DIVIDENDE DE LA PAIX ?


 

BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942

Marié - 2 enfants

Economiste

 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)

Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan

Vice-président de l’Institut de Locarn


Le 14/12/2105.

 

Etat de guerre et dividende de la paix

 

Lors d’une interview en novembre dernier, le général Vincent Desportes, auteur de la "La dernière bataille de France", regrette que Laurent Fabius ait plaidé jadis pour la distribution du "dividende de la paix". Le général Didier Tauzin, auteur de "Rebâtir la France", lui fait écho quelques jours plus tard. Ce dividende serait-il la cause de notre impréparation face au terrorisme ? Une augmentation du budget de la défense dont les généraux se font l’avocat entraînera nécessairement la réduction d’autres dépenses, compte tenu des revenus limités de l’Etat et de son endettement élevé.

 

La chute de l’Union soviétique s’est accompagnée d’une baisse rapide des budgets de la défense en Occident que Bill Clinton qualifia de "dividende de la paix". Ce dividende a-t-il donné lieu à un accroissement indu d’autres dépenses de l’Etat, et en particulier des dépenses sociales ? Pour le savoir, examinons les budgets de la défense et de la Sécurité sociale, et pour éviter toute polémique dont les Français sont si friands, utilisons les statistiques américaines.

En 1960, le budget de la défense s’élève à 8,6% du Produit intérieur brut (PIB) et celui de la Sécurité sociale à 2,0%. En 1990, année précédant l’effondrement de l’URSS, ces chiffres sont respectivement 5,2% et 7,0%. En 2000, année précédant l’attaque du 11 septembre, ils sont passés à 3,3% et 7,7%. En 2010, le budget de la défense s’élève à 4,7% et celui de la Sécurité sociale à 9,2% – l’augmentation du budget de la défense par rapport à l’année 2000 est liée aux guerres en Afghanistan et en Irak. En 2015, le coût de la défense baisse de nouveau (3,3%) alors que celui de la Sécurité sociale continue d’augmenter (10,1%).

L’évolution des budgets de la défense et de la Sécurité sociale s’inscrit dans un cycle long dont le dividende de la paix n’est qu’un avatar. Le premier baisse continuellement alors que le second ne cesse d’augmenter. A quoi tient cette évolution ? La raison nous en est donnée par Adolphe Wagner, économiste allemand du 19ème siècle. Il postula que les citoyens exigent davantage de leur gouvernement à mesure que leur nation s’enrichit. C’est ce que nous observons aux Etats-Unis et en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce n’est pas le dividende de la paix qui est en cause, comme le croient les généraux, mais une appétence pour toujours davantage de services de l’Etat, ce "toujours plus" dont parle François de Closets dans l’un de ses ouvrages.

 

Le président a déclaré que nous sommes en guerre. Souhaitons qu’elle soit aussi courte que possible non seulement pour en minimiser le coût humain mais aussi pour éviter les ajustements auxquels une guerre longue nous obligerait. Il n’est pas certain que les Français soient prêts à faire les sacrifices qui leur seraient demandés en cas de guerre prolongée ni que leurs dirigeants en soient conscients. D’où l’avertissement des généraux – avertissement recevable même s’il pèche par son analyse.

 

Source : http://www.magistro.fr/index.php/template/lorem-ipsum/en-france/item/2493-etat-de-guerre-dividende-de-la-paix

 

 



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