RUSSIE

Village Russie - Qu'est ce que les Russes pensent des Français ??!!

 

Discours de Poutine à la réunion informelle des dirigeants de la CEI

Source : RzO international - Le 28/12/2023.

par Karl Sanchez

En lisant le court discours de Poutine et en l’ajoutant à tous ceux qui l’ont précédé, l’objectif de reconstruire l’Union soviétique devient plus clair, mais dans une version plus récente et modernisée où l’accent est mis sur ce que représente la CEI : Une communauté d’États indépendants travaillant ensemble et avec la région pour accroître leur richesse commune. Et plusieurs autres organisations contribuent également à faciliter cela : l’OCS, l’EAEU, l’OTSC.

Par informel, cela signifie sans personnel et tout ça, se réunir et avoir le genre de conversations de fin d’année qui sont normatives pour la Russie et sa culture élargie, et c’est ainsi que Poutine formule son court discours ci-dessous.

Les chefs d’État de la CEI ont visité le musée avant de s’asseoir dans le petit palais pour leur réunion. Visiter correctement Saint-Pétersbourg prendrait au moins dix jours, voire plus. Sa grandeur pourrait facilement être intimidante. Il est bon de voir tous les dirigeants de la CEI ensemble alors que les pitreries de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan indiquent un potentiel d’instabilité.

*

Vladimir Poutine : Chers collègues et amis,

Laissez-moi commencer. Tout d’abord, je voudrais exprimer ma gratitude à vous tous pour avoir accepté l’invitation et être venu à Saint-Pétersbourg pour une réunion informelle des dirigeants des États membres de la CEI. Nous nous retrouvons toujours à la fin de l’année dans un cercle très fermé, et c’est déjà une bonne tradition bien ancrée.

De telles réunions offrent une très bonne occasion de faire le point sur les activités de la Communauté des États indépendants, de discuter des projets futurs et, bien sûr, de discuter des questions de l’agenda international qui nous préoccupent. J’ai remarqué que même au cours de ces excursions historiques, chacun d’entre vous, moi y compris, a parlé en détail des questions d’actualité des formats bilatéraux et multilatéraux et a échangé des points de vue sur les affaires internationales, en se déplaçant de salle en salle. Donc en général, on peut dire que nous communiquons entre nous pendant la journée, et nous communiquons de manière très productive.

Il n’est pas exagéré de dire que l’année écoulée a été exceptionnellement active et mouvementée pour la CEI, remplie d’événements majeurs et d’initiatives brillantes. Cela est dû en grande partie à nos amis kirghizes et, à cet égard, je voudrais remercier Sadyr Zhaparov pour l’excellent travail accompli pendant la présidence du Kirghizistan au sein de notre organisation.

À partir de la nouvelle année, la présidence de la CEI passera à la Russie. Comme je l’ai dit lors du sommet de la Communauté des États indépendants à Bichkek, nous prévoyons de poursuivre nos activités d’intégration multiformes dans un esprit de continuité. La Russie a déjà présenté le concept de sa présidence et le plan d’action pour sa mise en œuvre, qui comprend environ 150 points. Dans le même temps, nous sommes prêts à prendre en compte d’autres idées et considérations de tous nos partenaires du Commonwealth.

Bien entendu, nous accorderons une attention particulière au renforcement ultérieur de la coopération économique au sein de la CEI. Au cours de l’année écoulée, le chiffre d’affaires des échanges commerciaux entre nos pays a connu une croissance constante. Selon les données sur 10 mois, il a augmenté de 2 pour cent par rapport à la même période de l’année dernière et s’élève à 83,7 milliards de dollars.

En juin, les États membres de la CEI ont signé un accord de libre-échange des services et des investissements. Nous avons l’intention de continuer à prendre des mesures pour harmoniser le cadre réglementaire de la CEI et de l’Union économique eurasienne, comme nous en avons discuté hier avec nos collègues lors de la réunion du Conseil suprême eurasien.

Nous continuerons à travailler avec nos partenaires du Commonwealth en faveur d’une transition plus active vers les monnaies nationales dans les règlements mutuels. Nous sommes convaincus que cela permettra de mieux assurer la souveraineté économique et financière de nos Etats. De manière constructive, nous essaierons de construire un travail commun pour maintenir la sécurité et la stabilité dans notre région eurasienne commune, lutter contre le terrorisme et l’extrémisme, la criminalité transfrontalière, le trafic de drogue et la corruption.

