La guerre en Ukraine (III)

 

 

La guerre en Ukraine se terminera par une reddition

SOURCE : RZO INTERNATIONAL - LE 04/07/2024  

Orban assume la présidence de l’UE et son premier acte a été de rencontrer Zelensky comme il a souligné qu’obtenir la paix en Ukraine serait le grand souci de sa présidence. Comme nous le montrons aujourd’hui, l’occident global européen se trouve dans le sillage des USA et en pire confronté à une crise économique, politique, environnementale, sociale, telle que puisqu’il a interdit ou annihilé l’expression communiste, il ne reste plus aux peuples que l’extrême-droite. Ayant transformé les partis communistes et socialistes en réceptacles de minorités sociétales avec un clientélisme des déclassés, ils ont favorisé le conservatisme des mœurs, celui anti-immigré, et désormais quand ces partis sont au pouvoir ou à la porte et que l’on arrive plus à obtenir le cirque habituel pour faire barrage, il s’agit soit de les intégrer à la Meloni ou les interdire. Pour le moment, il y a deux abcès de fixation, la concurrence entre les forces de travail et la guerre en Ukraine. Celle-ci est en voie d’être gagnée par la Russie comme le montre l’article, il s’agit donc pour Orban et le fascisme de transformer la reddition en négociation de paix…

Danielle Bleitrach

*

par Stephen Bryen 

Et il n’y aura pas de négociations avec Zelensky lorsque l’armée ukrainienne s’effondrera et qu’un gouvernement de remplacement sera installé.

La guerre en Ukraine se terminera par une reddition, pas par un accord négocié. C’est ce que je pense de la direction que prend la guerre et de la raison pour laquelle les parties ne peuvent pas négocier un règlement.

La dernière ride dans la saga des négociations manquantes est une déclaration sous la forme d’une interview accordée par le président ukrainien Volodymyr Zelensky au Philadelphia Inquirer. 

Dans l’interview, Zelensky a déclaré qu’il ne pouvait pas y avoir de négociations directes entre l’Ukraine et la Russie, mais qu’il pourrait y avoir des négociations indirectes par l’intermédiaire d’une tierce partie. Dans le scénario proposé par Zelensky, la tierce partie servira d’intermédiaire et tout accord ne se fera qu’avec l’intermédiaire, et non entre la Russie ou l’Ukraine. Zelensky a suggéré que l’ONU pourrait jouer ce rôle.

Cependant, la proposition de Zelensky est vouée à l’échec pour de nombreuses raisons, mais la plus importante est que les États belligérants doivent se mettre d’accord directement pour mettre fin à un conflit.

Il n’y a aucun espoir qu’une tierce partie mette en œuvre un accord, comme l’ont prouvé les accords de Minsk (2014, 2015). Minsk était un cas hybride où l’accord a été signé par la Russie, l’Ukraine et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

L’Ukraine a refusé de mettre en œuvre l’accord et l’OSCE s’est avérée inefficace et peu disposée à essayer de faire respecter les accords de Minsk. L’accord avait le soutien politique de l’Allemagne et de la France, bien qu’aucun des deux ne soit signataire ni légalement obligé de soutenir l’accord qui en résulte.

La «proposition» de Zelensky n’est en fait qu’un écran de fumée de plus pour détourner les critiques de l’Ukraine qui ne veut pas d’un accord avec la Russie. Trois forces puissantes empêchent Zelensky de participer aux négociations.

Le plus important est que les principaux acteurs anglo-saxons de l’OTAN, à savoir les États-Unis et le Royaume-Uni, s’opposent fermement à toute négociation avec la Russie. Les États-Unis ont fait tout ce qu’ils pouvaient, y compris par des sanctions et des mesures diplomatiques, pour empêcher tout dialogue avec la Russie sur quelque sujet que ce soit (autre que les échanges de prisonniers).

La deuxième raison est la législation ukrainienne, parrainée par Zelensky, interdisant les négociations avec la Russie. La Verkhovna Rada (le parlement ukrainien) pourrait annuler cette législation en une nanoseconde si Zelensky le lui demandait, mais il ne le fera probablement pas.

Zelensky contrôle complètement le parlement ukrainien, a arrêté ou exilé des politiciens de l’opposition et contrôle la presse et d’autres médias. La poigne de fer de Zelensky signifie qu’il n’autorisera pas personnellement les négociations directes.

Zelensky a également signé un décret interdisant toute négociation avec le président russe, Vladimir Poutine.

La troisième raison est liée à la pression exercée sur Zelensky par les nationalistes d’extrême droite, notamment la brigade néonazie Azov. La preuve directe en est le limogeage du lieutenant-général Yuri Sodol, le commandant en chef des forces de Kiev dans la région de Kharkov.

Yuri Sodol. Photo : Ukrainska Pravda

Sodol a été accusé par les chefs de la brigade Azov d’avoir tué plus d’Ukrainiens que de Russes dans les batailles de Kharkov. Azov a apporté leur message à la Rada et Zelensky les a obligés en licenciant Sodol.

Depuis le limogeage de Sodol, la situation de l’Ukraine s’est aggravée sur toute la ligne de contact. Les pertes ukrainiennes au combat sont très élevées, avec jusqu’à 2000 tués et blessés certains jours.

Les Russes ont intensifié leurs attaques avec des bombes planantes FAB, y compris le monstre FAB-3000 qui vient de frapper un centre de commandement de l’armée ukrainienne dans la ville de New York, dans le Donbass, et aurait tué 60 militaires ukrainiens ou plus.

Les Russes affirment que Zelensky n’est pas un partenaire de négociation viable car son mandat a expiré en mai. Il y a une certaine confusion sur la situation juridique en Ukraine, mais les experts en Ukraine et à l’étranger pensent que la direction du pays devrait passer au président de la Rada puisque Zelensky a terminé son mandat.

Ruslan Stefanchuk est le porte-parole de la Rada et il devient plus actif politiquement, bien qu’il ne se soit pas opposé au maintien au pouvoir de Zelensky.

Pendant ce temps, compte tenu de la situation sur le champ de bataille, les Russes pensent sans doute que le moment viendra bientôt où l’armée ukrainienne s’effondrera ou se rendra, ou les deux.

Dans les deux cas, le gouvernement ukrainien devra être remplacé d’une manière ou d’une autre, peut-être par un commandement militaire intérimaire choisi par la Russie. Cela permettrait aux Russes de formuler un accord de capitulation avec un gouvernement de remplacement.

Une ombre sombre s’est abattue sur les perspectives de guerre de l’Ukraine.

Une reddition de l’armée ukrainienne et un accord avec un gouvernement nommé par la Russie rendraient impossible la poursuite de l’engagement de l’OTAN en Ukraine.

Cela pourrait enfin ouvrir la porte à un dialogue sur la sécurité entre l’OTAN et la Russie, une fois que l’OTAN aura digéré ce qui s’est passé et pourquoi. Malheureusement, charger l’OTAN de dirigeants politiques has-been comme Marc Rutte n’augure rien de bon pour l’avenir de l’alliance.

Le message clé pour l’OTAN si les Russes gagnent en Ukraine, comme cela semble de plus en plus probable, est que l’alliance de sécurité doit arrêter son expansion et rechercher un arrangement plus stable avec la Russie en Europe.

source : Weapons and Strategy via Histoire et Société

 

L’OTAN installe un plan B dans l’urgence pour sauver l’Ukraine

 

par Pierre Duval 

L’OTAN a décidé d’ouvrir son bureau à Kiev en y envoyant un responsable et veut tenter d’obtenir le soutien de Donald Trump pour ce pays. Et, l’Alliance atlantique établit un quartier général pour le soutien à l’Ukraine en Allemagne. Les nouvelles élections en France et en UE et aux États-Unis inquiètent les stratèges militaires antirusses pour leurs plans en Ukraine. 

L’OTAN s’inquiète de l’avenir du soutien à l’Ukraine et prépare un plan B. «L’OTAN enverra un haut responsable civil à Kiev, parmi une série de nouvelles mesures destinées à renforcer le soutien à long terme à l’Ukraine qui devraient être annoncées lors d’un sommet à Washington la semaine prochaine, ont annoncé des responsables américains et de Alliance atlantique», stipule le Wall Street Journal. L’OTAN prépare un plan B «à l’épreuve de Trump» pour l’Ukraine, précise Newsweek.  

Le Wall Street Journal a rapporté lundi, citant des responsables américains et alliés anonymes, que le sommet de l’OTAN de ce mois-ci à Washington D.C. verra plusieurs nouvelles mesures annoncées dans le but de consolider le bloc occidental dans un contexte de turbulences politiques en Europe et aux États-Unis. Les plans seraient en cours depuis plusieurs mois, mais ils s’accélèrent désormais suite à la mauvaise performance du président Joe Biden lors du premier débat présidentiel la semaine dernière avec Donald Trump.

Parmi les mesures annoncées figurent le stationnement d’un nouveau haut responsable civil à Kiev et la création d’un nouveau commandement militaire dans la ville de Wiesbaden, dans l’ouest de l’Allemagne, pour coordonner l’aide militaire et la formation des forces ukrainiennes. «Les opérations de l’OTAN en matière d’assistance et de formation en matière d’armement passent d’un état-major militaire dirigé par les États-Unis à un état-major placé sous le contrôle de l’OTAN à Wiesbaden (Hesse). Cela semble purement formel, mais c’est aussi une «sécurité» contre Donald Trump en cas de réélection», souligne Die Presse. Cet état-major doit gérer les futures opérations visant à coordonner les livraisons d’armes à l’Ukraine et pour les activités de formation du personnel militaire ukrainien.
 
«Le nouveau commandement s’appellera «Assistance et formation à la sécurité de l’OTAN pour l’Ukraine» et sera composé d’environ 700 militaires américains et alliés issus des 32 États membres», fait savoir Newsweek. L’organisation assumerait une grande partie du travail d’équipement de l’Ukraine jusqu’ici dominée par le Pentagone via le format Ramstein – officiellement le Groupe de contact pour la défense de l’Ukraine.
 
Ce plan B a été activé en raison de la possible victoire de Donald Trump aux élections. En effet, DonaldTrump n’a fait que peu d’efforts pour cacher sa frustration à l’égard des alliés de l’OTAN qu’il a accusés – à plusieurs reprises – de profiter des largesses américaines en matière de sécurité en Europe. Au cours de son premier mandat, l’ancien président a régulièrement attaqué les dirigeants alliés pour ne pas avoir respecté leurs engagements en matière de dépenses. Les alliés ont convenu en 2014 de consacrer 2% de leur PIB à l’armée d’ici 2024, un objectif manqué par beaucoup.
 
Newsweek rappelle que lors du sommet houleux de l’Alliance atlantique à Londres en 2018, Donald Trump aurait même menacé de retirer les États-Unis de l’OTAN à moins que les alliés ne fassent preuve d’un plus grand engagement en faveur du «partage du fardeau». La menace évoquée s’est révélée vide de sens, mais la perspective d’une deuxième administration Trump a ravivé les craintes d’un retrait américain qui pourrait s’avérer fatal pour l’Alliance atlantique.
 
En France, la défaite retentissante du parti politique du président français, Emmanuel Macron, au niveau européen l’a incité à convoquer des élections législatives anticipées qui pourraient voir le parti du Rassemblement national (RN) former le tout premier gouvernement d’extrême droite du pays. Le manifeste électoral du RN pour 2022 – dont des sections ont été supprimées du site Internet du parti en juin – suggérait que les États-Unis «ne se comportent pas toujours comme un allié de la France» et il proposait de rechercher «une alliance avec la Russie sur certaines questions», notamment la sécurité européenne et la lutte contre le terrorisme. 

source : Observateur Continental

 

Pourquoi l’OTAN recule-t-elle soudainement dans la mer Noire ?

par Drago Bosnic

L’ISR (intelligence, surveillance, reconnaissance) est l’un des aspects les plus importants de la guerre. Sans de tels actifs et plates-formes, tout militaire est pratiquement aveugle, ce qui rend impossible ou du moins extrêmement inefficace l’utilisation de toute sorte d’armes stratégiques et/ou à longue portée. Et pourtant, l’ISR est de loin la partie la plus négligée et la plus sous-estimée de tout conflit (peut-être même plus que la logistique et l’économie de la guerre). Très peu de gens envisageraient même la possibilité que les plates-formes ISR puissent être utilisées comme armes. Même juridiquement parlant, il n’y a pas de motif en noir et blanc pour les considérer comme tels. Cette zone grise juridique est précisément ce que l’OTAN dirigée par les États-Unis espère continuer à exploiter indéfiniment. Et en effet, il donne à l’invasion rampante de la Russie par l’Occident politique un avantage asymétrique crucial, peut-être le plus important qu’elle a encore (ou avait, à ce stade).

