PALESTINE

Remonter dans le temps permet d'expliquer les problèmes d'aujourd'hui.

Tout est résumé par cette succession de cartes....

JMR

Une Nakba se déroule aussi en Cisjordanie occupée

par Mariam Barghouti - Le 01/12/2023.

Les forces israéliennes d’occupation et les colons terrorisent la population palestinienne de Cisjordanie afin de l’expulser et de voler ses terres.

Depuis un mois et demi, les objectifs génocidaires d’Israël à Gaza sont devenus de plus en plus clairs. Non seulement l’armée israélienne massacre des civils, mais elle bombarde également l’enclave dans le but de détruire toutes les infrastructures civiles nécessaires à la vie.

Hôpitaux, écoles, stations d’épuration, toute source d’électricité – y compris les panneaux solaires -, entrepôts et fermes ont été pris pour cible. Cela a rendu la bande de Gaza invivable, forçant les Palestiniens à vivre une nouvelle Nakba.

Mais ce n’est pas seulement à Gaza qu’Israël espère se débarrasser de la population palestinienne. La volonté israélienne de procéder à un nettoyage ethnique s’étend à la Cisjordanie occupée, où est mis en œuvre un plan similaire, bien que plus subrepticement.

Des plans d’annexion

Séparer la poursuite du génocide à Gaza du contexte palestinien à plus grande échelle revient à nier que la cible des crimes israéliens n’est pas limitée au mouvement Hamas ni à la bande de Gaza, mais bien à l’existence palestinienne dans la Palestine historique dans son ensemble.

Il ne s’agit pas d’une crainte imaginaire des Palestiniens, mais d’une réalité que même les fondateurs de l’État israélien ont constamment et ouvertement admise.

«Il n’y a pas d’autre moyen que de transférer les Arabes d’ici vers les pays voisins, et de les transférer tous, sauf peut-être [les Arabes de] Bethléem, Nazareth et la vieille Jérusalem», écrivait Joseph Weitz, le directeur du Fonds national juif (FNJ), dans son journal en 1940.

«Pas un seul village ne doit être laissé debout, pas une seule tribu [bédouine]. Ce n’est qu’après ce transfert que le pays pourra absorber des millions de nos frères et que le problème juif cessera d’exister. Il n’y a pas d’autre solution», avait-il conclu.

Les milices juives qui ont mené une campagne de nettoyage ethnique massif des Palestiniens pour créer Israël n’ont pas pris le contrôle de la Cisjordanie et de Gaza en 1948, non pas parce qu’elles ne le souhaitaient pas, mais parce qu’elles n’en avaient pas la capacité.

La pression internationale et les limites de leurs propres capacités militaires les en ont empêchées.

Ces territoires servaient aussi commodément de destination aux Palestiniens expulsés du littoral méditerranéen, des villes comme Yaffa, Safad, Lydd et des villages environnants, dont les milices s’étaient emparées.

La guerre de 1967 a donné à Israël l’occasion de réaliser son objectif de régner sur toute la Palestine historique. Il a occupé Jérusalem-Est, la Cisjordanie et Gaza, ainsi que la péninsule égyptienne du Sinaï et le plateau du Golan syrien, qui reste occupé à ce jour.

Depuis lors, divers plans ont été élaborés pour annexer une partie ou la totalité de la Cisjordanie et de Gaza, tout en repoussant la population palestinienne soit dans des bantoustans séparés les uns des autres, soit vers les pays voisins, la Jordanie et l’Égypte.

La construction de plus de 150 colonies israéliennes [totalement illégales au regard du droit international] et de 120 avant-postes dans toute la Cisjordanie occupée est une politique qui découle de ces plans.

C’était également le cas à Gaza jusqu’en 2005, date à laquelle Israël a démantelé ses colonies et imposé un siège sur le territoire deux ans plus tard.

Sous le prétexte de «protéger» les 700 000 colons, Israël a empiété sur de plus en plus de terres palestiniennes, expulsant de plus en plus de Palestiniens de leurs communautés et leur refusant l’accès à leurs fermes, à leurs pâturages et à leurs oliveraies.

Cette situation a porté atteinte aux moyens de subsistance et à l’autosuffisance des Palestiniens.

Elle a également enhardi et encouragé les colons à harceler, torturer et tuer les Palestiniens sur leur propre territoire. Ces mesures, associées à des politiques visant à étrangler l’économie palestinienne et à pousser la majorité des Palestiniens dans un état de constante précarité, ont pour but ultime de forcer la population palestinienne à partir «volontairement».

Préparer la Nakba

Au cours de l’année écoulée, le gouvernement israélien dirigé par Benjamin Netanyahou a intensifié ces politiques. Lorsque le Hamas a lancé son offensive du 7 octobre, la situation en Cisjordanie occupée était déjà intolérable depuis longtemps.

L’année 2023 s’annonçait comme la plus meurtrière pour les Palestiniens de Cisjordanie occupée depuis que les Nations unies ont commencé à recenser les décès en 2006.

A la date du 7 octobre, les forces israéliennes et les colons avaient tué quelque 248 Palestiniens, en majorité des civils, dont au moins 45 enfants.

L’armée israélienne, en coordination avec les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne (AP), a mené des raids violents et des meurtres en série dans toute la Cisjordanie, en particulier dans les districts de Naplouse, Jénine et Tulkarem, dans le nord du pays.

Le nombre d’attaques de colons contre les communautés palestiniennes a également explosé et a gagné en ampleur et en violence. En février, les colons ont mené un pogrom dans la ville palestinienne de Huwara.

En juin, le gouvernement israélien et son ministre des finances, [le fasciste] Bezalel Smotrich, ont annoncé de nouvelles mesures facilitant et accélérant l’annexion de terres palestiniennes. En juillet, les expansions approuvées des colonies israéliennes ont atteint des sommets.

L’économie palestinienne, déjà au bord du désastre, a souffert encore plus de la destruction des infrastructures et de la limitation de la liberté de mouvement par les forces israéliennes et les colons.

Les démolitions de maisons et de structures de subsistance palestiniennes se sont multipliées. Au 1er octobre, plus de 750 bâtiments avaient été détruits, entraînant le déplacement de plus de 1100 Palestiniens.

Tous ces processus, qui visent à l’expulsion des Palestiniens et à l’annexion de leurs terres, étaient déjà en cours avant le 7 octobre. Israël a ensuite profité de l’offensive du Hamas le 7 octobre pour les accélérer.

Et alors que jusque-là, les vociférations de «mort aux Arabes» pouvaient être entendues publiquement, principalement lors de rassemblements de colons, après le 7 octobre, une majorité d’Israéliens s’est sentie tout à fait à l’aise pour exprimer ouvertement ce sentiment entre eux et avec le reste du monde.

Au cours des 50 derniers jours, Israël a tué 249 Palestiniens en Cisjordanie, dont au moins 60 enfants. Les raids israéliens sur les villages, les villes et les camps de réfugiés palestiniens en Cisjordanie occupée se sont intensifiés en termes d’ampleur, de gravité et d’utilisation d’armes meurtrières, notamment des fusils automatiques, des chars et des drones suicides «Maoz».

Le nombre de Palestiniens arrêtés et placés en détention administrative – la version officielle de l’enlèvement par Israël – a atteint un niveau record. Depuis le 7 octobre, au moins 3 260 Palestiniens ont été arrêtés en Cisjordanie occupée, dont de nombreux enfants. Les 150 Palestiniens libérés jusqu’à présent dans le cadre de l’accord d’échange d’otages sont également susceptibles d’être arrêtés à nouveau.

Les rapports et les vidéos faisant état d’abus et de tortures en détention se sont multipliés. Les Palestiniens sont également régulièrement harcelés et battus, même chez eux ou dans la rue.

Encouragés et armés par les autorités israéliennes, les colons israéliens sont devenus encore plus violents. Ils ont intensifié les expulsions forcées des communautés bédouines palestiniennes dans le sud, près de la vallée du Jourdain, et dans le centre, près de Ramallah, déplaçant plus de 1000 personnes depuis le 7 octobre.

Ces pratiques ont également eu un impact dévastateur sur l’économie palestinienne.

L’armée israélienne a verrouillé les principaux barrages militaires dans toute la Cisjordanie occupée, paralysant presque totalement les transports. Les travailleurs journaliers ont eu du mal à gagner leur vie, tandis que les stocks de nourriture s’amenuisent et que les importations sont retenues plus longtemps dans les ports israéliens.

Le secteur de la santé est également en état de crise, incapable de gérer le nombre qui ne cesse d’augmenter de blessés et de malades. Pour tout aggraver, l’armée israélienne a également commencé à assiéger et attaquer les hôpitaux de Cisjordanie.

Toutes ces tactiques servent à répandre la crainte et le désespoir parmi les Palestiniens, les préparant finalement à l’annexion et à l’expulsion.

Éliminer la résistance

Aujourd’hui, nous assistons à la poursuite de la Nakba à Gaza et en Cisjordanie. L’objectif d’Israël est d’expulser les Palestiniens et de tenter d’assimiler les survivants, comme il a essayé de le faire avec les Palestiniens de 1948.

Aujourd’hui, ces survivants ont la citoyenneté israélienne, mais sont traités comme des citoyens de seconde zone et souvent exposés à des pratiques discriminatoires et violentes de la part des citoyens juifs-israéliens et des autorités.

Face à cette catastrophe imminente, les Palestiniens de Cisjordanie sont livrés à eux-mêmes.

L’Autorité palestinienne (AP) est le seul acteur palestinien ayant accès aux armes, mais elle n’a rien fait pour protéger les Palestiniens contre la violence israélienne.

Les forces de sécurité de l’AP, fortes de 10 500 hommes, sont formées par les États-Unis et la Jordanie au maintien de l’ordre, et non à la confrontation avec une autre force armée.

Pire encore, ces forces et les unités de renseignement ont directement aidé Israël à attaquer et à démanteler toutes les poches de résistance armée en Cisjordanie au cours des dernières années.

Contrairement aux affirmations de la propagande israélienne, les jeunes qui ont décidé de prendre les armes – principalement concentrés à Naplouse et Jenine – ne font pas partie du Hamas ; certains sont membres du Fatah ou sont des transfuges des forces de l’Autorité palestinienne, mais beaucoup n’ont aucune affiliation politique.

Depuis le 7 octobre, l’armée israélienne s’est attachée à éradiquer ces groupes de résistance afin que la population civile de Cisjordanie soit totalement démunie face à la violence, à la dépossession et à l’expulsion.

Mais à mesure qu’Israël intensifie la violence, la résistance palestinienne apparait. Les Palestiniens ne cesseront pas de lutter contre l’occupation et l’apartheid simplement parce qu’ils n’en ont pas les moyens.

Personne ne veut vivre au bord de la survie, poussé et maintenu au bord du gouffre par un régime étranger.

Le moins que le monde puisse faire est de cesser de donner tête baissée dans la propagande israélienne et de défendre le droit des Palestiniens à résister à leur colonisateur et à leur oppresseur dans leur quête de libération.

C’est le moment de rassembler le courage nécessaire pour s’exprimer et mettre un terme à la volonté génocidaire d’Israël. C’est ici que les livres d’histoire nous offrent la possibilité de reconnaître que les États d’apartheid violents fondés sur des massacres ne sont ni légitimes, ni durables.

source : Chronique de Palestine

 

Ce que les États arabes peuvent faire pour punir Israël

 

 Source : The Cradle par Karim Shami - Le 30/11/2023.

 

 

Une position unifiée de l’OPEP visant à défier les États-Unis et à réduire les niveaux de production pétrolière a donné aux dirigeants arabes une influence mondiale. Il en serait de même pour une position unifiée contre le carnage israélien à Gaza.

Crédit photo : Le berceau

Le 10 novembre, à peine un mois après le lancement de l'opération Inondations d'Al-Aqsa par la résistance palestinienne et le début de l'attaque brutale d'Israël sur Gaza, le ministère saoudien des Affaires étrangères a annoncé la tenue d'un sommet extraordinaire conjoint de la Ligue arabe et de l'Organisation de la coopération islamique (OCI) à Riyad . . 

Initialement programmée séparément, la décision de regrouper les réunions aurait été due à l' absence de consensus entre les États arabes sur la manière de répondre collectivement à l'agression extrêmement disproportionnée d'Israël contre les 2,3 millions de civils de Gaza. 

Il semblerait que les nations arabes ne soient pas parvenues à s'entendre sur un certain nombre de mesures controversées recommandées par certains de leurs membres. Il s’agissait notamment de décisions interdisant l’utilisation de bases militaires américaines régionales pour fournir des armes à Israël, suspendant toutes les relations arabes avec Israël et imposant un embargo pétrolier contre l’entité occupante. 

Un sommet très ordinaire 

Malgré un sentiment généralisé contre les agressions israéliennes en Asie occidentale et dans le monde islamique au sens large, le sommet, comme beaucoup s’y attendaient, s’est conclu sans actions concrètes contre Israël, soulignant la faiblesse et la réticence des 22 dirigeants arabes à affronter Israël et ses alliés occidentaux.

Cela soulève une question cruciale : au lieu d’une décision collective de la Ligue arabe, que peuvent faire les nations arabes individuelles pour soutenir la Palestine, et pourquoi n’ont-elles pas déjà fait ces choses ?