Un autre domaine important, une composante importante du partenariat au sein de la CEI, est la coopération culturelle et humanitaire, qui repose sur une histoire commune vieille de plusieurs siècles et sur un profond entrelacement de cultures. Ce n’est pas un hasard si aujourd’hui nous avons parcouru la partie historique de notre État autrefois uni. Je sais que le président du Kazakhstan a spécialement préparé des informations sur cette question, puis nous en parlerons à huis clos et nous écouterons certainement notre collègue.

La coopération la plus étroite des membres du Commonwealth est toujours recherchée, notamment dans la lutte contre les tentatives de falsification de l’histoire et de glorification du nazisme. Par conséquent, à notre avis, nous devrions continuer à organiser des actions emblématiques à la mémoire de ceux qui sont tombés pendant la Grande Guerre patriotique, telles que le «Régiment immortel», le Ruban de Saint-Georges et le «Train de la mémoire». Et nous discuterons plus en détail du contexte historique des relations entre nos pays et nos peuples plus tard, au cours d’une communication ultérieure dans un cadre informel.

Il est important que le 13 octobre, lors du sommet de Bichkek, à l’initiative de Kassym-Jomart Tokayev, un accord sur la création d’une organisation internationale pour la langue russe ait été signé. Cette organisation, dont le siège est à Sotchi, a pour objectif de soutenir et de promouvoir la langue russe non seulement dans la CEI, mais aussi au-delà de ses frontières. Lors de la préparation de ce document, de ce traité, tout le monde a reconnu que la langue russe est l’élément de consolidation le plus important de l’espace post-soviétique, la clé de la compréhension mutuelle et de la libre communication pour des centaines de millions d’habitants des pays de la CEI.

Quant à la coopération humanitaire en général, elle se développe régulièrement et avec beaucoup de succès. Comme vous le savez, en 2023, Saint-Pétersbourg était la capitale culturelle du Commonwealth et l’année prochaine, conformément à notre décision, le relais passera à l’ancienne Samarcande.

Je voudrais également rappeler les idées avancées par la Russie sur la création de l’Académie eurasienne des arts cinématographiques et la création du Prix du cinéma eurasien, ainsi que sur la relance du concours international de chansons populaires Intervision. Nous attendons avec impatience votre réponse positive et invitons tous les pays de la CEI à participer à la mise en œuvre de ces projets. Je suis sûr qu’il sera intéressant, informatif et utile pour les peuples de tous nos pays.

La culture physique et le sport font également partie intégrante de la coopération humanitaire. Je voudrais remercier nos collègues biélorusses pour l’organisation et la tenue réussies des deuxièmes Jeux du Commonwealth en Biélorussie en août. En février prochain, nous organiserons à Kazan des «Jeux du futur» innovants. Il s’agit d’un nouveau format d’événements sportifs proposé par la Russie, combinant les disciplines sportives les plus dynamiques et l’esport. Je voudrais vous inviter tous en tant qu’invités d’honneur à la cérémonie d’ouverture des Jeux du Futur le 21 février 2024 à Kazan.

Un autre événement international majeur sera le Festival mondial de la jeunesse à Sotchi du 1er au 7 mars 2024. Nous espérons que des jeunes de plus de 180 pays du monde, y compris les pays de notre Commonwealth, y participeront.

En conclusion, je voudrais souligner une fois de plus que la tâche prioritaire de la présidence russe est de préserver et de renforcer les liens étroits entre nos peuples, de développer des relations amicales et de bon voisinage dans toute la CEI. Et dans ce contexte, nous sommes déterminés à travailler ensemble le plus étroitement possible.

Et bien sûr, je voudrais vous féliciter cordialement pour la nouvelle année à venir et je vous souhaite sincèrement, ainsi qu’à votre famille et à vos amis, ainsi qu’à tous les citoyens vivant dans la CEI, bonne santé, bonheur, bien-être, paix et prospérité.

Merci pour votre attention.

