L’alliance du MI6, de la CIA et des bandéristes

...par Thierry Meyssan - Le 12/04/2022.

Consultant politique, président-fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage en français : Sous nos yeux - Du 11-Septembre à Donald Trump (2017).

Après avoir montré que la guerre en Ukraine avait été préparée par les Straussiens et déclenchée le 17 février par l’attaque de Kiev contre le Donbass, Thierry Meyssan revient sur l’histoire secrète qui lie les Anglo-Saxons aux bandéristes depuis la chute du IIIème Reich. Il tire la sonnette d’alarme : nous n’avons pas été capables de voir la résurgence du racialisme nazi en Ukraine et dans les pays baltes depuis trente ans, nous ne voyons pas non plus que bon nombre des civils ukrainiens que nous accueillons sont pétris d’idéologie bandériste. Nous attendons que des attentats nazis commencent en Europe occidentale pour nous réveiller.

 

Source : RzO Voltaire.

 

Joachim Ribbentrop et Georges Bonnet signent l’Engagement franco-allemand de collaboration pacifique (1938).

et article fait suite à :
 1. « La Russie veut contraindre les USA à respecter la Charte des Nations unies », 4 janvier 2022.
 2. « Washington poursuit le plan de la RAND au Kazakhstan, puis en Transnistrie », 11 janvier 2022.
 3. « Washington refuse d’entendre la Russie et la Chine », 18 janvier 2022.
 4. « Washington et Londres, atteints de surdité », 1er février 2022.
 5. « Washington et Londres tentent de préserver leur domination sur l’Europe », 8 février 2022.
 6. « Deux interprétations de l’affaire ukrainienne », 15 février 2022.
 7. « Washington sonne l’hallali, tandis que ses alliés se retirent », 22 février 2022.
 8. « Vladimir Poutine déclare la guerre aux Straussiens », 5 mars 2022.
 9. « Une bande de drogués et de néo-nazis », 5 mars 2022.
 10 « Israël abasourdi par les néo-nazis ukrainiens », 8 mars 2022.
 11. « Ukraine : la grande manipulation », 22 mars 2022.
 12. « Le Nouvel Ordre Mondial que l’on prépare sous prétexte de guerre en Ukraine », 29 mars 2022.
 13 « La propagande de guerre change de forme », 5 avril 2022.

LE SOUTIEN DES OCCIDENTAUX AU NAZISME (1933-1940)

Le soutien massif des États-Unis et de leurs alliés aux bandéristes ukrainiens contre la Russie est comparable au soutien du même camp aux débuts de l’Allemagne hitlérienne contre l’URSS. Souvenons-nous qu’absolument tous les États occidentaux sans exception ont cru, à un moment ou à un autre, que les nazis étaient la solution à la crise économique de 1929. Eux seuls semblaient proposer une alternative crédible au capitalisme. Bien sûr, presque tous ces gens changèrent d’avis lorsque le danger nazi se retourna contre eux.

 À titre d’exemple, rappelons que le ministre français des Affaires étrangères français, Georges Bonnet, enchanté par la politique juive du Reich, proposa à son homologue allemand, Joachim von Ribbentrop, de déporter les juifs français, polonais et allemands dans une lointaine colonie, à Madagascar [1]. Le même Georges Bonnet signa, le 6 décembre 1938, avec Joachim Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères du Reich, l’Engagement franco-allemand de collaboration pacifique.
 Le Premier ministre britannique Neville Chamberlain organisa les Accords de Munich du 30 septembre 1938 qui liquidèrent la Tchécoslovaquie au profit du Reich [2] Tandis que le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Montagu Norman, vola 27 tonnes d’or tchécoslovaque pour aider au renforcement des armées nazies [3].
 Ou encore Prescot Bush, le père du président George H. Bush et le grand-père du président George W. Bush, investit en 1940 dans les usines du camp de prisonniers d’Auschwitz (qui ne se transforma qu’en 1942 en un camp d’extermination) [4].

Après la chute du nazisme, ces gens n’ont pas été jugés. Au contraire, on s’est efforcé de ressouder les rangs et d’oublier ces félonies. Prenons garde de ne pas reproduire les mêmes erreurs !

Radio Liberty à Munich. Stepan Bandera, le leader des collaborateur nazi ukrainiens, et Saïd Ramadan, l’héritier d’Hassan el-Banna à la tête des Frères musulmans, y travaillaient en même temps.

LE RÔLE DES UKRAINIENS DURANT LA GUERRE FROIDE

Durant la Seconde Guerre mondiale, le théoricien du nazisme Alfred Rosenberg et ministre de l’Orient (Ostminister) confia au Letton Gerhard von Mende d’organiser le ralliement au führer Adolf Hitler des peuples de l’URSS. Ce faisant il imagina un modèle de manipulation des minorités qui fut repris, après la chute du IIIème Reich, par la CIA. Avec l’aide du grand mufti de Jérusalem, Amin al-Husseini, Von Mende créa des écoles de mollahs à Göttingen et à Dresde, fit nommer un grand mufti en Crimée et enrôla des régiments SS orientaux. Il fut aussi l’officier traitant du « nationaliste » ukrainien Stepan Bandera.

