INFOS MILITAIRES

Le 05/07/2022.

Il faut réaliser " une montée en puissance" de l'Artillerie.

Bon visionnage et bonne lecture.

Une étude plaide pour un « renouveau de l’artillerie française », avec 215 CAESAr et des capacités de défense sol-air

Lors des auditions parlementaires de l’automne dernier, le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], le général Pierre Schill, avait estimé que l’un des enjeux de la prochaine Loi de programmation militaire [LPM] allait être le rééquilibrage de la « trame artillerie », en portant une attention particulière à la défense sol-air, laquelle ne repose plus que sur des missiles MISTRAL [missile transportable anti-aérien léger], censés assurer la protection à basse altitude des unités engagées en opération.
Le général Schill était arrivé à cette conclusion après l’exercice Warfighter 2021 qui, organisé quelques mois plus tôt aux États-Unis, avait souligné l’importance de l’artillerie dans le cadre d’un engagement de haute intensité. En effet, dans une telle hypothèse, une division sera engagée dans le cadre d’une coalition face à un ennemi à parité. [Or], dans de ce type de combat, l’attrition opérée par notre artillerie et la réaction à l’artillerie adverse sont primordiales, ce qui fait que les « besoins en capacités d’artillerie de cette division sont cruciaux, à la fois pour l’artillerie à longue distance et pour celle qui appuie directement les unités au contact », avait-il expliqué.
Depuis, les combats qui ont actuellement lieu en Ukraine n’ont pu que renforcer ce constat… Seulement, après les coupes budgétaires et les réductions de format effectuées après la Guerre Froide, l’artillerie française est devenue « échantillonnaire ». Et cela d’autant plus que les engagements de ces dernières années, menés dans des environnements « permissifs », ont conduit à des arbitrages que certains sont désormais tentés de remettre en cause, comme, par exemple, le transfert des Systèmes air-sol moyenne portée / Terrestre [SAMP/T ou « Mamba »] à l’armée de l’Air & de l’Espace [AAE].
Lors du salon de l’armement terrestre EuroSatory 22, en juin, le président Macron a indiqué qu’il avait demandé à Sébastien Lecornu, le ministre des Armées et au général Thierry Burkhard, le chef d’état-major des armées [CEMA] de réévaluer la LPM 2019-25 en cours « à l’aune du contexte géopolitique ». Et d’ajouter : « Ce travail donnera lieu […] à une nouvelle planification et à un investissement dans la durée, clair et fort », notamment pour « consolider notre modèle d’armée complet. »
Adossé à la Fédération nationale de l’artillerie [FNA] et réunissant des généraux 2S, d’anciens officiers ayant servi dans cette arme et des personnalités « extérieures » qualifiées, l’Observatoire de l’artillerie vient de réaliser une courte étude dans laquelle il évalue les besoins de l’armée de Terre dans ce domaine, au regard de la guerre en Ukraine.
En premier lieu, s’agissant de la défense sol-air, et sans pour autant vouloir retirer les SAMP/T à l’AAE, l’Observatoire plaide pour doter chacune des deux divisions de l’armée de Terre d’un régiment équipé de tels systèmes. Pour la protection « basse altitude », il estime qu’il faudrait 132 postes de tir MISTRAL pour renforcer les batteries sol/air des régiments d’artillerie et les deux régiments SAMP/T qu’il appelle de ses vœux.
S’agissant des « feux sol-sol », l’étude estime que les 54 véhicules blindés multi-rôles [VBMR] Griffon dotés d’un mortier [MEPAC, pour Mortiers Embarqués Pour l’Appui au Contact] prévus par l’actuelle LPM sont insuffisants. Et d’avancer que 120 mortiers seraient nécessaires.
Même chose pour les Camions équipés d’un système d’artillerie [CAESAr], dont 18 [sur 76 en dotation] ont été livrés à l’Ukraine.
« Aujourd’hui il est prévu d’acquérir 33 CAESAr supplémentaires en 2025 ce qui portera le parc à 109, nombre notoirement insuffisant. En 2030 l’armée de Terre française disposera de 200 Leclerc rénovés et de 300 Jaguar soit un ratio de 0,22 canons / chars alors qu’il était de 0,85 à la fin de la Guerre Froide. En portant le nombre de CAESAr à 215 le ratio canons /chars sera alors de 0,43 soit le double d’aujourd’hui mais cependant la moitié du ratio de la fin de la Guerre Froide », avance l’Observatoire de l’artillerie.
Quant au Lance-roquettes unitaire [LRU], dont seulement 13 exemplaires sont en service, l’étude parle de moderniser leur châssis « en transférant ce système sur un blindé à roues de type HIMARS qui ne met en œuvre qu’un seul pod de six roquettes ». Et d’ajouter : « Le besoin serait alors de 55 lanceurs, réparti entre les deux régiments d’artillerie sol-sol de division ».
L’étude souligne également la nécessité de moderniser et de renforcer les moyens d’acquisition des cibles, que ce soit par le radar de contre-batterie COBRA, le drone tactique Patroller et les mini-drones. Cependant, elle plaide pour l’acquisition de d’appareils stratosphériques de type HAPS [Altitude Platform System], comme le Zephyr d’Airbus
L’Observatoire de l’artillerie insiste évidemment sur l’importance de disposer d’un stock suffisant de munitions. Faute de disposer d’un état précis de l’inventaire de l’armée de Terre, il estime cependant que celui-ci devrait être suffisant pour au moins trente jours de combat. « Si le conflit perdure, l’approvisionnement en obus et missiles sera assurée par la montée en puissance de l’industrie munitionnaire », écrit-il. Selon lui, « les stocks de guerre nécessitent un important engagement financier », qu’il évalue à près de cinq milliards d’euros pour les seuls obus explosifs de 155mm et de 1,9 milliard pour les obus BONUS.
Enfin, l’étude aborde la question du recrutement. Étant donné le renforcement des capacités qu’elle préconise, elle évalue à 3000 le nombre d’artilleurs supplémentaires qu’il faudrait recruter. Actuellement, souligne-t-elle, l’artillerie représente 6% de l’effectif total de l’armée de Terre. Ce chiffre passerait à 9% si les solutions qu’elle propose sont adoptées.
« Avec une montée en puissance à la fois de ses effectifs de l’ordre de 3000 personnels et de l’ensemble de ses matériels et munitions nous aurons un véritable ‘RENOUVEAU’ de l’artillerie Française, capable de tenir sa place dans un ‘combat de haute intensité’.  Ces propositions devraient être prises en compte lors des travaux pour l’élaboration de la LPM rectificative 2019-25 », conclut l’Observatoire de l’artillerie.*

Les F-5 suisses, remis en condition par Tactical Air Support, iront bien à la Navy et l'USMC

par Philippe Chapleau
Les 22 chasseurs F-5 de l'armée de l'Air suisse vont bien rejoindre les États-Unis comme prévu depuis 2019. C'est un nombre inférieur à ce qui était annoncé à l’origine puisque l’état-major suisse en a alloué cinq en tant que "matériel historique", au lieu des deux prévus par la loi. C'est ce qu'indique un rapport du Contrôle fédéral des finances (CDF) cité par la presse suisse en mars dernier.
Je rappelle que fin juin 2021, le gouvernement a décidé d'acquérir 36 F-35A.
Quoi qu'il en soit, les 16 F-5E et les 5 F-5F destinés à l'US Navy et à l'USMC vont être remis en condition par la société Tacair comme l'indique un avis d'attribution américain de vendredi soir.
Ce marché d'une valeur de 265 millions de $ devait être passé en 2021; mais il a pris du retard et n'a été notifié que fin juin 2022. Il prévoit une mise à niveau des avions dans le cadre du programme ARTEMIS (Avionics Reconfiguration and Tactical Enhancement/Modernization for Inventory Standardization). Ces appareils rejoindront la flotte RED AIR américaine

Qui fournira 370 000 gilets pare-balles individuels aux forces de sécurité françaises?

par Philippe Chapleau
Un avis n°22-87546 du 27 juin porte sur l’acquisition de gilets pare-balles individuels (GPBI) pour les besoins de la police nationale, de la gendarmerie nationale, de la gendarmerie maritime, des douanes et droits indirects, de la direction de la Coopération de Sécurité et de Défense, et de l’administration pénitentiaire.
Le GBPI comprend une housse de couleur noire à port dissimulé, destinée au port par dessous ou par dessus les vêtements et deux packs balistiques enveloppants (1 pectoral et 1 dorsal) destinés à l’arrêt à minima des munitions d’arme de poing. Le tout est livré dans un sac de transport.
Les quantités maximales totales sont de 94 308 GPBI féminins (mieux adaptés que les précédents modèles aux poitrines) et de 277 042 GPBI masculins. Voir ci-dessous les quantités spécifiques:
montant max GPB.jpg
Ces GPBI doivent offrir une protection contre:
- les munitions de calibre 9 mm parabellum
- les munitions de calibre 44 Remington Magnum 
- les munitions de calibre 7,62 × 25 Tokarev
- les munitions de calibre 12 balle original Brenneke
- les attaques d’estoc par armes blanches
- les attaques de taille par armes blanches
- les agressions au moyen d’aiguilles hypodermiques.
En 2018, un marché portant sur 307 000 GPBI avait été attribué au Cooneen group, pour un montant de 48,4 millions d'euros.