*

La nouvelle année verra la Russie prendre la tête des BRICS+ et de la CEI. Plus tard en 2024, de nouveaux pays rejoindront l’OCS et les BRICS+, élargissant et prolongeant encore le dynamisme de ces organisations et associations. Ce serait formidable si l’ensemble de l’ASEAN rejoignait l’OCS et/ou les BRICS+ en tant que groupe plutôt que de nations individuelles. Le problème mondial se situe en Palestine et à Washington DC, et il faudra que toutes les nations volontaires travaillent ensemble pour imposer une solution en Palestine qui mènera à la libération de l’ensemble de la région du golfe Persique de son occupation par l’empire américain hors-la-loi. 2024 verra également un nombre historique d’élections nationales qui modifieront probablement quelque peu la dynamique politique globale. Comme l’a dit aujourd’hui Lavrov : «Le monde devient de plus en plus diversifié. Il y a plus d’acteurs indépendants. Mais cela rend aussi les choses plus compliquées. Mais c’est ainsi que les auteurs de la Charte des Nations unies et de la Déclaration universelle des droits de l’homme l’envisageaient».

source : Karlof1’s Geopolitical Gymnasium via La Cause du Peuple

La guerre de Gaza a convaincu la Russie qu’elle avait raison depuis le début

Source : Le Saker francophone - Le 22/12/2023.


Par Nikita Smagin – Le 7 décembre 2023 –  Source Carnegie Endowment For International Peace

Le conflit au Proche-Orient est une crise parfaite pour la Russie, qui en tire de nombreux bénéfices politiques. La confrontation entre Israël et le Hamas a non seulement renforcé les espoirs du Kremlin de changer l’atmosphère autour de la guerre en Ukraine, mais aussi sa conviction que le système occidental de relations internationales est en train de s’effondrer.

L’invasion massive de l’Ukraine en 2022 a mis fin à la plupart des désaccords internes de l’Occident concernant la Russie, unissant les pays des deux côtés de l’Atlantique. Mais la guerre entre Israël et le Hamas a fait resurgir les divisions au niveau des États : alors que les États-Unis insistent sur le droit d’Israël à l’autodéfense, d‘âpres désaccords sont apparus entre les pays européens quant à la position à adopter par l’Union européenne.

 

Il existe également des clivages sociétaux, des manifestations d’opposants et de partisans d’Israël ayant lieu régulièrement de Washington à Stockholm. Même les organismes publics ne sont pas à l’abri de ces divergences de vues, les médias faisant état d’un mécontentement généralisé parmi les fonctionnaires américains à l’égard de la position pro-israélienne de la Maison Blanche.

Dans ce contexte, la guerre en Ukraine a été reléguée au second plan. Les États-Unis ont déclaré qu’ils apporteraient leur aide à la fois à Israël et à l’Ukraine. Mais pendant combien de temps pourront-ils s’engager pleinement dans deux conflits majeurs ? Les espoirs de Moscou que l’Occident finisse par se lasser d’apporter un soutien illimité à Kiev n’ont jamais semblé aussi justifiés.

En outre, la position pro-israélienne de Washington sape la légitimité des raisons pour lesquelles l’Occident soutient l’Ukraine aux yeux de nombreux pays du Sud. L’argument moral contre l’invasion de l’Ukraine par la Russie semble désormais vide de sens, en particulier dans les pays du Moyen-Orient.

Les photos des ruines de Gaza, les rapports sur les milliers d’enfants morts et l’indignation des organisations humanitaires ont fait une profonde impression sur les populations des pays en développement. On peut discuter sans fin des raisons de la guerre en Ukraine ou de l’opération israélienne à Gaza, mais pour beaucoup, la conclusion est évidente : les États-Unis ont critiqué la Russie lorsqu’elle a tué des civils innocents en Ukraine, et maintenant ils se taisent lorsque leur allié Israël fait la même chose à Gaza.

Une vision du monde dans laquelle la morale et les idéologies n’ont aucune importance et où seuls comptent les intérêts de l’État est depuis longtemps dominante au Kremlin. Selon cette logique, il n’y a pas de meilleure issue pour Moscou que la poursuite du conflit au Moyen-Orient, qui détruit la stratégie de l’Occident à l’égard de la Russie. Moscou n’a même pas à lever le petit doigt : l’opération terrestre d’Israël à Gaza ne semble pas près de s’achever. Lorsqu’elle s’achèvera, des problèmes insolubles subsisteront.

Il est vrai que l’escalade à Gaza n’est pas sans risque pour la Russie, et si des forces pro-iraniennes se laissent entraîner, elle pourrait devenir un véritable casse-tête pour le Kremlin. Les liens de Moscou avec l’Iran signifient que la Russie a dérivé vers une position pro-Téhéran au Moyen-Orient au cours des deux dernières années, mais cela ne signifie pas qu’elle est prête à soutenir l’Iran dans une guerre avec Israël. Une telle évolution obligerait la Russie à choisir un camp et aurait des conséquences sur son intervention en Syrie.