Carte du monde arabe

Pour démêler les complexités de la géopolitique arabe et dans le but de simplifier les différentes visions du monde et priorités de la région, les États arabes peuvent être classés en trois groupes politiques principaux – chacun étant influencé par des acteurs non arabes : les États-Unis, la Turquie et l’Iran.

Les politiques étrangères de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, du Koweït, de Bahreïn, d’Oman, de la Jordanie, de l’Égypte, du Maroc et de Djibouti – la plupart gouvernées par des monarchies héréditaires – s’alignent étroitement sur celles des États-Unis et de l’Occident. Bien qu’ils abritent de nombreuses bases militaires américaines, ces États pourraient paradoxalement jouer un rôle substantiel en soutenant la Palestine sans recourir au conflit.

Le Maroc, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Soudan, l’Égypte et la Jordanie entretiennent tous des relations économiques, politiques et sécuritaires avec Israël. Pourtant, contrairement aux pays lointains d’Amérique latine, aucun n’a rompu ses liens, même si Bahreïn a suspendu ses liens économiques. 

Au lieu de cela, les ambassades israéliennes en Jordanie, au Maroc, en Égypte et à Bahreïn ont été évacuées sur ordre du ministre des Affaires étrangères Eli Cohen et du directeur général du ministère en raison de manifestations massives de soutien aux Palestiniens.

Les États les plus stratégiquement importants de ce groupe sont la Jordanie et l’Égypte, qui partagent toutes deux des frontières avec Israël et entretiennent les relations les plus anciennes avec Tel Aviv. 
L’Égypte, un acteur clé depuis la signature des accords de Camp David en 1979, a la capacité d’influencer immédiatement les événements à Gaza. Mais depuis les présidents Anouar Sadate jusqu'à l'actuel Abdel Fattah el- Sissi, le Caire a fait des heures supplémentaires pour protéger la frontière sud d'Israël et s'est engagé activement dans des accords énergétiques pour stimuler leurs économies mutuelles. 

Si elle choisit de le faire, l’Égypte peut bloquer les navires israéliens dans le canal de Suez, ouvrir le passage de Rafah vers Gaza pour inonder le territoire assiégé d’une aide essentielle et mettre fin à la coopération en matière de renseignement – aujourd’hui et sans effusion de sang. 

La Jordanie, qui partage la plus longue frontière avec l’État occupant, manque de moyens substantiels pour contrer l’influence israélienne. Cependant, Amman pourrait rompre ses liens avec Israël et menacer Tel-Aviv d’assouplir ses contrôles aux frontières – permettant potentiellement à des combattants étrangers et à des armes de s’infiltrer en Cisjordanie occupée – un scénario que Tel Aviv craint grandement.

 

Les monarchies du golfe Persique


, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Koweït et Oman, produisent collectivement plus de 20 % du pétrole mondial. Une décision stratégique, telle qu’un embargo sur les exportations de pétrole vers Israël et les pays qui ne soutiennent pas un cessez-le-feu immédiat à Gaza, pourrait exercer une pression considérable sur une Europe déjà aux prises avec une diminution de l’offre et une flambée des prix de l’énergie.

Les 27 bases américaines dans ces pays arabes, y compris la cinquième flotte américaine dont le siège est à Bahreïn, fournissent tout l’effet de levier dont ils ont besoin auprès de Washington.

Présence militaire américaine en Asie occidentale

En recalibrant leur collaboration avec l'armée américaine afin que cette dernière soit obligée de considérer et de respecter également ses responsabilités nationales et régionales, ces États pourraient avoir un impact sur les livraisons incontestées d'armes du commandement central américain à la machine de guerre israélienne.

La richesse et l’empire médiatique de l’Arabie saoudite ont étendu leur influence à travers le monde arabe et au-delà, lui conférant une influence cruciale dans les décisions arabes. Dans les années 1980, Riyad a rallié la jeunesse musulmane contre les Soviétiques en Afghanistan, puis a répété un scénario similaire en Syrie dans les années 2010. 

Le potentiel des Saoudiens à mobiliser des millions de personnes pour soutenir une cause est évident, surtout si l’on considère le rôle de Riyad dans l’exportation du wahhabisme comme forme de politique étrangère et de projection de puissance douce dans le monde musulman – bien que cela ait diminué ces dernières années sous la direction modernisatrice et réformiste de dirigeant de facto, le prince héritier Mohammed Bin Salman. 
Même si Israël reçoit 60 % de ses importations de pétrole de l'Azerbaïdjan et du Kazakhstan, à majorité musulmane, en tant que producteur majeur de pétrole et poids lourd de l'OPEP, l'Arabie Saoudite peut demander l'arrêt des exportations d'énergie vers Israël, ce qui aurait un impact immédiat et débilitant sur le marché de Tel-Aviv. effort de guerre. 

Cependant, les décisions politiques des dirigeants arabes restent floues, les alliés arabes des États-Unis n’entravant pas l’aide militaire à Tel-Aviv ni ne bloquant l’espace aérien aux avions israéliens et américains. L'Égypte, la Jordanie et l'Arabie Saoudite ont plutôt abattu des missiles se dirigeant vers Israël pour le protéger des attaques extérieures, car leurs dirigeants préfèrent défendre les frontières d'Israël plutôt que de perdre leur pouvoir. Les alliés arabes de la Turquie

Les liens de longue date du président turc Recep Tayyip Erdogan avec les Frères musulmans ont récemment renforcé l'influence d'Ankara dans le monde arabe. Le Qatar, en tant que principal allié arabe de la Turquie, partage des perspectives de politique étrangère et des vues communes sur la cause palestinienne, malgré les formidables relations commerciales d'Ankara avec Israël. 

De plus, les dirigeants du Hamas se déplacent librement dans ce petit pays du Golfe. Doha est l’une des plus grandes sources d’aide financière à la bande de Gaza assiégée et, sur le plan diplomatique, a joué et continue de jouer un rôle de premier plan dans les négociations de trêves et d’échanges de prisonniers entre la résistance palestinienne et Israël, comme en témoigne le dernier accord facilité par les Qataris. 

Les actions sont plus éloquentes que les mots, et le Qatar, premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL), pourrait avoir un impact significatif sur les marchés mondiaux du gaz, obligeant l'Europe, dépendante de l'énergie, à repenser certaines de ses politiques dépassées contre la Palestine. 

Néanmoins, d’une manière générale, le Qatar reste aligné sur le camp occidental, auquel penche également la Turquie, alliée de l’OTAN. Malgré son vaste empire médiatique qui défend ouvertement la cause palestinienne et son opposition résolue à une normalisation sans État palestinien, le soutien du Qatar est toujours limité et n'atteint pas son plein potentiel.

L’Axe de la Résistance


Aujourd’hui, les États arabes et les acteurs non étatiques alignés sur l’Iran jouent de loin le rôle le plus crucial dans le soutien à la cause palestinienne, en particulier là où elle compte le plus : la lutte armée pour la libération nationale. Malgré les difficultés, ils continuent de résister et de contribuer à l’Axe de résistance plus large de la région. 

Depuis le 8 octobre, la résistance au Liban, dirigée par le Hezbollah, a mené avec succès une politique militaire lente consistant à détourner toute l’attention de l’armée israélienne de Gaza vers sa frontière nord, marquée par des affrontements quasi quotidiens. 

En ciblant stratégiquement et en éliminant les réseaux de communication et de surveillance israéliens, le Hezbollah a essentiellement forcé un tiers des forces d'occupation à surveiller la frontière nord et à dépeupler des colonies entières et des bases militaires dans un rayon de cinq kilomètres. 

Aujourd’hui, la Syrie, principal État arabe membre de l’Axe de la Résistance, est considérée comme le maillon le plus faible de cette alliance. Sous le régime oppressif des sanctions occidentales depuis les années 1970, la situation économique de la Syrie s'est considérablement aggravée depuis le début du conflit de changement de régime mené par des armées étrangères en 2011, qui a détruit des pans entiers du pays. 

Israël utilise cette vulnérabilité pour lancer régulièrement des frappes aériennes et des missiles contre la Syrie, et a continué à le faire malgré son enlisement militaire à ses frontières sud et nord.  

Les Syriens ne sont cependant pas hors de propos. Des missiles sont tirés occasionnellement sur le plateau du Golan occupé par Israël, tandis que des missiles antichar guidés (ATGM), tels que le Kornet russe, utilisés contre les véhicules blindés israéliens à Gaza et dans le sud du Liban, sont fournis par Damas .

La Syrie continue également d’être une voie essentielle pour le transfert, le transport et le stockage d’armes et de main-d’œuvre à travers l’Axe.

Les forces armées yéménites alliées à Ansarallah ont également été actives ces dernières semaines en solidarité avec Gaza, ayant tiré des missiles et des drones qui ont atteint le sud d'Israël, à environ 2 000 kilomètres de là. Les Yéménites ont également intensifié leurs opérations navales dans la mer Rouge, se révélant une menace pour les navires israéliens opérant dans cette voie de navigation stratégique. 

Le leader d'Ansarallah, Abdul-Malik al-Houthi, a promis le 14 novembre que les forces armées yéménites « cibleraient les navires de l'ennemi israélien dans la mer Rouge, et nous les détruirions ; nous n'hésiterons pas à les cibler et à le faire savoir au monde entier ». ".

Cinq jours plus tard, un Galaxy Leader israélien a été saisi en mer Rouge - avec son équipage à bord - et emmené au port de Hodeidah au Yémen. Puis, le 25 novembre, une attaque de drone a visé un cargo appartenant à la compagnie maritime israélienne ZIM. 
L’Irak, qui a été pour l’essentiel démembré et occupé par les États-Unis depuis 2003, abrite de multiples factions de résistance soutenues par Téhéran qui se sont engagées à cibler les intérêts et les bases militaires américaines en Irak et en Syrie.
Les États-Unis ont annoncé avoir été attaqués en Irak à 66 reprises depuis octobre. De plus, des missiles ont été tirés par ces groupes vers Israël, mais ont été interceptés par la Jordanie.

 

Une « unité des fronts »


La crainte d’une guerre sur plusieurs fronts, impliquant le Hezbollah, la Syrie et leurs alliés, y compris les groupes de résistance palestinienne en Syrie et au Liban, a contraint les États-Unis et leurs alliés à envoyer une formidable présence navale dans la région. Cela comprenait des navires de la marine, des porte-avions, des destroyers et des sous-marins vers la Méditerranée orientale, en signe de soutien à Tel Aviv. 

Le déploiement militaire accru a été déclenché par les actions d’un groupe de résistance relativement restreint au Liban en crise. On ne peut qu’imaginer l’immense influence et la pression que pourrait exercer un front uni des nations arabes contre Israël et ses quelques fervents partisans.

L'Algérie d'Afrique du Nord, une exception, exprime son soutien aux Palestiniens et s'oppose catégoriquement à la normalisation avec Tel Aviv. C’est également l’un des rares États arabes à entretenir des relations positives avec l’Iran et la Syrie. En tant que producteur majeur de gaz , la simple menace d’arrêter les exportations de gaz pourrait exercer une pression massive de la part de l’UE sur Israël. Bien qu'aucune action militaire n'ait encore été entreprise, le parlement algérien a voté à l'unanimité en faveur du soutien à la Palestine par des moyens militaires si nécessaire. 

Les bombardements persistants et le ciblage intentionnel des civils à Gaza sont sur le point d’influencer l’opinion publique arabe en faveur du soutien à la résistance, si de tels sentiments ne sont pas déjà pleinement enracinés. En revanche, l’inaction des monarchies arabes alliées aux États-Unis va presque certainement intensifier la surveillance de ces régimes et éroder leur légitimité nationale et régionale. 

Plus Israël poursuit son génocide à Gaza, plus son inaction devient difficile à expliquer. Même si un cessez-le-feu rapide pourrait atténuer ce problème pour les monarchies arabes et d’autres États arabes pro-occidentaux, Israël – et son soutien les États-Unis – semblent plutôt prêts à intensifier leur guerre dans la bande de Gaza. Cela ne prend même pas en compte la guerre qu’Israël mène tranquillement depuis des semaines en Cisjordanie occupée, une zone gouvernée par une autorité pro-américaine, qui perd de jour en jour sa crédibilité et son soutien.

La solution cruciale consiste pour les nations arabes à surmonter les divisions internes et à forger un front uni pour exercer collectivement une influence afin de mettre un terme à la guerre à Gaza. Tout comme les principaux États arabes de l’OPEP ont acquis une influence démesurée lorsqu’ils ont défié Washington de réduire leur production pétrolière, ils se rendront probablement compte qu’une position collective et dure contre Israël ne fera que confirmer leur force sur la scène mondiale.

«L’horreur ! L’horreur !», revisitée en Palestine

par Pepe Escobar - Le 29/11/2023.

La jungle est là, s’insinuant à l’intérieur de chacun d’entre nous.

«Mistah Kurtz – il est mort». (Joseph Conrad, «Le cœur des ténèbres»)

Joseph Conrad a dit un jour qu’avant de se rendre au Congo, il était un simple animal. C’est dans l’une de ces terres partiellement tracées par la cruauté et l’hypocrisie de l’éthique impériale que Conrad a découvert le colonialisme européen dans son incarnation la plus terrible, dûment dépeinte dans «Le cœur des ténèbres» – l’une des plus grandes épopées de sensibilisation de l’histoire de la littérature.

