EUROPE

L’Union européenne et l’OTAN : Un partenariat inquiétant

Soiurce : RzO International.
 

par Pierre-Olivier Poyard (Mouvement de la Paix) - Le 07/02/2023.

Les États-Unis en Europe : 100 000 soldats, des dizaines de têtes nucléaires

Le 10 janvier dernier, les dirigeants de l’Union européenne (UE), Charles Michel, président du Conseil européen, et Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, ainsi que Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), ont signé à Bruxelles un partenariat stratégique.

Leur texte, qui n’est pas le premier de ce type d’ailleurs, est très inquiétant pour l’avenir de la Paix en Europe et dans le monde. Il évoque une volonté de « préserver la paix, la liberté et la prospérité » mais nous ne sommes pas dupes. C’est la guerre que ce « beau » monde prépare, car chaque guerre, comme le démontre si bien l’universitaire belge Anne Morelli, avec ses « 10 principes de la propagande de guerre », s’est toujours faite au nom de la paix et de l’auto-défense.

Non au militarisme de l’OTAN imposé à l’Union européenne

Qu’est-ce que l’OTAN ? L’OTAN est une organisation militaire et agressive, créée en 1948 pour menacer un pays qui n’existe plus depuis plus de 31 ans, l’Union soviétique. Seule organisation militaire de ce type au monde, elle réunit une trentaine de pays membres de l’ONU pour menacer les autres, plus de 160. Même si elle s’en prévaut, elle est contraire au droit international et aux principes de la Charte des Nations unies, qui reposent sur la sécurité collective, le désarmement et la diplomatie. Ses seuls buts sont de justifier les dépenses démentes des lobbies militaro-industriels des USA et d’assurer la suprématie occidentale sur le monde, dans une logique impériale et néocoloniale.

Ce partenariat stratégique entre l’UE et l’OTAN est un véritable scandale. On nous présente depuis des décennies l’UE comme un facteur de Paix en Europe. C’est ce que l’Éducation nationale enseigne à nos enfants. Si elle l’a été, elle ne l’est absolument plus aujourd’hui. Enrégimentée derrière les plus de 100 000 soldats états-uniens actuellement en opération en Europe, les dizaines de têtes nucléaires états-uniennes présentes dans au moins six pays d’Europe, en violation des traités internationaux de désarmement nucléaire, ses dirigeants nous préparent à une nouvelle guerre mondiale !

Ne laissons pas la guerre en Europe aller jusqu’à la mort du dernier Ukrainien

Ce texte hypocrite, sous couvert de la dénonciation de l’agression russe, au prétexte du droit international et de la Charte des Nations unies, que l’OTAN viole pourtant par son existence même, se présente en fait comme une justification de la guerre menée par procuration par l’OTAN et l’UE en Ukraine. Oui, ils combattront la Russie avec le sang ukrainien, jusqu’à la mort du dernier ukrainien ! Au contraire de ces va-t’en guerre qui font mourir des dizaines de milliers d’Ukrainiens pour leurs intérêts sordides, le Mouvement de la Paix, tout en dénonçant l’agression Russe, avec une fermeté d’autant plus grande que lui, défend le droit international et la Charte des Unions unies, exige le seul moyen préservant ce qu’il reste d’espoir de paix : LE CESSEZ-LE-FEU IMMEDIAT.

Toute guerre finit par la paix ou la mort. Ce partenariat stratégique est morbide et mortifère. Il justifie l’augmentation indécente des dépenses militaires, qui nous prive des ressources dont nous avons besoin face à la catastrophe écologique. Au Mouvement de la Paix, nous avons choisi la Paix et la Vie. Nous demandons à nos représentants, c’est-à-dire à notre gouvernement, et à tous les hommes et toutes les femmes attachés et attachées à la défense de la Paix et de la Vie dans notre pays, de refuser la guerre, de refuser les morts inutiles de la Russie et de l’OTAN : Mobilisons-nous pour la Paix !

source : Le Grand Soir

La guerre en Ukraine pour maintenir l’Union européenne sous tutelle

 

par Thierry Meyssan - Le 25/01/2023.

C’est difficile à admettre, mais les Anglo-Saxons ne s’en cachent pas. Pour paraphraser une citation célèbre du premier secrétaire général de l’Alliance, l’OTAN a été conçue pour « garder la Russie à l’extérieur, les Américains à l’intérieur et l’Union européenne sous tutelle ».

Il n’y a aucune autre interprétation possible de la poursuite des inutiles « sanctions » contre Moscou et des vains combats meurtriers en Ukraine.

Mais pourquoi donc Josep Borrell, Charles Michel et Ursula von der Leyen, qui ont été convaincus de corruption et ont prouvé leur incompétence, sont devenus les leaders de l’Union européenne ? Pour souscrire à ce que leur dicte Jens Stoltenberg.

Cela fait presque un an que l’armée russe est entrée en Ukraine pour appliquer la résolution 2202 du Conseil de sécurité. L’OTAN, rejetant ce motif, considère au contraire que la Russie a envahi l’Ukraine pour l’annexer. Dans quatre oblasts, les référendums d’adhésion à la Fédération de Russie semblent confirmer l’interprétation de l’OTAN, sauf que l’Histoire de la Novorossia confirme l’explication de la Russie. Les deux narrations se poursuivent en parallèle, sans jamais se recouper.

Pour ma part, ayant édité un bulletin quotidien durant la guerre du Kosovo1, je me souviens que la narration de l’OTAN à l’époque était contestée par toutes les agences de presse des Balkans, sans que j’aie le moyen de savoir qui avait raison. Deux jours après la fin du conflit, des journalistes des pays membres de l’Alliance atlantique purent se rendre sur place et constater qu’ils avaient été bernés. Les agences de presse régionales avaient raison. L’OTAN n’avait cessé de mentir. Par la suite, alors que j’étais membre du gouvernement libyen, l’OTAN, qui avait un mandat du Conseil de Sécurité pour protéger la population, l’a détourné pour renverser la Jamahiriya arabe libyenne, tuant 120 000 des personnes qu’elle devait protéger. Ces expériences nous montrent que l’Occident ment sans honte pour couvrir ses actes.

Aujourd’hui l’OTAN nous assure qu’elle n’est pas en guerre puisqu’elle n’a pas déployé d’hommes en Ukraine. Pourtant nous assistons d’une part à des transferts d’armes gigantesques vers l’Ukraine pour que les nationalistes intégraux ukrainiens2, formés par l’OTAN, résistent à Moscou et, d’autre part, à une guerre économique, elle aussi sans précédent, pour détruire l’économie russe. Compte-tenu de l’ampleur de cette guerre par Ukrainiens interposés, l’affrontement entre l’OTAN et la Russie semble à tout instant possible.

Une nouvelle Guerre Mondiale est pourtant hautement improbable, à court terme tout au moins : en effet, les actes contredisent déjà la narration de l’OTAN.

La guerre dure et dure encore. Non pas que les deux camps soient à égalité, mais parce que l’OTAN ne veut pas affronter la Russie. Nous l’avons vu, il y a trois mois, lors du sommet du G20 à Bali. Avec l’accord de la Russie, le président ukrainien Volodymyr Zelensky est intervenu dans les débats en vidéo, depuis Kiev. Il a demandé l’exclusion de la Russie du G20, comme elle l’avait été du G8 après l’adhésion de la Crimée à la Fédération russe. À sa grande surprise et à celle des membres de l’OTAN présents à ce sommet, les États-Unis et le Royaume-Uni ne l’ont pas soutenu3. Washington et Londres sont convenus qu’il y avait une ligne à ne pas dépasser. Et pour cause : les armes russes modernes sont bien supérieures à celles de l’OTAN, dont la technologie date des années 90. En cas d’affrontement, il ne fait aucun doute que certes la Russie souffrirait, mais qu’elle écraserait les Occidentaux en quelques jours.

À la lumière de cet événement, nous devons relire ce qui se passe sous nos yeux.

L’afflux d’armes vers l’Ukraine n’est qu’un leurre : la majorité des matériels envoyés n’atteint pas le champ de bataille. Nous avions annoncé qu’elles seraient envoyées pour déclencher une autre guerre au Sahel4, ce que le président du Nigeria, Muhammadu Buhari, a publiquement confirmé en attestant que de nombreuses armes destinées à l’Ukraine étaient déjà aux mains des jihadistes africains5. Au demeurant, constituer un arsenal de bric et de broc, en additionnant des armes d’âge et de calibres différents, ne sert à rien. Personne n’a la logistique suffisante pour approvisionner les combattants en munitions multiples. Il faut donc en conclure que ces armes ne sont pas données à l’Ukraine pour qu’elle gagne.

Le New York Times a sonné l’alerte en expliquant que les industriels occidentaux de la Défense ne parvenaient pas produire d’armes et de munitions en quantité suffisante. Les stocks sont déjà épuisés et les armées occidentales sont contraintes de donner le matériel indispensable à leur propre défense. Ceci a été confirmé par le secrétaire US à la Marine, Carlos Del Toro, qui a mis en garde face au déshabillage actuel des armées états-uniennes6. Il a précisé que si le complexe militaro-industriel US ne parvenait pas, dans les six mois, à produire plus d’armes que la Russie, les armées US ne pourraient plus accomplir leur mission.

Première remarque : si des politiciens US veulent déclencher l’Armageddon, ils n’ont pas les moyens de le faire dans les six prochains mois et ne les auront probablement pas non plus par la suite.

Étudions maintenant la guerre économique. Laissons de côté son camouflage sous un vocabulaire châtié : les « sanctions ». J’ai déjà traité cette question et souligné qu’il ne s’agit pas de décision d’un tribunal et qu’elles sont illégales en droit international. Observons les monnaies. Le dollar a écrasé le rouble durant deux mois, puis il est redescendu à la valeur qu’il avait de 2015 à 2020, sans que la Russie ait emprunté massivement. En d’autres termes, les prétendues « sanctions » n’ont eu qu’un effet négligeable sur la Russie. Elles ont gravement perturbé ses échanges durant les deux premiers mois, mais ne la gênent plus aujourd’hui. Par ailleurs, elles n’ont rien coûté aux USA et ne les ont pas du tout affectés.

Nous savons que, tout en interdisant à leurs alliés d’importer des hydrocarbures russes, les États-Unis en importent via l’Inde et reconstituent ainsi les stocks dans lesquels ils avaient puisé durant les premiers mois du conflit7.

Par contre, nous observons un chamboulement de l’économie européenne qui est contrainte d’emprunter massivement pour soutenir le régime de Kiev. Nous ne disposons ni de statistiques sur l’ampleur de ces emprunts, ni de l’identification des créanciers. Il est cependant clair que les gouvernements européens font appel à Washington au titre de la loi de prêt-bail US (Ukraine Democracy Defense Lend-Lease Act of 2022). Tout ce que les Européens donnent à l’Ukraine a un coût, mais il ne sera comptabilisé qu’après la guerre. Ce n’est qu’à ce moment-là que la facture sera établie. Et elle sera exorbitante. Jusque-là, tout va bien.

Le sabotage des pipe-lines Nord Stream 1 et Nord Stream 2, le 26 septembre 2022, n’a pas été revendiqué après coup, mais avant par le président états-unien Joe Biden, le 7 février 2022, à la Maison-Blanche, en présence du chancelier allemand Olaf Scholz. Certes, il ne s’est engagé qu’à détruire Nord Stream 2 en cas d’invasion russe de l’Ukraine, mais c’est que parce que la journaliste qui l’interrogeait avait cadré le sujet sans oser imaginer qu’il pourrait le faire aussi pour Nord Stream 1. Par cette déclaration et plus encore par ce sabotage, Washington a montré le mépris dans lequel il tient son allié allemand. Rien n’a changé depuis que le premier secrétaire général de l’OTAN, Lord Ismay, déclarait que le véritable but de l’Alliance était de « garder l’Union soviétique à l’extérieur, les Américains à l’intérieur et les Allemands sous tutelle » (« keep the Soviet Union out, the Americans in, and the Germans down »)8. L’Union soviétique a disparu et l’Allemagne a pris la tête de l’Union européenne. S’il était toujours en vie, Lord Ismay dirait probablement que l’objectif de l’OTAN est de garder la Russie à l’extérieur, les Américains à l’intérieur et l’Union européenne sous tutelle.

L’Allemagne, pour qui le sabotage de ces pipe-lines est le plus grave coup depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a encaissé sans broncher. Simultanément, elle a avalé le plan Biden de sauvetage de l’économie US au détriment de l’industrie automobile allemande. À tout cela, elle a réagi en se rapprochant de la Chine et en évitant de se fâcher avec la Pologne, nouvel atout des États-Unis en Europe. Elle se propose aujourd’hui de reconstruire son industrie en développant des usines de munitions pour l’Alliance.

Par voie de conséquence, l’acceptation par l’Allemagne de la suzeraineté US a été partagée par l’Union européenne que Berlin contrôle9.

Deuxième remarque : Les Allemands et les membres de l’Union européenne dans leur ensemble ont pris acte d’une baisse de leur niveau de vie. Ils sont, avec les Ukrainiens, les seules victimes de la guerre actuelle et s’en accommodent.

En 1992, alors que la Fédération de Russie venait de naître sur les ruines de l’Union Soviétique, Dick Cheney, alors secrétaire à la Défense, commanda au straussien10 Paul Wolfowitz un rapport qui ne nous est parvenu qu’amplement caviardé. Les extraits de l’original qu’en ont publié le New York Times et le Washington Post font apparaître que Washington ne considérait plus la Russie comme une menace, mais l’Union européenne comme un rival potentiel11. On pouvait y lire : « Bien que les États-Unis soutiennent le projet d’intégration européenne, nous devons veiller à prévenir l’émergence d’un système de sécurité purement européen qui minerait l’OTAN, et particulièrement sa structure de commandement militaire intégré ». En d’autres termes, Washington approuve une Défense européenne subordonnée à l’OTAN, mais est prêt à détruire l’Union européenne si elle s’imagine devenir une puissance politique capable de lui tenir tête.

La stratégie actuelle des États-Unis, qui n’affaiblit pas la Russie, mais l’Union européenne au prétexte de lutter contre la Russie, est la seconde application concrète de la doctrine Wolfowitz. Sa première application, en 2003, consistait à punir la France de Jacques Chirac et l’Allemagne de Gerhard Schröder qui s’étaient opposées à ce que l’OTAN détruise l’Iraq12.

C’est très exactement ce qu’a déclaré le président du comité des chefs d’état-major US, le général Mark Milley, lors d’une conférence de presse à l’issue de la réunion des alliés, le 20 janvier à Ramstein. Alors qu’il avait exigé de chaque participant le don d’armes à Kiev, il a reconnu que « Cette année, il sera très, très difficile d’éjecter militairement les forces russes de chaque centimètre carré de l’Ukraine occupée par la Russie » (« This year, it would be very, very difficult to militarily eject the Russian forces from every inch of Russian-occupied Ukraine »). En d’autres termes, les Alliés doivent se saigner, mais il n’y a aucun espoir de gagner quoi que ce soit en 2023 sur la Russie.

Troisième remarque : Cette guerre n’est pas conduite contre Moscou, mais pour affaiblir l’Union européenne.

Thierry Meyssan

source : Réseau Voltaire

Une démence européenne

  1. par Rafael Poch de Feliu - Le 19/01/2023.
Chevaucher sur le dos du léopard allemand vers le risque d’une guerre majeure

Il y a trente ans, l’Allemagne a été réunifiée, grâce au bon sens et à la générosité de Moscou. Trente ans plus tard, les fils politiques de Helmuth Kohl, petits fils de ceux qui ont envahi l’URSS en 1941, débattent de l’envoi de chars allemands pour combattre la Russie. Et le combat aura lieu en Ukraine, l’un des principaux théâtres du grand massacre déclenché par l’Allemagne à l’époque.

« Leopard » est désormais le nom de ces chars qui vont marcher sur les ornières laissées il y a des années par ces « Tigres » et « Panthers », sur les os de plus de vingt millions de « sous-hommes » (Untermenschen) soviétiques. Si quelqu’un avait dit en octobre 1990, en pleine célébration de la réunification, que dans une génération les chars allemands remettraient le pied sur cette terre, il aurait été pris pour un fou. Mais c’est précisément ce qui sera décidé le 20 janvier sur la base de Ramstein, en Allemagne, où se réunira le « groupe de contact sur l’Ukraine », sous la direction des États-Unis.

Les « Léopards » étant allemands, c’est au gouvernement allemand de décider si les chars qu’il a vendus à ses partenaires européens peuvent être transférés à l’Ukraine. « Refuser de le faire serait un acte inamical envers la Pologne et l’Ukraine », peut-on lire dans Handelsblatt.