Pour l’instant, cependant, une conflagration militaire plus large au Moyen-Orient semble peu probable. L’Iran et ses mandataires se sont tenus à l’écart du conflit de Gaza jusqu’à présent, ce qui signifie qu’ils sont moins susceptibles d’intervenir à l’avenir.

La guerre entre Israël et le Hamas pose également quelques dilemmes internes au Kremlin. À en juger par les déclarations des responsables, le pogrom antisémite du mois d’octobre au Daghestan a provoqué une onde de choc chez les dirigeants russes. Le nationalisme et les républiques ethniques de Russie sont des questions qui ont déjà inquiété le Kremlin. Désormais, la politique au Moyen-Orient devra être élaborée en tenant compte de l’opinion publique.

En même temps, il devrait être facile de minimiser ces risques. Il suffirait d’atténuer la rhétorique anti-israélienne tout en maintenant une critique modérée des actions du pays. En effet, le pogrom au Daghestan a probablement convaincu le Kremlin qu’il est moins dangereux de rester à l’écart de la guerre entre Israël et le Hamas que d’y jouer un rôle actif.

Enfin, les événements au Moyen-Orient ont aidé le Kremlin à se convaincre que la politique étrangère russe de ces dernières années était la bonne.

Un leader charismatique doit pouvoir faire croire à son entourage qu’il a de la chance et que le succès vient naturellement. Quelles que soient les difficultés, le président Vladimir Poutine semble croire que chaque nuage a une lueur d’espoir, et il communique cette confiance à ses subordonnés. Tout succès, surtout s’il semble venir de nulle part, renforce à la fois le fatalisme et la croyance en l’infaillibilité de Poutine. Tout est entre les mains de Dieu, et Dieu, bien sûr, est du côté de la Russie.

Il existe également des arguments plus rationnels. Le pari de Moscou sur la désintégration d’un ordre international orienté vers l’Occident semble porter ses fruits. Aujourd’hui, il s’agit d’Israël et de la Palestine ; demain, ce pourrait être Taïwan et la Chine. Ainsi, le conflit du Moyen-Orient confirme l’hypothèse selon laquelle la Russie ne peut être isolée. Le Sud ne fait plus confiance à l’Occident, ce qui ouvre de nouvelles perspectives à Moscou.

Le conflit renforce également l’espoir du Kremlin que les difficultés causées par la guerre en Ukraine se dissiperont d’elles-mêmes avec le temps. Cette approche a été testée à maintes reprises par la Russie. Même si l’invasion ne s’est pas déroulée comme prévu, la logique veut que tout se résolve de lui-même.

Dans l’ensemble, tout cela signifie que la Russie restera un acteur passif dans la guerre entre Israël et le Hamas. Moscou n’a joué aucun rôle dans le déclenchement de la crise et ne pourrait pas la résoudre même si elle le voulait. La Russie ne peut même pas jouer le rôle d’intermédiaire, car Israël est nerveux de sa proximité avec Téhéran. La seule option qui lui reste est de regarder les événements se dérouler à distance et de répéter des phrases creuses sur une solution à deux États. En attendant, les bénéfices que le Kremlin tire des événements au Moyen-Orient ne font que convaincre l’élite russe qu’elle a choisi la bonne voie.

Nikita Smagin

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

 

Tout le monde aime Poutine

Source : Le Saker francophone - Par Dmitry Orlov – Le 10 Décembre 2023 – Source Club Orlov

Il y a deux jours, Poutine a accepté, en public mais à voix basse, de se présenter à la présidence de la Fédération de Russie pour le prochain mandat de six ans. Le lendemain, le parlement russe a fixé la date des élections au 17 mars 2024. (En réalité, les élections se dérouleront du 15 au 17 mars, pour le plus grand confort des électeurs). Le soutien de l’opinion publique russe à Poutine se situe quelque part au nord de 80 %. Dans l’image ci-dessus, Poutine est délicatement cajolé par un comité de réélection composé de héros et de veuves de guerre, qui l’incite à annoncer sa candidature. Ils déclarent sans équivoque : “Vous êtes notre président !” et Poutine accède tranquillement et respectueusement à leur demande.