La Biélorussie affirme avoir abattu des missiles tirés depuis l’Ukraine vers son territoire

Le 25 juin, Kiev a affirmé que des bombardiers stratégiques russes Tu-22M3 avaient lancé des missiles de croisière Kh-22 [ou Kh-32] en direction des régions de Tchernihiv, Kiev et Soumy alors qu’ils volaient dans l’espace aérien de la Biélorussie. Ce qui ne s’était alors jamais produit depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. En outre, le renseignement ukrainien a également fait état d’une salve d’au moins huit missiles balistiques Iskander tirés par les forces russes depuis le territoire biélorusse.
Le même jour, à Saint-Petersbourg, le président de la Biélorussie, Alexandre Loukatchenko, a eu la confirmation auprès du chef du Kremlin, Vladimir Poutine, que ses troupes seraient prochainement dotées de missiles Iskander-M, soit le même modèles mis en œuvre par les forces russes. Et qu’un programme de modernisation des avions d’attaque Su-25 « Frogfoot » bélorusses allait être lancé.
Quoi qu’il en soit, Kiev a accusé Moscou de chercher à impliquer directement Minsk dans la guerre en utilisant le territoire biélorusse pour lancer des attaques contre l’Ukraine.
Or, si l’on s’en tient aux définitions des Nations unies, en accordant des facilités aux forces russes, notamment lors de la première phase de l’invasion, la Biélorussie peut être considérée comme étant « coupable de complicité d’agression ». Et cela, même si aucun soldat biélorusse n’a mis le pied en Ukraine…
Cela étant, étant donné sa proximité stratégique et militaire avec la Russie, la Biélorussie va-t-elle s’engager directement dans la guerre en Ukraine? Une telle hypothèse a été avancée dès le début de la guerre. En effet, un tel engagement serait envisageable pour couper l’approvisionnement en armes occidentales des forces ukrainiennes. Voire, si la situation se dégrade davantage, pour mener des opérations dans le passage de Suwalki, seul lien entre les pays baltes et le reste des pays de l’Otan. Probablement que l’armée bioélorusse s’y est préparée avec son homologue russe, dans le cadre des exercices Zapad, organisés tous les quatre ans.
En attendant, Minsk n’aurait aucune raison de s’impliquer directement dans la guerre en Ukraine. Sauf à trouver un prétexte, comme le suggèrent les propos tenus par M. Loukachenko, le 2 juillet.
« On nous provoque. Je dois vous dire qu’il y a environ trois jours, peut-être plus, on a essayé depuis l’Ukraine de frapper des cibles militaires en Biélorussie. Dieu soit loué, nos systèmes anti-aériens Pantsir ont intercepté tous les missiles tirés par les forces ukrainiennes », a en effet déclaré le président Biélorusse, lors d’une cérémonie organisé à la veille de la « Fête de l’indépendance », qui commémore la libération de Minsk par l’Armée rouge, en 1944.
À noter que le système anti-aérien Pantsir n’est entré en service que très récemment au sein des forces biélorusses. Une batterie aurait été livrée le 22 juin dernier, en même temps qu’un nouveau lot de lanceurs de missiles pour le système de défense aérienne S-300.

 
« Je vous le répète, comme je l’ai dit il y a plus d’un an, nous n’avons pas l’intention de combattre en Ukraine », a cependant assuré M. Loukachenko. « Nous ne combattrons que dans un seul cas, si vous […] entrez sur notre terre, si vous tuez nos gens, alors nous répondrons », a-t-il ajouté. Une attaque de missiles ou de drones fait-elle partie de ce cas de figure?
En tout cas, le président biélorusse a prévenu. « Si seulement vous osez frapper, comme ils prévoient, Gomel, la raffinerie de Mozyr, l’aéroport de Louninets ou Brest, alors la réponse arrivera instantanément, en seulement une seconde », a-t-il dit. « Il y a moins d’un mois j’ai donné l’ordre à nos forces armées d’avoir dans le viseur, comme on dit maintenant, les centres de décisions dans vos capitales », a-t-il rappelé.
En mai, M. Loukatchenko avait en effet déclaré que les forces biélorusses disposaient de « toutes les armes pour faire des dégâts, en particulier sur les territoires à partir desquels nous serons attaqués ». Et de préciser : « Ce sont les armes qui couvrent tout le territoire de la Pologne jusqu’à la Baltique, et aussi l’Ukraine, au-delà de Kiev. »
Si la Biélorusse n’a pas encore reçu les missiles Iskander-M promis par la Russie, son armée est en revanche équipée du système d’artillerie de 300 mm « Polonez » , dont la portée va de 200 à 300 km ainsi que de missiles Tochka et Scud [ces derniers étant toutefois censés avoir été retirés du service, ndlr].
 

 

Le 06/06/2022.

L’armée de l’Air & de l’Espace a créé un « Topgun » à la française, avec la formation « QWI » pour les pilotes de Rafale

Aux États-Unis, la « Weapons School » de l’US Air Force et le Naval Aviation Warfighting Development Center [NAWDC] de l’US Navy, dont fait partie le programme « Strike Fighter Tactics Instructor », plus connu sous le nom de « TOPGUN », forment des instructeurs spécialistes du combat aérien. Le Royaume-Uni a mis en place, sur la base aérienne de Lossiemouth, une formation similaire pour les pilotes de la Royal Air Force et de la Fleet Air Arm de la Royal Navy, avec la qualification « QWI » [Qualified Weapons Instructor].
Cultivant des liens étroits avec l’US Air Force et la Royal Air Force, comme en témoignent l’exercice Atlantic Trident et, surtout, les opérations qu’elle mène conjointement avec elles, l’armée de l’Air & de l’Espace [AAE] vient à son tour de créer une telle formation. Celle-ci a en effet commencé le 30 mai, sur la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan, avec quatre pilotes de Rafale [dont un de la Marine nationale] et un navigateur-officier système d’armes [NOSA].
Cette formation, appelée « QWI Rafale », est dsipensée par la « Weapons School » [ou École d’armes…] et les centres experts de Centre d’expertise aérienne militaire [CEAM] de l’AAE, avec l’objectif de « créer un réseau d’experts tactiques au sein des unités de combat ».
Ainsi, pendant six semaines « intensives », les stagiaires vont enchaîner les cours théoriques, les séances de simulateurs et, évidemment, les vols. Cette formation vise, explique le CEAM, à « parfaire leur connaissance et leur maitrise de leur système d’arme et d’approfondir les tactiques, les techniques et les procédures des engagements dits de ‘haut du spectre' ». À l’issue, ils obtiendront la qualification « QWI », laquelle doit leur donner la « crédibilité et la légitimité nécessaires pour transmettre dans leur unité tout ce qu’ils auront appris ».
Pour rappel, le CEAM/AWC [pour Air Warfare Center / Centre de guerre aérienne] a vu le jour en 2015, avec la fusion du Centre d’expériences aériennes militaires et Centre tactique Air [CENTAC-Air] du Commandement des forces aériennes [CFA]. Ce qui avait été qualifié, à l’époque, de « réforme majeure » par le général Denis Mercier, alors chef d’état-major de l’armée de l’Air, dans la mesure où elle allait réunir, sous un même commandement, « tous les acteurs de l’innovation, qu’ils agissent dans le domaine des équipements, de la doctrine ou de la formation ».

L’Australie accuse la force aérienne chinoise d’avoir mis en danger un avion de patrouille maritime P-8A Poseidon

