AFRIQUE

Pensée critique : Le rôle de l’Afrique dans la nouvelle guerre froide

par Andrew Korybko - Le 28/08/2022.

Les médias occidentaux, dirigés par les États-Unis, parlaient à peine de l’Afrique sauf pour alerter sur sa soi-disant instabilité perpétuelle mais aujourd’hui, le récit est un train de changer et on assiste à un débat sur son rôle dans ce que beaucoup ont commencé à appeler « la nouvelle guerre froide ».

Cette lutte mondiale n’est plus une lutte entre le capitalisme et le communisme comme l’ancienne guerre froide mais on peut la simplifier en disant que c’est une lutte entre le 1% de l’Occident dirigé par les États-Unis qui ne démord pas de l’uni-polarité face au sud mondial dirigé par les BRICS qui promeuvent la multi-polarité.

L’uni-polarité se réfère à la croyance qu’un seul pays ou  un seul groupe de pays comme les économies développées occidentales (qui, dans ce contexte incluent aussi le Japon en tant que membres du G7) doit dominer les relations internationales alors que la multipolarité pense que tous les pays doivent être traités d’égal à égal. La première est entrées brièvement en vigueur après la dissolution de l’ancienne Union soviétique en 1991 et la seconde a commencé un surgir après la désastreuses invasion occidentale de l’Irak dirigée par les États-Unis en 2003.

L’Afrique est apparue brusquement sous le radar de l’opinion publique occidentale après que ses gouvernements aient conspiré pour détruire la Libye en 2011 mais peu après, elle a disparu de sa conscience car les médias se sont plus centrés sur le conflit syrien qui a débuté cette année-là et ensuite sur le conflit ukrainien qui a commencé en 2014. Mais la dernière phase du conflit ukrainien provoquée par l’opération militaire spéciale de la Russie a fait que l’Occident a prêté à nouveau plus d’attention à l’Afrique.

Bien que plus de la moitié de ses pays aient voté pour condamner l’opération spéciale de la Russie en Ukraine, aucun d’entre eux n’a respecté la pression des États-Unis destinée à la sanctionner. De plus, le président de l’Union africaine, Macky Sall, a été d’accord avec le président russe Vladimir Poutine lors de sa visite début juin sur le fait que les sanctions occidentales contre son pays, dirigées par Washington, étaient responsables de l’aggravation de la crise alimentaire mondiale qui, en réalité, doit son origine à des événements antérieurs au conflit ukrainien comme la « pandémie de COVID-19 », etc…

Pendant ces dernières semaines, il y a eu une grande activité diplomatique en Afrique. La chef de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), Samantha Power, s’est rendue récemment sur le continent pour convaincre ces pays que le président Sall se trompait et que l’Occident avait raison de rendre la Russie responsable de cette crise humanitaire imminente. Peu après, le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, s’est rendu dans quatre pays où il y a contrecarré de façon convaincante son faux récit. Le président français Emmanuel Macron s’est aussi rendu en Afrique à ce moment-là pour rouspéter contre la Russie.

Le secrétaire d’État nord américain Anthony Blinken finit également un voyage là-bas, ce qui a conduit beaucoup d’observateurs à conclure qu’actuellement il y a une lutte enflammée pour l’influence sur tout le continent, exactement comme c’était arrivé auparavant pendant l’ancienne guerre froide. À la différence de cette époque-là, la compétition ne se situe pas entre des idéologies mais entre le modèle idéal de relations internationales : le 1% de l’Occident, dirigé par les États-Unis, défend l’uni polarité alors que le sud mondial, dirigée par les BRICS soutient la multi-polarité.

Mais revenons au rôle de l’Afrique dans la nouvelle guerre froide. Il y a plusieurs raisons pour lesquelles elle est en train d’acquérir de plus en plus d’importance et de devenir une scène de compétition entre la Russie et l’Occident. Premièrement, ses plus de 50 pays constituent un bloc impressionnant de vote à l’ONU, et on en déduit que Moscou et ses rivaux cherchent à ce qu’ils soutiennent leurs interprétations quelles qu’elles soient pour pouvoir montrer au reste de la communauté internationale que tel nombre d’États soutient ses opinions.

Deuxièmement, on s’attend à ce que l’Afrique ait une croissance démographique rapide tout au long du siècle prochain, ce qui pourrait se traduire par un énorme marché potentiel. Troisièmement, cela peut contribuer à ce que certains pays comme l’Éthiopie, le Nigeria et l’Afrique du Sud deviennent réellement des pays importants avec une influence de grande portée dans leur propre masse terrestre et éventuellement même au-delà. Quatrièmement, des pays importants comme la Russie et ses rivaux occidentaux ont intérêt à établir des associations stratégiques avec leurs homologues émergeants précocement.

Et enfin, la dernière raison se réduit à la base idéologique de la nouvelle guerre froide concernant la diffusion de la vision du monde de chaque partie en Afrique. Pour l’expliquer, le 1% dirigé par les États-Unis veut conserver son hégémonie impériale sur les pays qu’il considère être à l’intérieur de ce qu’il appelle « sa zone d’influence » alors que le sud mondial dirigé par les BRICS (dans cette situation représentés par la Russie) veut les aider à compléter pleinement leur processus de décolonisation comme l’a promis récemment le ministre des Affaires étrangères Lavrov.

Ces grands objectifs stratégiques à long terme sont incompatibles entre eux puisque le premier consiste à perpétuer la servitude dans les conditions actuelles alors que le second consiste à libérer les nations étrangères de cette influence hégémonique pernicieuse. En réalité, c’est le 1% et non le sud mondial comme l’affirment les médias occidentaux qui se sert de la corruption comme arme et livre des guerres par délégation (proxy wars) pour promouvoir ses intérêts en Afrique, ce qui le rend extrêmement dangereux.

Mais l’Afrique est destinée à jouer un rôle important dans la transition systémique mondiale vers la multipolarité bien que certains pays puissent avoir des difficultés à se libérer complètement du joug néocolonial de l’Occident. Par conséquent, on peut dire que l’importance du continent dans la nouvelle guerre froide est qu’il est la scène d’un nouveau mouvement de libération nationale inspiré de son prédécesseur de la vieille guerre froide. Comme alors, l’Occident soutient l’hégémonie coloniale alors que la Russie soutient la véritable liberté.

Andrew Korybko

source : Bolivar infos

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