 

La jubilation est feutrée mais palpable dans le monde entier ; après tout, on ne s’attendait à rien de moins. Pourquoi Poutine ne se présenterait-il pas ? À 71 ans, il est sain et robuste (même s’il n’est plus joueur de hockey) et c’est un bourreau de travail accompli. Compte tenu de son taux d’approbation élevé, sa victoire électorale est assurée. Et il a du pain sur la planche : L’OTAN et les États-Unis existent toujours et émettent sporadiquement des bruits et des odeurs désagréables. C’est un problème qu’il doit encore résoudre afin d’inaugurer un nouveau monde pacifique, décolonisé et multilatéral.

Si Poutine va jusqu’au bout de son mandat de six ans, comme cela semble probable, il sera devenu le dirigeant russe qui sera resté le plus longtemps en place depuis Catherine II (la Grande). Il y a là une étrange symétrie : c’est sous le règne de Catherine que la Russie s’est étendue à la Crimée et a colonisé ce qui est aujourd’hui les régions novorusses de Lugansk, Donetsk et ainsi de suite jusqu’à Odessa, où un monument à sa mémoire et à celle des autres fondateurs d’Odessa (le prince Potemkine est celui dont vous avez peut-être entendu parler ; les autres – de Ribas, de Volan et Zubov – sont plus obscurs) a été érigé jusqu’en décembre 2022, date à laquelle il a été démoli par une racaille ukraino-nazie. Rassurez-vous, il sera bientôt remis en place, pendant le prochain mandat de Poutine.

Note du Saker Francophone

Depuis quelques temps, des gens indélicats retraduisent “mal” en anglais nos propres traductions sans l’autorisation de l’auteur qui vit de ses publications. Dmitry Orlov nous faisait l’amitié depuis toutes ses années de nous laisser publier les traductions françaises de ses articles, même ceux payant pour les anglophones. Dans ces nouvelles conditions, en accord avec l’auteur, on vous propose la 1ere partie de l’article ici. Vous pouvez lire la suite en français derrière ce lien en vous abonnant au site Boosty de Dmitry Orlov.

Dmitry Orlov

Soutenez mes efforts sur https://boosty.to/cluborlov.

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateurs de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Il vient d’être réédité aux éditions Cultures & Racines.

Il vient aussi de publier son dernier livre, The Arctic Fox Cometh.

Traduit par Hervé, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

Poutine regrette l’abandon par la Finlande de sa neutralité et annonce un renforcement militaire à la frontière

Source : RzO International - Le 18/12/2023.

par RT France

Le président russe Vladimir Poutine a prévenu que l’entrée de la Finlande dans l’OTAN cette année allait créer des «problèmes» là où il n’y «en avait pas» et annoncé en réponse un renforcement militaire près de sa frontière dans le nord-ouest.

«Il n’y avait aucun problème là-bas, mais il y en aura dorénavant, car nous allons créer le district militaire de Léningrad et y concentrer un certain nombre d’unités», a déclaré Vladimir Poutine au journaliste Pavel Zaroubine de Rossia 1 dans un entretien diffusé le 17 décembre, accusant les Occidentaux d’avoir «entraîné la Finlande dans l’OTAN».

Les relations entre les deux voisins, qui partagent une frontière longue de 1340 kilomètres, se sont considérablement détériorées depuis février 2022 et l’offensive russe en Ukraine. La Finlande, jusque-là neutre, a pris fait et cause pour Kiev et demandé à rejoindre l’OTAN en avril 2023.

Moscou avait promis de prendre des «contre-mesures» après l’adhésion de la Finlande à l’OTAN.

Les Occidentaux «ont entraîné la Finlande dans l’OTAN»

Les Occidentaux «ont entraîné la Finlande dans l’OTAN. Avions-nous des différends avec eux ? Tous les différends, y compris ceux territoriaux du milieu du XXe siècle, ont été réglés de longue date», a déclaré Poutine.

Ses déclarations interviennent alors que la Finlande a annoncé le 14 décembre fermer de nouveau l’intégralité de sa frontière avec la Russie, quelques heures après avoir rouvert deux postes-frontières, accusant Moscou d’orchestrer une crise migratoire, la Russie fustigeant ces mesures irrationnelles et russophobes. Cette décision sera effective à partir de vendredi et jusqu’au 14 janvier, selon la ministre finlandaise de l’Intérieur Mari Rantanen.

Poutine a ajouté que la Russie n’avait aucune raison d’être en guerre avec des pays de l’OTAN, alors que le président américain Joe Biden a évoqué début décembre l’hypothèse d’une attaque russe contre un pays membre de l’organisation. Prévenant qu’un arrêt de l’aide américaine à Kiev serait «le plus beau cadeau» à faire à Vladimir Poutine, Biden avait déclaré que le président russe «ne s’arrêtera pas» à l’Ukraine.