C’est au Congo que Conrad, un Polonais né dans ce que l’on appelle encore aujourd’hui l’«Ukraine», alors contrôlée par la Pologne, et qui n’a commencé à écrire en anglais qu’à l’âge de 23 ans, a perdu à jamais toute illusion sur la mission civilisatrice de sa race.

D’autres éminents Européens de son époque ont connu la même horreur : ils ont participé à des spectacles de conquête et d’atrocité, aidé la métropole à piller l’Afrique, utilisé le continent comme toile de fond de leurs aventures juvéniles meurtrières et de leurs rites de passage, ou encore testé leur courage en «sauvant» les âmes des indigènes.

Ils ont traversé le cœur sauvage du monde et ont fait fortune, leur réputation ou leur pénitence pour revenir dans le doux confort de l’inconscience – quand ils n’ont pas été renvoyés dans un cercueil, bien sûr.

Pour dominer les peuples «primitifs», Britannia a remplacé le fer et l’épée par le commerce. Comme toute foi monothéiste, elle croyait qu’il n’y avait qu’une seule façon d’être, une seule façon de boire son thé, une seule façon de jouer le jeu – n’importe quel jeu. Tout le reste était non civilisé, sauvage, brutal, fournissant au mieux des matières premières et des maux de tête aigus.

La jungle à l’intérieur

Pour la sensibilité européenne, le monde subéquatorial, en fait tout le Sud mondial, était l’endroit où l’homme blanc se rendait pour triompher personnellement ou pour se dissoudre, en devenant en quelque sorte «l’égal» des indigènes. La littérature, depuis l’époque victorienne, est pleine de héros voyageant vers des latitudes «exotiques» où les passions – comme les fruits tropicaux – sont plus grandes qu’en Europe, et où des formes perverties de connaissance de soi peuvent être expérimentées jusqu’à l’oubli.

Conrad lui-même a placé ses héros torturés dans des lieux «obscurs» de la Terre pour qu’ils expient leurs ombres en même temps que les ombres du monde, loin de la «civilisation» et de ses châtiments conventionnels.

Et cela nous amène à Kurtz dans «Le cœur des ténèbres» : il est dans une classe à part parce qu’il arrive à un extrême de la connaissance de soi pratiquement inédit dans la littérature européenne, face à la révélation complète de la malignité de sa mission et de son espèce.

Au Congo, Conrad a perdu son innocence. Et son personnage principal a perdu la raison.

Lorsque Kurtz a migré au cinéma dans «Apocalypse Now» de Coppola, et que le Cambodge a remplacé le Congo comme cœur des ténèbres, il a dénigré l’image de l’Empire. Le Pentagone a donc envoyé un guerrier-intellectuel pour le tuer, le capitaine Willard. Coppola a dépeint le spectateur passif Willard comme étant encore plus fou que Kurtz : c’est ainsi qu’il a réussi le démasquage psychédélique de toute la farce du colonialisme civilisateur.

Aujourd’hui, il n’est pas nécessaire de prendre la mer ou d’embarquer dans une caravane à la recherche de la source des fleuves brumeux pour vivre l’aventure néo-impériale.

Il suffit d’allumer son smartphone pour suivre un génocide, en direct, 24/7, et même en HD. Notre rencontre avec l’horreur… l’horreur – immortalisée par les mots de Kurtz dans «Le cœur des ténèbres» – peut être vécue en se rasant le matin, en faisant du Pilates ou en dînant avec des amis.

Et comme Coppola dans «Apocalypse Now», nous sommes libres d’exprimer une stupeur morale humaniste face à une «guerre», en fait un massacre, qui est déjà perdue – impossible à soutenir sur le plan éthique.

Aujourd’hui, nous sommes tous des personnages conradiens, nous ne faisons qu’entrevoir des fragments, des ombres, mélangés à la stupeur de vivre dans une époque horriblement mémorable. Il n’est pas possible de saisir la totalité des faits – surtout lorsque les «faits» sont fabriqués et reproduits ou renforcés artificiellement.

Nous sommes comme des fantômes, cette fois non pas face à la grandeur de la nature, ou traversant la jungle épaisse et irréversible, mais branchés sur une urbanité dévastée comme dans un jeu vidéo, co-auteurs de la souffrance ininterrompue. Le cœur des ténèbres est construit par «la seule démocratie» au Moyen-Orient au nom de «nos valeurs».

Autant d’horreurs invisibles qui se déroulent derrière le brouillard, au cœur d’une jungle désormais reproduite en cage urbaine. En assistant, impuissants, au massacre gratuit de femmes et d’enfants, au bombardement d’hôpitaux, d’écoles et de mosquées, c’est comme si nous étions tous les passagers d’un bateau ivre plongeant dans un tourbillon, admirant la puissante majesté de tout le paysage.

Et nous sommes déjà en train de mourir avant même d’entrevoir la mort.

Nous sommes les épigones des hommes creux de T.S. Eliot. Les cris obsédants de la jungle ne viennent plus d’un hémisphère «exotique». La jungle est ici, à l’intérieur de chacun d’entre nous.

Pepe Escobar

source : Strategic Culture Foundation

traduction Réseau International

Hezbollah et Hamas s’accordent sur une victoire dans la guerre de Gaza

Source : RzO International - Le 26/1/2023.

par Faouzi Oki

Le secrétaire général du Hezbollah libanais a rencontré, le 22 novembre, une délégation de hauts responsables du Mouvement de la résistance islamique de la Palestine (Hamas). La rencontre a eu lieu alors qu’au moins cent Palestiniens ont été tués dans des attaques israéliennes dans la nuit de mardi à mercredi aux alentours des hôpitaux et des camps de réfugiés de la bande de Gaza. Cité par la chaîne de télévision libanaise Al-Mayadeen.

Des personnalités éminentes du Hamas, dont Khalil al-Hayya et Oussama Hamdan, étaient présentes à cette réunion qui a eu lieu à Beyrouth. Nasrallah et les responsables du Hamas ont passé en revue les derniers évènements survenus sur le terrain depuis l’opération-surprise du mouvement basé à Gaza, baptisée Tempête d’Al-Aqsa, contre Israël, le 7 octobre 2023. Les deux parties ont évalué les scénarios potentiels sur tous les fronts de Résistance, en particulier dans la bande de Gaza, en soulignant la nécessité d’une coordination plus étroite et d’une plus grande fermeté afin de sortir victorieux de la guerre à Gaza. La réunion a eu lieu le jour même où les combattants du Hezbollah ont lancé une série de frappes de représailles contre les positions militaires israéliennes dans la partie nord des territoires occupés en 1948.

Par ailleurs la chaîne de télévision libanaise Al-Manar, citant un communiqué du Hezbollah, a rapporté que les combattants du groupe avaient pilonné l’avant-poste d’al-Raheb avec un missile Burkan, les combattants libanais ont frappé des postes militaires israéliens dans les régions de Bayyad Blida et de Yiftah. Le 21 novembre, le secrétaire général adjoint du Hezbollah, le cheikh Naïm Qassem, a déclaré que le Hezbollah était en état de guerre avec Israël. «Israël veut terroriser les Palestiniens et les forcer à abandonner leur résistance en massacrant la population de la bande de Gaza», avait-il dit. «La victoire appartient à la Résistance et l’ennemi sioniste sera incapable d’atteindre ses objectifs», a déclaré le cheikh Naïm Qassem.

La vision russe sur une possible participation de l’Iran avec la Résistance palestinienne

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a averti que l’Iran et le mouvement de résistance libanais Hezbollah pourraient décider de s’engager dans la guerre en cours à Gaza s’ils étaient provoqués par les actions israéliennes.

Lavrov a déclaré dans une interview à la chaîne de télévision RT publiée récemment que ni l’Iran ni le Hezbollah n’avaient aucune envie de participer à la guerre à Gaza, sauf en cas de provocations de la part du régime israélien. Le Hezbollah est impliqué dans des affrontements transfrontaliers avec Israël depuis que le régime a lancé début octobre une opération militaire à grande échelle contre les Palestiniens dans le territoire méditerranéen de la bande de Gaza. Les responsables du Hezbollah ont averti que la confrontation avec Israël pourrait s’intensifier si le régime n’arrête pas son massacre de civils à Gaza.

Dans son interview, Lavrov a accusé les États-Unis de tenter de bloquer les efforts des pays comme la Russie de parvenir à un cessez-le-feu à Gaza. Le diplomate russe a également déclaré que la solution inévitable à la crise en Palestine était la formation d’un État palestinien, Moscou essaie de transmettre cette proposition au régime israélien.

Dans ce contexte l’on cite aussi que le ministre vénézuélien des Affaires étrangères, Yvan Gil Pinto, a annoncé le soutien de son pays à l’imposition d’un embargo pétrolier à l’entité sioniste afin de mettre un terme à ses crimes contre les Palestiniens à Gaza. Dans un communiqué rapporté par le site web pakistanais, WE News, Yvan Gil a qualifié la situation à Gaza de catastrophique, ce qui est en violation des accords internationaux sur le droit humanitaire. Yvan Gil a précisé que la Venezuela n’exporte pas actuellement de pétrole vers Israël et n’entretient pas de relations diplomatiques avec l’entité sioniste. Cependant, le pays était prêt à soutenir toute mesure adoptée au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) pour remédier à la situation à Gaza.

Faouzi Oki

 

La souffrance des Palestiniens est ancienne

Source : Le Courrier des Stratèges - Le 23/11/2023.

La souffrance des Palestiniens est ancienne – par Eva Karene Bartlett

Eva Karene Bartlett, de nationalité canadienne, est une des grandes journalistes contemporaines. Pour ses reportages libres sur le sort des Palestiniens, sur la guerre de Syrie ou la guerre d’Ukraine, elle est régulièrement la cible des chiens de garde de la presse subventionnée (les “fact-checkers” bien mal nommés puisque ce sont des censeurs, des “speech-checkers”). Nous avons demandé à Madame Bartlett l’autorisation de reproduire un récent en deux parties, datant de dix ans (les faits rapportés datent de la seconde partie des années 2000), sur les humiliations et souffrances subies par les Palestiniens, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Les actuels massacres et destructions commis en Palestine représentent une intensification de pratiques qu’Eva Bartlett décrit depuis des années.

Le texte original, en langue anglaise, est paru sur le blog In Gaza and beyond

Observations en Palestine occupée (partie 1)

Depuis mai 2007, j’ai vécu dans différentes régions de la Palestine occupée, j’ai été témoin des crimes de l’entité sioniste et j’ai partagé les tragédies quotidiennes, les injustices et les réalités de la vie des Palestiniens.

En 2007, en Cisjordanie occupée, j’ai été volontaire avec l’ISM (International Solidarity Movement) pendant huit mois, au cours desquels j’ai été détenue lors d’une manifestation contre une autoroute réservée aux Juifs en Cisjordanie, arrêtée lors d’une action d’expulsion d’un barrage routier, menottée et entravée pendant deux jours, puis finalement expulsée et interdite de séjour en Palestine occupée.

Au cours de ces mois, j’ai été témoin des aspects les plus horribles de la vie sous le régime sioniste : attaques par des colons juifs illégaux (également armés) et par des soldats sionistes contre des enfants, des femmes et des personnes âgées palestiniens ; points de contrôle militaires humiliants, dont certains avec des tourniquets semblables à ceux d’un zoo, qui servent tous à retarder ou à empêcher complètement les déplacements des Palestiniens ; raids et lock-downs de plusieurs semaines dans les villes palestiniennes, au cours desquels l’armée sioniste saccage les maisons et enlève généralement un ou plusieurs membres de la famille, y compris des enfants. Il y a actuellement 195 enfants palestiniens dans les prisons sionistes.


Vols de terres

À Susiya, un hameau des collines du sud de l’Hébron, j’ai été témoin du vol de terres et de leur annexion rapide par les colons juifs illégaux. Alors que nous étions en train de documenter cette annexion, un colon a admis avec joie que la terre était palestinienne mais que les vignes qu’ils avaient plantées sur le terrain valaient 60 000 shekels (environ 17 500 dollars) et étaient destinées à la production de vin. “Cela n’a pas d’importance. Vous voyez, les raisins que nous cultivons deviendront du vin. Et je boirai le vin. Tout ce que vous dites n’a pas d’importance.”

J’ai dormi dans les tentes des familles palestiniennes qui, vingt ans plus tôt, avaient été expulsées de leurs maisons et vivaient désormais dans des tentes délabrées, maintes fois démolies par l’armée sioniste – et toujours sous la menace d’une prochaine démolition. Nous sommes restés avec eux dans l’espoir de prévenir les attaques inévitables des colons voisins. Hajj Khalil, un octogénaire, avait été brutalement battu par des colons l’année précédente. Il a de nouveau été brutalement battu, ainsi que sa femme, l’année suivante.

