AFFAIRE "AUDIN"


Eléments d'information et de réflexion du président de l'ASAF

 

Il n’entre pas dans les attributions de l’ASAF de prendre position sur le bien fondé de la décision du président de la République d’avoir reconnu, le 13 septembre, la responsabilité de l’État dans la mort du Français Maurice Audin, membre du Parti communiste algérien (PCA), d’autant que les circonstances exactes de sa disparition constatée le 21 juin 1957 ne sont toujours pas connues.
En revanche, dans le cadre de sa contribution à la compréhension de l’histoire nationale et en particulier des conditions de l’engagement de son armée, l’ASAF estime de son devoir d’apporter aux citoyens français des éléments permettant de replacer cet événement dans son contexte trop souvent ignoré, en particulier la mission de lutte antiterroriste que le gouvernement socialiste de l’époque lui avait confiée.

 

Contexte 



1- L’URSS et les partis communistes


En 1957, la France est en pleine Guerre froide ; l’Europe est coupée en deux par le rideau de fer. L’URSS, qui vient d’écraser le soulèvement des ouvriers et des étudiants hongrois à Budapest (en 1956), est l’ennemie du monde libre.
L’Union soviétique bénéficie du soutien des partis communistes du monde entier pour appuyer son expansionnisme qui se manifeste notamment à travers les guerres de Corée et d’Indochine.
Le Parti communiste français (PCF) est alors un allié particulièrement zélé du régime totalitaire de Moscou. Certains de ses membres ont participé au sabotage de l’armement et des munitions destinés à nos soldats qui se battaient en Indochine.
L’universitaire français Georges Boudarel est même allé jusqu’à rejoindre le Vietminh et y devenir commissaire politique dans ses camps de prisonniers où le taux de mortalité était de 75%, soit un taux comparable à celui des camps de déportation nazis.
À plusieurs reprises des militants syndicalistes de la CGT du port de Marseille ont agressé verbalement des soldats blessés, rapatriés d’Indochine.

En Algérie, l’aspirant Maillot, membre et militant du PCF a été appelé sous les drapeaux en 1955. Affecté au 504e  bataillon du train à Miliana, il a déserté en emportant avec lui une cargaison d’armes qu’il a livré au FLN. Puis il a constitué « un maquis rouge » avec d’autres déserteurs. Son aventure s’est terminée le 5 juin 1956 quand il a trouvé la mort lors d’une opération de l’armée française.

 

2- L’armée française


Elle se bat sans interruption depuis 1939. La plupart de ses chefs présents en Algérie ont combattu dans la Résistance, au sein des Forces françaises libres ou de l’armée d’Afrique du général de Lattre. 
Le général Jacques Massu était aux côtés du général Leclerc de Koufra à Berchtesgaden au sein de la 2e DB ; de nombreux officiers des régiments parachutistes qui vont être engagés dans la bataille d’Alger ont été parachutés dans les maquis et ont conduit des opérations contre les troupes allemandes. Certains ont même été déportés dans les camps nazis.
La plupart des cadres officiers et sous-officiers ont combattu en Indochine. Ils y ont découvert la guerre révolutionnaire, l’idéologie communiste et le système totalitaire marxiste.

 

3- La guerre d’Algérie

Elle est déclenchée le 1er novembre 1954 par une série d’attentats dont le meurtre par le FLN d’un jeune couple d’enseignants français.
La situation sécuritaire se dégradant, le gouvernement de l’époque envoie des troupes en renfort qui conduisent des opérations de maintien de l’ordre puisque « l’Algérie c’est la France » (déclaration du ministre de l’Intérieur François Mitterrand).
Le 20 août 1955, la ville de Philippeville est l’objet d’une tentative d’insurrection violente de la part du FLN heureusement déjouée grâce à des renseignements recueillis peu de temps avant. En revanche le même jour un véritable carnage d’une bestialité inouïe se déroule dans la carrière d’El Halia où périssent 35 hommes, femmes et enfants dans des conditions atroces..
Devant le renforcement du dispositif militaire décidé par le gouvernement, le FLN fonde alors l’essentiel de son action sur l’action terroriste afin d’exacerber les tensions entre les communautés de souches européenne et nord-africaine.