«Il s’agit de rhétorique pour justifier une politique erronée envers la Russie», a rétorqué Poutine. Moscou n’a «aucun intérêt – que ce soit en terme géopolitiques, économiques ou militaires – à combattre des pays de l’OTAN», a déclaré Poutine.

source : RT France

Ce qu’il faut retenir de la conférence annuelle de Poutine

Source : RzO International - Le 15/12/2023.

par Sputnik Afrique

Bilan économique russe positif, éventuelle reprise avec l’Occident, situation catastrophique à Gaza, objectifs et conditions de paix en Ukraine : Voici les principaux sujets abordés par le Président russe lors de sa conférence télévisuelle qui a duré quatre heures.

Vladimir Poutine a tenu ce 14 décembre une conférence de presse télévisée, séance marathon de questions-réponses de quatre heures avec des journalistes et des citoyens. Au total, le chef de l’État a répondu à 67 questions. Sputnik Afrique récapitule les sujets clés abordés lors de l’événement.

L’économie russe se porte bien

La croissance économique en 2023 est attendue à 3,5%, et «la chute de l’année dernière prend sa revanche», a-t-il souligné.

La force de l’économie russe est «suffisante pour non seulement se sentir en confiance, mais aussi pour avancer».

La production industrielle en Russie est en hausse, le système bancaire est stable.

Le taux de chômage est tombé à 2,9%, niveau jamais produit dans l’histoire du pays ;

L’inflation en Russie pourrait s’accélérer jusqu’à 8% d’ici la fin de l’année, mais les autorités prennent des mesures pour la maîtriser ;

La dette publique extérieure russe a diminué, passant de 46 milliards de dollars à 32 milliards de dollars, et les entreprises privées remboursent également leurs dettes à un rythme soutenu.

Les objectifs de l’opération militaire en Ukraine

«La paix régnera lorsque nous aurons atteint nos objectifs», qui «ne changent pas», a indiqué le chef du Kremlin.

Le président russe a qualifié le conflit avec l’Ukraine de «guerre civile entre frères». «La volonté effrénée de l’OTAN de se rapprocher de nos frontières a conduit aux tragédies que nous vivons actuellement», selon lui.

La question de la dénazification est toujours d’actualité.

Kiev ne veut pas parvenir à un accord de paix, la Russie est obligée de prendre d’autres mesures.

Depuis le début de la contre-offensive ukrainienne, la Russie a détruit 747 chars et 2300 véhicules blindés des forces armées ukrainiennes.

Kiev pousse ses soldats à l’extermination, l’armée ukrainienne elle-même affirme que c’est une route à sens unique.

Au total, il y a 617 000 militaires russes au front, dont 244 000 mobilisés.

«Je suis sûr que la victoire sera à nous», a-t-il résumé.

Les États-Unis mènent une «politique impériale», l’UE n’est pas autonome

La normalisation des relations avec l’UE et l’Occident en général ne dépend pas seulement de la Russie. Ce n’est pas Moscou qui a gâché les relations avec l’Occident, a-t-il rappelé.

L’Union européenne a considérablement perdu de son indépendance et prend des décisions à son propre détriment. Ainsi, plusieurs dirigeants européens se posent en tant que général de Gaulle, mais en pratique réalisent la politique du maréchal Pétain, qui collaborait avec les nazis pendant la Seconde guerre mondiale.

«Quant aux États-Unis, nous sommes prêts à nouer des relations avec eux. Nous pensons que les États-Unis sont un pays important et nécessaire dans le monde, mais cette politique impériale, absolument impériale, leur fait obstacle. Même pour nous», a-t-il dit.

Les États-Unis doivent apprendre à respecter les autres pays et rechercher des compromis plutôt que de faire pression par la force et les sanctions.

Pour le moment, il n’existe pas encore de conditions fondamentales pour construire des relations avec les États-Unis, a-t-il fait savoir.

En outre, Vladimir Poutine dit «espérer» un accord avec les États-Unis au sujet des Américains détenus en Russie. Les conditions d’un tel retour doivent être mutuellement acceptables.

Il a abordé ses contacts avec le Président français Emmanuel Macron. Le chef du Kremlin s’est dit ouvert aux contacts, mais c’est le locataire de l’Élysée qui a, à un moment donné, cessé de communiquer avec lui.