Les Verts et les libéraux de la coalition gouvernementale demandent le feu vert pour le transport des chars. La pression politique, médiatique et internationale est intense et irrésistible pour le timide chancelier social-démocrate Olaf Scholz.

« La conduite de la Russie dans cette guerre ressemble en de nombreux endroits à la guerre d’anéantissement des SS et de la Wehrmacht contre l’Union soviétique », déclare le politicien Vert Jürgen Trittin. « Il s’agit d’une guerre d’anéantissement comme celle menée par l’Allemagne hitlérienne sur le sol soviétique et surtout ukrainien entre 1941 et 1944 », convient son collègue chrétien-démocrate Roderich Kiesewetter. Les lobbyistes des entreprises d’armement se déchaînent. Wolfgang Ischinger, ancien ambassadeur et ancien président de la Conférence sur la sécurité de Munich, l’un des plus célèbres, appelle à l’organisation d’une « économie de guerre » en Allemagne.

« L’Ukraine tire autant de munitions en un jour que nous en produisons ici en six mois, nous devons prendre l’initiative et demander aux entreprises d’armement européennes de produire plus d’armes et de munitions, il ne s’agit pas seulement de fournir des chars, mais aussi des munitions pour l’artillerie, des missiles, des drones, des systèmes de défense aérienne et bien plus encore, mais nous avons besoin de priorités politiques pour que l’industrie ait des lignes directrices », dit-il.

Le Parlement européen appelle également à la création d’un consortium de pays ayant des « Léopards » dans leurs armées pour les envoyer en Ukraine, à l’initiative des Verts. « La Finlande et la Pologne le demandent », explique l’eurodéputé Vert Reinhardt Bütikofer, et il ne s’agit pas d’envoyer quelques chars, mais d’un « soutien à l’Ukraine qui entraînera un changement qualitatif de la situation sur le champ de bataille ».

Le Parlement européen, qui a déjà demandé le 6 octobre l’envoi de chars lourds en Ukraine, exige, purement et simplement, une bataille de chars victorieuse contre la Russie en Ukraine. Les enfants de Kohl et les petits enfants de ceux qui ont été vaincus à Stalingrad, qui composent le gouvernement de coalition allemand, envoient à nouveau des chars pour tirer sur les Russes ? Ces gens ont perdu toute mémoire et toute retenue. Point final et définitif de la responsabilité historique de l’Allemagne. Mais il y a quelque chose d’encore plus grave.

Ce qui se passe actuellement en Europe est une pure folie. Sont-ils devenus fous ? Pour comprendre la question, il est nécessaire d’expliquer le « plan de bataille » historique de l’OTAN en Europe pendant la guerre froide..

L’URSS disposant d’une supériorité numérique conventionnelle, le plan soviétique en cas de guerre consistait à « atteindre le passage de Calais en 48 heures » par un barrage massif de chars sur les troupes du Pacte de Varsovie stationnées sur la ligne de front. Pour ralentir ce processus et donner aux Étasuniens le temps de débarquer leurs renforts sur le continent, le plan occidental consistait à utiliser des armes nucléaires tactiques contre la masse blindée de l’adversaire. Ces armes ont été inventées par les États-Unis à la fin des années 1950, d’abord sous forme de bombes nucléaires, puis de munitions d’artillerie et de missiles nucléaires, et déployées en Europe.

Moscou les a suivis, toujours tardivement, comme elle l’a fait pour d’autres inventions américaines (le missile intercontinental, les sous-marins et l’aviation stratégique, les missiles à têtes multiples, la militarisation de l’espace, etc…) et dispose aujourd’hui de quelque 1900 armes nucléaires tactiques.

Que ferait la Russie si elle était submergée par la grande vague victorieuse de chars occidentaux modernes que le Parlement européen exige de lancer contre elle ? Avec leur cynisme habituel, les commentateurs et les experts qui défilent sur les chaînes de télévision russes ne s’en cachent pas : si quelques dizaines de chars seulement sont envoyés, le mouvement sera anecdotique, mais si l’offre est massive, la Russie fera ce que l’Occident avait prévu de faire pour éviter d’être submergé par les chars du Pacte de Varsovie pendant la guerre froide, disent-ils. Avec des chars allemands tirant à nouveau sur des Russes, l’analogie historique douteuse du Kremlin d’une nouvelle « grande guerre patriotique », avec laquelle l’élite russe galvanise sa population, serait confirmée. L’Occident comprend-il ce que tout cela signifie ?

Le président Biden a exclu toute fourniture d’armes offensives à l’Ukraine pour cette raison en mars. « L’idée que nous allons envoyer du matériel offensif en Ukraine, avec des avions et des chars étasuniens, des pilotes et des équipages, s’appelle la troisième guerre mondiale », avait-il alors déclaré. En mai, M. Biden lui-même a écrit dans le New York Times que « nous n’encourageons ni ne permettons à l’Ukraine d’attaquer au-delà de ses frontières ». Et toujours en juin, le président français Emmanuel Macron a confirmé : « nous n’allons pas faire la guerre, donc nous avons décidé de ne pas fournir certaines armes, notamment des avions de chasse et des chars ». Sept mois plus tard, la situation a radicalement changé : « nous ne disons pas à Kiev : n’attaquez pas les Russes » (en dehors de votre territoire), a déclaré le Times of London citant un porte-parole du gouvernement étasunien. Pour l’instant, ils enverront des chars, puis, pourquoi pas, des avions et des missiles, et enfin des soldats, affirme le député allemand de Die Linke, Sevim Dagdelen, selon qui « envoyer des armes est le ticket pour la guerre, le ticket pour la troisième guerre mondiale ».

Pour que l’Ukraine « gagne » cette guerre et récupère la Crimée, l’OTAN doit entrer en guerre. C’est précisément ce que veulent le gouvernement de Kiev, les Polonais et les Baltes.

« Les Ukrainiens ne veulent pas de cessez-le-feu, cela ne fait que renforcer les Russes, l’envoi de systèmes de missiles et de chars modernes est la condition préalable à un armistice », écrit la députée ukrainienne Inna Sovsun dans une chronique de Die Welt. Les lobbyistes du secteur de l’armement minimisent la question : « En fournissant des chars à une nation attaquée, personne ne devient un participant à la guerre en vertu du droit international (…) la crainte des risques d’escalade ne doit pas devenir une sorte d’autodissuasion craintive », déclare Ischinger.

L’ancien ambassadeur allemand et lobbyiste de l’industrie militaire ne pense pas qu’il soit nécessaire d’intégrer l’Ukraine à l’OTAN. Avec l’aide militaire occidentale qu’elle reçoit « notamment des États-Unis et du Royaume-Uni depuis 2014, l’Ukraine sera de loin la puissance militaire la mieux entraînée, la mieux équipée et la plus forte d’Europe », prédit-il. « L’Ukraine est en bonne voie dans cette direction », note-t-il. Mais la Russie y consentira-t-elle ? Sera-t-elle, non pas Poutine mais n’importe quel dirigeant russe, satisfaite de la perspective de voir une Ukraine transformée par l’Occident en « la plus forte puissance militaire d’Europe » se retourner contre elle le long de sa frontière ? N’a-t-elle pas justifié son invasion de l’Ukraine l’année dernière précisément par ce motif ?

Alors que personne ne parle de négociation, le message selon lequel l’escalade n’est pas à craindre et constitue même la voie vers la paix est diffusé avec une vigueur folle. « La meilleure façon d’éviter une confrontation avec la Russie à l’avenir est d’aider l’Ukraine à repousser l’envahisseur maintenant », conviennent l’ancien secrétaire à la défense Robert Gates et l’ancienne secrétaire d’État Condoleezza Rice dans leur éditorial du Washington Post du 8 janvier.

Erich Vad est un ancien général de brigade qui, entre 2006 et 2013, a été conseiller en politique militaire de la chancelière allemande Angela Merkel. Dans une interview publiée par le magazine allemand Emma le 16 janvier, ce militaire atlantiste convaincu a déclaré ce qui suit :

« Dans l’est de l’Ukraine, dans la région de Bakhmut (Artiomovsk était son nom soviétique, que le gouvernement de Kiev a annulé, pour « Artiom » Sergeyev, Ruben et ses ancêtres – Rafael Poch de Feliu leader bolchevique et fondateur de la République soviétique de Donetsk pendant la guerre civile contre les Blancs et les atamans ukrainiens soutenus par l’étranger), les Russes avancent clairement. Ils auront probablement conquis complètement le Donbas en peu de temps. Il suffit de prendre en compte la supériorité numérique des Russes sur l’Ukraine. La Russie peut mobiliser jusqu’à deux millions de réservistes. L’Occident peut envoyer 100 véhicules blindés « Marder » et 100 « Leopard ». Ils ne changeront pas la situation militaire globale. Et la question la plus importante est de savoir comment surmonter un tel conflit contre une puissance nucléaire – soit dit en passant, la puissance nucléaire la plus forte du monde ! – sans entrer dans une troisième guerre mondiale. Et c’est exactement ce à quoi les politiciens et les journalistes en Allemagne ne pensent pas ».

source : Rafael Poch de Feliu

Traduit par Estelle et Carlos Debiasi pour El Correo de la Diaspora

Déclaration conjointe sur la coopération entre l’UE et l’Otan

Source : RzO Voltaire.

Le 10/01/2023.

 

Le partenariat stratégique entre l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et l’Union européenne (UE) repose sur les valeurs que nous partageons, sur notre volonté de relever ensemble les défis communs, ainsi que sur notre ferme détermination à promouvoir et à préserver la paix, la liberté et la prospérité dans la zone euro-atlantique.

Nous sommes aujourd’hui face à ce qui constitue la menace la plus grave pour la sécurité euro-atlantique depuis des décennies. La guerre brutale que la Russie mène contre l’Ukraine est contraire au droit international et aux principes de la Charte des Nations Unies. Cette guerre met en péril la sécurité et la stabilité en Europe et dans le reste du monde, et elle aggrave la crise alimentaire et énergétique, au préjudice de milliards de personnes.

Nous condamnons avec la plus grande fermeté l’agression perpétrée par la Russie. La Russie doit immédiatement mettre fin à cette guerre et se retirer d’Ukraine. Pleinement solidaires de l’Ukraine, nous réaffirmons notre attachement indéfectible à l’indépendance, à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de ce pays à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues, ainsi que notre attachement sans faille à son droit naturel de légitime défense et à son droit de choisir sa propre voie.

Des acteurs autoritaires emploient tout un éventail de moyens politiques, économiques, technologiques et militaires pour tenter de porter atteinte aux intérêts, aux valeurs et aux principes démocratiques qui sont les nôtres.

Notre époque est marquée par une intensification de la compétition stratégique. L’enhardissement de la Chine et les politiques appliquées par celle-ci sont sources de défis auxquels il nous faut répondre.

La fragilité et l’instabilité qui persistent dans le voisinage de l’Europe et les conflits qui s’y prolongent mettent à mal notre sécurité et créent les conditions dans lesquelles les compétiteurs stratégiques et les groupes terroristes peuvent gagner en influence, déstabiliser nos sociétés et menacer notre sécurité.

Tant le concept stratégique de l’OTAN que la boussole stratégique de l’UE font ressortir que nous sommes à un tournant majeur pour la sécurité et la stabilité euro-atlantiques. Le moment que nous vivons révèle plus que jamais l’importance du lien transatlantique et la nécessité d’une coopération plus étroite entre l’OTAN et l’UE.

L’OTAN reste le fondement de la défense collective de ses membres, et elle demeure essentielle pour la sécurité euro-atlantique. Nous reconnaissons l’intérêt d’une défense européenne plus forte et plus performante, qui contribue effectivement à la sécurité mondiale et transatlantique, complète l’action de l’OTAN et soit interopérable avec celle‑ci.

Le partenariat stratégique qu’entretiennent nos deux organisations profite à chacune d’elles et concourt à accroître la sécurité en Europe et au-delà. L’OTAN et l’UE jouent des rôles complémentaires, cohérents et se renforçant mutuellement au service de la paix et de la sécurité au niveau international. Nous continuerons de mobiliser toute la gamme des moyens à notre disposition – qu’ils soient politiques, économiques ou militaires – pour favoriser la réalisation de nos objectifs communs, dans l’intérêt de la population de nos pays, soit un milliard de personnes.

Bâtissant sur le socle des déclarations conjointes adoptées à Varsovie, en 2016, et à Bruxelles, en 2018, lesquelles ont permis d’élargir et d’approfondir considérablement le partenariat qui nous lie depuis plus de vingt ans, nous avons accompli des progrès sans précédent dans tous les domaines de coopération.

Nous avons obtenu des résultats concrets dans plusieurs domaines : lutte contre les menaces hybrides et les cybermenaces, coopération opérationnelle, notamment sur les questions maritimes, mobilité militaire, capacités de défense, industrie de défense et recherche en matière de défense, exercices, lutte contre le terrorisme, renforcement des capacités de nos partenaires.

Alors que les menaces et défis auxquels nous sommes confrontés sur le plan de la sécurité évoluent et changent d’échelle, nous entendons porter notre partenariat à un niveau supérieur, en nous appuyant sur la coopération que nous entretenons de longue date. Nous allons collaborer davantage encore dans les domaines où nous le faisons déjà, et nous allons élargir et approfondir notre coopération pour traiter certains enjeux, en particulier l’intensification de la compétition géostratégique, la résilience, la protection des infrastructures critiques, les technologies émergentes et technologies de rupture, l’espace, les incidences du changement climatique sur la sécurité, ainsi que la manipulation de l’information par des acteurs étrangers et l’ingérence de tels acteurs dans la sphère de l’information.

En signant la présente déclaration, nous signifions notre volonté de développer encore le partenariat entre l’OTAN et l’UE, en concertation et en coopération étroites avec l’ensemble des pays de l’Alliance et des États membres de l’UE, dans un esprit de pleine ouverture mutuelle et dans le respect de l’autonomie décisionnelle de nos organisations respectives, et sans affecter le caractère spécifique de la politique de sécurité et de défense de l’un quelconque de nos membres. Dans ce contexte, nous considérons que la transparence est d’une importance cruciale. Nous encourageons la participation la plus large possible des pays de l’Alliance qui ne sont pas membres de l’UE aux initiatives de celle-ci. Nous encourageons la participation la plus large possible des États membres de l’UE qui ne font pas partie de l’Alliance aux initiatives de celle-ci.

Nous ferons régulièrement le point sur les progrès accomplis.

La pologne se passe de la France pour devenir la plus grande armée terrestre d'Europe

Source : IREF - Par Arnaud Dauphin - Le 12/01/2023.

Face à la menace russe, Varsovie a pris la décision d’augmenter considérablement ses capacités militaires, ayant même pour ambition de posséder bientôt « les forces terrestres les plus puissantes d’Europe », selon les mots du ministre de la Défense polonais, Mariusz Blaszczak. Mais le gouvernement polonais, agacé des pressions exercées par Emmanuel Macron sur la Pologne, a choisi de ne passer aucune commande d’armement auprès de la France.

L’agression de l’Ukraine par l’armée russe a surpris les dirigeants occidentaux, mais pas la Pologne, qui sait depuis toujours à quoi s’en tenir avec son voisin. Pour le moment la guerre reste à sa porte, mais rien n’assure que le conflit ne s’invitera pas sur son territoire, qui possède une frontière directe avec Kaliningrad et la Biélorussie vassale de Moscou. L’article 5 de l’Otan lui garantit le soutien armé de ses alliés, mais ne la protège pas d’une attaque du Kremlin.

C’est pourquoi, devant l’ampleur du danger, « l’armée polonaise doit être si puissante qu’elle n’aura pas besoin de se battre, du fait de sa seule force », a souligné le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, le 10 novembre dernier, à la veille de la fête de l’Indépendance. Si vis pacem para bellum : la Pologne investit donc  massivement dans une armée moderne afin d’être prête au cas où la Russie prendrait le risque d’un affrontement direct avec l’Otan.

La Pologne met le turbo pour s’armer

Elle a  annoncé une hausse historique du budget consacré à sa défense : il passerait de 2,4% du PIB à 5%. Soit très loin devant tous les autres pays européens, dont l’Allemagne qui n’y consacre que 1,5% de son PIB, bien en dessous de l’exigence de 2% fixée par l’Otan. Un minimum que la France se contente tout juste de respecter.