 

4- La bataille d’Alger

 

Fin 1956, c’est Alger qui devient la cible du FLN en vue de donner à son action une résonance internationale. Plusieurs attentats se déroulent chaque jour. Le 13 novembre, Fernand Yveton, militant du PCA et employé à Électricité-Gaz d’Algérie, dissimule une bombe et l’amorce dans le vestiaire  de l’usine à gaz ; elle est heureusement découverte et Yveton est arrêté. Les attentats continuent de se multiplier.

Les forces de sécurité s’avérant impuissantes à faire face à cette offensive terroriste sanglante de grande ampleur, le gouvernement socialiste du moment donne au général Jacques Massu, commandant la 10e division parachutiste, l’ordre de rétablir la sécurité à Alger et d’éradiquer l’organisation terroriste du FLN.
4 régiments parachutistes sont déployés dans la ville et mènent un combat méthodique pour identifier les réseaux terroristes et éliminer leurs membres. Ceux-ci agissent en civil ; leurs actions tuent et estropient indistinctement hommes, femmes et enfants, qu’ils soient musulmans ou européens.

Le 3 juin 1957, trois lampadaires piégés situés près des arrêts de trolleybus explosent à l’heure de la sortie des bureaux et écoles faisant 8 morts, dont 3 enfants, et une centaine de blessés. 
Le 9 juin, une bombe explose sous l’estrade de l’orchestre du Casino de la Corniche, dancing situé à 10 km à l’est d’Alger, faisant 9 morts et 85 blessés.

Le lendemain, le docteur Hadjadj, membre important du PCA, est arrêté. On trouve dans ses papiers le nom de Maurice Audin ; il révèle spontanément  que celui-ci, professeur de mathématiques, est un cadre du PCA et  qu’il met sa demeure, dont il donne l’adresse, à la disposition du parti pour y loger des agents, donc éventuellement ceux du service action du parti. Maurice Audin est arrêté le lendemain et interrogé. Il disparaît le 21 juin.

A l’issue de la bataille d’Alger, qui s’est déroulée du 7 janvier au 8 octobre 1957, les réseaux terroristes du FLN sont éradiqués. La sécurité revient à Alger.

 

Réflexions

L’armée a pour première raison d’être de protéger les Français en particulier les plus faibles - femmes, enfants, vieillards - et éviter que des vies innocentes soient broyées par des attentats aveugles.

Hier

  • Les régiments du général Massu ont reçu la mission antiterroriste du gouvernement car les forces de sécurité n’étaient plus en mesure de faire face à cette vague de terreur dans la ville d’Alger.
  • La question à laquelle durent répondre les forces françaises pendant cette bataille contre la terreur a été : comment éviter les bains de sang, et donc neutraliser les terroristes dans les meilleurs délais ?
  • Il y a eu la terreur du FLN soutenu par les partis communistes français et algérien et les « porteurs de valises », tous collaborateurs. 
    Il y a eu des soldats français, appelés comme engagés, pour combattre le FLN et notamment les poseurs de bombes.
  • Un terroriste peut-il poser ses bombes en toute impunité, et ne risquer ni la souffrance, ni la mort alors que le soldat qui se bat dans le djebel en uniforme risque la mort au combat et la blessure qui le fera souffrir toute sa vie ?

