Confiné à Bayonne...

Le bobo Hondelatte ne supporte plus le bruit des paras…

...Éric de Verdelhan - Le 05/04/2020.

« Ils viennent d’un autre temps, d’un autre ciel. Ce sont les derniers fidèles d’une austère religion, celle du courage… Seuls, ils échappent au grotesque d’une époque dérisoire. Ils viennent d’un monde où on ne triche pas… Ils sont de l’espèce qui se rase pour mourir. Ils croient à la rédemption de l’homme par la vertu de l’exercice et du pas cadencé. Ils cultivent la forme physique et la belle gueule. S’offrent le luxe des réveils précoces dans les matins glacés et des marches harassantes pour la joie de s’éprouver. Ce sont les derniers poètes de la gratuité absolue. »                            (Dominique Venner)

Hier, un camarade, ancien parachutiste, m’a transmis un article de « Sud-Ouest » datant de quelques jours. J’y lis ceci, qui m’a fait littéralement bondir :

« Christophe Hondelatte, revenu chez lui, à Bayonne… en cette période de confinement, dénonce les bruits sourds et répétitifs des entraînements au tir venant de la caserne toute proche du 1er RPIMa : « C’est assourdissant, en pleine journée comme au milieu de la nuit, ces tireurs d’élite pourraient se calmer un peu ou aller s’entraîner au tir ailleurs en cette période de confinement, je ne sais pas, moi, dans la forêt landaise ou en zone non urbanisée… J’habite ici depuis toujours, c’est un souci récurent… c’est de plus en plus difficilement supportable! »… »

Ainsi, il ne suffit pas que les bobos parisiens, se souvenant quand ça les arrange qu’ils ont des racines provinciales et/ou une résidence chez les « ploucs » (qu’ils méprisent 11 mois par an), se plaignent du carillon des églises, du bruit des cloches qui tintinnabulent au cou des vaches, du chant du coq, des aboiements de chiens, des odeurs de fumier… que sais-je encore ?

Voilà que monsieur Christophe Hondelatte, journaliste  en mal de notoriété, le bellâtre un brin narcissique de l’émission « Faites entrer l’accusé », est dérangé par l’entraînement (intensif), au tir et au combat, des parachutistes du 1er RPIMa.

Je voudrais, dans un premier temps, faire remarquer à ce monsieur que, s’il habite Bayonne « depuis toujours » – il est né en 1962 – les unités paras ont occupé la Citadelle (1) bien avant qu’il ne vienne au monde. De nombreux parachutistes  d’Indochine et d’Algérie y ont été formés avant que le 1er RPIMa ne l’occupe en 1960. Depuis cette date, Bayonne a toujours été la garnison du 1er RPIMa.

Je voudrais qu’il sache aussi que le 1er RPIMa est l’une des unités les plus décorées de France et que les hommes qui servent dans ce régiment d’élites méritent d’abord notre respect.

Ils sont les dignes héritiers des premières demi-brigades SAS (2) qui se sont battues en Crète, à Benghazi, sur le front libyen, en Cyrénaïque, en Tunisie…

Ils descendent en droite ligne du « Bataillon du ciel » largué à Plumelec le 6 juin 1944

à 0 h 40. Le caporal Émile Bouétard, probable premier tué du Débarquement, était un parachutiste  français.

Ces parachutistes, on va les retrouver dans les combats de la Libération et lors de l’opération Amherst, aux Pays-Bas, en avril 1945.

Les « paras-colos » iront ensuite se faire tuer – nombreux – dans les rizières d’Indochine, puis du 13  mars au 7 mai 1954, des bataillons parachutistes  entiers disparaîtront à Diên-Biên-Phu.

Ils obtiendront, plus tard, une victoire-éclair lors de l’Opération « Mousquetaire » à Suez en 1956, sous les ordres de chefs prestigieux comme Massu et Château-Jobert.

Ils gagneront la bataille d’Alger en 1957, puis, en avril 1961, beaucoup d’entre eux choisiront « les voies de l’honneur »  pour ne pas trahir l’Algérie française.

Viendra, ensuite, la génération de parachutistes des « Opex » (3).