Si l’attaque russe de l’Ukraine semble avoir fait sortir l’Allemagne de sa léthargie, avec l’annonce de son réarmement, ce n’est pas en un claquement de doigts que Berlin arrivera à rattraper les décennies de retards accumulés dans le domaine militaire, ni à motiver les jeunes Allemands pour s’enrôler dans une armée décriée.

A l’inverse, l’armée polonaise, qui souhaite doubler ses effectifs en passant de 150 000 à 300 000 soldats d’ici 2035, poursuit un objectif audacieux qui semble être dans ses capacités, comme l’explique à Politico Gustav Gressel, ancien officier autrichien spécialiste de la sécurité au Conseil européen des relations internationales (ECFR) : « Les Polonais ont une attitude beaucoup plus positive envers leur armée que l’Allemagne parce qu’ils ont dû se battre pour leur liberté ».

Une liberté durement conquise contre le communisme, et que Varsovie compte bien garantir face à Moscou, mais aussi faire valoir pour s’émanciper de Bruxelles, qui utilise les sanctions pour contraindre la Pologne à adopter son agenda politique.

La surprise vient de ce que le pays n’a pas choisi cette fois de s’équiper seulement auprès de son allié américain, mais s’est tourné vers la Corée du Sud. Une décision qui reflète sa prudence envers le pouvoir démocrate de Washington, n’ayant pas oublié les attaques de Joe Biden qui avait accusé les dirigeants polonais d’être à la tête d’un gouvernement « totalitaire ».

Pour la Pologne, la France n’existe plus

Plus grave pour nous, ayant déjà décidé de se passer de la France pour développer son énergie nucléaire, la Pologne récidive avec les commandes de matériel militaire. Elle fait payer à notre diplomatie son arrogance. C’est une gifle monumentale pour Emmanuel Macron, dont la suffisance affichée a privé la France d’un boulevard d’opportunités avec son allié historique dans le domaine énergétique et militaire. La Pologne avait déjà signé un contrat de 4,9 milliards d’euros au printemps dernier pour la livraison de 250 chars américains Abrams, afin de remplacer les tanks obsolètes de l’ère soviétique livrés à l’Ukraine au début de la guerre. Le département d’État américain a annoncé la vente de 116 chars Abrams supplémentaires dans leur version modernisée.

Varsovie a aussi commandé à Séoul l’équivalent de 10 à 12 milliards de dollars d’armement, et passé un accord avec l’entreprise sud-coréenne Hyundai Rotem pour la livraison d’ici la fin des années 2020 de 1 000 chars d’assaut, soit plus de 4 fois le nombre de chars Leclerc opérationnels dans l’armée française. La livraison de 180 de ces chars K2 Black Panther doit avoir lieu entre 2022 et 2025, pour une valeur de 3,37 milliards de dollars.

A ce contrat s’ajoute la commande de 288 lance-roquettes multiples K239 Chunmoo, système d’artillerie semblable aux Himars américains si décisifs pour l’armée ukrainienne. Ainsi que la livraison de 672 obusiers K9 Thunder, qui ont des propriétés similaires à celles des canons CAESAR français également présents sur le front en Ukraine. A titre de comparaison, la France a prévu de son côté de se doter de 109 canons CAESAR pour 2025.

La Pologne souhaite aussi rattraper son retard en matière de forces aériennes et navales, encore bien inférieures à celles de l’armée française. Elle a signé dès 2020 avec les États-Unis un contrat de 4,6 milliards de dollars pour acquérir 32 chasseurs F-35, et ce malgré les nombreux défauts référencés sur le dernier appareil de Lockheed Martin. Une défense aérienne composée de F-16, que la Pologne complète désormais avec la commande de 50 FA-50 sud-coréens. Pas un seul Rafale français ne lui a été vendu.

Même pour le renforcement de sa marine, Varsovie a préféré faire son marché ailleurs qu’en France : 3 frégates commandées aux Britanniques et, très récemment, 2 navires espions au groupe suédois Saab. Rien à la construction navale française, pourtant encore de très bonne facture. La débâcle est totale.

Si Varsovie a été séduite par le rapport qualité-prix avantageux de Séoul, par sa capacité à honorer rapidement les commandes, et est animée par le souci de diversifier ses sources d’approvisionnement, les dirigeants polonais ont confirmé que les pressions exercées par le couple franco-allemand ont été décisives dans le choix de leur nouveau partenaire stratégique.

L’attitude condescendante d’Emmanuel Macron envers la Pologne a donc bien contribué à faire perdre à la France les milliards d’euros d’une coopération potentiellement fructueuse. Plus grave encore, par sa désinvolture le président français a fragilisé l’alliance historique qui liait la France à la Pologne, condamnant ainsi les Français au déclin. A moins que, redevenus lucides, ils n’abandonnent rapidement cette condescendance qui les conduit à vouloir imposer à leurs voisins une certaine vision du monde et de la vie en société.

Le vrai statut de l’Union européenne

par Berthe Poggiale Avidor - Le 04/01/2023.

Des documents d’archives publiés en 2012 confirment l’organisation de la Seconde Guerre mondiale par, non seulement les industriels et banquiers allemands, mais également par les banquiers états-uniens et britanniques, couverts par le président Franklin Roosevelt et le Premier ministre Neville Chamberlain, dans l’espoir de détruire l’URSS.

Mais avant d’aller plus loin, une mise au point sur ce qu’est vraiment l’Union européenne.

L’Union européenne a été conçue par le fascisme nazi et « accouchée » par les impérialismes états-uniens, Français et Allemands.

Goebbels, chargé par Hitler de développer un programme européen écrivait « Le but de notre combat doit être toujours et encore, de créer une Europe homogène. Mais l’Union européenne ne peut connaître une organisation claire que par les Allemands » (Journal .p.157, ed. Tallandier. 2005). Les unités de waffen SS étaient d’ailleurs européennes (belges, hongroises, albanaises, néerlandaises, françaises, baltes, etc.)

Pierre Laval, chef du gouvernement français, a toujours été un partisan de la Nouvelle Europe (Das Neue Europa). Le 22 juin 1942, il prononce le discours suivant : « De cette guerre surgira inévitablement une nouvelle Europe. On parle souvent d’Europe, c’est un mot auquel, en France, on n’est pas encore très habitué. On aime son pays parce qu’on aime son village. Pour moi, Français, je voudrais que demain nous puissions aimer une Europe dans laquelle la France aura une place qui sera digne d’elle. Pour construire cette Europe, l’Allemagne est en train de livrer des combats gigantesques. Elle doit, avec d’autres, consentir d’immenses sacrifices. Et elle ne ménage pas le sang de sa jeunesse. Pour la jeter dans la bataille, elle va la chercher dans les usines et aux champs. Je souhaite la victoire de l’Allemagne, parce que, sans elle, le bolchevisme, demain, s’installerait partout ».

Le 20 avril 1943, il est reçu par Hitler, avec Ribbentrop et l’Italien Bastianini. Sous-secrétaire d’État aux affaires étrangères, Bastianini avait proclamé le « programme Europe » qui fut massivement diffusé en Italie. Il s’agit d’un plan de future union ou confédération européenne, repris par Ribbentrop et relancé en avril par Mussolini et Laval lors de leurs entrevues avec Hitler. (Journal, Goebbels, p. 174)

L’anticommunisme viscéral, la haine absolue de l’économie socialiste et des bolchéviques, qui étaient le trait dominant du nazisme n’ont pas été éradiqués avec l’écrasement du 3ème Reich nazi et ils sont devenus le trait dominant des pays européens, d’outre atlantique et du monde entier. En 1948, l’Allemagne fédérale a gracié et maintenu en poste tous les criminels de guerre et fonctionnaires qui avaient collaborés avec le nazisme (certains ont fait quelques mois de prison puis sont sortis, blanchis, et ont repris, sans état d’âme une carrière fructueuse.)

Ci-dessous quelques exemples :

Un nazi est devenu premier président de la Commission européenne. Walter Hallstein a été le premier président de la Commission européenne. Concepteur en chef de la construction européenne, il fût un des pères fondateurs de cette Union européenne fasciste, associé aux pro-nazis et anticommunistes viscéraux Robert Schuman et Jean Monnet.

Cet Allemand (Walter Hallstein) né en 1901 et mort en 1982 était professeur de droit en Allemagne. Il était un juriste nazi comme le prouve sa lettre datant du 30 septembre 1935 adressée au représentant du gouvernement nazi de l’université de Rostock. Il a d’ailleurs été nommé doyen de la faculté de droit et d’économie de Rostock par le gouvernement du IIIe Reich comme le prouve la lettre 18 mai 1936 signée par le chancelier de l’université de Rostock et d’un « Heil Hitler ». Walter Hallstein profite donc de l’ascenseur social du IIIe Reich lui permettant d’accéder aux plus hautes fonctions de l’Allemagne nazie.

Adolf Hitler rencontre Benito Mussolini à Rome le 9 mai 1938 afin de créer « une nouvelle Europe » : une dictature européenne qui serait sous leur contrôle. Une équipe de juriste est alors constituée pour concevoir cette « nouvelle Europe » qui a vocation à supprimer les frontières, ligoter les pays dominés et créer un vaste Empire où l’axe Berlin-Rome appliquerait sa politique. Walter Hallstein est donc nommé personnellement par Adolf Hitler comme représentant nazi pendant les négociations d’État avec l’Italie fasciste entre le 21 et 25 juin 1938 afin de mettre en place un cadre juridique pour la « Nouvelle Europe ».

Le premier chef suprême de l’OTAN, fut aussi un nazi, à savoir Hans Speidel, sinistre spécialiste en élimination des résistants communistes français en 1940. (Résistants communistes arrêtés en 1939 par le ministre Daladier et livrés aux nazis après la défaite éclair de la France en 1940)

Le deuxième chef de l’OTAN était aussi un nazi, à savoir Adolf Heusinger, nommé à Washington chef suprême de l’OTAN par l’ensemble des chefs d’état-major des pays membres de l’OTAN. Ce sinistre individu avait été chargé par Hitler, de concevoir l’opération d’invasion de l’URSS. Sa « guerre éclair » prévoyait d’éliminer des millions de soviétiques, d’incendier villes et villages, d’éradiquer toute la population de confession juive vivant sur les territoires de l’URSS sans omettre l’éradication totale des tziganes et autres communautés existant sur le sol de la Russie soviétique, en fait de ramener ce grand continent à l’âge de pierre. Au cours d’expéditions punitives sanglantes, les résistants devaient être pendus et les responsables politiques soviétiques systématiquement abattus sur place.

En août 1942, le général Heusinger orchestre lui-même les exterminations. La Gestapo et les S.S. sont placés sous son commandement direct. Hjalmar Schacht, nazi, Président de la Reichsbank et ministre de l’économie d’Hitler, a joué un rôle de premier plan dans le contrôle de la machine économique du Troisième Reich en agissant comme ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du capital anglo-américain en Allemagne. En 1945, Schacht a été jugé à Nuremberg et acquitté le 1er octobre 1946. Schacht a repris sa vie professionnelle comme si de rien n’était, et fondé la société Schacht GmbH à Düsseldorf.

Les plans Dawes et Young, la création de la Banque des règlements internationaux (BRI), la suspension du paiement des réparations par l’Allemagne prévues par le Traité de Versailles et l’acquiescement des anciens alliés de la Russie à cette décision, les investissements étrangers massifs dans l’économie du Troisième Reich, la militarisation de l’économie allemande et les violations du Traité de Versailles sont autant de jalons sur le chemin conduisant à la guerre contre l’URSS. Derrière ce complot se tenaient des personnages clefs : les Rockefeller, les Morgan, Lord Montagu Norman (gouverneur de la Banque d’Angleterre) et Hjalmar Schacht (président de la Reichsbank et ministre de l’Économie du gouvernement de Hitler).

L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, confronté à sa propre crise ne peut laisser ressurgir l’idée qu’une alternative au capitalisme ait pu survivre plusieurs décennies et même venir à bout d’une des plus féroces puissances impérialistes, l’Allemagne nazie.

Il lui faut toujours réaffirmer la légende noire tissée autour de l’histoire de l’URSS et pour cela il lui faut falsifier l’Histoire, à savoir effacer le fait incontournable que la victoire des peuples sur le fascisme-nazisme porte le sceau indélébile de l’Union soviétique, de son Armée rouge et des mouvements de Francs-Tireurs et Partisans au sein desquels les communistes ont été à l’avant-garde, en France et dans toute l’Europe occupée par le 3ème Reich nazi.

Ayant d’abord rebaptisé le 9 mai, jour de la victoire des peuples en 1945, en « journée de l’Europe » dans le but d’effacer la photo du drapeau rouge flottant sur le Reichstag, ils poursuivent, aujourd’hui, leur plan d’identifier la victime avec le bourreau en prétendant que le pacte de non agression du 23 août 1939 est la cause de la guerre de 39/45.

Les falsificateurs capitalistes et leurs thuriféraires, héritiers de l’hitlérisme, par des campagnes médiatiques déchaînées et répétées voudraient reporter les crimes d’exterminations massives commis par les nazis sur le compte de ceux qui les combattaient et ils développent sans vergogne une campagne tendant à assimiler le communisme au nazisme, Les bourreaux deviennent des victimes, les victimes des bourreaux.

Hitler a ressurgi de sa tombe. Et on réhabilite en Russie, en Ukraine, en Roumanie et en Slovaquie, en Hongrie, Lituanie, …. les Vlassov, les Toukhatchevski, les Kalmikov, les Pétloura, les Wrangel, les Antonescu, assassins antibolchéviques et autres collaborateurs nazis, tous les bandits qui persécutèrent avec férocité les populations Russes, de 1917 à 1924, et de 1941 à 1945, qui assassinèrent froidement et consciemment les populations juives, les communistes, les opposants à la barbarie, Et en France, laquais des États-Unis, on réhabilite les industriels et banquiers ayant collaborés avec l’occupant nazi et ont exonère les pétainistes and co de leurs infâmes turpitudes.

Pour arriver à ses fins de négation de la réalité des faits historiques l’impérialisme doit blanchir le capitalisme qui, sous la houlette des États-Unis, ayant, partout sur la boule terrestre, engendré le fascisme et la guerre hitlérienne, est, aujourd’hui, encore plus féroce et agressif qu’Hitler car ce dernier n’a jamais pu se permettre de narguer le monde entier en l’entraînant dans des opérations de conquêtes (du pétrole) sur presque tous les coins juteux de la planète en masquant ses visées hégémoniques sous le beau vocable de « la défense des Droits et Libertés de l’être humain ».

Le capital mondialisé reprend la voie hitlérienne de conquêtes des ressources des autres car il se trouve devant des problèmes économiques insolubles. C’est la crise, de plus en plus inextricable, qui oblige l’impérialisme à essayer de s’en sortir par la guerre. C’est le même scénario qu’en 1914 et en 1939.

Le 3ème Reich nazi a consciemment mené une guerre d’anéantissement des populations de l’URSS car il les considérait comme des sous humains, uniquement destinés à l’esclavage au profit des aryens blonds !!!

En Septembre 1941 eut lieu le massacre de Babi Yar, où 30 000 soviétiques de confession juive, hommes, femmes et enfants ont été tués dans un ravin tout juste à l’extérieur de Kiev.

Lorsque les soldats soviétiques arrivèrent sur Auschwitz ce qu’ils ont découvert a bouleversé leur sensibilité pourtant déjà bien aguerries. Peu, parmi les 8000 survivants ont pu parler ou simplement bouger et encore moins accueillir les Soviétiques.

Un colonel soviétique se souvient : « J’avais déjà vu beaucoup d’innocents tués. J’avais vu des gens pendus. J’avais vu des gens brûlés. Mais je n’étais pas encore préparé à Auschwitz ».

Il se remémore aussi des premiers indices probants des assassinats de masse « Nous avons découvert des montagnes de dents artificielles, de lunettes et cheveux humains ».

Dans la caserne des enfants, il y avait seulement deux survivants, le reste gazés ou morts comme des sujets d’expériences médicales horribles. Un autre officier soviétique a rappelé que lorsque les équipes de nettoyage sont allées inspecter les cheminées des crématoires, ils ont trouvé des dépôts de graisse humaine sur les murs de 115 cm (1m15) d’épaisseur.

Ce que l’Armée rouge avait découvert à Auschwitz, ce n’était pas un camp ; mais, un complexe de camps occupant une superficie de 20 km2. Ces dimensions attestent de l’ampleur de l’extermination de masse et du fait qu’Auschwitz était un site industriel de travail d’esclaves et de mort géré par les SS.