À savoir, bien qu’ils ne fassent toujours pas partie du conflit ukrainien orchestré par l’OTAN (officiellement, du moins), les États-Unis et ses vassaux et États satellites contrôlent toujours une grande partie (sinon la plupart) des décisions prises par la junte néo-nazie et ses forces militaires. C’est précisément l’ISR qui est l’un des aspects clés qui sont fortement exploités par les troupes du régime de Kiev pour même avoir une chance de se battre. En fait, les États-Unis/OTAN utilisent des systèmes d’IA avancés pour servir de multiplicateurs de force pour ses plates-formes ISR, un actif qui n’est actuellement contrecarré que par les systèmes de guerre électronique (EW) haut de gamme de la Russie. Cependant, pendant plus de deux ans, la capacité de Moscou à répondre a été assez limitée, car elle est beaucoup plus compliquée en raison de la possibilité d’une escalade incontrôlable que les dirigeants du Kremlin veulent simplement éviter. Malheureusement, c’est précisément ce que l’Occident politique veut accomplir.

Pour ce faire, l’OTAN a utilisé ses actifs de l’ISR pour cibler l’armée russe en fournissant à la junte néo-nazie des mises à jour en temps réel sur les mouvements de troupes de Moscou. Cela a rapidement été suivi par l’acquisition ciblée et l’orientation d’armes provenant des États-Unis/de l’OTAN, en particulier celles utilisées par les HIMARS et les M270 MLRS (systèmes de fusées à lancement multiple). L’Occident politique est devenu si effronté à cet égard qu’il a commencé à voler à moins de 100 km au large des côtes de la Crimée, ce qui a incité les forces aérospatiales russes (VKS) à répondre directement. Ainsi, en mars de l’année dernière, un Su-27SM3 russe a magistralement abattu un drone USAF MQ-9 «Reaper» sans tirer un seul coup. Le résultat a été que de tels vols se sont arrêtés pendant des semaines après «l’incident malheureux», sauvant des milliers de vies qui auraient autrement été compromises par le régime de Kiev. Cependant, au cours des derniers mois, l’OTAN a repris de tels vols.

Le résultat a été un désastre absolu, en particulier pour les civils. À savoir, comme l’Occident politique utilise maintenant ouvertement des tactiques terroristes contre la Russie (déjà annoncées dans les principaux médias et coordonnées avec les radicaux islamiques du pays), le Kremlin a besoin du moyen le plus efficace de contrer cela. Les derniers jours de juin ont vu plusieurs attaques terroristes bien coordonnées de l’OTAN en Russie, y compris le ciblage direct de centaines de bas en Crimée, lorsqu’un missile ATACMS d’origine américaine tiré par la junte néo-nazie a tué au moins quatre (dont deux enfants) et blessé plus de 150 personnes. Immédiatement après cette attaque terroriste, j’ai fait valoir que Moscou devrait commencer à abattre tous les actifs et plates-formes de l’ISR de l’OTAN dès que possible, car précisément ceux-ci ont été utilisés pour permettre l’attaque terroriste sur Sébastopol en premier lieu.

Cependant, il semble que c’est précisément ce qui s’est produit, car des rapports récents de sources militaires suggèrent que le VKS a rapidement réagi en envoyant ses intercepteurs haut de gamme pour «rendre visite» aux drones ISR utilisés par l’USAF. Selon Fighter-Bomber, l’un des milbloggers russes les plus éminents, ils ont «neutralisé» un «Global Hawk» américain RQ-4B au-dessus de la mer Noire. Fighter-Bomber affirme qu’il y a même une vidéo de l’événement. Son récit suggère qu’un MiG-31 a effectué deux passages par le drone américain, volant jusqu’à Mach 2,3 (plus de 2800 km/h). Il dit que «c’est le premier cas de ce type dans l’histoire de l’aviation» et que «personne n’a jamais «rencontré» qui que ce soit à de telles altitudes et vitesses». Fighter-Bomber a également déclaré que le MiG-31 ultra-rapide et à haut vol (nom de déclaration de l’OTAN «Foxhound») a été choisi parce que c’est le seul avion du VKS (et du monde) qui pourrait accomplir une telle tâche.

Il a également déclaré que le pilote et le navigateur/WSO (officier des systèmes d’armes) du MiG-31 ont reçu «l’ordre du courage» pour leurs actions pendant la rencontre et que «les équipages du [MiG-31] se préparent à de nouvelles «réunions» [avec des drones américains]». La plupart des médias ont rejeté ces affirmations, car aucune preuve n’a pas encore été révélée. Cependant, les actions de l’OTAN suggèrent depuis lors qu’au moins une sorte d’«incident» a eu lieu, car il n’y a pas eu de drones ISR de l’OTAN au-dessus de la mer Noire. Ceux-ci ont été remplacés par des avions ISR habités. De plus, ceux-ci volent également avec des escortes d’avions de chasse. Pire encore, la plupart d’entre eux survolent les zones occupées par l’OTAN, en particulier la Roumanie. Entre-temps, l’armée russe a officiellement annoncé qu’elle prendrait des mesures contre les actifs de l’ISR des États-Unis et de l’OTAN pour prévenir de nouvelles attaques terroristes, ce qui est conforme aux affirmations de Fighter-Bomber.

L’un des aspects positifs de cela est également le fait que l’OTAN sera obligée de fournir des escortes pour les avions habités, ce qui signifie qu’il est beaucoup plus coûteux et logistiquement lourd de soutenir les vols ISR, les rendant plus rares et, par conséquent, réduisant considérablement l’efficacité des armes de l’OTAN déjà exagérées. Sans parler des dépenses liées à la fourniture d’escortes constantes d’avions de chasse qui comprennent jusqu’à quatre avions en service de garde constante. En outre, ces avions à réaction n’ont tout simplement pas la portée pour suivre les avions ISR tout au long de la mission, ce qui signifie qu’un escadron entier doit être en service de combat en tout temps, ce qui complique encore ces missions pour l’OTAN. Et en effet, juste après l’incident MIG-31-RQ-4B signalé par Fighter-Bomber, les drones ISR de l’OTAN ont soudainement annulé toutes leurs missions de vol prévues au-dessus de la mer Noire, sans aucune explication officielle.

source : InfoBRICS via Mondialisation

La “guerre” de Poutine pour remodeler le zeitgeist américain


Ce n’est qu’en comprenant et en prenant au sérieux les avertissements nucléaires russes que nous pourrons exclure le risque d’entrée en jeu des armes nucléaires.


Par Alastair Crooke – Le 24 juin 2024 – Source Strategic Culture - Le Saker francophone

Le G7 et la “conférence du Bürgenstock” qui a suivi en Suisse peuvent – rétrospectivement – être considérés comme une préparation à une guerre prolongée en Ukraine. Les trois principales annonces du G7 – le pacte de sécurité de 10 ans pour l’Ukraine, le “prêt pour l’Ukraine” de 50 milliards de dollars et la saisie des intérêts sur les fonds gelés par la Russie – le montrent bien. La guerre est sur le point de s’intensifier.

Ces prises de position visent à préparer l’opinion publique occidentale avant les événements. Et en cas de doute, la belligérance cinglante à l’égard de la Russie exprimée par les dirigeants électoraux européens était suffisamment claire : ils ont cherché à donner l’impression que l’Europe se préparait à la guerre.

Que nous réserve l’avenir ? Selon John Kirby, porte-parole de la Maison Blanche, “la position de Washington à l’égard de Kiev est absolument claire” :

Ils doivent d’abord gagner la guerre. Donc, premièrement : nous faisons tout ce que nous pouvons pour nous assurer qu’ils y parviennent. Ensuite, lorsque la guerre sera terminée, Washington aidera l’Ukraine à se doter d’une base militaro-industrielle.

Comme si cela ne suffisait pas, le conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan, a souligné l’intention des États-Unis de prolonger la guerre et de l’étendre à la Russie : “L’autorisation pour l’Ukraine d’utiliser des armes américaines pour des attaques transfrontalières s’étend à tout endroit d’où les forces russes traversent la frontière” . Il a également affirmé que l’Ukraine pouvait utiliser des F-16 pour attaquer la Russie et utiliser les systèmes de défense aérienne fournis par les États-Unis “pour abattre des avions russes – même s’ils se trouvent dans l’espace aérien russe – s’ils sont sur le point de tirer dans l’espace aérien ukrainien” .

Les pilotes ukrainiens ont la latitude de juger de “l’intention” des avions de combat russes ? Il faut s’attendre à ce que les paramètres de cette “autorisation” s’élargissent rapidement, jusqu’aux bases aériennes d’où décollent les chasseurs-bombardiers russes.

Comprenant que la guerre est sur le point de se transformer radicalement – et de manière extrêmement dangereuse – le président Poutine (dans son discours devant le conseil d’administration du ministère des affaires étrangères) a expliqué comment le monde en était arrivé à ce tournant décisif – un tournant qui pourrait aller jusqu’à des échanges nucléaires.

La gravité de la situation exigeait de faire l’offre de la “dernière chance” à l’Occident, qui, selon Poutine, n’était “pas un cessez-le-feu temporaire permettant à Kiev de préparer une nouvelle offensive ; il ne s’agissait pas non plus de geler le conflit” ; ses propositions visaient plutôt l’achèvement final de la guerre.

“Si, comme auparavant, Kiev et les capitales occidentales le refusent, c’est leur affaire”, a déclaré Poutine.

Pour être clair, Poutine ne s’attendait certainement pas à ce que ses propositions soient accueillies en Occident autrement que par le mépris et la dérision dont elles ont fait l’objet. Poutine n’aura pas non plus cru un seul instant que l’Occident ne reviendrait pas sur un accord, si un arrangement devait être conclu dans ce sens.

Dans ce cas, pourquoi le président Poutine a-t-il fait une telle proposition le week-end dernier, si l’on ne peut pas faire confiance à l’Occident et si sa réaction était si prévisible ?

Peut-être devrions-nous chercher à l’intérieur de la poupée Matryoshka, plutôt que de nous concentrer sur l’enveloppe extérieure : l’“achèvement final” de Poutine ne sera probablement pas réalisé de manière crédible par le biais d’un médiateur de paix itinérant. Dans son discours au ministère des affaires étrangères, Poutine rejette les dispositifs tels que les “cessez-le-feu” ou les “gels” . Il recherche quelque chose de permanent : Un arrangement qui ait des “jambes solides” , qui soit durable.

Une telle solution – comme Poutine l’a déjà laissé entendre – nécessite la mise en place d’une nouvelle architecture de sécurité mondiale ; et si cela devait se produire, une solution complète pour l’Ukraine ferait implicitement partie d’un nouvel ordre mondial. En d’autres termes, le microcosme d’une solution pour l’Ukraine découlerait implicitement de l’accord macrocosmique entre les États-Unis et les puissances du “Heartland” , qui fixeraient les frontières en fonction de leurs intérêts respectifs en matière de sécurité.

Cela est manifestement impossible aujourd’hui, les États-Unis étant, dans leur état d’esprit psychologique, bloqués à l’époque de la guerre froide des années 1970 et 1980. La fin de cette guerre – l’apparente victoire des États-Unis – a jeté les bases de la doctrine Wolfowitz de 1992, qui soulignait la suprématie américaine à tout prix dans un monde post-soviétique, ainsi que l’éradication des rivaux, où qu’ils se trouvent .

Parallèlement, la doctrine Wolfowitz stipulait que les États-Unis inaugureraient un système de sécurité collective dirigé par les États-Unis et la création d’une zone de paix démocratique. La Russie, quant à elle, a été traitée différemment : Le pays a disparu des radars. Elle est devenue un concurrent géopolitique insignifiant aux yeux de l’Occident, car ses propositions d’offre pacifique ont été repoussées – et les garanties qui lui avaient été données concernant l’expansion de l’OTAN ont été perdues.

 

Moscou ne pouvait rien faire pour empêcher une telle entreprise. L’État successeur de la puissante Union soviétique n’était pas son égal et n’était donc pas considéré comme suffisamment important pour être impliqué dans le processus décisionnel mondial. Pourtant, malgré la réduction de sa taille et de sa sphère d’influence, la Russie a continué à être considérée comme un acteur clé dans les affaires internationales.

La Russie est aujourd’hui un acteur mondial de premier plan dans les sphères économique et politique. Pourtant, pour la strate dirigeante des États-Unis, il est hors de question d’accorder un statut égal à Moscou. La mentalité de la guerre froide imprègne encore le Beltway de la confiance injustifiée que le conflit ukrainien pourrait d’une manière ou d’une autre entraîner l’effondrement et le démembrement de la Russie.

