Attentat de Djibouti 1976 : "On a dit : Ce n'est pas grave, ce sont des enfants de militaires"


"L'intervention", le film de Fred Grivois, vient de sortir en salles. Sur l'affiche, on peut lire sous le titre : "Cette histoire est vraie ; pourtant vous ne la connaissez pas". Pour en savoir plus sur cette histoire mystérieuse, qui a mené à la création du GIGN, Laurent Goumarre a reçu le réalisateur.

"L'intervention" de Fred Grivois est sur les écrans depuis le 30 janvier 2019
"L'intervention" de Fred Grivois est sur les écrans depuis le 30 janvier 2019 © SND

Résumé du film 

Djibouti, 1976 : 25 enfants de militaires (de légionnaires, plus précisément) montent dans un bus pour aller à l'école, mais quatre rebelles somaliens prennent le bus en otage, direction la frontière somalienne. Le bus s'enlise à quelques mètres de la frontière. 

Les rebelles armés exigent le rattachement de Djibouti à la Somalie. Branle-bas de combat en France : il en va de la vie des enfants (et de l'institutrice qui s'engage comme otage pour les protéger). Dans la panique, quelqu'un a l'idée d'envoyer sur place une unité de tireurs d'élite. Ils ont un plan… mais auront-ils l'ordre de l’exécuter ? L'ordre doit venir de Paris.

Les enfants otages dans le film ont vu le film, une fois adultes

Pendant le montage, le réalisateur a été contacté par l'Association des anciens otages, les enfants du bus devenus grands. 

Il raconte : "On a fait une projection pour eux. L'une des anciennes otages, qui a maintenant la cinquantaine, s'est évanouie parce que ça lui rappelait trop de choses. Ils m'ont remercié d'avoir parlé de leur histoire, mais pour eux, c'était difficile"

Certains anciens otages lui ont raconté qu'une fois rentrés chez eux, ils n'en ont jamais reparlé ! Déni de trauma classique d'une part… autre époque d'autre part… mais aussi, souligne Fred Grivois, cette "idée folle que plusieurs personnes ont exprimée : "Ce n'est pas grave, ce sont des enfants de militaires."

Image du film
Image du film / SND

Au contact de ces anciens otages, le réalisateur a été surpris d'apprendre qu'ils n'ont jamais été reconnus par l'État comme victimes de terrorisme. En effet, la loi sur les victimes du terrorisme ne remonte que jusqu'à 1982, or cette prise d'otages à Djibouti s'est déroulée en 1976. Un projet de loi va passer bientôt en lecture à l'Assemblée, présenté par la députée Valérie Lacroute : "Ce serait bien que cette loi soit repoussée jusqu’à 1974 pour prendre en compte les victimes de Djibouti" souligne le réalisateur, "Je pense qu'ils ont vraiment besoin de ça".

Il a alors choisi, avec l'accord du producteur, de changer la fin du film pour aborder aussi cet aspect du sujet.

Au cœur de l'Histoire

Cette intervention est intéressante parce qu'on y approche la grande Histoire : l'affrontement des deux blocs URSS / USA. Au micro de Laurent Goumarre, Fred Grivois explique : "tout cela vient se cristalliser sur un autobus dans un désert donc on descend à l'échelle humaine. Mais la France n'a pas envie de déclencher ce qui potentiellement pourrait être la troisième guerre mondiale - puisque Djibouti est le seul pays représentant de l'ouest dans une marée de pays qui ont fait allégeance à Moscou : la Somalie, l'Ethiopie, le Yémen sud en face. Et en même temps, les gendarmes n'y pensent pas parce que ces garçons sont là pour sauver des enfants…"

L'événement à Djibouti a amené, un mois après cette intervention, à la création officielle du GIGN, le Groupe d'intervention de la Gendarmerie Nationale. Plus exactement, suite aux attentats de Munich, pendant les jeux olympiques de 1972, la France avait créé l'ECRI (Equipe commando régionale d'intervention) au sein de la gendarmerie, qui devint opérationnel en 1974. Furent formés également dans ces années-là un GIGN1 et un GIGN4… Et en 1976, un mois après la prise d'otages à Djebouti dont parle L'Intervention, les diverses unités sont réunies sous un seul nom.

Dans les années 1970, les prises d'otages se multiplient, ce qui va amener à la création d'une unité spéciale constituée de tireurs d'élite au sein de la gendarmerie : le GIGN
Dans les années 1970, les prises d'otages se multiplient, ce qui va amener à la création d'une unité spéciale constituée de tireurs d'élite au sein de la gendarmerie : le GIGN / SND

Le réalisateur Fred Grivois a été emballé par ce moment historique : "Dans ce que j'avais lu, cette histoire-là regroupait pas mal de choses des débuts du GIGN - et surtout, il y avait une vraie histoire de western", avec de véritables personnages de héros français. On trouve d'ailleurs dans le film des références au cinéma de Sergio Leone ou John Sturges.

Pourquoi cette histoire est si peu connue aujourd’hui en France ?

Pour Fred Grivois, plusieurs éléments peuvent expliquer que cette affaire soit si méconnue, notamment : "Plusieurs personnes pensent que dans les accords de décolonisation (qui ont eu lieu l'année suivante), il y a des clauses secrètes qui n'ont pas été révélées, ce qui est normal dans ces cas-là, dans lesquelles certains participants étaient amnistiés - du côté des terroristes comme de l'autre".

Aller plus loin

► CINEMA Le film L'intervention est dans les salles depuis le 30 janvier 2019

🎧 PODCAST Les films qui font l'actualité, et dont on parle sur France Inter, sont à retrouver dans notre nouveau podcast, à découvrir : Le Ciné-Club d'Inter (accessible via iTunes ici, ou via le fil RSS là)

🎧 ECOUTER Fred Grivois au micro de Laurent Goumarre dans le Nouveau Rendez-Vous. Ou bien écoutez-en un extrait ci-dessous :

15 min

"L'intervention" de Fred Grivois : rencontre avec le réalisateur dans "Le Nouveau Rendez-Vous"

Image du film
Image du film / SND

Source : https://www.franceinter.fr/cinema/fred-grivois-a-propos-de-l-intervention-on-a-dit-ce-n-est-pas-grave-ce-sont-des-enfants-de-militaires

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