Monsieur Hondelatte, j’ai servi au 1er RPIMa. « De mon temps », comme disent les vieux, le régiment (4) formait ses paras pour les envoyer faire le coup de feu au Tchad. Au nom d’accords anciens, la France soutenait  le régime corrompu de François Tombalbaye aux prises avec un « Fro-Li-Nat » (Front de libération nationale) qui voulait le chasser du pouvoir.  N’Djamena s’appelait encore Fort-Lamy. Traumatisé par la guerre d’Algérie, le gouvernement ne voulait pas risquer la vie d’un « p’tit gars du contingent » dans ce conflit lointain et n’envoyait là-bas que des soldats de métier.                                                                                                                                             

Un camarade, retrouvé 40 ans après nos classes à Bayonne, à l’occasion de la sortie de mon premier livre, m’a rappelé qu’en janvier 1970, notre section d’instruction comptait 69 hommes. Le 22 mai 1970, lors de l’obtention de notre brevet parachutiste, à Pau, nous n’étions plus que… 29.

Un écrémage qualitatif aussi sélectif, sinon plus, que dans les unités de Légion.

Vous suggérez que les soldats du 1er RPIMa aillent s’entraîner « dans la forêt landaise ou en zone non urbanisée ». Au début des années 1970, non contents de « faire du bruit » dans la Citadelle, nous allions tirer au Boucau et à Sarre, nous crapahutions dans l’arrière-pays basque et sur la Rhune et nous sautions en parachute à Hasparren. Au grand dam, je suppose, des écolos-bobos de l’époque car nous devions faire très peur au gibier à poil et aux petits oiseaux.

Si vous ne savez rien des combats du Tchad (de fin 1969 à 1972) – ce que je peux comprendre puisque personne n’en parle –  sachez que là-bas, les commandos paras de la  6e CPIMa (5) ont eu une soixantaine de blessés et 26 tués. Le 23 mai 2014, l’ « Amicale des Éléphants Noirs » –  les anciens de la 6e CPIMa – inaugurait une stèle dans la Citadelle  à la mémoire de ses morts (6).

Quand j’ai été incorporé, en janvier 1970, on m’a affecté à la section Hoareau. L’adjudant Étienne Hoareau a, par la suite, servi dans « l’Assistance Militaire Technique » (AMT) de l’armée tchadienne. Il y commandait une section parachutiste.  Son véhicule a sauté sur une mine. Il est mort le 28 mars 1972 à Ouaddaï. L’autre section d’instruction avait pour adjoint le sergent-chef  Christian Large. Lui aussi est parti ensuite à l’AMT du Tchad. Il est mort le 24 mars 1971, sous l’assaut d’une forte bande rebelle, à Ouled-Bili.

À la fin août 1972, le général Cortadellas, commandant les troupes au Tchad, rendant compte de sa mission, déclarait que nos pertes étaient de 41 tués et de 102 blessés. Son propre fils, Bertrand Cortadellas, sergent-chef à la 6e CPIMa, avait été tué le 23 janvier 1971 à Moyounga.

Je n’ai pas eu l’honneur – car c’en est un – de servir à la 6e CPIMa, mais en hommage à mes camarades tombés au Tchad, j’ai raconté, dans mon dernier livre, leurs combats oubliés (7).

Puis, pendant des décennies, jusqu’aux « printemps arabes » les opérations extérieures à caractère offensif  ont cessé à l’exception de celle du 2e REP sur Kolwezi en 1977, avant la guerre du Golfe et les « Opex » actuelles en Afrique.

Entre-temps, nos dirigeants,  socialistes ou assimilés, ont inventé les « soldats de la paix » ce qui nous a amenés à certaines situations catastrophiques (entre autres, l’affaire du « Drakkar » qui coûta la vie à 58 parachutistes français) : des missions d’interposition entre belligérants, à caractère défensif ou d’observation, sous la bannière de l’Onu ou d’une force internationale…

Depuis les « printemps arabes », la déstabilisation de toute l’Afrique subsaharienne a amené la France, plus ou moins lâchée par ses « alliés » européens, à reprendre des opérations offensives, mais elle le fait avec des moyens dérisoires : notre armée est réduite à une peau de chagrin ; nos soldats n’en sont que plus héroïques ! Les paras sont revenus au Tchad en 1983-84, avec d’autres soldats français, pour l’« Opération Manta ». Puis il y eut l’« Opération Épervier » jusqu’en août 2014, puis l’« Opération Barkhane »… etc.

