Un débat très révélateur

...par Thierry Meyssan - le 04/05/2017.

 

Consultant politique, président-fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage en français : Sous nos yeux - Du 11-Septembre à Donald Trump


Si l’on veut bien regarder le débat du second tour de l’élection présidentielle pour ce qu’il était censé montrer —c’est à dire non pas les programmes, mais les personnalités des deux candidats—, celui du 3 mai aura été très révélateur : les Français s’apprêtent à choisir comme président pour les cinq prochaines années un brillant acteur qui ne s’intéresse pas à eux.

 

Source : http://www.voltairenet.org/article196233.html


Lors des débats précédents pour le second tour de l’élection présidentielle, les deux candidats abandonnaient la rhétorique de leur campagne et se posaient en possible présidents. Ils ne devaient pas tant expliquer une nouvelle fois leur conception de la France que montrer leurs capacités personnelles à former une équipe, à garder leur sang-froid et à défendre l’Intérêt général.

 

Ce ne fut pas du tout le cas le 3 mai 2017. Marine Le Pen et Emmanuel Macron se sont empoignés comme des charretiers, poursuivant le combat de leur campagne.

 

Cette violence verbale incontrôlable atteste, de mémoire d’électeur, une fracture sans précédent du pays. Ce dialogue de sourds entre ses leaders ne peut que conduire leurs électeurs aux mains. À l’évidence, la France sera dans les prochaines années le théâtre d’un vaste affrontement de rue, d’une révolution, voire d’une guerre civile.

 

Nous connaissons tous le diagnostic : d’un côté des gens aisés, travaillant dans le tertiaire, habitant des centres-villes et consommateurs d’animations culturelles ; de l’autre des citoyens pauvres, travaillant dans le primaire et le secondaire, habitant des banlieues ou des campagnes, privés d’avenir et de services publics. Et, bien entendu, quantité de gens entre ces deux pôles, redoutant de basculer dans le second.

 

Selon Madame Le Pen, ses électeurs sont les victimes d’une dissolution progressive de la Nation et de la République dans la globalisation. Selon Monsieur Macron, ses électeurs, en s’enrichissant, sont devenus les vainqueurs de la modernité et des exemples à suivre.

Les téléspectateurs, sonnés par la violence du débat du 3 mai, n’ont pas observé les qualités dont faisaient preuve les deux candidats.

 

Marine Le Pen est apparue affranchie de son éducation d’extrême-droite, à la fois mère maternante et sévère. Avocate, elle s’est montrée soucieuse de justice sociale et a placé son talent au service de la « France d’en-bas ». Elle ne dispose pas d’un esprit brillant capable d’éclairer des salons parisiens, mais d’un discernement clair qui lui permet instantanément d’éliminer la verroterie et les élucubrations.

 

Emmanuel Macron est un esprit supérieur, bien plus intelligent que sa rivale, souvent charmeur, parfois cassant. Homme de théâtre, il maîtrise l’illusion. C’est une personnalité narcissique, souvent malveillante, dénuée de scrupules et de remords. Il s’est amusé à se jouer de sa rivale en se posant comme le chevalier blanc face à l’enfant travesti d’un monstre nazi.

 

À l’issue de cette longue campagne, débat télévisé inclus, il est probable que Monsieur Macron sera élu par la coalition de la « France d’en-haut » et de ceux qui espèrent la rejoindre. Mais rien ne permet d’anticiper la manière dont se dérouleront les élections législatives de juin.

La logique selon laquelle les Français devraient donner une majorité de députés au président qu’ils viennent d’élire pourrait se heurter au réveil des forces qui ont été éliminées au premier tour de l’élection présidentielle. Il n’est donc pas exclu que le charme se brise plus rapidement que prévu et qu’Emmanuel Macron soit immédiatement contraint à composer avec d’autres.

 

Quoi qu’il en soit —que le président Macron préside seul ou qu’il gouverne en associant ce qui reste de l’UMP et du PS—, le gouffre qui sépare les deux France va continuer à se creuser et à s’élargir. Les citoyens qui souhaitent défendre l’Intérêt général, c’est-à-dire la République, n’ont d’autre choix que de s’organiser pour résister, derrière la cheffe élue de l’opposition, Marine Le Pen, et de se préparer à exercer le pouvoir. Ils doivent admettre que le temps de la courtoisie est fini et que la colère gronde.

