L’agribashing d’État vire à la chasse aux sorcières

...par Laurent Pahpy - le 06/05/2019.

 

Corollaire de l’écologie bioconservatrice radicale, l’agribashing, sciemment entretenu et organisé par l’État, se transforme en chasse aux sorcières contre celles et ceux qui contredisent le discours catastrophiste.

« Je veux que vous paniquiez. » Porté à son paroxysme par la figure enfantine et médiatique de Greta Thunberg, le discours environnementaliste catastrophiste gagne du terrain. La croyance que nous serions empoisonnés par les pesticides, que l’air deviendrait irrespirable, que les forêts seraient en train de disparaître et que la civilisation serait sur le point de s’effondrer à cause du changement climatique fait des adeptes. Jusqu’à inciter les enfants à déserter les salles de classe pour descendre manifester dans les rues au nom de la protection de la planète.

Peu importe si les indicateurs scientifiques nous invitent à relativiser ces peurs. L’air n’a jamais été aussi propre en Europe depuis deux siècles. Selon la WWF, la biodiversité a augmenté de 10 % dans les pays riches depuis les années 1970. Tous les pays dont le PIB par habitant dépasse 3900 € observent leur reforestation. Les déchets plastiques sont retraités à plus de 95 % dans les pays occidentaux. La France est le deuxième pays le plus écologique du monde grâce au nucléaire.

Pour ces ayatollahs verts, la science ne compte pas. Certes, les problèmes soulevés existent et constituent des défis à relever, mais les solutions apportées par le progrès des technologies, comme les OGM ou le nucléaire, sont elles aussi rejetées au nom de peurs scientifiquement infondées.

L’écologie radicale est devenue un refuge intellectuel pour les collectivistes qui trouvent dans la décroissance un nouveau « bien commun » à défendre pour justifier leurs pulsions planificatrices ou leurs révolutions populaires.

Les boucs émissaires de ces ayatollahs verts sont l’agrochimie, qui organiserait notre empoisonnement alimentaire, et les agriculteurs, coupables d’avoir industrialisé l’agriculture pour nourrir le monde. C’est pourtant la Révolution verte qui a permis d’éradiquer la famine tout en améliorant la qualité de l’alimentation et la rendant plus accessible.

L’agribashing est désormais monnaie courante chez les élites intellectuelles du pays, incarnées notamment par Jacques Attali. L’ancien conseiller de Mitterrand préconise dans son dernier livre de revenir sur l’agriculture industrielle et d’instaurer un « Tribunal Pénal International [qui] juge ceux qui détruisent consciemment la biodiversité et empoisonnent les gens ».

Dans ce climat délétère, la moindre contradiction est quasi systématiquement rejetée par l’accusation péremptoire et souvent diffamante d’être le vendu d’un « lobby » de l’agro-industrie.

Jacques Attali @jattali

Les lobbys sont en mouvement , à coup de gros mensonges. «  la déforestation a cessé « ? «  on n’épuise plus les sols »? Je propose dans mon livre qu’un Tribunal Pénal International juge ceux qui détruisent consciemment la biodiversité et empoisonnent les gens.

Laurent Pahpy@LaurentPahpy

La déforestation a cessé lorsque les engrais de synthèse et l'industrialisation de l'agri sont apparus. Il n'était plus nécessaire d'épuiser les sols pour se nourrir. L'agri productive protège la nature (land sparing). Le donneur de leçons @jattali raconte n'importe quoi ! https://twitter.com/jattali/status/1122741127067648005 

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S’il se propage aussi vite, c’est aussi parce que l’agribashing est sciemment entretenu et organisé par l’État. L’affaire du glyphosate est révélatrice. Bien que cet herbicide ne présente pas de risque en utilisation conventionnelle, il est devenu le symbole de l’agriculture industrielle à abattre. Nicolas Hulot en a fait son cheval de bataille. Derrière ce produit diabolisé, l’ancien ministre de l’Environnement prône en réalité un grand bond en arrière, « une agriculture qui soit intensive en emploi plutôt qu’en engrais et produits phytosanitaires ».

On pensait que le départ de Nicolas Hulot l’été dernier sonnerait l’heure du répit pour les agriculteurs de France. C’était sans compter sur l’arrivée du nouveau ministre de l’Agriculture. Didier Guillaume a en effet déclaré la semaine dernière : « il faut arrêter le glyphosate, mais il faut aussi arrêter tous les autres produits. Il faut revenir à l’agronomie, à ce que faisaient nos grands-parents et qu’on a oublié. »

Pour le ministre censé défendre les agriculteurs, il faudrait donc oublier les engrais de synthèse, l’amélioration génétique, la mécanisation et les produits phytosanitaires. En un mot, revenir à la paysannerie sous-productive où un tiers de la population se cassait le dos dans les champs, luttant vainement contre les ravageurs, les adventices et les caprices du climat. Des rendements plus faibles nécessiteraient alors plus de surface, aux dépens des forêts et des espaces naturels, pourtant sacralisés par l’écologie radicale.

Le « service public audiovisuel » porte aussi une lourde responsabilité dans la généralisation de l’agribashing et la propagation de ces fausses peurs. L’IREF l’a démontré à plusieurs reprises, notamment dans le cas des émissions très regardées d’Élise Lucet. Le reportage du 17 janvier dernier sur le glyphosate restera comme un cas d’école de malhonnêteté journalistique et de manipulation des peurs.

Pire encore, l’agribashing vire à la chasse aux sorcières subventionnée. Il faut désormais salir tous ceux qui osent se mettre en travers du discours bioconservateur. Emmanuelle Ducros du quotidien l’Opinion, Géraldine Woessner d’Europe 1 et Gil-Rivière Wekstein du magazine Agriculture et Environnement en savent quelque chose. Ces journalistes rapportent qu’ils font l’objet de tentatives de dénigrement par les équipes de France 2 pour avoir critiqué le traitement médiatique de l’émission Envoyé spécial sur le glyphosate. Leurs confrères tentent par tous les moyens de les discréditer en recherchant des liens « privilégiés » avec Monsanto ou Bayer.

Emmanuelle Ducros@emma_ducros

Qu'en coûte-t-il de critiquer @envoyéspécial ? Une chasse au sorcières avec de l'argent public. J'apprends que les équipes qui ont participé à la désormais célèbre "spéciale " enquêtent sur mon compte pour l' @france2

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Les témoignages d’agressions violentes d’agriculteurs par des riverains qui les accusent d’empoisonnement se multiplient. L’État porte une lourde responsabilité dans la propagation de ces peurs et la promotion de fausses solutions comme l’agriculture « bio ». Comble de l’hypocrisie, Didier Guillaume a annoncé la création d’un « observatoire de l’agribashing ». Mais les agriculteurs savent désormais que le premier parasite contre lequel ils doivent se protéger, c’est l’État.

 

Afin de rassurer Monsieur Attali, l’auteur et l’IREF précisent qu’ils ne sont pas financés par l’industrie agroalimentaire ou agrochimique. Et quand bien même ils le seraient, cela ne saurait ôter la légitimité de l’argumentation évoquée dans le présent article.

 

Source : https://fr.irefeurope.org/Publications/Articles/article/L-agribashing-d-Etat-vire-a-la-chasse-aux-sorcieres?utm_source=2019-05-06A&utm_medium=lettre-fr&utm_campaign=lettre-fr&utm_content=article5287

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