Par manque de connaissances, je ne vous parlerai pas du 1er RPIMa depuis qu’il est l’une des unités de nos « Forces spéciales ». Sachez que nos « Forces spéciales » font notre fierté, qu’elles sont citées en exemple dans le monde entier et que leurs hommes sont prêts à risquer leur vie dans les missions les plus périlleuses (8). Si elles s’entraînent intensivement, c’est pour être efficaces !

Gilles Perrault, qui a servi chez les paras mais ne les porte pas dans son cœur, a écrit :

« Les unités parachutistes forment un clan fermé au monde extérieur… qui possède ses références, ses rites, ses légendes. Les parachutistes racontent des histoires de guerre qui se ressemblent toutes par une exaltation de la bravoure et du sacrifice inutile… : se battre par solidarité, sauter avec les autres pour ne pas être un salaud… plus que pour un idéal collectif et indiscutable qui n’existe plus. » (9). Ce qu’il dit est vrai, mais ce qu’il dépeint – et ne peut pas comprendre, l’imbécile ! – s’appelle chevalerie, altruisme, don de soi, abnégation, courage, sens du devoir et/ou du sacrifice.

Voilà, Monsieur Hondelatte, je vous offre un cours d’histoire contemporaine. Une histoire qu’on n’apprend pas à Sciences-Po ou dans les écoles de journalisme.                                                                                                                                              

Si les exercices de tir du 1er RPIMa vous dérangent, achetez-vous des boules « Quiès ».

Et puis, si vous n’arrivez pas à trouver le sommeil, ayez une pensée, mieux, une prière pour tous les parachutistes tombés pour la France, pour quelques causes perdues, ou pour rien…

Aujourd’hui, vous me donnez l’occasion de rendre hommage à tous ces jeunes qui ont cessé définitivement de faire du bruit et de déranger les embusqués et les bourgeois. Leur nom est gravé, à jamais, sur nos monuments aux morts.

Au 1er RPIMa, jadis, on disait souvent : « T’es con ou t’es basque ? ».

Vous m’avez appris qu’on peut être les deux ; soyez-en remercié !

Éric de Verdelhan

1)- Baptisée « Citadelle général Georges-Bergé »  depuis le 15 septembre 1999

2)- « Spécial Air Service » : unités créées en Angleterre dès 1940

3)- « Opex » pour « Opérations Extérieures »

4)- Ainsi que le 8e RPIMa de Castres

5)- Une simple compagnie parachutiste. Ses paras sont connus sous le nom d’ « Éléphants Noirs ». Leur Amicale a édité – aux Éditions « Marsouins et Méharistes » – un ouvrage collectif « Les paras oubliés ». Le titre est bien choisi car il reflète une réalité

6)- Cette stèle comporte  27 noms. Le 27e est tombé le 19 février 1964, à Libreville, au Gabon : il s’appelait Serge Arnaud. Lui aussi est mort à 20 ans, mais ailleurs et avant les autres

7)- « Cœur chouan et esprit para ». Éditions Dualpha ; 2020

8)-  En mai 2019, deux sous-officiers des « Forces spéciales » ont perdu la vie en allant  sauver un couple de gays imprudents en « voyage de noce »…

9)- « Les Parachutistes » Éditions du Seuil ; 1961.

Source : https://ripostelaique.com/confine-a-bayonne-le-bobo-hondelatte-ne-supporte-plus-le-bruit-des-paras.html


Certains se plaignent du chant du coq… Christophe Hondelatte ne supporte plus les tirs des forces spéciales

...par Gabrielle Cluzel (Écrivain, journaliste) - Le 07/04/2020.

