Réflexions sur l'élection du 45° président des USA


Les Américains ont-ils éliminé la pire ?

par Patrice Gibertie - le 09/11/2016.



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Le ciel ne nous est pas tombé sur la tête avec l’élection de Donald Trump ,  le peuple américain s’est exprimé , les donneurs de leçons ont la gueule de bois, rien de plus.

Ne fallait-il pas se taire au cours des dernière semaines  car aller à l’encontre du  politiquement correct  revenait   à  être inaudible. Désormais il faudra faire avec   un président  que nos élites détestent. Les moqueries  doivent laisser la place à l’analyse  .Peut-on parler rationnellement de géopolitique avec quelque espoir  d’être entendu ? Je regrette déjà Obama mais j’ai toujours considéré que Trump ou Poutine étaient moins dangereux pour la paix du monde que Killary CLINTON  ou que Georges W Bush

La défaite de la candidate de la guerre et des faucons

Killary CLINTON me faisait peur et sa défaite ma rassure. Le  président OBAMA  ne l’avait-il pas écarté du Secrétariat d’Etat   en désaccord avec une politiquement ouvertement belliciste.

La doctrine Obama a consisté à faire entrer les États-Unis dans le 21° siècle, prenant acte des limites de la puissance américaine. Il a voulu faire évoluer le statut de son pays de celui de ‘Nation indispensable’ à celui de ‘Partenaire indispensable’. Mais cette recherche d’un juste milieu entre interventionnisme et isolationnisme a désappointé de nombreux bellicistes qui y ont vu de la faiblesse et parmi eux KILLARY .

La réputation de faucon d’Hillary Clinton n’est pas injustifiée. Durant le premier mandat d’Obama, lors des débats politiques sur la guerre et la paix, alors qu’elle était secrétaire d’État, Clinton s’alignait presque toujours avec le secrétaire de la Défense, Robert Gates, et ses généraux. Elle a appuyé leur volonté d’envoyer 40.000 hommes de plus en Afghanistan (Obama a accepté avec réticence d’en envoyer 30.000 et seulement avec une date de retour assurée). Elle a voulu maintenir 10.000 soldats en Irak (Obama a décidé de tous les faire rentrer). Elle a soutenu le plan du général David Petraeus, qui consistait à armer les rebelles syriens «modérés» (Obama a rejeté l’idée).

En LYBIE elle était en faveur d’une intervention armée pour aider la résistance qui a fini par renverser Mouammar Kadhafi, alors que Gates et les hauts gradés s’opposaient à un engagement des États-Unis.

 

Dès les débuts du conflit  en Syrie en 2011, Hillary Clinton est convaincue qu’armer et former les djihadistes de al Qaeda était la meilleure des solutions .

Elle s’inscrit dans la tradition de Zbigniew Brzeziński  qui finança et arma Ben Laden  dans les années 80.

https://www.youtube.com/watch?v=C3vFGs3h6ac

Elle est dans la continuité de Madeleine Albright secrétaire d’Etat de BILL CLINTON qui  assume la mort de 500 000 enfants irakiens… dans les années 90

https://www.youtube.com/watch?v=lbLCY4iHDRE

 

Huma Abedin a souvent été dépeinte comme « l’ombre » d’Hillary Clinton et l’inspiratrice d’une politique favorable aux islamistes  …En juin 2012, la sénatrice républicaine Michele Bachmann et quatre autres de ses collègues adressent une lettre confidentielle au département d’Etat pour les mettre en garde contre Huma Abedin. Selon elles, les Frères musulmans infiltrent les plus hautes strates de l’Etat via cette jeune femme.

Le courrier la cite nommément : « Huma Abedin a trois membres de sa famille connectés aux organisations des Frères musulmans », affirment les congresswomen.  Abedin sera soutenue par le plus faucon des faucons, le sénateur Mc CAIN, pathologiquement obsédé par la nécessité d’une guerre contre la Russie

 

Clinton veut une intervention contre Assad quitte  à affronter la Russie. Les jusqu’au bushistes  des années 2000 la soutiennent tous dans sa campagne électorale.

Robert Kagan  lève des fonds pour elle :

«Je dirais que tous les professionnels républicains de la politique étrangère sont anti-Trump», la majorité des gens dans mon cercle va voter pour Hillary.»

En tant que co-fondateur du think tank néoconservateur Project for the New American Century, Kagan a VOULU l’ invasion américaine unilatérale de l’Irak en 2003

Et c’est la femme de Kagan, la néoconservatrice  Victoria NULAND  que Hillary Clinton a fait nommer secrétaire d’État adjoint. De ce poste, Nuland a coordonné la « révolution de couleur » en Ukraine, en s’appuyant sur des réseaux extrémistes et néo-nazis.

Elle est, célèbre par son « fuck the UE » car elle trouve les Européens trop mous en Ukraine.

Clinton  suivant ses conseils a comparé le Président russe Poutine à Hitler.

N’en déplaise aux donneurs de leçons, nous avions aimé les guerres de Bush ,nous allions adorer celles de Killary ….