Quelques jours après que le Canada a accusé la force aérienne chinoise d’avoir harcelé de manière dangereuse l’avion de patrouille maritime CP-140 Aurora qu’il avait engagé au sein de l’UNSC ECC [United Nations Security Council Enforcement Coordination Cell], la structure des Nations unies chargée de documenter les violations des sanctions infligées à la Corée du Nord, l’Australie vient d’en faire autant.
Ainsi, selon le ministre australien de la Défense, Richard Marles, un incident sérieux impliquant un chasseur chinois de type J-16 et un avion de patrouille maritime P-8A Poseidon de la Royal Australian Air Force [RAAF] s’est produit le 26 mai, « dans l’espace aérien international de la région de la mer de Chine méridionale », dont la quasi-totalité est revendiquée par Pékin.
L’interception du P-8A Poseidon par le J-16 a « entraîné une manœuvre dangereuse qui a constitué une menace pour la sécurité » de l’avion et de son équipage », a dénoncé M. Marles, qui vient juste de prendre ses fonctions.
D’après les détails donnés à la presse, le J-16 chinois s’est approché du P-8A Poseidon avant de lancer des fusées éclairantes [destinées à leurrer les missiles à infrarouge]. Puis il lui a coupé la route en larguant des paillettes [chaff], constituées de fibres de verre enrobées d’aluminium pour tromper les radars.
Le chasseur chinois « a lâché un paquet de paillettes contenant de petits morceaux d’aluminium, dont certains ont été ingérés par le moteur de l’avion P-8 », a expliqué M. Marles. « Personne n’a été blessé et l’avion a pu rejoindre sa base. Nous avons exprimé nos préoccupations auprès de Pékin par les voies appropriées », a-t-il précisé.
En outre, le ministre a également fait valoir que l’Australie « agit complètement dans le cadre du droit international pour garantir la liberté de navigation en mer de Chine méridionale, car c’est fondamentalement dans l’intérêt de notre nation ». Visiblement, le nouveau gouvernement australien n’entend pas s’écarter de la ligne tracée par son prédécesseur, alors que les contentieux entre Canberra et Pékin se sont multipliées lors de ces dernières années.
En effet, comme les États-Unis [mais aussi la France et le Royaume-Uni], l’Australie considère que les revendications de Pékin sur la mer de Chine méridionale ne sont pas fondées, comme l’a ailleurs souligné la Cour permanente d’arbitrage en 2016. Or, faisant fi des revendications territoriales des pays riverains, la Chine y a pris possession de nombreux îlots [dont ceux des archipels Spratleys et Paracels] et y déploie des capacités de déni et d’interdiction d’accès [A2/AD], alors qu’une grande partie du commerce entre l’Asie et le reste du monde transite par cette région.
Quoi qu’il en soit, il s’agit du second incident impliquant les forces australiennes et chinoises depuis le début de cette année. En février, le « destroyer » de type 052D « Hefei », accompagné par le escortait le navire d’assaut amphibie de type 071 « Jinggang Shan », avait pointé un laser en direction d’un P-8A Poseidon de la RAAF qui survolait la mer d’Ararufa, bordée par la côte septentrionale de l’Australie et la Nouvelle-Guinée.
« De telles actions ne sont pas conformes aux normes que nous attendons des militaires professionnels », avait réagi Canberra. Mais, en retour, le ministère chinois de la Défense avait accusé l’avion australien de s’être approché d’un peu trop près de ses navires et d’avoir largué des bouées acoustiques, destinées à repérer la présence éventuelle de sous-marins. « Nous demandons instamment à l’Australie de respecter les droits légitimes des navires chinois dans les eaux concernées, conformément au droit international, et de cesser de diffuser de fausses informations sur la Chine », avait ensuite affirmé Pékin.

En Roumanie, les chasseurs alpins ont pris part à l'exercice "SCORPIONS LEGACY 2022"

par Philippe Chapleau
L'exercice "SCORPIONS LEGACY 2022" bat son plein en Roumanie. Ces manœuvres annuelles Scorpions Legacy 2022, dont l’ampleur a été considérablement accrue cette année, se déroulent au centre d’entraînement au combat de Smârdan qui se trouve à 25 km de la frontière ukrainienne et à 10 km de la frontière moldave.
1 800 soldats romains et alliés (US, Portugais, Français, Belges...) y prennent, selon le ministère roumain de la Défense qui précise que 250 véhicules et équipement majeurs sont impliqués.
Vendredi, la presse a pu accéder au camp. D'où ces photos de l'AFP ( Daniel MIHAILESCU) de soldats du bataillon français déployé sur place dans le cadre des mesures de renforcement du dispositif otanien à l'est. Les chasseurs alpins actuellement déployés pour cette mission seront remplacés par des paras du 8e RPIMa.

FN SCAR-H PR – Le nouveau fusil de précision semi-automatique (FPSA) de l’armée française


 
En décembre 2019, la Direction Générale de l’Armement annonce la sélection du nouveau FPSA (Fusil de Précision Semi-Automatique). FN Herstal remporte l’appel d’offre pour remplacer les fusils de précision FR-F2 qui avaient été adoptés dans les années 1980.
Les premiers FPSA ont été livrés en 2020 et l’armée française doit en recevoir un peu plus de 2 600 exemplaires. Ce FPSA s’appuie sur la variante de précision du fusil SCAR-H conçu par FN.
La gamme des SCAR (Special Combat Assault Rifle) est issue d’une demande de l’armée américaine, en 2003, qui souhaitait avoir un fusil d’assaut en 5,56×45 mm (SCAR-L) et en 7,62×51 mm (SCAR-H).

Heckler & Koch MP5 – La référence des pistolets-mitrailleurs modernes


 
En 1949 l’entreprise Heckler & Koch est fondée par des anciens de l’entreprise Mauser : Edmund Heckler, Theodor Koch et Alex Seidel. Un des premiers grands succès de l’entreprise et le fusil d’assaut G3 avec son mécanisme qui s’appuie sur une culasse à ouverture retardée par galets. À la fin des années 1950, HK va adapter ce mécanisme pour une arme aménagée pour le 9×19 mm. Ce premier pistolet-mitrailleur désigné HK54 va être destiné aux forces de l’ordre et à l’armée. En 1966, l’Allemagne va adopter ces armes pour sa police fédérale, ses forces spéciales et les gardes-frontières et l’arme va alors être renommée MP5.
Rapidement le pistolet-mitrailleur allemand va rencontrer un grand succès à l’international. En fonction des clients, HK va apporter quelques modifications à son MP5 : une crosse télescopique, groupes de détente permettant le tir en rafale… Le MP5 est sans doute un des pistolets-mitrailleurs les plus connus et il est encore très apprécié aujourd’hui grâce à sa fiabilité et à sa maniabilité lors du tir.
En effet, son ingénieux mécanisme de retardement par galets lui permet d’avoir un faible recul et d’être facilement maitrisable en automatique.

Le 12/05/2022.

La Biélorussie prévient qu’elle peut infliger des dégâts « inacceptables » à la Pologne et baltes par Laurent Lagneau

Si elle ne participe pas à la guerre en Ukraine, la Biélorussie peut être considérée comme étant la complice de la Russie étant donné qu’elle a accueilli sur son sol les troupes russes qui ont pris le contrôle de la région de Tchernobyl lors de la première phase de l’offensive lancée par Moscou. Restera-t-elle l’arme au pied ou bien est-il envisageable qu’elle puisse prendre part aux opérations menées par son allié? L’hypothèse a été avancée… Et cela pour au moins deux raisons.
La première est que la Biélorussie pourrait couper l’approvisionnement des forces ukrainiennes en armes occidentales depuis la Pologne. La seconde est qu’elle serait susceptible, le cas échéant, de mener des actions dans le passage de Suwalki, afin de couper les pays baltes du reste de l’Otan [et de l’Union européenne]. Cela étant, leur dégré de préparation de ses troupes et les conséquences militaires que cela entraînerait pour elle rendent de tels développements improbables [mais pas impossibles…].
Quoi qu’il en soit, lors d’une réunion dédiée à la politique de défense, ce 10 mai, le président biélorusse, Alexandre Loukachenko, a souligné que l’armement dont disposent les forces armées de son pays « permet de maintenir » leurs « capacités défensives ».
« Cela montre que notre armée sera capable de combattre et d’infliger des dommages inacceptables à l’ennemi. Nous sommes réalistes, nous comprenons que nous ne pourrons pas vaincre l’Otan. Cependant, nous avons toutes les armes pour faire des dégâts, en particulier sur les territoires à partir desquels nous serons attaqués », a fait valoir M. Loukachenko.
« Ce sont les armes qui couvrent tout le territoire de la Pologne jusqu’à la Baltique, et aussi l’Ukraine, au-delà de Kiev. Je ne fais aucune allusion à quoi que ce soit, mais je veux que tout le monde comprenne la portée des armes dont nous disposons », a insisté le président biélorusse.
Selon lui, la Biéolorussie devrait conserver les systèmes de défense aérienne S-400 que la Russie a déployé sur son territoire… Et il a également indiqué qu’il était question d’acquérir les missiles balistiques Iskander qui ont également été acheminés dans son pays par les forces russes. « Ils peuvent être utilisés pour défendre notre espace », a dit M. Loukachenko.
Reste à voir la charge militaire qu’emportent ces missiles Iskander… sachant que ceux ont une capacité nucléaire. Et cela d’autant plus que la Biélorussie a récemment modifié sa Constitution pour autoriser le déploiement d’armes nucléaires sur son sol…
Cela étant, Minsk a une autre ambition : celle de développer sa propre version du missile Iskander… avec l’aide de la Russie. « En ma présence, le président [Poutine] a chargé Dmitri Rogozine [le directeur de Roscosmos, ndlr] de nous fournir immédiatement un soutien afin que nous ne perdions pas de temps à réinventer la roue, afin que nous puissions puiser dans l’expérience des spécialistes russes qui ont fabriqué le missile Iskander », a expliqué M. Loukachenko, en faisant référence à un récent déplacement effectué dans l’Extrême-Orient russe, selon des propos rapportés par l’agence Belta.
Par ailleurs, les forces biélorusses devraient prochainement tester de nouvelles munitions pour leurs systèmes d’artillerie de 300 mm « Polonez » [dont la portée va de 200 à 300 km] ainsi pour leurs batteries de défense aérienne Buk.