 

Thierry Meyssan


VOTER OU NE PAS VOTER, VOILA LA QUESTION...

par le Gal. Bertrand Binnedijk - le 29/04/2017.

Chers amis
 
Il fallait bien quelques jours de méditation silencieuse pour réfléchir à l'avenir et discerner ce qu'il convient de faire dans la situation impossible où nous nous trouvons. 
 
François Fillon était le meilleur candidat pour la France et j'assume pleinement le soutien que je lui ai apporté.
 
Ne nous trompons pas sur le diagnostic à porter sur son échec : il a été évincé d'abord et avant tout en raison des idées qu'il portait, qui sont globalement les nôtres, des idées qui révulsent cette gauche boboïsée, libérale et libertaire qui va de Daniel Cohn-Bendit à Alain Juppé, en passant par Hollande, NKM  et ... Emmanuel Macron.
 
Le soir même de l'échec, Les Rats, lire LR, ont immédiatement fait allégeance à EM, avec un unanimisme écœurant, FF compris malheureusement. Consternant!
 
La bassesse des ambitions le dispute à la médiocrité des esprits! Le calcul est évident : faire-barrage-à-la-menace-de-l'extrême-droite-forcément-fascisante dans un premier temps, en espérant en tirer quelques bénéfices aux législatives pour sauver sièges et prébendes, voire plus si affinités. 
 
C'est vraiment prendre les Français pour des c...s que de prétendre leur faire croire qu'en mai, on vote pour Macron, et qu'en juin, on vote contre!  D'ailleurs, on entend même déjà parler d'une future grande coalition...Les masques tombent.
 
C'est jour de soldes au magasin du déshonneur. 
 
L'appel au vote dit "républicain" illustre parfaitement la lobotomisation des esprits machiavéliquement installée dans le logiciel mental de la droite "fréquentable" par Mitterrand. 
 
C'est ce qui explique que depuis de si nombreuses années, la "droite française" demeure sous l'influence morale de la gauche, ne s'en distinguant plus que sur les affaires économiques, et encore.
FF voulait rompre le maléfice. On connait la suite.
 
Alors, que faire le 7 mai?

Nous aurons le choix entre quatre possibilités : s'abstenir, voter blanc, voter EM ou MLP. Le choix est réellement cornélien car, selon moi, aucun ne répond aux besoins vitaux de la France .
 
On peut s'abstenir, montrant ainsi son dépit et/ou son désintérêt pour cette élection. C'est parfaitement honorable.
 
Pour ma part, je ne le ferai pas, car quand on a le privilège de pouvoir voter, on a, me semble-t-il, le devoir de s'en servir, par égard pour tous ceux qui, dans le monde, en sont privés. "La démocratie est le pire des systèmes, à l'exception de tous les autres" (Winston Churchill). 
 
On peut aussi voter blanc. Mettre dos à dos dans la même enveloppe les bulletins des deux candidats dans lesquels on ne se reconnait absolument pas. 
 
C'est un choix empreint d'amertume, mais également tout aussi respectable et compréhensible. On a moralement et légitimement le droit de ne pas apporter son suffrage à des candidats avec lesquels on ne se reconnait aucune valeur en commun. 
Vouloir, comme d'aucuns l'écrivent de façon bien péremptoire, obliger moralement quelqu'un à choisir absolument constitue une insidieuse atteinte au droit à la liberté de conscience. Et nous savons combien cette liberté fondamentale, intimement liée à la dignité imprescriptible de la personne humaine telle que nous l'a léguée le christianisme, est gravement menacée actuellement! 
 
Mais on peut aussi choisir de voter pour l'un des deux candidats en lice. Choisir entre la peste et le choléra, entre des candidats auxquels nous nous sommes opposés de toutes nos forces. Des candidats pour lesquels je n'ai personnellement jamais eu la moindre appétence.
 
Mais peut-être que l'intérêt supérieur de la France et notre conscience morale nous invitent-ils à choisir le moindre mal, pour sauver ce qui peut encore l'être, essayer de s'opposer au déclin de la France?
 
Il convient alors de procéder à une comparaison même sommaire des programmes qui, tous les deux, comportent de toute façon leur part de démagogie et de promesses irréalisables. 
 