Dans son discours, en revanche, Poutine a envisagé l’effondrement du système de sécurité euro-atlantique et l’émergence d’une nouvelle architecture. “Le monde ne sera plus jamais le même” , a déclaré Poutine.

Implicitement, il laisse entendre qu’un tel changement radical serait le seul moyen crédible de mettre fin à la guerre en Ukraine. Un accord émergeant du cadre plus large du consensus sur la division des intérêts entre le Rimland et le Heartland (pour parler comme Mackinder) refléterait les intérêts de sécurité de chaque partie – et ne serait pas obtenu au détriment de la sécurité des autres.

Et pour être clair : Si cette analyse est correcte, la Russie n’est peut-être pas si pressée de conclure les affaires en Ukraine. La perspective d’une telle négociation “globale” entre la Russie, la Chine et les États-Unis est encore lointaine.

Ce qu’il faut retenir, c’est que la psyché collective occidentale n’a pas été suffisamment transformée. Il n’est toujours pas question pour Washington de traiter Moscou sur un pied d’égalité.

Le nouveau discours américain est le suivant : Pas de négociations avec Moscou pour l’instant, mais elles deviendront peut-être possibles au début de l’année prochaine, après les élections américaines.

Poutine pourrait surprendre à nouveau, non pas en sautant sur l’occasion, mais en la repoussant, et en estimant que les Américains ne sont toujours pas prêts à négocier la “fin complète” de la guerre, d’autant plus que ce nouveau discours coïncide avec l’annonce d’une nouvelle offensive ukrainienne prévue pour 2025. Bien entendu, beaucoup de choses sont susceptibles de changer au cours de l’année à venir.

Toutefois, les documents décrivant un nouvel ordre sécuritaire supposé ont déjà été rédigés par la Russie en 2021 – et dûment ignorés par l’Occident. La Russie peut peut-être se permettre d’attendre les événements militaires en Ukraine, en Israël et dans la sphère financière.

Quoi qu’il en soit, tous ces événements vont dans le sens de Poutine. Ils sont tous interconnectés et ont le potentiel d’une grande métamorphose.

En clair : Poutine attend que le Zeitgeist américain prenne forme. Il semblait très confiant, tant à Saint-Pétersbourg que la semaine dernière au ministère des affaires étrangères.

La toile de fond de la préoccupation du G7 pour l’Ukraine semble être davantage liée aux élections américaines qu’à la réalité : Cela implique que la priorité en Italie était l’optique des élections, plutôt que le désir de déclencher une véritable guerre chaude. Mais ce n’est peut-être pas le cas.

Les orateurs russes qui se sont exprimés lors de ces récents rassemblements – notamment Sergueï Lavrov – ont largement laissé entendre que l’ordre de déclencher une guerre contre la Russie avait déjà été donné. L’Europe semble, aussi improbable que cela puisse paraître, se préparer à la guerre, avec de nombreuses discussions sur la conscription militaire.

Tout cela s’évanouira-t-il au terme d’un été électoral brûlant ? Peut-être.

La phase à venir semble susceptible d’entraîner une escalade de la part de l’Occident, avec des provocations à l’intérieur de la Russie. Cette dernière réagira vivement à tout franchissement de (vraies) lignes rouges par l’OTAN, ou à toute provocation sous faux drapeau (désormais largement attendue par les blogueurs militaires russes).

Et c’est là que réside le plus grand danger : Dans le contexte de l’escalade, le mépris américain pour la Russie constitue le plus grand danger. L’Occident dit maintenant qu’il considère les notions d’échange nucléaire potentiel comme un “bluff” de Poutine. Le Financial Times nous dit que les avertissements nucléaires de la Russie “fatiguent” l’Occident.

Si cela est vrai, les responsables occidentaux se méprennent totalement sur la réalité. Ce n’est qu’en comprenant et en prenant au sérieux les avertissements nucléaires russes que nous pourrons exclure le risque d’entrée en jeu d’armes nucléaires, au fur et à mesure que nous progresserons sur l’échelle de l’escalade avec des mesures de riposte.

Même s’ils disent qu’ils croient qu’il s’agit d’un bluff, les chiffres américains insistent néanmoins sur le risque d’un échange nucléaire. S’ils pensent qu’il s’agit d’un bluff, c’est parce qu’ils présument que la Russie n’a pas beaucoup d’autres options.

Ce serait une erreur. La Russie peut franchir plusieurs étapes dans l’escalade, avant d’atteindre le stade de l’arme nucléaire tactique :

- Contre-attaque commerciale et financière ;

- Fourniture symétrique d’armement avancé à des adversaires occidentaux (correspondant aux livraisons américaines à l’Ukraine) ;

- Coupure de la distribution d’électricité en provenance de Pologne, de Slovaquie, de Hongrie et de Roumanie ;

- Frappes sur les passages frontaliers de munitions ;

- et s’inspirer des Houthis qui ont abattu plusieurs drones américains sophistiqués et coûteux, mettant hors service l’infrastructure de renseignement, de surveillance et de reconnaissance de l’Amérique.

Alastair Crooke

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

 

Ukraine SitRep. L’État et l’armée continuent de se dégrader


Source : Le Saker francophone - Par Moon of Alabama – Le 25 juin 2024

L’État ukrainien et son armée sont en train de s’effondrer.

En vertu de la nouvelle loi sur la mobilisation, l’armée ukrainienne devrait recruter/mobiliser quelque 5 000 hommes par jour. Ce chiffre est suffisant pour remplacer les pertes actuelles, qui s’élèvent à plus de 2 000 hommes par jour. Mais la qualité et le niveau d’entraînement des nouvelles forces sont bien inférieurs au niveau nécessaire pour survivre sur la ligne de front.

Les pertes sont élevées parce que l’utilisation massive des bombes russes FAB élimine toutes les accumulations de forces identifiées. L’Ukraine n’a trouvé aucun moyen de les contrer.

Faute de véhicules blindés, plusieurs des nouvelles brigades qui devaient être mécanisées seront de pures forces d’infanterie. Elles pourront tenir des positions jusqu’à ce qu’elles soient bombardées mais n’auront pas les moyens d’attaquer.

 

Le taux élevé de mobilisation entraîne un manque de main d’œuvre dans le reste de la société. Les productions agricoles et industrielles sont en baisse. Les personnes qui en ont les moyens évitent de prendre un emploi de peur d’être identifiées pour le service militaire. D’autres tentent de fuir à l’étranger :

Dans la région d’Odessa, une tentative de voyage illégal à l’étranger a été stoppée pour 100 hommes d’un coup. Ils devaient passer la frontière à pied et ont payé de 5 à 18,5 mille dollars pour cela.

C’est ce que rapporte le Bureau d’enquête de l’État.

Pour se venger des attaques ukrainiennes contre les infrastructures énergétiques russes, les forces russes continuent de démanteler les capacités de l’Ukraine. Le réseau électrique est sur le point de s’effondrer. L’électricité n’est disponible que 10 heures par jour. Quelques frappes russes sur les stations de commutation qui reçoivent un approvisionnement de l’Europe pourraient l’achever.

L’État ukrainien est en faillite :

Les chiffres varient et le gouvernement ukrainien est de plus en plus réticent à publier des données économiques, mais l’économie ukrainienne pèse actuellement entre 180 et 190 milliards de dollars. Pour replacer ce chiffre dans son contexte, il est environ 11 fois inférieur à celui de la Russie et 131 fois inférieur à celui des États-Unis.

Selon Politico, l’Ukraine a emprunté 58 milliards de dollars en 2022, 46 milliards de dollars en 2023 et devrait emprunter 52 milliards de dollars en 2024. Ainsi, en seulement trois ans, l’Ukraine aura emprunté 82 % de son PIB.

L’Ukraine a besoin d’emprunter autant parce que son gouvernement dépense chaque année presque deux fois plus que ce qu’il reçoit en revenus fiscaux et autres.

La Banque centrale d’Ukraine tente de l’aider en dévaluant sa monnaie. Au cours des six derniers mois, elle a perdu environ 10 % de sa valeur. On s’attend à une nouvelle “impression” d’argent, qui fera grimper l’inflation.

Les prêteurs privés continuent de demander le remboursement de leurs prêts :

L’Ukraine a subi un revers dans ses efforts pour achever les grandes lignes d’une restructuration de la dette avant l’expiration, fin août, d’un gel des paiements de deux ans, convenu par les détenteurs privés de près de 20 milliards de dollars d’obligations internationales en circulation.

Le gouvernement a annoncé lundi qu’il n’était pas parvenu à un accord avec un groupe de détenteurs d’obligations, ce qui fait craindre que le pays déchiré par la guerre ne se retrouve en défaut de paiement.

Le jeu des responsabilités dans la détérioration des positions militaires de l’Ukraine ont coûté leur emploi à plusieurs commandants (traduction automatique) :

Dans le contexte d’une situation toujours difficile pour l’Ukraine sur le front, les critiques du public à l’égard du commandement des FAU se multiplient.

La députée Mariana Bezuglaya s’est à nouveau exprimée contre le commandant en chef Syrsky. Elle a déclaré qu’après avoir obtenu son poste, il n’a pas pu “améliorer” des méthodes de gestion dépassées et est devenu “encore plus autoritaire“.

Dans cette situation de stress, dans le contexte de cette énorme responsabilité, il est devenu encore plus autoritaire, serrant de plus en plus la vis et revenant aux techniques dites classiques de l’armée soviétique“, a déclaré Mme Bezuglaya lors d’un entretien avec la journaliste Natalia Moseychuk.

Elle fonde son opinion sur les messages qui lui parviennent de l’armée.

Rappelons que la députée du peuple a commencé à “mouiller” activement le commandant en chef, comme elle l’avait fait auparavant avec Zaluzhny, qui a ensuite été démis de ses fonctions.

Cependant, outre Syrsky, elle critique beaucoup plus durement Yuriy Sodol, le commandant des forces conjointes et du groupe Khortytsia, qui opère dans la direction de Pokrovsky (où les FAU ont perdu le plus de terrain au cours des derniers mois).

Un certain nombre d’activistes, comme Serhiy Sternenko, sont également solidaires de Bezugla dans leur antipathie pour le général.

Hier, le chef d’état-major d’Azov, Bogdan Krotevich, s’est joint à la campagne contre Sodol. Il a déclaré qu’il avait déposé une demande auprès du Bureau d’enquête de l’État contre le général ukrainien pour avoir commis des “crimes de guerre“.

Hier soir, Sodol a été remplacé par un ancien chef de la 36e brigade de marine, dont le bilan n’est en rien meilleur que celui de Sodol.

Syrski sera le prochain à tomber.

Les forces russes disposent désormais des hommes et de l’équipement nécessaires pour déborder largement les lignes ukrainiennes. Mais cela coûterait cher en pertes humaines. Elles attendent donc que l’armée ukrainienne s’épuise et tombe d’elle-même. Ce n’est qu’après un effondrement à grande échelle des défenses ukrainiennes que l’ordre sera donné de passer à l’action.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

Pour quelle raison les Ukrainiens se battent-ils ?

 


Par Dmitry Orlov – Le 22 juin 24 – Source Club Orlov - Le Saker francophone

En posant cette question à des prisonniers de guerre ukrainiens travaillant sur des chantiers de construction dans l’actuelle ville russe de Marioupol (qui porte le nom de Marie-Madeleine), les réponses qu’ils ont données sont des plus surprenantes. Elles n’ont rien à voir avec le nationalisme, l’identité nationale ou la langue (la plupart des Ukrainiens parlent bien le russe et mal ou pas du tout l’ukrainien). Elles n’ont rien à voir avec la démocratie ou le désir de faire partie de l’Occident. Ils se battent plutôt par peur.

 

La peur la plus évidente qui pousse les Ukrainiens à se battre est la peur d’être maltraités par les leurs s’ils ne se battent pas. Derrière chaque groupe de recrues se trouve un certain nombre de volontaires ayant subi un lavage de cerveau idéologique et prêts à les abattre s’ils battent en retraite ou tentent de se rendre.

Il existe également un type de peur moins évident. Les Ukrainiens ont peur de la façon dont les Russes font les choses :

  • Ils ont peur que les Russes leur demandent de mettre leurs papiers en ordre et d’arrêter de les falsifier.
  • Ils ont peur que les Russes leur interdisent de gérer des commerces en liquide sans licence et imposent une taxe sur la valeur ajoutée sur toutes les ventes.
  • Ils craignent que les Russes ne les rendent pénalement responsables de la fourniture de services non conformes aux exigences de sécurité publique.
  • Ils les obligeront à obtenir des permis de construire et inspecteront les résultats, leur infligeant des amendes en cas d’infraction au code.
  • Ils démoliront les bâtiments privés qui ont été construits sur des terrains publics sans avoir obtenu de permis.