Les commandes de 302 Griffon, de 88 Jaguar et de 54 MEPAC ont été notifiées par la Direction générale de l’armement par Laurent Lagneau

Annoncée en février dernier par le Premier ministre, Jean Castex, lors de sa visite des installations industrielles de Nexter à Roanne, la tranche conditionnelle 4 [TC4] du marché EBMR [Engin blindé multi-rôle] du programme SCORPION vient d’être notifiée par la Direction générale de l’armement [DGA] aux industriels concernés.
En effet, l’annonce en a été faite ce 10 mai, via un communiqué publié par le Groupement momentané d’entreprises [GME] réunissant Nexter, Arquus et Thales. Dans le détail, cette nouvelle tranche conditionnelle correspond à la commande de 302 Véhicules blindés multi-rôles [VBMR] Griffon et de 88 Engins blindés de reconnaissance et de combat [EBRC] Jaguar.
Ce marché portera respectivement à 150 et 909 le nombre de Jaguar et de Griffon commandés, ce qui est conforme à l’objectif fixé par la Loi de programmation militaire [LPM] 2019-25.
« Cela représente la moitié du nombre total de Jaguar et de Griffon prévu dans le cadre du programme SCORPION pour le renouvellement du segment médian des blindés de l’armée de Terre », rappelle le GME EBMR.
Cela étant, commander de nouveaux blindés est une chose… Les livrer en est une autre. Et sur ce plan, et comme l’avait expliqué le général Pierre Schill, le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT] lors d’une audition parlementaire, il est question de livrer 45% des véhicules commandés d’ici à 2025. « Cette baisse est liée à la prise en compte des impératifs industriels de livraison pour certains segments de ces véhicules et à la possibilité, pour nous primordiale, de financer en contrepartie la pérennisation du char Leclerc, le lancement du programme de l’engin de combat du génie et le lancement du programme VBAE [véhicule d’aide à l’engagement, ndlr] successeur de nos VBL », avait-il avance.
Pour rappel, à l’horizon 2030, l’armée de Terre doit en principe disposer de 1818 Griffon, de 300 Jaguar et de 978 VBMR légers « Serval », dont les quatre premiers exemplaires ont été livrés au Centre d’appui de préparation au combat interarmes – 51e Régiment d’infanterie [CAPCIA-51eRI], la semaine passée.
Par ailleurs, le GME EBMR a également confirmé la commande de 54 Griffon MEPAC [Mortier embarqué pour l’appui au contact], celle-ci lui ayant été notifiée par la DGA quelques jours plus tôt. Les livraisons débuteront, en principe, à partir de 2024.
Ces commandes constituent une « une marque de confiance accordée aux industriels du GME EBMR, qui ont su maîtriser leurs délais depuis le début du programme. Elle [leur] apporte, ainsi qu’à toute la base industrielle technologique de défense terrestre, une vision précise de leur activité industrielle jusqu’en 2025 », ont souligné Nexter, Arquus et Thales dans leur communiqué commun.

Pour l’US Marine Corps, les pertes russes en Ukraine justifient l’abandon de ses chars M1A2 Abrams par Laurent Lagneau 

Dévoilé en mars 2020 et faisant régulièrement l’objet de mises à jour, le plan « Force Design 2030 » vise à restructurer d’une manière radicale l’US Marine Corps, afin de permettre à celui-ci de disposer d’unités plus légères et réactives. L’objectif est de « se concentrer sur la guerre maritime, en refusant l’utilisation des mers aux adversaires et en garantissant la liberté d’action des forces américaines », en particulier en Indo-Pacifique. En clair, il s’agit avant tout de contrer les visées chinoises dans la région.
Aussi, ce plan prévoit une réduction des effectifs de l’USMC [ainsi que, paradoxalement, leur fidélisation, l’idée étant de disposer de combattants expérimentés] et la suppression de capacités « traditionnelles » jugées « trop lourdes », tout en misant sur de nouvelles capacités reposant sur des technologies émergentes.
L’une des mesures emblématiques de ce plan est la dissolution des unités mettant en oeuvre des chars lourds M1A2 Abrams, ceux-ci étant jugés inadaptés pour reprendre de vive force des îles tombées aux mains de l’Armée populaire de libération [APL] chinoise. Un tournant pour l’USMC qui se dota pour la première fois de chars en 1923 [des Renault FT en l’occurrence, ndlr].
Cependant, cette restructuration n’est pas du goût de tout le monde. Et trois anciens officiers de premier plan de l’USMC, dont le général Charles Krulak [qui en fut le commandant entre 1995 et 1999], le général John Sheehan [ex-Commandant suprême allié de l’Atlantique ou SACLANT] et le général Anthony Zinni [ex-chef de l’US CENTCOM], en ont dit tout le mal qu’ils en pensaient dans une tribune publiée par le Washington Post en avril dernier.
« Le plan reflète certaines notions erronées sur l’avenir de la guerre. En termes simples, c’est de la folie de miser sur la technologie qui nous permettrait de mener des batailles à distance. La guerre est inévitablement une sale affaire, et la guerre en Ukraine est un exemple de ce que nous pourrions rencontrer à l’avenir. La technologie n’a pas éliminé le besoin en capacités d’artillerie et de blindés », ont-ils ainsi fait valoir.
Et d’insister : « La guerre est aussi souvent inattendue : Force Design 2030 prépare les Marines à un ensemble restreint de conflits possibles – mais le monde pourrait tout aussi bien nous lancer une balle courbe [une référence à un type de lancer au base ball, ndlr]. Les menaces à la sécurité mondiale sont à la fois variées et étendues, et elles ne se limitent pas à la Chine et à la Russie. La Corée du Nord, l’Iran et des acteurs non étatiques du monde entier ont le potentiel de transformer les tensions et les désaccords en conflits. »
En outre, ces trois généraux ont aussi mis en doute l’affirmation selon laquelle les unités légères de Marines décrites dans le plan puissent rester discrètes alors qu’elles auront à se déplacer, à se réapprovisionner et à communiquer avec le commandement. Cela « ne tient pas compte tenue de la technologie dont dispose la Chine. Dès que les hostilités commenceront, il va de soi que l’ennemi les visera avec une force écrasante », ont-ils estimé.
Enfin, « placer de petits groupes de Marines sur des îles pour attendre que les navires ennemis passent à leur portée n’est pas une innovation. Réduire les capacités de combat importantes qui peuvent être nécessaires dans tous les théâtres pour développer des capacités douteuses sur un théâtre n’est pas une innovation », ont conclu ces trois anciens généraux de l’USMC.
Pour autant, ceux qui ont concocté ce plan de transformation voient dans la guerre ukraine la confirmation de leurs intuitions. Tel est le cas du général Karsten Heckl, le commandant adjoint de l’USMC, qui s’en est récemment expliqué lors d’une intervention devant le le Center for International and Strategic Studies et l’US Naval Institute.
S’agissant des chars Abrams, « je n’en vois tout simplement pas le besoin » [en Indo-Pacifique], a affirmé le général Heckl. « Et quand vous considérez l’environnement opérationnel dans cette région, où voyez-vous que les chars peuvent être utiles? Taïwan? Ok. Où d’autres? », a-t-il ensuite demandé.
« Les chars sont, comme on l’a vu avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ont d’énormes besoins en carburant. Nous avons appris, il y a longtemps, en Irak et en Afghanistan, que les camions-citernes sont des cibles. Nous devons trouver les moyens de réduire notre dépendance car c’est maintenant une faiblesse. C’est devenu une vulnérabilité importante », a justifié le général Heckl, en faisant allusion aux problèmes rencontrés par les blindés russes face aux forces ukrainiennes.
En effet, des centaines de chars russes, principalement des T-72, ont été détruits ou capturés quand d’autres ont été abandonnés sur le terrain, faute d’essence [et une chaîne logistique défectueuse]. Cela étant, et au-delà de l’efficacité des missiles anti-chars fournis aux Ukrainiens, le T-72 a un point faible : les obus qu’il transporte sont stockés « en collier », au niveau de sa tourelle, là même où la protection est minimale…
Cependant, l’USMC aura toujours besoin de blindés… Et même s’il pourra éventuellement compter sur les Abrams de US Army dans le cadre d’une manoeuvre interarmées, il mise sur le véhicule blindé amphibie ACV-30, lequel doit remplacer les AAV, dont l’emploi a été restreint après un accident qui a coûté la vie à huit des siens ainsi qu’à un membre de l’US Navy, en juillet 2020.
Quoi qu’il en soit, le char de combat a régulièrement été remis en cause depuis son apparition sur le champ de bataille, durant la Première Guerre Mondiale…. Mais ses détracteurs n’ont jamais eu gain de cause jusqu’ici. Cependant, les pertes subies par les forces russes en Ukraine ont rouvert le débat, alors qu’il faudrait sans doute considérer les déficiences de ces dernières… Ainsi que celles des engins qu’elles utilisent… D’ailleurs, les Philippines viennent à nouveau de se doter d’un bataillon de chars – légers – de type Sabrah, conçu par Elbit Systems. 

