Songes.

...par le Col. Jean-Jacques Noirot - le 28/11/2017.

Je suis rentré lundi d'un long week-end en Bourgogne. Pour nous accueillir, elle s'était parée de ses plus belles couleurs d'automne. Le soleil a paru lui aussi heureux de nous voir là, perçant des nuages frileux et vagues facilement déchirés par l'humeur changeante d'un vent aigrelet. Beaune était en fête. Une foule nombreuse inondait ses rues décorées, enguirlandées, illuminées. L'humeur était joyeuse. Les bourguignons, tout à leur ferveur vigneronne, présentaient avec entrain leurs vins de circonstance, c'est à dire des appellations de village qui font rêver les invités gourmands de cette fête très populaire. Avec sagesse, nous n'avons pas versé dans ces dégustations de stands bâchés, et nous nous sommes coulés dans le flot continu des gens heureux de ce partage, tout au bonheur de sentir la ferveur multi séculaire, portée par ces vignerons aux mains calleuses, gagner nos coeurs. La Bourgogne est ainsi faite. Toute une année de durs labeurs, à guetter les caprices du ciel, à craindre les frimas tardifs, les foudres de l'été, pour ensuite, quoi qu'il ait pu advenir, tout donner à l'élevage de l'or des coteaux: le vin, sans tricher, et le fêter le moment venu. Belle Bourgogne, fille de la terre, fiancée du bonheur, chère à mon coeur, défi sans cesse renouvelé à l'excellence du goût, je te chéris, je suis un de tes fils. Je te salue trois fois.

Le dernier soir, surprise. Là où nous avions vaqué dans l'insouciance des heureux, nous avons découvert à l'entrée de chaque rue des blocs de béton et la police déployée aux carrefours. Rappel à l'ordre. En France désormais, la fête est soumise aux règles de l'absurde. Même là, à mille lieux des idéaux meurtriers de l'islam, il faut avoir recours à ces masses carrées, posées bien en vue, en quinconce, et aux uniformes armés pour rassurer. Dès lors, je regarde autour de moi pour voir les réactions des gens face à ces blocs infranchissables. Entre ceux qui les contournent sans les voir, ceux qui s'assoient ou montent dessus, ceux qui s'en servent de table pour poser leurs verres ou leur en-cas, ces obstacles me semblent soudain transformés en objets de la fête. Tant mieux. Nous nous fondons dans la foule de plus en plus dense, nous nous laissons porter vers nulle part pour mieux savourer cette soirée où tout est communion, embrassades, rencontres joyeuses. Le défilé costumé des provinces accompagnées de flonflons ajoute à la féérie de ces instants de turbulente paix.

La nuit sera courte pour mon esprit songeur. Depuis Nice, Londres, Barcelone, qu'a-t-on fait, en dehors de ce béton visible? Sans doute plein d'autres choses qu'on ne sait pas. Les services de renseignement tournent à plein régime. Ils surveillent, informent, suivent, espionnent. Très bien. Mais dans la tête des gens, qu'est ce qui a changé? Pas grand-chose. Ce béton est le signe d'une acceptation de la fatalité. Les terroristes nous terrorisent. C'est dans l'ordre logique des démocraties républicaines. Le peuple s'en remet à l'autorité qui bétonne et patrouille pour le rassurer. Face à une religion mordante, combattante, le politique contraint au droit oppose quelques signes visibles - et incontestablement utiles - de sécurité, en accompagnement de ce qu'il conduit dans l'ombre. Où est, dans tout ça, le renforcement des âmes? La foi n'est pas son arme. C'est sans doute pourquoi souvent il nous ment et ne tient pas ses promesses.

C'est alors que me vient cette certitude que ce n'est pas vers le politique que notre société doit se tourner pour vaincre cette fatalité qu'on lui vend. Le politique possède des moyens, des idées (pas toujours...) et quelques fois des idéaux. Mais il est hors du champ des croyances. Au fanatisme religieux, il oppose la loi, la laïcité et la mise en oeuvre visible de ses moyens institutionnels qu'il a auparavant assujettis à ses principes changeants, dépourvus de spiritualité. Il néglige son arme principale: l'homme que nourrit la foi.

Et c'est pourquoi je suis aujourd'hui persuadé que l'islam ne sera pas vaincu uniquement par des moyens, politiques ou militaires, mais surtout par des hommes. Pas n'importe lesquels: des hommes de Dieu. Un politique restera toujours enfermé dans le pré carré du compromis,

de la décence, de la tolérance, de la pensée consensuelle et plate. L'homme de Dieu n'a pas à avoir ces frilosités de jouvencelle. Il voit les églises vides et les mosquées pleines à ras bord. Il voit les processions soumises à autorisation et les prières de rue impunies. Il voit les signes extérieurs de l'islam affichés avec arrogance et les croix cachées, condamnées, profanées. Il voit les mosquées triomphantes et les clochers qui s'affaissent. Il entend le silence du désert de nos âmes. Il redoute les discours et les rapps de haine qui couvrent ses messages de paix. Il découvre sur les écrans des visages qui l'accablent et ne voit jamais de calotte, de mitre ou de pourpre venir les contredire.

L'évangile a été écrit bien avant le coran. Contre ce guide pour la paix et l'amour entre les hommes est venu se dresser un mode d'emploi de la haine et de la mort. Ce n'est pas le coran qu'il faut réécrire, ou réformer, ou moderniser. Le coran n'est pas notre sujet. C'est l'évangile qu'il faut promouvoir et entendre à nouveau. Sans le réécrire, il faut en dégager ce qu'il nous dit pour la défense de notre Dieu et des valeurs chrétiennes. C'est l'affaire des théologiens. Ensuite, il doit reprendre place dans l'espace public, parce qu'il s'adresse à l'humanité tout entière et non aux seuls fidèles.

Nos fêtes religieuses ont perdu leur sens. Elles ne sont plus que commerce. Les lumières qu'elles projettent ne sont que le pendant de l'obscurité de nos âmes. Elles doivent retrouver le message divin originel. Il ne s'agit pas de réduire au silence les autres religions. Il s'agit de remettre la parole divine en face de ce qui agresse, blesse ou tue. Prêtres, prélats, papes doivent exclusivement proclamer la vérité du Christ pour conduire la marche spirituelle du monde, sans s'interroger sur un éventuel espace à accorder à l'islam. Il n'y a pas de place pour deux religions dans le cœur d'un homme. Il faut choisir. Chercher à comprendre la seconde, c'est affaiblir la première. Critiquer la première, en exhumant sa tumultueuse histoire, c'est renforcer la seconde.

Les prêches doivent sortir des églises pour être de nouveau universels. Pour cela, ils doivent être hardis, puissants, démonstratifs, intelligibles, prônant une théologie arrimée au réel des temps nouveaux.

Hommes de Dieu, revenez et parlez! Les années qui viennent ont besoin autant de soutanes que d'uniformes. Redevenez les auxiliaires des guerriers. C'est l'immense défi de demain pour toute l'humanité.

 

Jean-Jacques NOIROT

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