Barack Obama, hostile lui aussi au bellicisme néoconservateur, martelait : «Je ne suis pas contre toutes les guerres, je suis contre les guerres stupides.» En mars 2008, durant l’âpre campagne des primaires démocrates, il accusait : «Elle a permis à cet individu [George Bush, ndlr] de prendre une décision qui a été nuisible stratégiquement pour les Etats-Unis !» Le camp démocrate était en effet divisé. «Vingt-deux des 51 démocrates du Sénat, et plus de la moitié de ceux de la Chambre, refusent le recours à la force, mais Hillary a voté avec les faucons»,

http://www.les-crises.fr/une-victoire-de-clinton-signifierait-elle-plus-de-guerres-par-robert-parry/

 

la victoire de l’inconnu

Trump a fait campagne contre le programme belliciste de sa rivale l’accusant d’avoir créé Daesh et de chercher une troisième guerre mondiale .

Donald Trump souhaite que les alliés des Etats-Unis au sein de l’Alliance Atlantique (OTAN) payent plus pour assurer leur propre sécurité. Si ce n’était pas le cas, il menace de sortir de l’organisation. Par ailleurs, il estime que celle-ci doit se concentrer plus sur la lutte contre le terrorisme et les flots migratoires et moins sur la force de dissuasion envers la Russie.

Concernant l’organisation Etat islamique (EI), le nouveau président a appelé à sa destruction sans donner plus de détails, invoquant la nécessité de préserver un « effet de surprise ». En Syrie, M. Trump est favorable à laisser à la Russie plus de latitude d’action, considérant que Moscou est mieux placé que les Etats-Unis pour intervenir dans ce pays.

Que savons nous d’autres, au-delà des caricatures ?

Dans le domaine commercial, le libre-échange  a été dénoncé par Trump et Bernie Sanders. Ils accusent les traités de libre échange de détruire les emplois américains et   expriment une peur de la mondialisation  partagée par beaucoup. Il a par ailleurs promis la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena), responsable, selon lui, des délocalisations vers le Mexique. Il s’oppose également au partenariat transpacifique (TPP), en cours de ratification.

Trump promet de consacrer 1 000 milliards de dollars (900 milliards d’euros) au développement des infrastructures en s’appuyant notamment sur des partenariats public-privé. Sur le plan fiscal, il veut faire passer le taux d’imposition fédéral le plus élevé de 39,6 % à 33 %. L’impôt sur les sociétés serait abaissé à 15 % (contre 35 % actuellement) et la taxe foncière supprimée.

Trump a promis qu’il annulerait l’accord de Paris sur le climat et qu’il supprimerait l’Agence de protection de l’environnement (EPA). Il veut également lever les restrictions à la production d’énergies fossiles et relancer le projet d’oléoduc Keystone XL.

Il y a un monde entre le programme et les réalités, Trump  sera-t-il un nouveau Reagan ?

Dans les prochaines semaines  la composition  de son équipe nous en dira plus que les déclarations du candidat  qui ne sait sans doute pas encore ce qu’il fera vraiment  en dehors d’une relance keynésienne et d’une politique étrangère prudente

Relance  par les infrastructures, retrait militaire, cela me rappelle  étrangement le programme d’Obama en 2008

Que restera-t-il des propos outranciers  du candidat ? Notre DSK , leurs KENNEDY ou Bill CLINTON  étaient ils moins sexistes ?

Trump veut désormais limiter l’interdiction du territoire américain aux ressortissants des « Etats et nations terroristes », tout en réclamant une « extrême vigilance » pour les musulmans désirant se rendre aux Etats-Unis.

Et dans les faits ???

Trump appelle à l’édification d’un mur de 1 600 kilomètres le long de la frontière mexicaine afin d’endiguer l’immigration illégale en promettant que Mexico financerait le projet. Le candidat républicain veut également tripler le nombre d’agents de l’immigration, tout en annonçant l’expulsion des onze millions d’immigrants sans papiers qui vivent actuellement aux Etats-Unis. Il a également promis de revenir sur le droit du sol, qui permet à quelqu’un né aux Etats-Unis d’obtenir la nationalité américaine.

Trump déclare vouloir abroger la loi sur l’assurance-santé, dite Obamacare, adoptée en 2010 MAIS Il veut permettre aux personnes qui souhaitent s’assurer par leurs propres moyens de déduire le montant des cotisations de leurs impôts.

Ila proposé de permettre aux familles de déduire de leurs impôts le coût de garde d’enfants. Concernant le congé maternité, qui n’existe pas aux Etats-Unis de façon universelle, il propose d’accorder six semaines payées comme une indemnité chômage.

Faut-il rappeler que Trump n’est ni un religieux ni un idéologue, il devra composer avec les élus républicains qui sont souvent les deux. La réalité de son pouvoir  dépend du soutien de son parti.

Je n’ai aucune sympathie pour Donald Trump  mais  les Américains ont peut-être préféré l’inconnu à la guerre …

Qu’importe alors si les bellicistes européens  sont aujourd’hui désorientés.


La victoire de Trump

...par Chantal Delsol - le 11/11/2016

 

Membre de l'Institut

Professeur des universités

Doctorat d'Etat ès Lettres (Philosophie) - La Sorbonne (1982)

Académie des Sciences morales et politiques (2007)

Maître de conférences à l'Université de Paris XII (1988)

 

Professeur de philosophie à l'Université de Marne La Vallée (depuis 1993)

Création et direction du Centre d'Etudes Européennes :  enseignement et travaux de recherche avec la Pologne, la Hongrie, la République Tchèque, la Roumanie, la Bulgarie.