À Washington, les présidents Truman, puis Eisenhower décidèrent de mettre le paquet sur la guerre psychologique contre les Soviétiques. La CIA créa donc l’AmComLib (Comité américain pour la libération des peuples de l’URSS) qui géra Radio Liberté depuis Munich. Elle recycla Gerhard von Mende. C’est lui qui proposa d’établir une mosquée à Munich qui, en définitive, fut confiée à Saïd Ramadan (le gendre du fondateur de la Confrérie Hassan el-Banna) [5]. C’est aussi lui qui régla les problèmes de Stepan Bandera et le recycla au MI6 et à la CIA [6].

Division SS Das Reich

L’ancien adjoint de Stepan Bandera et Premier ministre ukrainien imposé par les nazis, Iaroslav Stetsko, était sur instruction du IIIème Reich, un des fondateur du Bloc des nations anti-bolchéviques (ABN) durant la Seconde Guerre mondiale. Il perpétua l’ABN durant la Guerre froide, cette fois pour les États-Unis. À ce titre, il devint un des piliers de la Ligue anticommuniste mondiale (WACL) constituée par la CIA [7].

ABN

Le siège de l’ABN est installé à Munich d’où Stepan Bandera et Iaroslav Stetsko dirigent des opérations de sabotage en URSS. Le président de l’ABN est le Danois Ole Bjørn Kraft, ancien président du Conseil de l’Atlantique Nord (l’autorité civile qui commande les forces alliées). Plusieurs opérations furent planifiées en collaboration avec la CIA et le MI6, c’est-à-dire sous la supervision de Frank Wisner (le grand-père par alliance de Nicolas Sarkozy) et de Kim Philby. Mais ce dernier trahit la Couronne et transmit des informations au KGB qui les fit échouer [8].

Régiment Azov

 

L’un des collaborateurs de Iaroslav Stetsko, Lev Dobriansky, devint ambassadeur des États-Unis aux Bahamas, tandis que sa fille Paula Dobriansky fut sous-secrétaire d’État pour la démocratie (sic) de l’administration George W. Bush. C’est Madame Dobriansky qui finança durant dix ans des études historiques visant à faire oublier que l’Holodomor, la grande famine qui toucha l’Ukraine en 1932-33, dévasta également la Russie et le Kazakhstan, et à faire croire qu’elle avait été décidée par Staline pour éliminer le peuple ukrainien. Ce mythe est manipulé par les bandéristes pour faire croire à une haine séculaire des Russes contre les Ukrainiens. Le Parlement européen l’a avalisé en 2008 [9]. Par la suite, Paula Dobriansky exerça de hautes fonctions à l’agence Reuters et travaille aujourd’hui à l’Atlantic Council. Elle était vice-présidente de la NED durant le putsch du Maïdan.

Cette campagne de communication du gouvernement ukrainien est fondée sur le mythe de l’Holodomor. Une déesse narre les crimes immémoriaux des Russes contre les Ukrainiens pour annoncer que la moisson est arrivée. Elle décapite alors un Russe comme les jihadistes décapitent les infidèles.

Le président Ronald Reagan et son vice-président George H. Bush reçoivent les bandériste, y compris Iaroslav Stetsko, en 1983 à la Maison-Blanche [10].

Bandera est assassiné par le KGB en 1955. Stetsko meurt en 1986. Les deux hommes sont enterrés au cimetière allemand de Walffriedhof.

Le président Eisenhower reçoit une délégation de la Confrérie des Frères musulmans à la Maison-Blanche, le 23 septembre 1953. L’organisation terroriste dispose désormais du soutien de la CIA.

LE SOUTIEN DES ANGLO-SAXONS AUX JIHADISTES

En 1979, le président états-unien Jimmy Carter autorisa l’« Opération cyclone ». Il s’agissait d’envoyer des jihadistes arabes, membres de la Confrérie des Frères musulmans, en Afghanistan pour lutter contre le gouvernement communiste. C’est à ce moment-là que cette petite organisation terroriste se transforma en véritable armée [11]. De fil en aiguille, on passa des guerres d’Afghanistan à celles de Yougoslavie et de Tchétchénie pour finir eavec Daesh en Iraq et en Syrie [12].

Durant quarante ans, tous les États membres de l’Otan ont été invités à fournir un « asile politique » aux jihadistes « persécutés » par les dictatures arabes. Au moins 17 États alliés ont participé à l’« opération Timber Sycamore » à l’approvisionnement en armes des jihadistes pour des milliards de dollars [13] Jusqu’au jour où ils ont menacé les Occidentaux. Prenons garde de ne pas reproduire les mêmes erreurs !

 

De jeunes Ukrainiens, membres de l’OUN-B (c’est-à-dire de l’Organisation des nationalistes ukrainiens tendance bandériste), suivent des cours de sabotage sur une base de l’Otan, en Estonie (2006). La formation s’est terminée par un hommage aux soldats allemands, estoniens et finlandais morts pour le IIIème Reich.

 

LE SOUTIEN DES OCCIDENTAUX AUX BANDÉRISTES UKRAINIENS, AUX OUSTACHIS CROATES ET AUX NÉO-NAZIS BALTES

Durant la Guerre froide, d’anciens spécialistes de la répression nazie furent intégrés par les États-Unis dans leur dispositif anti-soviétique. On se souvient par exemple du « boucher de Lyon », Klaus Barbie, devenu chef de la répression en Bolivie ou d’Aloïs Bruner devenu conseiller spécial du président syrien (avant le Baas) après avoir exterminé des juifs en Autriche, en Grèce et en France. Cependant, il semblait que cela eut cessé avec la dissolution de l’URSS.