Note du Saker Francophone

Depuis quelques temps, des gens indélicats retraduisent “mal” en anglais nos propres traductions sans l’autorisation de l’auteur qui vit de ses publications. Dmitry Orlov nous faisait l’amitié depuis toutes ses années de nous laisser publier les traductions françaises de ses articles, même ceux payant pour les anglophones. Dans ces nouvelles conditions, en accord avec l’auteur, on vous propose la 1ere partie de l’article ici. Vous pouvez lire la suite en français derrière ce lien en vous abonnant au site Boosty de Dmitry Orlov.

Dmitry Orlov

Soutenez mes efforts sur https://boosty.to/cluborlov.

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateurs de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Il vient d’être réédité aux éditions Cultures & Racines.

Il vient aussi de publier son dernier livre, The Arctic Fox Cometh.

Traduit par Hervé, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

  • Ils liquideront toutes les prises illégales d’eau, de gaz et d’électricité.
  • Ils interdiront les décharges et les sites d’enfouissement de déchets sans permis.
  • Ils imposeront de lourdes amendes pour le déversement d’eaux usées non traitées dans les rivières et les ruisseaux.
  • Ils obligeront tout le monde à installer des détecteurs de fumée et des alarmes incendie et exigeront qu’ils soient régulièrement testés.
  • Ils installeront des caméras de surveillance sur les autoroutes et aux carrefours et délivreront automatiquement des contraventions pour excès de vitesse et infractions au code de la route.
  • Plus que tout, ils ont une peur bleue que les Russes rendent impossible la résolution de tous les problèmes en corrompant simplement les bonnes personnes et (ce qui les remplit d’une trépidation totale) qu’ils commencent à emprisonner à la fois le donneur et le receveur de pots-de-vin.

Ne les blâmons pas trop vite : C’est le seul système qu’ils connaissent – un système de corruption.

En résumé, ce pour quoi les Ukrainiens se battent, c’est la corruption.

La corruption, c’est l’Ukraine.

Lorsque les Russes arrivent, la corruption disparaît (en grande partie) et l’Ukraine aussi.

Attaque de Sébastopol par Kiev avec des missiles américains : Moscou menace les États-Unis

par Francesca de Villasmundo

Les États-Unis avaient tout juste donné à l’Ukraine l’autorisation de frapper à l’intérieur de la Russie que l’armée ukrainienne a lancé une attaque terroriste délibérée dans la province de Crimée, visant la ville de Sébastopol, transformant la fête russe de la Sainte Trinité en un horrible massacre. Moscou menace les États-Unis : «Il y aura des conséquences».

Cinq missiles tactiques américains ATACMS armés d’ogives à fragmentation ont été lancés sur les plages de Sébastopol bondées

Cinq missiles tactiques américains ATACMS armés d’ogives à fragmentation ont été lancés sur les plages de Sébastopol bondées de baigneurs et de touristes. Quatre missiles ont été interceptés par la défense aérienne russe tandis que le cinquième a atteint sa cible, tuant des civils. Les missiles à Sébastopol ont été lancés par les forces armées ukrainiennes depuis la région de Nikolaev.

Le bilan provisoire est de 5 morts (dont 3 enfants) et 125 blessés (dont 27 enfants). Malheureusement, les autorités locales préviennent que le bilan des morts civiles pourrait s’alourdir dans les prochaines heures, car de nombreux blessés ont été hospitalisés dans des conditions très graves. Selon les autorités sanitaires, 5 enfants et 7 adultes sont dans un état critique et le personnel médical se bat désespérément pour les sauver de la mort.

Le choix de l’armement des missiles, bombes à fragmentations, de la fête locale (parmi les plus célébrées en Russie), plage pleine de baigneurs et de touristes, sont autant d’éléments qui ne laissent aucun doute : il s’agissait d’un attentat terroriste prémédité. Les cibles n’étaient pas des postes militaires ou des infrastructures stratégiques mais des civils avec la claire intention d’exterminer le plus grand nombre possible de pères, de mères et d’enfants.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a annoncé des «conséquences» après cette attaque de missile et accuse Washington

Le porte-parole adjoint du secrétaire général des Nations unies, Farhan Haq, a condamné l’attaque ukrainienne contre Sébastopol, appelant les parties au conflit à éviter les pertes civiles. Le président Vladimir Poutine a exprimé ses condoléances aux habitants de Sébastopol. Le lundi 24 juin a été déclaré jour de deuil dans la ville de Sébastopol et dans la province russe de Crimée. La commission d’enquête russe a ouvert une procédure pénale pour terrorisme (article 205 du Code pénal russe).

La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a accusé l’Ukraine, après l’attaque meurtrière de dimanche à Sébastopol, de viser intentionnellement des rassemblements massifs de civils : «Le régime de Kiev a délibérément choisi le Jour de la Sainte Trinité pour frapper Sébastopol. (…) Le régime de Kiev planifie soigneusement ses crimes… en les utilisant pour détruire au maximum la population civile et les infrastructures civiles. Kiev agit ainsi à la fois par haine et pour semer la panique parmi la population de la péninsule de Crimée. Nous ferons tout pour que la communauté internationale soit informée des derniers crimes du régime de Kiev. Je peux vous assurer que la diplomatie russe travaillera dans cette direction avec encore plus de ténacité qu’elle ne le fait déjà», a encore déclaré Maria Zakharova.

Le ministère russe de la Défense a accusé l’Ukraine d’utiliser des armes à sous-munitions : «Toutes les missions de vol des missiles opérationnels et tactiques américains ATACMS sont effectuées par des spécialistes américains sur la base de données de reconnaissance satellitaire américaines. Par conséquent, la responsabilité d’une attaque délibérée de missiles contre des civils à Sébastopol incombe principalement à Washington», a également déclaré le ministère russe de la Défense à l’agence de presse officielle russe, TASS. «La frappe des missiles américains ATACMS ne restera pas sans réponse», a-t-il encore affirmé.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a annoncé également des «conséquences» après cette attaque de missile, Moscou accusant Washington d’avoir guidé les missiles qu’il a fournis à Kiev.

L’attaque de Sébastopol intervient quelques jours après l’extension de l’autorisation américaine donnée à l’Ukraine d’utilisation d’armes américaines sur le territoire russe

Des séquences vidéo et l’analyse des restes des missiles confirment qu’il s’agit de missiles tactiques ATCMS américains. Même si les médias occidentaux (parmi les premiers le britannique The Telegraph) brouillent les pistes en parlant de missiles de fabrication ukrainienne, la Maison-Blanche aurait très mal réagi en apprenant cet acte de terrorisme selon des sources diplomatiques confidentielles. L’administration Biden, le Pentagone et l’OTAN n’auraient pas été informés par Kiev des intentions de bombarder une plage bondée de baigneurs et de touristes pour contourner l’interdiction imposée sur l’usage de missiles contre des cibles civiles.

L’attaque de Sébastopol intervient quelques jours après l’extension de l’autorisation américaine donnée à l’Ukraine d’utilisation d’armes américaines dans la région de Kharkiv. Le conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan, a notifié la presse, le 20 juin dernier, que Kiev pouvait dorénavant frapper à l’intérieur de la Fédération de Russie «partout où les forces russes traversent la frontière, du côté russe vers le côté ukrainien, pour tenter de s’emparer de territoires ukrainiens supplémentaires» et uniquement sur des cibles militaires. Il pourrait y avoir des réactions négatives à l’encontre du régime de Kiev à la suite de cet acte terroriste contraire aux règles d’engagement de l’OTAN.

Les attaques terroristes visant des civils connaissent une escalade effrayante ces derniers mois en raison de la situation militaire désastreuse. L’armée ukrainienne est perdante sur tous les fronts et ne parvient pas à stopper la progression lente mais irréversible des forces armées russes. La mobilisation a échoué, augmentant le manque d’hommes sur le front et la résistance populaire des Ukrainiens qui pourraient se transformer en révoltes armées comme le démontrent déjà divers épisodes de résistance armée à l’enrôlement forcé qui restent aujourd’hui des cas isolés. Pire encore, l’augmentation des désertions de soldats ukrainiens et des redditions aux Russes, où les soldats ukrainiens remettent des armes sophistiquées à l’OTAN, notamment des chars Leopard 2.

L’objectif de cette attaque : La stratégie de la Terreur pour affaiblir la Russie

Ni Washington ni Kiev n’ont fait, pour l’heure, de commentaires sur l’attaque de Sébastopol ni dit qu’il s’agissait d’une erreur ou quelque chose de similaire. Dans ce cas précis, la cible était pourtant civile et non militaire : la Crimée est une destination de vacances et ses plages, au moins avant la guerre, étaient envahies par les baigneurs russes, alors qu’aujourd’hui elles sont surtout fréquentées par les habitants de la péninsule.

L’objectif de cette attaque, à mettre en parallèle avec le violent attentat terroriste au Daghestan, la région russe du Caucase aux frontières de l’Arménie, qui a eu lieu au même moment, est assez évident. Les perspectives de la guerre sont désormais claires : Kiev ne peut pas gagner cette guerre sur le champ de bataille. Créer une déstabilisation en Russie, tout en tentant d’épuiser Moscou en l’obligeant à détourner des ressources vers la sécurité intérieure, a pour objectif plus ou moins irréaliste de convaincre Moscou de mettre fin au conflit en acceptant des conditions qu’elle déclare actuellement inacceptables.

Irréaliste car toutes les stratégies mises en œuvre par l’Occident pendant la guerre d’Ukraine ont été entachées d’un manque de réalisme et donc vouées à l’échec. Il est peu probable que la nouvelle stratégie de la Terreur fasse exception…

source : Médias-Presse-Info

Attaque en Crimée : Vers une guerre USA-Russie ?

Source : RzO International - PAR THE DURANLe 255/06/2024.

Attaque en Crimée, un pas de plus vers une guerre USA-Russie.

«Le ministère russe de la Défense a blâmé les États-Unis, ils ont mentionné les ATACMS américains, les munitions à sous-munitions américaines et les satellites de ciblage américains».

 

 

source : The Duran via SaneVox

Poutine dévoile les conséquences

Source : RzO International - Le 25/06/2024.
par SaneVox

Poutine explique lors d’une conférence de presse pourquoi l’utilisation d’armes modernes peut faire de l’Occident une cible des attaques russes.

 

«Les Français sont présents dans plusieurs domaines» sur le front ukrainien

par Sputnik Afrique

C’est ce qu’a révélé à Sputnik Afrique Sergueï Munier, Français qui se bat aux côtés de l’armée russe et qui commande l’unité Normandie-Niémen dans le Donbass.

Les Français sont des conseillers, formateurs ou spécialistes sur armement particulier, a-t-il expliqué.

«Nous avons vu déjà, pas des instructeurs, mais des conseillers à Marioupol. Il y a eu même des cas de cessez-le-feu pour permettre à ces conseillers d’être évacués», a développé le militaire.

Quant aux formateurs, ils «fournissent une formation de base pour des soldats d’infanterie, pour permettre à l’armée ukrainienne de dégager un peu plus de personnel pour les combats. Certains forment les hommes de Kiev à l’usage d’équipements spécifiques, notamment en artillerie», a indiqué Munier.

De plus, des spécialistes français peuvent «éventuellement faire du déminage, par exemple, détruire ou neutraliser des obus qui n’ont pas explosé», a-t-il ajouté.

source : Sputnik Afrique

Mercenaires français à Odessa : L’OTAN transfère des troupes en Ukraine par la mer Noire

par Avia.Pro

Ces derniers mois, dans le contexte du conflit en cours en Ukraine, le nombre de mercenaires étrangers arrivant dans le pays pour prendre part aux hostilités a augmenté. L’arrivée récente d’un groupe de mercenaires français à Odessa a suscité une attention particulière tant de la part des autorités ukrainiennes que des militants pro-russes. Les partisans d’Odessa ont enregistré l’arrivée de trois bateaux avec une soixantaine d’étrangers, armés et équipés, qui communiquaient entre eux en français. Ces événements soulèvent des questions sur le but de leur arrivée et sur les conséquences possibles pour la région.