Professeur des universités - UFR des Sciences Humaines – 

Directeur du Laboratoire de recherches Hannah Arendt 

Docteur Honoris Causa de l’Université Babes-Bolyai de Cluj-Napoca

Création en 1992 et direction jusqu’en 2006 du Département des Aires Culturelles et Politiques 

     (philosophie et sciences politiques) comprenant 5 Masters professionnels et de recherche,

Création et direction du laboratoire ICARIE (depuis 1992) 

     devenu Espaces Ethiques et Politiques, travaillant sur les questions européennes 

     (relations est-ouest et relations entre Europe et l’Amérique Latine)

Direction de 17 thèses, en philosophie politique et science politique

Directeur de la collection philosophique Contretemps aux Editions de la Table Ronde

Editorialiste dans plusieurs quotidiens et hebdomadaires

Romancière



La victoire de Trump, reflet de la maladie de la représentation démocratique

 

Pour la philosophe, l’élection du président républicain signe la revanche des peuples face au mépris des élites, qui se veulent pourtant démocrates.

 

L'élection inattendue de Donald Trump est ainsi résumée par un commentateur de radio, au matin français du 9 novembre : "Nous avons la nausée." Mot bien répandu pour traiter l’autre moitié de la société, celle populaire.

La démocratie est un régime d’incertitude et de débats, et c’est ainsi que nous l’aimons. La droite ou la gauche gagne, cela provoque des déceptions et des plaintes, enfin c’est la loi du genre. Mais ce qui se passe aujourd’hui est bien différent : nous nous trouvons avec Trump devant un candidat bien-que-légal-inacceptable. Nous avons aujourd’hui le cas de partis, ou de candidats, qui sont criminalisés et cependant ne sont pas interdits. Quel genre de criminels est-ce donc ? Nous risquons de perdre la démocratie si nous ne parvenons pas à répondre à cette question. C’est un écueil contre lequel achoppent toutes les démocraties occidentales. Le jugement vaut pour Orban, Le Pen, Kachinsky, et autres. L’événement présent déborde la prochaine politique de Trump, et déborde même les prochains changements dans la politique internationale. L’événement pose la question : voulons-nous continuer à être démocrates, avec ce que cela suppose de tolérance et de débat loyal avec tousles courants de pensée ?

 

Trump est jugé inacceptable parce que si extrémiste, si vulgaire, si excessif en tout, si machiste, et j’en passe. Le même reproche vaut pour les autres précédemment cités. Les Républicains américains proposaient d’autres candidats, tout aussi motivés. Mais les électeurs ont préféré le plus caricatural, qu’ils ont brandi au nez et à la barbe de leurs élites sophistiquées et évoluées. Signe d’exaspération, voire de provocation, face à une élite qui, tout en se prétendant démocrate, diffame ses adversaires et les exclut (200 grands journaux américains ont pris le parti de Clinton, et six, celui de Trump).

 

L’inexorable montée au pouvoir de tous les Trump occidentaux raconte un grave dysfonctionnement de la représentation démocratique, l’expression terrible d’une guerre larvée que se livrent les élites et les peuples dans la plupart des pays d’Occident, et finalement la revanche des peuples face au mépris que leur prodiguent de soi-disant démocrates. Les élites intellectuelles, médiatiques et gouvernantes ignorent complètement qui est ce peuple avec lequel elles votent. Et dès qu’elles le regardent elles reculent d’horreur : elles voudraient, comme le dictateur bien connu, "changer de peuple". Pour ces élites, celui qui n’est pas mondialisé, nomade, émancipé, féministe… est criminel. Ainsi, partout, la moitié de la population est criminalisée.

 

Faut-il considérer comme normale l’équation de la prochaine élection présidentielle française, où seul le premier tour compte, puisqu’il est établi à la fois que le but commun est d’éviter le FN, et que le FN arrive au second tour ? N’est-ce pas là un signe de maladie de la démocratie ? Il ne s’agit plus d’un débat entre des visions du monde mais d’une guerre contre un ennemi officiel - contradiction dans les termes ! Partout en Occident, un courant de pensée, qui n’est pas un parti mais un courant élitaire transcourants, droite et gauche confondues, défend une pensée mondialisée et hors sol, une société nomade et indifférenciée, le refus de tout enracinement, l’émancipation absolue et sans limite. Persuadé d’avoir raison sans alternative possible, et de représenter à lui seul l’avenir du monde, ce courant transcourants s’autorise à s’imposer au-delà de la démocratie, ostracise ses adversaires par l’injure et juge légitime d’annuler les élections qui ne lui conviennent pas, comme on le voit dans les votes européens ou dans l’incroyable pétition des Londoniens pour annuler le référendum du Brexit.

 

Ledit populisme qui nous submerge est le résultat d’un processus qu’il est urgent de regarder en face : les démocraties occidentales sont devenues des oligarchies. Le fait même que les partis dits populistes ne sont susceptibles nulle part d’interdiction légale montre bien qu’ils ne présentent pas des caractéristiques de réelle dangerosité pour le salut social - mais bien que leur seule dangerosité est de proposer une alternative à l’idéologie portée par l’élite. Un fer de lance, élite idéologique selon la terminologie léniniste, a confisqué la démocratie à son profit, criminalisant ses opposants et instituant une oligarchie de fait.

