Lettre de Francois Hollande ...

Né le 14 juin 1948
Marié  -  enfants
 

Essayiste

Ecole normale supérieure (Saint-Cloud)
Institut d'études politiques (IEP)
Ecole nationale d'administration (ENA)
Agrégé d’histoire
 
Sous-préfet
Diplomate
Conseiller technique
à la Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale (DATAR)
Conseiller
     Cabinet du président de l’assemblée nationale (Philippe Séguin)
     Cabinet du Premier ministre (Edouard Balladur)
Professeur associé à l’Institut d’études politiques de Toulouse
Rapporteur à la Cour des Comptes. 
 
Ouvrages
Un avenir pour le monde rural (1993)
Pour en finir avec la droite (1998)
Les hauteurs béantes de l’Europe (1999)
Le temps des derniers hommes (2000)
Les nouveaux féodaux (2004)
Jésus et Marie-Madeleine (2005)
L’actualité du gaullisme (2007)
L’Antipolitique (2007)
 
Articles
Publiés dansCommentaire, Communio (Revue catholique internationale) , La Revue des deux mondes,   Liberté politique, Le Figaro, Le Monde, Libération,Marianne, … etc.
Membre du comité de rédaction de Commentaire.


Lettre de Francois Hollande aux djihadistes


Messieurs les djihadistes,
Permettez-moi de vous le dire. Vous y êtes allés un peu fort.
Non, je ne méritais pas cela, la France ne méritait pas cela.
Après les attentats que vous avez organisés à Paris ce 13 novembre au soir, vous avez clamé victoire sur les "croisés" que nous serions.
Vous nous faites injure. La France est une république laïque qui ne veut avoir rien en commun avec ces gens-là. Nous avons renié nos racines chrétiennes : vous comprendrez que nous ne pouvons pas nous voir appelés croisés sans déplaisir.
D'ailleurs les croisés, les vrais, combattaient les musulmans et protégeaient les chrétiens.
Or, nous, depuis le début de la guerre en Syrie en 2011, non seulement nous ne protégeons pas les chrétiens, mais nous aidons ceux qui les massacrent. Ne prenez pas trop au sérieux tel ou tel ministre que nous avons dépêché dans les camps chrétiens d'Irak : c'est d'abord à usage interne.
Vous le savez, les gouvernements français vous ont aidés depuis quatre ans autant qu'ils l'ont pu. Ayant réduit année après année, notre budget militaire, comprenez que je ne pouvais pas faire beaucoup plus. Nous vous avons néanmoins envoyé beaucoup d'armes, y compris létales, et d'autant plus volontiers que c'étaient nos amis communs de la péninsule arabique, le roi d'Arabie, l'émir du Qatar et les autres émirs qui payaient. Et rubis sur l'ongle.
On a beau être le successeur de Jaurès, il y a de petits bénéfices sur lesquels nous ne crachons pas, même si ça fait un peu durer la guerre.
Comme certaines de ces armes que nos livrions étaient assez sophistiquées, nous vous avons envoyé des instructeurs, dont plusieurs anciens légionnaires. Quelques dizaines ont même été faits prisonniers à vos côtés quand les troupes de Bachar el Assad (honni soit-il !) ont assiégé puis repris la ville de Homs. C'était, il est vrai, du temps de mon prédécesseur. Mais aussitôt arrivé au pouvoir, j'ai tâché, vous le savez, de faire encore mieux que lui.
Nous avons formé dans des camps d'entraînement en Turquie et en Jordanie, aux côtés de nos amis américains, dotés il est vrai de plus gros moyens, les jeunes recrues qui vous arrivent d'un peu partout, y compris de France. Il fallait certes sauvegarder les apparences. Nous les avons qualifiés d'"armée syrienne libre", mais, vous le savez, ces recrues ne vous ont pas manqué : aussitôt formées, la plupart ont rejoint vos troupes.
 