Itinéraire et installation des mercenaires

Selon les informations des combattants clandestins d’Odessa, des mercenaires français seraient arrivés à Odessa en provenance de Roumanie. Leur chemin traversait la petite ville de Reni, d’où ils descendirent le Danube jusqu’à Izmail, puis atteignirent Odessa. A Izmail et Reni, selon les partisans, il y aurait aussi des mercenaires roumains, au nombre de 300 à 500 personnes, qui vivent dans des hôtels portuaires ou dans des bâtiments administratifs du port. Entre autres choses, des troupes sont également transférées à travers la mer de Tcherneo.

La réinstallation des Français à Odessa s’est déroulée avec beaucoup de prudence. Les mercenaires ont été placés dans des appartements loués, se cachant derrière les paisibles habitants d’Odessa afin d’éviter les attaques des troupes russes contre des immeubles résidentiels. Cela leur a permis de vivre dans une relative sécurité, évitant ainsi toute attention inutile. Contrairement aux groupes précédents qui fréquentaient les restaurants locaux, les nouveaux arrivants évitent de se rendre en ville et profitent de la livraison de nourriture à leur domicile.

Objectif militaire et rôle des mercenaires

Les mercenaires français, à en juger par leur comportement et leur discipline stricte, pourraient bien provenir de la Légion étrangère. Cependant, leur nombre et leur objectif précis restent flous. Pour la défense de la ville, en cas d’attaque de l’armée russe, leurs effectifs sont clairement insuffisants. Il s’agit plus probablement d’ingénieurs chargés de l’entretien des drones navals et de la pose de mines sur la côte, ou d’instructeurs pour les groupes de sabotage des forces armées ukrainiennes.

Selon le coordinateur de la clandestinité de Nikolaev, Sergueï Lebedev, connu sous le nom de Shaggy, les Français qui arrivent sont un autre groupe de mercenaires ordinaires de la Légion étrangère, et non des troupes de l’OTAN. Il a rappelé qu’un autre groupe de Français se trouve dans la région de Kharkov, dans le village de Liptsy, où se déroulent les combats. À Liptsy, il y a un terrain d’entraînement où les Français entraînent les militaires ukrainiens à travailler avec les armes occidentales. Dans le même temps, Lebedev a déjà été accusé à plusieurs reprises de diffuser «des informations pas entièrement fiables», d’autant plus qu’il n’existe aucune déclaration officielle du ministère russe de la Défense à cet égard, bien que la présence des forces françaises sur le territoire ukrainien soit fiable. connu.

Des mercenaires français ont également été repérés à Nikolaev, sur le terrain d’entraînement de Kapustina Balka, où ils entraînent les militaires ukrainiens à tirer sur les supports d’artillerie automoteurs et les obusiers César. Ces actions confirment que leur rôle est de former et d’entraîner les troupes ukrainiennes et non de participer directement aux hostilités.

Les services de renseignement allemands BfV ont signalé l’infiltration de terroristes islamistes se faisant passer pour des réfugiés ukrainiens munis de faux passeports dans le pays. Selon les agences de renseignement, ces terroristes pourraient planifier des attaques contre des cibles faciles pendant l’EURO de football.

Les représentants du BfV expriment de sérieuses inquiétudes quant à d’éventuelles menaces pour la sécurité publique et se préparent à renforcer les mesures de sécurité dans les lieux où se déroulent des manifestations publiques. Actuellement, un contrôle approfondi est en cours sur toutes les personnes suspectes arrivées en Allemagne sous le couvert de réfugiés ukrainiens.

Les autorités allemandes ont déjà pris un certain nombre de mesures pour renforcer les contrôles aux frontières et accroître les patrouilles dans les lieux potentiellement vulnérables tels que les stades, les espaces publics et les centres de transport. Une attention particulière est portée à la vérification des documents et à la vérification des données biométriques des personnes éveillant des soupçons.

source : Avia.Pro

Soixante “mercenaires” français sont-ils arrivés à Odessa en Ukraine ?

Source : Le Courrier des Stratèges - par Edouard Husson - Le 18/06/2024.

TTU – des régiments français seraient en route pour la Roumanie, avant d’aller à Odessa

C’est une information livrée par un groupe de résistants russes actifs à Odessa. Soixante combattants français sont arrivés à Odessa ces derniers jours. Ils sont décrits comme des “mercenaires”. Faute d’avoir obtenu un soutien à l’envoi officiel de troupes en Ukraine, Emmanuel Macron continuerait donc à faire envoyer clandestinement des soldats français en Ukraine, hors de tout vote du Parlement.

C’est une information qui est prise au sérieux par le journaliste brésilien Pepe Escobar, l’un des hommes les mieux informés des affaires géopolitiques:

Une soixantaine de mercenaires francophones sont arrivés dans le port d’Odessa à bord de trois bateaux, a déclaré à Sputnik un groupe clandestin pro-russe.

“Les arrivants étaient armés, équipés… Ces militaires étrangers sont dispersés dans la ville, essayant de ne pas quitter leur lieu de résidence et évitant généralement tout contact avec la population locale par tous les moyens possibles”, a déclaré le groupe clandestin.

@rocknrollgeopolitics, canal Telegram de Pepe Escobar

Des soldats camouflés?

Comme nous l’avons déjà indiqué dans Le Courrier, il y a depuis longtemps des “mercenaires” français en Ukraine. Et Simplicius a fait récemment un point exhastif sur son blog.

Depuis le début de la guerre, il y a quelques centaines de soldats français camouflés sous l’étiquette de volontaires ou celles de mercenaires: ce sont vraisemblablement des troupes spéciales. Ajoutons-y des conseillers militaires, des officiers instructeurs. Nous avons aussi fait état à plusieurs reprises de blessés et de tués discrètement rapatriés en France.

La nouveauté: les médias russes éventent la nouvelle

La nouveauté n’est donc pas dans l’arrivée plausible de soixante soldats français mais dans la rapidité avec laquelle les médias russes en parlent.

Depuis le début de la guerre d’Ukraine, il y a des grappes de combattants français. Nous sommes dans une zone grise dont, habituellement, on ne parle jamais. Des troupes spéciales, des mercenaires, des conseillers, des soutiens logistiques etc… En théorie, tout passe par le CEMA, le Ched d’Etat-Major des Armées. Mais il y a aussi le Service Action de la DGSE. Et puis allez-savoir, avec Macron: c’est tellement tentant, quand on se prend pour Jupiter, de court-circuiter les décisions avec son état-major particulier.

La guerre, ancienne et moderne, ne s’est jamais jouée seulement sur les champs de bataille. C’est comme un iceberg: les livres d’histoire nous donnent 10% de ce qui a déterminé le cours d’une guerre. 90% restent inconnus, sauf des acteurs, qui n’ont jamais écrit ce qu’ils ont fait.

Macron est un enfant de la communication moderne. Et comme il est persuadé d’être plus fort que les autres, il communique de manière intempestive. Les déclarations sur l’envoi de soldats français, c’est la volonté vaniteuse d’officialiser ce qui ne devrait pas l’être.

La guerre psychologique des Russes

Moscou a très bien compris ce qu’il pouvait tirer de l’ego macronien: à partir du moment où le président français ne respecte plus la distinction entre ce qu’on peut dire publiquement et ce qui relève des canaux discrets entre gouvernements ou entre services de renseignement, il s’agit de mettre sous pression la France, pour en faire le maillon faible de la coalition adverse.

Comme me l’indiquait ce matin un militaire bon connaisseur de ces questions: on est dans la guerre psychologique. En médiatisant le sujet, les Russes entendent mettre l’armée et le gouvernement français sous pression. Les 60 “mercenaires” sont désormais exposés et ils deviennent une cible prioritaire pour l’armée russe ou les mouvements de résistants pro-russes d’Ukraine qui luttent clandestinement contre le régime de Zelensky.

Ajoutons que l’identification de ces “mercenaires” vient sans doute d’un manque de professionnalisme de ceux qui ont conçu cette infiltration: les hommes étaient identifiables à leur uniforme; on les a entendu parler français etc….

Le même expert me disait ce matin : Si on ne veut pas les condamner à une mort quasi-certaine, il faut les exfiltrer rapidement et les redéployer ailleurs. Mais ceux qui n’ont pas su les faire entrer secrètement sauraient-ils les faire sortir discrètement ?

 

Ukraine : La folle marche de l’Histoire


Par Jean-Luc Baslé − Le 3 Juin 2024

La marche folle de l'histoire - Tuchman, Barbara Wertheim; Vierne ...Tentant de comprendre la guerre au Vietnam, l’historienne américaine Barbara Tuchman publia en 1984 un livre intitulé : « La marche folle de l’Histoire » dans lequel elle s’interrogeait sur les raisons qui conduisirent des rois ou des dirigeants, tel Montezuma, George III et bien d’autres, à poursuivre des politiques contraires à leurs intérêts vitaux en dépit d’alternatives évidentes. La guerre en Ukraine nous le remet en mémoire.

 

Pourquoi poursuivre cette guerre alors qu’une architecture européenne de paix, comme le proposa Vladimir Poutine en décembre 2021, aurait pu l’éviter ? Washington y répondit par une note brève qui en reconnaissait l’intérêt avec quelques réserves, tout en se gardant bien d’y donner suite. En conséquence, l’affrontement russo-américain par Ukraine interposé qui ne date pas de février 2021 mais du coup d’état de 2014, ourdi par Victoria Nuland, secrétaire d’état assistante pour l’Europe et l’Eurasie, prend avec le temps une dimension imprévue et tragique. Des analystes politiques s’en inquiètent. Leur inquiétude provient de la récente décision de Joe Biden d’autoriser les Ukrainiens à utiliser les missiles longue-portée qui leur sont fournis par les occidentaux, à frapper des objectifs en Russie sous réserve que ce soit des objectifs militaires. Cette restriction ne rassure guère. Dans le passé, les Occidentaux ont allègrement franchi les limites qu’ils s’étaient imposés concernant les chars, les avions de combat F-16, les missiles anti-aériens et les missiles longue-portée. Il est donc permis de penser que des objectifs civils seront aussi visés d’autant qu’il est parfois difficile de déterminer dans quelle mesure l’objectif est civil ou militaire. La guerre prendra alors une autre tournure.

L’inquiétude vient aussi des messages qu’adresse Vladimir Poutine aux Occidentaux. Dans sa conférence de presse du 28 mai, il a rappelé que les missiles longue-portée étaient contrôlés par les Occidentaux et non par les Ukrainiens. Il a ajouté que cette escalade sans fin pourrait avoir de sérieuses conséquences en Europe et dans le monde.1 Sergueï Lavrov a aussi tenu des propos peu amènes dans sa conférence du 18 mai, considérant que les Occidentaux ont fait le choix d’une confrontation sur le champ de bataille.2 En bref, les Russes nous disent ceci : nous sommes prêts à vous affronter. Leur message subliminal est plus inquiétant : nous ne bluffons pas. Nous avons les moyens non seulement de nous défendre mais aussi de vous détruire (les missiles Sarmat contiennent plusieurs missiles hypersoniques indétectables et les missiles sous-marins Poséidon peuvent provoquer des raz-de marée sur les côtes américaines). Aussi, ne faut-il pas s’étonner que les messages d’alerte en provenance de personnalités aussi connues et respectées que Paul Craig Robert,3 Gilbert Doctorow,4 M. K. Bhadrakumar,5 Jacques Baud,6 Alastair Crooke,7 etc. se soient multipliées ces derniers jours. Que nous disent-ils ? Refusant la défaite, l’Ouest a choisi l’escalade. Espérons qu’ils se trompent.

Le monde est aussi irrationnel aujourd’hui qu’il l’était au temps de la guerre au Vietnam. Barbara Tuchman le regretterait certainement, mais ne serait pas surprise.

Jean-Luc Baslé

  1. Réponses aux questions des médias suite à la visite en Ouzbékistan, Tachkent – 28 mai 2024 ↩
  2. Discours du ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie Sergey Lavrov, 18 mai 2024 ↩
  3. Sous-secrétaire au Trésor de Ronald Reagan. “Regarder Washington fomenter une guerre nucléaire”. 2 juin 2024. ↩
  4. “Capacité de première frappe : pourquoi la Russie est indifférente aux dommages causés à l’une ou l’autre installation radar au sol”, 1er juin 2024. ↩
  5. Diplomate, ancien ambassadeur de l’Inde en Turquie. “Ukraine : la Russie ne veut pas d’escalade, les États-Unis s’en chargent”. 31 mai 2024. ↩
  6. Ancien colonel de l’armée suisse, analyste stratégique. ” Ukraine : le dur chemin vers la défaite ! “ 29 mai 2024. ↩
  7. Ancien diplomate britannique. “Au bord de la dissolution : La névrose de l’Occident face à la rupture de la digue”. 27 mai 2024. ↩

 

L’Occident est bien décidé à entraîner la Russie dans une guerre chaude

par Pepe Escobar

L’avertissement du président Poutine ne pourrait être plus lapidaire :

«En cas d’utilisation d’armes à longue portée, les forces armées russes devront à nouveau prendre des décisions concernant l’extension de la zone sanitaire (…) Veulent-ils un conflit mondial ? Il semble qu’ils voulaient négocier [avec nous], mais nous ne voyons pas vraiment une volonté de le faire».