 

Mais les peuples refusent violemment de reconnaître une légitimité monopolistique et une supériorité morale à la classe politique qui, de droite comme de gauche, n’accepte qu’un seul modèle mondialisé cosmopolite, niant ainsi la démocratie qu’elle promeut. C’est probablement ce qui a suscité aux États-Unis la consécration, chez les Républicains, du candidat le plus extrême : les classes populaires finissent par se méfier de la modération même. Vivant dans un sentiment de permanente tromperie, elles se désaffilient politiquement et votent pour le parti le plus marginal, ou bien ne votent pas. Christophe Guilluy parle à juste titre de marronnage des classes populaires : cette fuite en forme de pied de nez est un refus du modèle qu’on veut leur imposer à toute force, modèle mondialisé-cosmopolite, indifférenciation des cultures et des modes de vie. Finalement, les fugueurs érigent un contre-modèle : c’est le Brexit, c’est Trump. Alors, les élites dépossédées de leur monopole de pensée discréditent et diffament : elles ne décrivent pas en face d’elles un adversaire démocratique, mais un ennemi nuisible. On perçoit ici combien la démocratie est en danger : une moitié de la population est considérée par l’autre moitié comme inapte au vote. C’est l’oligarchie.

 

Le débat des idées a fait place à une guerre de classes. Douloureuse situation. Cicéron à l’aide d’une image décrivait cet horrible destin : dans son rêve, Scipion a vu deux soleils dans le même ciel, de même il y a désormais deux peuples dans la même république.


Trump vainqueur, mais…

Par Hubert de Gevigney - le 12/11/2016.

 

Officier de marine, Contre amiral

Engagé volontaire au sein des équipages de la flotte (1970)

Officier stagiaire à l’école commando (1984-1985)

Ecole supérieure de guerre navale brésilienne (Rio de Janeiro) (1993-1995)

 

Officier en troisième puis en second du patrouilleur La Lorientaise (Polynésie Française) (1979-1981)

Officier en second du dragueur océanique Ouistreham (Océan Indien) (1981-1982)

Commandant du bâtiment école Guépard (1982-1984) 

Officier en second du commando Jaubert (1985-1987)

Commandant en second de l’aviso-escorteur Cdt Bory (guerre Irak-Iran) (1987-1988)

Commandant le commando Jaubert (1988-1990)

Directeur de l’enseignement de l’école des fusiliers marins (1990-1992)

Commandant la base navale française de Dakar (Sénégal) (1992-1993)

Commandant en second de la frégate Latouche-Tréville (Océan Indien) (1995-1997)

Chef du service intérieur du porte-avions Charles-De-Gaulle (1996-1997)

Commandant du bâtiment de transport spécial Bougainville (Océan Pacifique) (1997-1999)

Officier détaché à Rio de Janeiro (transfert du porte-avions Foch à la marine brésilienne) (2000)

Chef d’état-major de la force des fusiliers marins et commandos (2000-2001) 

Attaché naval près l’ambassade de France à Brasilia (2001-2004)

Attaché de défense près l’ambassade de France à Lisbonne (2004-2007)

Contre-amiral (2008)

Ouvrages

Dans les bars des bouts du monde (2010)- Zéraq, la mer sur le vif (2011)- Aux passantes des bouts du monde (2012)- Sorties de table (2012)- Sur le coffre de l'Homme Mort (2013)- Bras de fer à Moruroa (2013)- La diva, le président et autres face-à-face (2014)

Distinctions

Officier de la Légion d’honneur

Croix de la Valeur militaire



Trump vainqueur, mais…

 

Parti de très loin au début de la campagne, c’est un véritable exploit que vient de réaliser Donald Trump, mais ce n’est pas encore gagné ! Au matin de l’élection, on nous a présenté une carte des USA,  dominée par le rouge comme elle ne l’a sans doute jamais été. Pourtant le vainqueur est bien moins le parti républicain que Trump lui-même, porté par le peuple américain lassé de l’establishment, de ses mensonges et de ses politiques désastreuses, tant sur le plan national qu’international. Situation pratiquement inédite, en rupture avec le système, à rapprocher de celle de la Convention de Philadelphie en 1787, en ce sens qu’elle pourrait être de nature à renverser la table.  

 

Contrairement à ce que veulent nous faire croire les médias subventionnés – lesquels, soit dit en passant, sont les premiers perdants (pathétiques, vous avez vu leurs mines !) de cette élection, les difficultés que va rencontrer le nouveau président des Etats-Unis ne viennent pas de promesses irréalisables qu’il aurait pu formuler tout au long de sa campagne. Produire de la richesse au profit de son pays et cesser de faire la guerre au monde entier ne relève pas de l’utopie. Les difficultés viendront précisément de ce qu’il est un homme seul, libre certes, mais encore bien seul contre un système redoutable dont les tenants – financiers, néo-conservateurs, complexe militaro-industriel et autres lobbies divers, ne s’avoueront pas facilement vaincus, même si, au contraire de tous ses prédécesseurs, il ne leur doit pas son élection. Il faut aussi garder à l’esprit qu’il a été élu par à peine plus d’une moitié des électeurs puisque, à l’instar de la plupart de ce qu’on appelle "démocraties", aux Etats-Unis le parti majoritaire reste encore celui de l’abstention. Et que, par ailleurs, les pouvoirs qu’accorde la constitution au président américain, ne sont pas aussi importants que ce que l’on nous laisse entendre…

 

Cela dit, ne boudons pas notre plaisir, peut-être moins pour la victoire de l’un que pour la défaite de l’autre ! On a pu voir dès le premier discours du nouveau président, rassembleur et apaisé, que les ralliements s’engrangeaient. Même Madame Clinton (peut-être en recherche d’immunité ?) lui a proposé ses services ! Après avoir créé la surprise, ce diable d’homme pourrait être capable de transformer l’essai et obtenir l’adhésion de ceux qui ne sont pas allés voter. Alors, il devra être prudent. On n’aime pas beaucoup que le politique prenne trop d’ascendance dans ce pays violent… Quant aux retombées pour notre pays, il nous faudra encore attendre ! A une ou deux exceptions près, aux commentaires de nos prétendants à la magistrature suprême, on a bien compris que ces derniers n’avaient toujours pas compris !