Augmentation des sorties pour l'Armée de l'air ukrainienne par Gaétan Powis

Malgré des annonces répétées, la Force aérienne russe ne semble toujours pas avoir détruit les capacités aériennes ukrainiennes. Plusieurs vidéos datées des 7 et 8 mai montrent que les pilotes ukrainiens ont effectué plusieurs sorties offensives. Un chasseur en patrouille air-air et même un avion de transport tactique ont aussi été aperçus durant ces deux journées.

Une aviation active...

Depuis le début du conflit, les Ukrainiens ont démontré que leur aviation de combat n'était en aucun cas inactive : les nombreuses vidéos et photos disponibles sur les réseaux sociaux permettent de confirmer que l'Armée de l'Air ukrainienne était active mais surtout en petit groupe, probablement dû à la dispersion de ses unités durant les premiers jours du conflit (afin d'éviter une destruction au sol). Bien évidemment, les Ukrainiens ont tout de même perdu des appareils (pertes aériennes confirmées après 2 mois de guerre). Par ailleurs, le nombre de sorties effectuées par les Russes reste beaucoup plus élevé que le nombre de sorties d'appareils ukrainiens.

... après plus de 70 jours de conflit

Cependant après plus de 70 jours de guerre et malgré une supériorité numérique, les Forces russes n'ont toujours par détruit les appareils de combat ukrainiens. Pire encore, les différentes photos et vidéos présentées ci-dessous montrent que la Force aérienne russe ne semble toujours pas dans la capacité d'interdire les mouvements aériens ukrainiens au dessus des positions russes.
Ainsi, entre les 7 et 8 mai, les Ukrainiens ont mobilisé sur deux fronts plusieurs moyens aériens :
  • Île des Serpents : pour le journée du 7 mai, au moins 3 drones TB-2 et deux avions de combat Su-27 ont opéré sur l'île des Serpents pour son bombardement (article sur ces bombardements) et la destruction de 2 patrouilleurs Raptor (soit 4 détruits au total).
  • Donbass : le 8 mai, 2 hélicoptères de combat Mi-24, 1 bombardier Su-24 et un avion d'attaque Su-25 ont effectué des actions offensives sur cette zone.
Les Ukrainiens effectuent aussi des patrouilles sur leur territoire, avec notamment la présence confirmée d'un chasseur MiG-29 en configuration air-air au dessus d'Odessa. Enfin, l'aviation de transport effectue toujours des sorties, comme le montre la vidéo de l'An-24. Il n'existe pas d'information sur la cargaison de cet avion (transport de blessés ? de matériels ? de personnels ? de munitions ?) ni sa destination.

La Marine belge a tiré pour la première fois un missile Harpoon Block 2

par Marie-Madeleine Courtial
La Défense belge a annoncé que la frégate Léopold Ier avait tiré pour la première fois un missile Harpoon Block 2 contre une cible terrestre. Il a eu lieu lors de l’exercice multinational Mjoelner 2022, qui rassemble des marines danoise, allemande, néerlandaise et norvégienne, dans le Grand Nord au large des côtes norvégiennes. Autre première, ce tir de missile a été effectué avec l’aide de spotters du bataillon d’Artillerie. « Par le passé, nous avons toujours travaillé avec des spotters étrangers, car nous n’avions pas cette possibilité en Belgique. Entre-temps, nous avons formé des personnes à cet effet et, pour la première fois, il s’agit effectivement d’une coopération entièrement belge », a expliqué le lieutenant de vaisseau Clerinx du Maritime Warfare Center de Den Helder.
Comme l’explique la Défense, la Marine belge participe à ces lancements dans un scénario tactique depuis 2016. En 2018, la frégate Louise-Marie a tiré pour la première fois un missile Harpoon. Le commandant de la Composante Marine de l’époque, l’amiral Wim Robberecht aujourd’hui à la tête du SGRS, indiquait qu’un tel tir avait un coût de 750.000 euros mais qu’il était nécessaire pour vérifier que tout fonctionne. Il s’agissait de la première fois avec un missile Harpoon Block 2 depuis sa récente mise à niveau. Avec ce missile, les frégates belges pourront désormais tirer sur une cible située sur la côte à plus de 100 kilomètres de distance. D’ici la fin de l’exercice le 13 mai, la frégate Léopold Ier affinera encore ses défenses antiaériennes en protégeant le navire avec des missiles Seasparrow de l’OTAN selon la Défense.
Les missiles Harpoon de la Marine belge doivent être remplacées à l’horizon 2024 avec les nouvelles frégates ASWF. Ce dossier est mené par la Défense néerlandaise. Selon la ministre Ludivine Dedonder, qui s’exprimait sur le sujet en commission en octobre 2021, le projet de remplacement est en cours et le contrat ne pourra être conclu qu’après le traitement du débriefing à la Seconde Chambre au cours du troisième trimestre de 2022.

Avis de gros temps pour le budget des armées ? par Laurent Lagneau · 11 mai 2022

On ne peut que déplorer l’absence de débat sur la politique de défense lors de la dernière élection présidentielle… alors même que celle-ci vise avant tout à désigner celui qui sera le chef des Armées. Cette absence est d’autant plus regrettable que la situation internationale, avec le retour du « tragique » sur le sol européen, invitait à se pencher sérieusement sur les questions militaires et diplomatiques.
Quoi qu’il en soit, dans un rapport dont elle a dû différer la publication en raison de l’invasion de l’Ukraine par la Russie et la période de réserve qu’elle était tenue d’observer durant la campagne électorale, la Cour des comptes a constaté que les trois premières annuités de la Loi de programmation militaire [LPM] 2019-25, marche-pied vers un modèle d’armée complet et équilibré [« Ambition 2030 », ndlr] ont été respectées. Ce qui est un « progrès notable par rapport aux périodes précédentes », souligne-t-elle.
Toutefois, il reste encore beaucoup à faire pour atteindre les objectifs fixés. « La restauration des capacités des armées n’est pas encore achevée: l’entraînement, les dotations en munitions, la disponibilité et le renouvellement des matériels doivent encore progresser. L’aptitude des armées à conduire dans la durée un combat de haute intensité n’a pas encore été restaurée », relèvent en effet les magistrats de la rue Cambon. Ce qui passe par la nécessité d’atteindre la masse nécessaire ainsi qu’un niveau de préparation suffisant pour participer, même dans le cadre d’une coalition, à une « opération classique de majeure de coercition face à un adversaire étatique ».
Seulement, et alors que la LPM 2019-25 prévoit une hausse annuelle significative du budget des armées [+3 milliards] à partir de 2023, le plus difficile reste à faire. Déjà, 300,3 millons d’euros de crédits de paiement jusqu’alors mis en réserve ont été annulés pour financer le plan de résilience économique et sociale lancé par le gouvernement afin de faire face aux conséquences des sanctions imposées à la Russie. Normalement, cette somme devrait être compensée d’ici la fin de cette année… Mais si elle ne l’est pas, alors cela « constituerait un premier signe des besoins d’arbitrage dus aux contraintes budgétaires dans un contexte où […] la défense n’est pas la seule priorité de l’action gouvernementale », prévient la Cour des comptes.
D’autant plus que celle-ci a émis un avis de gros temps pour les finances publiques… En effet, le déficit budgétaire devra revenir dans les clous [soit à -3% du PIB] d’ici 2027, ce qui supposera un important effort de maîtrise de la dépense publique d’ici-là.
Et cela, alors que la dette a atteint 120% du PIB [et la gestion de la pandémie de covid-19 n’est pas la seule en cause] et que la Banque centrale européenne [BCE] envisage d’augmenter ses taux d’intérêts. Et puis vient s’ajouter l’impact de la guerre en Ukraine, en particulier celui des sanctions économiques décidées contre la Russie. Les tensions sur le marché de l’énergie [gaz et pétrole] – qui, soit dit en passant, feront grimper les coûts de facteur pour les armées – et les difficultés d’approvisionnement ne pourront que peser sur la croissance… et donc sur les rentrées fiscales.
Cependant, étant donné que les risques et menaces indentifiés par la Revue stratégique de 2017 [actualisée en 2021] tendent à se concrétiser et qu’il apparaît nécessaire d’investir dans de nouvelles capacités pour y répondre [comme les grands fonds, l’espace, le cyber, etc], une réduction des dépenses militaires est difficilement envisageable, l’heure n’étant plus aux « dividendes de la paix »…. D’autant plus que, pour la plupart, les pays européens ont annoncé leur intention de revoir à la hausse leur effort de défense, parfois de manière substantielle, comme l’Allemagne, qui va lancer un fonds de 100 milliards d’euros pour « réparer » la Bundeswehr.
« La remontée en puissance de l’outil de défense prévue par la LPM 2019-2025 se heurte à la conjonction de deux évolutions défavorables. D’une part, les finances publiques se sont dégradées sous l’effet de la crise sanitaire, imposant un effort de réduction du déficit public d’ici à 2027 qui peut contrarier la poursuite d’une forte croissance des budgets de défense. D’autre part, l’accélération et la diversification de la montée des menaces mises en évidence par l’Actualisation stratégique de 2021 tendent parallèlement à augmenter les besoins en matière de défense », résume ainsi la Cour des Comptes.
Cela étant, et sous réserve d’un désengagement des armées de certaines missions [comme Sentinelle, par exemple], d’une politique plus volontariste pour mieux tirer parti des financements de l’Union européenne [UE] et de coopérations soutenues avec les partenaires stratégiques de la France, la poursuite des efforts en vue d’atteindre l’objectif fixé par le plan « Ambition 2030 » est le premier scénario décrit par la Cour des comptes dans son rapport. Mais il « constitue un défi majeur dans un contexte de finances publiques affaiblies », prévient-elle. Et il n’exclut pas une réflexion « sur le modèle d’armée » étant donné que les marges de manœuvres sont faibles… En clair, il supposerait de faire des choix… et donc de renoncer à certaines capacités.
Le second scénario avancé dans le document consisterait « à adopter une trajectoire de ressources moins ambitieuse pour la défense tout en conservant la volonté de disposer du spectre complet des capacités militaires », comme cela a été fait entre 2008 et 2015, ce qui a abouti à des forces armées « échantillonaires ». Dans les faits, cela revient à effectuer une « réduction homothétique » des moyens sous la contrainte budgétaire, ce qui se traduit irrémédiablement par des pertes capacitaires subies.
Enfin, la dernière option proposée par la Cour des comptes impliquerait de « choisir les capacités opérationnelles à conserver, voire à développer, et donc de décider celles pour lesquelles l’effort sera réduit ». En clair, il s’agirait de faire comme le Royaume-Uni… alors que le modèle britannique n’est pas forcément transposable en France, d’autant plus qu’il suppose des renoncements qui seraient probablement irréversibles.
Pour passer le cap des années à venir, la Cour des comptes, qui se garde de préciser explicitement le scénario qui a sa préférence, émet trois recommandations. En premier lieu, elle demande au gouvernement de « chiffrer les crédits budgétaires de 2024 et 2025 correspondant aux besoins issus des ambitions de la LPM, en tenant compte du dernier ajustement annuel de la programmation militaire et établir une trajectoire budgétaire jusqu’à l’horizon de stabilisation du déficit public prévu en 2027 ». Ce qui n’a pas été fait à l’occasion de l’ajustement de la LPM, alors que celle-ci aurait dû faire l’objet d’une réactualisation dans le cadre d’un débat au Parlement…
Ensuite, la Cour estime qu’il faut « identifier et exploiter les marges de manœuvre budgétaires qui peuvent exister, notamment dans le domaine de la coopération européenne et s’agissant de la définition du périmètre des missions confiées aux armées ». Enfin, elle plaide pour l’adoption d’un « processus d’actualisation stratégique et de programmation militaire plus réactif, plus transparent et reposant sur une plus grande capacité d’anticipation ».

