Les Gaulois réfractaires demandent des comptes au Nouveau Monde

...par Philippe De Villiers

C’est la chronique glaçante d’une histoire terrifiante : on y découvre le chemin des aveuglements qui a conduit à cette débâcle, l’engrenage des mensonges, la révélation hallucinante des alertes des militaires, les ignorances savantes du biopouvoir liberticide ; sans oublier un morceau d’anthologie : la rencontre du Puy du Fou, quand Emmanuel Macron s’enivrait encore de l’Ancien Monde.
 
La plume de Philippe de Villiers est inspirée. On se laisse emporter par l’expression aboutie, dense, littéraire et cinglante de la colère qui gronde partout aujourd’hui contre le Nouveau Monde, mort du coronavirus.


Source : https://www.causeur.fr/philippe-de-villiers-gaulois-refractaires-nouveau-monde-178900 

Dans son dernier essai, Philippe de Villiers s’adresse aux Gaulois réfractaires. Il leur dit: « Je vous ai compris! » Doit-on s’attendre à un moment Villiers?


Aux échecs, le Fou est l’une des pièces stratégiques. Avec la Reine, elle a la particularité de pouvoir traverser en diagonale tout l’échiquier. C’est en se déplaçant ainsi que le Fou prend les pièces adverses. Depuis la case où il se trouve, si sa trajectoire est dégagée, il peut mettre en difficulté un adversaire manquant de hauteur de vue et d’anticipation, et mettre en échec son Roi.

Comme l’intéressé l’a dit lui-même il y a quelques jours, un retour dans l’arène politique en 2022 n’est pas à exclure…

Selon la représentation classique de l’échiquier (que l’on a coutume de voir comme le reflet symbolique de l’espace politique), Philippe de Villiers est ce Fou. Depuis son Puy – sa base de repli vendéenne bien connue – il a mis en échec un Roi qui n’a de pouvoir que les artifices, et dont le royaume se désagrège lentement, attaqué par un virus venu d’ailleurs. On voit déjà apparaître les failles tragiques d’une souveraineté hélas dépecée.

Un titre en clin d’œil à Emmanuel Macron

Philippe de Villiers, figure incontournable de la droite souverainiste anti-Maastricht et anti-socialiste, s’était montré discret depuis son retrait de la vie politique en 2014. Il préférait s’occuper de culture que de politique. Aujourd’hui, il fait un retour en force avec son nouvel essai, les Gaulois réfractaires demandent des comptes au nouveau monde. Le Vendéen entend tirer les leçons de la crise sanitaire pour instruire le procès de la mondialisation et démontrer la pertinence et la légitimité du souverainisme.

Dès le titre, le ton est donné. Tout le monde aura reconnu l’expression employée en 2018 par un Emmanuel Macron plein de morgue devant la reine du Danemark, se moquant de la réticence des Français au changement imposé par la « startup nation ».

Macron, le souverainisme en carton

Le verbe est haut, le propos tape. L’essai s’ouvre sur le récit de la visite du futur couple présidentiel au Puy du Fou, dans la chaleur de l’été 2016.

Emmanuel Macron et Philippe de Villiers au Puy du Fou en août 2016 © SEBASTIEN SALOM-GOMIS/SIPA Numéro de reportage: 00768589_000004

Emmanuel Macron et Philippe de Villiers au Puy du Fou en août 2016 © SEBASTIEN SALOM-GOMIS/SIPA Numéro de reportage: 00768589_000004

L’auteur rappelle la profession de foi souverainiste de celui qui est alors ministre de l’Économie de Hollande et pas encore le premier « marcheur ». Saint Simonien, Philippe de Villiers s’appuie sur cette anecdote pour renforcer la charge de sa critique contre la politique schizophrénique d’Emmanuel Macron. Et si l’auteur se permet de retranscrire les propos de son invité, c’est pour mieux témoigner du reniement total de ce drôle de disciple, une fois élu à la fonction suprême.

Emmanuel Macron ne sera pas le président du souverainisme, mais bien le promoteur du no borders, faisant de la « lèpre populiste » son adversaire désigné. Rapidement, le chef de l’État instaure un nouveau clivage entre le camp du Bien incarné par les progressistes cosmopolites, et le camp du Mal où sévissent populistes et nationalistes identitaires et xénophobes.