Comme un nez au milieu de la figure, le Parti communiste bolchévique de Lénine et Staline n’a pas à rougir de son bilan. Car d’un pays en 1917 misérable semi-féodal, formé d’une paysannerie appauvrie et illettrée, et dont l’industrie avait été détruite par la Guerre (1914-1917). le parti communiste bolchévik est parvenu, en moins d’une décennie, a en redresser l’économie ; à le doter d’une puissante industrie mécanique capable d’insuffler un dynamisme colossal à toute les branches d’industrie ; capable de produire la machinerie agricole permettant de sortir la paysannerie de sa condition misérable et à donner des perspectives d’avenir et un idéal à un peuple multiethnique autrefois divisé par les pogroms, le racisme et la pauvreté abjecte.

Mais la trêve fut brève, en 1933, Hitler prenait le pouvoir en Allemagne. Il avait clairement exprimé ses visées sur l’URSS « ghetto » du « judéo-bolchévisme », disait-il. Les soviétiques avaient depuis longtemps compris le message. Hitler et les puissances occidentales passaient accords secrets sur accords secrets dans le dos de l’URSS.

Sur la base de ces informations, l’industrie lourde russe fût donc mise au service de la production d’armement. Les peuples de l’URSS sont entrés dans une période d’économie de guerre dont l’enjeu était tout autant la destruction du premier État à économie socialiste qu’un nouveau partage du monde (affaiblissement de l’impérialisme anglais et montée en puissance de l’impérialisme états-unien).

Avant, pendant et après la guerre, qui dura cinq ans, les puissances occidentales jouèrent en permanence un double jeu, laissant porter l’effort de guerre par l’URSS dans l’espoir ouvertement déclaré de voir Hitler « faire le sale travail » de destruction de l’État socialiste.

En 1945, l’URSS était toujours debout – ayant brisé définitivement les reins de l’hydre NAZIE –, le capital international dut s’incliner. Le Parti communiste bolchévik de l’URSS avait su mobiliser les peuples soviétiques, vaincre le nazisme et maintenir l’État socialiste prolétarien. Les peuples du Monde avaient là un modèle éclatant. Un exemple trop dangereux pour les impérialistes.

La puissance anglaise rabaissée, laissait désormais la place à l’impérialisme états-unien et ce dernier marquait son hégémonie sur la scène internationale capitaliste en larguant les premières bombes atomiques sur les populations civiles du Japon. Ce crime contre l’humanité prenait une intense signification avec l’approbation tacite de la « communauté internationale » (ONU) déjà assujettie à son nouveau maître.

En URSS, Avec 28 millions de victimes (civils pour les 2/3), il fallait tout reconstruire, former de nouveaux cadres, rétablir l’économie. Depuis 1917, ce pays n’avait connu que 16 années de paix (1924/1940), ses cadres avaient été décimés par la guerre, ses infrastructures détruites. Staline, et la direction du Parti communiste de l’Union soviétique, conscients de cette problématique se mirent à rédiger des documents essentiels qui nous permettent encore aujourd’hui de saisir la justesse des orientations, avant la guerre autant qu’après la guerre, tant sur le plan politique, idéologique, qu’économique. Mais Staline meurt en mars 1953.

La « résolution » de l’Union européenne fasciste est une insulte intolérable envers la mémoire de toutes les victimes de la barbarie du 3ème Reich, mortes sous les balles nazies ou dans les camps de déportation et en particulier envers la résistance implacable des peuples de l’URSS et de son gouvernement conduit par l’intègre et brillant Joseph Staline, face à l’envahisseur nazi assassin, ses hordes de waffen SS, et einsatzgruppen.

Et je n’oublie pas, dans cet hommage du coeur, les résistants communistes Allemands qui furent pratiquement exterminés par la répression féroce mise en oeuvre par le troisième Reich nazi.

In fine, l’Union européenne n’est qu’un instrument fasciste, complice et à genoux devant l’impérialisme des États-Unis, impérialisme américain assassin de masse, assassin en Libye, assassin en Irak, assassin en Afghanistan, assassin en Syrie, assassin au Viet-Nam, assassin en Afrique, assassin en Amérique du Sud et aujourd’hui assassin en Ukraine, dans tous les lieux où il peut s’approprier, sans débourser un sou, les multiples richesses des pays qu’il colonise.

source : Vive la Révolution

Le coucou étasunien dans le nid européen


Pour l’Europe, l’adoption irréfléchie de cette pensée américaine style « coucou » dans son propre nid européen n’est rien moins que catastrophique.


Par Alastair Crooke – Le 12 décembre 2022 – Source Strategic Culture + The Saker francpphone.

Larry Johnson, un vétéran de longue date de la CIA et du département d’État, identifie le « coucou » qui se niche au fond du « nid » de la pensée occidentale sur l’Ukraine. L’oiseau a deux parties étroitement liées. La couche supérieure est le cadre conceptuel postulant que les États-Unis sont confrontés à deux sphères de conflit distinctes : premièrement, les États-Unis contre la Russie, et deuxièmement, les États-Unis contre la Chine.

Le cadre mental essentiel de ce « coucou » , pour être clair, est entièrement centré sur les États-Unis : il s’agit de la vision du monde de quelqu’un qui regarde depuis Washington, teintée de vœux pieux.

C’est vraiment un « coucou » (c’est-à-dire l’insertion malveillante d’un intrus parmi les poussins légitimes), parce que ces champs de bataille ne sont pas divisés en deux, comme on le prétend, mais ne font qu’un. Comment cela ?

Ces deux conflits ne sont pas distincts, mais interconnectés par le refus occidental de reconnaître que ce sont les prétentions culturelles occidentales de supériorité qui sont au cœur du processus de restructuration géopolitique actuel.

Le but du coucou est d’effacer cet aspect central du cadre conceptuel, puis de réduire l’ensemble à une politique de puissance abstraite où la Russie et la Chine peuvent être montées l’une contre l’autre.

En clair, la bifurcation entre les États-Unis contre la Chine et les États-Unis contre la Russie, sert principalement à « endormir » le coucou en pleine croissance.

Le professeur John Mearsheimer, le grand prêtre de la Realpolitikdécrit la géopolitique d’aujourd’hui (avec la même aisance qu’à l’accoutumée) comme étant celle d’hégémons « Godzilla » qui agissent selon leur nature – en pesant de tout leur poids (en agissant de manière impériale), tandis que les autres, qui ne parviennent pas à s’écarter du chemin de ces hégémons, finissent comme des « victimes sur la route » .

Le point de vue de la Realpolitik, bien que superficiellement convaincant, est profondément défectueux, car il efface la question qui est au cœur de la géopolitique d’aujourd’hui. Il ne s’agit absolument pas de trois « Godzillas » en furie qui se disputent l’espace : l’élément fondamental de la géopolitique d’aujourd’hui est que le reste du monde refuse que les États-Unis parlent en son nom, définissent ses structures politiques et financières, et refuse de se voir imposer le curieux « penchant » de l’Occident pour la « culture de l’annulation » .

Larry Johnson écrit : « Les agents du service extérieur américain sont très fiers de croire qu’ils sont super intelligents. J’ai travaillé aux côtés de certains d’entre eux pendant quatre ans et je peux témoigner de l’arrogance et de l’air de suffisance qui imprègnent l’agent typique lorsqu’il parade au sein du département d’État » .

Et voici la clé : la pensée super intelligente qui émerge du Département d’État est que l’intégralité de la stratégie du Kremlin (selon ce point de vue) dépend du fait que la Russie combatte les États-Unis par procuration (c’est-à-dire en Ukraine) – ET non pas en conflit direct avec les États-Unis et l’ensemble de l’OTAN, qui sont supérieurs sur le plan militaire.

Rah, Rah, Rah ! Les États-Unis ont l’armée la plus puissante que le monde ait jamais connue. Du jamais vu dans l’histoire. Tandis que la Russie et la Chine sont de pauvres « jeunes pousses » .

Bien sûr, c’est un argument de propagande. Mais si vous répétez assez souvent : nous avons la plus grande, la meilleure, la plus avancée des armées dans l’histoire du monde, une majorité de l’élite peut commencer à y croire (même s’il y a un cadre au sommet qui ne le croit pas). Et si, en plus de cela, vous vous croyez « super intelligent » , cela s’infiltre dans votre pensée et la façonne.

Ainsi, le « très intelligent » ancien officier du département d’État, Peter van Buren, estime dans The American Conservative : [que dès le début de l’opération en Ukraine], « il n’y avait que deux issues possibles. L’Ukraine pourrait parvenir à une solution diplomatique qui rétablirait sa frontière physique à l’est … et rétablirait ainsi fermement son rôle d’État tampon entre l’OTAN et la Russie. Ou, après des pertes sur le champ de bataille et des efforts diplomatiques, la Russie pourrait se retirer à son point de départ initial de février » – et l’Ukraine se repositionnerait entre l’OTAN et la Russie.

C’est tout – juste deux résultats putatifs.

Vu à travers la lentille rose d’un « Léviathan » militaire mondial des États-Unis, l’argument des deux résultats a l’apparence de l’inexorabilité, écrit van Buren : « la voie de sortie en Ukraine – une issue diplomatique – est assez claire pour Washington. L’administration Biden semble se contenter, honteusement, de saigner les Russes comme s’il s’agissait à nouveau de l’Afghanistan en 1980 – tout en adoptant une attitude ferme et en s’imprégnant des sentiments électoraux bipartisans positifs que doit susciter le pseudo président Joe Biden en « temps de guerre » » .

Van Buren, et c’est tout à son honneur, s’en prend violemment à la position de Biden ; cependant, sa pensée (tout comme celle de l’équipe Biden) est toujours ancrée dans la fausse prémisse que l’Amérique est un colosse militaire et la Russie une puissance militaire chancelante.

Le problème est que si les États-Unis dépensent militairement comme un colosse – après s’être fait avoir par la politique politicienne de Washington et les chaînes à flux tendu, axées sur la vente d’armes bling-bling au Moyen-Orient – le résultat final est à la fois extrêmement coûteux mais de qualité inférieure. Contrairement à la Russie.

Ce que cela signifie est important : comme le note Larry Johnson, il n’y a pas seulement deux résultats putatifs, mais plutôt un troisième qui manque. C’est la Russie qui, en fin de compte, dictera les conditions du règlement de la question ukrainienne. Paradoxalement, cette troisième alternative manquante est aussi la plus probable.

Oui, les États-Unis et l’Union européenne affirment que l’Ukraine est en train de gagner, mais comme le fait remarquer le colonel Douglas Macgregor, ancien candidat au poste de conseiller à la sécurité nationale des États-Unis :

L’administration Biden commet à plusieurs reprises le péché impardonnable dans une société démocratique de refuser de dire la vérité au peuple américain : Contrairement au récit populaire de la « victoire ukrainienne » des médias occidentaux, qui bloque toute information qui le contredit, l’Ukraine ne gagne pas et ne gagnera pas cette guerre … La prochaine phase offensive du conflit donnera un aperçu de la nouvelle force russe qui émerge et de ses futures capacités …. Les chiffres continuent de croître, mais ils comprennent déjà 1 000 systèmes d’artillerie à roquettes, des milliers de missiles balistiques tactiques, de missiles de croisière et de drones, plus 5 000 véhicules de combat blindés, dont au moins 1 500 chars, des centaines d’avions d’attaque à voilure fixe pilotés, des hélicoptères et des bombardiers. Cette nouvelle force a peu de choses en commun avec l’armée russe qui est intervenue il y a neuf mois, le 24 février 2022.

Pour l’Europe, l’adoption irréfléchie de cette pensée américaine « coucou » dans son propre nid européen n’est rien moins que catastrophique. Bruxelles, par extension, a intégré la fausse affirmation selon laquelle la Chine est distincte du projet russe. Cet artifice mental empêche intentionnellement de comprendre que l’Europe est confrontée à une résistance croissante de la part de l’axe Russie-Chine, et d’une grande partie du monde, qui méprise ses prétentions à une supériorité accrue.

Deuxièmement, l’adhésion au schéma limité à « seulement deux alternatives » de DC – « parce que les États-Unis sont un mastodonte militaire et que la Russie n’oserait jamais rien faire d’autre qu’une guerre par procuration » – fait apparaître le gros coucou dans le nid : l’escalade de l’OTAN est relativement sans risque. Nous avons coincé Poutine en Ukraine ; il n’ose pas déclencher une réponse complète de l’OTAN.

La Russie, néanmoins, se prépare à lancer une offensive dont le résultat sera déterminant. Alors, qu’en est-il de l’Europe ? Avez-vous réfléchi à cela ? Non, car cette « alternative » ne figurait même pas « parmi les paramètres du dispositif » .

Conséquence logique, la politique indéterminée et indéfinie du « tant qu’il le faudra » lie simplement l’UE à des « sanctions russes permanentes » , ce qui enfonce l’Europe dans la crise économique, sans plan « B ». Ni même l’ombre d’un plan.

Pourtant, à un autre niveau, presque totalement absent de l’analyse européenne (en raison de son adhésion à l’analyse erronée qui considère la « Russie comme une puissance militaire faible »), se trouve la réalité non abordée : le conflit n’est pas entre Kiev et Moscou, il a toujours été entre les États-Unis et la Russie.

L’UE sera inévitablement un simple spectateur de cette discussion. Elle n’aura pas de siège à la table. Et ce, si nous arrivons un jour à ce point… avant que l’escalade ne redéfinisse les paramètres.

En bref, plusieurs mauvais diagnostics entraînent un mauvais traitement curatif.

Lorsque Larry Johnson décrit son expérience de l’arrogance de l’élite et de l’air de supériorité qui règnent à Washington, il aurait très bien pu décrire la classe politique européenne qui arpente avec arrogance les couloirs de Bruxelles.

Les conséquences de ces prétentions ne sont pas anodines, mais d’ordre stratégique. La plus immédiate est que le soutien fanatique de l’UE à Kiev et l’adulation publique de certains « nationalistes » douteux ont éloigné de plus en plus l’ « Ukraine ethniquement anti-russe » de toute possibilité de servir d’État neutre ou tampon. Ou d’être un tremplin vers un compromis à venir. Et ensuite ?

Voyez les choses du point de vue russe : l’hostilité des Ukrainiens à l’égard de tout ce qui est russe est désormais si forte que Moscou doit inévitablement faire des calculs différents.

Le fait que les activistes ukrainiens, au sein de la classe dirigeante de l’UE, attisent des sentiments anti-russes aussi toxiques chez les Ukrainiens nationalistes, a inévitablement ouvert une ligne de fracture amère en Ukraine – et pas seulement en Ukraine ; cela fracture l’Europe et crée une ligne de fracture stratégique entre l’UE et le reste du monde.

Le président Macron a déclaré cette semaine qu’il voyait du « ressentiment » dans les yeux du président russe Poutine – « une sorte de rancœur » dirigée contre le monde occidental, y compris l’UE et les États-Unis, et qu’elle était alimentée par « le sentiment que notre perspective était de détruire la Russie » .

Il a raison. Cependant, le ressentiment ne se limite pas aux Russes, qui en sont venus à haïr l’Europe, mais c’est plutôt le ressentiment qui bouillonne dans le monde entier face à toutes les vies détruites dans le sillage du projet hégémonique occidental. Même un ancien ambassadeur français de haut rang décrit désormais l’ordre fondé sur des règles comme un « ordre occidental » injuste basé sur l’« hégémonie » .

L’interview d’Angela Merkel au magazine Zeit confirme pour le reste du monde que l’autonomie stratégique de l’UE a toujours été un mensonge. Dans l’interview, elle admet que son plaidoyer pour le cessez-le-feu de Minsk en 2014 était une tromperie. C’était une tentative de donner à Kiev le temps de renforcer son armée – et elle a réussi à cet égard, dit-elle. « [L’Ukraine] a utilisé ce temps pour se renforcer [militairement], comme vous pouvez le voir aujourd’hui. L’Ukraine de 2014/15 n’est pas l’Ukraine d’aujourd’hui » .

Mme Merkel apparaît comme une collaboratrice avouée de l’idée consistant à utiliser l’Ukraine pour saigner la Russie : « La guerre froide n’a jamais pris fin parce que la Russie n’était pas en paix » , déclare Merkel. (Elle a manifestement adhéré à la prétention colportée par Washington, « OTAN puissante – Russie naine » ).

Ainsi, alors que la ligne de faille tectonique mondiale s’enfonce davantage, le reste du monde se voit confirmer à nouveau que l’UE a pleinement collaboré au projet américain, non seulement pour paralyser la Russie financièrement, mais aussi pour la saigner sur le champ de bataille. (Tant pis pour le discours de l’UE sur « l’invasion russe non provoquée »).

