Syrie - Dix ans déjà !

...par le Gal. Dominique Delawarde - Le 24/03/2021.

Bonjour à tous,

Le suivi de la crise sanitaire ne doit pas occulter le suivi de la géopolitique. Depuis 10 ans déjà, le peuple syrien souffre d'une guerre civile initiée et entretenue par la "coalition occidentale" dirigée par les USA au seul profit d'Israël et de l'hégémonie US sur la planète.

Deux courtes pièces à conviction (vidéos) parmi beaucoup d'autres. .... https://www.youtube.com/watch?v=vE4DgsCqP8U 

( c'est un ancien commandant en chef de l'OTAN qui parle et

 https://www.youtube.com/watch?v=BH9SHxetO1I&lc=UgworYDAbtDogp4ZiWV4AaABAg 

(C'est un ancien ministre des affaires étrangères français qui parle)

Deux textes intéressants et argumentés dont je partage les conclusions viennent ponctuer ce triste dixième anniversaire.

Celui de Michel Rimbaud, ancien ambassadeur, paru dans le magazine Afrique- Asie sous le titre: «Nous ne savions pas… qu’il y a un droit international» https://www.afrique-asie.fr/nous-ne-savions-pas-quil-y-a-un-droit-international

et celui de Bruno Guigue, ancien haut fonctionnaire français, paru sur plusieurs sites, dont celui de RT, sous le titre : "Fichez la paix à la Syrie"

 https://francais.rt.com/opinions/84643-fichez-la-paix-a-la-syrie-par-bruno-guigue


Chacun peut comprendre que ces textes ne soient pas repris par les médias mainstream occidentaux contrôlés par une poignée de milliardaires, pro-israéliens pour des raisons que chacun peut découvrir facilement.

En pleine épidémie, la gouvernance et les médias mainstream français, plus sionistes que les israéliens eux-mêmes, continuent de soutenir les rebelles islamistes anti-gouvernementaux en Syrie, comme s'il n'y avait rien de plus important à faire. Alors que ni l'épidémie, ni le terrorisme ne sont éradiqués sur notre territoire, notre exécutif continue inlassablement de participer, à l'étranger et aux côtés du suzerain US, aux actions génératrices d'un "chaos constructif" pro Israélien au moyen orient.

En me réveillant le matin, je suis presque satisfait de voir que l'occident enregistre, et de très loin, les bilans les plus lourds et les échecs les plus flagrants dans la gestion de cette épidémie. Pourquoi ?

Parce que je me dis qu'après tout, il pourrait bien y avoir une justice divine. Que les couvre-feux et les confinements de populations qui nous répugnent feront peut être prendre conscience aux citoyens français des souffrances que notre exécutif inflige, depuis dix ans, au peuple syrien soumis à notre ingérence permanente, tenace et meurtrière au profit des islamistes les plus radicaux, .... et d'Israël, bien sûr.

Parce que la gestion de cette épidémie occupe toujours plus nos dirigeants qui ont donc moins de temps à consacrer aux ingérences tous azimuts dans les affaires des pays souverains.

Parce que l'épidémie hypothèque d'énormes moyens financiers qui sont et seront autant de moins à consacrer au financement de nos ingérences calamiteuses, aujourd'hui et demain.

Je ne m'étonne plus qu’un sondage récent révèle qu’Emmanuel Macron inspire principalement de la « colère » (28%), du « dégoût » et du « désespoir » (21%), de la honte (18%) aux Français. Pour ce qui me concerne j'éprouve: et de la colère et du dégout et de la honte que la France puisse être dirigée par le mensonge, les pressions étrangères, la corruption et les conflits d'intérêt d'une trop large part de l'élite.

Grâce à la crise sanitaire, je ne désespère pas d'une prise de conscience, par les électeurs français, des manipulations permanentes dont ils sont les objets par les politiques et les médias mainstream. Il faudra, tôt ou tard, botter le cul de ces gens élus par défaut, et plutôt mal, avec la complicité malsaine des médias mainstream et de ceux qui les contrôlent .......

Je garde l'espoir, sans en être sûr, que tout cela se passe pacifiquement. Rien ne serait plus dommageable pour notre pays qu'une guerre civile opposant deux conceptions du monde et de la France dans laquelle le plus déterminé (pas forcément le plus riche) l'emportera.....

Bonne lecture

DD


Le plan US post 11 septembre :

Envahir 7 pays selon le Gal. US Wesley Clark

Syrie : Roland Dumas lâche une bombe !


Nous ne savions pas qu'il y a un droit international...

...par Michel Raimbaud - Le 22/03/2021.

Comme l’Irak avant elle, la Syrie est la cible de l’hystérie médiatique mainstream à l’occasion des 10 ans de la guerre. Ancien diplomate, Michel Raimbaud s’interroge : Faudra-t-il 30 ans pour reconnaître les crimes commis contre ce pays ?

 

Source : Afrique-Asie

– Vue sur Damas en septembre 2018. Fort de sa résilience et de ses alliances (Russie et Iran), l’État syrien, n’a pas été détruit, même si le pays est ravagé, son économie ruinée et son peuple asphyxié et affamé par l’embargo et les sanctions, sans voir le bout de son calvaire. (illustration). © REUTERS/Marko Djurica

En mars 1991, l’Irak de Saddam Hussein, qui venait d’imploser face à une coalition conduite par Washington, entamait sa descente aux enfers. Il était désormais, pour longtemps, sous étroite surveillance et embargo. Entre un mirage de «glasnost» et une vague de «perestroïka», l’URSS de Gorbachev, noyée dans un rêve d’Occident, allait bientôt sombrer et se disloquer.

L’Amérique se voyait déjà comme «le plus puissant Empire que la terre ait porté» et s’apprêtait à le faire payer très cher à qui ne l’aurait pas compris. Après avoir fait semblant de chercher une issue pacifique évitant à l’Irak l’humiliation, la France de Mitterrand avait rejoint l’assaut anti-Saddam, mesurant peu à peu combien sa marge de manœuvre vis-à-vis de Bagdad était étroite. Après un retour de flamme gaulliste sous Chirac, elle jetterait ses derniers feux en mars 2003 avec le discours flamboyant mais sans conséquence de Villepin au Conseil de Sécurité, abandonnant l’Irak et poursuivant sa glissade vers l’atlantisme.

Il a fallu trente ans pour que le mainstream du pays de la raison et des droits de l’Homme daigne découvrir le gigantesque mensonge qui avait occulté la destruction de l’Irak et l’atroce supplice infligé à son peuple. Le triste Colin Powell, célèbre pour avoir entubé le Conseil de Sécurité avec sa sinistre fiole, attendrait une éternité pour s’excuser vaguement au prétexte qu’il avait été mal informé (sic). Quelques-uns l’imiteraient plus tard, beaucoup d’autres jamais. Devant le scandale, nombreux sont ceux qui maintenant brandissent une excuse facile : «Nous ne savions pas», disent-ils, escamotant ainsi leur responsabilité. Avouer qu’ils savaient serait reconnaître qu’ils ont été coupables ou complices. Selon le long documentaire consacré à l’Irak récemment sur France 2, Chevènement avouait savoir depuis le 4 août 1990 que la France avait donné son accord à Washington pour être à ses côtés contre Saddam : la saga diplomatique dont les Français étaient fiers n’était donc qu’un leurre.

L’accablant bilan de la tragédie irakienne a été passé sous silence, malgré un certain nombre de voix et d’initiatives courageuses qui ont tenté de démasquer l’entreprise américaine inspirée par le sionisme judéo-protestant : l’État démantelé et détruit, son armée et sa police dissoutes, l’un des pays les plus modernes du monde arabe ramené cinquante ans en arrière par les raids et l’usage d’armes prohibées, humilié par un «pétrole contre nourriture» inique. Sans compter les exactions et tortures, les prisons, le pillage du patrimoine archéologique. Au bas mot deux millions de morts dont 500 000 enfants, «le prix de la démocratie» selon la vieille Albright… Et l’inénarrable George Debeliou Bush posant la question historique :

Pourquoi nous haïssent-ils tant ?