Aujourd’hui

  • Les Français peuvent-ils accepter aujourd’hui que le seul survivant des attentats de Paris n’ait pas été interrogé pour obtenir immédiatement après son arrestation les renseignements concernant le réseau auquel il appartenait, et des aveux qui auraient retiré une partie de la souffrance des victimes ?
  • Est-il tolérable que le complice des massacreurs du Bataclan soit incarcéré dans des conditions matérielles confortables pour un coût annuel de plus de 200 000 € financés par les contribuables français dont certains proches des victimes de ces attentats ? 
    Une double peine pour les victimes !
  • Enfin si Paris, Marseille et Toulouse étaient quotidiennement l’objet de plusieurs attentats meurtriers et que les forces de sécurité intérieures étaient débordées, quel gouvernement refuserait d’utiliser tous les moyens pour éliminer les terroristes ?

 

Maintenant, et en évitant d’écouter les commentaires d’ignorants ou de personnes n’ayant jamais été confrontés directement à des actes terroristes, chacun doit exercer son jugement sur :
-  Maurice Audin, complice actif des terroristes du FLN, 
-  l’action des forces françaises qui ont rempli la mission confiée par le gouvernement et sauvé des centaines de vies innocentes, 
-  les véritables raisons qui ont conduit le président de la République à présenter Maurice Audin comme une victime de l’État français.

 

 


Henri PINARD LEGRY
Président de l’ASAF

 

Source : https://www.asafrance.fr/item/affaire-maurice-audin-elements-d-information-et-de-reflexion-du-president-de-l-asaf.html


Mort de Maurice Audin : "Il ne faut pas réécrire l'Histoire avec des sentiments d'aujourd'hui"

...par Catherine Nay - le 15/09/2018.

 

Ce samedi, Catherine Nay décrypte le choix d'Emmanuel Macron de reconnaître "la responsabilité de l'Etat" dans la mort de Maurice Audin.

 

 

Bonjour Catherine,

Bonjour Bernard, bonjour tout le monde

Au nom de la République, le Président Macron a reconnu jeudi que Maurice Audin avait été torturé à mort par des militaires. Il a rendu visite à sa veuve et rappelé dans une lettre que des pouvoirs spéciaux avaient été accordés au militaire par un vote. Et qu'un système a été le terreau d'actes terribles. Un geste historique ?

Jamais un Président n'était allé aussi loin sur le sujet. Ce geste était attendu depuis 61 ans pas la famille du mathématicien. Retour en arrière : le 11 juin 1957, en pleine bataille d'Alger, des parachutistes arrêtent à son domicile Maurice Audin, 25 ans, professeur à l'Université de sciences d'Alger. Il est 23 heures, il est le père de trois enfants, âgés de 3 ans, 18 mois et 1 mois. Sa femme ne le reverra plus. Quand elle interrogera les autorités, on lui dira qu'il s'est évadé et évaporé dans la nature. Mais on ne l'a jamais retrouvé. Depuis 50 ans, des historiens comme Pierre Vidal Naquet et des journalistes, à l'instar d'Henri Alleg racontaient une autre histoire : Audin était mort sous la torture.

Ce n'est qu'en 2014 que François Hollande reconnaîtra qu'il était mort en détention. Et il était venu à Alger inaugurer une place qui porte son nom. Car Maurice Audin est un martyr, un héros, pour les Algériens.

Par son geste, le Président entend contribuer à réconcilier la vérité historique avec la vérité officielle.

Très bien, mais il faut regarder l'Histoire en face, et ne pas être borgne. La vérité, c'est d'abord de rappeler le contexte. Maurice Audin était un militant anti-colonialiste, du parti communiste algérien, qui fabriquait des bombes pour le FLN. Audin était en délicatesse avec le parti communiste français qui, jusqu'en 1957, ne voulait pas entendre parler d'indépendance de l'Algérie. Que faisait-il ? Il distribuait des tracts, hébergeait des amis en cavale, ces amis-là étaient-ils des poseurs de bombes ? On était en pleine bataille d'Alger. Depuis plus d'un an, la ville vivait dans une angoisse indescriptible. Les attentats se multipliaient, des bombes explosaient dans des cafés : plus de 150 en 18 mois. Et les victimes étaient des Français d'Algérie.

