Le chœur de Saint-Cyr

Saint-Cyr a un incroyable talent :

Le patriotisme à l’heure de grande écoute

...par Arnaud Florac - Le 16/11/2021.

Source : Bd. Voltaire

Mercredi soir, dans l’émission de M6 « La France a un incroyable talent », la chorale de la promotion Général-Caillaud chantera « Larmes d’ivoire », un chant très émouvant sur la  d’un père au combat, vue à travers les yeux de son enfant. Les premières images sont impressionnantes et elles participent probablement d’un changement plus profond dans le paysage audiovisuel.

Quelques mots sur Saint-Cyr, d’abord. L’École spéciale militaire participait, autrefois, chaque année, à « Questions pour un champion – Spéciale grandes écoles ». L’émission a cessé, mais elle permettait déjà à la « Spéciale » de se faire connaître et de rayonner. On se souviendra peut-être de cet élève de la promotion Général-Vanbremeersch qui avait lancé, il y a près de vingt ans, un tonitruant « Chic à Cyr ! » (exclamation traditionnelle se traduisant à peu près par « Vive Saint-Cyr »), repris par ses camarades dans le public, sur le plateau, face à un Julien Lepers un peu surpris.

Désormais, ce sont les talents vocaux des cyrards, audibles dans les CD que les promotions publient chaque année, qui sont mis sur le devant de la scène. D’autres, au sein d’une même promo, excellent dans un ou plusieurs sports, écrivent, dessinent, composent, jouent de la musique ou peignent. Un point commun entre eux : tous se retrouveront, à 24 ou 25 ans, à la tête de 20 à 40 soldats, qu’ils emmèneront, s’il le faut, défendre la France par les armes au péril de leur vie.

Saint-Cyr est une grande école dont l’uniforme splendide et l’engagement personnel au service de la France, souvent assimilé à de la bêtise ou à de l’extrémisme, font oublier l’excellence et l’utilité. Au sein de ce chœur martial, en effet, il y aura, dans deux ans, quand se lèvera sur Coëtquidan la dernière aurore, celle de la fin de scolarité, celle du « Pékin de Bahut », des parachutistes, des chasseurs alpins, des logisticiens ou des sapeurs, qui possèderont également un master ou un diplôme d’ingénieur ainsi que diverses qualifications dans le domaine du combat commando, du tir ou de la mise en œuvre des explosifs. Et qui, donc, sauront chanter.

Précisons, pour être juste, que « Larmes d’ivoire » a été composé, il y a quelques années, par un élève de la promotion Colonel-Guéguen de l’École militaire interarmes, école sœur de Saint-Cyr, qui forme au métier de lieutenant les meilleurs sous-officiers, recrutés sur concours, et fut créée en 1961 pour séparer les « semi-directs » ayant déjà connu la troupe des « directs » venus de prépa. La date de la création de l’EMIA coïncide avec le déchirement algérien et on en pensera ce que l’on voudra.

Des commentaires patriotiques inimaginables il y a cinq ou six ans

Sur le paysage audiovisuel, maintenant. La victoire de la charmante famille Lefèvre, l’an dernier, avait ouvert une brèche dans le consensus télévisuel. On était un peu loin de Bilal Hassani.  en avait sans doute avalé de travers son lait d’amande. Après un chœur familial de catholiques versaillais, le public rendra-t-il à la chorale de la « Caillaud » l’ qu’elle semble d’ores et déjà mériter ? Ce serait la consécration du « modèle von Trapp » (art et armée), du nom du héros de La Mélodie du bonheur – modèle qui n’est autre, d’ailleurs, que celui de toutes les castes guerrières, de la chevalerie européenne aux samouraï (bun bu ichi, « les arts-le guerrier ne font qu’un », disent-ils là-bas). L’horreur absolue, l’innommable. Les commentaires patriotiques du jury (il faut entendre ce que dit Éric Antoine, par exemple), encore impossibles il y a cinq ou six ans, montrent que quelque chose, dans l’esprit des Français, est en train de changer. Ou de revenir. Les années 30, peut-être, puisqu’on est déjà bientôt en 2022…