“Judée et Samarie”

Lors de mes rencontres avec l’armée, qui dispose d’une base militaire près de Susiya, je les ai souvent entendus appeler la Cisjordanie occupée “Judée et Samarie”, ce qui témoigne de leur ignorance et de leur lavage de cerveau. D’ailleurs, le site Internet de l’armée d’occupation sioniste ne prétend même pas reconnaître la Palestine, qu’elle soit historique ou actuelle, et parle lui aussi de “Judée et Samarie”.

Khalil (Hébron) est l’un des exemples les plus effrontés du contrôle illégal de la terre palestinienne par des colons juifs. Environ 800 colons armés dirigent H2, une zone de Khalil entièrement contrôlée par les sionistes. À Tel Rumeida en particulier, les attaques ont été fréquentes et graves au fil des ans, leurs agressions sadiques étant soutenues par les soldats sionistes. Les Palestiniens de tous âges sont fréquemment pris pour cible et des familles ont été brutalement expulsées de leurs maisons par les colons qui les ont ensuite occupées.

À maintes reprises, en Palestine occupée, je me suis retrouvée avec d’autres militants de la solidarité à faire des choses qui semblaient être une pure perte de temps. À Khalil, nous nous tenions pendant des heures près des points de contrôle militaires et surveillions si les Palestiniens étaient indûment retenus ou empêchés de passer par les soldats sionistes.

Dans certains cas, notre présence faisait honte aux soldats et les Palestiniens étaient autorisés à passer, mais dans la plupart des cas, les soldats étaient si belliqueux qu’ils se moquaient que nous voyions (et filmions) leurs actes de cruauté à l’encontre des Palestiniens. Souvent, nous avons également été détenus ou arrêtés par les soldats sionistes lorsque nous refusions de quitter une zone soudainement considérée comme une “zone militaire fermée”, une tactique utilisée par l’armée sioniste pour empêcher les Palestiniens et les étrangers d’entrer dans une zone, mais aussi pour annexer davantage de terres palestiniennes (comme ce fut le cas à Susiya).

Dans la rue Shuhada (Martyrs) – autrefois la rue principale de Khalil, florissante et prospère, aujourd’hui une rue fantôme, aux maisons fermées et racistes, aux graffitis haineux peints sur les portes et les murs – nous restions assis pendant des heures sous le soleil, simplement comme une présence qui pourrait dissuader les colons d’attaquer les enfants palestiniens qui se rendaient à l’école, ou les femmes et les personnes âgées palestiniennes qui se déplaçaient. Rester assis pendant des heures semblait être une perte de temps colossale, mais dans de nombreux cas, notre présence permettait effectivement un certain degré de sécurité.

Nous avons participé à la reconstruction de maisons démolies par l’armée sioniste sous le faible prétexte de l’absence de permis de construire (accordé par Israël) ou de lois sur le zonage. À l’une de ces occasions, la famille que nous accompagnions reconstruisait pour la troisième fois. Le Comité israélien contre les démolitions de maisons estime qu’au moins 27 000 maisons palestiniennes ont été démolies depuis 1967 (sans compter celles qui ont été bombardées à Gaza). Dans le cadre du “plan Prawer”, les sionistes ont l’intention de déplacer 70 000 Palestiniens ayant la citoyenneté “israélienne” et de détruire 35 villages dans le désert du Naqab, en Palestine occupée.

“Les colons n’ont pas été chagrinés lorsque nous avons crié ‘Vous allez tuer quelqu’un!'”

Pendant la saison des olives, nous avons rejoint des familles dans des régions connues pour les attaques brutales des colons illégaux, récoltant les olives avec les Palestiniens locaux jusqu’à ce que les attaques inévitables se produisent. À une occasion, un Palestinien a été méchamment blessé à la tête par de lourdes pierres lancées contre lui. J’ai manqué de peu de recevoir une pierre sur la tempe, la main de mon appareil photo l’ayant bloquée. Les quelque six colons installés sur une colline au-dessus de nous n’ont pas été chagrinés lorsque nous avons crié qu’ils allaient tuer quelqu’un. C’était, après tout, leur intention.

Une autre absurdité pendant la saison de la récolte des olives, et en général pour tout agriculteur essayant d’accéder à sa terre, est la nécessité d’obtenir un permis, accordé (ou non) par les sionistes. Et même avec ce permis, il n’y a aucune garantie que les Palestiniens pourront accéder à leurs terres et y travailler.

Lors d’une invasion militaire dans la vieille ville de Naplouse, au nord de la Cisjordanie, nous avons parcouru les rues pour apporter de la nourriture aux Palestiniens bloqués dans leurs maisons, et nous avons escorté ceux qui étaient sortis de chez eux lorsque le “couvre-feu” (lock-down) a été imposé. À un moment donné, après avoir escorté trois femmes dans des maisons encerclées par des soldats sionistes, un infirmier palestinien que nous accompagnions a été fait prisonnier par les soldats, les yeux bandés et les mains menottées, et utilisé comme bouclier humain pour dissuader la résistance palestinienne de riposter contre les soldats envahisseurs. Aucune de nos tentatives pour négocier sa libération n’a abouti ; le fait d’informer les soldats qu’il était illégal d’utiliser des civils – et même des médecins – comme boucliers humains n’a eu aucun effet. Après tout, les sionistes sont au-dessus des lois…

Bil’in, un village situé au nord de Ramallah, a été l’un des premiers villages à protester contre le mur gargantuesque et illégal que les sionistes sont en train de construire et qui s’enfonce profondément dans la Cisjordanie déjà occupée. Depuis 2005, des hommes, des femmes, des enfants et des anciens de Bil’in ont marché tous les vendredis sur leurs terres, protestant contre cette nouvelle annexion sioniste et la perte de 60 % des terres du village. Ils sont systématiquement confrontés à un assaut de balles réelles, de balles en métal recouvertes de caoutchouc et de volées de gaz lacrymogène.

Une grenade lacrymogène tue Bassam Abu Rahme

Les balles “en caoutchouc” sont en fait des roulements métalliques recouverts d’une très fine couche de caoutchouc, souvent fendus intentionnellement avant d’être tirés, afin d’infliger un maximum de blessures. Elles sont destinées à être utilisées uniquement sur les jambes, mais les soldats sionistes tirent régulièrement sur le visage.

La quantité de gaz lacrymogène tirée sur les manifestants de Bil’in est stupéfiante, mais la manière dont ils sont tirés est encore plus mortelle : souvent, ils sont tirés directement sur la personne, ce qui a entraîné la mort de Bassam Abu Rahme. Atteint à quelques mètres à peine par une grenade lacrymogène à haute vélocité, Bassam n’a pas survécu. Au moment de son assassinat en avril 2009, il était le 18e manifestant contre le mur à être assassiné par l’armée sioniste, de nombreux jeunes de 14 à 16 ans et un enfant de 10 ans figurant parmi les morts.

Ceux qui sont considérés comme des organisateurs sont systématiquement enlevés, à la fois pendant les manifestations et pendant les raids nocturnes sur le village, et sont généralement gardés sans inculpation pendant des mois, certains des 134 Palestiniens étant détenus dans des prisons sionistes dans le cadre de la “détention administrative”.

A Bil’in et dans les nombreux autres villages palestiniens qui organisent de telles manifestations gandhiennes, nous avons défilé avec eux et avons été également affaiblis par les nuages de gaz lacrymogènes. Lorsqu’il semblait que l’armée allait enlever un Palestinien, nous essayions de le “désarrêter”. Une fois, en enroulant nos membres autour d’Adeeb, l’un des nombreux manifestants enlevés à Bil’in, nous avons réussi à éviter son arrestation, mais nous avons été frappés au corps et à la tête avant que les soldats ne lancent une bombe lacrymogène directement sur nous [vidéo].

Le gandhisme est permanent…et piétiné, en Palestine!

L’ironie d’une telle brutalité contre les diverses manifestations non violentes est que les médias corporatistes disent souvent “pourquoi n’y a-t-il pas de Gandhi palestinien ?”. Mais chaque jour de survie sous la domination sioniste est en soi une protestation non violente, sans parler des manifestations qui ont lieu chaque semaine.

Bien que j’aie été témoin d’horribles actes de violence et de dégradation contre les Palestiniens aux mains de l’armée sioniste et des colons, au cours des quatre années environ que j’ai passées en Palestine occupée, j’ai aussi vu, de manière surprenante, beaucoup de beauté, de générosité, de culture et de résilience.

Cela n’est pas surprenant pour quiconque connaît les Palestiniens, mais pour un observateur qui n’entendrait parler que des diverses guerres que l’État sioniste inflige aux Palestiniens occupés, on ne s’attendrait guère à ce que la beauté et la vie s’épanouissent.

Cependant, la souffrance et la tragédie l’emportent largement sur la joie et l’espoir, dans un déséquilibre similaire à celui du rapport de force entre l’État sioniste, lourdement armé, et les Palestiniens occupés, armés de pierres et de roquettes artisanales.

Le moins que je puisse faire, que nous puissions faire, c’est de travailler à modifier ce déséquilibre des forces en faveur de la justice.

(A suivre)

A Gaza rien de nouveau

Source : Le Courrier des Stratèges - par Edouard Husson - Le 24/11/2023.

A Gaza rien de nouveau – par Eva Karen Bartlett

Eva Karene Bartlett, de nationalité canadienne, est une des grandes journalistes contemporaines. Pour ses reportages libres sur le sort des Palestiniens, sur la guerre de Syrie ou la guerre d’Ukraine, elle est régulièrement la cible des chiens de garde de la presse subventionnée (les “fact-checkers” bien mal nommés puisque ce sont des censeurs, des “speech-checkers”). Nous avons demandé à Madame Bartlett l’autorisation de reproduire un récent en deux parties, datant de dix ans (les faits rapportés datent de la seconde partie des années 2000), sur les humiliations et souffrances subies par les Palestiniens, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Les actuels massacres et destructions commis en Palestine représentent une intensification de pratiques qu’Eva Bartlett décrit depuis des années. Si le récit consacré à la Cisjordanie, que nous avons reproduit hier, était poignant, celui concernant Gaza est proprement terrifiant

L’original anglais peut être consulté sur le blog: In Gaza and beyond

Observations de la Palestine occupée (partie II -Gaza) – novembre 2013

Le mois dernier, des pluies torrentielles d’une ampleur inhabituelle ont inondé une grande partie de la bande de Gaza, qui était déjà sous le choc d’un siège israélo-égyptien qui dure depuis 2006. Des centaines de milliers de personnes ont été touchées et plus de 5 000 ont été évacuées de leur domicile. Des coupures d’électricité de 20 à 22 heures par jour, voire des journées entières, sont devenues la norme, affectant tous les aspects de la vie à Gaza.

La bande de Gaza, une bande de terre de 365 kilomètres carrés, longue de 40 km et large de 12 km, accueille 1,7 million de Palestiniens, dont les deux tiers sont des réfugiés.

Alors que les souffrances de Gaza remontent à plusieurs décennies, depuis 2006, une grande partie du monde a coupé les liens avec Gaza et, depuis 2007, Israël, soutenu par l’Égypte et les puissances occidentales, impose un blocus total à la bande de Gaza.

Israël et l’Egypte ont imposé un blocus à Gaza depuis 2007

Il ne s’agit pas simplement d’un blocus économique, mais plutôt d’un verrouillage complet des déplacements, des marchandises, de l’accès aux soins de santé à l’extérieur, et d’une limitation des importations de carburant, de gaz de cuisine et de médicaments, pour ne citer que quelques articles, dans l’enclave. Cette situation a des répercussions sur tous les aspects de la vie imaginables.

En novembre 2008, j’ai rejoint un bateau de parlementaires européens naviguant de Chypre à la bande de Gaza, pour tenter de briser symboliquement le blocus. Outre cet acte de solidarité, c’était aussi mon seul moyen d’entrer dans la bande de Gaza. Tous les postes-frontières, sauf un, étant contrôlés par Israël et les autres par le régime égyptien(complice) de Moubarak, l’entrée par la mer était la seule option. Toutefois, l’issue n’était pas certaine : Israël contrôle également les eaux palestiniennes.

Canonnière israélienne encadrant le Dignity alors qu’il naviguait dans les eaux internationales en direction des eaux palestiniennes.

Organisée par le mouvement Free Gaza, la traversée de novembre était la troisième du genre. Deux autres bateaux ont atteint les côtes palestiniennes avant que les navires de guerre israéliens ne commencent à entraver violemment le passage, y compris en éperonnant un bateau.

J’ai rejoint la poignée d’autres militants des droits de l’homme de l’ISM (International Solidarity Movement) pour entamer ce qui allait être, pendant trois ans, l’expérience la plus surréaliste et la plus horrible que j’aie jamais vécue en tant qu’activiste.

Notre travail consistait à accompagner des agriculteurs et des pêcheurs qui tentaient d’exercer leur métier, régulièrement sous le feu des mitrailleuses des soldats sionistes. Dans le cas des pêcheurs, ils sont également soumis à des bombardements et à des attaques au canon à eau de forte puissance, dont la force brise les fenêtres, fend les éléments structurels en bois des bateaux et détruit l’équipement de navigation électronique. La marine israélienne ajoute souvent un produit chimique à l’eau pulvérisée, ce qui fait que les victimes trempées empestent les excréments pendant des jours. [vidéos]

Harcèlement et agressions des pêcheurs palestiniens par la marine israélienne

Lors d’un assaut contre des pêcheurs, la marine a d’abord pulvérisé des tirs de mitrailleuse sur un chalutier à un kilomètre de la côte nord de Gaza pendant environ quinze minutes, avant de tirer un missile qui a mis le feu au bateau. Les pêcheurs ont sauté par-dessus bord et ont été sauvés, mais pas le bateau. Ravagé par les flammes, le bateau a été détruit et, avec lui, les moyens de subsistance des quelque huit pêcheurs qui travaillaient régulièrement sur le bateau.