La bêtise de cet accès de folie furieuse témoigne de la dégénérescence morale du pays de Descartes et des droits de l’homme, une sorte de Covid de l’intelligence

Le même scénario est en train de se reproduire assez exactement pour la Syrie, entrée en cette mi-mars dans sa onzième année de guerre. Sauf que l’État syrien, fort de sa résilience et de ses alliances (Russie et Iran), n’a pas été détruit, même si le pays est ravagé, son économie ruinée et son peuple asphyxié et affamé par l’embargo et les sanctions, sans voir le bout de son calvaire. Refusant de reconnaître son «impensable défaite» et «l’impensable victoire de Bachar el-Assad», l’Amérique a préféré, comme le prédisait benoîtement en 2016 le conseiller d’Obama Robert Malley, passer à un second stade de l’agression, la guerre militaire proprement dite bel et bien perdue laissant la place à une guerre économique sans fin, une guerre «proxy» avec l’appui du ban et de l’arrière-ban de la «communauté internationale» à l’occidentale.

Comme il était prévisible, la mi-mars, dixième « anniversaire » du début des évènements en Syrie, a déclenché une hystérie sans précédent et à première vue incompréhensible dans la morne plaine – marécageuse à souhait – du mainstream, qui unit dans son lit les politiques, les médias et ceux dont le métier est de penser. La bêtise de cet accès de folie furieuse témoigne de la dégénérescence morale du pays de Descartes et des droits de l’homme, une sorte de Covid de l’intelligence. Ce sont simplement les intellectuels néoconservateurs à la française qui se mobilisent, égrenant leur chapelet de pieux mensonges et d’insanités, où se bousculent de jolis mots comme démocratie, droit international, droits de l’homme, justice, pluralisme, solution politique. Furieux de leur défaite, et n’ayant rien de présentable à revendiquer ou à proposer, à l’image des terroristes modérés et des révolutionnaires embusqués qu’ils soutiennent, ils stigmatisent sur l’air de la vertu outragée «l’Etat voyou» en Syrie, le «régime de Bachar», le gang «génocidaire», le «tyran massacreur», illustrant à merveille ce «degré zéro de la pensée politique» (et de l’intelligence) qu’est le néoconservatisme, et cette «dame bêtise» dont ils sont les amants et fiancés. On voit même avancer l’idée que, pour défaire durablement l’État islamique en Syrie, il convient de «stabiliser» les rebelles, qui ont détruit leur pays et se pourlèchent du martyre de leurs compatriotes.

Ce qu’a subi l’Irak depuis trente ans, la Syrie le vit pour la onzième année consécutive (plus que les deux guerres mondiales réunies), un silence sidéral et un déni total raffinant le calvaire d’un peuple martyrisé. Si elle continue de mourir à petit feu, ce n’est pas pour «payer le prix d’une nécessaire démocratisation», ce n’est ni un «printemps raté» ni une guerre civile comme on s’évertue à le dire dans les pays de l’Axe du Bien. Parmi les «experts» qui pérorent, j’ose espérer qu’il n’y a pas de professeurs de droit international, car ils sauraient sûrement qu’à l’instar de l’Irak en son temps, la Syrie a été et est toujours la victime d’une agression internationale.

Qui se rappellent de Nuremberge et de Tokyo ?

Lors des procès de Nuremberg (et de Tokyo) de 1946, ce crime d’agression, fondé sur la volonté libre et consciente de menacer ou de rompre la paix, est assimilé au «crime contre la paix» et qualifié de «crime international par excellence», l’une des violations majeures du droit international aux côtés du génocide, du crime de guerre et du crime contre l’humanité. Il est inscrit par le Tribunal de Nuremberg en tête de liste, assorti de la formule suivante : «Lancer une guerre d’agression n’est pas seulement un crime international ; c’est le crime international suprême», la seule différence avec les autres crimes de guerre étant qu’il recèle en lui-même tout le Mal accumulé de tous les autres. C’est «le crime par excellence».

Codifié par l’Assemblée générale des Nations unies, résolution 95/1946, il appartient au Droit pénal international et relève de la Cour de Justice internationale de La Haye (en ce qui concerne la responsabilité et l’incrimination des Etats). Repris par le Traité de Rome de juillet 1998, portant création de la CPI, il relève également de la juridiction de la Cour pénale internationale (pour la responsabilité personnelle des responsables des Etats).

– Ils sont bien habillés, bien coiffés, bien nourris, bardés de diplômes, ils se posent en «maîtres du monde» : ils disent le droit, font la loi, décident de la guerre, écrivent le récit de leurs exploits vus par une lorgnette détraquée. En résumé, Occidentaux ou partisans de l’Occident, les occidentalistes sont les élites du «monde civilisé», l’essence de la seule humanité qui compte à leurs yeux d’aveugles. Ils se croient invulnérables et intouchables. Ils n’ont ni remords ni vergogne. Ils sont même fiers de leurs actes, de leurs bilans, de leur appui à ces terroristes recyclés ou non qui «font du bon boulot». DR

Faudra-t-il se donner rendez-vous dans trente ans pour «découvrir» le bilan des guerres de Syrie, qu’elles soient militaires et visibles ou économiques et invisibles ?

Pour agrémenter sa paisible retraite, Debeliou Bush avait choisi, parait-il, de peindre de ridicules petits moutons, sans être jamais effleuré par l’idée qu’il devrait avoir sur la conscience des millions de morts

Lorsque aura sonné l’heure de faire les comptes et de rendre justice, il conviendra en tout cas de rappeler sans trêve aux cent gouvernements qui participent jusqu’à aujourd’hui à cette agression caractérisée, la gravité de leur entreprise criminelle. Et l’on dénoncera en premier lieu les trois Occidentaux, membres permanents du Conseil de Sécurité, qui prétendent dire le Droit international et en être les gardiens, alors qu’ils en sont les premiers violateurs.

Pour agrémenter sa paisible retraite, Debeliou Bush avait choisi, parait-il, de peindre de ridicules petits moutons, sans être jamais effleuré par l’idée qu’il devrait avoir sur la conscience des millions de morts, de blessés, d’estropiés, d’enfants handicapés, sans même compter la destruction de plusieurs pays. D’autres, comme Blair ou Obama, tirent même un revenu enviable du récit de leurs exploits, en donnant des conférences grassement payées, où leurs ravages et crimes sont considérés implicitement comme les effets collatéraux d’une œuvre pie : aucune référence aux morts, aux destructions dont ils sont responsables, au sort des États ruinés ou dépecés…

La lorgnette détraquée des occidentalistes

Ils sont bien habillés, bien coiffés, bien nourris, bardés de diplômes, ils se posent en «maîtres du monde» : ils disent le droit, font la loi, décident de la guerre, écrivent le récit de leurs exploits vus par une lorgnette détraquée. En résumé, Occidentaux ou partisans de l’Occident, les occidentalistes sont les élites du «monde civilisé», l’essence de la seule humanité qui compte à leurs yeux d’aveugles. Ils se croient invulnérables et intouchables. Ils n’ont ni remords ni vergogne. Ils sont même fiers de leurs actes, de leurs bilans, de leur appui à ces terroristes recyclés ou non qui «font du bon boulot». Leur péché mignon, dont ils ne peuvent se défaire puisqu’ils y voient la nouvelle mouture de l’exécrable «fardeau de l’homme blanc», c’est la manie de délivrer des leçons de morale et de décider à leur place ce que doivent faire les pays «qui n’appartiennent pas à notre monde», même si personne ne les a sonnés. Évidemment, s’il y avait encore un soupçon de sagesse en Occident, on se demanderait comment des gens dont le sens de la gouvernance et du droit international est aussi erratique à domicile peuvent décider du sort de leurs voisins plus ou moins lointains.

