour nous. Le rêve européen, c'est de croire qu'il fait tache d'huile. Et bien non : il s'arrête à nos limes au-delà desquelles force est désormais de reconnaître que notre civilisation n'a pas eu les effets escomptés, au-delà desquelles la barbarie existe dans ses formes les plus obscènes !

Le rêve européen est par lui-même une Grande Illusion. La paix européenne n'a pas tué la guerre, loin de là, mais elle a donné aux Européens - et particulièrement aux Français si bien protégés du monde extérieur au bout de la péninsule Europe - l'idée qu'elle l'était. Et donc que les dépenses liées à la guerre, les dépenses de défense étaient au mieux inutiles, au pire illégitimes.

À quoi peut bien servir de conserver une défense solide puisque, d'évidence, la guerre ne menace plus et que nous sommes protégés ?

 


L'Europe semble être passée au-delà de son « point culminant » - pour reprendre le concept de Clausewitz -, cette ligne immatérielle au-delà de laquelle son idéal l'affaiblit et porte en lui-même le germe de sa mort.

Un récent rapport parlementaire britannique condamnait le «

somnambulisme » de l'Europe face aux risques portés par la crise ukrainienne : le mot, hélas, est juste .........Vous trouverez la suite de cet article parmi d'autres tout aussi captivants dans le n° 107 de la revue "Engagement" distribuée par l'ASAF pour la modique somme de 5 €.

 

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Vincent DESPORTES

Officier général (2S)

 


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