Un autre regard sur Trump

....par Michel Pinton - le 13/11/2016.

Ecole Polytechnique

École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE)  

Fonctions diverses de direction d’entreprises

Maire de Felletin (Creuse) (1995 - 2008)

 

Fondateur, Délégué général puis Secrétaire général de l’Union pour la Démocratie Française (UDF)

Député au parlement européen

 

A titre bénévole,

Fondateur, Vice-président puis Président de France-initiative (réseau d’aide à la création d’entreprises)



L’accession de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis suscite une vive inquiétude. Que peut-on attendre d’un homme qui s’est fait élire en divisant profondément ses compatriotes par ses propos sexistes, racistes, xénophobes et nationalistes ? Il a brisé l’unité de son pays et le fait entrer dans une ère d’instabilité et d’incertitude dangereuses pour l’équilibre du monde.

Je prends le risque d’apporter une autre opinion, non pas que je porte à Trump une confiance particulière mais parce que la situation actuelle de l’Amérique me semble différente de celle que nos observateurs décrivent.

 

Le point de départ que je propose, est une constatation objective : la nation américaine était déjà profondément divisée avant l’irruption de Trump sur la scène politique. Depuis des années, il était visible que les riches s’écartaient des pauvres, les Noirs des Blancs, les femmes des hommes, les chrétiens des athées etc.. La plupart de leurs divergences ont commencé d’apparaître il y a quinze ans. Elles se sont cristallisées dans une polarisation de plus en plus forte entre le bloc de la droite et celui de la gauche. Ces deux familles politiques ont cessé de se comprendre et de s’estimer. Je n’entrerai pas ici dans le détail des désaccords pratiques que les évènements ont fait surgir année après année. Ni Georges Bush ni Barack Obama, qui ont présidé aux destinées des Etats-Unis depuis l’an 2000 n’ont su réduire la fracture droite-gauche. L’un et l’autre ont vite déçu les espoirs qui les avaient portés au pouvoir. Tous deux ont laissé une Amérique plus déchirée qu’ils ne l’avaient trouvée au début de leurs mandats respectifs.

        

Trump n’est donc pas la cause des divisions qui traversent la société américaine. L’accusation est mal fondée. Mais ne peut-on pas lui reprocher d’avoir élargi les plaies et exacerbé les oppositions ? Nous avons un moyen objectif de le savoir. Les études statistiques dont les sociologues américains sont si friands, nous renseignent avec des chiffres précis. A-t-il, par exemple, attisé la guerre des sexes par ses déclarations machistes ? Nullement. La répartition des votes féminins entre droite et gauche est, en 2016, exactement la même qu’aux élections de 2012. Trump n’a pas fait moins bien que Romney, supposé plus ouvert aux préoccupations des femmes. Il y a plus surprenant encore : Hillary Clinton, qui s’était présentée comme un symbole des revendications féministes, a recueilli moins de votes féminins qu’Obama quatre ans plus tôt. La fracture de l’opinion demeure mais la campagne de Trump ne l’a pas agrandie.

               

Il est non moins inexact de l’accuser d’avoir accru les déchirures entre populations de races différentes. Il a reçu la même proportion de votes blancs et de votes noirs que Reagan. La division électorale entre les premiers et les seconds n’a pas empiré depuis un tiers de siècle. De même, il est faux de voir en Trump un "populiste" impénitent. Les classes cultivées ne le rejettent pas. Les Américains qui ont un diplôme universitaire lui ont donné leurs voix en majorité, du moins chez les Blancs. Enfin, si les juifs et les athées ont voté, comme à leur habitude, pour la candidate démocrate, les fidèles catholiques et protestants de race blanche se sont portés sans états d’âme sur le républicain. Trump a profité de divisions bien connues ; il ne les a ni créées ni élargies.

Quel a été alors son apport à l’élection présidentielle de 2016 ? On le trouve en un point et un seul : il a attiré à lui les votes de l’Amérique oubliée, celle du petit peuple des ouvriers et employés, marginalisés par la "mondialisation heureuse", concurrencés par la venue désordonnée d’immigrants peu regardants sur leurs conditions de travail, bousculés dans leurs vies familiales par la libéralisation des mœurs.

 

Chez nous, cette population "périphérique", négligée par les deux grands partis "de gouvernement" a rejoint le Front national. Aux Etats-Unis, le système politique étouffe toute tentative de troisième force.

L’astuce de Trump est d’avoir su parler à ces électeurs en déshérence. Aucun des candidats républicains qui l’ont précédé, même Reagan, n’a été capable d’obtenir un soutien aussi massif dans la catégorie des "non diplômés". Trump est une sorte de Le Pen qui aurait concouru à la primaire de la droite et du centre, l’aurait emporté sur Juppé, Sarkozy et les autres grâce au poids de l’extrême-droite et qui, réussissant à fédérer toutes les "sensibilités" derrière lui, aurait écrasé la gauche à l’élection présidentielle. 