Il s’agit d’un scénario familier, qui s’est déroulé au milieu d’immenses souffrances dans le monde entier. Au fur et à mesure que l’Eurasie se sépare de la sphère occidentale, serait-il surprenant qu’elle pense à « isoler » cette toxicité européenne, ainsi que son patron hégémonique ?

Mme Merkel a également fait preuve d’une franchise rafraîchissante quant à la qualité de l’amitié allemande. Le projet Nordstream n’était qu’une bagatelle destinée à apaiser Moscou à un moment délicat en Ukraine, a-t-elle dit, ajoutant : « Il se trouve que l’Allemagne ne pouvait pas obtenir de gaz ailleurs » . (Rien d’une « amitié stratégique » dans ce cas).

Bien sûr, Mme Merkel s’adressait aux générations futures… mais des vérités s’échappent souvent, dans ces « moments » pour la postérité.

L’UE se présente comme un acteur stratégique, une puissance politique à part entière, un colosse du marché, un monopsone ayant le pouvoir d’imposer sa volonté à quiconque fait du commerce avec elle. En bref, l’UE insiste sur le fait qu’elle possède un pouvoir politique significatif.

Mais Washington vient de piétiner ce discours. Son « ami » , l’administration Biden, laisse l’Europe se balancer au gré du vent de la désindustrialisation, subventionnée par la loi de Biden sur la réduction de l’inflation, tandis que le mépris pour la culture « anti-culturelle » de l’UE augmente dans le monde entier (cf. les pitreries européennes lors de la Coupe du monde de football au Qatar).

Qu’adviendra-t-il alors de l’Europe (dont le pouvoir économique a été réduit et le soft power dédaigné) ?

Alastair Crooke

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

Les Européens méritent-ils ce qui les attend ?


Par The Saker – Le 15 décembre 2022 – Source The Saker’s Blog

Chers amis

Je suis né en Suisse, sans doute le cœur de l’Europe, et en tant qu’Européen de naissance, sinon de culture, je pense que je dois aborder la question de la responsabilité de l’Européen ordinaire dans ce qui se passe en Ukraine et en Serbie.

Je ne crois pas à la culpabilité collective, donc la réponse courte est « non ».

Mais je crois aux conséquences et je crois en la justice de Dieu (et en son amour, bien sûr !). En d’autres termes, je ne pense pas que l’on puisse commettre de mauvaises actions et s’en tirer à bon compte : tôt ou tard, il faudra payer, surtout si l’on ne se repent pas de ses mauvaises actions.

https://dxczjjuegupb.cloudfront.net/wp-content/uploads/2022/08/Three_Monkeys-622x250_c.jpg

 

En outre, je suis conscient que l’UE est une colonie/un protectorat américain, mais c’était aussi le cas d’une grande partie du monde.

Pourquoi peut-il y avoir une réelle résistance à l’Empire en Amérique latine ou en Afrique et aucune dans l’UE ? Cuba devrait-il commencer à envoyer des soldats, des médecins et des ingénieurs dans l’UE (je plaisante !) ?

[Quand j’étais enfant, je me souviens de tous les mouvements de protestation et de résistance qui existaient en Europe, qu’il s’agisse des écologistes antinucléaires (pour la plupart pacifiques), des syndicats en grève, de la RAF en Allemagne, de l’IRA en Ulster, de l’ETA en Espagne ou même des différents groupes ethniques kurdes, arméniens, palestiniens et autres qui s’engageaient à divers degrés dans la résistance violente contre l’État. Même dans la petite Suisse, nous avons eu les autonomistes jurassiens avec des méthodes de résistance créatives ! Cela ne veut pas dire que j’approuve tout cela, mais seulement que je me souviens d’une époque où il y avait une véritable résistance en Europe. Les Européens d’aujourd’hui sont-ils capables de résister de manière significative à *quelque chose* de nos jours ? J’en doute fort].

Je pense que nous pouvons affirmer sans risque que l’UE est la colonie la plus docile, la plus lâche et la plus loyale à l’Empire. Pourquoi ? Probablement parce que toutes les autres colonies *savaient* que leur statut colonial ne changerait jamais sous la domination anglo-sioniste, alors que les Européens espéraient en quelque sorte « s’élever » en étant les « caniches » de l’oncle Shmuel. Et, après tout, l’impérialisme est né en Europe (avec les croisades) et non dans le Nouveau Monde.

On pourrait penser qu’à l’heure actuelle, même le plus stupide des politiciens de l’UE se rendrait compte que les sanctions anti-russes nuisent presque exclusivement à l’Europe. Pourtant, que voyons-nous ? Ils sont toujours là et ils doublent une fois de plus la mise. Regardez ce titre : « L’UE s’apprête à geler les actifs de la société mère de RT – médias« . Lisez-le, vous verrez qu’il s’agit d’une répression directe et sans appel de la liberté d’expression. Et alors que les Européens doublement bien pensants et politiquement corrects aiment à (mal) citer Voltaire et à proclamer fièrement « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je défendrai jusqu’à la mort votre droit de le dire », alors qu’en réalité ils s’en fichent complètement.

Ce n’est pas nouveau.

https://dxczjjuegupb.cloudfront.net/wp-content/uploads/2019/04/Three-monkeys-300x222.jpg

Lorsque les Anglo-sionistes ont lancé une guerre d’agression TOTALEMENT ILLÉGALE contre la nation serbe et un pays, la Yougoslavie, qui était un membre fondateur du mouvement des non-alignés, les fiers Européens ont fait cela (voir image).

Au mieux !

Beaucoup ont participé activement au martyre de la nation serbe. Encore une fois. De la même manière que les Européens ont trahi les Serbes pendant la Seconde Guerre mondiale. Et maintenant, ils sont encore en train de le faire (voir les menaces de l’UE envers le Kosovo).

Et, ne vous y trompez pas, pendant toutes ces années, le terrorisme de l’UCK au Kosovo a été pleinement soutenu et même aidé par la KFOR et EULEX (cette dernière entité modestement appelée « European Union Rule of Law Mission in Kosovo » (c’est nous qui soulignons).

Et, une fois de plus, tout ce que nous entendons du Vieux Continent est un silence assourdissant.  Soit cela, soit des menaces.

La sage admonition de Yehuda Bauer a été oubliée depuis longtemps :

Tu ne seras pas une victime.

Tu ne seras pas un agresseur.

Et par-dessus tout,

Tu ne seras pas un spectateur.

En faisant de l’UE la complice de l’agression américaine contre la Serbie, les États-Unis se sont assurés de la loyauté des Européens pour toujours, puisque maintenant ils ne sont pas seulement liés par des liens culturels ou coloniaux, ils sont aussi complices du viol de la Serbie, du Maghreb et du Machrek, de l’Afghanistan et de tous les autres pays qui souffrent sous le joug de l’Hégémon.

L’attaque anglo-sioniste contre la Yougoslavie a été la Nuit de Cristal du droit international, l’événement à l’origine de toutes les horreurs que nous voyons aujourd’hui. Et pourtant, loin de comprendre (et même d’admettre !) le crime d’agression (le pire crime en droit international, au-dessus même du génocide ou des crimes contre l’humanité !) et de montrer quelque remords, les dirigeants européens ont maintenu le cap tandis que les citoyens « ordinaires » d’Europe ont simplement ignoré tout cela comme de bons petits caniches qu’ils sont devenus.

Et, je vous en prie, ne me sortez pas l’argument disant « nous étions confrontés à un ennemi trop puissant » ou « nous ne pouvions rien faire« . Au minimum, chaque Européen pourrait suivre l’appel de Soljenitsyne et « ne pas vivre du mensonge« . Mais ils n’ont même pas pu faire cela. Mille ans de propagande anti-chrétienne et d’hérésie ont donné naissance à une société qui ne croit même plus à la notion de « vérité ». Pas étonnant qu’ils ne puissent plus s’arrêter de mentir…

Je pense que c’est un truisme de dire que si vous n’avez pas de respect pour vous-même, vous n’obtiendrez pas non plus le respect des autres. Je pense également qu’il est juste de dire que l’UE est devenue la société la plus méprisée de la planète. Et Poutine n’est pas le seul à qualifier l’UE de « paillasson des États-Unis » : la même opinion prévaut dans une grande partie de la zone B.

Voici, je pense, la réponse correcte à la question que j’ai posée plus haut : les Européens méritent-ils ce qui va leur arriver ? Étant donné que ce qui leur arrive est entièrement auto-infligé, je pense que la réponse irréfutable est un « OUI » retentissant.

Si ce n’est pas le cas, alors qui est à blâmer ? La Russie ? Les États-Unis ? Poutine ? Les « Juifs » ? L’immigration ? Les musulmans ?

En parlant des USA – au moins les Américains ont voté pour Trump (deux fois). Le fait que cela n’ait fait (presque) aucune différence n’est pas pertinent, au moins le peuple des USA a essayé de résister !  En fait, même dans le cadre de la répression actuelle contre la dissidence, je pense toujours qu’il y a une proportion beaucoup plus élevée d’Américains capables et désireux de résister que d’Européens.

Aujourd’hui, je veux donc faire quelque chose que je n’ai jamais fait auparavant. Je vais réafficher une fois de plus ce que j’ai déjà posté une fois : l’interview du colonel Douglas Macgregor par le Dr Michael Vlahos. J’estime que cette conversation est si importante qu’elle mérite d’être publiée une seconde fois. Avant de vous laisser avec ces deux hommes, je voudrais juste ajouter ce qui suit :

Ces deux hommes sont de la génération que j’ai eue comme professeurs pendant mes années dans les facs américaines (1986-1991) et pour lesquels j’ai toujours le plus grand respect. Cela ne signifie pas que je sois nécessairement d’accord avec tout ce qu’ils ont fait, dit ou écrit, pas du tout. Mais je peux respecter ces hommes non seulement pour leur formidable intelligence, mais aussi pour être des hommes d’honneur et de vérité, et de véritables patriotes de leur pays (par opposition à ceux qui ne font qu’agiter le drapeau).

C’est la génération d’hommes comme David Glantz ou Lester W. Grau, des officiers américains qui ont vraiment étudié, avec soin, la doctrine militaire soviétique (des auteurs comme Reznichenko, Gareev ou Ogarkov) et qui, grâce à leurs études, n’en sont pas venus à haïr la Russie ou les Russes du tout, mais les considèrent comme des collègues professionnels et des patriotes. Ayant eu le privilège de passer un certain temps avec les personnes qui enseignaient à l’Académie militaire de Frunze (j’ai même fini par coécrire un petit livre avec l’un d’entre eux), je peux attester que les grands stratèges russes avaient également beaucoup de respect pour leurs collègues américains.

Le contraste avec les monstres néoconservateurs « du sous-sol » ne pourrait être plus grand.

Je pense sincèrement que dans la conversation qui suit, chaque sujet et chaque phrase est important car il montre ce que cette génération d’Américains compétents et honorables pense de la (des nombreuses) abomination(s) dont nous sommes témoins aujourd’hui. Je peux sincèrement dire que je leur souhaite, ainsi qu’à leur cause, un plein succès.

En ce qui me concerne, nous avons le même ennemi.

Puisse leur exemple de résistance (car c’est *exactement* ce dont il s’agit) inspirer d’autres Européens (il y en a déjà quelques-uns) à suivre leur exemple.

Andrei

Enfin, et dans l’esprit de mon post d’aujourd’hui, je vous laisse avec une superbe vidéo musicale française : « Indignez-vous » de HK et les Saltimbanks.

Qui sait, peut-être que cette vidéo réveillera quelques Européens de plus ?

Le dilemme des avions de chasse européens

par Olivier Renault - Le 17/12/2022.

Sous la direction de la France et de l’Allemagne, le projet SCAF devrait devenir un concurrent digne de son homologue américain. Cependant, l’Europe n’est pas d’accord. Un deuxième consortium pousse, également, son projet d’avion de chasse du futur.

 Mais, les Etats-Unis ne peuvent probablement défier les nouvelles exigences du monde géopolitique du futur qu’avec leurs partenaires. Le projet SCAF n’est déjà plus cité par les médias allemands qui préfèrent tambouriner sur l’achat d’avions de combat américains pouvant porter des bombes atomiques.

Le SCAF vole déjà dans des vidéos animées et n’a pas un nom bien attitré. Seul, le terme «système de combat aérien du futur» est utilisé pour nommer le projet concernant l’armée de l’air de demain. Tout est mis en réseau numériquement via ce qu’on appelle un super logiciel, le cloud tactique (Combat Cloud). Dans des vidéos de la division de l’armement d’Airbus, par exemple, le chasseur, accompagné de drones géants sans pilote, désactive facilement les positions modernes de missiles guidés S-400, telles que celles actuellement utilisées par la Russie dans le conflit en Ukraine. Que la guerre de demain en 2040 ressemble réellement à ceci est une question ouverte, annonce Die Welt, introduisant le fait que ce projet SCAF n’est pas encore réel et que s’il doit voler pour de vrai dans le ciel, il faudra attendre encore vingt ans. «Le démarrage du projet, soutenu par l’Allemagne, la France et l’Espagne, s’est pour l’instant déroulé sans heurts d’un point de vue industriel et politique», affirme Die Welt qui, curieusement, oublie de citer les tactiques de Berlin pour le ralentir. 

Projet GCAP, le projet entre le Royaume-Uni, le Japon, l’Italie, la Suède. En Europe, il n’y a pas d’accord sur un seul nouveau modèle d’avion de combat de 6e génération, martèle le quotidien allemand. Sous l’impulsion du Royaume-Uni, il existe un projet similaire avec l’Italie et peut-être la Suède. Même, le Japon l’a rejoint récemment. Cet avion devrait être prêt au combat dès 2035. Pour compléter la confusion, depuis l’adhésion du Japon, le projet ne s’appelle plus Tempest, mais «programme mondial de combat aérien» (GCAP). L ‘abréviation est, donc, similaire au SCAF dont il est question ici. Les deux projets coûtent plusieurs milliards et ont un objectif commun. Die Welt avertit que les Etats-Unis et les entreprises de défense américaines ne doivent pas étendre davantage leur position écrasante dans la prochaine génération d’avions de chasse» et «les avions de chasse européens ne devraient pas prendre plus de retard dans la comparaison technologique avec les Etats-Unis».

Selon Die Welt, d’autres pays veulent rompre avec les Etats-Unis. Les experts du secteur soulignent qu’avec l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie et maintenant le Japon, de plus en plus de pays participent au SCAF ou au GCAP même s’ils achètent, également, des avions de chasse américains F-35, ce que l’on appelle un modèle de 5e génération. Le quotidien basé à Berlin affirme qu’ ils semblent au moins se préparer à couper le cordon de la technologie américaine.

Pourtant, l’Allemagne, par sa commission budgétaire, a décidé ce mercredi  d’acheter 35 exemplaires de l’avion de combat furtif Lockheed Martin F-35 à Washington pour une dizaine de milliards d’euros, armement compris, à partir du fonds spécial de 100 milliards d’euros de la Bundeswehr, décidé par Olaf Scholz, le chancelier allemand, pour mettre sur pied la plus grande armée d’Europe (Bundeswehr). Die Welt met en avant que la commission budgétaire devrait également ouvrir la voie au prochain jalon du SCAF, la phase dite 1b. Mais,  les médias allemands n’évoquent que l’achat des avions américains et cela semble bien indiquer le choix de Berlin de faire retarder ou, surtout, capoter le projet SCAF. Les F635 vont remplacer les Tornado qui ont l’autorisation des Etats-Unis de transporter des bombes atomiques. 

Observateur Continental a évoqué la «vigilance de la France face aux finasseries allemandes» avec les «trahisons allemandes (dans le spatial et l’avion de patrouille maritime) et ses cavaliers seuls (Tigre MkIII, défense sol-air) et l’instabilité de la coalition», car «un revirement allemand toujours possible»: «L’Etat profond allemand, c’est-à-dire tous ceux qui ont toujours refusé la coopération avec la France – direction politique du ministère de la Défense et Kommando Luftwaffe à Berlin, BAAiNBW de Coblence – n’a pas dit son dernier mot».  Deux jours après que le PDG de Dassault Aviation, Eric Trappier, ait annoncé qu’un accord avait été trouvé avec Airbus pour débloquer le programme d’avion de combat européen, le silence des média allemands sur le projet SCAF et l’avertissement de Die Welt prévoyant au moins vingt ans pour le réaliser, au lieu de 2029, annoncent de nouveau l’échec de SCAF. Si Die Welt remémore qu’ «il y a eu un accord récemment dans l’industrie», le média basé dans la capitale allemande -le centre des décision- insiste pour rappeler que  «l’approbation politique de l’Allemagne fait toujours défaut». En outre, l’auteur allemand de Die Welt ne manque pas d’égratigner Dassault Aviation en le qualifiant de «fier groupe français».