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a ensuite trouvé la métaphore appropriée pour désigner les débordements militaires de l’OTAN : Non seulement l’OTAN augmente le degré d’escalade, mais elle plonge dans une «extase» guerrière.

La situation est on ne peut plus sérieuse. «Ils», comme Poutine les a désignés, semblent bel et bien vouloir un «conflit mondial». C’est le cœur de la nouvelle stratégie suicidaire de l’«extase» de l’OTAN.

Malgré toutes leurs circonlocutions, le secrétaire de l’OTAN Jens Stoltenberg, le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Olaf Scholz ont effectivement donné leur feu vert à l’utilisation par Kiev d’armes occidentales pour des attaques au cœur de la Fédération de Russie. Le prétendu débat, toujours en cours, n’est qu’un «écran de fumée» pour le véritable objectif : un prétexte qui pourrait conduire à la Troisième Guerre mondiale.

Il n’y a aucune raison de penser que Kiev s’en tiendra à des frappes «limitées» contre des cibles relativement peu importantes. Au contraire, il est probable qu’elle vise des infrastructures de sécurité critiques dans l’espoir de provoquer une réponse russe implacable, qui à son tour ouvrirait la voie à l’invocation par l’OTAN de l’article 5 et à l’engagement de facto dans une guerre chaude.

Déjà au bord du gouffre

«L’extase» définie par Peskov est devenue incontrôlable depuis qu’un nouveau lot – secret – d’ATACMS a été expédié à Kiev au début de l’année, complété par des ATACMS à plus longue portée. Kiev les a utilisés pour frapper sérieusement les bases aériennes russes et les principaux nœuds de défense aérienne. Ces ATACMS tirent des missiles à la vitesse de Mach 3 : Un défi sérieux même pour les meilleurs systèmes de défense aérienne russes.

Tout cela semble indiquer une décision cruciale enveloppée de plusieurs couches de brouillard : Alors que l’humiliation cosmique de l’OTAN sur le sol noir de la Novorossia devient évidente jour après jour, les élites occidentales qui dirigent réellement le spectacle parient sur la provocation d’une guerre chaude totale contre la Russie.

Richard H. Black, ancien sénateur américain de Virginie, propose une analyse qui donne à réfléchir :

«C’est une continuation du schéma dans lequel les forces de l’OTAN reconnaissent qu’elles sont en train de perdre la guerre en Ukraine, avec les fragiles lignes de défense qui se brisent, et la réponse de l’OTAN est d’escalader. Il ne s’agit pas d’un accident, mais d’une action délibérée. Ce n’est pas la première attaque contre la triade nucléaire russe. Les idéologues voient leur monde s’effondrer, après avoir fait flotter le drapeau arc-en-ciel sur les pays conservateurs et [mené] des guerres perpétuelles. Ils sont affolés et pourraient recourir à la guerre nucléaire pour se sortir de ce guêpier. Ils font une série de petits pas et répondent qu’ils ne font rien en réponse. Ils continuent donc à faire des petits pas jusqu’à ce que l’un d’entre eux tombe sur une mine et que nous entrions dans la Troisième Guerre mondiale. (…) Poutine est très conscient de la déconnexion de l’Occident, qui ne cesse de dire qu’il ne fait que lancer des coups d’épée dans l’eau, mais ce n’est pas le cas – il informe l’Occident de la dangereuse réalité».

En Russie, le sénateur Dmitry Rogozin, ancien chef de Roscosmos, a directement mis en garde Washington : «Nous ne sommes pas seulement au seuil, mais déjà au bord, au-delà duquel, si l’ennemi n’est pas arrêté dans ses actions, un effondrement irréversible de la sécurité stratégique des puissances nucléaires commencera».

Le général Evgeny Buzhinky a avancé un scénario inquiétant : «Je suis sûr que si les frappes du Taurus de l’ATACMS sont très néfastes pour la Russie, alors je présume que nous frapperons au moins le centre logistique sur le territoire de la Pologne à Rzeszów» où les missiles sont préparés pour être livrés à l’Ukraine.

Dans ce cas, le lien serait irréversible : La Russie frappe la Pologne ; l’OTAN invoque l’article 5 ; Troisième Guerre mondiale.

Attention à ce que vous souhaitez

L’«extase» guerrière de l’OTAN est, comme on peut s’y attendre, enveloppée de lâcheté. Malgré toute la rhétorique 24/7 du «nous ne voulons pas d’une guerre avec la Russie», les faits montrent que l’OTAN a utilisé Kiev pour attaquer et tenter de détruire un large éventail de moyens militaires russes. On ne peut pas non plus nier le rôle de l’État profond américain pour permettre les attaques terroristes de Kiev contre les civils russes dans le Donbass, à Belgorod et ailleurs.

Compte tenu du débat sérieux qui se déroule actuellement sur plusieurs plateformes russes, tout cela pourrait constituer un prétexte raisonnable pour un largage nucléaire tactique sur le gang – légalement illégitime – de Kiev. Au moins, cela mettrait fin à une guerre qui traîne depuis trop longtemps.

Mais cela ne correspondrait pas du tout au caractère légaliste de Poutine, qui traite les questions liées à l’Armageddon avec la patience d’un moine taoïste. Pourtant, la Russie dispose d’un arsenal complet d’outils asymétriques – à la fois conventionnels et nucléaires – qui peuvent porter un coup douloureux à l’OTAN là où l’alliance s’y attend le moins.

Nous n’en sommes pas encore là, même si nous nous en rapprochons chaque jour de manière inquiétante. Dmitri Medvedev a fixé une énième ligne rouge : Une frappe américaine sur des cibles russes ou le fait que les États-Unis laissent Kiev frapper des cibles en Russie à l’aide de missiles et de drones américains constituerait le «début d’une guerre mondiale».

Et le ministre des Affaires étrangères Lavrov, faisant une fois de plus preuve de sa patience taoïste caractéristique, a dû faire un autre rappel sérieux : La Russie considérera le déploiement de F-16 à capacité nucléaire en Ukraine – qui, de facto, ne peuvent être pilotés que par des pilotes de l’OTAN – comme «un signal délibéré de l’OTAN à la Russie dans le domaine nucléaire».

Et pourtant, la bande de Dr. Strangeloves en fauteuil – grassement récompensés par la ploutocratie atlantiste raréfiée qui détient le pouvoir réel, les fonds, l’influence et le contrôle des médias de masse – n’écoute pas.

Pepe Escobar

source : Sputnik Globe

 

La Russie est sur le point de déborder les défenses de l’Ukraine – Pourquoi n’y a-t-il pas de négociations de paix ?

 


Par Brandon Smith – Le 14 mai 2024 – Source Alt-Market - Le Saker francophone

Les gouvernements ont recours à deux récits de propagande classiques lorsqu’il s’agit de maintenir l’opinion publique investie dans une campagne de guerre qui ne sert en rien leurs intérêts nationaux :

- Premièrement, il y a le mensonge de l’“engagement”, qui dit qu’une fois que l’on soutient un effort de guerre, on doit rester engagé de manière exponentielle, même si cet effort de guerre s’avère inutile. Chaque fois que le public se retire de cette guerre pour reconsidérer son objectif, il est ridiculisé pour avoir potentiellement “risqué des vies” et préparé le terrain pour la défaite. En d’autres termes, vous devez soutenir l’effort aveuglément. Vous n’êtes pas autorisé à examiner le conflit de manière rationnelle, car qui veut être blâmé pour avoir perdu une guerre ?

 

- Deuxièmement, il y a le mensonge de “l’effet domino”, qui dit que si vous permettez à un “ennemi” particulier de gagner dans un conflit, il sera automatiquement encouragé à envahir d’autres pays jusqu’à ce qu’il possède la planète entière. Il s’agit de la même affirmation que celle utilisée pour inciter la population américaine à soutenir la guerre au Viêt Nam, et elle s’avère rarement vraie. En fait, les nations qui s’engagent dans des guerres régionales ont tendance à être tellement affaiblies par les combats qu’elles n’ont pas les moyens de passer à un autre pays, même si elles le voulaient.

Aux États-Unis, nous avons entendu ces deux récits avant le récent vote du Congrès en faveur d’une aide financière et logistique supplémentaire de plusieurs milliards à l’Ukraine. Les néoconservateurs et les Démocrates ont travaillé ensemble pour faire passer le projet de loi, tandis qu’un certain nombre de vrais conservateurs se sont battus pour l’empêcher. Ces conservateurs ont été attaqués sans relâche par les médias pour avoir “aidé les Russes”, mais la réalité dont personne ne veut parler, c’est que l’Ukraine a déjà perdu la guerre.

Aucun financement supplémentaire ni aucune livraison d’armes ne les aideront, et cela n’a rien à voir avec le fait que les conservateurs remettent en question le bien-fondé des dépenses de guerre. Toute personne ayant une compréhension de base de la stratégie militaire sait que la clé de la victoire est TOUJOURS la main-d’œuvre d’abord, la logistique ensuite. Il ne s’agit pas d’une technologie ou d’un armement supérieur, ni d’une trésorerie supérieure, et encore moins d’un soutien populaire de la part d’intérêts étrangers.

C’est particulièrement vrai dans une guerre d’usure, et l’usure est en fait la méthode utilisée par la Russie pour réduire systématiquement les forces ukrainiennes. Cependant, les médias occidentaux refusent de parler de ce qui se passe réellement et se contentent de faire du battage médiatique pour l’Ukraine.

En septembre 2022, j’ai noté que le retrait russe dans le Donbass n’était pas la “retraite” que les médias occidentaux ont fait croire. De nombreuses têtes parlantes de l’establishment ont affirmé que c’était le début de la fin pour Vladimir Poutine et que les forces ukrainiennes allaient s’emparer de la Crimée dans un avenir proche.

J’ai soutenu que la Russie essayait probablement de consolider sa position alors que l’artillerie et les chars occidentaux déferlaient sur l’Ukraine. J’ai également suggéré que la Russie voulait éviter les combats urbains dans les grandes villes alors que des dizaines de milliers de mercenaires chevronnés se précipitaient sur le front depuis les États-Unis et l’Europe. J’ai prédit que le retrait russe préparait des frappes chirurgicales sur les ressources et l’infrastructure du réseau de l’Ukraine occidentale.

Le réseau ukrainien étant fortement endommagé, une grande partie de la population quitterait les villes et se dirigerait vers l’Europe jusqu’à ce que la guerre se termine. Ce n’est pas pour rien que Poutine a évité les combats majeurs dans les grands centres urbains. En chassant les civils des zones métropolitaines, la Russie pourrait plus facilement frapper l’Ukraine dans le cadre d’une offensive secondaire sans risquer d’importants dommages collatéraux sous la forme de victimes civiles. C’est exactement ce qui s’est passé.

Près de 7 millions d’Ukrainiens ont quitté le pays au cours des deux dernières années, et 6 millions d’autres ont été déplacés (principalement des grandes villes). Actuellement, la Russie s’efforce d’expulser les civils de Kharkiv, la deuxième ville d’Ukraine, et elle y parviendra probablement compte tenu de son élan et de la destruction des ressources en eau et en électricité. Une fois les civils évacués, une attaque plus agressive pourra être lancée.

La Russie utilise une “bulle d’artillerie” pour protéger les forces terrestres lorsqu’elles avancent. En d’autres termes, les troupes n’attaquent que dans la mesure où l’artillerie peut les protéger. L’artillerie est vitale pour une offensive de grande envergure. Par coïncidence, la Russie a doublé ses importations de matériaux explosifs couramment utilisés pour l’artillerie au cours des derniers mois. Elle produirait aujourd’hui trois fois plus d’obus d’artillerie que l’OTAN n’en fournit à l’Ukraine.

Les principaux analystes affirment que la poussée vers Kharkiv pourrait être une feinte, permettant à la Russie d’augmenter la taille de sa zone tampon. Ils continuent d’affirmer que la Russie ne dispose pas des forces nécessaires pour une offensive majeure. Je dirais que cela dépend de la faiblesse réelle des lignes de défense de l’Ukraine. La Russie utilise régulièrement des mouvements de pince à grande échelle pour envelopper les positions défensives et les détruire.