Nos ratés de la gestion de la crise sanitaire sont imputables à cette « guerre idéologique », selon Villiers. Il rappelle que c’est au nom de cette vision manichéenne et du dogme sans frontiériste qu’Emmanuel Macron a « refusé de fermer la frontière nationale qui dépend de nous et appelle à fermer la frontière européenne qui ne dépend pas de nous » … Les faits sont têtus. La pandémie qui s’est abattue sur le nouveau monde a dévoilé la face cachée de la mondialisation et la dépendance sanitaire d’un pays qui se targuait d’avoir le meilleur modèle social au monde. « Cette crise a agi comme un miroir grossissant (…) la mondialisation nous a désarmé face au virus, il a fallu un pont aérien avec la Chine pour le Doliprane et les masques » déplore Philippe de Villiers, amer.

Revers de la médaille : le retour en grâce de la notion de souveraineté à laquelle l’auteur tient tant, longtemps ostracisée dans l’espace politique. Villiers propose un « carré magique de la survie » : les frontières, la souveraineté, le local et la famille.

Le Nouveau monde est déjà derrière nous

Détournant le célèbre slogan des soixante-huitards libertaires, Villiers nous apostrophe : « Cours camarade, le Nouveau monde est derrière toi ». Ironie de l’histoire : devant la menace sanitaire, les mercenaires du monde des flux sans frontières appliquent désormais avec la plus grande application les gestes barrières, cette ultime frontière entre les individus.

Ce retournement de situation est l’occasion pour celui qu’on a souvent appelé « l’agité du bocage » de prendre sa revanche. Avec ses aphorismes éloquents et ses formules lapidaires et imagées, la plume villiériste règle ses comptes aux pourfendeurs d’hier.

Aux côtés des gaullistes légendaires Charles Pasqua et Philippe Seguin, le « Mouvement pour la France » de Villiers, premier parti souverainiste, a tenu sa ligne politique des années durant. « Pendant trente ans, j’ai vécu avec d’autres, comme un paria. On a établi autour de nous un périmètre sanitaire » rappelle Philippe de Villiers, soulignant la tentative de lepénisation du camp souverainiste par les zélateurs du progressisme, que lui prend plaisir à rabaisser au rang de « populisme des élites mondialisés ». Retour à l’envoyeur !

Si sa démonstration est plaisante, on pourrait toutefois reprocher à Villiers d’utiliser les mêmes ficelles et la technique de diabolisation de ses adversaires en renvoyant à la face de ses contempteurs les anathèmes dont il a été lui-même victime.

La mondialisation, biotope du Covid !

Reste qu’au-delà d’être plaisante, la démonstration de Villiers est convaincante ! Et que la lèpre semble bien avoir changé de camp. Elle est maintenant du côté de ce monde sans frontières, caractérisé par le flux incessant et sans contrôle des capitaux et des hommes, menaçant les intérêts vitaux des nations. Pour Philippe de Villiers, « la mondialisation est microbienne par nature et par circulation ». Elle est « le biotope du virus » ! Face à la crise sanitaire, seule se dresse la frontière. Hier objet de haine, elle est devenue notre planche de salut. « L’ancien Monde est de retour: l’idée des nations protectrices a refait surface »… Pour combien de temps encore? aimerait-on savoir.

Le souverainisme est revenu « par la fenêtre du confinement ». Villiers signe avec son livre la chronique d’une victoire annoncée. Pour preuve, le livre est en tête des ventes depuis son arrivée en librairie. Est-ce suffisant pour convertir demain ce lectorat populaire et fournir des bulletins souverainistes dans les urnes ? À en croire le sondage Ifop effectué au lendemain du 2ème tour des municipales, une grande majorité de Français estime qu’il est plus important de « relocaliser des activités stratégiques » et de préserver « l’indépendance des approvisionnements alimentaires et sanitaires » que de protéger la nature. Doit-on s’attendre à un moment Villiers ? Une recomposition de la droite sur son aile souverainiste serait-elle envisageable, réunissant Dupont-Aignan et Marion Maréchal ? Comme l’intéressé l’a dit lui-même au micro de RMC il y a quelques jours, un retour dans l’arène politique en 2022 n’est pas à exclure. Gardons l’œil sur la diagonale, le premier des Gaulois réfractaires n’a pas dit son dernier mot.


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