Le terme «couple franco-allemand» a disparu du langage.

source : Observateur Continental

Des démons surgissent de la cave de l’Europe

par M.K. Bhadrakumar - Le 14/12/2022.

La visite de la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, à New Delhi s’est terminée de manière ironique. Baerbock a parlé avec éloquence de l’Allemagne comme étant un parangon de valeurs démocratiques et a revendiqué son affinité avec l’Inde. Elle espérait persuader le gouvernement Modi de se désengager du partenariat stratégique avec la Russie « autoritaire« .

Cependant, lorsque Mme Baerbock est rentrée chez elle, le chat était sorti du sac. Une tentative de coup d’État (présumée) dans son pays par le groupe nationaliste d’extrême droite appelé mouvement « Reichsbuerger« , qui conteste l’existence de l’État allemand moderne et sa façade démocratique.

Les Reichsbürger utilisent certains éléments des mythes de conspiration antisémites propagés par les nazis et sont attachés à l’idée que les frontières de l’Allemagne devraient être étendues pour inclure les territoires d’Europe de l’Est, ceux qui ont été occupés sous le régime nazi.

La présence active de réseaux d’extrême droite au sein des agences de sécurité et des forces armées allemandes est connue depuis des années. En juillet de l’année dernière, la ministre de la défense de l’époque, Annegret Kramp-Karrenbauer, a dissous une compagnie entière des forces commando spéciales de l’armée allemande après plusieurs incidents inspirés de l’extrême droite, au cours desquels le salut hitlérien interdit aurait été utilisé et de la musique d’extrême droite aurait été diffusée lors de fêtes.

C’est un secret de polichinelle que les adeptes de l’idéologie nazie se sont réinflitrés dans la société allemande au cours des années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. De nombreuses personnes issues du milieu nazi ont même fini par accéder à des postes élevés. Et ils s’entraidaient secrètement pour se réhabiliter, rétablir leurs références et prospérer. Ces relations incestueuses entre les anciens nazis leur ont permis de jouir de privilèges bien supérieurs à ceux des Allemands moyens.

L’idéologie extrémiste et le revanchisme ont trouvé un terreau fertile dans les années 1920 et 1930 en Allemagne. Si la crise économique s’aggrave en Allemagne, des conditions similaires peuvent à nouveau apparaître. Il est certain que l’extrémisme est en hausse en Allemagne.

Cela dit, la plupart des gens soupçonnent que la répression des Reichsbürger est en grande partie du théâtre politique. Un coup d’État d’extrême droite est-il possible en Allemagne ? Une insurrection armée « pour éliminer l’ordre de base démocratique libéral » en attaquant les politiciens, en prenant d’assaut les bâtiments parlementaires, en renversant le gouvernement fédéral, en dissolvant le système judiciaire et en usurpant l’armée ? Impossible.

Alors, que prépare le gouvernement de coalition dirigé par le chancelier Olaf Scholz ? Franchement, créer de tels mythes complotistes sert à fragmenter l’opinion politique, qui est en train de faire boule de neige contre la politique du gouvernement Scholz. Deuxièmement, la répression des Reichsbürger peut se traduire par la suppression du parti politique Alternative pour la Démocratie [Plutôt Deutschland, NdSF] (AfD), qui améliore régulièrement ses résultats électoraux et est connu pour son opposition à l’UE et à l’atlantisme. Troisièmement, il s’agit d’une distraction utile à un moment où l’agitation sociale due à la crise économique (contrecoup des sanctions contre la Russie) pourrait déclencher des troubles politiques. Selon certaines informations, le gouvernement a mis les forces de police en état d’alerte.

Dans un article paru dans le magazine Foreign Affairs la semaine dernière, Scholz a ouvertement épousé la cause du militarisme. Il écrit : « Les Allemands ont l’intention de devenir le garant de la sécurité européenne… Le rôle crucial de l’Allemagne en ce moment est de s’imposer comme l’un des principaux fournisseurs de sécurité en Europe en investissant dans notre armée, en renforçant l’industrie européenne de la défense, en consolidant notre présence militaire sur le flanc oriental de l’OTAN… Le nouveau rôle de l’Allemagne nécessitera une nouvelle culture stratégique, et la stratégie de sécurité nationale que mon gouvernement adoptera dans quelques mois reflétera ce fait… Cette décision marque le changement le plus radical dans la politique de sécurité allemande depuis la création de la Bundeswehr en 1955… Ces changements reflètent un nouvel état d’esprit dans la société allemande… Cette Zeitenwende [mouvement tectonique] a également conduit mon gouvernement à reconsidérer un principe bien établi, vieux de plusieurs décennies, de la politique allemande en matière d’exportation d’armes. Aujourd’hui, pour la première fois dans l’histoire récente de l’Allemagne, nous livrons des armes dans une guerre opposant deux pays… Et l’Allemagne continuera de respecter son engagement à l’égard des accords de partage nucléaire de l’OTAN, notamment en achetant des avions de combat F-35 à double capacité » [C’est nous qui soulignons].

Il ajoute : « L’Allemagne est prête à conclure des arrangements pour soutenir la sécurité de l’Ukraine dans le cadre d’un éventuel règlement de paix d’après-guerre. Nous n’accepterons cependant pas l’annexion illégale du territoire ukrainien… Pour mettre fin à cette guerre, la Russie doit retirer ses troupes. »

Scholz va trop loin et néglige non seulement le passé d’agression de l’Allemagne en Europe de l’Est mais aussi ses faiblesses en tant que puissance militaire lorsqu’il présente le pays comme un rempart contre la Russie. Même en supposant que Scholz puisse trouver l’argent pour un programme de militarisation aussi ambitieux, l’Allemagne provoquerait des ondes de choc dans toute l’Europe si elle allait de l’avant avec un tel plan.

Tout en s’engageant sur cette voie militariste, l’Allemagne se découple de la France. L’axe franco-allemand a été le pilier de la politique européenne au cours des dernières décennies. Mais l’initiative de Scholz sur le Bouclier Aérien Européen, avec 14 autres États européens, pour la création d’un système commun de défense aérienne en Europe exclut la France ! Sur les questions de technologie de défense, la coopération de l’Allemagne avec la France est en train de passer rapidement au second plan.

Paris est également mécontent que la subvention de 200 milliards d’euros accordée par Scholz à l’industrie allemande ait été annoncée sans consulter la France. De même, la visite de Scholz à Pékin en novembre dernier, signe d’une volonté d’accepter les investissements chinois, a ignoré la suggestion du président français Emmanuel Macron de planifier une initiative conjointe franco-allemande en direction de la Chine.

Tout cela témoigne de l’ambition de Berlin d’amener l’unification du leadership européen entre les mains des Allemands, tant en termes politiques qu’économiques. Un grand point d’interrogation plane sur l’avenir du traité d’Aix-la-Chapelle de 2018 signé par Macron et Angela Merkel, alors chancelière. Scholz estime que l’Union européenne devrait passer au vote à la majorité plutôt qu’à l’unanimité. En tant que puissance économique, l’Allemagne dispose d’un pouvoir immense et le plan de Scholz est de l’utiliser pour établir la prédominance du pays en Europe.

Mais il se heurtera à une résistance. La Hongrie s’oppose à de nouvelles sanctions européennes contre la Russie. Elle a opposé son veto à l’empressement de la Commission européenne à emprunter de l’argent (accumuler des dettes) pour financer l’économie défaillante de l’Ukraine et lutter contre la Russie. La récente déclaration du président français Emmanuel Macron selon laquelle toute architecture de sécurité européenne devrait « garantir » les intérêts de la Russie met également en évidence les lignes de fracture.

Il est intéressant de noter que le veto contre l’adhésion à Schengen de la Roumanie et de la Bulgarie est venu des Pays-Bas et de l’Autriche. L’argument est que ces deux pays n’ont pas mis en place des systèmes suffisamment robustes pour enregistrer les réfugiés à leurs frontières avec les pays non membres de l’UE. C’est dans la politique des réfugiés que l’Europe est la plus vulnérable et la plus divisée.

Parallèlement, le centre de gravité de la politique et de la géostratégie européennes s’est récemment déplacé vers la « Mitteleuropa » – l’Allemagne et ses voisins orientaux – à mesure que le conflit en Ukraine s’accélère. Alors que le tandem franco-allemand était autrefois le moteur de l’intégration européenne, Paris et Berlin sont désormais confrontés à la nécessité de chercher de nouveaux points d’appui au sein de l’UE, voire de choisir d’autres interlocuteurs.

Dans la période à venir, les principaux centres d’intérêt de l’Allemagne seront dirigés vers les frontières nord-est de l’Union européenne – la Pologne, les États baltes et la Finlande – ce qui, associé à la poursuite de l’assistance militaire à l’Ukraine, signifiera une plus grande « atlantisation » de la stratégie allemande.

Du point de vue indien, la Zeitenwende dont parle Scholz dans son essai implique également que l’approche allemande vers l’Indo-Pacifique sera caractérisée par une réticence à rechercher la confrontation avec la Chine.

M.K. Bhadrakumar

source Indian punchline

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour Le Saker Francophone

Ces anciens commissaires européens devenus mercenaires des lobbies

par Frédéric Lemaire, Gildas Jossec - Le 13/12/2022..

Que font les commissaires européens une fois leur mandat terminé ? Ils sont de plus en plus nombreux à vendre leurs services – et leur influence – aux multinationales et aux lobbies qui pullulent à Bruxelles. Et ce, sans quasiment aucun contrôle.

Visite des petits et grands conflits d’intérêt qui corrompent peu à peu l’exécutif européen.

Bruxelles, ce n’est pas nouveau, est la capitale mondiale du lobbying : la Commission européenne estime à 15 000 le nombre de lobbyistes qui arpentent la ville, au service des 2800 grandes entreprises, agences spécialisées ou autres cabinets de « consulting » (à Washington, ils ne sont « que » 12 000). Plus grave : Les anciens dirigeants européens sont de plus en plus nombreux, une fois leur mandat terminé, à se faire embaucher en tant que conseillers pour des intérêts privés. Une façon très lucrative de monnayer son réseau et son expérience. Ce qui demeurait une pratique encore exceptionnelle il y a quelques années, semble devenir la règle.

Des treize commissaires européens qui ont quitté la Commission en février 2010, six ont déjà rejoint le secteur privé ! Un « pantouflage » massif… L’Irlandais Charlie McCreevy, ex-commissaire au Marché intérieur et Services, pointe désormais chez la compagnie aérienne Ryanair. Celle-ci le considère probablement comme le conseiller idéal pour contrer les plaintes des autres compagnies aériennes européennes, échaudées par les financements publics dont profite leur concurrent low-cost1. Charlie McCreevy, qui a décidément du temps à revendre, aurait également rejoint le Conseil d’administration de la banque londonienne NBNK Investments PLC2 alors qu’il était l’un des principaux responsables… de la régulation bancaire au sein de la première Commission Barroso (2004-2009). Régulation bancaire qui a été – comme chacun sait – d’une redoutable efficacité.

Conseiller les banquiers plutôt que les consommateurs

La Bulgare Meglena Kouneva, ex-commissaire à la protection des consommateurs et ex-députée centriste, a rejoint BNP Paribas. Vu les pratiques des banques à l’égard de ces mêmes consommateurs (entente illégale, absence de transparence sur la nature des frais payés par les clients…), l’ancienne commissaire devrait très vite se rendre indispensable. D’autant qu’à Bruxelles, elle a élaboré la « directive Crédit » sur les prêts à la consommation, supprimant plusieurs protections pour les emprunteurs. BNP-Paribas justifie son choix par la récente « campagne de féminisation du personnel dirigeant de la banque et son orientation de plus en plus internationale ». Le CV de commissaire européen de Meglena Kouneva n’est bien sûr pas entré en ligne de compte.

L’ancienne commissaire autrichienne Benita Ferrero-Waldner (conservatrice) vient d’emménager au Conseil de surveillance du champion allemand de la réassurance, Munich Re. Coïncidence : en tant que commissaire, elle s’était impliquée en faveur du projet « Desertec », un plan d’approvisionnement électrique de l’Europe par un réseau de centrales solaires en Afrique du Nord… dont Munich Re est l’un des acteurs principaux.

Un pantouflard de première classe : Günter Verheugen

Mais le cas le plus emblématique est celui du social-démocrate allemand Günter Verheugen. Il est l’un des commissaires européens les plus puissants de ces dix dernières années. En tant que vice-président et commissaire aux entreprises et à l’industrie (de 2004 à 2010), Günter Verheugen est critiqué pour son favoritisme à l’égard des intérêts des grandes entreprises, aux dépens des préoccupations sociales et environnementales. Il vient de franchir une étape supplémentaire en créant, seulement deux mois après la fin de son mandat, sa propre entreprise de relations publiques. Avec son ancienne collaboratrice et directrice de cabinet, Petra Erler, il fonde en avril un cabinet de conseil en lobbying, « European Experience Company ».

 

La lecture du catalogue de l’agence de Verheugen laisse songeur. Officiellement, ses activités n’ont rien à voir avec le lobbying, comme l’indique le site de sa société. Pourtant, l’agence propose d’aider « les hauts dirigeants des institutions publiques et privées et des entreprises » dans leurs actions de lobbying à destination de l’Union européenne, via des « séminaires intensifs de management pour les institutions et les entreprises en coopération avec des experts des institutions européennes ». La « company » facture également ses « recommandations stratégiques dans le domaine de la politique de l’Union européenne et d’autres questions politiques » et vend un « soutien aux efforts de relations publiques dans les affaires européennes (discours, événements médiatiques, publications) ». Une belle brochette de services qu’une députée européenne allemande, Inge Gräßle (CDU), résume ainsi : « Toute personne ayant de l’argent peut acheter l’accès de Verheugen aux institutions européenne ».

On nomme cela un mercenaire, non ?

Mensonge par omission

Comment expliquer que les institutions européennes n’encadrent pas ce genre de transferts ? Normalement, les anciens commissaires sont censés informer Bruxelles de leurs activités futures, afin de s’assurer que celles-ci ne soient pas source de conflit d’intérêt. Verheugen a omis de le faire. En avril, la Commission lui demande explicitement de la mettre au courant des « différentes activités qu’[il pouvait] envisager dans l’année ». Il y répond en envoyant des informations sur ses quatre nouveaux employeurs. À savoir : la Banque Royale d’Écosse (Royal Bank of Scotland), l’agence de lobbying Fleischman-Hillard, l’organisation bancaire allemande BVR, et l’Union turque des chambres de commerce et des bourses (Turkish Union of Chambers and Commodity Exchanges).

Le comité d’éthique de la Commission européenne3 s’est donc penché sur le cas Verheugen. Sans surprise, il n’y trouve rien à redire. Précisons que ce comité n’a jamais fait preuve d’un grand zèle. Il accorde systématiquement des exemptions aux anciens commissaires qui, officiellement, doivent pourtant observer une période d’un an avant de revêtir leur costume de lobbyistes. Les trois ex-collègues de Verheugen ont d’ailleurs obtenu le feu vert du comité pour aller conseiller les secteurs qu’ils étaient censés encadrer à la Commission. Le fonctionnaire allemand est donc autorisé à exercer ses quelques « extras »… Sans aucune mention de son « European Experience Compagny » d’où provient pourtant son fax de réponse à la Commission.

Cyber action contre la corruption

Le « code de conduite des commissaires » ne mentionne même pas la notion de conflit d’intérêt. Le comité d’éthique est seulement chargé d’évaluer si la nouvelle activité est bien « compatible avec le Traité de l’Union européenne ». Reste que Günter Verheugen a menti par omission en ne transmettant pas au comité d’éthique sa véritable nouvelle fonction4. Il ne risque cependant pas grand chose : Aucune sanction n’est prévue contre celles et ceux qui dérogent à la règle.