Pourtant, des milices bandéristes, oustachies et nazies ont émergé dans l’espace public avec la dissolution du Pacte de Varsovie et les indépendances des États anciennement soviétiques. Elles ont obtenu le soutien des Anglo-Saxons au nom de la collaboration de leurs parents durant la Guerre froide. À titre d’exemples rappelons :

 En Bulgarie, une manifestation annuelle en souvenir du général Hristo Lukov se tient à Sofia depuis une quinzaine d’années [14].
 En Estonie, on a commencé en 2009 avec le retour des cendres du colonel SS Alfons Rebane (le « Rommel estonien »), puis par poser une plaque commémorative [15], chaque fois avec le soutien appuyé du président Toomas Hendrik Ilves (lui-même fonctionnaire US). Le ministre de la Défense, Urmas Reinsalu, s’est rendu en 2012 sur l’île de Saaremaa pour participer à une cérémonie de l’« Alliance des combattants pour la liberté de l’Estonie » (collaborateurs nazis) et féliciter d’anciens SS d’avoir « libéré la patrie » [16].
 En Lettonie, la présidente Vaira Vīķe-Freiberga (1999-2007) affirme que les « SS étaient des héros de la lutte antisoviétique ». Elle fait modifier les manuels scolaire d’histoire et autorise des manifestations en commémoration de ces « héros ». La Lettonie, dont un quart de la population est russe, a interdit l’usage du russe dans les écoles secondaires. En outre, avec l’Estonie, elle a construit en 2018 un mur sur sa frontière russe [17]
 En Bolivie, le MI6 s’est appuyé sur la communauté oustachie croate pour renverser le président Evo Morales, en 2019 [18]

Le 18 novembre 2020, la 3ème Commission de l’Assemblée générale des Nations unies adoptait une résolution sur la « Lutte contre la glorification du nazisme, du néonazisme et d’autres pratiques qui contribuent à alimenter les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée » (Nations Unies A/C.3/75/L.49). Tous les membres de l’Onu votaient "pour", seuls les États-Unis et l’Ukraine votaient "contre". Tous les membres de l’Otan et de l’Union européenne s’abstenaient.

L’agent stay-behind de l’Otan Dmitryo Yarosh.

LES MÊMES CAUSES PRODUISENT LES MÊMES EFFETS

 

Le 8 mai 2007, à Ternopol (ouest de l’Ukraine), des groupuscules nazis et islamistes créèrent un « Front anti-impérialiste » afin de lutter ensemble contre la Russie. Des organisations de Lituanie, de Pologne, d’Ukraine et de Russie y participent, dont les séparatistes islamistes de Crimée, d’Adyguée, du Dagestan, d’Ingouchie, du Kabardino-Balkarie, du Karatchaïévo-Tcherkessie, d’Ossétie, de Tchétchénie. Ne pouvant s’y rendre du fait des sanctions internationales, Dokka Umarov, l’émir d’Itchkérie (Tchétchénie) considéré par les Nations unies comme membre d’Al-Qaïda, y fait lire sa contribution. Le Front est présidé par Dmytro Yarosh, qui partit se battre en Tchétchénie. Avec Andriy Biletsky, le « Führer blanc », il créa le Secteur droit qui fit la révolution de l’EuroMaïdan, puis le bataillon Azov. Depuis le 2 novembre 2021, il est conseiller du commandant en chef des armées ukrainiennes, le général Valerii Zaluzhnyi.

Le 7 avril 2022, le président Zelensky s’est exprimé devant le Parlement grec. Il a passé une courte vidéo durant son intervention. Un ukrainien d’origine grecque s’y est présenté comme membre du régiment Azov et a vanté le combat de sa faction contre les Russes.

Depuis la dissolution de l’URSS, l’Ukraine a ravivé ses vieux démons. Les manuels scolaire d’histoire ont été modifiés. Depuis trente ans, les enfants apprennent à l’école que leur pays n’a été indépendant que grâce aux nazis et qu’ils n’ont pas de gènes communs avec les Russes, cette race inférieure. Chaque année des dizaines de milliers d’enfants et d’adolescents suivent les « camps de vacances » des bandéristes comme le faisaient les Jeunesses hitlériennes. Ils y scandent leur slogan : « Gloire à l’Ukraine ! ». Ces jeunes gens, filles et garçons, trouvent aujourd’hui asile dans l’Union européenne. Demain, comme leurs alliés Frères musulmans, certains d’entre eux y commettront des attentats.

Cérémonie de l’Ordre secret Centuria. Des officiers allemands, états-uniens, britanniques, canadiens, français, polonais en font partie.

D’ores et déjà, les bandéristes recrutent des cadets en Allemagne, au Canada, en France, en Pologne, au Royaume-Uni et aux États-unis et désormais des officiers dans les académies militaires de ces pays. Pour cela, ils ont créé, en 2019, un Ordre secret, Centuria, qui diffuse leur idéologie. Cet ordre s’oppose aux procédures démocratiques et au suffrage universel. Ses membres récitent la « Prière des Nationalistes ukrainiens », rédigée par Josef Mashchak durant l’entre-deux-guerres. Ils arborent la Croix du Soleil danoise et multiplient les références à l’Ordre de Thulé dont les très haut dignitaires nazis faisaient partie. Les armées occidentales n’ont pas pris cette menace au sérieux. Cette idéologie, comme celle des Frères musulmans au Moyen-Orient, se répand comme une traînée de poudre.