A l'époque, François Mitterand, ministre de l'intérieur, déclarait : "L'Algérie, c'est la France. Il faut employer tous les moyens pour la préserver." En mars 1956, à la demande de Guy Mollet, président du Conseil, l'Assemblée Nationale avait voté, à une écrasante majorité, socialistes et communistes réunis, les pouvoirs de police à l'armée, qui ne demandait rien. A elle de faire le sale boulot : rétablir l'ordre à Alger à tout prix. Pour les militaires, Maurice Audin travaillait contre son pays. Aujourd'hui, on dira qu'il est une victime emblématique d'une tragédie collective. Quand on voit sa photo, ses faux airs de Gérard Philippe, on compatit sur cette vie brisée, cette famille meurtrie et inconsolable, on est envahi par l'empathie et la compassion. Mais il ne faut pas réécrire l'Histoire avec des sentiments d'aujourd'hui.

Des historiens, comme Benjamin Stora, estiment que ce geste du Président favorisera la réconciliation avec les Algériens.

Aujourd'hui encore, en Algérie, l'histoire officielle de la guerre d'indépendance n'a jamais désavoué les méthodes terroristes du FLN. La repentance ne fait pas partie du vocabulaire. Pourquoi, chez nous, ceux qui font un procès moral à l'armée française ne demandent-ils pas les mêmes comptes aux Algériens ? Il y a toujours deux poids, deux mesures : reconnaître que Maurice Audin a été torturé, assassiné, crée un déséquilibre avec combien d'autres morts, qui elles aussi ont été affreuses. Il faut qu'un travail soit fait des deux côtés.

Le Général Massu, qui parlait de questionnement brutal pour définir la torture, racontait qu'il retrouvait dans les champs autour d'Alger des Français, des jeunes du contingent, affreusement torturés, le nez arraché, émasculés. C'était la terreur. Déjà en 2001, Emmanuel Macron, en visite à Alger, assimilait la colonisation à un crime contre l'humanité pour faire plaisir à ses hôtes, ce qui avait déclenché une vive polémique chez les rapatriés. Aujourd'hui, dans beaucoup de familles françaises, la guerre d'Algérie demeure un drame, un cauchemar pour le million de Français d'Algérie, qui eurent le choix entre la valise et le cercueil. Toutes les victimes de la guerre d'Algérie devraient avoir droit aux mêmes égards. Ce qui n'est pas le cas. L'Elysée fait savoir que le Président prépare des initiatives en ce sens.

Cette reconnaissance du Président est annoncée trois jours avant la fête de l'Huma. Un coup de com ?

Oui. En tout cas, l'éditorialiste de l'Humanité, qui se félicite de cette décision, en profite pour dire qu'il juge que le plan pauvreté d'Emmanuel Macron n'est pas à la hauteur des attentes. Façon de lui faire comprendre qu'il n'est pas dupe de la manœuvre et que les communistes ne se vendront pas pour un plat de lentilles.

 

Source : http://www.europe1.fr/emissions/le-portrait-de-catherine-nay/mort-de-maurice-audin-il-ne-faut-pas-reecrire-lhistoire-avec-des-sentiments-daujourdhui-3756068

 


"Macron avait dit que la France était coupable de crimes contre l'humanité (...) maintenant il donne raison à un traître"


« L’État français et l’État algérien doivent reconnaître les crimes commis des deux côtés »

...par Jean Sévillia - le 13/09/2018.

 

Journaliste et essayiste

Rédacteur en chef adjoint au Figaro Magazine, membre du comité scientifique du Figaro Histoire, et auteur de biographies et d’essais historiques.

Emmanuel Macron va reconnaître la responsabilité de l’État dans la mort de Maurice Audin, un mathématicien membre du parti communiste français décédé à Alger en 1957.
Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est l’affaire Maurice Audin ?