             

Pour autant, il ne faut surestimer sa victoire. Elle est fragile. La coalition qui l’a porté au pouvoir est soumise à des pressions contradictoires qui pourraient conduire à son éclatement. Et puis, la gauche américaine est puissante. Elle a été vaincue de peu. Il suffirait d’un accident politique ou social pour retourner le rapport de forces. L’avenir du "trumpisme" est entouré d’incertitudes.  

Ne connaissant pas l’homme ni la sincérité de ses promesses, je me garderai de tout pronostic. Je me hasarde simplement à avancer qu’il ne me semble rien avoir d’un doctrinaire entêté dans ses vues. Il me paraît pragmatique, voire opportuniste. Ce ne sont pas des défauts dans la responsabilité qui va être la sienne. Ronald Reagan, son populaire prédécesseur, a montré qu’une certaine outrance verbale s’accommodait sans dommages de souplesse dans l’action. Le réalisme l’a rendu très prudent dans ses décisions. Peut-être Trump suivra-t-il la même voie.

 


Trump peut-il réussir ?

...par Tierry Meyssan - le 15/11/2016.

 

Consultant politique, président-fondateur du Réseau Voltaireet de la conférence Axis for Peace. Dernier ouvrage en français : L’Effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP Bertand, 2007).


Pendant que la presse atlantiste persiste à projeter sur Donald Trump les débats artificiels qu’Hillary Clinton a imposés durant la campagne et que se multiplient les appels à assassiner le président élu, celui-ci se prépare à changer de paradigme, à renverser l’idéologie puritaine qui domine son pays depuis deux siècles. Mais peut-il réussir ?

 

Source : http://www.voltairenet.org/article194012.html


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Donald Trump et le général Michael T. Flynn

 

La presse internationale tente de nous persuader que les électeurs de Donald Trump ont exprimé une révolte des Petits Blancs face aux élites. Elle ne fait en réalité que prolonger le discours d’Hillary Clinton que, précisément, ces électeurs ont rejeté. Elle refuse d’envisager que le clivage actuel n’ait aucun rapport avec les thèmes qu’elle a traités durant cette campagne.

Pourtant, nous avons tous vu une nouvelle ligne de fracture apparaître non pas entre les deux grands partis, mais en leur sein. De nombreux leaders républicains ont soutenu Clinton et quelques leaders démocrates Trump. Bernie Sanders vient même de lui proposer ses services. De même, l’analyse des votes en fonction des appartenances communautaires (femmes, hispaniques, noirs, musulmans, gays, etc.) n’a pas plus de sens. Bien que l’on nous ait rabâché que voter Trump, c’était voter pour la haine des minorités, au moins un tiers des minoritaires a voté pour lui.

 

 

Quelques journalistes tentent de s’appuyer sur le précédent du Brexit, alors même qu’ils avaient été identiquement surpris par celui-ci et incapables de l’expliquer. Si l’on analyse en fonction des précédents étrangers, on doit au moins tenir compte des élections surprises de Narendra Modi en Inde et de Rodriguo Dutertre aux Philippines (une ancienne colonie états-unienne).

Malgré la propagande, les Britanniques n’ont pas voté contre les Européens, les Indiens contre les musulmans, et les Philippins contre les Chinois. Au contraire, chacun de ces trois peuples cherche à sauver sa propre culture et à vivre en paix. Bien que responsable des émeutes anti-musulmanes du Gujarat, en 2002, Narendra Modi a tendu la main au Pakistan, persuadé que les problèmes entre les deux pays ont été organisés et entretenus par les puissances coloniales. De même, Rodriguo Dutertre a-t-il provoqué la stupeur en se rapprochant de l’« ennemi » chinois.

J’expliquais, il y a quelques semaines, dans ces colonnes [1] que le clivage qui divise les États-Unis n’est déterminé ni par les appartenances ethniques, ni par les classes sociales, mais par l’idéologie puritaine. Si cette explication est juste, nous devrions assister à une lutte existentielle des partisans de cette idéologie face à l’administration Trump. Tout ce qu’entreprendra le nouveau président sera systématiquement saboté. D’ores et déjà, les manifestations sporadiques contre le résultat de l’élection attestent que les perdants ne respecteront pas les règles de la démocratie.

Plutôt que de réfléchir à la manière dont nous pourrions tirer avantage de l’administration Trump, nous devrions nous demander comment nous pouvons l’aider à réussir à libérer son pays de son propre impérialisme, à mettre fin au monde unipolaire et à la « doctrine Wolfowitz » ; comment nous pouvons substituer la coopération à l’affrontement.

Alors que la presse états-unienne spécule sur les nominations possibles de personnalités de l’administration Bush au sein de l’administration Trump, nous devons anticiper le rôle politique que joueront les cadres commerciaux de la Trump Organisation, les seuls en qui il puisse avoir confiance.