Rien qu’au cours des deux dernières semaines, la Russie a gagné un terrain considérable. Les troupes russes ont récemment réalisé des avancées confirmées au nord-ouest de Svatove (Oblast de Louhansk), près d’Avdiivka (Oblast de Donetsk), à Robotyne (Oblast de Zaporizhzhya) et sur la rive est (gauche) de l’Oblast de Kherson, a rapporté le 6 mai le groupe de réflexion américain Institute for the Study of War (Institut pour l’étude de la guerre). La raison en est relativement simple : l’Ukraine manque de main-d’œuvre pour mettre en place une défense efficace en profondeur. Tous les rapports provenant du front confirment cette théorie.

En d’autres termes, les lignes défensives de l’Ukraine ne sont qu’une façade, sans positions secondaires ni tranchées pour bloquer les percées russes. Une fois que les Russes ont coupé la ligne principale, plus rien ne les empêche de gagner de grandes étendues de terrain. Certains analystes ont attribué cette évolution au manque de prévoyance ou de préparation stratégique des Ukrainiens, mais je dirais qu’ils n’ont tout simplement pas assez de personnel pour défendre plus qu’une seule ligne avancée.

Ma position est étayée par de nombreux rapports sur les luttes désespérées du gouvernement avec la conscription. Au cours des six derniers mois, l’âge moyen des recrues ukrainiennes était de 43 ans. Cela signifie que le recrutement des jeunes diminue, soit parce que les jeunes ne veulent pas se battre et évitent la conscription en quittant le pays, soit parce qu’ils sont trop nombreux à être décédés.

Le problème de la conscription a été occulté par les médias occidentaux pendant de nombreux mois, mais même les plateformes d’information institutionnelles commencent à admettre qu’il y a un grave manque de nouvelles recrues. Les combattants de la ligne de front se plaignent depuis des mois qu’ils ont besoin d’être éloignés des tranchées et de se reposer.

Un autre mauvais signe est le fait que l’Ukraine a utilisé des soldats des forces spéciales pour le travail dans les tranchées. Ces unités sont entraînées spécifiquement pour la guerre asymétrique de frappe et de fuite, et non pour rester assises dans des trous de boue en attendant que les frappes d’artillerie pleuvent sur leurs positions fixes et exposées. Cela semble être de la pure stupidité, mais c’est logique si l’Ukraine est réellement à court de personnel pour tenir sa seule ligne de défense.

La dissimulation des pertes massives est un point que j’ai mentionné dans des articles précédents sur la guerre et je pense qu’il mérite d’être répété : Les faucons de guerre occidentaux continuent de prétendre qu’il sera “moins coûteux” d’utiliser les soldats ukrainiens pour combattre la Russie que de mener une guerre plus vaste en mettant en jeu des vies américaines et européennes.

La sociopathie qui sous-tend ce raisonnement est inquiétante. Le manque de main-d’œuvre en Ukraine ne peut être résolu. C’est le produit d’une mort sans fin payée avec l’argent de nos impôts. L’OTAN a prolongé les combats avec des fonds et des armes, mais pas pour gagner, seulement pour sacrifier davantage de personnes dans un conflit sanglant que l’Ukraine est destinée à perdre.

Leur argument suppose également que les Américains et les Européens vont se lancer aveuglément dans une guerre contre la Russie en relançant le service militaire. Je ne sais pas ce qu’il en est des Européens, mais je sais pertinemment que la plupart des Américains n’adhéreront pas à cette idée et qu’ils refuseront l’appel sous les drapeaux. La majorité du public américain ne veut même pas envoyer d’aide supplémentaire à l’Ukraine ; ils ne vont certainement pas aller mourir pour l’Ukraine. L’arrogance des faucons de guerre est stupéfiante.

La conclusion est la suivante : L’Ukraine est sur le point d’être envahie. Elle n’avait pas les effectifs nécessaires pour lancer une contre-offensive efficace. Elle n’a pas les moyens d’établir une défense en profondeur. Et elle utilise ses soldats les plus aguerris comme chair à canon dans les tranchées.

Cette dynamique exige que des solutions diplomatiques soient envisagées, mais personne ne semble en parler. Pourquoi ?

Comme je l’ai théorisé dans mon article intitulé La troisième guerre mondiale est désormais inévitable – voici pourquoi elle ne peut être évitée, le plan sous-jacent pourrait bien être d’essayer de forcer les Américains et les Européens à accepter une guerre de plus en plus étendue avec la Russie. Le public occidental a été bombardé de mensonges sur la capacité de l’Ukraine à gagner ; lorsqu’elle perdra, les gens seront choqués et révoltés par le résultat.

Peut-être les élites espèrent-elles que la population sera tellement furieuse de cette défaite qu’elle se ralliera à un effort de guerre plus important de la part de l’OTAN ? Le gouvernement français a déjà affirmé qu’il était prêt à envoyer des troupes en Ukraine dans le cadre d’une confrontation directe avec la Russie, tandis que la Lituanie et la Pologne ont déclaré qu’elles n’excluaient pas cette possibilité.

L’heure est aux négociations de paix, AVANT que l’Ukraine ne soit envahie. Cela se produira-t-il ? Probablement pas.

Mais lorsque la diplomatie est complètement écartée de la table, la seule conclusion à laquelle nous pouvons aboutir est qu’une guerre plus importante est souhaitée. Et lorsqu’une guerre plus importante est souhaitée, nous devons également conclure que nos dirigeants ont quelque chose de substantiel à gagner en mettant le monde en danger.

Vous pouvez être du côté de l’Ukraine, vous pouvez être du côté de la Russie, vous pouvez ne pas vous soucier de l’un ou l’autre camp, mais il est indéniable que cette guerre est intensifiée par des intérêts particuliers et nous devons nous demander pourquoi.

Brandon Smith

Traduit par Hervé, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

Comment vendre un cadavre


Par Dmitry Orlov – Le 30 Mai 2024 – SourceS : Club Orlov et le Saker francophone

Aujourd’hui, même les ampoules les plus sombres du monde de la politique, du journalisme et des groupes de réflexion américains et européens ont compris que le projet ukrainien est aussi mort qu’un piquet de clôture. Et pourtant, les journalistes doivent remplir l’espace avec du verbiage afin de passer des publicités, les groupes de réflexion doivent prétendre que leurs groupes de réflexion ont encore du jus d’esprit magique à vendre et, surtout, les politiciens doivent trouver un moyen de se faire réélire, ou du moins de ne pas se faire jeter au sol et frapper dans les côtes, de manière répétée et de droite comme de gauche, par leurs électeurs sans cesse frustrés et exaspérés.

 

Comment peuvent-ils compenser le résultat infiniment triste de l’injection sans fin d’argent et d’armes dans le régime stupidement corrompu de Kiev ? À l’heure actuelle, l’Ukraine n’a plus d’industrie, une armée en grande partie détruite et un système politique composé d’un seul parti appelé « Serviteur du peuple », éponyme de la sitcom dans laquelle l’ancien président ukrainien Vladimir Zelensky a joué avant de devenir président. Mais sa carrière d’acteur est terminée depuis longtemps, tout comme sa carrière politique, maintenant que son mandat présidentiel de cinq ans s’est achevé le 20 mai de cette année. Il n’est plus qu’un squatteur du bureau présidentiel.

L’Ukraine est en faillite. Il lui manque environ la moitié de sa population, qui a désormais décidé d’être russe ou s’est dispersée en Europe. Son réseau énergétique a peu de chances de survivre à l’hiver prochain. La plupart de ses hommes en âge de servir dans l’armée sont morts. Le pays est un cadavre en décomposition et il est désormais infesté de vers : Une sous-culture florissante de personnes qui fournissent des informations stratégiquement importantes aux Russes dans le but de s’attirer leurs bonnes grâces.

Un exemple concret : Hier encore, un tir de roquette russe a démoli un centre souterrain récemment reconstruit à grands frais, dans lequel des pilotes ukrainiens de F-16 étaient formés à leurs missions par du personnel essentiellement belge et néerlandais. Les détails de leur mission ont été divulgués en même temps que tout le reste : Un escadron de F-16 décollait d’un aérodrome en Pologne, atterrissait en Ukraine pour se ravitailler, puis volait dans l’espace aérien russe pour lancer des roquettes. Après le tir de la roquette russe, le site était jonché de plusieurs centaines de cadavres et des centaines de blessés graves étaient évacués vers la Pologne et l’Allemagne. Ce n’est qu’un exemple particulièrement frappant, mais il y en a beaucoup d’autres : La quasi-totalité de l’armée ukrainienne, y compris au moins une douzaine d’officiers de haut rang de l’armée ukrainienne, sont désireux de faire bon ménage avec la partie russe en prévision de ce qui se prépare. Très peu d’entre eux sont assez stupides pour vouloir mourir pour Zelensky, le cadavre politique en chef.

Note du Saker Francophone

Depuis quelques temps, des gens indélicats retraduisent “mal” en anglais nos propres traductions sans l’autorisation de l’auteur qui vit de ses publications. Dmitry Orlov nous faisait l’amitié depuis toutes ses années de nous laisser publier les traductions françaises de ses articles, même ceux payant pour les anglophones. Dans ces nouvelles conditions, en accord avec l’auteur, on vous propose la 1ere partie de l’article ici. Vous pouvez lire la suite en français derrière ce lien en vous abonnant au site Boosty de Dmitry Orlov.

Dmitry Orlov

Soutenez mes efforts sur https://boosty.to/cluborlov.

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateurs de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Il vient d’être réédité aux éditions Cultures & Racines.

Il vient aussi de publier son dernier livre, The Arctic Fox Cometh.

Traduit par Hervé, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

Les Occidentaux entendent-ils les menaces nucléaires de la Russie ?

Source : Le Courrier des Stratèges - par Edouard Husson - Le 31/05/2024.

Ukraine: Les Occidentaux entendent-ils les menaces nucléaires de la Russie?

 

L’armée russe vient de frapper avec des missiles Kinjal, un camp militaire en Ukraine, dans la région de Lvov, où se trouvaient, entre autres groupes, des militaires occidentaux. Cette frappe doit être vue comme un avertissement au moment où Washington et ses alliés européens rivalisent de déclarations agressives et encouragent ouvertement les Ukrainiens à des tirs sur le territoire russe. Sera-t-elle comprise ou bien la dynamique nihiliste occidentale est-elle inarrêtable? Sommes nous entraînés vers une guerre avec la Russie faute qu’il y ait encore une raison d’Etat occidentale?

Selon Drago Bosnic dans Infobrics:

L’armée russe vient d’expliquer très clairement pourquoi il en est ainsi. Elle vient en effet d’effectuer un tir de missile hypersonique sur le tristement célèbre camp d’entraînement de Yavoriv, réputé pour accueillir diverses unités néonazies et des mercenaires étrangers, ainsi que du personnel de l’OTAN. Situé dans la région de Lvov, à l’extrême ouest du pays, Yavoriv n’est qu’à 15 km de la frontière polonaise et a servi de plaque tournante pour le transfert de main-d’œuvre, d’armes et d’équipements aux forces du régime de Kiev.
Selon des sources militaires russes, un grand nombre de membres du personnel de l’OTAN étaient présents sur le site de Yavoriv, ainsi que dans d’autres camps de la région, notamment à Stryi, Dubliany et Drogobych, tous situés dans l’oblast (région) de Lvov. Le nombre exact de victimes n’a pas encore été révélé, mais des sources indiquent qu’au moins 300 soldats ont été neutralisés. L’attaque a été menée par les forces aérospatiales russes (VKS), qui ont dépêché leurs chasseurs d’attaque MiG-31K ultrarapides et de haut vol, armés des désormais légendaires systèmes de missiles hypersoniques 9-A-7660 « Kinzhal ».

Infobrics, 30 mai 2024

L’explication de texte par le gouvernement russe

Pepe Escobar rapporte ce qu’ont déclaré le président Poutine et le Porte-parole du Kremlin, Dimitri Peskov:

L’avertissement du président Poutine ne pourrait pas être plus clair : « En cas d’utilisation d’armes à longue portée, les forces armées russes devront à nouveau prendre des décisions sur la poursuite de l’extension de la zone d’exclusion (…) Veulent-ils un conflit mondial ? Il semblait qu’ils voulaient négocier [avec nous], mais nous ne voyons pas un grand désir de le faire ».

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a ensuite trouvé la métaphore appropriée pour désigner les débordements militaires accrus de l’OTAN : L’OTAN ne fait pas qu’augmenter le degré d’escalade, elle tombe dans une « extase » guerrière.

Cela ne peut pas être plus sérieux. « Ils », comme l’a laissé entendre Poutine, semblent en effet vouloir un « conflit mondial ». C’est le cœur de la nouvelle stratégie suicidaire d’« ecstasy » de l’OTAN.

