Conférence n°5

Le patriotisme pour sauver la France

...par Ivan Blot - le 14/01/2017.

 

 haut fonctionnaire, homme politique et essayiste français.


 Chers amis,

Bonne année 2017 ! Nous allons parler d’un sujet qui est récurrent dans l’histoire, l’invasion étrangère. C’est souvent elle qui fait naître ou renaître le patriotisme. On l’a vu en France sous Jeanne d’Arc ou en 1792, en Allemagne en 1813 lors de l’occupation napoléonienne, en Russie soviétisée face à Hitler.

C’est quand un pays est en péril de mort que le patriotisme prend tout son sens. Et c’est donc souvent en période de guerre : « l’épée est l’axe du monde » a écrit De Gaulle.

 

Mais l‘invasion peut avoir des dimensions variées. L’invasion de l’Amérique du Nord par les Européens fut une catastrophe pour les tribus indiennes. En Tasmanie, les colons anglais ont exterminé jusqu’au dernier les Tasmaniens locaux. Les Européens continentaux furent souvent moins cruels. Les Tsars n’ont jamais exterminé ou mis en esclavage les populations autochtones de Sibérie comme les Yakoutes ou les Bouriates. En Californie, les Anglo-saxons sont venus pacifiquement « la ruée vers l’or », puis ils ont utilisé l’armée pour défendre leurs colons et ont annexé le pays en l’arrachant au Mexique.

 

L’invasion peut avoir une dimension religieuse, politique, culturelle ou démographique. Lorsque les Ottomans s’emparent de Constantinople, c’est une action militaire. C’est aussi politique avec la destruction de l’empire byzantin. C’est aussi religieux et la cathédrale sainte Sophie est retirée au culte chrétien. C’est enfin culturel : le Turc remplace le Grec ! Les quatre composantes d’une nation, territoriale, religieuse, politique et culturelle peuvent être victimes de l’invasion, ensemble ou par étape. Malgré des exemples historiques multiples, nos dirigeants, qui ignorent l’histoire de leur patrie, laissent une invasion migratoire occuper notre territoire. L’occupation n’est pas encore militaire mais cela viendra un jour.

 

C’est pourquoi une réflexion est nécessaire sur la figure de l’ennemi. Les politologues Carl Schmitt et Julien Freund ont défini « la désignation de l’ennemi » comme étant l’essence même du politique. Cela a plusieurs conséquences : l’ennemi peut vous désigner comme tel. C’est le cas de l’Etat islamique. Vous ne pouvez alors pas vous dérober à terme. Le terroriste est pour Daech « un soldat de l’islam ». Vous devez désigner un seul ennemi et non plusieurs en même temps sous peine de défaite : dire « je suis à la fois contre Daech et Bachar el Assad en Syrie » est une grave faute. Pendant la seconde guerre mondiale, les alliés se sont mobilisés contre Hitler et non en même temps contre Staline et cela a été la condition du succès. Hitler eut le tort de vouloir combattre plusieurs ennemis à partir de 1941. Mais nier l’existence ou la possibilité de l’ennemi est sans doute le pire de tout.

 

Face à l’invasion, un choix binaire s’impose : résister ou collaborer. L’indifférence est une collaboration passive. Face à l’invasion migratoire, où sont les collaborateurs et où sont les résistants ? Les gouvernements sont historiquement souvent les premiers à trahir. La résistance vient alors du peuple, souvent sous la direction d’une minorité d’officiers « rebelles ». La motivation des résistants est alors le patriotisme qui passe au-dessus de l’obéissance à l’Etat qui trahit son peuple.

L’ennemi et le patriotisme se nourrissent ainsi l’un de l’autre. C’est l’unité des contraires dont parlait le philosophe grec Héraclite.

 

Heidegger disait que la société utilitariste, matérialiste, individualiste occidentale, était « le danger » car l’homme y perdait sa liberté et son identité. Car ce système (le Gestell ) s’attaque à son âme, sa spiritualité, sa personnalité, son territoire et ses normes politiques. Mais dans le même temps, c’est au sein du danger que « croît ce qui sauve », écrit Heidegger en citant le poète Hölderlin. C’est la conscience du danger qui fait renaître le patriotisme.

Cette conscience touche ceux qui sont sur la ligne de front, ce n’est pas le cas des élites privilégiées sauf exceptions individuelles. L’idéal de la « France combattante » qui fut celui de l’ENA à ses débuts (nom de la première promotion) est devenu celui de la « carrière méritante ». L’égo a pris la place du Sacré, Dieu et la patrie. Le combat laisse sa place au carriérisme. La devise de notre Marine Nationale « honneur et patrie, valeur et discipline » est remplacée par le culte des nouvelles idoles : argent et technique, conformisme et culte de l’égo. Ce phénomène porte un nom : la décadence. La figure de l’ennemi nous obligera-t-elle à nous défaire de cette décadence ? C’est l’hypothèse de Julien Gracq dans son roman Le rivage des Syrtes . Le tragique de l’histoire est là. L’existence humaine est tragique et c’est pourquoi la lâcheté conduit à la perte de notre liberté et nous entraîne vers le néant.

 

Cordialement et à mardi

 


Programme des conférences pour l’exercice 2016 -2017

LE PATRIOTISME

Pour sauver la France

 Par Ivan Blot

 

 Conférences de septembre 2016 à juin 2017

1/ Définition, histoire et symbolique : le symbole de la mère patrie : statues de l’arc de Triomphe à Paris, de Volgograd en Russie ; contrastes avec les statues « idéologiques » : statue de la liberté à New York et statue de la République à Paris.

2/ Patriotisme et sens du sacré : la Grèce antique ; Rome. Patriotisme et christianisme : l’exemple de Jeanne d’Arc. Patriotisme et religion. Le sacré et la laïcité. « La guerre sacrée » : des guerres delphiques en Grèce antique jusqu’à la seconde guerre mondiale.

3/ Patriotisme et morale. La devise : honneur et patrie. Histoire et tragédie. Patriotisme, humanisme, héroïsme.

4/ Patriotisme, démocratie et liberté. Le citoyen patriote. La Suisse de Guillaume Tell à nos jours.

Année 2017

5/ Patriotisme et survie de la nation : la figure de l’ennemi. La défense du territoire. Invasion, terrorisme et résistance. « L’épée est l’axe de monde » (de Gaulle). Mardi 17 janvier 2017

6/ Patriotisme et unité nationale. La souveraineté. Patriotisme et impérialisme. Mardi 21 février

7/ Le patriotisme face aux idéologies libérales, socialistes, cosmopolites, pacifistes. Mardi 21 mars

 8/ Patriotisme et révolution : la combinaison meurtrière : Robespierre, Hitler, Pol Pot ; l’erreur de la naïveté. Mardi 25 avril

9/ Patriotisme et renouveau national : l’exemple de la Russie de Poutine. Mardi 16 mai

10/ Patriotisme et renouveau national en France : De Jeanne d’Arc au gaullisme en passant par la troisième République. Mardi 13 juin


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