 

Nous devons nous appuyer sur le général Michael T. Flynn qui, quoique démocrate, fut le principal conseiller en politique étrangère et de défense durant sa campagne. Commandant du Renseignement militaire, de la Conférence de Genève 1 à la conquête de l’Irak par Daesh, il n’a cessé de combattre le président Obama, la secrétaire d’Etat Clinton, les généraux David Petraeus et John Allen, et Jeffrey Feltman à propos de l’usage des jihadistes et du terrorisme pour maintenir l’impérialisme états-unien. Qu’il soit conseiller de Sécurité nationale, directeur de la CIA ou secrétaire à la Défense, il sera le meilleur allié de la paix au Levant.


Défense européenne : merci, Trump !

par Henri Gizardin  le 16/11/2016.


 

Je l’ai à plusieurs reprises souligné dans ces lignes, le parapluie de l’OTAN mettant la sécurité européenne sous dépendance américaine est un abandon de « souveraineté » de l’Union ! Comme pour la dissuasion nucléaire, le sujet est demeuré tabou.

Hormis de Gaulle, les chefs d’État successifs du continent ont adhéré implicitement et frileusement à ce principe, comme s’ils niaient l’évolution de la situation géopolitique du monde depuis 1949, date de fondation de l’Alliance et la chute du mur de Berlin en 1989. Ce qui les exonérait de consacrer une part significative de leur budget à leurs forces armées !

 

Je ne suis pas en phase avec Olivier Bault, qui analyse la situation depuis la Pologne.

Ce pays, qui a rejoint l’Europe en 2004 seulement – impatiente solliciteuse ou pressée par Bruxelles ? -, et profondément marqué par sa colonisation soviétique, ne faisait pas, à juste titre, confiance à l’Union pour garantir ses frontières et sa souveraineté. Elle l’a encore prouvé récemment en payant sa fidélité au protecteur américain avec l’achat soudain et sans complexe d’hélicoptères yankee.

 

L’élection de Trump et ses déclarations concernant la contribution des États-Unis à la police du monde et au budget de l’OTAN viennent à point nommé pour ébranler la bonne conscience communautaire endormie.

La preuve : succédant au « désarroi » et à la « tétanisation », les chefs d’État se sont immédiatement précipités à Bruxelles pour discuter de mesures réactives à prendre.

Enfin, face à l’urgence, ils ont évoqué la constitution d’une vraie défense communautaire.

Merci, Trump !

 

Le temps s’accélère, avec l’intronisation officielle du nouveau président des USA en janvier, et Bruxelles doit s’attaquer à ce dossier essentiel. Ce qui aurait pour conséquence immédiate et positive de lui faire oublier, enfin, tous ces petits dossiers d’intrusions sourcilleuses et de tracasseries parasites qui obèrent les responsabilités et prérogatives nationales et la liberté des entrepreneurs, et sont responsables d’un rejet populaire quai unanime, consacré par le Brexit !

 

Dans ce contexte, la France devrait être meneuse. Puissance militaire, bien que très dégradée par les ponctions successives dans son budget, elle a conduit et poursuit plusieurs opérations extérieures, comme mercenaire au service d’une Europe-commanditaire désarmée !

 

Resterait la question de la Grande-Bretagne. Autre puissance militaire voisine, avec laquelle la France a conclu des accords bilatéraux, elle ne peut être écartée du périmètre de sécurité européen. Cependant, son allégeance fidèle à Washington en fait un partenaire incertain, menacé en outre par un éclatement du royaume, avec l’éventuelle sécession de l’Écosse.

 


TRUMP : Une stratégie internationale réaliste.

...par Renaud Girard - le 17/11/2106.

 

Journaliste, reporter de guerre et géopoliticien français 

Ecole normale supérieure (Ulm)

Ecole nationale d'administration (ENA)

Officier de réserve (après une formation à l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr) 

Grand reporter international et reporter de guerre au journal Le Figaro depuis 1984 

A couvert la quasi-totalité des grandes crises politiques et des conflits armés depuis trente ans.

Notamment reconnu pour sa couverture des guerres à Chypre, en Asie centrale, en ex-Indochine, au Maghreb et au Sahel, dans les Balkans, au Proche et au Moyen-Orient, Afrique subsaharienne, dans le Caucase et en Libye.

Se rend en Afghanistan pour y couvrir la lutte contre les Soviétiques et y rencontre le commandant Ahmed Chah Massoud (années 1980).

En Somalie au moment de l'intervention militaire des États-Unis (1993).

Au Rwanda dès le début du génocide de 1994.

Coincé en Tchétchénie, traverse à pied dans la neige (avec le photographe Olivier Jobard) la chaîne du Caucase vers la Géorgie afin d'échapper à l'Armée russe (hiver 1999-2000)

Au Venezuela pour y couvrir le référendum sur la modification de la Constitution et passe plusieurs jours au contact d'Hugo Chavez, le chef d’État vénézuélien (2007)

A nouveau en Somalie puis en Égypte au Caire au moment du renversement du Président Mohamed Morsi, évènement qu'il a couvert pour Le Figaro (2013)

Se rend dans la bande de Gaza pour y couvrir le conflit entre Israël et le Hamas (2014)

En Libye, (2011, 2013 et 2015)

En République Démocratique du Congo où il rencontre Moïse Katumbi, alors gouverneur de la province du Katanga (2015)

 Conférencier et médiateur international

Professeur de stratégie, de géostratégie et de relations internationales à l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po)

Membre du Comité de rédaction de la Revue des deux Mondes, éditorialiste à Questions Internationales

Auteur de livres sur le Moyen-Orient, le Pakistan et l'Afghanistan et d'essais sur les relations internationales, a également développé sa propre théorie géopolitique