Une demi-heure après ma première sortie avec les pêcheurs, en novembre 2008, une canonnière israélienne nous a chargés, faisant une embardée à la dernière minute. Intimidation. Les pêcheurs se sont précipités pour remonter leurs filets. Peu après, une autre canonnière s’est dirigée vers nous en tirant des coups de canon à eau. Notre chalutier a réussi à s’échapper avant l’arrosage. Ce harcèlement mineur n’est rien en comparaison des agressions répétées qui se produisent généralement lorsque les pêcheurs tentent de pêcher, ne serait-ce qu’à quelques kilomètres de la côte. En vertu des accords d’Oslo, les pêcheurs palestiniens ont le droit de pêcher à 20 milles nautiques, mais la règle israélienne fixe la limite à six milles. Souvent, lorsque les pêcheurs sont attaqués en mer, c’est à plusieurs reprises, car la marine israélienne les suit d’un endroit à l’autre, ce qui rend leurs efforts de pêche largement infructueux.

Les pêcheurs sont régulièrement enlevés et leurs bateaux volés par la marine. Si les bateaux sont restitués, c’est inévitablement après de nombreux mois, et dépouillés de leurs filets et de leur équipement. Le processus d’enlèvement des pêcheurs se déroule généralement comme suit : une ou plusieurs canonnières israéliennes attaquent le chalutier (ou les petites embarcations à rames courantes à Gaza) à la mitrailleuse et/ou au canon ; la marine ordonne aux pêcheurs de se déshabiller jusqu’aux sous-vêtements, de plonger dans l’eau et les oblige souvent à nager ou à faire du sur-place pendant de longues périodes, quelle que soit la température de l’eau. Les pêcheurs sont ensuite remontés à bord, enlevés dans un centre de détention et interrogés sur tout ce qui n’a rien à voir avec la pêche.

Intimidation des agriculteurs

Une politique d’intimidation similaire est appliquée quotidiennement dans les régions frontalières de Gaza, où les agriculteurs et toute personne travaillant ou vivant près de la frontière sont exposés à des tirs de mitrailleuses ou à des bombardements. Parmi eux, certains des plus pauvres de la bande de Gaza, généralement des enfants, travaillent dans les régions frontalières pour ramasser des pierres et des gravats (provenant des maisons détruites par l’armée israélienne) afin de les revendre dans le secteur de la construction. Ces travailleurs sont doublement menacés : ils risquent d’être pris pour cible par des mitrailleuses ou des tirs d’artillerie et de voir exploser les engins non explosés qui se trouvent sous les décombres lorsqu’ils sont dérangés [vidéos].

Pendant la guerre de 2008-2009 contre la population de Gaza, outre les bombardements des avions de guerre, de nombreuses maisons dans les régions frontalières ont été détruites par des explosifs de démolition. Cela s’est accompagné de la destruction intentionnelle de puits et de citernes dans les régions frontalières. Les chars et les bulldozers ont transformé d’immenses étendues de terre en vagues de terre inexploitables. La combinaison de tous ces éléments a rendu les zones flanquant la frontière invivables et presque impossibles à cultiver. [voir : Ils font comme de l’art ici]

Les agriculteurs qui tentent d’accéder à leurs terres, qu’il s’agisse de personnes âgées ou d’enfants (hommes et femmes), sont régulièrement pris pour cible par les soldats israéliens. La “zone tampon” de 50 mètres établie unilatéralement par les autorités israéliennes du côté de Gaza au milieu des années 90 a été étendue au fil des ans jusqu’à la “zone tampon” actuelle de 300 mètres. En réalité, la politique actuelle consiste à attaquer les Palestiniens jusqu’à deux kilomètres de la frontière.

Zone interdite et tirs arbitraires

Cette zone interdite dérobe environ un tiers des terres agricoles de Gaza, des terres qui se trouvent être parmi les plus fertiles de la bande. Il s’agit d’une zone autrefois connue comme le “grenier à blé” de Gaza en raison des nombreux oliviers, arbres fruitiers et à noix, du blé et du seigle, des lentilles et des pois chiches, ainsi que des divers légumes et fruits qui poussaient autrefois en abondance sur ces terres. Aujourd’hui, au nom de la “sécurité”, toutes les semaines ou toutes les deux semaines, des bulldozers blindés accompagnés de chars d’assaut rasent des pans entiers de terres agricoles, même au-delà de la limite de 300 mètres imposée par Israël.

Nous avons accompagné des agriculteurs en train de planter du blé ou de récolter leurs cultures, souvent des cultures à faible rendement comme le persil ou les lentilles. Ce faisant, ils sont régulièrement la cible de tirs de soldats israéliens à bord de jeeps ou de tireurs d’élite depuis des monticules de terre situés le long de la clôture frontalière. Certains agriculteurs sont des travailleurs rémunérés, gagnant au mieux l’équivalent de cinq dollars par jour, ce qui contribue au revenu de leur famille. D’autres sont des grands-parents, des petits-enfants, qui travaillent sur des terres que leurs familles cultivent depuis des générations.

Des tours de tir militaires sont disséminées le long de la frontière, y compris des tours télécommandées dotées de mitrailleuses pivotantes tirées par des soldats équipés de manettes dans des salles de contrôle situées à des kilomètres de là. Notre politique consistait à nous tenir debout, les bras levés, visiblement vides de tout ce qui pouvait être interprété comme une menace, et à rester sur place jusqu’à ce que les agriculteurs veuillent partir. Il s’agissait pour les agriculteurs de réclamer les terres dont ils sont chassés de force par les politiques et les tirs israéliens. Nous ne portions qu’un mince gilet fluorescent, et la plupart d’entre nous avions des appareils photo ou des caméras vidéo pour documenter l’agression.

Lorsque les soldats tirent, c’est souvent après avoir surveillé les agriculteurs pendant de longues périodes. Dans un cas, l’armée nous a observés pendant deux heures alors que nous travaillions sur un terrain situé à plus de 500 mètres de la frontière, et a choisi le moment où les ouvriers agricoles poussaient une camionnette pleine de persil pour commencer à leur tirer dessus. Bien que nous nous soyons placés devant les fermiers, entre eux et les soldats, ces derniers ont tiré autour de nous, touchant au mollet un ouvrier agricole sourd de dix-sept ans.

Dans un autre cas, nous avons essuyé des tirs nourris pendant plus de 40 minutes de la part de soldats israéliens qui se trouvaient à environ 500 mètres de nous. Les fermiers étaient couchés sur le sol, sans aucun abri pour les protéger. Nous sommes restés debout, les balles volant à quelques mètres de nos mains, de nos têtes, de nos pieds. L’ambassade du Canada m’a appelé pour me dire qu’elle ne ferait rien et que les travailleurs humanitaires devraient être conscients des politiques de sécurité israéliennes dans les régions frontalières de Gaza.

Même si la blessure n’est pas immédiatement mortelle, les personnes touchées par des tirs dans les zones frontalières risquent de se vider de leur sang avant d’avoir accès à des soins médicaux. Les ambulances, également visées par les tirs et les bombardements israéliens, ne peuvent pas prendre le risque de s’approcher trop près de la frontière. Ainsi, lorsque Ahmed Deeb, un jeune homme de 21 ans qui participait à une manifestation contre les politiques frontalières, a reçu une balle dans l’artère fémorale, le temps qu’un groupe de jeunes hommes le transporte jusqu’à une ambulance plus éloignée, il avait perdu trop de sang et est décédé en arrivant à l’hôpital. (voir aussi : Quelle menace ai-je fait peser sur les soldats israéliens ?]

“Les Israéliens refusent aux Palestiniens la dignité de récupérer les corps”

Le 14 juin 2009, nous avons rejoint des volontaires palestiniens dans la région de Beit Hanoun, au nord de Gaza, pour rechercher le corps d’un jeune homme disparu deux mois auparavant. Un berger de la région avait signalé avoir senti ce qui semblait être un cadavre dans la région nord-est, près de la barrière frontalière. Alors que nous marchions en ligne, ratissant le sol à la recherche du corps, les soldats israéliens ont commencé à nous tirer dessus. Le père du défunt marchait avec nous, esquivant chaque coup de feu tiré dans notre direction. Les balles se rapprochaient et se rapprochaient de plus en plus vite alors que nous localisions le corps en état de décomposition avancée, que nous le chargions sur un drap et que nous l’emportions, le père gémissant. Les Israéliens refusent aux Palestiniens la dignité de récupérer les corps de leurs proches.

La guerre israélienne de 2008-2009 a fait 1419 morts

Pendant la guerre israélienne de 2008-2009 contre Gaza, qui a fait au moins 1419 morts, nous nous sommes portés volontaires pour accompagner le Croissant-Rouge palestinien dans ses ambulances et documenter les atrocités et les crimes de guerre israéliens.

En accompagnant les ambulances, nous voulions dissuader les avions de guerre, les chars et les drones d’attaquer les médecins. Nous avons été encouragés par le fait qu’au cours de la première semaine, deux travailleurs médicaux avaient déjà été tués et 15 autres blessés dans l’exercice de leurs fonctions (à la fin des 23 jours d’attaques, 23 travailleurs d’urgence avaient été tués et 50 blessés). En vertu des conventions de Genève, les médecins et les secouristes doivent pouvoir accéder en toute sécurité aux blessés et aux morts. À Gaza, comme c’est souvent le cas, le droit international n’a pas d’importance, et les médecins sont empêchés d’atteindre ceux qui les appellent, et les médecins sont pris pour cible. [voir aussi : Defend the Rescuers et Rescuers Targeted, One Year On]

Dans les premières minutes de l’attaque, les avions de guerre israéliens ont pris pour cible des postes de police situés dans des zones densément peuplées de la bande de Gaza. L’hôpital Shifa, le principal hôpital de Gaza, était une masse chaotique de personnes à la recherche de leurs proches et de corps un peu partout. Les étages de l’hôpital étaient couverts de personnes dont l’état était plus ou moins grave et qui attendaient d’être soignées, y compris dans l’unité de soins intensifs sous-équipée. Les ambulances et les voitures défilent à toute allure, déposant les blessés et les morts.

Le poste du Croissant-Rouge, situé à l’est de Jabalia, dans le nord de Gaza, était, dès notre deuxième matinée avec les médecins, trop dangereux d’accès : l’invasion terrestre avait commencé pendant la nuit, et les obus volaient dangereusement près du bâtiment. Le matin, il était impossible d’y accéder et, à la fin des attaques, nous sommes revenus pour le trouver criblé de tirs de mitrailleuses et touché par des obus. Le deuxième matin, un infirmier avec qui j’avais travaillé toute la soirée a été tué par une bombe à fléchettes tirée sur son ambulance. [voir aussi : Assurer un maximum de pertes à Gaza].

Le 6 janvier, des bombes israéliennes ont pris pour cible une école de l’ONU, Fakhoura, un sanctuaire connu pour abriter de nombreux Palestiniens déplacés à l’intérieur de leur propre pays. Lorsque la quatrième bombe a frappé, 43 civils ont été tués et 10 blessés.

En accompagnant les médecins, j’ai vu des personnes horriblement brûlées et mutilées par le phosphore blanc utilisé en divers endroits de la bande de Gaza. Le phosphore blanc brûle jusqu’à ce que l’on soit privé d’oxygène.

Novembre 2012: 8 jours de bombardements israéliens qui tuent 171 Palestiniens

J’ai également vu des civils terrifiés qui avaient été pris en otage par l’armée, privés de nourriture, d’eau et de médicaments et, dans de nombreux cas, terrorisés. Des gens qui affluent de tout le nord de Gaza, à pied, sous les bombes, à la recherche d’une sécurité inexistante. Et les victimes des frappes de drones : l’armée emploie la méthode de bombardement “double-tap” : elle frappe une zone et frappe à nouveau dans les minutes qui suivent, bombardant avec précision ceux qui sont venus aider les victimes de la première frappe. Je n’oublierai jamais le cri strident d’un homme dont la femme a été prise dans cette deuxième frappe fatale, hurlant en ramassant les morceaux de sa bien-aimée et en l’accompagnant à la morgue.

De nombreuses atrocités plus tard, au terme de 23 jours de bombardements incessants, nous avons commencé à voir l’immensité des attaques à l’échelle de la bande. Des personnes assassinées à bout portant, y compris des enfants ; des familles enterrées vivantes lors du bombardement de bâtiments entiers, dont les survivants ont été privés de soins médicaux pendant des jours, jusqu’à ce que nombre d’entre eux succombent à leurs blessures ; des graffitis racistes laissés sur les murs des maisons occupées par les soldats sionistes ; des murs de terre de la taille d’un terrain de football, qui ont été détruits par les bombardements ; des fosses en terre de la taille d’un terrain de football utilisées pour détenir des prisonniers dénudés, détenus pendant des jours, dont certains ont ensuite été emmenés dans des prisons israéliennes ; des hôpitaux bombardés, notamment au phosphore blanc, y compris un hôpital de rééducation où la plupart des patients étaient invalides ; des jardins d’enfants, des universités, des mosquées, des marchés, des écoles et des fermes, bombardés et détruits. [voir : Les crimes de guerre israéliens se révèlent au grand jour].