 

 

Les drones MALE MQ-9 SeaGuardian pourront être mis en oeuvre depuis un porte-aéronefs par Laurent Lagneau

En 2021, la Turquie a annoncé son intention de transformer en porte-drones le TCG Anadolu, qui, jusqu’alors, devait être un navire d’assaut amphibie dérivé de la classe Juan Carlos I, conçue par le constructeur espagnol Navantia. Dans un premier temps, ce bateau mettra en œuvre une version navalisée du Bayraktar TB-2, connue sous le nom de TB-3. Puis il embarquera le drone de combat [UCAV] MIUS, en cours de développement chez Baykar.
Le TB-3 sera évidemment un appareil de type STOL [Short Take-off and Landing aircraft / Avion à décollage et atterrissage court], dont la récupération à bord du TCG Anadolu sera sécurisée, si besoin, par une barrière d’arrêt, c’est à dire un filet de sécurité. Le même principe pourrait être retenu aux États-Unis, voire au Royaume-Uni.
En effet, le 10 mai, le constructeur américain General Atomics a dévoilé un système prêt-à-monter [ou « kit »] permettant de réduire significativement la distance nécessaire à un drone MALE [Moyenne Altitude Longue Endurance] MQ-9B SkyGuardian/SeaGuardian pour décoller et atterrir. Assez, en tout cas, pour envisager de le mettre en œuvre depuis le pont d’un porte-aéronefs… Et cela, sans avoir recours à des catapultes.
« Imaginez que vous retirez le toit rigide de votre Jeep pour le ranger dans votre garage. Vous avez maintenant un véhicule ouvert. S’il pleut, vous remettez le toit rigide. Le principe est le même : vous prenez un MQ-9B standard et vous lui installer le kit STOL et vous le faites voler », a expliqué David Alexander, le Pdg de General Atomics.

 
Ce kit STOL modifie les ailes et la queue du MQ-9B. Selon l’industriel, il s’installe en moins d’un jour. Évidemment, les sous-systèmes de l’appareils [capteurs, armement, etc] restent les mêmes. L’un de ses intérêts est qu’il permet de transformer en drones embarqués les appareils déjà en service.
Selon General Atomics, la mise au point de ce kit a commencé en 2017, dans le cadre de son programme Mojave. Une première capacité a été testé avec un MQ-1C Gray Eagle Extended Range. Et il n’est pas impossible qu’il puisse aussi s’adapter sur un MQ-9A Reaper.
Pour une force navale, mettre en œuvre des MQ-9B SeaGuardian depuis un porte-aéronefs procurerait une plus-value opérationnelle indéniable. Pouvant rester en vol pendant au moins une vingtaine d’heures, cet appareil est en mesure d’assurer des missions de surveillance, de renseignement, de guerre électronique, de lutte anti-surface et de lutte anti-sous-marine grâce à la panoplie de capteurs et d’armement qu’il est en mesure d’emporter [boule optronique MX-20, radar de surveillance maritime SeaVue, bouées acoustiques, nacelle Sage 750 pour identifier et suivre les émissions radars, etc]. En outre, General Atomics a récemment indiqué avoir testé un radar à antenne active [AESA] Seaspray 7500E V2 intégré sur ce type de drone.
L’US Marine Corps [USMC] pourrait évidemment être intéressé par ce MQ-9B STOL étant donné qu’il cherche à se procurer, depuis maintenant plusieurs années, un drone MALE pouvant décoller depuis un navire d’assaut amphibie, dans le cadre du programme MUX [Marine Air Ground Task Force – UAS Expeditionary].
Même chose pour la Royal Navy qui, dans l’attente de disposer de F-35B en nombre suffisants, pourrait en doter ses deux porte-avions. D’autant que les forces britanniques disposeront, à terme, de 16 MQ-9 SkyGuardian [appelés « Protector » outre-Manche].
Un autre avantage de ce MQ-9B STOL est la flexibilité opérationnelle qu’il est suGround Combat Demonstration: Saab lève le voile sur les nouvelles variantes de l’AT4
Yannick Smaldore 11 mai, 2022
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Du 3 au 4 mai, Saab Dynamics et les forces armées suédoises ont organisé l’édition 2022 de la Ground Combat Demonstration. L’occasion de réaliser des tirs en conditions réelles du missile NLAW et du Carl-Gustaf M4 mais aussi, pour la première fois, des nouvelles variantes de l’AT4 CS représentatives de la version F2 attendue en France dans les tous prochains mois.

Pour la première fois depuis 2014, une trentaine de délégations étrangères et quelques journalistes internationaux ont pu assister à des démonstrations tactiques et techniques destinées à présenter l’étendue des capacités offertes par les armes de soutien légères proposées par Saab. Étant donné l’actualité ukrainienne, qui a mis à l’honneur une bonne partie du catalogue de Saab Dynamics, cette édition 2022 a logiquement insisté sur les capacités anti-char et anti-véhicules des différents armements. Plusieurs tirs réels ont ainsi été effectués sur un char T-72 et un transport de troupes BMP. Néanmoins, les capacités anti-infrastructures et anti-infanterie n’ont pas été négligées, la démonstration tactique montrant notamment la complémentarité des différents types de munitions dans un contexte opérationnel complexe.

Au total, plus d’une cinquantaine de tirs se sont succédés sur plusieurs sessions de démonstration, de jour comme de nuit. Un parachutiste, largué à 3000m d’altitude avec son NLAW, a effectué une démonstration de tir de ce missile anti-char à usage unique. Par la suite, le Carl-Gustaf M4 a fait usage de son large panel de munitions (notamment la nouvelle munition programmable HE-448) contre des blindés, différentes infrastructures et même une cible mouvante. Mais pour la délégation française présente sur place, on se doute que l’intérêt se portait avant tout sur les dernières évolutions de l’AT4CS qui faisaient là leur première démonstration publique.
Lors des démonstrations de tirs, la véritable star du show était le Carl-Gustaf M4. Il était présenté pour la première fois avec sa munition programmable HE-448. ©FOB
L’AT4 F2 livré d’ici la fin de l’année

Pour rappel, l’armée de Terre française est le client de lancement de cette troisième génération d’AT4, qui avait remporté en 2014 l’appel d’offre Roquette NG. Contrairement à la version actuellement utilisée par les forces françaises, qui n’a été livrée qu’en version anti-char, cette nouvelle itération de l’AT4CS doit être disponible dans trois variantes distinctes : anti-blindé, anti-structure ou anti-personnel. La portée de 300m des AT4CS actuels a été accrue à 400m grâce au nouveau viseur point rouge intégré. Elle pourra même atteindre 600m avec une grande précision grâce au viseur récupérable Aimpoint FCS51.