Situation à Gaza

«Ce qui se passe dans la bande de Gaza est une catastrophe», a-t-il déclaré en appelant à créer les bases fondamentales d’un règlement israélo-palestinien et résoudre la question de la création d’un État palestinien.

La Russie est prête à ouvrir son hôpital dans la bande de Gaza, mais Israël ne l’accepte pas encore. De plus, Moscou envisage d’augmenter ses livraisons de médicaments vers l’enclave.

Il a mis en avant le rôle important que joue le Président turc Recep Tayyip Erdogan dans le dossier.

En termes de destruction, le conflit en Ukraine n’a rien à voir avec ce qui se passe dans la bande de Gaza, a-t-il assuré.

Le sport est tombé sous l’influence des élites politiques occidentales

Le président russe a qualifié les actions des fonctionnaires internationaux olympiques envers la Russie de déformation des idées de Pierre de Coubertin, fondateur des Jeux olympiques. Récemment, le Comité international olympique (CIO) a décidé d’imposer aux sportifs russes et biélorusses de participer sous bannière neutre aux JO 2024 de Paris.

Le CIO est devenu trop dépendant des sponsors et risque d’«enterrer le mouvement olympique», selon lui.

Vladimir Poutine dit être contre les appels à suspendre les athlètes israéliens, le sport devrait être en dehors de la politique ;

Il est nécessaire d’analyser attentivement les conditions posées par le CIO pour l’admission des athlètes russes aux Jeux olympiques.

Les conditions du CIO peuvent artificiellement «débrancher» les sportifs russes des Jeux olympiques. Dans ce cas, une «décision équilibrée» sur la participation est nécessaire.

Relations russo-chinoises

En outre, Vladimir Poutine a souligné le niveau sans précédent de la coopération entre la Russie et la Chine. Ainsi, le volume d’échanges commerciaux a dépassé les 200 milliards de dollars en 2023.

Hausse de l’islamophobie

Le maître de Kremlin a dénoncé les manifestations de l’islamophobie dans le monde, qui, selon lui, relève du nationalisme et résulte de la politique de certaines élites politiques.

Sabotage des Nord Stream

Les Américains seraient derrière le sabotage des gazoducs Nord Stream en septembre 2022, a-t-il dit.

«Si l’Europe ne reçoit pas suffisamment de gaz, ce n’est pas notre problème. Nous n’avons pas fermé les gazoducs, nous n’avons pas fait exploser Nord Stream», a-t-il ajouté.

Questions insolites

Le rendez-vous télévisuel ne s’est pas déroulé sans questions insolites. Ainsi, Poutine a été interpellé par son propre sosie qui demandait s’il était vrai que le président avait beaucoup de doubles.

De plus, une demoiselle a posé la question si l’intelligence artificielle pouvait remplacer les parents et les grands-parents. «Personne ne peut remplacer la grand-mère», lui a assuré le président russe.

Enfin, la présentatrice lui a demandé qui voulait-il être quand il était enfant. Un pilote, a répondu Poutine.

source : Sputnik Afrique

Poutine : Macron se donne l’air du Général de Gaulle mais en pratique il agit comme Pétain

Source : Le Courrier des Stratèges - par Edouard Husson - Le 15/12/2023.

Poutine: Macron se donne l’air du Général de Gaulle mais en pratique il agit comme Pétain

Vladimir Poutine a passé quatre heures pour son dialogue annuel avec le public russe. Il n’ a pas épargné les dirigeants européens, en particulier Emmanuel Macron. Voici un florilège de ses propos. Avec, au coeur, les conditions pour mettre fin à la guerre d’Ukraine: “La paix sera possible quand nous aurons atteint nos objectifs. Ils n’ont pas changé: dénazification, démilitarisation, démilitarisation et un statut neutre pour l’Ukraine” a déclaré le président russe Les médias occidentaux sont étonnés car ils racontaient depuis des semaines que la guerre s’enlise et que la Russie serait déjà bien contente de garder ses actuels gains territoriaux.

“Vladimir. Appelle-moi s’il te plaît. Emmanuel Macron”. Un participant au dialogue avec le président russe se paie la tête du président français.

Quelques moments forts des réponses de Vladimir Poutine aux citoyens russes qui l’interrogeaient:

Macron, l’Europe….

Nous sommes prêts à continuer à coopérer avec la France. Mais à un moment donné, le président français a cessé ses relations avec nous. Ce n’est pas nous qui avons arrêté. Ce n’est pas moi qui ai arrêté, c’est lui qui a arrêté. S’il y a de l’intérêt – s’il vous plaît, nous sommes prêts. S’il n’y a pas d’intérêt, nous nous en passerons.