Raison de plus pour que les responsables politiques ou militaires, les intellectuels, les médias qui ont décidé, organisé, soutenu ou justifié un crime d’agression internationale (ou plusieurs), sachent qu’ils sont et resteront, quoi qu’ils fassent ou ne fassent pas, responsables pour le crime d’agression internationale, ou pour leur appui ou leur complicité, et qu’ils devront rendre des comptes, sans qu’il puisse y avoir prescription. La justice a certes de nombreux défauts, mais elle est tenace.

Par Michel Raimbaud

*Ancien diplomate et essayiste, Michel Raimbaud a publié plusieurs ouvrages, notamment Tempête sur le Grand Moyen-Orient (2e édition 2017) et Les guerres de Syrie (2019).

Pour aller plus loin :

Lire aussi Fichez la paix à la Syrie ! par Bruno Guigue

https://francais.rt.com/opinions/84643-fichez-la-paix-a-la-syrie-par-bruno-guigue

Lire aussi Dix ans de guerre en Syrie : une défaite pour l’interventionnisme occidental ?

https://francais.rt.com/international/84629-dix-ans-guerre-syrie-defaite-interventionnisme-occidental

Lire aussi Guerre en Syrie : quel rôle pour les médias ?

https://francais.rt.com/international/84749-syrie-quel-role-pour-les-medias-dans-ce-conflit-sans-pouvoir-verifier-les-informations

RT France
https://francais.rt.com/opinions/84954-syrie-nous-ne-savions-pas-qu-il-y-a-droit-international-michel-raimbaud

https://francais.rt.com/opinions/84954-syrie-nous-ne-savions-pas-qu-il-y-a-droit-international-michel-raimbaud


Fichez la paix à la Syrie !

...par Bruno Guigue - Le 15/03/2021.

Fichez la paix à la Syrie ! par Bruno Guigue

2021 © REUTERS/Omar Sanadiki Un homme assis devant un magasin fermé, affichant le drapeau syrien, le 10 mars 2021 à Douma (illustration). 

 

Déjà dix ans de guerre en Syrie, et les souffrances du peuple syrien continuent. Dix ans de guerre, et les milliers de vies qu’elle a fauchées, les immenses dévastations qu’elles a causées, sont les stigmates du martyr infligé à un peuple qui ne demandait qu’à vivre en paix. Gigantesque tribut payé à cette folie collective orchestrée de l’étranger qui a vu des mercenaires de 120 nationalités affluer au Pays de Cham pour y instaurer un nouvel «émirat». Guerre sans pitié, où l’État syrien menacé d’anéantissement s’est battu bec et ongles, défendant l’intégrité territoriale et la souveraineté de la nation. Affrontement aux multiples visages, la guerre de Syrie n’en finit pas de présenter son sinistre bilan.

 

Il fallait être naïf pour ne pas voir, dès le printemps 2011, la formidable duplicité des gouvernements occidentaux versant des larmes de crocodile sur les victimes de l’armée syrienne tout en absolvant les exactions de la rébellion armée. Difficile d’ignorer, non plus, que les combattants de la nébuleuse insurrectionnelle disposaient d’un soutien financier massif de la part des pétromonarchies du Golfe. Mais si les Occidentaux et leurs alliés régionaux voulaient en découdre avec Damas, ce n’était pas pour faire la promotion des droits de l’Homme. C’était pour défendre des intérêts sonnants et trébuchants au cœur d’une région cruciale pour l’avenir énergétique de la planète.

 

 Des soldats américains avant un excercice militaire international, à Fort Bragg, Caroline du Nord, Etats-Unis, 23 janvier 2020 (image d'illustration).

Lire aussi : Frappes de l'administration Biden en Syrie : Les démocrates rattrapés par d'anciennes déclarations

 

C’était aussi, comme l’a écrit Hillary Clinton dans un célèbre courriel révélé par Julian Assange, pour garantir la sécurité d’Israël en neutralisant l’un des derniers bastions du nationalisme arabe car la Syrie est au centre d’une alliance réunissant les forces qui s’opposent à la domination israélo-américaine dans la région. Elle demeure le seul État arabe debout, refusant de plier devant la puissance occupante. Elle est le pivot d’un arc de la résistance qui va de Damas à Téhéran en passant par le Hezbollah libanais et les mouvements palestiniens. Le drame, mais aussi la fierté de la Syrie, c’est qu’elle est l’enfant terrible du nationalisme arabe, le dernier vestige d’une époque où Nasser et le parti Baath inspiraient la lutte contre l’impérialisme et le sionisme.

 

S’imaginant qu’ils allaient provoquer sa chute à la faveur des «printemps arabes», les dirigeants occidentaux ont ignoré la légitimité dont jouissait le gouvernement syrien. Ils pensaient que l’armée régulière se déliterait sous l’effet de désertions en masse qui n’eurent jamais lieu. Aveuglés par leur lecture orientaliste de la société syrienne, ils la croyaient dominée par la minorité alaouite alors même que les principaux cadres de cet État laïc, le seul du monde arabe, étaient sunnites. Ils faisaient mine de croire à la légende d’un peuple héroïque dressé contre un despote aux abois, alors que la légitimité du président Assad se trouvait confortée, au contraire, par sa détermination à lutter contre les ennemis de la Syrie.

 

Les médias occidentaux ont braqué leurs caméras vers des attroupements de barbus en les faisant passer pour un soulèvement populaire, mais ils ont occulté les immenses rassemblements en faveur du gouvernement et des réformes, à Damas, Alep et Tartous, entre juin et novembre 2011. Il suffisait pourtant d’analyser de tels événements pour mesurer le véritable rapport de forces au sein du pays. Or la myopie volontaire du regard occidental sur la Syrie a pulvérisé tous les records. Avide de prendre le train à grande vitesse de la propagande anti-Damas, le moindre journaliste s’est précipité tête baissée dans son dernier wagon. L’imagination propagandiste a réduit au silence le simple bon sens, et les atrocités commises par les extrémistes, dès le printemps 2011, n’ont pas passé la rampe d’une couverture médiatique faisant le tri entre les bonnes et les mauvaises victimes.

 

Indice infaillible de son importance stratégique pour Washington et ses séides, la guerre de Syrie aura suscité une avalanche de mensonges sans précédent. La fable grotesque des attaques chimiques attribuées à l’armée syrienne mérite une mention spéciale du jury : elle restera à jamais dans les annales de la désinformation, à côté de la fiole de Colin Powell et des couveuses de Koweit-City. L’écran de fumée d’une « opposition syrienne démocratique » s’étant vite dissipé, il a fallu inventer un cortège d’horreurs imaginaires pour inverser la charge de la preuve. Afin de détourner l’attention de ces coupeurs de tête venus de partout et de nulle part pour exterminer les hérétiques, on s’est mis à accabler l’État syrien. On a alors monté de toutes pièces des accusations invraisemblables dont seule la crédulité d’une opinion occidentale soumise à un intense lavage de cerveau pouvait garantir l’efficacité.

 

Des gens brandissent une photo du président syrien Bachar al-Assad à l'aéroport d'Alep, février 2020 (image d'illustration). 