Ce scénario cauchemardesque s’est reproduit en novembre 2012, sous huit jours de bombardements israéliens qui ont tué 171 Palestiniens. Non seulement l’armée a massacré d’autres Palestiniens, mais elle a également dévasté les infrastructures de la bande de Gaza, détruisant à nouveau des ponts importants, des canalisations d’eau et d’égouts, des écoles, un stade de football, des cliniques et des hôpitaux, ainsi que des stations de télévision, laissant à nouveau les Palestiniens nettoyer les dégâts causés par les jeux de guerre d’Israël. Dans le même temps, les autorités israéliennes ont restreint et maintenant interdit l’entrée des matériaux de construction dans la bande de Gaza, rendant la reconstruction des maisons et des bâtiments détruits quasiment impossible [voir : Tuer avant le calme et L’aplatissement de Gaza].

Même sans les massacres et les fusillades, la vie est plus qu’insupportable à Gaza.

En 2006, les avions de guerre sionistes ont bombardé l’unique centrale électrique de Gaza, qui fournissait alors environ la moitié des besoins énergétiques de la bande. Depuis lors, l’interdiction des matériaux de construction et des pièces de rechange a eu pour conséquence que la centrale n’a jamais été entièrement réhabilitée, la pénurie d’électricité provoquant des coupures de courant. En période de prospérité, les coupures de courant ne durent que 6 à 8 heures par jour. Actuellement, en raison d’une pénurie de carburant due à la fois à la complicité du gouvernement de Ramallah et au bombardement des tunnels vitaux entre Gaza et l’Égypte, Gaza manque tellement de carburant pour faire fonctionner sa centrale électrique que les coupures de courant durent en moyenne de 14 à 18 heures par jour.

La destruction permanente des infrastructures

Cette situation a des répercussions dangereuses sur les secteurs de la santé, de l’assainissement, de l’eau, de l’éducation et de l’industrie. Les équipements de survie des hôpitaux, les salles d’opération, les unités de soins intensifs, les appareils de dialyse, les réfrigérateurs pour le plasma et les médicaments, et même les simples services de blanchiment hygiénique sont tous touchés

Les stations d’épuration, déjà surchargées de travail faute de réparations et d’agrandissement des bassins de rétention des eaux usées, finissent par déverser 90 millions de litres ou plus d’eaux usées dans la mer ; en cas de coupure d’électricité, le déversement est aggravé et les bassins d’eaux usées débordent parfois dans les zones résidentielles, comme cela s’est produit récemment dans un quartier de la ville de Gaza. [voir : Attack on Water Brings Sanitation Crisis et Israel’s threat to cut Gaza water supply would be “complete catastrophe”

Les tunnels de Gaza

J’ai visité quelques tunnels pendant mon séjour à Gaza. Bien que certains des centaines de tunnels reliant Gaza à l’Égypte aient été fortifiés et soient suffisamment grands pour permettre le passage d’objets interdits, tels que des véhicules ou même des chameaux, les tunnels que j’ai vus étaient petits, faiblement fortifiés par endroits avec des planches de bois, et chevauchaient des tunnels voisins, côte à côte, l’un sur l’autre. Les personnes travaillant dans les tunnels font partie de la population désespérément pauvre de Gaza, travaillant de longues heures sous une chaleur insupportable pour un salaire de misère, et toujours exposées aux dangers de l’effondrement du tunnel, de l’électrocution due à un mauvais câblage à l’intérieur, ou des bombardements sionistes.

Mais les tunnels autorisés à entrer dans Gaza sont interdits ou limités par le régime sioniste. Entre 2008 et 2010, ces produits interdits comprenaient des articles aléatoires tels que des couches, du papier A4, du bétail, des semences, des engrais, des chaussures et des pâtes. Le régime israélien est allé jusqu’à calculer la quantité minimale de calories nécessaires pour que les Palestiniens ne soient pas complètement affamés (voir : Food Consumption in the Gaza Strip-Red Lines). Même après l’allègement de certaines de ces restrictions ridicules, les tunnels sont restés essentiels pour l’importation de quantités suffisantes de carburant et de gaz de cuisine.

Les dommages causés à l’aquifère côtier par l’extraction excessive seront irréversibles en 2020 si aucune mesure n’est prise aujourd’hui, selon un rapport de l’ONU de 2012. À l’heure actuelle, 95 % de l’eau de Gaza est impropre à la consommation selon les normes de l’OMS.

Les couches de crise fabriquées qui rendent la vie à Gaza tout à fait insupportable et dangereuse ont continué à s’intensifier alors que, dans le même temps, le black-out médiatique sur Gaza se poursuit. De mon expérience dans la bande de Gaza, et notamment de mes rencontres avec les différents responsables de l’eau, de l’assainissement, de la santé et de l’agriculture, j’ai appris que la dépendance actuelle de 80 % à l’égard de l’aide alimentaire pourrait être inversée, que les taux de chômage pourraient être réduits et qu’une qualité de vie décente serait possible si, et seulement si, le blocus était levé, les exportations et la liberté de circulation autorisées, et les attaques israéliennes contre les agriculteurs et les pêcheurs stoppées.

En attendant, et tant que les dirigeants du monde, y compris ceux du Canada, ne cesseront pas de soutenir aveuglément l’État sioniste et n’agiront pas pour faire appliquer les nombreuses résolutions de l’ONU qui rendent justice aux Palestiniens, les souffrances ne feront qu’empirer.

Le Hamas gagne la bataille de Gaza

Source : RzO international - Le 24/11/2023.

par Scott Ritter

Le cessez-le-feu récemment annoncé est une bénédiction pour les Palestiniens comme pour les Israéliens. Il permet d’échanger des prisonniers, de distribuer de l’aide humanitaire à ceux qui en ont besoin et de calmer les émotions des deux côtés du conflit.

Si le cessez-le-feu, négocié entre Israël et le Hamas par le Qatar, a fait l’objet d’un accord mutuel entre les deux parties, il ne faut pas croire qu’il s’agit d’une victoire pour le Hamas. Israël a adopté une position très agressive : Compte tenu de son objectif annoncé de détruire le Hamas en tant qu’organisation, il n’aurait accepté aucun cessez-le-feu, quelles que soient les conditions.

Le Hamas, quant à lui, avait fait de la libération des prisonniers palestiniens, et en particulier des femmes et des enfants, détenus par Israël, l’un des principaux objectifs qu’il s’était fixés en lançant le cycle actuel de combats avec Israël. Vu sous cet angle, le cessez-le-feu représente une victoire importante pour le Hamas et une défaite humiliante pour Israël.

L’une des raisons pour lesquelles Israël a évité un cessez-le-feu est qu’il était persuadé que l’opération offensive qu’il avait lancée dans le nord de Gaza allait neutraliser le Hamas en tant que menace militaire, et que tout cessez-le-feu, quelle que soit la justification humanitaire, ne ferait que donner du temps à un ennemi du Hamas vaincu pour se reposer, se rééquiper et se regrouper. Le fait qu’Israël ait signé un cessez-le-feu est le signe le plus sûr que tout ne va pas pour le mieux dans l’offensive israélienne contre le Hamas.

Ce résultat n’aurait dû surprendre personne. Lorsque le Hamas a lancé son attaque du 7 octobre contre Israël, il a mis en œuvre un plan élaboré depuis des années. L’attention méticuleuse portée aux détails dans l’opération du Hamas souligne le fait que le Hamas avait étudié les services de renseignement et les forces militaires israéliennes déployées contre lui, découvrant des faiblesses qui ont été exploitées par la suite. L’action du Hamas représentait plus qu’une planification et une exécution tactiques et opérationnelles saines, c’était aussi un chef-d’œuvre de conceptualisation stratégique.

L’une des principales raisons de la défaite israélienne du 7 octobre est que le gouvernement israélien était convaincu que le Hamas n’attaquerait jamais, quoi qu’en disent les analystes du renseignement chargés de surveiller les activités du Hamas à Gaza. Ce manque d’imagination est dû au fait que le Hamas a identifié les buts et objectifs politiques d’Israël (l’annulation du Hamas en tant qu’organisation de résistance en entreprenant une politique visant à «acheter» le Hamas par le biais d’un programme élargi de permis de travail délivrés par Israël aux Palestiniens vivant dans la bande de Gaza). En jouant le jeu du programme de permis de travail, le Hamas a incité les dirigeants israéliens à la complaisance, ce qui a permis au Hamas de préparer son attaque au vu et au su de tous.

L’attaque du 7 octobre par le Hamas n’était pas une opération isolée, mais faisait plutôt partie d’un plan stratégique ayant trois objectifs principaux :

Remettre la question d’un État palestinien sur le devant de la scène internationale, libérer les milliers de prisonniers palestiniens détenus par Israël et contraindre Israël à cesser de profaner la mosquée Al Aqsa, le troisième lieu saint de l’islam.

L’attaque du 7 octobre ne pouvait pas, à elle seule, atteindre ces résultats. Elle a plutôt été conçue pour déclencher une réaction israélienne qui créerait les conditions nécessaires à la réalisation des objectifs du Hamas.

L’attaque du 7 octobre a été conçue pour humilier Israël jusqu’à l’irrationalité, afin de s’assurer que toute réponse israélienne serait gouvernée par le besoin émotionnel de vengeance, par opposition à une réponse rationnelle visant à annuler les objectifs du Hamas. Dans ce cas, le Hamas a été guidé par la doctrine israélienne établie de punition collective (connue sous le nom de doctrine Dahiya, du nom de la banlieue ouest de Beyrouth qui a été lourdement bombardée par Israël en 2006 afin de punir le peuple libanais pour l’échec d’Israël à vaincre le Hezbollah au combat). En infligeant à Israël une défaite humiliante qui a brisé le mythe de l’invincibilité israélienne (en ce qui concerne les forces de défense israéliennes) et de l’infaillibilité (en ce qui concerne les services de renseignement israéliens), et en prenant en otage des centaines d’Israéliens avant de se retirer dans son repaire souterrain sous Gaza, le Hamas a tendu à Israël un piège dans lequel le gouvernement du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s’est précipité, comme on pouvait s’y attendre.

Le Hamas a préparé un réseau de tunnels sous la bande de Gaza qui, au total, s’étend sur plus de 500 kilomètres. Surnommés le «métro de Gaza», ces tunnels consistent en de profonds bunkers souterrains interconnectés utilisés pour le commandement et le contrôle, le soutien logistique, le traitement médical et le cantonnement, ainsi que d’autres réseaux de tunnels dédiés aux opérations défensives et offensives. Les tunnels sont enterrés suffisamment profondément pour ne pas être détruits par la plupart des bombes en possession d’Israël et ont été conçus pour résister à un siège d’une durée maximale de trois mois (90 jours).

Le Hamas sait qu’il ne peut pas engager un affrontement classique force contre force avec Israël. L’objectif était plutôt d’attirer les forces israéliennes dans la bande de Gaza, puis de les soumettre à une série interminable d’attaques par de petites équipes de combattants du Hamas qui émergeraient de leurs repaires souterrains, attaqueraient une force israélienne vulnérable, puis disparaîtraient à nouveau sous terre. En bref, soumettre l’armée israélienne à ce qui équivaut à une mort par mille coupures.

Et cela a fonctionné. Si les forces israéliennes ont pu pénétrer dans les zones moins urbanisées du nord de la bande de Gaza, profitant de la mobilité et de la puissance de feu de leurs troupes blindées, les progrès sont illusoires, car les forces du Hamas harcèlent continuellement les Israéliens, utilisant des roquettes à tête tandem meurtrières pour mettre hors service ou détruire les véhicules israéliens, tuant des dizaines de soldats israéliens et en blessant des centaines d’autres. Alors qu’Israël s’est montré réticent à communiquer le nombre de véhicules blindés perdus de cette manière, le Hamas affirme qu’ils se comptent par centaines. Les affirmations du Hamas sont renforcées par le fait qu’Israël a mis fin à la vente des anciens chars Merkava 3 et a organisé son inventaire de ces véhicules en nouveaux bataillons de blindés de réserve pour compenser les lourdes pertes subies à Gaza et le long de la frontière nord avec le Liban, où les forces du Hezbollah sont engagées dans une guerre d’usure meurtrière avec Israël dans le cadre d’opérations destinées à soutenir le Hamas dans la bande de Gaza.

Mais la principale raison de la défaite d’Israël à ce jour est Israël lui-même. Après avoir mordu à l’hameçon et être tombé dans le piège du Hamas, Israël a poursuivi l’exécution de sa doctrine Dahiya contre la population palestinienne de Gaza, en menant des attaques aveugles contre des biens civils, au mépris flagrant du droit de la guerre. On estime à 13 000 le nombre de civils palestiniens tués par ces attaques, avec notamment plus de 5000 enfants. Des milliers d’autres victimes sont encore ensevelies sous les décombres de leurs habitations détruites.

