Le ministère de la défense a perdu un milliard d’euros.

par Michel Cabirol - Le 08/02/2016.


 

Les militaires ne s'entraînent plus ou presque en raison des trop nombreuses missions et du manque de disponibilité des équipements durement éprouvés par les OPEX et de leur usure prématurée

Sur les 3,8 milliards d'euros décidés dans le cadre de la révision de la loi de programmation militaire, il manque 1 milliard.

 

 

La baisse de la facture carburant est largement neutralisée par l'envol des coûts généraux du ministère de la Défense. Selon plusieurs sources concordantes, le ministère de la Défense a lancé depuis le début de mois de janvier des travaux sur une nouvelle actualisation de la loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019, qui avait été déjà révisée l'été dernier. Des travaux à nouveau nécessaires pour mettre les moyens, notamment les équipements des militaires (solde, hébergement, matériels...), en cohérence avec l'arrêt de la déflation des effectifs dans les armées décidé par François Hollande après les attaques terroristes simultanées à Paris et Saint-Denis le 13 novembre. Soit 10 300 postes préservés supplémentaires qui n'ont fait l'objet pour le moment d'aucun bonus budgétaire.

 

« J'ai décidé qu'il n'y aurait aucune diminution d'effectifs dans la Défense jusqu'en 2019 », avait annoncé en novembre François Hollande devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles. « Cette réorganisation de nos armées se fera au bénéfice des unités opérationnelles, de la cyberdéfense et du renseignement », avait-il souligné. « Nos armées sont de plus en plus sollicitées par les opérations extérieures que nous allons poursuivre, par la sécurité de nos compatriotes (opération Sentinelle sur le territoire national) ».

 

Une augmentation des moyens indispensable.

 

Selon la nouvelle LPM adoptée cet été, 18 500 postes avaient été sauvegardés dans la Défense. Au total, avec la moindre déflation décidée au printemps, ce sont 29.000 postes qui seront préservés dans les armées jusqu'en 2019 inclus (soit une hausse de 14% des effectifs). D'ores et déjà, les états-majors planchent sur des hypothèses d'actualisation, dont bien sûr une a minima pour au moins équiper et surtout accueillir ces militaires qui restent. Toutes les hypothèses doivent converger vers le modèle « Armées 2025 », qui prévoit de consacrer à l'effort de défense 2% du PIB. 

En 2016, la France consacre 1,79% du PIB à son effort de défense, pensions comprises. (soit 1,5% hors pension). Pour passer à 2%, il faut rajouter environ 11% de budget du ministère de la Défense. Par exemple, les militaires planchent sur une éventuelle augmentation du nombre des Leclerc qui pourraient de 200 à 225 au cas où ces chars de combat seraient engagés en opération extérieure (OPEX). Tous ces travaux seront également réalisés en cohérence avec le traditionnel exercice de la VAR (Version actualisée du référentiel) du budget de la défense. Un exercice en vue d'optimiser la réalisation de la LPM en cours. D'autant que les militaires ne s'entraînent plus ou presque en raison des trop nombreuses missions et du manque de disponibilité des équipements durement éprouvés par les OPEX et de leur usure prématurée, s'alarme-t-on au sein des états-majors. Ainsi, les véhicules blindés de combat d'infanterie (VBCI) usent trois ans de potentiel en OPEX en seulement deux mois, précise-t-on. La "régénération" (réparation lourde) d'un véhicule de l'avant blindé (VAB) coûte 250 000 euros à son retour du Mali. « Nous consommons plus que nous ne sommes capables de régénérer les matériels », souligne-t-on.

 

Bercy veut récupérer une partie de la baisse de la facture carburant.

 

Une nouvelle bataille devrait prochainement s'engager entre le ministère de la Défense et Bercy sur le dossier de la baisse spectaculaire de la facture énergie. Le secrétaire d'Etat au Budget Christian Eckert lorgne ces économies pour les redistribuer à d'autres missions jugées prioritaires, notamment l'emploi dans la perspective de 2017. « Il se peut que nous envisagions d'utiliser les économies réalisées par les ministères sensibles à l'inflation pour financer d'autres programmes comme le plan Emploi, par exemple », a-t-il expliqué fin janvier à l'Assemblée nationale. Interrogé par Jean-François Lamour (Les Républicains), le secrétaire d'État a répondu que « les arbitrages n'ont pas encore eu lieu. Néanmoins, je dis au ministère de la Défense comme aux autres ministères que les économies réalisées grâce à la baisse de l'inflation et du coût du chauffage ou de l'énergie pourront se traduire par le réexamen d'un certain nombre de lignes budgétaires ». « Nous ne saurions toutefois faire abstraction du fait que plusieurs centaines de millions d'euros auront été économisés dans l'ensemble de nos ministères grâce à la baisse du coût de l'énergie, y compris au ministère de la défense », a expliqué Christian Eckert.

 

Il manque 1 milliard au budget de la Défense.

 

Une mission conjointe de l'Inspection générale des finances et du contrôleur général des armées, qui vient de s'achever, a étudié les écarts de solde par rapport aux prévisions (coûts des facteurs). Et selon nos informations, cette mission a constaté que la baisse de la facture carburant avait été neutralisé par la hausse des coûts généraux (changement de normes...). « Tous ces coûts sont très largement supérieurs à la baisse de la facture carburant », explique-t-on à La Tribune. Du coup, la défense a perdu 1 milliard d'euros sur la rallonge budgétaire adoptée cet été (au total 3,8 milliards au total). Ce milliard devait pourtant servir à équiper en matériel additionnel les armées. Ce manque à gagner « impose des pressions budgétaires dans beaucoup de domaines », précise-t-on à La Tribune. D'autant que les 3,8 milliards étaient déjà insuffisants pour accompagner la moindre déflation décidée au printemps. Et s'il manque en plus 1 milliard...

 

Michel CABIROL

 

Source : http://www.asafrance.fr/item/libre-opinion-de-michel-cabirol-le-ministere-de-la-defense-a-perdu-1-milliard-d-euros.html

 


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