Lire aussi : Le théorème de Bachar el-Assad, par Bruno Guigue

 

Il suffisait pourtant de consulter les chiffres fournis par un organisme proche de l’opposition armée (l’OSDH) pour constater que la moitié des victimes de la guerre appartenaient aux forces de sécurité syriennes. Quel meilleur démenti infligé à la fable du massacre de populations innocentes par une armée de tortionnaires ? Mais la narration dominante n’avait cure de ces broutilles, et l’opération de « regime change » voulue par Washington s’accommodait aisément de telles distorsions avec la réalité. Elle faisait fi de ce que les observateurs de la Mission dépêchée par la Ligue arabe avaient constaté entre décembre 2011 et janvier 2012, à savoir la violence déchaînée par une opposition présentée en Occident comme pacifique et tolérante, alors qu’elle était gangrenée dès l’origine par l’idéologie takfiriste, les pratiques mafieuses et l’argent saoudien.

 

Voulue par Washington, Londres, Paris et Ankara, financée par les monarques du Golfe, la guerre de Syrie est une farce sanglante. Provoquée par l’appétit de domination impérialiste, elle a mobilisé une piétaille fanatisée, issue de masses manipulables, abruties au dernier degré par l’idéologie wahhabite. Véritable boîte de Pandore, ce conflit a fait jaillir un impressionnant florilège d’ignominies : des dirigeants occidentaux qui prétendent combattre les terroristes tout en leur procurant des armes au nom des droits de l’Homme ; des États dits démocratiques qui infligent un embargo sur les médicaments à des populations civiles coupables de ne pas combattre leur gouvernement ; des familles royales sanguinaires et débauchées qui donnent des leçons de démocratie tout en sponsorisant la terreur ; et pour finir, des intellectuels français qui exigent comme un impératif moral le bombardement d’un pays qui ne nous a rien fait.

 

De ces mercenaires crétinisés venus dévaster le berceau de la civilisation pour une poignée de pétrodollars, l’État syrien, pourtant, est presque venu à bout. En restaurant la souveraineté nationale sur la majeure partie du territoire habité, cette courageuse armée de conscrits a infligé un camouflet à tous ceux qui rêvaient de remplacer la Syrie par une constellation d’entités confessionnelles. Calomniée sans relâche par les propagandistes occidentaux, cette armée de conscrits a payé un lourd tribut pour libérer le sol de la patrie. Les mythomanes du droit-de-l’hommisme eurent beau fabriquer des « faits » pour l’accabler, nous savons que les « rebelles modérés » chers à l’Occident ont massacré les familles des fonctionnaires baasistes, et que ces horreurs étaient imputées par la presse occidentale à l’armée nationale. Et c’est au prix d’efforts surhumains que le peuple syrien, son État et son armée ont repoussé les milices terroristes jusque dans cette poche d’Idlib qui finira bien par tomber à son tour.

 

Victorieuse sur le plan militaire, forte du soutien populaire, la Syrie souveraine subit toujours les affres de l’embargo occidental, ajoutés aux séquelles de la guerre et à la destruction de solidarités familiales et communautaires malmenées par dix années de violence ininterrompue. Aussi l’acharnement des ennemis de la Syrie n’est-il pas seulement criminel : il est absurde. Après dix ans de guerre, le pays entrevoit enfin le bout du tunnel. Certains quartiers de Damas ou d’Alep renaissent, retrouvant le mode de vie d’antan. Les Russes ont joué un rôle déterminant dans la libération de la Syrie, et il est probable que les Chinois prendront leur part dans sa reconstruction. Washington, Londres, Paris et Ankara n’ont plus qu’une chose à faire : cesser d’exercer leur pouvoir de nuisance. Qu’ils passent la main, et laissent la Syrie tranquille. Mais l’impérialisme n’a pas l’habitude de lâcher le morceau, et la route sera sans doute longue avant le retour à la paix.

 

Lire aussi : Reprise du processus de paix pour la Syrie à Sotchi... Où en est-on ?



 

Bruno Guigue

 

Chercheur en philosophie politique et observateur de la vie internationale, Bruno Guigue appelle les puissances occidentales, après dix ans de guerre, à cesser d’exercer leur pouvoir de nuisance en Syrie.

 

 


Syrie – Après dix ans de conflit, les États-Unis misent-ils sur l’asphyxie économique ?

Le 24/03/2021.

Source : RzO Inyterantional

Selon le ministre syrien du Pétrole, les États-Unis continuent de piller les hydrocarbures du pays. Il accuse l’Oncle Sam de « piraterie ». La Franco-Syrienne Ayssar Midani abonde dans son sens. Celle qui préside la Fondation Descendants d’Ashtar juge que la stratégie américaine s’inscrit dans un plan plus large d’asphyxie financière de Damas.

« Les Américains et leurs alliés ciblent la richesse pétrolière syrienne et ses pétroliers comme des pirates », s’indignait le 19 mars le ministre syrien du Pétrole et des Ressources minérales, Bassam Tomeh, sur une télévision syrienne.

En effet, la frustration est de mise à Damas. Alors que le pays en a presque fini avec la guerre, il doit désormais porter un second fardeau, une crise économique aggravée par les sanctions occidentales.

Face à ces mesures coercitives, l’État syrien n’a que peu de marges de manœuvre. Impulsées par Washington et ses alliés, les mesures de rétorsion visent à confisquer les clés d’une reconstruction qui pourrait participer à réaffirmer la légitimité politique du gouvernement de Damas.

« Il y a une entreprise d’appauvrissement et d’étouffement du peuple syrien. Privé de toutes ses ressources, l’État ne peut assurer les services dont il est normalement responsable », confie au micro de Sputnik Ayssar Midani.

D’après celle qui suit le conflit depuis près de dix ans, « les Américains volent le pétrole syrien pour empêcher Damas d’entreprendre la reconstruction du pays. Ils continuent d’alimenter à cette fin leur milice des Forces démocratiques syriennes, qui ne sont ni syriennes, ni démocratiques ».

Le pétrole, nerf de la guerre

En 2008, le secteur pétrolier représentait 23% des recettes publiques du pays, 20% du montant total des exportations et 22% du PIB de la Syrie.

À cette époque-là, le pays exportait environ 150 000 barils par jour. Le pétrole représentait la majorité des revenus d’exportation de l’État.

Aujourd’hui le pays n’a accès qu’aux miettes de cette manne financière. Un manque à gagner que le ministre syrien du Pétrole évalue à 92 milliards de dollars.

La plupart des réserves se trouvent au nord-est de la Syrie, aujourd’hui sous contrôle américano-kurde. La compagnie américaine Delta Crescent Energy les exploite à sa guise.

Damas ne peut y accéder. Les États-Unis nient pourtant toute velléité d’accaparer le pétrole syrien. Ils justifient leur présence au sol par la lutte contre « Daech ».

Toutefois, rappelle Ayssar Midani, qui se rend régulièrement en Syrie : « Il n’y a pas que le pétrole ! »

« Les Américains s’attaquent également aux ressources agricoles du pays. Ils ont déjà brûlé des récoltes de blé dans la région de Hassaké, au nord-est de la Syrie. Il y a également des coupures volontaires d’eau et d’électricité pour les habitants », avance-t-elle.

« L’un des aspects de cette politique est la poursuite de l’occupation étrangère de certaines régions syriennes. De sorte que les Syriens n’ont notamment pas accès à leurs propres gisements de pétrole et de gaz, ainsi qu’aux champs agricoles dans le Nord-Est », expliquait récemment à Sputnik l’ambassadeur de Russie à Damas.

En s’attaquant aux revenus liés au blé et au pétrole, Washington met à mal le triptyque qui a fait la force économique de ce pays naguère prospère : pétrole, blé et tourisme.

Sanctions et inflation

En effet, avant la guerre, l’économie syrienne reposait surtout sur ces trois secteurs clés. Pour des raisons évidentes, le tourisme est actuellement sous cloche, bien que Damas essaye de lui redonner vie, notamment sur sa côte ouest.