Alors qu’Israël aurait pu obtenir le soutien de la communauté internationale à la suite de l’attaque du 7 octobre menée par le Hamas, sa réaction manifestement excessive a plutôt retourné l’opinion publique mondiale contre lui, ce sur quoi le Hamas comptait.

Aujourd’hui, Israël est de plus en plus isolé, perdant le soutien non seulement de ce que l’on appelle le Sud mondial, mais aussi des bastions traditionnels du sentiment pro-israélien aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Europe. Cet isolement, combiné au type de pression politique qu’Israël n’est pas habitué à recevoir, a contribué à l’acquiescement du gouvernement Netanyahou concernant le cessez-le-feu et l’échange de prisonniers qui s’en est suivi.

Reste à savoir si le cessez-le-feu tiendra ou non. De même, la question de la transformation du cessez-le-feu en une cessation durable des hostilités reste ouverte. Mais une chose est sûre : En déclarant que la victoire est définie par la défaite totale du Hamas, les Israéliens ont préparé le terrain pour une victoire du Hamas, que ce dernier obtient simplement en survivant.

Mais le Hamas fait plus que survivre : Il gagne. Ayant combattu les forces de défense israéliennes jusqu’à l’immobilisation sur le champ de bataille, le Hamas a vu chacun de ses objectifs stratégiques dans ce conflit porter ses fruits. Le monde s’emploie activement à faire valoir la nécessité absolue d’une solution à deux États comme condition préalable à l’instauration d’une paix durable dans la région. Les Palestiniens prisonniers d’Israël sont échangés contre les Israéliens pris en otage par le Hamas. Et le monde islamique est uni dans sa condamnation de la profanation par Israël de la mosquée Al Aqsa.

Aucune de ces questions n’était à l’ordre du jour le 6 octobre. Le fait qu’elles soient abordées aujourd’hui témoigne du succès remporté par le Hamas le 7 octobre, ainsi que dans les jours et les semaines qui ont suivi, les forces israéliennes ayant été vaincues par la combinaison de la ténacité du Hamas et de sa propre prédilection pour la violence aveugle à l’encontre des civils. Loin d’être éliminé en tant que force militaire et politique, le Hamas s’est imposé comme la voix et l’autorité les plus pertinentes lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts du peuple palestinien.

source : Sputnik Globe

traduction Réseau International

Soutien à Netanyahu : La France abandonne-t-elle le combat pour l’égalité entre les peuples ?

Source : Le Courrier des stratèges - par Edouard Husson - Le 23/11/2023.

Soutien à Netanyahu: la France abandonne-t-elle le combat pour l’égalité entre les peuples?

Prisonnier de sa réintégration dans le commandement de l’OTAN sous Sarkozy, notre pays a des troupes stationnées au Proche-Orient; et nos dirigeants pourraient nous entraîner à soutenir Israël de façon assez prévisible, le conflit de Gaza crée une polarité entre des nations (peuples anglo-saxons, Allemagne), qui ont une vision inégalitaire des relations internationales et d’autres (Russie, Chine, monde arabo-musulman) qui croient fondamentalement à l’égalité des hommes et des peuples. La France, par son identité romaine, devrait être avec les seconds. Mais, dans un néo-vichysme fondamental, elle a choisi de suivre les premiers.

 

 

Extraordinaire scène, au Conseil de sécurité des Nations Unies : Le président de séance, Monsieur Zhang Jun, représentant permanent de la Chine à l’ONU, remet en place le représentant israélien, Gilad Menashe Erdan, qui se plaignait des exposés qu’il venait d’entendre sur la situation en Cisjordanie et à Gaza.

La scène paraît emblématique à plusieurs titres :

+ ce sont les représentants de deux des plus anciens peuples du monde qui se font face.

+ le représentant chinois suggère que la période de l’hégémonie américaine, où l’on laissait passer toutes les provocations israéliennes dans l’enceinte des Nations Unies, est terminée.

+ Plus profondément, c’est l’affreontement entre un homme qui ne croit pas à l’égalité entre les peuples et un autre qui y croit absolument.

De l’égalité des peuples

On connaît les extraordinaires travaux d’anthropologie historique d’Emmanuel Todd qui, en observant l’égal accès ou nom de tous les membres d’une fratrie à l’héritage, en déduit un rapport profond des sociétés à l’idée d’égalité entre les peuples.

+ les Romains, les Russes,les Chinois, ont toujours eu une extraordinaire capacité d’assimilation des peuples conquis parce que, fondamentalement, leurs coutumes d’héritage étaient égalitaires.

+ En revanche, Américains, Britanniques ou Allemands, Israéliens ou Japonais, systèmes anthropologiques à héritiers uniques, ont toujours tendu à une vision inégalitaire des relations internationales et fonctionnent plutôt, pour reprendre une distinction de Youssef Hindi, selon.un principe d’hégémonie (instable).

Ces considérations sont utiles, dans la mesure où elles permettent de comprendre l’incapacité structurelle d’Israël à développer une coexistence pacifique avec les Palestiniens mais aussi à traiter les Palestiniens titulaires d’un passeport israélien autrement que des citoyens de seconde catégorie.

Mais les soutiens qu’obtient Israël sont aussi liés à une attitude fondamentale ancrée dans des systèmes anthropologiques. Comment ne pas être frappé par le soutien spontané de l’Inde, société de castes, à Israël. Est-ce un hasard si ce soutien revient au moment où le Premier ministre Narenda Modi est lui-même préoccupé d’affirmer la suprématie des Hindous sur les musulmans et les chrétiens. Il y a quelques semaines,, Arundhati Roy, Indienne et célèbre écrivain, déclarait :

Oui, il y a toujours des élections en Inde et, pour s’assurer une base fiable, le parti au pouvoir, le Bhartiya Janata Party (BJP), diffuse inlassablement son message de suprématie hindoue auprès d’une population de 1,4 milliard d’habitants. C’est pourquoi les élections sont le moment principal des meurtres, des lynchages et du racisme sous-jacent – le moment le plus dangereux pour les minorités de l’Inde, en particulier pour les musulmans et les chrétiens.

Blätter für deutsche und internationale Politik, novembre 2023

Et la France?

Dans ce tableau général, la France est anthropologiquement contrastée (un centre égalitaire et une périphérie inégalitaire en matière de coutumes d’héritage) mais son appartenance à la civilisation romaine a fait de notre pays le lieu d’une assimilation sans égale pendant des siècles. Une même romanité fondamentale unit la monarchie et la République.

Notre problème vient du renoncement, depuis Valéry Giscard d’Estaing, à nous comporter comme une nation souveraine. Giscar était obsédé par le “modèle allemand”. Ses successeurs ont eu tendance à adopter le “modèle américain”.

Sur la question du conflit israélo-palestinien, on voit un lent abandon de la position française de défense des droits des Palestiniens. Cet abandon s’accélère avec Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui, notre pays est inaudible car il a abandonné le plaidoyer universel pour l”égalité des hommes et des peuples, cette croyance fondamentale qui réunit la monarchie et la République, De Gaulle et Jaurès.

Et pourtant, le meilleur de l’histoire de France, le pays de Saint Louis et de Jaurès, la patrie de Saint Vincent de Paul et du Général de Gaulle, la culture de La Fontaine et de Julien Benda, nous engagent à dénoncer de toutes nos forces ce qui est en train de se passer à Gaza. Nous devrions faire honte à nos dirigeants (si l’on peut encore employer ce mot) et leurs porte-voix germano-pratins.

Etre Français, c’est crier justice pour les victimes palestiniennes d’aujourd’hui, exiger que la France joue le rôle médiateur, pacificateur, qu’implique son statut de membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Faut-il que la France ne soit pas seulement “occidentale” ou “européenne”? Il est absolument scandaleux qu’au nom de l’OTAN nous ayons des troupes actuellement prêtes à un éventuel engagement dans la guerre de Gaza. La France ne peut pas prendre parti pour l’oppression et l’injustice sans cesser d’être la France.

 

Je ne veux pas que mon pays soit partie prenante dans un pseudo-choc des civilisations. La France n’accueille ni ne soutient les individus ou les peuples selon leur religion, leur culture ou leur couleur de peau mais selon leur adhésion aux principes universels que sont la paix entre les Etats, la liberté des personnes et l’égalité entre les individus et les peuples.

 

«Gaza est sous occupation : Israël ne peut donc pas revendiquer le droit à la légitime défense»

La mise au point de Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’ONU.

 Connaissez-vous les 10 groupes combattants palestiniens qui ont attaqué Israël le 7 octobre ?

 Source : Le Courrier des Stratèges - par Edouard Husson - Le 15/11/2023.

Petit traité de géopolitique du Proche-Orient – par Alexandre N (partie 1)

 

Ce ne sont pas moins de dix mouvements combattants palestiniens qui ont attaqué Israël le 7 octobre 2023. Et ils ne se revendiquent pas tous en première instance de l’Islam. Continuons à démolir le mauvais récit occidental sur cette journée surprenante.

Depuis le 7 octobre, le gouvernement israélien, le gouvernement américain et les gouvernements des pays membres de l’UE récitent comme un mantra le nom “Hamas”. Or il suffit de pousser une investigation minimale pour obtenir la liste suivante des dix groupes qui ont participé à l’attaque contre Israël le 7 octobre 2023.

Comment le savoir? Tout simplement en allant lirece que racontent les mouvements palestiniens eux-mêmes. En l’occurrence, le canal Telegram qui publie les communiqués de l’ensemble de ces groupes.

En reproduisant ces documents, nous n’endossons aucunement la dose de propagande qu’ils contiennent. Mais nous voulons casser le narratif de Washgington,Londres, Brucelles et Tel-Aviv, qui a justifié les bombardements des civils de Gaza depuis le 7 octobre.

Démolir le narratif occidental

C’est dix groupes sont présents à Gaza et en Cisjordanie.

Pourquoi faire cette liste?

Parce que c’est la première fois depuis des années que tous ces groupes s’entendent pour une action commune. Parce que certains se réclament du nationalisme ou de marxisme avant de se réclamer de l’islam.

Parce que la fixation sur le Hamas est une façon de prendre les gens pour des imbéciles. Et de se tromper de combat.

Parce que “l’éradication” du Hamas ne serait pas la fin de la Résistance Palestinienne.

J’ose espérer que les services de mon pays connaissent dans le détail tous ces mouvements. Et que l’idée d’une coalition contre le Hamas est une mauvaise blague du Science-Poteux attardé qui sévit au 55 rue du Faubourg Saint-Honoré.

En tout cas, il serait temps de mettre à la poubelle le “choc des civilisations” dont se réclame Netanyahu, et de regarder le réel.

Le 7 octobre n’est ni un “pogrom” ni un “nouveau Bataclan” commis par un seul mouvement terroriste islamiste.

C’est une attaque coordonnée,de type militaire, d’une alliance de mouvements armés, mélangeant Islam, nationalisme et marxiste, et qui ont mis en échec l’armée la plus réputée du Proche-Orient pendant de longues heures. Vous dites qu’ils ont été violents, ont tué beaucoup de civils en plus de soldats, de policiers et d’ agents des services israéliens ? Qui le niera ? Tout en ajoutant que certains de ces civils ont perdu la vie entre deux feux ennemis ; et que l’armée israélienne a tué certains des siens pour éviter qu’ils soient emmenés comme otages. Et puis qu’il y a eu des combattants palestiniens tués.

C’est la complexité de la guerre, que les deux belligérants voudront toujours simplifier et que nous devons restituer le plus exactement possible. Comme observateurs mais aussi comme Français, qui désirons que la paix s’installe au Proche-Orient et qui avons besoin que la paix civile subsiste chez nous.

Les brigades al-Qassam, bras armé du Hamas

Saraya al-Quds,branche militaire du Djihad Islamique Palestinien

Les brigades des martyrs d’Al-Aqsa, groupe de combattants issus du Fatah

La Tanière du Lion, groupe de combattants formé en 2022

Les brigades des Moudjahidin

Les brigades Al-Nasser Salah al-Din. Branche combattante des comités de résistance populaire

Les brigades du Martyr Abu Ali Mustafa (branche combattante du Front populaire marxiste pour la libération de la Palestine)

les Brigades de la Résistance Nationale (Forces Omar al-Qasim) branche combattante du Front Démocratique Marxiste pour la Libération de la Palestine

Confusion Nocturne

Le Quartier des Opérations Générales de la Résistance Palestinienne

 

Le «droit de défense» des colons est une imposture – l’extermination des Gazaouis est un génocide

 

par Amar Djerrad - Le 14/11/2023.

L’action-éclair de la résistance palestinienne, «Déluge d’Al-Aqsa» – menée par moins 3000 combattants (effectif de deux bataillons) du Hamas, du Jihad islamique, du Front populaire de libération de la Palestine et autres – a provoqué les réactions de vengeance de l’armée sioniste qui n’a trouvé, comme courage, que de bombarder les populations civiles et les infrastructures tuant femmes et enfants innocents, détruisant les habitations, les mosquées, les églises, les hôpitaux, signes d’un sentiment de vulnérabilité et d’anéantissement du mythe suprémaciste.