La bête immonde est déjà là, parmi nous.

Comment pouvons-nous être aussi aveugles ?

Thierry Meyssan

Le Canada et les bandéristes

Dans des articles précédents, Thierry Meyssan a montré comment les bandéristes, collaborateurs des pires exactions nazies en Ukraine et en Pologne, sont arrivés au pouvoir à Kiev, dans la jeune Ukraine indépendante. Il montre ici que, durant quatre-vingt ans, des immigrés bandéristes se sont incrustés dans le Parti libéral canadien au point d’occuper le poste du numéro 2 du gouvernement actuel de Justin Trudeau

 

Source : RzO Voltaire

 

Le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, est venu au Parlement pour introduire le discours du président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Sur 39 millions de citoyens canadiens, 1,4 serait d’origine ukrainienne, soit 3 à 4 % du corps électoral. Cette communauté est très encadrée par les organisations bandéristes qui lui infusent leur idéologie raciale.

Cet article fait suite à :
 1. « La Russie veut contraindre les USA à respecter la Charte des Nations unies », 4 janvier 2022.
 2. « Washington poursuit le plan de la RAND au Kazakhstan, puis en Transnistrie », 11 janvier 2022.
 3. « Washington refuse d’entendre la Russie et la Chine », 18 janvier 2022.
 4. « Washington et Londres, atteints de surdité », 1er février 2022.
 5. « Washington et Londres tentent de préserver leur domination sur l’Europe », 8 février 2022.
 6. « Deux interprétations de l’affaire ukrainienne », 15 février 2022.
 7. « Washington sonne l’hallali, tandis que ses alliés se retirent », 22 février 2022.
 8. « Vladimir Poutine déclare la guerre aux Straussiens », 5 mars 2022.
 9. « Une bande de drogués et de néo-nazis », 5 mars 2022.
 10 « Israël abasourdi par les néo-nazis ukrainiens », 8 mars 2022.
 11. « Ukraine : la grande manipulation », 22 mars 2022.
 12. « Le Nouvel Ordre Mondial que l’on prépare sous prétexte de guerre en Ukraine », 29 mars 2022.
 13 « La propagande de guerre change de forme », 5 avril 2022.
 14. « L’alliance du MI6, de la CIA et des bandéristes », 12 avril 2022.
 15. « La fin de la domination occidentale »,19 avril 2022.
 16. « Ukraine : la Seconde Guerre mondiale ne s’est jamais terminée », 26 avril 2022.
 17. « Washington espère rétablir son hyper-puissance grâce à la guerre en Ukraine », 3 mai 2022.

Les premiers combattants étrangers arrivés en Ukraine, au début de la guerre, en février 2022, étaient des Canadiens. Le premier officier étranger arrêté par les forces russes, le 3 mai, était un général canadien. À l’évidence, le Canada, bien qu’éloigné de plus de 6 000 kilomètres de l’Ukraine, a une implication cachée dans ce conflit.

Dans cet article, je vais montrer que tous les gouvernements libéraux canadiens ont soutenu les bandéristes ukrainiens depuis le début de la Seconde Guerre mondiale. Ils ont joué sur les deux tableaux durant cette guerre, luttant contre les nazis, mais soutenant les bandéristes. Pis encore, l’actuel gouvernement canadien est composé d’un Premier ministre libéral Justin Trudeau, flanqué d’une adjointe bandériste, Chrystia Freeland.

Si les connections entre la CIA et les nazis ont marqué la Guerre froide et n’ont été révélées qu’en 1975 avec les commissions du Congrès états-unien Pike, Church et Rockfeller, et n’ont pris fin qu’avec le président Jimmy Carter, les liens du Parti libéral canadien avec les bandéristes se poursuivent toujours. Le Canada est le seul pays au monde, hors de l’Ukraine, a avoir une ministre bandériste et qui plus est, elle est le numéro 2 de son gouvernement.

Le Premier ministre canadien William King à la sortie de son entretien avec le führer Adolf Hitler à Berlin (29 juin 1937).

En 1940, c’est-à-dire alors que le Royaume-Uni était en guerre, mais pas les États-Unis, le gouvernement libéral canadien de William King créa l’Ukrainian Canadian Congress (UCC) afin d’aider les immigrés anti-bolchéviques contre les pro-soviétiques (Association of United Ukrainian Canadians - AUUC) et les juifs (Canadian Jewish Congress - CJC). Des bibliothèques pro-soviétiques et des synagogues furent interdites.

Le Parti libéral du royaume du Canada n’a pas été créé pour promouvoir l’individualisme contre les idées conservatrices, mais contre l’idée républicaine [1].

Durant la Seconde Guerre mondiale, le Premier ministre William King, était très apprécié de ses concitoyens, mais il fut hué par ses soldats lorsqu’il vint les voir en Europe. Le Parti libéral a toujours défendu des positions anti-Russes, les présentant jusqu’en 1991 comme anti-soviétiques, et a toujours interprété le christianisme comme opposé au judaïsme.