Avec l’attaque en règle des États-Unis contre les deux autres secteurs, le pays se retrouve totalement désarmé pour entamer sa reconstruction économique, sociale et politique.

« Ce qui s’est passé tout au long de la guerre [en Syrie, ndlr] ne s’est produit dans aucun pays, en ce sens que cela nous a empêchés d’exploiter nos richesses et, dans le même temps, a empêché les produits de base d’atteindre notre pays », a déploré Bassam Tomeh.

À cela s’ajoutent des facteurs économiques exogènes qui paralysent également le redémarrage de l’activité.

D’une part, il y a les sanctions imposées par Washington sous Donald Trump et maintenues par son successeur.

Baptisées loi César, celles-ci prévoient le gel des avoirs et l’impossibilité d’accès au système bancaire américain à 411 personnalités syriennes et 111 entreprises.

Cette loi cible la coopération étrangère avec Damas et l’interdit de facto sous peine de sanctions.

D’autre part, la livre syrienne connaît depuis quelques années une chute vertigineuse.

Le phénomène s’est largement accéléré en 2020 avec la crise économique et politique qui a frappé le voisin libanais.

En novembre dernier, le président syrien Bachar el-Assad avait déclaré que « le cœur du problème » était lié au blocage de « l’argent que les Syriens ont […] déposé au Liban ».

« Lorsque les banques libanaises ont fermé, nous en avons payé le prix ». Résultat des courses, la livre syrienne a plongé début mars à 4 000 livres pour un dollar. Un seuil historique, loin des 47 livres pour un dollar d’avant-guerre.

« Une démarche politique pour délégitimer Damas »

L’écroulement de la monnaie locale a propulsé l’inflation à un niveau record. Selon le Programme alimentaire mondial, les prix des denrées alimentaires ont été multipliés par 33 en dix ans. 60% de la population vit dans une situation d’insécurité alimentaire.

« La dernière étape de cette entreprise, c’est de s’attaquer à ceux qui nous envoient de l’aide », explique Ayssar Midani en référence au cargo iranien en route pour la Syrie attaqué en Méditerranée le vendredi 12 mars.

« La logique derrière tout cela est de pousser les Syriens à l’exode. Leur faire croire que l’État central de Damas ne peut leur fournir les biens et les services qu’un État peut et doit normalement fournir à ses citoyens. Une démarche politique pour délégitimer Damas », conclut-elle.

source : https://french.alahednews.com


Retour de Syrie : Une étape à Maaloula la chrétienne

...par Antoine De Lacoste - Le 27/10/2021.

Source : Bd. Voltaire

 

La  ne fait plus les gros titres de l’actualité. Qu’est-elle devenue ? Comment se relève-t-elle de ses années de guerre ? De quelle façon ses habitants vivent-ils les sanctions occidentales ? Le tourisme y est-il à nouveau possible ? Antoine de Lacoste, de retour de Syrie, raconte…

Laissant Damas derrière nous, il faut maintenant diriger nos pas au nord, vers de hauts lieux du christianisme. Nous commençons par Notre-Dame de Seidnaya, qui domine la ville éponyme. C’est un lieu de pèlerinage : on y vénère une icône de la Vierge peinte par Saint Luc.

Ce ne sont pas les grandes foules de Lourdes, mais de nombreux fidèles de tous âges sont présents et entreprennent l’éprouvante ascension d’une longue volée de marches. Nous croisons un groupe de Syriennes qui redescend. L’une d’elles nous lance : « Quel bonheur d’entendre à nouveau parler français ici ! » Certains vieux fidèles ont du mal ; il y a bien un ascenseur, mais alors ce n’est plus un pèlerinage.

Les dévotions faites devant l’icône malheureusement cachée, il est temps d’aller à Maaloula, ville symbole, cruellement touchée pendant la guerre et qui tente de revivre.

Nous sommes accueillis par le père Toufic Eïd, prieur du couvent Saints-Serge-et-Bacchus (notre photo), l’âme du village. Il nous emmène dans son église qui fut ravagée par les  et raconte. En septembre 2013, les islamistes d’Al-Nosra détruisent le barrage de l’ grâce à un attentat-suicide et conquièrent le village. L’armée reprend Maaloula quelques jours après mais doit se replier devant un afflux de renforts djihadistes de plusieurs milliers d’hommes, notamment tchétchènes. « Trois de nos  sont tués, six enlevés. Mais Dieu sauva les autres : isolés par petits groupes, ils n’avaient plus aucune liaison. Tous ensemble, ils eurent la même idée : quitter leurs positions et rejoindre le centre du village. Plusieurs dizaines se retrouvèrent ainsi et purent évacuer Maaloula sans autres pertes. Pour moi, c’est le Saint-Esprit qui les a inspirés. Ils seraient tous morts autrement. Les autres habitants étaient partis la veille. »

Entre pillards et djihadistes, il n’y a guère de différence et toutes les maisons furent visitées et pillées, jusqu’aux robinets et aux ampoules. Les terroristes d’al-Nosra enlevèrent ensuite les douze religieuses du couvent orthodoxe de Sainte-Thècle. Le pire fut envisagé mais, heureusement, elles furent ensuite échangées contre plusieurs dizaines de prisonniers islamistes.

Et les six  enlevés ? Le père Toufic essuie une larme : « On a retrouvé cinq squelettes au Liban. L’ADN est formel. Ils sont enterrés ici. Le sixième, nous n’avons jamais su. » Il retrouve le sourire devant une très vieille icône : « Elle était enfouie sous les gravats du toit de l’église, les islamistes ne l’ont pas vue. »

Faut-il ici rappeler ici que l’Occident a livré armes et argent au Front al-Nosra ?

Depuis, Maaloula panse ses plaies. Les volontaires de SOS Chrétiens d’Orient ont reconstruit les maisons et nous passons la nuit dans les familles chrétiennes de Maaloula. Leur accueil est digne de l’Orient. C’est une fête pour ces gens pauvres qui ne sortent quasiment jamais de leur village. Ils nous laissent leur lit (ce n’est pas négociable) et nous échangeons de menus cadeaux qui scelleront cette amitié entre chrétiens qui ne parlent pas la même langue. Les trois petits garçons, qui s’appellent Serge, Bacchus et Georges, nous dévorent des yeux. Nous regrettons de ne pas avoir apporté de jouets.

Après une douche spartiate dans une salle de bains où les impacts de balles sont là pour nous rappeler ce que ces chrétiens ont vécu, il faut partir. La maman, Elain, verse une larme et nous souhaite la bénédiction de Dieu.

C’est maintenant Alep, autre ville martyre, qui nous attend.

L’enclave kurde du Nord-Est de la Syrie : Une zone de non droit soumise à la Loi de la Jungle

par René Naba - Le 09/05/2023.

Ce dossier en 4 volets est publié à l’occasion du 12ème anniversaire de la Guerre de Syrie, alors que dans un invraisemblable retournement de la situation, le président turc Recep Tayyip Erdogan, un des artisans de la destruction de la Syrie, avec le français Nicolas Sarkozy et l’Émir déchu du Qatar, Hamad Ben Khalifa al Thani, quête désespérément une rencontre avec le président syrien Bachar Al Assad, en vue de conjurer un désastre électoral, à la consultation populaire de mai 2023. Mais le président syrien, échaudé et indifférent au sort de son voisin turc, a subordonné la rencontre au retrait de la Turquie de la totalité du Nord-Est syrien, à la cessation du soutien d’Ankara aux groupements terroristes et à une répartition équitable des ressources hydrauliques  entre les deux pays. En fait, le président syrien se refuse, en son for intérieur, à immortaliser une photo avec son rival turc… pour la galerie, une opération PO-PR (photo opportunity and public relations), chère aux voyagistes, à l’effet de lui servir de levier électoral. Il en est de même de la réintégration de la Syrie au sein de la Ligue arabe que Damas souhaite effectuer à ses propres conditions et non aux conditions de l’organisation pan arabe ou des capitales arabes.