À noter toutefois que, à proprement parler, ce ne sont pas les nouveaux AT4 F2 conçus pour les forces françaises qui ont été dévoilés durant la Ground Combat Demonstration. En effet, sauf nouvel écueil, les livraisons des trois variantes françaises ne sont attendues que dans les tous prochains mois. Lors de la Ground Combat Demonstration, ce sont donc des modèles génériques préfigurant la nouvelle génération d’AT4, dont l’AT4 F2 fait partie, qui ont été utilisés. Dépourvus de certains détails propres aux version françaises, ces modèles de démonstration restent cependant très représentatifs de ce que sera l’AT4 F2 une fois qu’il aura été réceptionné et mis en service au sein de l’armée de Terre, dans ces trois versions :

    L’AT4CS ER (Extended Range) est la nouvelle variante anti-blindés, capable de détruire un char de combat (frappe latérale ou par l’arrière) jusqu’à 600m. Sa capacité de pénétration est donnée pour être supérieure à 460mm.

    L’AT4CS AST (Anti Structure Tandem) est optimisée pour l’ouverture de brèches et la destruction de bâtis en combat urbain rapproché, et reste pertinente face à des blindés légers. Un sélecteur permet de régler le délai de détonation de la seconde charge, selon l’effet désiré, entre 3ms ou 27ms environ.

    L’AT4CS HE (High Explosive) est la dernière évolution de la version anti-personnel de l’AT4. Pour des explosions à l’impact, la portée maximale est de 600m. En mode airburst, toutefois, il est possible de cibler des troupes derrière un obstacle ou dans une tranchée jusqu’à 1000m de distance. Ce dernier mode impose toutefois l’utilisation du viseur FCS51.

Résultat d’un tir d’AT4CS AST. Après avoir traversé un mur en béton, la munition a complètement détruit un conteneur. ©FOB

Les différents tirs effectués devant la presse et les délégations ont démontré l’efficacité de ces différents modèles face à leurs cibles principales, mais également leur polyvalence intrinsèque : la version AST reste redoutable en anti-personnel, et l’AST comme la HE conservent une très bonne efficacité contre les véhicules faiblement blindés.
La coopération franco-suédoise dans l’anti-char se poursuit

Lors de son discours de clôture de la première journée de démonstrations au Swedish Army Training Centre de Kvarn, le Major General Karl Engelbrektson, chef d’état-major de la Swedish Army, a insisté sur les efforts collectifs qui doivent être entrepris, tant en Suède qu’en Europe, pour pouvoir faire face au retour des conflits de haute intensité sur le continent européen. En Suède, la remontée en puissance débutée en 2014 va désormais s’accentuer, ce qui va nécessiter une étroite collaboration entre les forces armées, la société civile et les industriels de l’armement. « Désormais, le budget n’est plus le facteur limitant la croissance des forces armées, a confié le Major General Engelbrektson. Les vrais défis sont au niveau des ressources humaines, de l’entraînement et de la logistique, y compris industrielle ».

Pour effectuer une remontée en puissance rapide et fluide, les forces armées suédoises ne peuvent donc pas se permettre de blocages majeurs sur leurs programmes d’armement. Les industriels se doivent donc d’être force de proposition, et la FMV (Defence Materiel Administration, équivalent de la DGA) a pour but de faciliter l’avancée des programmes, y compris en collaboration.

Un état de fait qui devrait profiter indirectement au missile anti-char MMP français, qui devrait servir de base à un futur système franco-suédois de lutte anti-char au-delà de la vue directe (TAVD). Ce point a d’ailleurs été souligné par le chef d’état-major de la Swedish Army : « Nous avons un excellent programme de missile anti-char avec la France, entre Saab et MBDA, entre la FMV et la DGA, entre moi et mon homologue français. Les acquisitions seront conjointes, la doctrine d’emploi de ce système également, […] et l’achat des armes se fera conjointement à l’acquisition de nouveaux systèmes d’entrainement et de simulation. […] Nous progressons très rapidement sur ce programme, et nous avons déjà pris en compte ce nouveau concept dans notre organisation des opérations. »

Pour l’heure, sur ce programme, rien ou presque n’a filtré concernant la répartition exacte des tâches entre industriels français et suédois. Si le MMP est sans conteste une excellente base de travail, la Suède dispose d’une véritable expertise en matière de missiles « top attack », de liaisons de données sécurisées, mais aussi d’écosystèmes de support, d’entraînement et de simulation. À voir comment ces différentes expertises viendront se combiner à celles de MBDA afin de décupler le potentiel du MMP. susceptible de procurer avec sa capacité à atterrir sur des pistes courtes, sommairement aménagées.

Ground Combat Demonstration: Saab lève le voile sur les nouvelles variantes de l’AT4

Du 3 au 4 mai, Saab Dynamics et les forces armées suédoises ont organisé l’édition 2022 de la Ground Combat Demonstration. L’occasion de réaliser des tirs en conditions réelles du missile NLAW et du Carl-Gustaf M4 mais aussi, pour la première fois, des nouvelles variantes de l’AT4 CS représentatives de la version F2 attendue en France dans les tous prochains mois.
Pour la première fois depuis 2014, une trentaine de délégations étrangères et quelques journalistes internationaux ont pu assister à des démonstrations tactiques et techniques destinées à présenter l’étendue des capacités offertes par les armes de soutien légères proposées par Saab. Étant donné l’actualité ukrainienne, qui a mis à l’honneur une bonne partie du catalogue de Saab Dynamics, cette édition 2022 a logiquement insisté sur les capacités anti-char et anti-véhicules des différents armements. Plusieurs tirs réels ont ainsi été effectués sur un char T-72 et un transport de troupes BMP. Néanmoins, les capacités anti-infrastructures et anti-infanterie n’ont pas été négligées, la démonstration tactique montrant notamment la complémentarité des différents types de munitions dans un contexte opérationnel complexe.
Au total, plus d’une cinquantaine de tirs se sont succédés sur plusieurs sessions de démonstration, de jour comme de nuit. Un parachutiste, largué à 3000m d’altitude avec son NLAW, a effectué une démonstration de tir de ce missile anti-char à usage unique. Par la suite, le Carl-Gustaf M4 a fait usage de son large panel de munitions (notamment la nouvelle munition programmable HE-448) contre des blindés, différentes infrastructures et même une cible mouvante. Mais pour la délégation française présente sur place, on se doute que l’intérêt se portait avant tout sur les dernières évolutions de l’AT4CS qui faisaient là leur première démonstration publique.

L’AT4 F2 livré d’ici la fin de l’année

Pour rappel, l’armée de Terre française est le client de lancement de cette troisième génération d’AT4, qui avait remporté en 2014 l’appel d’offre Roquette NG. Contrairement à la version actuellement utilisée par les forces françaises, qui n’a été livrée qu’en version anti-char, cette nouvelle itération de l’AT4CS doit être disponible dans trois variantes distinctes : anti-blindé, anti-structure ou anti-personnel. La portée de 300m des AT4CS actuels a été accrue à 400m grâce au nouveau viseur point rouge intégré. Elle pourra même atteindre 600m avec une grande précision grâce au viseur récupérable Aimpoint FCS51.
À noter toutefois que, à proprement parler, ce ne sont pas les nouveaux AT4 F2 conçus pour les forces françaises qui ont été dévoilés durant la Ground Combat Demonstration. En effet, sauf nouvel écueil, les livraisons des trois variantes françaises ne sont attendues que dans les tous prochains mois. Lors de la Ground Combat Demonstration, ce sont donc des modèles génériques préfigurant la nouvelle génération d’AT4, dont l’AT4 F2 fait partie, qui ont été utilisés. Dépourvus de certains détails propres aux version françaises, ces modèles de démonstration restent cependant très représentatifs de ce que sera l’AT4 F2 une fois qu’il aura été réceptionné et mis en service au sein de l’armée de Terre, dans ces trois versions :
  • L’AT4CS ER (Extended Range) est la nouvelle variante anti-blindés, capable de détruire un char de combat (frappe latérale ou par l’arrière) jusqu’à 600m. Sa capacité de pénétration est donnée pour être supérieure à 460mm.
  • L’AT4CS AST (Anti Structure Tandem) est optimisée pour l’ouverture de brèches et la destruction de bâtis en combat urbain rapproché, et reste pertinente face à des blindés légers. Un sélecteur permet de régler le délai de détonation de la seconde charge, selon l’effet désiré, entre 3ms ou 27ms environ.
  • L’AT4CS HE (High Explosive) est la dernière évolution de la version anti-personnel de l’AT4. Pour des explosions à l’impact, la portée maximale est de 600m. En mode airburst, toutefois, il est possible de cibler des troupes derrière un obstacle ou dans une tranchée jusqu’à 1000m de distance. Ce dernier mode impose toutefois l’utilisation du viseur FCS51.
 