Enfin, il est impossible de conclure cet article sans penser, à l’écoute de « Larmes d’ivoire », à la  du caporal-chef Blasco. Peu avant l’entrée du cercueil dans la cour les Invalides, la veuve du commando de montagne ajustait la « tarte » de chasseur alpin du père sur la tête de leur fils, âgé de 8 ans, qui portait encore son cartable sur le dos. Autrefois, on remettait aux orphelins, hauts comme trois pommes et au garde-à-vous, les décorations gagnées par le père lors de sa dernière action de feu. Un tel spectacle ferait pleurer les pierres. Cette réalité noue la gorge. Ce chant aussi. Bon courage au chœur de la Caillaud et, comme disent les saint-cyriens, « Chic à Cyr ! »

 

Paul, chef de chœur de Saint-Cyr :

« Nous sommes venus représenter à la fois l’armée et ses valeurs, au sein d’une émission populaire »

 

 

Source : Bd. Voltaire

Au lendemain de la victoire du chœur de  à la finale de l’émission « La France a un incroyable talent », le chef de chœur, Paul, revient pour Boulevard Voltaire sur cette prestation qui a ému des milliers de Français.

Vous êtes le chef de chœur de la chorale de -Coëtquidan qui a remporté, hier, l’émission « La France a un incroyable talent ». Comment avez-vous réagi lorsque vous avez appris que vous aviez gagné ?

Nous étions très heureux d’entendre les résultats de l’émission. Nous étions remplis d’une joie assez indescriptible pour tout le travail qui avait été fourni et pour tout le sens que nous avions mis derrière. Nous remercions profondément le public d’avoir compris le message que nous venions porter. Nous le remercions également de nous avoir soutenus en tant que militaires, mais aussi en tant que talents.

Avez-vous conscience que, dans la  française et plus largement dans le paysage audiovisuel français, une chorale d’élèves officiers peut paraître hors du temps ?

Oui, nous en avions conscience. Nous comptions aussi placer notre originalité pour apporter quelque chose de nouveau à l’émission qu’elle ne connaissait pas. Il est assez inédit d’avoir des militaires. C’est là que nous voulions passer notre élément de surprise.

Vous et vos camarades serez amenés, dans les années à venir, à commander des hommes, des sections et des régiments. Pourquoi une émission de télévision ?

Ce n’est pas du tout le même métier. Nous sommes venus représenter l’ et ses valeurs et montrer que l’armée était bien présente en France, au sein d’une émission populaire regardée par un large public. Notre première audition était consacrée à tous ceux qui ont fait le sacrifice de leur vie pour la France au nom d’un idéal pour la nation. Le montrer devant un large public permet de renforcer le lien entre l’armée et la nation. Il était très important pour nous de porter cela au sein de cette émission.

Vous avez conclu votre prestation par une « Marseillaise ». Était-ce la petite « signature patriotique » ?

Exactement. Il était important pour nous de chanter cette « Marseillaise » qui rassemble tous les Français autour d’une même identité. Nous chantons tous les matins « la Marseillaise » pour la levée des couleurs, mais elle est aussi chantée, autant par tous les supporters d’un match de foot ou des événements un peu anodins que pour des événements sérieux. Le fait de chanter « la Marseillaise » à l’émission « La France a un incroyable talent » rassemblait ces deux aspects ».

Avez-vous des projets pour la suite ?

Nous commençons à songer sérieusement à sortir un album. Le défi majeur est que ce projet ne vienne pas gangréner notre formation pour que nous soyons de bons officiers plus tard. À partir de là, si nous avons le temps, nous pourrons nous lancer dans une tournée de concerts. L’album reste, pour le moment, notre projet majeur.