Le réseau associatif Alter-EU et l’ONG Transparency International demandent une révision de ce « code de conduite » pour préciser ce que l’on attend des commissaires et rendre plus transparent le travail du comité d’éthique. Et proposent d’interdire pendant trois ans toute reconversion d’anciens commissaires dans le lobbying (aux États-Unis, cette interdiction est de deux ans pour les anciens sénateurs et d’un an pour les membres du Congrès). Cette recommandation figure également dans une étude diligentée par le Parlement européen en 2008. C’est l’un des engagements pris par José Manuel Barroso au début de son second mandat. « Le Président et l’ensemble de la Commission sont parfaitement conscients de leurs responsabilités et promeuvent l’intérêt général au sein de l’Union européenne sans n’autoriser aucune pression extérieure ou intérêt personnel afin d’exercer une influence indue sur le processus de prise de décision », assurait la Commission, en février 2010. On mesure aujourd’hui le degré de sincérité de l’exécutif européen.

Le réseau Alter EU vient de lancer, ce 22 septembre, une cyber action contre le laxisme de la Commission face à l’affaire Verheugen.

source : Basta Media

envoyé par Thémisticles

Note de l’éditeur: Cet article date de 2010 mais il est toujours autant d’actualité

Illusions nécessaires : Même le récit de l’UE en tant qu’acteur géostratégique a maintenant éclaté - 08/12/2022.

par Alastair Crooke - 

L’Europe est destinée à devenir un marigot économique. Elle a « perdu » la Russie – et bientôt la Chine. Et elle constate qu’elle a également perdu sa place dans le monde.

Il se passe quelque chose d’étrange en Europe. La Grande-Bretagne a récemment subi un « lavage de régime », avec un ministre des Finances fortement pro-UE (Hunt) ouvrant la voie à un Premier ministre sans élection le « mondialiste » Rishi Sunak. Pourquoi ? Eh bien, pour imposer des coupes sombres dans les services publics, pour normaliser une immigration de 500 000 personnes par an et pour augmenter les impôts à leur niveau le plus élevé depuis les années 1940. Et pour ouvrir les voies d’un nouvel accord relationnel avec Bruxelles.

Un parti conservateur britannique se contente de faire cela ? Réduire les aides sociales et augmenter les impôts dans une récession mondiale déjà existante ? À première vue, cela ne semble pas avoir de sens. Des ombres de la Grèce de 2008 ? L’austérité grecque pour la Grande-Bretagne : quelque chose nous échappe ? Est-ce que cela prépare le terrain pour que l’Establishment des Remainers puisse pointer du doigt une économie en crise (attribuée à l’échec du Brexit), et dire qu’il n’y a pas d’autre alternative (TINA) qu’un retour dans l’UE sous une forme ou une autre, (la tête baissée et le chapeau à la main) ?

En d’autres termes, les forces en coulisses semblent vouloir que le Royaume-Uni reprenne son ancien rôle de plénipotentiaire des États-Unis à Bruxelles – en faisant avancer l’agenda de la primauté américaine (alors que l’Europe s’enfonce dans le doute).

Tout aussi étrange – et significatif – est le fait que le 15 septembre, l’ancien chancelier allemand Schroeder est entré sans prévenir dans le bureau de Scholtz où seuls le chancelier et le vice-chancelier Robert Habeck étaient présents. Schroeder a déposé sur le bureau, sous les yeux de Scholtz, une proposition de fourniture de gaz à long terme de Gazprom.

Le chancelier et son prédécesseur se sont regardés pendant une minute, sans qu’aucun mot ne soit échangé. Puis Schroeder a tendu la main, a repris le document non lu, a tourné le dos et est sorti du bureau. Rien n’a été dit.

Le 26 septembre (11 jours plus tard), le gazoduc Nordstream est saboté. Surprise (oui, ou non) ?

Beaucoup de questions sans réponse. Le résultat : Pas de gaz pour l’Allemagne. Un train Nordstream (2B) a toutefois survécu au sabotage et reste pressurisé et fonctionnel. Pourtant, toujours aucun gaz n’arrive en Allemagne (autre que du gaz liquéfié à prix élevé). Il n’y a actuellement aucune sanction de l’UE sur le gaz en provenance de Russie. L’arrivée du gaz Nordstream ne nécessite qu’un feu vert réglementaire.

Ainsi donc : L’Europe va connaître l’austérité, la perte de compétitivité, les hausses de prix et de taxes ? Oui, mais Scholtz n’a même pas regardé l’offre de gaz.

Le parti vert de Habeck et Baerbock (et la Commission européenne) s’aligne étroitement sur ceux de l’équipe Biden qui insistent pour maintenir l’hégémonie américaine, à tout prix. Cette euro-coalition est explicitement et viscéralement maléfique à l’égard de la Russie ; et en revanche, elle est tout aussi viscéralement indulgente à l’égard de l’Ukraine.

Le tableau d’ensemble ? Dans un discours prononcé à New York le 2 août 2022, la ministre allemande des Affaires étrangères Baerbock, a esquissé la vision d’un monde dominé par les États-Unis et l’Allemagne. En 1989, George Bush avait proposé à l’Allemagne un « partenariat de leadership », a déclaré Baerbock. « Maintenant, le moment est venu où nous devons le créer : Un partenariat commun dans le leadership ». Une offre allemande pour une primauté explicite de l’UE, avec le soutien des États-Unis. (Les Anglos ne vont pas aimer ça !)

S’assurer qu’il n’y a pas de retour en arrière sur les sanctions contre la Russie et que l’UE continue à soutenir financièrement la guerre en Ukraine est une « ligne rouge » claire, précisément pour ceux qui, dans l’équipe de Biden, sont susceptibles d’être attentifs à l’offre atlantiste de Baerbock – et qui comprennent que l’Ukraine est l’araignée au centre de la toile. Les Verts jouent explicitement ce jeu.

Pourquoi ? Parce que l’Ukraine reste le « pivot » mondial : La géopolitique, la géoéconomie, les chaînes d’approvisionnement en matières premières et en énergie, tout tourne autour de l’endroit où ce pivot ukrainien s’établit finalement. Un succès russe en Ukraine donnerait naissance à un nouveau bloc politique et à un nouveau système monétaire, grâce à ses alliés des BRICS+, de l’Organisation de coopération de Shanghai et de l’Union économique eurasienne.

La frénésie d’austérité en Europe ne serait-elle donc qu’une affaire de Parti vert allemand qui s’attaque à la russophobie de l’UE ? Ou Washington et ses alliés atlantistes se préparent-ils à quelque chose de plus ? Se préparent-ils à ce que la Chine reçoive le « traitement russe » de l’Europe ?

En début de semaine, à Mansion House, le Premier ministre Sunak a changé de vitesse. Il a tiré son chapeau à Washington en promettant de soutenir l’Ukraine « aussi longtemps qu’il le faudra », mais sa politique étrangère s’est concentrée sur la Chine. L’ancienne époque « dorée » des relations sino-britanniques « est terminée » : « Le régime autoritaire [de la Chine] pose un défi systémique à nos valeurs et à nos intérêts », a-t-il déclaré, citant la répression des manifestations anti-zeroCOVID et l’arrestation et le passage à tabac d’un journaliste de la BBC dimanche.

Dans l’UE – qui panique tardivement face à la désindustrialisation généralisée – le président Macron a signalé que l’UE pourrait adopter une position plus dure à l’égard de la Chine, mais seulement si les États-Unis revenaient sur les subventions prévues par la loi sur la réduction de l’inflation, qui incitent les entreprises de l’UE à s’ancrer et à s’embarquer pour l’Amérique.

Pourtant, la « pièce » de Macron risque de se heurter à une impasse, ou au mieux, à un geste cosmétique – car la loi a déjà été légiférée aux États-Unis. Et la classe politique bruxelloise, sans surprise, agite déjà le drapeau blanc : L’Europe a perdu l’énergie russe et risque maintenant de perdre la technologie, la finance et le marché de la Chine. C’est un « triple coup dur », si l’on y ajoute la désindustrialisation européenne.

Et voilà, l’austérité est toujours le premier outil de la boîte à outils américaine pour exercer une pression politique sur les mandataires américains : Washington prépare les élites dirigeantes de l’UE à se séparer de la Chine, comme l’Europe l’a déjà fait fondamentalement de la Russie. Les plus grandes économies d’Europe adoptent déjà une ligne plus dure à l’égard de Pékin. Washington va presser le Royaume-Uni et l’UE jusqu’à ce que les pépins grincent pour obtenir le respect total d’une coupure de la Chine.

Les protestations en Chine concernant la réglementation Covid n’auraient pas pu arriver à un moment plus opportun du point de vue des « faucons de la Chine » américains : Washington a mis l’UE en mode propagande sur les « manifestations » iraniennes, et maintenant les protestations chinoises offrent à Washington l’occasion de se lancer à fond dans la diabolisation de la Chine :

La « ligne » utilisée contre la Russie (Poutine commet erreur sur erreur, le système est défaillant, l’économie russe est sur le fil du rasoir et le mécontentement populaire monte en flèche) sera « copiée-collée » pour Xi et la Chine.

Seulement, l’inévitable leçon de morale de l’UE contrariera encore plus la Chine : Les espoirs de conserver un pied commercial en Chine s’évanouiront et, en réalité, ce sera la Chine qui se lavera les mains de l’Europe, plutôt que l’inverse. Les dirigeants européens ont cet angle mort : certains Chinois peuvent déplorer la pratique du verrouillage du Covid, mais ils n’en resteront pas moins profondément chinois et nationalistes. Ils détesteront les leçons de l’UE : « Les valeurs européennes ne parlent que d’elles-mêmes – nous avons les nôtres ».

De toute évidence, l’Europe s’est enfoncée dans un trou profond. Ses adversaires s’aigrissent devant la moralisation de l’UE. Mais que se passe-t-il exactement ?

Eh bien, tout d’abord, l’UE est extrêmement surinvestie dans son récit sur l’Ukraine. Elle semble incapable de lire la direction que prennent les événements dans la zone de guerre. Ou, si elle le lit correctement (ce dont il y a peu de signes), elle semble incapable d’effectuer un changement de cap.

Rappelons qu’au départ, Washington n’a jamais considéré que la guerre était susceptible d’être « décisive ». L’aspect militaire était considéré comme un complément – un multiplicateur de pression – à la crise politique que les sanctions devaient déclencher à Moscou. Le concept initial était que la guerre financière représentait la ligne de front – et le conflit militaire, le front d’attaque secondaire.

Ce n’est qu’avec le choc inattendu des sanctions, l’échec de choc et effroi contre Moscou, que la priorité est passée de l’arène financière à l’arène militaire. La raison pour laquelle l’aspect « militaire » n’a pas été considéré en premier lieu comme une « ligne de front » est que la Russie avait clairement le potentiel pour une domination par escalade (un facteur qui est maintenant si évident).

Nous en sommes donc là : L’Occident a été humilié dans la guerre financière et, à moins que quelque chose ne change (c’est-à-dire une escalade spectaculaire de la part des États-Unis), il perdra aussi militairement, avec la possibilité distincte que l’Ukraine implose à un moment donné en tant qu’État.

La situation réelle sur le champ de bataille aujourd’hui est presque totalement en contradiction avec le récit. Pourtant, l’UE a tellement investi dans son récit sur l’Ukraine qu’elle se contente de redoubler d’efforts, plutôt que de faire marche arrière, pour réévaluer la situation réelle.

Et ce faisant, en redoublant d’efforts sur le plan narratif (en soutenant l’Ukraine « aussi longtemps qu’il le faudra »), le contenu stratégique du pivot « Ukraine » change à 180 degrés : L’Ukraine croupion ne sera pas « le bourbier afghan de la Russie ». Au contraire, son croupion se transforme en un « bourbier » financier et militaire à long terme pour l’Europe.

L’expression « aussi longtemps qu’il le faudra » donne au conflit un horizon indéterminé, mais laisse à la Russie le contrôle du calendrier. Et « aussi longtemps qu’il le faudra » implique une exposition toujours plus grande aux angles morts de l’OTAN. Les services de renseignement du reste du monde auront observé les lacunes de l’OTAN en matière de défense aérienne et d’industrie militaire. Le pivot montrera qui est le véritable « tigre de papier ».

L’UE a-t-elle bien réfléchi à la question du « temps qu’il faudra » ?

Si Bruxelles s’imagine aussi qu’une telle adhésion obstinée au récit impressionnera le reste du monde et rapprochera ces autres États de « l’idéal » européen, elle aura tort. Il existe déjà une large hostilité à l’idée que les « valeurs » ou les querelles de l’Europe aient une pertinence plus large, au-delà des frontières de l’Europe. Les « autres » verront dans cette inflexibilité une étrange compulsion de l’Europe à l’autosuicide, au moment même où la fin de la « bulle du tout » menace déjà d’un ralentissement majeur.

Pourquoi l’Europe s’acharnerait-elle sur son projet « Ukraine », au risque de perdre sa position à l’étranger ?

Peut-être parce que la classe politique européenne craint encore plus de perdre son discours national. Elle a besoin de faire diversion – c’est une tactique appelée « survie ».

L’UE, comme l’OTAN, a toujours été un projet politique américain visant à soumettre l’Europe. Elle l’est toujours.

Pourtant, le méta-récit de l’UE – pour les besoins internes de l’UE – postule quelque chose de diamétralement différent : l’Europe est un acteur stratégique, une puissance politique à part entière, un colosse du marché, un monopsone ayant le pouvoir d’imposer sa volonté à quiconque fait du commerce avec elle.

En d’autres termes, l’UE prétend avoir un pouvoir politique significatif. Mais Washington vient de démontrer qu’elle n’en a aucun. Il a détruit ce récit. L’Europe est donc destinée à devenir un marigot économique. Elle a « perdu » la Russie – et bientôt la Chine. Et elle constate qu’elle a également perdu sa place dans le monde.

Une fois encore, la situation réelle sur le « champ de bataille » géopolitique est presque totalement en contradiction avec le récit que l’UE fait d’elle-même en tant qu’acteur géostratégique.

Son « ami », l’administration Biden, est parti, tandis que de puissants ennemis s’accumulent ailleurs. La classe politique de l’UE n’a jamais eu une bonne compréhension de ses limites – c’était une « hérésie » de suggérer qu’il y avait des limites au pouvoir de l’UE. Par conséquent, l’UE a également surinvesti dans ce récit de son agence.

Accrocher des drapeaux de l’UE à tous les bâtiments officiels ne permettra pas de masquer la nudité de la situation, ni de dissimuler la déconnexion entre la « bulle » de Bruxelles et son prolétariat européen déprécié. Les politiciens français demandent maintenant ouvertement ce qui peut sauver l’Europe d’une vassalité totale. Bonne question. Que fait-on lorsqu’un récit de pouvoir hypertrophié éclate, en même temps qu’un récit financiarisé ?

Alastair Crooke

source : Strategic Culture Foundation

traduction Réseau International

UE : Vers la militarisation

par Leonid Savin - Le 05/12/2022.

Le 10 novembre 2022, la Commission européenne a dévoilé son nouveau plan d’action « Mobilité militaire 2.0 ». En parallèle, la « Stratégie de cyberdéfense de l’UE » a été publiée.

Officiellement présentés, les documents visent à « faire face à la détérioration de l’environnement sécuritaire suite à l’agression de la Russie contre l’Ukraine et à améliorer la capacité de l’UE à protéger ses citoyens et ses infrastructures ».

Selon Margrethe Vestager, vice-présidente exécutive de la Commission européenne, « Aujourd’hui, il n’y a pas de défense européenne sans cyberdéfense. Par conséquent, les deux stratégies sont interconnectées et complémentaires ».

En résumé, le plan d’action sur la mobilité militaire devrait aider les armées européennes à répondre mieux, plus rapidement et à une échelle suffisante aux crises survenant aux frontières extérieures de l’UE et au-delà. Elle devrait renforcer la capacité de l’UE à soutenir les États membres et les partenaires en ce qui concerne le transport des troupes et de leur équipement. Il vise également à renforcer la coopération avec l’OTAN et facilitera la communication et le dialogue avec les partenaires clés. Dans le contexte de la position actuelle de l’UE à l’égard de l’Ukraine, ainsi que du renforcement du flanc oriental de l’OTAN, cette initiative ouvre la voie à une nouvelle confrontation avec la Russie et attire dans l’orbite d’influence de Bruxelles des États qui ne sont pas encore membres de l’UE ou de l’OTAN.