C’est une histoire à la fois simple et compliquée. Maurice Audin est un militant du parti communiste algérien, une dépendance du parti communiste français. Il héberge chez lui des amis du parti communiste algérien et des amis du FLN. Il est mathématicien, étudiant, jeune marié et assistant à la faculté des sciences.
C’est l’époque de la guerre d’Algérie où l’armée française est chargée du pouvoir de police dans le pourtour d’Alger pour éradiquer les réseaux terroristes du FLN. Dans ce contexte, il y a des opérations multiples. Maurice Audin est arrêté en juin 1957. Il est emmené pour interrogatoire et ne réapparaîtra jamais.
Selon la version officielle de l’époque, il se serait évadé. Quasiment tout de suite après, l’hypothèse de son évasion est remise en cause par sa famille et ses proches. Il y a un soupçon qu’il aurait été torturé pour parler et qu’il aurait succombé à la torture.
On ne peut prouver ni s’il a été tué, sous la torture ou non, ni qui l’aurait tué.

La famille a-t-elle demandé des comptes à l’État ?

La veuve de Maurice Audin, Josette Audin, est une dame âgée. Elle mène ce combat depuis cinquante ans pour la mémoire de son mari et pour connaître la vérité. Humainement parlant, cela ne me paraît pas illégitime. Cette affaire était un drame. Cet homme est disparu, il a été tué par on ne sait qui ni comment. On ne le sait pas et on ne le saura jamais. Tout témoin de l’époque est certainement mort ou ceux qui restent sont extrêmement âgés et ne peuvent pas parler. Il est probable, historiquement parlant, que Maurice Audin n’était pas un terroriste.
Il y a l’hypothèse qu’il ait été confondu avec Henri Alleg. Il logeait chez Maurice Audin et était recherché par les parachutistes. L’essentiel n’est pas là.
Le problème est qu’on s’en sert aujourd’hui comme d’un instrument de remise en cause des méthodes d’une partie de l’armée française à cette époque. Ce sont des méthodes qui en effet posent un problème, mais encore faut-il poser le contexte général. Or, ce contexte général n’est pas posé. C’est celui de la bataille d’Alger où le FLN avait fait le choix du terrorisme et où le gouvernement de la République, un gouvernement de gauche, a confié à l’armée des pouvoirs de police qui ne sont normalement pas dans la tradition militaire.


Derrière cette disparition, cette mort a priori officiellement inexpliquée, on retrouve la question de la repentance des crimes commis en Algérie.

 

Bien sûr. Ce n’est pas une démarche de vérité historique. D’après le communiqué qui doit être publié dans l’après-midi par Emmanuel Macron, c’est une démarche de vérité historique.
Or, la démarche de vérité historique consisterait à ce que parallèlement et en même temps, l’État français et l’État algérien ouvrent toutes leurs archives et reconnaissent les crimes commis pendant la guerre d’Algérie.
La France met en cause une partie de son passé. Je pense néanmoins qu’il y a un vrai problème que l’on ne peut pas éviter. Cependant, l’Algérie n’en fait pas autant. Par conséquent, nous avons une double vision totalement déséquilibrée de la guerre d’Algérie. C’est une guerre, et toute guerre est sale. Cette guerre-là était particulièrement sale.

Le FLN a mis en œuvre et assumé le terrorisme comme un choix stratégique. Or le FLN n’a jamais ni fait son autocritique ni regretté les méthodes qu’il employait à l’époque.

 

Source : http://www.bvoltaire.fr/jean-sevillia-letat-francais-et-letat-algerien-doivent-reconnaitre-les-crimes-commis-des-deux-cotes/?mc_cid=9dff591d3a&mc_eid=c2875309d7


Attention, Monsieur Macron, on n’agite pas impunément les fantômes de l’Histoire !

 

...par Marie Delarue - Le 13/09/2018.

 

Ecrivain, musicienne, plasticienne


Il faudrait sans doute être clément en raison de son jeune âge et de sa gueule d’angelot, et mettre cela sur le compte joint de l’ignorance et de l’irrépressible désir de regrimper dans les sondages.