Il est vrai qu'entre les deux principaux groupes que vous constituez, nous aidons davantage Al Nosra que Daesh. Mais vous comprenez que, Al Nosra se trouvant aux portes de Damas et notre objectif prioritaire restant, comme mon ministre Fabius ne cesse de la proclamer, la chute du régime de Bachar el Assad, c'est eux qu'il fallait aider d'abord. Et puis, je vous le dis, vous les gens de Daesh avez parfois de mauvaises manières : vous produisez des vidéos sur You Tube chaque fois que vous procédez à des décapitations, comprenez que ça fait mauvais genre : comment voulez-vous nous vous aidions ? Les gens d'Al Nosra, eux, ne font pas ça. Ils ont certes la main aussi lourde que vous, surtout quand ils prennent un village chrétien ou alaouite, mais ils sont plus discrets. Ils ont même pris la précaution de changer de nom : ils ne s'appellent plus Al Qaida, ce qui rappelait de mauvais souvenirs aux  Américains. Notre ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, est même allé jusqu'à dire qu'ils faisaient du bon boulot" ! D'une certaine manière, cela s'adresse à vous tous. Mais il est entendu que nous parlions seulement de votre action contre Assad, pas ce que vous veniez de faire à Paris, bien sûr, 
Puisque le régime d'Assad est votre pire ennemi, je vous le dis sans ambages, il est aussi notre pire ennemi. Raison de plus pour vous dire que vous avez exagéré. Au fond, si vous n'aviez pas entrepris ce genre d'action sur notre territoire national, nous avions tout pour nous entendre.
Quand nous avons annoncé au mois de septembre, un peu bruyamment il est vrai,  notre participation à une grande coalition contre Daesh, il ne fallait pas nous prendre au mot. Cela aussi était à usage interne. Le premier bombardement que nous avons entrepris, avant la session des Nations-Unis, n'a visé qu'un bâtiment vide en plein désert. Depuis, le régime de Damas nous a interdits d'approcher le porte-avions Charles de Gaulle de ses côtes, arguant que nous avons bombardé surtout des puits de pétrole lui appartenant. Sans doute exagère-t-il un peu mais tout de même, s'il le dit, ne pensez-vous pas qu'au fond, nous ne sommes pas très dangereux pour vous ?  
 
Nous avons un autre ami commun, le présidant turc Erdogan. Son parti vient de remporter les élections. Il vous aide de multiples manières, en bombardant vos ennemis kurdes, en permettant aux volontaires venus du monde entier de rejoindre  vos rangs - et ils sont de plus en plus nombreux, vous le savez, à le faire -, en vous livrant des armes, et même en organisant une filière de départ vers l'Europe des jeunes syriens qui risquent d'avoir à vous combattre dans les rangs de l'armée syrienne. Cet ami commun, loin de nous plaindre de lui, nous avons vu sans déplaisir et en tous les cas sans la désavouer, Angela Merkel aller le soutenir ostensiblement avant les élections - de fait, au nom de l'Europe et donc en notre nom. Les pays les plus riches de la planète qui forment le G 20 se réunissent dans quelques jours chez lui, à Antalya. Ce sera une consécration pour lui. Un proverbe arabe dit que "les amis  de nos amis sont nos amis". Vous voyez que nous ne sommes pas ennemis !
Et d'ailleurs si nous atteignons notre but qui reste la chute du régime odieux d'Assad, vous pourrez entrer à Damas. Vous avez dit que vous y établiriez la charia : libre à vous. Nous n'interférerons plus alors dans les affaires intérieures de la Syrie. Vous pourrez planter le drapeau du khalifat à 220 Km de Jérusalem et à 85 km de Beyrouth. Allah est grand !  
Les  attentats que vous avez revendiqués étaient donc inutiles. Cette fois, je m'adresse à Daesh qui, seul l'a fait, mais nous savons votre proximité puisque vos troupes combattent indifféremment sous l'une et l'autre bannière.
Et, moi, président Hollande, compte tenu de ma bonne volonté à votre égard, je ne méritais franchement pas cela. Je vous en supplie, ne recommencez pas, vous me feriez vraiment de la peine. 


Paru sur roland.hureaux.over-blog.com   


Source : http://www.magistro.fr/index.php/template/lorem-ipsum/du-cote-des-elites/item/2452-lettre-de-francois-hollande                             

     
 


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