Aussi, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Canada fut le principal refuge des bandéristes (35 000 immigrés) et des nazis baltes. Parmi eux, Volodymyr Kubijovyč et « Michael Chomiak » de son vrai nom Mykhailo Khomiak, les éditeurs du principal journal nazi en Europe centrale, Krakivs’ki Visti.

Michael Chomiak avec des dignitaires nazis.

Chomiak, qui travaillait sous le contrôle direct du ministre de la Propagande nazi, Joseph Goebbels, n’a jamais renié son passé collaborationniste. Au contraire, il a toujours milité pour l’OUN(B). C’est dans cet esprit qu’il a éduqué sa petite-fille, Chrystia Freeland, actuelle Premier ministre adjoint du Canada. Loin de condamner les crimes des bandéristes, celle-ci a débuté sa carrière de journaliste, à 18 ans, en travaillant pour l’Encyclopedia of Ukraine de Kubijovyč (disponible aujourd’hui sur Internet). Puis pour The Ukrainian News, le journal des bandéristes canadiens, et The Ukrainian Weekly, celui des bandéristes états-uniens liés à l’ABN et à la CIA. Elle voyagea en Union soviétique à la fin de ce pays. Les autorités soviétiques interrogèrent le gouvernement canadien pour son soutien aux bandéristes et lui interdirent de revenir. Cependant, après la dissolution de l’URSS, elle devint la cheffe du bureau du The Financial Times à Moscou. Puis rédactrice en chef adjointe du Globe and Mail et rédactrice en chef de Thomson Reuters Digital.

Dans ses articles et ses livres, Vente du siècle : la chevauchée sauvage de la Russie du communisme au capitalisme [2] et Plutocrates : La montée des nouveaux super-riches mondiaux et la chute de tous les autres [3], Chrystia Freeland développe deux thèses chères à son grand-père.
 Elle critique les ultra-riches en choisissant presque exclusivement des exemples juifs.
 Elle dénonce à tout bout de champ l’URSS, puis la Russie.

Il faut se souvenir que le fascisme était une réponse à la crise économique de 1929 proposant une alliance nationaliste de classe par corporation. Les nazis et les bandéristes y ont ajouté une terrible dimension raciale. En ciblant les super-riches, Chrystia Freeland traite à juste titre du principal problème actuel. Aujourd’hui seule la Finance rapporte, tandis que la production est en crise. Cependant elle dérive insidieusement vers une lecture raciale en constatant que les juifs sont plus nombreux parmi les super-riches que dans la population et en laissant penser que cette corrélation est signifiante.

En 1991, le député libéral d’origine polono-ukrainienne Borys Wrzesnewskyj intervint pour que le Canada soit le premier pays au monde a reconnaître l’indépendance de l’Ukraine. Avec sa fortune familiale (les boulangeries Future Bakery), il créa un service pour diffuser auprès de chaque membre du parlement des nouvelles de l’Ukraine. Il finança l’archivage par Volodymyr Kubijovyč et « Michael Chomiak » de documents sur les nationalistes ukrainiens durant la Seconde Guerre mondiale. Il faut admettre que l’l’Encyclopedia of Ukraine n’est pas une œuvre scientifique, mais une réhabilitation des bandéristes et une falsification de l’histoire. Compte tenu de ses liens familiaux, Borys Wrzesnewskyj introduisit le futur président ukrainien Viktor Iouchtchenko au Canada.

En 1994, le Premier ministre libéral Jean Chrétien négocia un Traité d’amitié et de coopération avec l’Ukraine, dont il demanda, dès 1996, l’adhésion à l’Otan.

En janvier 2004, le Canada, sous l’autorité du Premier ministre libéral Paul Martin, participa à la préparation par Washington de la « Révolution orange ». L’ambassadeur canadien à Kiev, Andrew Robinson, organisa des réunions de ses collègues de 28 pays pour porter au pouvoir Viktor Iouchtchenko. Il s’agissait de casser la politique du président Kouchma qui avait accepté du gaz russe au lieu de favoriser les recherches US de pétrole dans la Caspienne [4].

L’ambassadeur du Canada finança le sondage du Centre ukrainien d’études économiques et politiques Oleksandr Razumkov selon lequel l’élection présidentielle avait été truquée, il subventionna également à hauteur de 30 000 dollars l’association Pora ! (C’est l’heure !) du stratège de l’Otan Gene Sharp [5].

Sur l’unique base du sondage Razumkov, Pora ! organisa des manifestations, le scrutin fut annulé et un autre convoqué. Le Canada dépensa 3 millions de dollars pour dépêcher 500 observateurs électoraux. Le second scrutin porta Viktor Iouchtchenko au pouvoir. Celui-ci constitua alors son équipe, choisissant Vladislav Kaskiv (employé de George Soros et leader de Pora !) comme conseiller spécial et Anatoliy Gritsenko (militaire formé aux États-Unis et président du Centre Razumko) comme ministre de la Défense.