Ce qui explique cet empressement – désordonné, et déraisonnable – des Anglo-Saxons et de la France à soutenir aveuglément cette entité factice, refusée même par une grande partie des Juifs ayant subi les affres du nazisme.

«Israël» pantin favori de l’Hégémon, abcès non crevé du Moyen-Orient

Y a-t-il vraiment, une logique, de la sagesse, de l’équité à s’échiner à soutenir inconditionnellement un peuple juif martyrisé, par un occident au passé démoniaque, puis l’imposer, par les mêmes bourreaux, sur un territoire déjà peuplé, et permettre à sa faction extrémiste et raciste – s’autoproclamant représentants de tous les juifs – de pratiquer les mêmes crimes funestes sur les autochtones ? Une Palestine innocente du supplice juif, pour la coloniser en guise de compensation en lieu et place de l’Allemagne nazie ? Il y a quelque chose de paradoxal, d’abominable ! Pourtant plus de 78 ans après la mort d’Hitler, on continue à l’incriminer pour son nazisme alors qu’ils font mieux que lui avec leurs guerres/conflits, plus ou moins longs, après 1945. Pour faire oublier et minimiser les leurs ? Sans aucun doute ! Nous en avons compté environ 240 ! Celui entre Palestiniens et Israélien dure depuis 75 ans !

«Israël» n’est autre que l’outil, le proxy, la marionnette privilégiée, au service du puissant Capital dominateur et non le «Capital puissant» comme on le fait croire aux juifs et au reste du monde ! «Israël» ne vaut que ce que lui fait valoir ce Capital avec ses soutiens, par le sionisme. L’Ukraine est l’exemple factuel.

Il y a de quoi rendre les gouvernants sionistes déments, incontrôlables en réagissant tels des sangliers blessés grognant à qui veut les entendre à l’attaque «islamo-terroristes» ou de «bêtes sauvages» contre qui ils proposent des «thérapies» diaboliques telles : «La seule solution pour Israël est d’annexer la Bande de Gaza et de tuer assez de fils de putes pour s’assurer que le problème ne revienne plus» (Ben Shapiro, 2023), après d’autres immoralités prononcées, par le passé. Passons sur ceux qu’ils désignent de goyim et «d’idolâtres» qu’ils excluent du genre humain, tels les chrétiens.

Citons quelques-unes pour avoir une idée avec quel spécimen humain, nous avons à faire (reprises depuis diverses sources publiées) :

«La façon de traiter les Palestiniens est de les frapper… à maintes reprises, de les frapper jusqu’à ce que … ça en devienne insupportable». (Benjamin Netanyahou, Premier ministre)

«… Vous allez sérieusement continuer à me poser des questions sur les civils palestiniens ? Qu’est-ce qui ne va pas chez vous ? N’avez-vous pas vu ce qui s’est passé ? Nous combattons des nazis» (Naftali Bennett ancien Premier ministre).

«… il n’y a pas de civils innocents à Gaza, c’est toute une nation qui est responsable» (président israélien Isaac Herzog).  [Il y a plus de 2 millions d’habitants à Gaza dont la moitié sont des enfants sans compter les femmes et vieillards…]

«Les menaces palestiniennes ont des caractéristiques cancéreuses … certains disent qu’il faut amputer les organes, mais pour l’instant, j’applique la chimiothérapie». (Moshe Yaalon, général et ministre de la Défense).

«Les Palestiniens sont des bêtes sauvages, ils ne sont pas humains». (Eli Ben Dahan, ministre délégué de la Défense).

«Ceux qui sont avec nous méritent tout, mais ceux qui sont contre nous méritent d’avoir la tête coupée à la hache». (Avigdor Lieberman, ministre des Affaires étrangères)

«Nos soldats sont les seuls innocents à Gaza. Ils ne doivent en aucun cas être tués à cause d’une fausse morale qui préfère protéger les civils ennemis. Un seul cheveu sur la tête d’un soldat israélien est plus précieux que toute la population de Gaza». (Moshe Feiglin, porte-parole de la Knesset)

Etc.. Une vidéo en ligne montre1 toute la sauvagerie de l’idéologie sioniste israélienne.

Les sionistes accusent, par tromperie, l’adversaire de pratiques moribondes qu’ils projettent de faire eux-mêmes, allant jusqu’à menacer d’extermination des civils sans armes, faute de pouvoir affronter directement les combattants qui les terrassent en défendant leur patrie. Auraient-ils fait et dit cela si les Palestiniens avaient des armes ultramodernes ? Comme tous les impérialistes et les colonialistes, ils ne sont prompts à bomber le torse que face à un adversaire «supposé» faible !

«Résistant», «combattants» et autres, n’existent pas dans le verbe des colons et de leurs soutiens. Ce sont des «terroristes», comme le sont tous ceux qui font face à une agression ou luttent contre une colonisation. L’exemple le plus saillant est celui de l’Algérie. La France coloniale est rentrée chez elle après 132 ans de colonisation de peuplement. Le Front de libération nationale en Algérie était aussi une «organisation terroriste». Il est inimaginable que des quidams venus de nulle part occupent la Palestine – planifient l’expulsion de ses habitants – en déclarant au monde que c’est leur patrie ! «Terroristes», «assassins», «nazis» ou autres, ils restent des qualificatifs de déshumanisation de l’adversaire par des oppresseurs en se présentant en victime pour cacher leurs immondicités. À propos de «terrorisme» l’Histoire montre bien qu’il vient du «mouvement juif des Sicaires ou Zélotes»2 considérés comme l’inventeur du terrorisme politico-religieux. Les peuples du monde ne sont pas dupes !

Toutes ces déclarations passent normalement – sans aucune réprobation, condamnation – chez les occidentaux sionisés, pour cause de perte de souveraineté que domine l’oligarchie anglo-saxonne et sioniste ! Il faut vraiment être anti humain pour lancer à la face du monde des monstruosités pareilles contre le peuple palestinien, qui ne fait que défendre sa patrie, contre des spoliateurs, dont le monde entier reconnaît la légitimité de l’un et l’arbitraire des autres ! Soutient l’un et condamne l’autre ! Il suffit de voir les imposantes manifestations pro palestiniennes dont aux États-Unis3 même (parmi-eux des juifs surtout aux États-Unis4 exigeant l’arrêt immédiat de la guerre et des attaques contre Gaza) comparées à celles pro israéliennes, même manipulées5,6, pour comprendre que le monde sait distinguer le bon grain de l’ivraie.

Un hystérique hurluberlu nommé Amir Weitmann

Notre curiosité, cette fois, porte sur cet hurluberlu hystérique du Likoud, un certain Amir Weitmann chef du groupe parlementaire (de prénom arabe et de nom d’origine germanique) qui dans une interview à Russia Today7 menace, avec fureur et détermination, la Russie ; certainement affolé par «l’affront» subi de la part de ceux considérés négligeables ayant fait s’effondrer, avec peu de moyens, leur mythe d’invincibilité ! Alors que la discussion évoquait le bombardement de l’hôpital al-Ahli à Gaza, ce dégénéré a reproché à la Russie d’être «co-responsable» du «massacre» du 7 octobre parce qu’elle n’a pas pris clairement position avec Israël, en lançant cette bravade :

«La Russie soutient les ennemis d’Israël, la Russie soutient les nazis qui veulent commettre un génocide contre nous … nous allons en finir avec ces nazis, nous allons gagner cette guerre … nous n’oublions pas ce que vous faites … nous ferons en sorte que l’Ukraine gagne… croyez-moi, la Russie paiera le prix …», alors qu’au même moment cette TV diffuse les vidéos des victimes civiles palestiniennes. Amir a dû inclure, par confusion, l’aide apportée par la Russie à la Syrie qu’il souhaite aussi détruire ! Dans peu de temps donc Israël va terrasser la Russie ! Pour ce genre de dénaturation, les Russes n’en ont pas fait cas !

Ce genre de propos absurdes venants de responsables israéliens, anciens et actuels, toutes tendances confondues, trahissent une panique qui renvoie à l’échec des puissances Atlantistes en Ukraine. Lorsque le président russe a averti que le siège de Gaza rappelait le siège de Leningrad par l’Allemagne nazie, c’est senti comme une estocade !

Ajoutons la récente menace d’un officiel sioniste d’une «frappe nucléaire» sur Gaza qui n’est que l’expression d’une déchéance morale n’ayant de sens que chez les aliénés. Un bluff de nullard qui ne sait pas de quoi il s’agit (peut-être d’un pétard de fêtes) et qui «grille» la politique officielle sioniste qui nie avoir cette arme. On cache l’échec en cours par des déclarations diaboliques et des menaces d’anéantissement que relaient des médias-mensonges minables, satisfaits de leur misérabilité !

En colonialiste, Israël n’a pas de «droit de défense» à faire valoir

Les dirigeants américains et leurs laquais ne cessent de déclamer : «Israël a le droit de se défendre». Israël n’a pas de droit de défense à faire valoir en tant que colonialiste et raciste. C’est une imposture ! Pour Dominique de Villepin «Nous sommes essentiellement dans une politique de vengeance, la légitimité de défense n’est pas un droit indiscriminé à tuer des populations civiles». Le problème est qu’Israël ne peut plus faire la guerre sans l’implication directe des États-Unis, sur lesquels il puise sa force avec le pouvoir qu’on lui prête, et ces derniers savent que non seulement ils seront seuls face à plusieurs fronts y compris celui des États arabes supposés proches d’eux (mais dont les peuples sont antisionistes), mais surtout du fait de sa position en déclin sur le plan international face à celle de la Russie en Ukraine et à la Chine, deux puissances qui guident le nouvel ordre multilatéraliste et anticolonialiste dans le cadre du BRICS+. S’aventurer dans une guerre au Moyen-Orient sans perspectives et moyens appropriés en suivant une sorte de secte – exécrée par la majorité des peuples – dont les objectifs n’ont rien de commun avec ceux du peuple américain est de l’aliénation. Hassan Nasrallah le guide du Hezbollah a bien expliqué, lors de son discours du 4 novembre, les risques d’une guerre régionale elle-même liée à la poursuite des hostilités en Palestine. L’erreur est de croire que les arabo-musulmans et les groupes palestiniens combattants ne peuvent pas s’entendre même quand la limite de l’entendement est dépassée.

L’armada US en Méditerranée qui s’est approchée en faisant mine de venir à la rescousse d’Israël et/ou pour intimider la Russie n’a pas de sens du point de vue militaire. Ils savent que les armes défensives russes invincibles, jusque-là en veille, sont dans la région, dans le golfe persique et la mer Rouge, sans compter les puissants avions de combat ainsi que les dangereux drones (russes, iraniens ou autres) face à une multitude de cibles américaines. Mais «chat échaudé craint l’eau froide». Il nous parait peu probable que les USA se préparent à une implication directe dans cette zone du Moyen-Orient trop dangereuse, voire un piège existentiel.

On parle d’une «unité des fronts» pour le même objectif, ce qui suppose l’implication, directe ou indirecte, d’autres acteurs, soutenant la cause palestinienne et hostiles aux USA, bien plus puissants. Si le Mouvement Ansarullah, à Sanaa, déclare être en guerre directe avec les Américains suite à leurs menaces et qu’en réponse le Mouvement lance des missiles sur Israël, c’est que l’Axe de la Résistance est bien engagé, préparé et soutenu pour mener une guerre longue, sans appréhension.

Quand l’écrasante majorité d’Israéliens juifs-sionistes détaleront vers d’autres pays d’Europe et d’Amérique en particulier, sans projet de retour, il ne restera que le retour des véritables propriétaires (musulmans, chrétiens et juifs de souche). Le prétexte de l’appartenance de la Palestine aux «juifs» par référence «il y a 2000 ans» est une absurdité des plus crasse, inacceptable aussi bien par la raison, par l’Histoire et à contre-courant de l’évolution historique. La leur n’est que contingente ! L’iniquité est toujours rattrapée par la justice. Les Palestiniens comme tous les peuples ayant subi l’injustice recouvrent toujours, tôt ou tard, leurs droits inaliénables. On peut sous-estimer les luttes pour des droits et renvoyer aux calendes grecques ce droit, mais souvent une bataille peut corriger une anomalie historique. «Tous les accidents sont soumis à ces causes, et, si le hasard d’une bataille, c’est-à-dire une cause particulière, a ruiné un État, il y avait une cause générale qui faisait que cet État devait périr par une seule bataille…» (Montesquieu)

 

  1. https://www.facebook.com/videos/25420647725
  2. https://fr.wikipedia.org/Les-Sicaires-sont-une-faction-leurs-partisans-de-la-Judée
  3. https://www.tiktok.com/video/7298037009011051822
  4. https://t.me/Hezbollah/12931
  5. https://www.youtube.com/watch?v=TkqkrGRBhW8
  6. https://www.aa.com.tr/france-marche-contre-l-antisémitisme-pour-rony-brauman-c-est-un-soutien-à-israel-et-non-une-marche-contre-le-racisme
  7. https://twitter.com/eha_news/status/1715046871129841881

7 octobre : Révélations sur les massacres

Source : RzO International. par Michel Collon - Le 12/11/2023.