Le programme économique d'EM est plus proche de celui de FF. Pour autant, sa "vision" (ou celle des ses mentors?) est celle d'une économie toujours plus ouverte à la mondialisation heureuse qui, depuis des décennies, bénéficie aux seules grandes métropoles en laissant l'arrière-pays au bord du chemin, au cri de "marche ou crève!".
 
Pour sa part, MLP veut "protéger" les Français d'une paupérisation continue des classes moyennes et populaires. 
Le but est louable et nécessaire, mais les moyens annoncés pour le faire ne sont pas à la hauteur des réalités économiques et monétaires.
Qu'on le veuille ou non, les règles internationales s'imposent à notre pays. Le financement de notre économie n'est pas franco-français. Depuis des décennies, la France a développé une telle addiction au surendettement, qu'il est impossible de débrancher les tuyaux sans provoquer des dégâts plus graves que la maladie à guérir. MLP le sait bien qui a conditionné une sortie hypothétique de l'Europe à un référendum qui est loin d'être gagné.
 
Le programme économique de MLP ne me semble pas tenir la route et elle ne pourra pas le mettre en œuvre.
 
Pour autant, je suis d'accord avec elle pour réformer cette machine européenne qui s'est emballée, faute de vouloir se souvenir des racines qui fondent sa culture et son Être même. Oui à l'Europe des nations du général De Gaulle, mais non à l'ectoplasme dans lequel cette belle idée s'est dévoyée. 
 
Mais il n'y a pas que l'économie. Il y a aussi la vision politique.
 
De toute évidence, EM s'inscrit dans la continuité de son créateur Hollande. Le flou prédomine et l'on ne l'a pas entendu parler de rupture avec le suivisme américain, ni de rupture idéologique vis à vis de la Syrie, de l'Iran ou de la Russie, grandes nations que nous poursuivons de notre vindicte mâtinée d'arrogance! 
 
Par ailleurs, la France n'ayant, paraît-il, pas de culture propre, il n'y a pas lieu pour elle de chercher à rayonner, d'autant plus que, coupable de crimes contre l'humanité, elle est condamnée àindéfiniment expier ses fautes en renonçant à ce qui fut son génie propre qui fit d'elle pendant des siècles un phare de l'humanité. 
 
Pour ce qui la concerne, MLP semble déterminée à redonner à la France la voix indépendante qui fut la sienne à une époque où celle-ci n'avait pas honte d'elle-même et osait dire non. Ellechausse pour ce faire les bottes du Général, même si ce n'est pas la même pointure! Elle parle de grandeur et de fierté recouvrée et entend que la France soit respectée par les Grands de ce monde.
 
C'est une belle ambition. Mais il faudra s'en donner les moyens.
 
Concernant la très épineuse question de l'immigration pas vraiment contrôlée, cette dernière devrait se poursuivre avec EM, surtout avec une Europe transformée en courant d'air, avec les conséquences communautaristes que l'on sait. L'infongibilité dans notre culture européenne de la religion-civilisation musulmane, tout à fait respectable par ailleurs, n'est manifestement pas un problème. 

Bien sûr qu'il existe un devoir moral d'accueillir le pauvre et l''émigré, mais à proportion de nos capacités d'accueil. C'est du simple bon sens. Inversement, tout immigré a un devoir de respect vis à vis du pays d'accueil. Ce n'est qu'à cette condition qu'il pourra se fondre harmonieusement dans la communauté nationale. Les différents papes, invoqués par certains, ne disent pas autre chose.
C'est quand même un petit-fils d'immigré qui écrit!
 
MLP quant à elle se dit déterminée à limiter l'immigration de masse.
 
Il ne parait pas a priori scandaleux de vouloir préserver le caractère propre de notre pays qui sera, sinon,immanquablement dilué sous un flot non maitrisé d'arrivants. Il ressort des devoirs régaliens de l’État d'assurer la paix et la tranquillité de la population. D'autres démocraties le font, les EU en premier, qui n'ont pas attendu monsieur Trump pour le faire! 
 
Pour autant, c'est une dimension très importante du programme de MLP qui peut mettre mal à l'aise l'électeur potentiel, non pas tant sur le fond que sur la forme. L'insistance à montrer du doigt l'étranger tend à en faire le bouc émissaire d'une crise occidentale qui trouve d'abord, selon moi, ses racines dans la perte de ses repères anthropologiques, culturels et spirituels. La vague migratoire actuelle, qui est bien une réalité, ne doit pas pour autant cacher nos propres responsabilités. "Et l'on cria haro sur le baudet!" (La Fontaine).
 