 Ouvrages

Pourquoi ils se battent ? : Voyage dans les guerres du Moyen-Orient (2005) Prix Montyon de l'Académie française

La guerre ratée d'Israël contre le Hezbollah (2006)

Retour à Peshawar  (2010)

Le Monde en marche (2014)

Que reste-t-il de l'Occident ?, avec Régis Debray (2014)

 



En politique internationale, Donald Trump et Barack Obama ont ceci en commun : ce sont des nationalistes américains, se méfiant des idéologies. Tous deux sont très éloignés de l’idéologie néoconservatrice d’un George W. Bush, qui pensait que les Occidentaux pouvaient répandre partout la démocratie, au besoin par les armes. Obama a certes avalisé, en mars 2011, l’intervention de l’OTAN contre la Libye de Kadhafi, que lui réclamaient Nicolas Sarkozy et David Cameron. Mais il a dit ensuite que c’était la pire erreur stratégique qu’il ait commise.

 

Trump, pour sa part, a déclaré durant sa campagne électorale que le monde serait aujourd’hui plus en sécurité si Kadhafi et Saddam Hussein n’avaient pas été tués par les Occidentaux. Dans un entretien à CBS, le dimanche 13 novembre 2016, le président élu s’est plaint des guerres livrées par l’Amérique au Moyen-Orient "depuis quinze ans" et de leur coût, qu’il a évalué, non sans exagération, à 6 000 milliards de dollars. "Avec ces six trillions, nous aurions pu reconstruire l’Amérique deux fois !", s’est exclamé Trump, se lamentant sur l’état vétuste "des routes, des ponts, des tunnels et même des aéroports" aux États-Unis.

 

Quels sont les fondamentaux de la pensée stratégique internationale du futur 45ème président des États-Unis ?

Ils sont au nombre de quatre.

Trump va gouverner son pays comme un CEO américain (chief executive officer ou PDG) gère l’entreprise dont il a la charge. Un CEO cherche toujours à maximiser son profit. Trump s’efforcera de toujours maximiser les intérêts géopolitiques des États-Unis. Il se moquera de répandre les droits de l’homme et la démocratie sur la planète ; il concentrera ses efforts sur l’amélioration de la sécurité intérieure et de la prospérité de l’Amérique.

 

Il demandera aux alliés de Washington, européens (les membres de l’OTAN) comme asiatiques (Corée du Sud, Japon), de participer davantage financièrement au coût de leur protection par l’Amérique. Les avocats d’affaires les mieux rémunérés disent toujours : "Pas d’action sans provision !" Trump parlera désormais de la sorte à ses alliés : "Pas de protection sans provision !" C’est un thème constant chez lui, qu’il évoquait déjà il y a vingt ans.

 

Le président Trump, auteur en 1987 du best-seller de management L’Art du deal, cherchera à faire des deals géopolitiques avec les grands de ce monde, capables comme lui de décider vite et fort. C’est en cela qu’il n’est pas isolationniste. Pour la gestion des affaires de la planète, Trump croit, à tort ou à raison, davantage à l’intuition et à la vision des grands leaders, qu’au travail des bureaucraties nationales et des institutions multilatérales. Il a dit qu’il chercherait à s’entendre avec Poutine, dans un dialogue d’homme à homme. Arriveront-ils à construire ensemble une politique commune à l’égard de la Syrie ? Réussiront-ils à joindre leurs forces dans la guerre à l’État islamique ? Trouveront-ils un arrangement sur l’Ukraine ?

 

Le tout-puissant dirigeant chinois Xi Jinping, qui s’est montré, en diplomatie, davantage un praticien des rapports de force qu’un zélateur du droit international, a fait le geste d’appeler Trump. Cela montre que la Chine redoute encore la puissance des États-Unis. Trump réussira-t-il à modifier, à l’avantage de l’Amérique, les politiques commerciale et monétaire de la Chine ? Parviendra-t-il à stopper son expansionnisme botté en mer de Chine méridionale ? Il est trop tôt pour prédire si Trump se révélera un bon ou un médiocre deal maker.

 

Enfin, Trump se montrera intraitable avec les ennemis avérés de l’Amérique. Dans son discours de victoire à New York, il a dit qu’il chercherait à vivre en paix avec toutes les nations du monde. Cela devrait donc inclure l’Iran, avec lequel l’Amérique a signé l’accord nucléaire du 14 juillet 2015. Mais Trump ne composera jamais avec l’État islamique. Il ne veut plus voir d’Américains tués chez eux par ces musulmans fanatiques. Il cherchera sûrement à faire des deals avec le tout-puissant leader turc. Mais si Erdogan reprenait son petit jeu d’aider secrètement Daech, Trump chercherait alors à le briser impitoyablement.

 

Le nouveau président a peu de considération pour l’Union européenne (UE), qu’il voit comme une confédération molle, incapable de sécuriser ses frontières. Le 11 novembre 2016, devant des étudiants au Luxembourg, le président de la Commission a dit : "Trump devra s’adapter et apprendre le fonctionnement des institutions européennes !"

C’est une nouvelle preuve que Jean-Claude Juncker a du mal à appréhender les rapports de force mondiaux tels qu’ils sont. Dans l’état où se trouve aujourd’hui l’UE, ce sera hélas à la Commission de s’adapter à Trump. Et non l’inverse.

 


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