Les différents tirs effectués devant la presse et les délégations ont démontré l’efficacité de ces différents modèles face à leurs cibles principales, mais également leur polyvalence intrinsèque : la version AST reste redoutable en anti-personnel, et l’AST comme la HE conservent une très bonne efficacité contre les véhicules faiblement blindés.

La coopération franco-suédoise dans l’anti-char se poursuit

Lors de son discours de clôture de la première journée de démonstrations au Swedish Army Training Centre de Kvarn, le Major General Karl Engelbrektson, chef d’état-major de la Swedish Army, a insisté sur les efforts collectifs qui doivent être entrepris, tant en Suède qu’en Europe, pour pouvoir faire face au retour des conflits de haute intensité sur le continent européen. En Suède, la remontée en puissance débutée en 2014 va désormais s’accentuer, ce qui va nécessiter une étroite collaboration entre les forces armées, la société civile et les industriels de l’armement. « Désormais, le budget n’est plus le facteur limitant la croissance des forces armées, a confié le Major General Engelbrektson. Les vrais défis sont au niveau des ressources humaines, de l’entraînement et de la logistique, y compris industrielle ».
Pour effectuer une remontée en puissance rapide et fluide, les forces armées suédoises ne peuvent donc pas se permettre de blocages majeurs sur leurs programmes d’armement. Les industriels se doivent donc d’être force de proposition, et la FMV (Defence Materiel Administration, équivalent de la DGA) a pour but de faciliter l’avancée des programmes, y compris en collaboration.
Un état de fait qui devrait profiter indirectement au missile anti-char MMP français, qui devrait servir de base à un futur système franco-suédois de lutte anti-char au-delà de la vue directe (TAVD). Ce point a d’ailleurs été souligné par le chef d’état-major de la Swedish Army : « Nous avons un excellent programme de missile anti-char avec la France, entre Saab et MBDA, entre la FMV et la DGA, entre moi et mon homologue français. Les acquisitions seront conjointes, la doctrine d’emploi de ce système également, […] et l’achat des armes se fera conjointement à l’acquisition de nouveaux systèmes d’entrainement et de simulation. […] Nous progressons très rapidement sur ce programme, et nous avons déjà pris en compte ce nouveau concept dans notre organisation des opérations. »
Pour l’heure, sur ce programme, rien ou presque n’a filtré concernant la répartition exacte des tâches entre industriels français et suédois. Si le MMP est sans conteste une excellente base de travail, la Suède dispose d’une véritable expertise en matière de missiles « top attack », de liaisons de données sécurisées, mais aussi d’écosystèmes de support, d’entraînement et de simulation. À voir comment ces différentes expertises viendront se combiner à celles de MBDA afin de décupler le potentiel du MMP.

RETEX : Commémoration nationale

 
 
 

 

Éric Dénécé, docteur en sciences politiques, ancien officier de renseignement au sein de la Marine nationale, chargé de mission pour soutenir la résistance anticommuniste au Cambodge, chercheur, écrivain, enseignant, fondateur de l’unité d’intelligence économique de Geos, est un excellent connaisseur de la politique américaine et de son soft power. Il est revenu sur les accords du 25 mars 2022 entre Ursula von der Leyen et Joe Biden sur les transferts de données, nous en soulignons quelques points.

Les transferts de données

Le site de l’UE « European Data Protection Supervisor » précise :
« Le transfert des données à caractère personnel hors de l’UE n’est autorisé que sous certaines conditions telles qu’énoncées dans la directive 95/46/CE ainsi que dans le règlement général sur la protection des données qui sera pleinement applicable à partir de mai 2018. Si un pays est considéré par la Commission européenne comme offrant un niveau de protection adéquat , il sera soumis aux mêmes règles qu’un État membre de l’UE, ce qui signifie que le destinataire des données dans cet État ne sera pas tenu de prendre des mesures spécifiques pour permettre le transfert. Le transfert de données vers un pays sans une décision relative à l’adéquation du niveau de protection des données exige des garanties appropriées, telles que des clauses contractuelles types ou des règles d’entreprise contraignantes. Des dérogations à cette règle peuvent être obtenues dans des cas très spécifiques. Le Comité européen de la protection des données, dont le CEPD est membre, fournira à la Commission des avis sur ce sujet ».

Les accords du 25 mars 2022

Ces accords bouleversent le schéma de protection des européens. Un premier accord sur les transferts de données personnelles des citoyens de l’UE vers les États-Unis avait été invalidé par la Cour de justice de l’UE en juillet 2020. La Cour avait estimé que les garanties de sécurité en matière de données n’étaient pas respectées aux États-Unis. La loi américaine sur le Foreign Intelligence Surveillance Act donne aux américains toute liberté pour utiliser les données d’un pays étranger.
À la faveur du conflit russo-ukrainien, c’est cet équilibre qui a été renversé par Ursula von der Leyden en accordant aux américains toute licence pour exploiter les données des européens. Par ce texte, « les Américains peuvent piocher dans les données que nous leur transmettons comme ils le veulent en utilisant l’argument de la sécurité nationale, ce qui ouvre la porte à tous les abus ». Ceci sans réciprocité.
Éric Dénécé ajoute « On sait que toutes les écoutes de la NSA faites depuis 2002 au titre de la lutte contre le terrorisme ont servi à la guerre économique et non pas à la lutte contre les attentats. La récente affaire des sous-marins australiens dont la construction est passée en un tour de main de la France aux États-Unis et au Royaume Uni en est une illustration récente parmi bien d’autres exemples. Seigneur, garde-moi de mes amis, de mes ennemis je m’en charge, disait le roi de Macédoine Antigone II Doson. Une citation qui semble toujours d’actualité.

Accord UE/États-Unis sur les transferts de données, le point de vue d’Éric Dénécé

10 avril 2022

Éric Dénécé, docteur en sciences politiques, ancien officier de renseignement au sein de la Marine nationale, chargé de mission pour soutenir la résistance anticommuniste au Cambodge, chercheur, écrivain, enseignant, fondateur de l’unité d’intelligence économique de Geos, est un excellent connaisseur de la politique américaine et de son soft power. Il est revenu sur les accords du 25 mars 2022 entre Ursula von der Leyen et Joe Biden sur les transferts de données, nous en soulignons quelques points.

Les transferts de données

Le site de l’UE « European Data Protection Supervisor » précise :
« Le transfert des données à caractère personnel hors de l’UE n’est autorisé que sous certaines conditions telles qu’énoncées dans la directive 95/46/CE ainsi que dans le règlement général sur la protection des données qui sera pleinement applicable à partir de mai 2018. Si un pays est considéré par la Commission européenne comme offrant un niveau de protection adéquat , il sera soumis aux mêmes règles qu’un État membre de l’UE, ce qui signifie que le destinataire des données dans cet État ne sera pas tenu de prendre des mesures spécifiques pour permettre le transfert. Le transfert de données vers un pays sans une décision relative à l’adéquation du niveau de protection des données exige des garanties appropriées, telles que des clauses contractuelles types ou des règles d’entreprise contraignantes. Des dérogations à cette règle peuvent être obtenues dans des cas très spécifiques. Le Comité européen de la protection des données, dont le CEPD est membre, fournira à la Commission des avis sur ce sujet ».

Les accords du 25 mars 2022

Ces accords bouleversent le schéma de protection des européens. Un premier accord sur les transferts de données personnelles des citoyens de l’UE vers les États-Unis avait été invalidé par la Cour de justice de l’UE en juillet 2020. La Cour avait estimé que les garanties de sécurité en matière de données n’étaient pas respectées aux États-Unis. La loi américaine sur le Foreign Intelligence Surveillance Act donne aux américains toute liberté pour utiliser les données d’un pays étranger.
À la faveur du conflit russo-ukrainien, c’est cet équilibre qui a été renversé par Ursula von der Leyden en accordant aux américains toute licence pour exploiter les données des européens. Par ce texte, « les Américains peuvent piocher dans les données que nous leur transmettons comme ils le veulent en utilisant l’argument de la sécurité nationale, ce qui ouvre la porte à tous les abus ». Ceci sans réciprocité.
Éric Dénécé ajoute « On sait que toutes les écoutes de la NSA faites depuis 2002 au titre de la lutte contre le terrorisme ont servi à la guerre économique et non pas à la lutte contre les attentats. La récente affaire des sous-marins australiens dont la construction est passée en un tour de main de la France aux États-Unis et au Royaume Uni en est une illustration récente parmi bien d’autres exemples. Seigneur, garde-moi de mes amis, de mes ennemis je m’en charge, disait le roi de Macédoine Antigone II Doson. Une citation qui semble toujours d’actualité.
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