La chorale de Saint-Cyr remporte « La France a un incroyable talent »

...par Arnaud Florac - Le 23/12/2021

Source : Bd. Voltaire

 

Ils ont gagné ! Hier soir, sur le plateau de « La France a un incroyable talent », sur M6, la chorale de la promotion Général-Caillaud de l’École spéciale militaire de  a remporté la compétition, face à douze concurrents. Ils ont interprété un medley comprenant la bande originale du film 1492 : Christophe Colomb, de Vangelis, En traîneau, qui est un classique russe mais aussi un classique du répertoire de Saint-Cyr, puis une version particulièrement dynamique de « La Marseillaise », chantée au garde-à-vous comme il se doit et qui a donné le frisson. Le public s’est levé pour les applaudir. Les saint-cyriens remportent donc 100.000 euros qu’ils offriront, comme promis, à des œuvres au profit des blessés et des familles des morts pour la France.

Les réactions sur  ont été nombreuses et très tranchées. Certains regrettaient que la chorégraphie hip-hop de Sadeck (objectivement très réussie) n’ait pas été primée ou que ce soit, une nouvelle fois, une chorale qui, après le succès de la famille Lefèvre, l’emporte cette année. Plus sincères dans leur déception peut-être, nombreux sont ceux qui ont été carrément « écœurés » par le succès d’une image « traditionnelle » de la France : après une famille nombreuse catholique, la chorale d’une école militaire. Tout cela est « rance », comme on dit dans les médias. Peut-être même un petit peu nauséabond. Il s’est même trouvé des internautes pour suspecter que les partisans d’Éric  aient massivement fait pencher les votes en faveur de la chorale de Saint-Cyr. Stanislas Rigault, président de Génération Z, fils de militaire et ancien élève du Prytanée, avait lui-même, après tout, affiché clairement son soutien aux cyrards. La droitisation de la France passerait-elle aussi par ses émissions de télévision ? On se perd en conjectures.

Face à cette déferlante de haine recuite, de rancœur antifrançaise et autres sentiments distingués, une impressionnante communauté, loin d’être seulement militaire ou même favorable à l’armée, s’est mobilisée en faveur du chœur et a exprimé sa satisfaction en des termes qui rappellent des heures décidément sombres. On pouvait lire, sur Twitter, les mots « honneur », « patrie », « France », « engagement », « fierté »… Et puis quoi, encore ? Obligée de dire quelques mots, Florence Parly, ministre de tutelle de l’académie de Saint-Cyr-Coëtquidan, a simplement commenté, ce matin, sur Twitter : « Quelle victoire ! » Un mot de félicitations aurait été de trop. Ce chœur entièrement masculin n’a pas dû beaucoup plaire au ministre qui met actuellement en œuvre une  de quotas totalement assumée pour féminiser l’encadrement des armées afin de parvenir (au nom de quoi ?) à une meilleure parité. Il n’empêche : ce n’est pas très élégant de ne même pas se fendre d’un petit bravo. Le chef d’état-major de l’ de terre, plus impartial donc plus juste, n’a pas hésité.


La France, on le sait, est archipélisée comme jamais. Comme le constatait avec beaucoup de finesse, dans les colonnes du Figaro, ce jeudi matin, Jean-Laurent Cassely, coauteur (avec Jérôme Fourquet) de l’indispensable La France sous nos yeux, chacun est désormais « dans son délire ». Ceux qui redoutent le Grand Remplacement ne comprennent pas l’agenda de ceux qui tremblent pour le Grand Réchauffement. L’École spéciale militaire de Saint-Cyr est-elle l’un des derniers symboles fédérateurs d’un pays que nos politiciens ont mis en miettes ou n’est-elle que le phare de l’un de ces archipels ? L’avenir nous le dira peut-être…

En tous les cas, ne boudons pas notre plaisir. Félicitations à la promotion Général-Caillaud et, comme on dit dans le jargon, « Chic à Cyr ! »

 

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