Qu’il est loin le temps où le néo sultan ottoman se promettait de prier, en conquérant, à la mosquée des Omeyyades de Damas, pour célébrer la chute du pouvoir baasiste… Loin, très loin aussi les éructations périodiques du somnolent des forums internationaux, Laurent Fabius, sur la chute imminente du président syrien.

Jouant de l’effet de surprise, le président iranien Ebrahim Raïssi a visité vendredi la Mosquée des Omeyyades, haut lieu du sunnisme, en compagnie du président syrien Bachar al-Assad, dans une démarche qui se voulait comme signifiant le dépassement des antagonismes sunnite-chiite qui a empoisonné la vie régionale depuis l’instauration de la République islamique iranienne, il y a près de 40 ans, en même temps qu’elle scellait, dans l’ordre symbolique, leur victoire commune dans la guerre de Syrie.

Tout au long de cette séquence de douze ans, le président Bachar al-Assad est demeuré obstinément fidèle à son mot d’ordre selon lequel « le prix de la capitulation est infiniment plus onéreux que le prix de la résistance ». L’histoire pourrait lui avoir donné raison.1

L’Objectif des Américains : faire de la Syrie un marécage pour y embourber la Russie

Les États Unis ont réservé la quasi totalité de leur aide humanitaire destinée à la Syrie, frappée par un séisme, en février 2023, à leurs supplétifs kurdes dans le nord est du pays, dans l’abcès de fixation qu’ils ont aménagé en vue de poursuivre leur politique visant à un  changement du régime politique à Damas, seul pays avec le Liban à n’avoir pas pactisé avec Israël.

Une politique qui relève, selon la doxa atlantiste, d’une géo stratégie visant à maintenir faible et divisée la Syrie, voie du ravitaillement stratégique du Hezbollah libanais, la bête noire d’Israël et des États-Unis.

Mais cet ostracisme sur un sujet hautement humanitaire, – le sinistre d’une population doublement affligée par une guerre décennal et le séisme (5900 victimes) -, a produit, par effet inverse, un vaste mouvement de solidarité arabe, y compris au sein des pays jusque là résolument hostiles à une normalisation avec la Syrie, notamment la Tunisie, un des plus gros exportateurs de djihadistes terroristes sous la mandature nahdhaouis (Moncef Marzouki-Rached Ghannouchi 2011-2014), ainsi que l’Égypte, qui avait décrété le jihad contre son ancien partenaire de la guerre contre Israël, sous la mandature du président islamiste Mohamad Morsi (2012), enfin l’Arabie saoudite, pays hôte du prochain sommet arabe, désireux de tarir le trafic du captagon produit ou transitant depuis la Syrie vers les pétromonarchies. Le trafic, selon les estimations les plus généralement admises, serait de l’ordre de 54 milliards de dollars par an.2

Indice indiscutable de la volonté américaine de maintenir le blocus anti syrien et d’entraver la réconciliation inter arabe, le chef d’état-major interarmes américain Mark Milley a effectué début mars 2023, une visite surprise à la base de Tanaf, cible régulière d’attaques de drones.

Fondée en 2016, cette base américaine située dans le désert syrien, à proximité des frontières de la Jordanie et l’Irak, a été présentée par Washington comme destinée à combattre les groupements terroristes islamistes. Au-delà de cet objectif, cette base vise surtout à verrouiller la frontière entre les trois pays arabes limitrophes et consolider le blocus anti syrien.

La visite du gradé américain s’est accompagnée de la consolidation des bases d’appui de l’armée américaine dans le Nord est de la Syrie, à Malikiya (province de Hassaké), Roumeylane, Himo, Kisra, la cité sportive de Hassaké et Cheddadi, avec l’agrandissement des pistes d’atterrissage pour avions cargos. À l’arrière-plan de la guerre d’Ukraine, une vive tension oppose américains et russes dans cette zone névralgique, où l’aviation russe a effectué pas moins de 25 incursions en mars 2023, dans le périmètre de la base de Tanaf. Une incursion d’un drone dans le périmètre de la base de Romeylane d’Al Kharrab al Jir (province de Hassaké), a coûté la vie à un soldat américain, faisant six autres blessés, premières victimes américaines dans la guerre d’usure que se livrent les grandes puissances et les puissances régionales dans ce secteur très convoité.

 

 

 

Mais cette volonté acharnée de l’OTAN de provoquer une reddition de la Syrie à la « pax americana » a généré un effet inverse : le retour en force dans ce pays frontalier d’Israël, des deux bêtes noires des pays occidentaux, la Russie et l’Iran, un camouflet majeur pour les démiurges atlantistes et les mercenaires de l’opposition off shore syrienne pétro monarchique.

Mieux : Fait sans précédent dans l’histoire militaire contemporaine, les deux poids lourds régionaux, la Turquie et l’Iran, ont procédé à  la fourniture de drones aux belligérants de la Guerre d’Ukraine, – Ankara pour Kiev et Téhéran pour Moscou –, inversant ainsi la tendance observée jusque là qui voulait que l’Europe, au delà l’Occident, se posait en fournisseur du Moyen-Orient et non l’inverse.3

Retour sur la zone de Non Droit sous tutelle des supplétifs kurdes des Américains

Sous l’ombre tutélaire des États-Unis, le Nord-Est de la Syrie s’est érigé en zone de non droit et de passe-droit, plus exactement une zone franche glauque, soumise à la loi de la jungle, bénéficiant d’une extra-territorialité, où les deux alliés antagonistes de Washington, la Turquie et les Kurdes, sur fond d’accusations mutuelles, se livrent à un jeu trouble où se mêlent trafic en tous genres sur fond de pillage des ressources pétrolières de la Syrie, exerçant au passage un chantage sur leur protecteur commun à l’origine de leur implantation, hors de l’autorité du pouvoir central de Damas, dans cette zone frontalière de la Syrie, de la Turquie et de l’Irak, longtemps fief des groupements terroristes islamistes Jabhat An Nosra, la franchise syrienne d’al Qaïda, d’abord ; Daech ensuite.

L’objectif des États-Unis, au delà de cette zone de non droit, est de faire de la Syrie un marécage pour y embourber la Russie et l’affaiblir dans sa guerre en Ukraine… au risque de s’aliéner son allié régional, la Turquie, désireuse de mettre un terme à son conflit avec son voisin, afin de faire taire le mécontentement populaire et soulager son économie défaillante.

De l’incohérence des Kurdes. Des supplétifs des menées anti-arabes

Washington dispose d’un allié de taille dans cette affaire, ses supplétifs kurdes, qui avaient déjà accompli la même besogne au profit de leur parrain, lors de l’invasion américaine de l’Irak, en 2003.

Pour brutale qu’elle puisse apparaître cette affirmation, et quelque peu désobligeante, elle correspond néanmoins à la réalité : le leadership kurde d’Irak et de Syrie, particulièrement le clan Barzani, apparaît comme le supplétif émérite des menées anti arabes du dernier demi-siècle, que cela soit sous le chah d’Iran, contre Saddam Hussein, malgré l’accord d’autonomie signé entre Bagdad et le Mollah Moustapha Barzani, l’accord du 11 mars 1971 qui concédait davantage de droit culturels et sociaux aux kurdes d’Irak qu’aux Kurdes de Turquie ; ou que cela soit lors de l’invasion américaine de l’Irak, en 2003, où les Peshmergas, sous l’autorité de son fils Massoud Barzani, ont servi de pisteurs aux Américains avant de leur servir de délateur à la cache du l’ancien dirigeant irakien ;

Il en est de même en Syrie. Curieux comportement des Kurdes, qui s’allient aux Américains et aux Israéliens, ceux-là même qui avaient capturé le chef charismatique du mouvement indépendantiste kurde de Turquie, Abdullah Ocalan, pour le remettre aux autorités turques en vue de son emprisonnement.