Le député libéral Borys Wrzesnewskyj, fut particulièrement actif durant la Révolution orange ; sa sœur, Ruslana, étant très proche de Madame Iouchtchenko, Katerina Chumachenko. Il investit 250 000 dollars canadiens pour soutenir le mouvement et utilisa son appartement au centre de Kiev pour coordonner les manifestations entre les deux scrutins. Les cortèges de Pora ! scandaient « Ca-na-da ! » et arboraient le drapeau à la feuille d’érable.

Chrystia Freeland débuta sa carrière politique en 2013, au Parti libéral. Elle fut élue députée de Toronto. En 2014, elle soutint la « Révolution de la dignité » à Kiev (c’est-à-dire le coup d’État bandériste), dont elle rencontra les principaux acteurs. Elle dénonça l’indépendance de la Crimée et rencontra Mustafa Dzhemilev, le célèbre espion US durant la Guerre froide et leader des Tatars. En définitive, le président Vladimir Poutine lui interdit d’entrer en Russie.

Elle fut nommée ministre du Commerce extérieure par le Premier ministre libéral Justin Trudeau, en 2015, puis ministre des Affaires étrangères, en 2017, et ministre des Affaires intergouvernementales en 2019 avec la dignité de Premier ministre adjointe. Elle est devenue ministre des Finances depuis 2020.

John Baird est venu apporter le soutien du Canada au leader du parti néo-nazi Slovoda.

En 2014, le ministre conservateur des Affaires étrangères, John Baird, se rendit sur la place Maidan et rencontra les principaux leaders de la contestation. La Télévision canadienne considéra qu’il donnait ainsi un argument à la version du président Poutine selon laquelle cette révolution n’est qu’une manipulation occidentale.

La porte parole de l’ambassade, Inna Tsarkova, était une des responsables du mouvement AutoMaïdan. L’ambassade, située à côté de la place Maïdan était un refuge pour les protestataires qui campent dans son hall durant une semaine. Le groupe néo-nazi C14 [6] s’y réfugia le 18 février pendant le massacre.

Lorsque le 17 juillet 2014, le vol Malaysia Airlines 17 fut abattu au-dessus de l’Ukraine, l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), basée à Montréal, envoya quatre inspecteurs sur les lieux du crash. Avant même le début de l’enquête, Chrystia Freeland débuta une campagne internationale pour dénoncer la Russie. Elle utilisera par la suite son statut ministériel pour jeter autant que possible de l’huile sur le feu.

Après le renversement du président Viktor Ianoukovytch et l’irruption au pouvoir des bandéristes, le Canada créa l’opération UNIFIER (Canadian Armed Forces Joint Task Force-Ukraine). Il s’agissait d’instruire les militaires ukrainiens et de développer leur police militaire. L’opération était conduite sous les ordres de Londres et de Washington. Elle comportait l’envoi de 200 instructeurs et de matériel non-létal. Elle a pris fin, le 13 février 2022, juste avant l’opération russe, afin de ne pas placer le Canada en situation de guerre.

En 8 ans, le Canada a versé près de 900 millions de dollars d’aide à l’Ukraine.

De gauche à droite : l’ambassadeur ukrainien au Canada Andriy Shevchenko, le Premier ministre Justin Trudeau, le député ukraino-canadien Borys Wrzesnewskyj. En premier plan : l’espion mythique de la CIA durant la Guerre froide et leader des tatars anti-russes, Mustafa Dzhemilev (juin 2016).

En 2016, le Premier ministre libéral Justin Trudeau reçut avec les honneurs Mustafa Dzhemilev, que son adjointe Chrystia Freeland avait déjà rencontré. Il était devenu, en août 2015, l’émir d’une Brigade musulmane internationale, co-financée par l’Ukraine et la Turquie pour reprendre la Crimée [7].

Chrystia Freeland et Stepan Kubiv signent l’Accord de libre-échange Canada-Ukraine, en présence de Premier ministre Justin Trudeau et du président Petro Poroshenko.

Dans la même période,Chrystia Freeland négocie l’accord de libre-échange Canada-Ukraine.

Chrystia Freeland manifeste avec les bandéristes d’OUN(B) contre l’agression russe en Ukraine. La petite banderole est aux couleurs noir et rouge des bandéristes. Elle porte le slogan des bandéristes « Gloire à l’Ukraine ! ».

Lorsqu’en 2017, le site Russia Insider révéla le passé criminel de son grand-père et ses liens toujours étroits avec les bandériste, elle nia les faits et dénonça la « propagande » russe. Cependant, le 27 février dernier, elle s’afficha avec un groupe de bandéristes de l’OUN(B) lors d’une manifestation contre l’agression russe. La photo, qu’elle avait elle-même publiée, fut rapidement retirée de son compte Twitter.

Le Premier ministre Justin Trudeau, Paul Grod président des Ukrainiens bandéristes du Canada, et Chrystia Freeland.

Réagissant avec ses partenaires de l’Otan à l’opération militaire russe, le Canada a modifié son budget pour réserver 500 millions de dollars pour l’armée ukrainienne, bandéristes inclus. Il a déjà envoyé des mitrailleuses, des pistolets, des carabines, 1,5 million de balles, des fusils de tireur d’élite et divers équipements connexes (14 février), des lunettes de vision nocturne, des casques et des gilets pare-balles (27 février), 100 canons sans recul Carl Gustav M2, et 2000 munitions de 84 mm (28 février), 390 000 rations individuelles de campagne et d’environ 1600 vestes pare-éclats (1er mars), 4 500 lance-roquettes M72 et de 7 500 grenades à main, ainsi qu’un abonnement à des images satellitaires commerciales pour 1 million de dollars (3 mars), des caméras pour les drones de surveillance (9 mars), des obusiers M777 et des munitions connexes, ainsi que des munitions supplémentaires pour l’arme anti-blindés Carl Gustav M2 (22 avril), 8 véhicules blindés de modèle commercial et un contrat de service pour l’entretien et la réparation de caméras spécialisées transportées par drone (26 avril), et a commencé à former les soldats ukrainiens au maniement des obusiers M777.