 

On le sait, les Parisiens partis se confiner en province n’ont pas bonne presse. On peut comprendre que les habitants des grandes métropoles fuient une densité de population favorable à la prolifération du virus et une exiguïté de l’habitat propice à la neurasthénie, mais il est assez légitime que la France périphérique rechigne à les voir apporter leurs miasmes et raille leur intérêt soudain pour une désertification parée de tous les charmes en cette période de distanciation sociale.

 

Aux Parisiens de faire preuve d’intelligence de situation et de se fondre humblement dans la masse sans se faire remarquer…

 

Mais Christophe Hondelatte ne l’entend pas de cette oreille. C’est le cas de le dire. Il en est qui se plaignent de l’odeur des chèvres, du chant du coq, du carillon, du clocher. Le célèbre journaliste d’Europe 1 confiné à Bayonne « ne supporte plus les tirs du 1er RPIMa » (Sud-Ouest). Car la France des villes moyennes, c’est aussi celle des régiments – quand ils n’ont pas été dissous au grand dam de la population locale, désolée de voir partir un dynamique tissu social. Il s’est fendu, le 3 avril, d’un tweet excédé : « Suis-je le seul à ne plus supporter les tirs continus du 1er RPIMa en plein centre-ville de Bayonne pendant ce confinement ? » mettant en copie la presse, la mairie, la préfecture, le ministère des Armées. Et pourquoi pas, non plus, le président de la République, le pape et la reine d’Angleterre qui, en ce moment, a la cote ?

 

Il dénonce les tirs d’entraînement du corps d’élite et pose la question du « maintien des forces spéciales en centre-ville » : « Ces tireurs d’élite pourraient se calmer un peu ou aller s’entraîner au tir ailleurs en cette période de confinement, je ne sais pas moi dans la forêt landaise ou en zone non urbanisée. » Bref, que ces gueux – qui sans doute s’entraînent par pur sadisme et pour le plaisir d’enquiquiner Christophe Hondelatte – aillent gambader avec leurs jouets au diable.

 

Il conteste plus largement la présence de ces soldats « hébergés dans cette superbe citadelle Vauban ». On se perd en conjectures : ces traîneurs de sabre, selon lui, ne mériteraient donc que des préfabriqués en rase-campagne tandis que l’illustre bâtisse devrait trouver meilleure destination ? Laquelle, au juste ? Hôtel de luxe ? Logements sociaux ? Commerces ou bureaux ?  « À un moment, il faudra peut-être se poser la question de leur maintien en pleine ville. Ce n’est pas très rationnel. Je suis un peu cash c’est vrai : mais là, ces tirs incessants, qui font un écho terrible ce n’est plus possible. »

 

Sans doute Christian Hondelatte est-il originaire de Bayonne. Sa maison là-bas serait même, selon la presse locale, sa résidence principale, et fort d’être un enfant du pays, il s’imagine sans doute avoir tous les droits, qu’on ne le prendra pas, en dépit de son parcours, pour un bourgeois… comme si tout Parigot-tête-de-veau n’avait pas, par nature, de façon récente ou lointaine, une souche bretonne, aveyronnaise ou basque ?

 

Sans doute ignore-t-il à quel point les journalistes de son espèce – enfin, non, de l’espèce de ceux qui vont sur le terrain – trouvent doux le bruit du tir des forces spéciales lorsqu’ils sont retenus depuis des semaines en otage au fin fond de l’Afrique subsaharienne ou du Moyen-Orient, combien suave il trouverait lui-même le vacarme des pales d’hélicoptères militaires – décollant non loin de chez lui, à Pau ou à Dax – si lui ou l’un des siens devait, par malheur, être gravement atteint par le Covid-19 et transféré en urgence. Ce serait ballot, alors, que pilotes ou tireurs ne se soient pas suffisamment entraînés.

 

Tireur d’élite (sur les réseaux sociaux) hors pair, toujours solidaire des militaires, Joachim Son-Forget a recommandé, sur sa page Facebook, aux « gars du 1er RPIma » de « faire encore plus de bruit pour Monsieur Hondelatte ».

 

Ce n’est pas très gentil mais assez bien dit.

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