Il faudrait surtout implorer : « Pardonnez-lui, Seigneur, il ne sait pas ce qu’il fait ! »

Car ce qu’il fait, notre jeune président de la République déliquescente, c’est aller fouiller dans les tréfonds d’une Histoire que le manichéisme d’aujourd’hui ne peut certes pas comprendre – la « guerre » d’Algérie – pour en extraire des fantômes qu’il vaudrait mieux laisser en repos.

Alors qu’aucun de ses prédécesseurs ne s’y était risqué, Emmanuel Macron a en effet décidé, ce jeudi 13 septembre, de reconnaître la responsabilité de l’État français dans la mort de Maurice Audin, jeune communiste militant actif de l’indépendance, disparu après son arrestation en pleine bataille d’Alger un jour de 1957. Une affaire qui, depuis 61 ans, cherche son épilogue et dont le Président Emmanuel Macron prétend décréter quelle en est la vérité historique.

Le communiqué de l’Élysée est on ne peut plus limpide : « Le président de la République a […] décidé qu’il était temps que la Nation accomplisse un travail de vérité sur ce sujet. Il reconnaît, au nom de la République française, que Maurice Audin a été torturé puis exécuté ou torturé à mort par des militaires qui l’avaient arrêté à son domicile. […] Il est mort sous la torture du fait du système institué alors en Algérie par la France. »

Cette décision au sommet de l’État est un épisode de plus dans l’entreprise de dénigrement qui ronge la nation française ; il n’y a pas de paix chez nous, pas de pardon, pas de « réconciliation » comme on le pratique partout ailleurs dans le monde. Non, plus le temps passe, plus la France s’ingénie à raviver les plaies.

En l’occurrence, il faut donner des gages à la gauche, s’agréger le reliquat des communistes qui ne pèsent plus rien politiquement mais auxquels les médias nostalgiques déroulent toujours le tapis rouge ; tenter de se mettre dans la poche, sinon dans l’urne, ces Français venus d’une Algérie aujourd’hui moribonde, tenue par un parti unique, gouvernée qu’elle est depuis l’indépendance par des généraux véreux planqués derrière un vieillard cacochyme.

Pourtant, c’est sûr, cette nouvelle manœuvre ne remontera pas plus la cote de popularité d’un monarque mal en point qu’elle n’entraînera le ralliement des troupes de gauche au « Président des riches » ! Elle risque, en revanche, de remettre le feu aux poudres, avivant la rancœur d’une jeunesse (moyenne d’âge dans le pays : 27,3 ans !) à qui l’Algérie n’offre aucun avenir et qui, faute de pouvoir renverser le gouvernement qui la jette dans les bras des islamistes, va une fois de plus accuser la colonisation de tous ses maux.

Comble de la bêtise – car c’en est une de taille -, le chef de l’État dénigre l’armée au moment où nous devons affronter les vagues migratoires et l’islamisme rampant. Déjà, on peut lire, dans Le Monde, cette analyse bien lourde de sens – et sûrement de conséquences – de Raphaëlle Branche (historienne « spécialiste des violences en situation coloniale ») : « Pour la première fois, la République assume que, pendant la guerre d’Algérie, des militaires français, qui accomplissaient leur devoir, ont pu se rendre coupables de ce qu’il faut bien appeler des crimes de guerre. »

On me dira sans doute que cela n’a rien à voir… néanmoins, puisqu’on prétend refaire l’Histoire : auréolé de son appartenance et de son action militante, Maurice Audin était un communiste très actif en 1957. C’est trois ans après la mort de Staline, ce grand bienfaiteur de l’humanité, et un an tout juste après la révolution écrasée dans le sang en Hongrie…

Il faut croire que, pour le saint martyr Audin, les Hongrois n’avaient pas le droit de rêver d’indépendance, eux !

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