Le 2 mars, Justin Trudeau, qui croit en les États-Unis, a fait signer à une vingtaine de pays une déclaration dénonçant la désinformation russe [8]. Il s’agit d’empêcher la diffusion d’informations sur les bandéristes ukrainiens et canadiens.

Le 10 mars, le Canada est parvenu à faire signer, cette fois à une trentaine de pays, une seconde déclaration, très orwellienne, pour se réjouir —au nom de la liberté de la presse— de la censure en Occident de Russia Today et de l’agence Sputnik, deux organes de presse publics russes.

Depuis l’irruption au pouvoir des bandéristes à Kiev, le Canada a sanctionné plus de 900 personnalités et sociétés russes ou de l’opposition ukrainienne. Il a ajouté à cette liste des proches du président russe et des membres de leurs familles.

Malgré ses déclarations de principe en faveur de l’égalité en droit de tous les hommes, le Canada soutient sans réserve les bandéristes, hérauts de la supériorité raciale des Ukrainiens sur les Russes.

La CIA fait renaître le nazisme ukrainien

...par Thierry Meyssan - Le 05/09/2023.

Il n’est pas étonnant que la CIA structure des organisations anti-Russes. Il est par contre surprenant qu’elle n’hésite pas à choisir des nazis et des nationalistes intégraux prétendument pour défendre la liberté et la démocratie.

 

 

 

 

Source : RzO Voltaire.

 

Au XIX° siècle, les Empires allemand et austro-hongrois projetaient de détruire leur rival, l’Empire russe. Pour cela, les ministères des Affaires étrangères allemand et austro-hongrois lancèrent une opération secrète commune : la création de la Ligue des peuples allogènes de Russie (Liga der Fremdvölker Rußlands - LFR) [1].

Proclamation de l’Ukraine indépendante avec les dignitaires nazis. Derrière les orateurs, les trois portraits affichés sont ceux de Stepan Bandera, d’Adolf Hitler et de Yevhen Konovalets.

En 1943, le III° Reich créa le Bloc anti-bolchévique des nations (ABN) pour disloquer l’Union soviétique. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Royaume-Uni et les États-Unis récupèrent les nazis et leurs collaborateurs et entretinrent l’ABN [2]. Cependant, compte tenu des millions de morts dont il s’était rendu coupable, Frank Wisner, le numéro 2 de la CIA, réécrivit son histoire. Il fit imprimer quantité de livrets prétendant que l’ABN avait été créé à la Libération. Il prétendit que les peuples d’Europe centrale et de la Baltique avaient tous, collectivement, lutté à la fois contre les nazis et contre les Soviétiques. C’est un énorme mensonge. En réalité, de nombreux partis politiques d’Europe centrale ont pris le parti des nazis contre les Soviétiques, constituant des divisions SS et fournissant la presque totalité des gardiens des camps d’extermination nazis.

John Loftus, le procureur spécial de l’Office of Special Investigations, unité du secrétariat états-unien à la Justice, a témoigné qu’il avait trouvé, en 1980, une petite ville dans le New Jersey, South River, abritant une colonie d’anciens SS Biélorusses. À l’entrée de la ville, un monument aux morts, orné des symboles SS, célébrait leurs camarades tombés au combat, tandis qu’à l’écart, un cimetière abritait la tombe du Premier ministre nazi biélorusse, Radoslav Ostrovski [3].

On croit souvent que les États-Unis ont combattu les nazis et les ont jugés à Nuremberg et à Tokyo. Mais c’est faux. Si le président Roosevelt était un libéral convaincu, il a cru possible de recruter des traitres et de les mettre à son service. Cependant comme il est mort avant la fin du conflit, les criminels dont il s’était entourés sont parvenus aux plus hautes fonctions. Ils ont détourné certaines administrations pour poursuivre leurs objectifs. C’est ce qui s’est passé avec la CIA.

Les efforts du Congrès avec la commission Church qui révéla les crimes de la CIA dans les années 50 et 60 n’ont pas servi à grand-chose. Tout ce monde opaque est retourné à la clandestinité, mais n’a pas cessé ses activités.

Les « nationalistes intégraux » ukrainiens de Dmytro Dontsov et ses hommes de main Stepan Bandera et Iaroslav Stetsko ont suivi cette filière. Le premier, qui était déjà un agent secret du kaiser Wilhelm II, puis du führer Adolf Hitler, fut récupéré par la CIA, vécu au Canada et mourut en 1973 dans le New Jersey, à South River, contrairement à ce que prétend sa notice Wikipedia. C’était un des pires criminels de masse du Reich. Il avait disparu d’Ukraine pendant le Guerre et était devenu administrateur de l’Institut Reinard Heydrich à Prague. Il fut un des concepteurs de la solution finale des questions tsiganes et juives [4].