S’appuyant sur les réalisations du premier plan d’action lancé en 2018, la nouvelle mobilité militaire couvre la période 2022-2026 et comprend :

 Identifier les éventuelles lacunes en matière d’infrastructure, informer les actions futures pour prioriser les améliorations et intégrer les exigences de la chaîne d’approvisionnement en carburant pour soutenir les mouvements à grande échelle des forces armées à court terme ;

 Numérisation des processus administratifs liés aux douanes, à la logistique et aux systèmes de mobilité militaire ;

 Mesures visant à protéger les infrastructures de transport contre les cyberattaques et autres menaces hybrides ;

 Faciliter l’accès aux véhicules de livraison stratégiques et maximiser les synergies avec le secteur civil pour améliorer la mobilité militaire, notamment par voie aérienne et maritime ;

 Améliorer l’efficacité énergétique et la résilience au changement climatique des systèmes de transport ;

 Renforcer la coopération avec l’OTAN et les partenaires stratégiques clés comme les États-Unis, le Canada et la Norvège, tout en facilitant l’engagement et le dialogue avec les partenaires régionaux et les pays de l’élargissement comme l’Ukraine, la Moldavie et les Balkans occidentaux.

Le plan propose d’autres actions pour assurer la circulation rapide, efficace et sans entrave de forces potentiellement importantes, y compris le personnel militaire et son équipement, tant dans le cadre de la politique de sécurité et de défense commune de l’UE que pour les actions nationales et multinationales, notamment au sein de l’OTAN.

L’approche stratégique de ce plan d’action se concentre sur la nécessité de développer un réseau de mobilité militaire bien connecté, composé de :

 les corridors de transport multimodal, y compris les routes, les chemins de fer, les voies aériennes et les voies navigables intérieures ;

 les routes dotées d’une infrastructure de transport à double usage pouvant servir au transport militaire ;

 Des plates-formes de transport et des centres logistiques qui apportent le soutien nécessaire aux pays d’accueil et de transit pour faciliter le déploiement des troupes et du matériel ;

 Des règlements, des statuts, des procédures et des mécanismes administratifs numériques harmonisés ;

 Une amélioration de la durabilité, de la résilience et de l’état de préparation des capacités de transport et de logistique civiles et militaires.

Il faudra donc des ressources importantes pour réorganiser les routes et les plateformes logistiques dans l’UE, ainsi que pour adapter la législation aux besoins militaires. En fait, il s’agit d’une militarisation des politiques internes, tant de l’UE elle-même que de chaque membre individuel de la communauté. Il est supposé que tout ceci sera mis en œuvre dans le cadre de la PESCO (Coopération structurée permanente) et en étroite coordination avec l’OTAN. L’infrastructure sera renouvelée par le biais d’une révision de l’initiative de transport transeuropéen. Les procédures de franchissement des frontières intracommunautaires seront également rationalisées. En parallèle, des exercices de grande envergure seront menés, notamment des manœuvres multinationales au sein de l’OTAN.

En matière de cybersécurité, il est prévu d’accorder une attention particulière au secteur des transports civils et à ses systèmes de soutien, notamment les systèmes de gestion du trafic (transport aérien, ferroviaire, maritime), les systèmes de gestion des terminaux à conteneurs, les systèmes de contrôle des écluses, des ponts, des tunnels, etc. La directive actualisée sur la sécurité des réseaux et de l’information (NIS2) récemment adoptée dans le secteur des transports doit être rapidement mise en œuvre. Il est également prévu d’échanger les informations nécessaires pour assurer une connaissance de la situation aussi complète que possible entre les secteurs du transport militaire et civil. Cette tâche sera assurée par le réseau européen d’organisations de liaison en cas de crise cybernétique (EU – CyCLONe). L’importance d’utiliser les capacités spatiales de l’UE à cette fin est également mentionnée.

De manière générale, la tendance à renforcer l’interdépendance euro-atlantique est perceptible. En effet, outre l’OTAN, qui est une organisation partenaire clé, d’autres participants au projet de mobilité militaire PESCO sont mentionnés, notamment les États-Unis, le Canada et la Norvège. On s’attend à ce que la Grande-Bretagne, elle aussi, rejoigne bientôt ce projet PESCO, une fois les procédures pertinentes achevées. 

Il est révélateur que, parallèlement, la France ait également présenté sa stratégie de défense nationale. Elle se concentre également sur la coopération avec l’UE et l’OTAN, ainsi que sur la cybersécurité, les armes nucléaires et la guerre hybride. Mais la stratégie de la France est plus détaillée et presque trois fois plus importante que le plan de l’UE.

Dans l’ensemble, il contient dix objectifs stratégiques

1. Maintenir une dissuasion nucléaire crédible et digne de confiance. Le conflit en Ukraine « démontre la nécessité de maintenir une dissuasion nucléaire crédible et digne de confiance pour prévenir une guerre majeure » qui soit « légitime, efficace et indépendante », tout en réitérant « la nécessité de maintenir la capacité de comprendre et de contenir le risque d’escalade ».

2. Accroître la résilience aux défis de sécurité tant militaires que non traditionnels (manipulation de l’information, changement climatique, chasse aux ressources, pandémies, etc.) en promouvant un esprit défensif et en assurant la cohésion nationale. À cette fin, la France met en œuvre une stratégie nationale de résilience destinée à renforcer sa capacité à résister à tout type de perturbation de la vie normale du pays. En outre, le service national universel sera étendu de manière incertaine ; Macron a déclaré qu’il donnerait des précisions à ce sujet au premier trimestre 2023.

3. S’assurer que l’industrie française soutient l’effort de guerre sur le long terme en constituant des stocks stratégiques, en déplaçant les lignes de production les plus sensibles et en diversifiant les fournisseurs. Cela rappelle l’idée d’une « économie de guerre » que Macron a avancée pour la première fois lors de la conférence Eurosatory en juin 2022.

4. Accroître la cyber-résilience. « Il n’existe aucun moyen de créer une cyberdéfense qui empêcherait toute cyberattaque contre la France, mais il est essentiel d’améliorer sa cybersécurité pour préparer le pays aux nouvelles menaces », indique le document. Pour ce faire, « les efforts des secteurs public et privé doivent être intensifiés ». Le document indique notamment que « malgré l’important travail déjà accompli, la cybersécurité de l’État peut être considérablement améliorée » et qu’« il est nécessaire d’améliorer sensiblement la cybersécurité de tous les services publics ».

5. Le rôle clé de l’OTAN dans la défense européenne, le rôle de la France dans celle-ci et le renforcement du pilier européen. Le document indique que « la France entend maintenir une position unique au sein de l’Alliance de l’Atlantique Nord. Elle occupe une position exigeante et prépondérante en raison de la spécificité et de l’indépendance de sa politique de défense, en particulier de sa dissuasion nucléaire ». Il est ajouté que, sur la base de sa crédibilité opérationnelle, de sa capacité de réaction rapide et de sa contribution financière, « la France entend accroître son influence et celle de ses alliés européens pour peser sur les changements majeurs de la posture de l’OTAN et l’avenir de la stabilité stratégique en Europe ». Le document note que la France « exclut l’extension [de l’adhésion] à d’autres zones géographiques, en particulier à la région Indo-Pacifique ».

6. Renforcer la souveraineté européenne et développer l’industrie de la défense en Europe. « L’autonomie stratégique européenne dépend d’une capacité industrielle de défense européenne robuste qui répond à ses propres besoins » et à cette fin « la France soutient la création d’un instrument à court terme pour l’acquisition conjointe d’équipements européens ».

7. Soyez un partenaire fiable et un fournisseur de sécurité crédible. Le document mentionne une relation approfondie avec l’Allemagne, des partenariats clés avec l’Italie et l’Espagne, des partenariats stratégiques avec la Grèce et la Croatie, un partenariat de renforcement des capacités avec la Belgique, mentionne l’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie et note qu’un « dialogue constructif » devrait être « rapidement rétabli avec le Royaume-Uni ». Le partenariat stratégique avec les États-Unis « restera fondamental et devra être ambitieux, sobre et pragmatique ». Il est fait référence aux relations avec les pays africains, le Golfe Persique, la Méditerranée et la mer Rouge, et la région Indo-Pacifique.

8. Améliorer l’intelligence. La France doit poursuivre les réformes profondes de ses services de renseignement et mener une politique « ambitieuse » de recrutement et de rétention. Elle doit également investir dans de nouveaux outils techniques qui « devront exploiter le potentiel de l’informatique quantique et de l’intelligence artificielle ».

9. Se défendre contre et agir dans des guerres hybrides (combinaisons délibérément ambiguës de modes d’action directs et indirects, militaires et non militaires, légitimes et illégitimes, souvent difficiles à définir). Une organisation plus souple, plus réactive et plus intégrée sera créée pour « identifier, caractériser, déclencher les mécanismes de protection appropriés (…) et réagir efficacement ». Des outils sont également développés pour contrer les sociétés militaires privées utilisées comme mandataires par des puissances hostiles. La protection des infrastructures critiques est également une priorité.

10. Liberté d’action et capacité de mener des opérations militaires. Il s’agit de la volonté des forces armées françaises non seulement de s’engager dans des combats de haute intensité, mais aussi de déployer leurs forces le plus rapidement possible et d’être les premières à entrer sur le champ de bataille « avec ou sans le soutien éventuel de pays alliés ».

Ici aussi, de sérieuses ambitions d’émerger comme le leader militaire de l’Europe sont visibles, avec une volonté d’être autonome et de développer de larges partenariats. Bien que dans le contexte des échecs de la France en Afrique, qui ont montré une faible capacité de combat, certains postes seront assez difficiles à remplir.

Compte tenu de l’augmentation de la préparation au combat annoncée précédemment par l’Allemagne, de l’augmentation du budget militaire au recrutement de futurs soldats de la Bundeswehr, nous voyons une image plus cohérente qui présente un changement dans la structure des forces armées de l’UE avec l’implication claire que cela est fait contre la Russie.

source: Geopolitika via Euro Synergies

Italie : 1er Congrès national de « Fermare la guerra » à Rome

Les figurants du village Potemkine « Italie » se rébellent

par Mendelssohn Moses - Le 05/12/2022.

 

L’Italie, avouons-le, est un village Potemkine : Les gens sont élégants, leur langue aussi, les paysages et l’architecture époustouflants, leur style de vie envié dans le monde entier. Façade de carton pâte, derrière laquelle la présence physique de sa population est tout juste tolérée – d’ailleurs, vu l’hécatombe provoqué par les « vaccins » dits « anti-Covid », même la vie des Italiens n’est plus assurée. En effet, depuis l’assassinat de Enrico Mattei en 1962, l’Italie a été transformée en plateforme de lancement pour les soldats et systèmes d’armement avancés des USA et de l’OTAN, grouillant de bases et de polygones de tir – en somme, l’équivalent du « porte-avions insubmersible » qu’était Taïwan pour les Japonais.

Très drôle, tout cela ? Tous les Italiens ne semblent pas s’en satisfaire.

Déjà, le 5 septembre, cherchant à peser sur les élections des législatives du 25 septembre, s’est tenue la première réunion publique d’un groupe de militaires et intellectuels dissidents politiquement « de droite », autour d’un manifeste intitulé FERMARE LA GUERRA (halte à cette guerre !).

À l’initiative de l’ancien Maire de Rome Gianni Alemanno, 300 personnes se sont présentées pour écouter, entre autres, le Général Marco Bertolini, l’Ambassadeur Marco Carnelos, le vice-directeur du quotidien La Verità, le Sénateur De Vecchis … Sans que nous puissions le confirmer pour l’instant, le Comité semble être lié à MAGNITUDO, Movimento identitario, qui exige la sortie de l’OTAN, une initiative diplomatique italienne dans le conflit ukrainien, une halte immédiate aux livraisons d’armes à l’Ukraine et une halte aux sanctions contre la Russie.

Au journal Faro di Roma, le porte-parole du Comité Fermare la Guerra, Gianni Alemanno, avait en septembre décrit une approche qui ressemble à du FPÖ de Herbert Kickl et du MFG Ö de Me. Brunner en Autriche : la neutralité active, chercher le dialogue, plutôt que de laisser d’éventuelles négociations entièrement entre les mains d’Erdogan et de la Turquie. Il a insisté que l’Italie, frappée de plein fouet par les sanctions anti-russes, risque le défaut de paiements, sans parler du fait qu’elle est entourée de toutes ces nations européennes « auto-sanctionées », sous la coupe d’une politique que l’UE impose avec férocité contre la Russie.

Très énergique, le Comité Fermare la Guerra a rapidement constitué d’autres cellules et notamment dans le sud de l’Italie puis a participé à la manifestation nationale anti-guerre du 5 novembre, aux côtés d’autres mouvements se situant « à gauche ». Selon Alemanno « Nous sommes la première association de la droite qui rejoint la manifestation du 5 novembre ; nous le faisons sur la précondition que l’initiative ne soit pas instrumentalisée politiquement … il faut envoyer un signal fort contre la poursuite de cette guerre qui est en train de détruire notre continent sans qu’aucun gouvernement européen ne s’engage sérieusement en faveur de négociations ».

Puis le 26 et 27 novembre, à Rome, le Comité a tenu son premier congrès national (enregistrement et vidéo intégrale ici), avec la participation cette fois de poids lourds tel Luciano Barra Caracciolo, juriste et économiste, qui a placé l’auditoire devant l’impératif de sortir de l’UE : « je veux bien que l’on dise Halte à cette guerre, mais comprenez bien qu’il y a une contrainte extérieure qui le rende impossible : l’Union européenne ». Il a exhorté l’Italie à sortir de l’UE, et à se réapproprier son indépendance d’État et de République, car à l’intérieur du système actuel dit-il, toute tentative officielle de l’Italie de conduire une politique extérieure indépendante, fera d’elle la cible d’une véritable guerre de la part des institutions financières. Les contraintes extérieures ont amené l’Italie au point de non retour. Un « massacre historique » se produit devant nos yeux, alors que l’Italie est déjà cobelligérante dans ce conflit avec la Russie, et que dans le Parlement italien, il n’existe aucune force qui s’y oppose. Il faut retourner aux principes fondamentaux du droit international, qui repose sur la résolution des conflits par des moyens autre que la violence.

Partant des paroles du psychothérapeute Alessandro Meluzzi, qui insista sur le côté « diabolique », le diable étant calomniateur, menteur et accusateur, provoquant la scission entre « pro » et « anti » vax, entre « pro » et « anti » Poutine … le soutien européen à l’Ukraine étant basé sur le mensonge, l’endocrinologue Gianni Vanni Frajese enchaîna : le génie italien est typiquement chrétien, en ce qu’il prône le dialogue plutôt que la diabolisation et la division. Si l’Italie est devenue la 4ème puissance industrielle du globe non par la terreur, mais par ses capacités et par le dialogue, aujourd’hui, l’État italien n’est plus l’expression de la volonté du peuple.

Parmi les discours les plus émouvants, celui de Fabio Granata, conseiller municipal de Syracuse en Sicile, qui, saluant en la Russie notre « grande sœur », rappela les liens plus qu’étroits qui lient l’Italie et la Russie, et avertit contre le désastre de construire un nouveau Mur. L’Italie est le 5ème fournisseur de la Russie et celle-ci est son 4ème client. Mais, au lieu de promouvoir ces relations économiques saines, le sud de l’Italie est en train d’être vendu, littéralement, à des fonds d’investissement étrangers qui vont la dépecer.

Un autre intervenant, également du Sud de l’Italie, a insisté sur l’urgence de massivement développer Made in Italy dans le Sud, en passe de devenir un désert démographique avec le départ de 1,5 millions de jeunes ; il a observé que la valeur-export du Nord dépasse d’au moins 10 fois la valeur des exportations depuis le Sud. Par ailleurs la Turquie se réjouit de récupérer les parts du marché italien d’exportation vers la Russie.

Comme on pouvait s’y attendre, la rédaction de la chaîne dissidente ByoBlu était sur place au Congrès de Rome. Le porte-parole du Comité, Alemanno a alors déclaré à leur journaliste Michele Crudelini : « En Italie, nous faisons notre première expérience directe de ce que c’est la propagande de guerre. Le pays se vautre à l’unanimité majorité/opposition et mass-média, dans le soutien à cette guerre, sur la notion qu’il y aurait un clash entre Bien et Mal. Parmi les peu d’exceptions se trouvent votre chaîne Byoblu, Il Fatto Quotidiano et La Verità. Cette unanimité nous a déplacé, nous qui venons de la droite, parce que la droite s’est toujours montrée soucieuse des intérêts nationaux et critique de l’Atlantisme ».

“Ces 3.400 ONG, dont Davos et Soros, présentes à Bruxelles pour influencer la Commission Européenne”

Source : Le Courrier des Strratèges.

Par Thibault Kerlirzin - Le 01/12/2022.

Comment se fabrique concrètement l'influence des "lobbies" mondialistes sur l'Union Européenne, et tout spécialement sur la Commission Européenne ? J'ai interviewé Thibault Kerlirzin, auteur d'une étude remarquée sur ce sujet.