Au delà de ce rebondissement guerrier se pose la question de la rationalité occidentale et de leurs alliés kurdes dans la guerre de Syrie :

Pour les Kurdes, s’allier avec les États-Unis, artisans de la capture du chef kurde de Turquie, puis, pour se protéger de cette même Turquie,  réclamer l’aide de la Syrie, dont ils ont contribué à la déliquescence de son état central, relève à tout le moins d’une incohérence.  Pour les Occidentaux, s’opposer à l’indépendance de la Catalogne et de la Corse et s’employer à provoquer la partition de la Syrie, relève à tout le moins de la duplicité, dommageable pour la crédibilité de leur discours moralisateur.

À la faveur de la guerre d’Ukraine, la Turquie a voulu tirer avantage de la singularité de sa position au sein de l’OTAN, le fait d’être l’unique état musulman, qui plus est non riverain de l’Océan Atlantique, membre néanmoins de cette alliance exclusivement occidentale, sur le flanc méridional de la Russie. Ankara a ainsi interdit à la flotte russe, en raison de sa belligérance avec l’Ukraine, son passage via le détroit des Dardanelles dont elle contrôle le passage. Mais dans un mouvement de balancier, elle s’est opposé à l’adhésion de la Finlande et de la Suède au Pacte atlantique, invoquant le soutien de ces deux pays nordiques au PKK, le parti  indépendantiste kurde de Turquie.

Face à l’urgence de la situation pour le bloc atlantiste, la Turquie a finalement obtenu raison sur ce point et fait plier l’OTAN à ses conditions.

Mieux, poussant son avantage, la Turquie a réactivé le front syrien en vue d’aménager une nouvelle zone de sécurité de 30 km afin d’y concentrer une large fraction des réfugiés syriens vivant sur son territoire et se débarrasser ainsi du fardeau économique que représente cette masse humaine, dans la perspective des échéances électorales incertaines, de la mi mai 2023,  pour le président Recep Tayyip Erdogan.

Ankara a longtemps caressé le projet de préserver l’essentiel de sa force de nuisance dans la zone, avec un objectif sous-jacent d’aménager dans le secteur d’Idlib une enclave turque sur la modèle de la République turque de Chypre.

Pour ce faire, elle envisage de procéder à une modification démographique de la zone pour constituer une sorte de barrière humaine avec des ressortissants syriens relevant de la mouvance des Frères musulmans qu’elle considère comme relevant de fait de son autorité. Dans cette zone, elle envisage de concentrer un vivier djihadiste qu’elle gérera en fonction des besoins de sa stratégie.

Le projet vise en fait à constituer une ceinture démographique arabe – « un bouclier humain » – acquise à l’idéologie islamiste du président turc face à la zone autonome kurde. Au terme d’un accord russo-turc, le Qatar devrait  financer la construction d’un vaste complexe immobilier dans la région d’Idlib en vue d’abriter les réfugiés syriens revenus de Turquie. Le projet qatari prévoit la construction de 163 000 habitations pour l’hébergement des Syriens. Il  devait être achevé à la mi-mai 2023, en prévision des élections législatives turques.

Ce dénouement est intervenu à la suite du veto de l’Iran à cette offensive turque, conduisant la Turquie à rechercher un compromis avec la Russie, l’autre garant du statu quo en Syrie. Le sommet de Sotchi, le 5 août 2022, entre Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan a mis un terme aux velléités turques d’annexer de nouvelles portions du territoire syrien. Au terme de ce sommet, la Russie a consenti, d’une part, que la Turquie règle ses fournitures de pétrole en livres turques, et, d’autre part, de finaliser la construction d’une centrale nucléaire turque, Akkuyu Nuclear Power Plant, dans la région de Mersine, sud de la Turquie, avant fin 2023, date du centenaire de la proclamation de la République turque.

Cet exploit est à mettre au compte de la diplomatie russe en ce qu’il s’est produit en plein blocus occidental de la Russie. Le fait de construire une centrale nucléaire dans un pays membre de l’OTAN apparaît ainsi un exploit doublement remarquable en ce que la Turquie a été conviée à participer au prochain sommet du Groupe de Shanghai en septembre 2022.

L’opération militaire turque devait être la 5ème du genre après le « bouclier de l’Euphrate » (août 2016), qui avait visé Djerablous et Al Bab ; puis l’opération « Rameau d’olivier » (décembre 2018), qui avait permis à l’armée turque d’occuper Afrine, laquelle a été suivie par l’opération « source de paix » (octobre 2019) qui a abouti à l’occupation de Ras Al Ain ;

enfin le « bouclier du printemps » (Janvier 2020) qui avait débouché sur un arrangement entre la Russie et la Turquie pour la mise en circulation de patrouilles mixtes de surveillance dans les zones de contact.

La 5ème offensive devait viser Ain Al Arab (Kobané) ainsi que l’occupation de Manbej qui abrite un aéroport militaire syrien et qui fut jadis le PC de Tarkhan Batirashvili, dit Abou Omar Al Chichani, le tchétchène alias Barberousse, en raison de la pigmentation de sa peau rousse.

Près de 50 000 soldats turcs ont été massés pour cette offensive, dont l’objectif sous-jacent est de repousser les Kurdes au-delà de la portée de l’artillerie turque. Ain al Arab est un territoire hautement stratégique : le chaînon manquant, à l’est de l’Euphrate, capable d’offrir une continuité entre Idlib et Ras al Ayn, occupé par des bandes douteuses d’obédience turque près de la frontière turque.

Redoutant un lâchage de Washington, soucieux de ne pas s’aliéner le soutien turc en pleine épreuve de force avec la Russie en Ukraine, les Kurdes ont renoué le dialogue avec Damas via Moscou, pour placer Manbej et Tall Al Rafah, les deux places fortes autonomes kurdes, sous l’autorité de l’armée syrienne, épargnant aux kurdes les affres d’une nouvelle défaite face aux Turcs.

Mais dans le Nord-Est syrien, une occupation en cache souvent une autre. En 2016, la Turquie déclarait triomphalement avoir « libéré » un territoire de 120 km de long sur 30 km de large en repoussant les forces kurdes en présence dans le Nord-Est syrien.

Pourtant, les civils qui ont fui cette « zone de sécurité » ont dénoncé une forme d’annexion et un pillage systématique de leurs villes et villages par les milices soutenues par Ankara.

Depuis lors, une partie du leadership kurde s’est retranchée à Raqqa, capitale déchue du groupe État islamique. Mais là aussi une partie de la population gronde contre une autorité perçue comme illégitime et réclame, pour certains, un retour du régime de Damas. En Syrie, la « libération » des uns est souvent perçue comme « l’occupation » des autres. Et les États-Unis, ont fait preuve ici comme ailleurs d’une duplicité dont ils sont coutumiers.