Canal Telegram de Pepe Escobar

Pour ceux, en Occident, qui n’auraient toujours pas compris, voici ce qu’écrit Dimitri Medvedev:

Les pays occidentaux qui ont prétendument « approuvé l’utilisation » de leurs armes à longue portée sur le territoire russe (qu’il s’agisse d’anciennes ou de nouvelles parties de notre pays) doivent bien comprendre ce qui suit :

  1. Tous les équipements militaires et les spécialistes qui luttent contre nous seront détruits à la fois sur le territoire de l’ancienne Ukraine et dans d’autres pays si des attaques sont lancées à partir de là contre le territoire de la Russie.
  2. La Russie part du principe que tous les systèmes de frappe à longue portée utilisés par l’ancienne Ukraine sont déjà directement exploités par le personnel militaire de l’OTAN. Il ne s’agit pas d’une « assistance militaire », mais d’une participation à la guerre contre nous. De telles actions peuvent très bien devenir un casus belli.
  3. L’OTAN devra décider comment classer les conséquences d’éventuelles frappes de représailles sur les équipements/objets/personnel militaire des différents pays membres dans le contexte des articles 4 et 5 du traité de Washington.

Selon toute vraisemblance, les dirigeants de l’OTAN veulent faire croire qu’il s’agit de décisions souveraines de pays individuels de l’Alliance de l’Atlantique Nord de soutenir le régime de Kiev, et qu’il n’y a aucune raison d’appliquer la règle du traité de 1949 sur l’autodéfense collective dans ce cas.

Il s’agit là d’idées fausses dangereuses et nuisibles. Une telle « assistance individuelle » des pays de l’OTAN contre la Russie, qu’il s’agisse de contrôler leurs missiles de croisière à longue portée ou d’envoyer un contingent de troupes en Ukraine, constitue une grave escalade du conflit. L’ancienne Ukraine et ses alliés de l’OTAN recevront une réponse d’une telle force destructrice que l’Alliance elle-même ne pourra tout simplement pas s’empêcher d’être entraînée dans le conflit.

Les retraités de l’OTAN ont beau clamer haut et fort que la Russie n’utilisera jamais d’armes nucléaires non stratégiques contre elle, en Ukraine, et plus encore dans les différents pays de l’OTAN, la vie est bien pire que leur raisonnement frivole.
Il y a quelques années, ils ont insisté sur le fait que la Russie n’entrerait pas dans un conflit militaire ouvert avec le régime de Bandera, afin de ne pas se brouiller avec l’Occident. Ils se sont trompés. Une guerre est en cours.

L’utilisation d’armes nucléaires tactiques peut également être mal calculée. Mais ce serait une erreur fatale. Après tout, comme l’a fait remarquer à juste titre le président de la Russie, les pays européens ont une très forte densité de population. Et pour les pays ennemis dont les terres sont plus éloignées que la zone de couverture des armes nucléaires tactiques, il existe enfin un potentiel stratégique.

Et il ne s’agit pas, hélas, d’intimidation ou de bluff nucléaire. Le conflit militaire actuel avec l’Occident se déroule selon le pire scénario possible. On assiste à une escalade constante de la puissance des armes de l’OTAN applicables. Par conséquent, personne ne peut exclure aujourd’hui le passage du conflit à sa phase finale.

Canal Telegram de Dimitri Medvedev (russophone)

Est-il besoin de commenter ce qui est tout à fait explicite ?

 

Ukraine : La Russie ne veut pas d’escalade mais les États-Unis en veulent


Par M.K. Bhadrakumar – Le 31 mai 2024 – Source Indian Punchline - Le Saker francophone

La guerre par procuration entre les États-Unis et la Russie se trouve à un nouveau point d’inflexion. Le champ de bataille se déplace radicalement vers le territoire russe, ce qui est sans précédent, même pendant la guerre froide. L’évolution de la situation constituera un événement capital dans la politique du XXIe siècle. 

Trois questions fondamentales se posent ici. Premièrement, la stratégie de l’OTAN pour l’avenir, étant donné que l’Occident réalise qu’il n’est pas possible que la Russie soit vaincue en Ukraine ; deuxièmement, la crise constitutionnelle à Kiev, le mandat présidentiel de Vladimir Zelensky ayant pris fin le 21 mai ; et, troisièmement, les intentions de la Russie, qui sont au cœur de tout cela.

 

Certes, l’OTAN et l’UE révisent leur stratégie, tandis que la Russie espère conserver « une longueur d’avance » sur l’Occident, comme l’a déclaré le président Vladimir Poutine.

La Russie n’est pas intéressée par une escalade, car elle se débrouille bien avec une simple guerre d’usure contre l’Ukraine. Jusqu’à présent, la Russie a contré efficacement la « Mission Creep » des États-Unis, qui consiste à faire pression sur les limites qu’ils se sont imposées en matière d’aide à l’Ukraine et, finalement, à les franchir.

La grande question aujourd’hui est de savoir comment on peut interpréter l’affirmation de l’administration Biden – déclarée par le Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche, le département d’État et le Pentagone – disant qu’elle n’est pas favorable à l’utilisation d’armes occidentales par Kiev pour attaquer le territoire russe d’avant-guerre.

Un schéma bien établi s’est mis en place : lorsque Washington déclare qu’un système d’armement avancé est interdit à l’Ukraine, il s’avère en fait que Kiev n’a qu’à s’asseoir pendant quelques mois en attendant que Biden franchisse la ligne rouge qu’il s’était lui-même imposé.

La Russie ne considérera donc pas cela comme le dernier mot de Washington. Curieusement, le terrain est préparé pour lever le tabou, les Républicains du Congrès et le secrétaire d’État Blinken pressant la Maison Blanche de donner son feu vert. Le New York Times et le Washington Post rapportent que ce n’est qu’une question de temps avant que l’administration ne cède à la bénédiction formelle des Américains pour accélérer les frappes sur la Russie. (ici et ici)

Le New York Times et le Guardian ont fait état jeudi d’un changement de position des États-Unis qui permet désormais à l’artillerie ukrainienne fournie par les États-Unis de riposter aux batteries russes à la frontière russe depuis la région de Kharkov et de cibler les concentrations de forces russes massées à la frontière dans la région russe de Belgorod.

Entre-temps, une nouvelle phase est sur le point de commencer pour conclure la bataille du Donbass, qui, même après deux ans, reste inachevée. Les centres militaires ukrainiens retranchés dans la région – Pokrovsk, Kramatorsk et Slovyansk – menacent toujours le sud de l’oblast de Donetsk.

De même, Volchansk, à la frontière russe, face à la ville de Belgorod et à Kupyansk, qui est également un important point logistique et un nœud ferroviaire (près de 20 lignes de chemin de fer se croisent dans la ville, la moitié d’entre elles allant directement en Russie), est une épine dans la chair de la région frontalière de la Russie.

Les Russes ont ouvertement déclaré que les raids répétés de la région de Kharkov sur la ville de Belgorod et ses environs devaient être contrés par la création d’une « zone de sécurité ». Poutine lui-même en a parlé dès le mois de mars.

D’après les indications actuelles, les opérations russes sont dirigées vers deux villes ukrainiennes proches de la frontière – Volchansk et Lypsti. La Russie pourrait étendre le front en faisant une incursion dans l’oblast de Sumy, mais tout effort sérieux pour capturer Sumy ou Kharkov semble peu probable à ce stade.

Dans une analyse incisive, le célèbre observateur de la Russie, Big Serge, a écrit la semaine dernière : « L’objectif principal de ces fronts sera de fixer les réserves ukrainiennes sur place et de dénuder la capacité de l’Ukraine à réagir sur d’autres fronts. Cette guerre ne sera pas gagnée ou perdue à Kharkov, mais dans le Donbass, qui reste le théâtre décisifIl semble que nous soyons actuellement dans la phase de préparation et de formation d’une offensive d’été russe dans le Donbass, qui (probablement entre autres) comprendra une offensive russe sur la ville de Konstyantinivka. Il s’agit de la dernière grande zone urbaine qui protège l’avancée vers Kramatorsk-Slovyansk depuis le sud (en rappelant que ces villes jumelles constituent l’objectif final de la campagne russe dans le Donbass) ».

L’offensive estivale russe attendue

Poutine a vivement réagi aux récentes attaques par procuration contre les actifs stratégiques de la Russie avec des armes occidentales à l’intérieur de son territoire. Il a prévenu que « cette escalade sans fin peut avoir de graves conséquences ».

Selon lui,

les armes de précision à longue portée ne peuvent être utilisées sans reconnaissance spatiale… la sélection de la cible finale et ce que l’on appelle la mission de lancement ne peuvent être effectués que par des spécialistes hautement qualifiés qui s’appuient sur ces données de reconnaissance, des données de reconnaissance technique.

Pour certains systèmes d’attaque, comme Storm Shadow, ces missions de lancement peuvent être mises en place automatiquement, sans qu’il soit nécessaire de faire appel à des militaires ukrainiens… Le lancement d’autres systèmes, comme ATACMS, par exemple, repose également sur des données de reconnaissance spatiale, les cibles sont identifiées et communiquées automatiquement aux équipages concernés, qui ne se rendent peut-être même pas compte de ce qu’ils sont en train de mettre en place. Un équipage, peut-être même un équipage ukrainien, met alors en place la mission de lancement correspondante. Toutefois, la mission est élaborée par des représentants des pays de l’OTAN, et non par l’armée ukrainienne.

Ces représentants des pays de l’OTAN, en particulier ceux qui sont basés en Europe, notamment dans les petits pays européens, devraient donc garder à l’esprit que leurs pays sont petits et densément peuplés, ce qui est un facteur à prendre en compte avant qu’ils ne commencent à parler de frappes en profondeur sur le territoire russe. Il s’agit d’une question sérieuse et, n’en doutez pas, nous la suivons de très près.

Poutine a souligné que

si l’Europe devait faire face à ces graves conséquences, que feraient les États-Unis, compte tenu de la parité de nos armes stratégiques ? C’est difficile à dire. Cherchent-ils à déclencher un conflit mondial ? Je pense qu’ils voulaient se mettre d’accord sur les armes stratégiques… Nous attendrons de voir ce qui se passera ensuite.

Toutefois, de plus en plus de signes indiquent que l’administration Biden a peut-être simplement mis en veilleuse l’idée d’utiliser des armes occidentales à longue portée pour détruire les atouts stratégiques de la Russie à l’intérieur de son territoire jusqu’à la fin du sommet de l’OTAN à Washington (du 9 au 11 juillet), afin de garder le troupeau uni.

De même, Joe Biden pourrait estimer qu’il est plus opportun d’attiser les tensions avec la Russie que de laisser le terrain de la politique étrangère au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui pourrait débarquer à Washington pour s’adresser aux législateurs. Le conseiller israélien à la sécurité nationale, Tzachi Hanegbi, a déclaré mercredi à la chaîne publique israélienne Kan que « nous nous attendons à sept mois de combats supplémentaires » à Gaza. Les Républicains considèrent déjà le Moyen-Orient comme la plus grande gaffe de Biden en matière de politique étrangère. C’est là que réside le véritable risque.

Il y a une cohérence remarquable dans les propos russes selon lesquels la profondeur de la zone tampon de sécurité proposée le long des frontières occidentales dépendra entièrement de considérations de sécurité. Le vice-président du conseil de sécurité russe, Dmitri Medvedev, a récemment déclaré explicitement que la zone de sécurité pourrait non seulement inclure Kiev, mais aussi s’étendre jusqu’à la frontière polonaise si l’Occident envoie à Kiev des armes à longue portée. Mardi, Poutine a remis en question la légitimité du maintien de Zelensky au pouvoir à Kiev après la fin de son mandat présidentiel le 21 mai.

La balle est dans le camp de Biden. Mais les signes ne sont pas bons. L’Allemagne, qui est le plus proche allié européen des États-Unis, change apparemment de tactique et déclare désormais que « l’action défensive de l’Ukraine ne se limite pas à son propre territoire, mais [peut] également être étendue au territoire de l’agresseur ».

Le porte-parole de la chancelière a déclaré que la position précédente de Berlin, selon laquelle l’Ukraine n’utiliserait pas d’armes allemandes sur le sol russe, était « une déclaration de situation » qui était vraie à ce moment-là, mais qui ne s’appliquait pas nécessairement à l’avenir. Il a refusé de révéler les accords précis conclus entre Berlin et Kiev sur l’utilisation des armes allemandes.

M.K. Bhadrakumar

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

Ukraine : L’escalade suicidaire