Tchang Kaï-Chek et Iaroslav Stetsko lors de la fondation de la Ligue anti-communiste mondiale.

 

Ses hommes de main, Stepan Bandera et Iaroslav Stetsko, ont été engagés par la CIA à Munich. Ils ont assuré les émissions en langue ukrainienne de Radio Free Europe et organisé des opérations de sabotage en Union soviétique. Stepan Bandera avait perpétré quantité de massacres et proclamé l’indépendance de l’Ukraine avec les nazis. Cependant, lui aussi, avait disparu d’Ukraine pendant la Guerre. Il assura avoir été emprisonné en « honorable captivité » dans un camp d’extermination. C’est peu probable puisqu’il ressurgit en 1944 et se vit confier par le Reich de gouverner l’Ukraine et de combattre les Soviétiques. Il est possible qu’il ait habité au siège de l’administration des camps, à Oranienbourg-Sachsenhausen, et qu’il y ait travaillé au projet nazi d’extermination des « races » sensées corrompre les Aryens. Durant la Guerre froide, il se promena dans le « monde libre » et vint au Canada proposer à Dmytro Dontsov de devenir le chef de son organisation [5].

Le temps a passé, ces criminels de masse sont morts sans jamais avoir eu à rendre de compte. Leurs organisations l’OUN et l’ABN auraient dû disparaître aussi. Il n’en est rien. L’OUN s’est reconstituée à la faveur de la guerre en Ukraine. L’ABN aussi. Il dispose désormais d’un site internet. On peut y lire les livrets de propagande d’après-guerre selon lesquels l’organisation n’a jamais existé avant la chute du Reich. L’ABN se prolonge aujourd’hui avec le « Free Nations PostRussia Forum » (Forum des nations libres de la Post-Russie) qui se tiendra les 26-27-28 septembre à Londres, à Paris, et possiblement à Strasbourg. Son objectif est toujours le même : disloquer la Fédération de Russie en 41 États distincts. Aucun doute n’est possible sur la filiation de ce forum : alors qu’il prétend s’exprimer pour les peuples de Russie, il ne se contente pas d’accuser Moscou, mais s’en prend aussi à la Chine populaire, à la Corée du Nord et à l’Iran. Dans ses documents il aborde aussi la question du Venezuela, de la Biélorussie et de la Syrie. Or l’ABN a participé à la création et à l’animation de la Ligue anti-communiste mondiale [6], où se réunissaient la plupart des dictateurs de la planète, désormais élégamment dénommée : Ligue mondiale pour la liberté et la démocratie.

Ce Forum des nations libres de la Post-Russie a été créé par la CIA en réaction à l’intervention militaire russe en Ukraine. En un an et demi, il s’est déjà réuni 7 fois, en Pologne, en Tchéquie, aux États-Unis, en Suède et aux Parlements européen et japonais. Simultanément la CIA a créé des gouvernements en exil pour la Biélorussie et pour le Tatarstan, comme il l’avait fait pour l’Iraq et la Syrie. Personne ne les a encore reconnus, mais l’Union européenne les a déjà reçus avec déférence. Ces gouvernements en exil s’ajoutent à celui d’Itchkérie (comprendre Tchétchénie) déjà ancien.

Le Forum des nations libres de la Post-Russie entend démanteler la Fédération de Russie en 41 Etats indépendants.

 

Le dispositif actuel n’est pas conçu pour achever son but proclamé. Les États-Unis n’ont pas l’intention de disloquer la Fédération de Russie, puissance nucléaire. La plupart de leurs dirigeants ont conscience qu’un tel événement déstabiliserait complétement les relations internationales et pourrait déclencher une Guerre nucléaire. Non, il s’agit plutôt de mobiliser au service des États-Unis les gens qui espèrent parvenir à cet objectif improbable de disséquer la Russie.

Quelques personnalités politiques se prêtent à ce jeu. C’est le cas de l’ancienne ministre polonaise des Affaires étrangères, Anna Fotyga. C’est elle qui, en 2016 avait présenté au Parlement européen une résolution sur les communications stratégiques de l’Union européenne. Elle avait imaginé un système d’influence sur l’ensemble des grands médias de l’Union qui s’est avéré efficace. Ou encore, un député centriste français, Frederick Petit. Déjà, en 2014, les têtes d’affiche de son parti (François Bayrou et Mireille de Sarnez) s’étaient rendues place Maïdan à Kiev se faire photographier aux côtés des « nationalistes intégraux ». Je ne parlerai pas ici de l’ancien député russe Ilya Ponomarev.

Des think-tanks aussi, comme la Jamestown Foundation. Elle fut fondée avec l’aide de William J. Casey, directeur de la CIA, à l’occasion d’un transfuge de marque de l’URSS. Elle a été interdite en Russie, en 2020 (c’est-à-dire avant la guerre d’Ukraine), parce qu’elle imprimait déjà des documents sur l’éclatement de la Russie. Enfin, le Hudson Institute, quant à lui, est financé par Taïwan grâce à son agence la Ligue mondiale pour la liberté et la démocratie (ex-Ligue anti-communiste mondiale). Ainsi a-t-il pu héberger une session du Forum des nations libres de la Post-Russie.

 

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