Les États-Unis ont en effet affiché, lors de la Guerre de Syrie, un mépris souverain à l’égard des principes qu’ils proclament haut et fort, qu’ils s’appliquent à imposer de force aux autres pays procédant à un stratagème malicieux pour financer la Guerre de Syrie, aménageant une zone de droit dans le Nord Est du pays pour la sous traitance par leurs supplétifs kurdes, les prisonniers de Daech qu’ils avaient capturés.

source : Mondialisation

  1. https://www.madaniya.info/2017/12/29/syrie-la-prophetie-sur-la-chute-du-president-syrien-bachar-al-assad-a-lepreuve-de-la-guerre-de-syrie
  2. https://www.madaniya.info/2017/08/20/liban-le-captagon-le-nerf-de-la-guerre-de-syrie-un-puissant-facteur-dabrutissement-des-zombies-criminogenes-petro-monarchiques
  3. À propos de la France, ci joint sa position délirante : https://www.madaniya.info/2018/01/05/le-mic-mac-de-la-france-dans-son-projet-de-creation-dun-etat-sous-controle-kurde-a-raqqa-en-syrie

Les huit années de la Russie en Syrie

par Leonid Savin

Le 30 septembre 2015, la Russie a commencé à mener des missions spéciales sur le territoire de la Syrie en réponse à une demande des dirigeants du pays. La raison de la présence militaire russe en Syrie était l’activité d’un nouveau type de groupes terroristes, qui agissaient en fait comme des armées à part entière, utilisant non seulement des armes légères et des explosifs, mais aussi des chars, des véhicules blindés et de l’artillerie.

Le catalyseur de ce processus a été le printemps arabe, qui a débuté en Tunisie à la fin de l’année 2010. Le feu des coups d’État s’est rapidement propagé en Afrique du Nord et en Asie occidentale. Là où les régimes étaient soutenus par les États-Unis (Bahreïn, Arabie saoudite), les manifestations ont été brutalement réprimées et l’Occident a détourné le regard. Lorsque des forces indésirables pour les États-Unis étaient au pouvoir, les protestations étaient non seulement encouragées, mais aussi directement soutenues, notamment par des livraisons d’armes.

La Libye a été pratiquement détruite par ces violentes turbulences. En Égypte, en revanche, le processus a été inversé et le président Morsi, qui avait pris ses fonctions à la suite d’une vague de protestations, a été condamné à la prison à vie.

Contrairement à certains pays où des politiciens pro-occidentaux ont pris le pouvoir après des révolutions colorées, la Syrie a maintenu une continuité qui remonte à l’Union soviétique. Ainsi, grâce en grande partie à la décision de fournir une assistance militaire à la Syrie, nous avons pu maintenir en place un gouvernement ami.

Au départ, la Syrie était isolée par nombre de ses voisins. Toutefois, par la suite, malgré la position anti-syrienne, un certain nombre de pays du Golfe et la Turquie ont refusé d’adopter une ligne de conduite dure à l’égard de Damas. C’est tout à l’honneur de Moscou, qui a défendu les intérêts de la Syrie, notamment en créant le Centre de réconciliation des parties et en organisant des lieux de négociation. Les séries de réunions répétées, y compris dans le cadre d’Astana, n’ont pas été faciles. Certains pays arabes ont également tenté à plusieurs reprises d’obtenir des concessions de la part de Moscou en ce qui concerne la Syrie, mais cela ne s’est pas produit. Cette ligne de conduite cohérente a gagné le respect des États de la région.

La Syrie a récemment réintégré la Ligue arabe ; les relations diplomatiques ont été rétablies avec les Émirats arabes unis, Bahreïn, Oman, la Tunisie et l’Arabie saoudite. Dans le même temps, Moscou a été appréciée non seulement en tant que médiateur, mais aussi en tant que partenaire fiable sur lequel on peut compter, contrairement aux pays occidentaux qui peuvent soudainement oublier leurs clients.

L’intérêt pour la coopération avec Moscou est également né de l’utilisation de différents types d’armes contre les terroristes, car la Syrie est devenue un véritable terrain d’essai pour les nouveaux systèmes et la modernisation des anciens. Des missiles Kalibr ont été lancés à partir de navires et de sous-marins, des missiles Kh-101 à partir de porte-missiles stratégiques Tu-160, des avions Su-34 de quatrième génération, des drones Orlan-10 et Eleron-3SV, des robots de combat, le système de lance-flammes Solntsekek et bien d’autres ont été utilisés. Les spécialistes russes ont acquis une expérience inestimable dans le déminage de divers objets.

La rotation constante a permis aux commandants de l’armée russe d’acquérir une expérience directe du combat. Le système de commandement et de contrôle des troupes a été optimisé, ce qui est le mérite direct du général Sourovikine, qui a commandé le groupement en 2017.

L’expérience a été acquise dans la coordination des opérations contre les terroristes avec des partenaires de l’aile militaire du parti Hezbollah libanais, des formations militaires iraniennes et, directement, des troupes syriennes. Un centre de coordination a été créé avec la participation de la Russie, de l’Irak, de l’Iran et de la Syrie, établissant ainsi un axe stratégique en Asie occidentale avec la participation de la Russie.

L’expérience du groupe Wagner est également importante. Son parcours de combattant a en fait commencé en Syrie et s’est ensuite étendu à d’autres pays.

La Russie a déployé des troupes pour vaincre des organisations terroristes, dont la plus puissante était ISIS, qui est interdite en Russie. Bien que des attaques terroristes sporadiques contre des citoyens russes aient été enregistrées, la croissance et le renforcement de cette structure ont été empêchés. L’expérience de la détection et de la reconnaissance des cellules terroristes, y compris la coordination inter-agences, sera utile à l’avenir.

Nous ne devons pas oublier les aspects de la guerre de l’information. L’Occident a diabolisé le gouvernement de Bachar Al-Assad et n’a pas hésité à recourir aux faux et aux falsifications à cette fin. Il suffit de rappeler le projet des «Casques blancs», où l’apparence habilement mise en scène d’un empoisonnement chimique a servi de prétexte à un battage médiatique. Les manipulations des médias occidentaux ont été démasquées, de même que la propagande d’autres groupes. La Russie a acquis une expérience supplémentaire en matière d’information et d’analyse dans ce domaine, qui s’est certainement révélée utile dans le cadre de l’opération militaire spéciale en Ukraine.

En ce qui concerne les aspects géopolitiques, dans le cadre de l’accord avec la partie syrienne, la Russie a reçu deux bases militaires sur le territoire de ce pays. Il s’agit du 720ème point logistique de la marine russe dans la ville de Tartous et de l’aérodrome de Hmeimim, où est stationné le groupe d’aviation de l’armée de l’air russe. Ils servent non seulement aux tâches courantes, mais constituent également les bastions stratégiques de la Russie en mer Méditerranée.

Bien entendu, certains défis subsistent. Une partie du territoire syrien au nord est en fait occupée par la Turquie, et des troupes américaines se trouvent dans la région où vivent les Kurdes. Une partie du pétrole syrien est exportée illégalement hors du pays. Il y a des affrontements interethniques, et des restes de groupes terroristes tentent de temps à autre de relever la tête.

Dans ce contexte, on peut constater la futilité de l’ONU, sur la plate-forme de laquelle l’Occident collectif a tenté de faire pression à la fois sur la Syrie et sur la Russie. De nombreuses organisations internationales, telles que Médecins sans frontières, ont confirmé leur statut d’agents au service des intérêts de leurs clients, contrairement aux chartes de ces organisations apparemment humanitaires.

La Syrie a tenu bon et participe aujourd’hui à la construction d’un monde multipolaire. Fin septembre de cette année, le président syrien Bachar al-Assad s’est rendu en Chine. Il s’agissait de sa première visite depuis le début du printemps arabe et de la guerre en République arabe syrienne. Lors de sa rencontre avec M. Assad, Xi Jinping a déclaré que «face à la situation internationale instable et incertaine, la Chine est prête à continuer à travailler avec la Syrie dans l’intérêt de la coopération amicale et de la justice internationale. La Chine soutient la Syrie dans sa lutte contre l’ingérence étrangère et l’intimidation unilatérale […] et soutiendra la reconstruction de la Syrie».

Bien entendu, la reconstruction du pays sera abordée avec la participation de la Russie.

source : Geopolitika via Euro-Synergies

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