Enfin, nous sommes en présence de deux visions éthiques radicalement opposées. Et c'est sans doute là, selon moi, le point le plus discriminant entre nos deux candidats.
 
Avec EM, nous sommes assurés de poursuivre sur la voix tracée depuis trente ans, allant de transgressions en transgressions,tout les jours un peu plus loin, tous les jours un peu plus graves, tous les jours anesthésiant un peu plus les consciences individuelles et collectives, pour banaliser inconsciemment l'inacceptable :
Dans sa lettre aux LGBTI du 16 avril 2017, il s'engage en particulier :
  • à favoriser la Procréation médicalement assistée(PMA) au profit des couples de lesbiennes, 
  • « à ce que les enfants issus de la GPA nés à l’étranger voient leur filiation reconnue à l’état-civil français »
 
Même si EM s'est officiellement prononcé contre toute légalisation de la GPA en France, je suis convaincu que, compte tenu de la teneur de cette lettre et d'autres très révélatrices de sa pensée profonde en termes d'éthique familiale, il finira par céder aux lobbys de la GPA, selon la pratique de la progressivité de la transgression évoquée supra! Il ne faut pas être naïf, voire complice.
 
Ce sera une façon de normaliser, au sens de faire entrer dans les normes admises :
  • d'une part, la marchandisation du corps de la femme  ramené au rang de simple outil de production, asservissant les plus pauvres et donnant lieu à l'exploitation éhontée de la misère,
  • et d'autre part, la réification ( ou chosification) des enfants, ramenés au rang de banal produit de consommation, achetable sur catalogue.
 
C'est inacceptable!
 
Je m'étonne de trouver sous la plume de personnes très honorables revendiquant leur catholicité active l'idée selon laquelle ce risque avéré demeurerait secondaire par-rapport-au danger-que-fait-peser-le-FN-sur-la-démocratie! 
 
En quoi croyons-nous donc si toutes ces atteintes passées et à venir à l'essence même de l'anthropologie humaine ne comptent pour rien?
 
Pour sa part, MLP affirme vouloir réhabiliter la famille et s'opposer à la GPA pour les couples de lesbiennes. Et elle est le seul personnage politique à avoir annoncé clairement vouloir remettre en cause la loi Taubira. FF n'avait pas osé aller aussi loin! 
 
J'arrêterai là la comparaison des programmes, car ils comportent tous les deux des zones d'ombre telles qu'il parait difficile de trancher entre les deux candidats.
 
Je préfère alors me pencher sur la personnalité propre des personnes, pour essayer de discerner leur être profond que l'on peut tenter de deviner à travers leur comportement public, leur gestuelle, leur présence physique, leur aptitude à débattre, etc. qui sont autant de révélateurs du psychisme profond des gens.
 
Si l'on observe MLP, sa maitrise d'elle-même est impressionnante, même ou surtout lorsqu'elle était entourée de ses adversaires qui concentraient la plupart de leurs attaques sur elle. Sans parler des journalistes dont le moins qu'on puisse dire, est qu'ils ne la ménagent pas! Elle manifeste toujours un grand sang-froid, une maitrise d'elle-même et une détermination farouche à défendre ses idées. Même si on y adhère pas, son discours est toujours articulé et cohérent. D'elle émane une véritable autorité naturelle. Ce que révélait déjà son passé politique.
 
Il n'en est pas de même pour EM. Même si ce dernier est plutôt bien fait de sa personne et joli garçon, son comportement ne manque pas d'interroger sur sa stature réelle et son aptitude à revêtir le costume.
 
Nous avons tous pu observer son comportement excessif dans ses meetings, ses yeux exorbités, son regard fixe, ses postures christiques et ses hurlements, toutes choses qui, à son âge, trahissent à l'évidence un manque flagrant de maitrise de soi. 
Ses déclarations d'amour au public répétées ad nauseam ne sauraient tenir lieu de vision politique. Ce qui lui a tenu lieu de discours dimanche soir conjuguait à la fois la fatuité du personnage et la vacuité de la pensée. Il perd ses moyens lorsqu'il sort de ses discours appris à l'avance. Plusieurs d'entre vous s'en sont fait la remarque.
 
Peut-on l'imaginer tenir tête à des dinosaures tels messieurs Trump,Poutine et madame Merkel?