Les Européens ont largement perdu leur souveraineté. Ils prennent de nombreuses décisions à leur détriment. En apparence, ils se comportent comme le général De Gaulle, mais en pratique comme le maréchal Pétain, qui, bien que héros de la Première Guerre mondiale, est devenu un collaborateur pendant la Seconde Guerre mondiale et s’est plié à la volonté des occupants. Presque tout le monde se comporte ainsi, à l’exception de quelques personnes. Voici Fitzo qui se montre, Viktor Orban en Hongrie. Je l’ai déjà dit, ce ne sont pas des politiciens pro-russes – ils sont pro-nationaux, ils protègent leurs intérêts. Mais ces personnes n’existent plus. Ils n’existent tout simplement pas. C’est lié à une grande dépendance à l’égard des États-Unis

Conférence de presse 14.12.2023

La fin de la guerre d’Ukraine

La paix sera possible quand nous aurons atteint nos objectifs. Ils n’ont pas changé : Dénazification, démilitarisation, démilitarisation et un statut neutre pour l’Ukraine.

La situation est la suivante : pratiquement tout au long de la ligne de contact, nos forces armées améliorent, modestement dirons-nous, leur position. Pratiquement toutes sont dans une phase d’action active. La position de nos troupes s’améliore tout au long de la ligne de contact.

Au fond, les Russes et les Ukrainiens forment un seul et même peuple. Et ce qui se passe actuellement est une énorme tragédie, semblable à une guerre civile entre frères. Des frères qui se sont retrouvés dans des camps différents. Mais dans une large mesure, ils n’y sont pour rien. Tout le sud-est de l’Ukraine a toujours été pro-russe. Parce qu’il s’agit de territoires historiques russes. En partie – ici, mon collègue lève le signe “Turquie” – eh bien, il le sait, la Turquie le sait très bien – toute la côte de la mer Noire a été cédée à la Russie à la suite des guerres russo-turques. Quel est le rapport avec l’Ukraine ? Ni la Crimée ni l’ensemble de la région de la mer Noire n’ont rien à voir avec cela. Odessa est une ville russe. Nous la connaissons. Tout le monde le sait très bien. Non, ils inventent toutes sortes d’absurdités historiques

Conférence de presse 14.12.2023

Nordstream

Les pipelines Nord Stream ont probablement été détruits par les Américains.

Conférence de presse 14.12.2023

Le conflit de Gaza

Nous aurions pu lancer une campagne de bombardements comme Israël à Gaza. Mais l’armée russe est vraiment forte et peut faire preuve de compassion humanitaire envers les civils.

En ce qui concerne la croissance de l’islamophobie, de l’antisémitisme, de la russophobie et d’autres manifestations de ce genre, oui, il y a une tendance à la hausse. Cela s’explique, à mon avis, par le fait que les gens sont confrontés à une forme d’injustice. Regardez ce qui se passe à Gaza. Dans l’ensemble du monde islamique, on observe une certaine réaction et une augmentation du nombre de personnes pensant radicalement à cet égard. Cette croissance est évidente. Le nombre de ces personnes augmente. Il n’y a rien de bon ici. C’est le résultat de la politique de certaines élites et des questions non résolues depuis des décennies, de l’absence d’une solution juste au problème palestinien. La réaction du monde islamique et la croissance des phobies anti-islamiques. C’est très grave

Conférence de presse du 14.12.2023

Natalité, avortement, démographie

Je pense que de nombreuses personnes présentes dans le public et celles qui nous voient et nous écoutent seront d’accord pour dire que le plus beau cadeau, ce sont les enfants. Et les enfants de nos enfants. C’est un cadeau du Tout-Puissant.

Y a-t-il des interdictions ? Pourquoi parle-t-on d’interdictions ? Il n’y en a pas. Je me souviens des interdictions lors de la campagne contre l’alcoolisme. Nous nous souvenons de ce que cela a donné. Cela a conduit à l’utilisation de mères porteuses, à une augmentation de la prostitution clandestine. Nous devons agir avec prudence dans ce domaine. Je connais la position de l’Église. L’Église ne peut pas avoir une autre position, parce qu’elle se bat pour la vie de chacun. Dans le même temps, j’ai mentionné les tristes résultats de la campagne anti-alcool, et nous devons garder cela à l’esprit. L’État est intéressé à résoudre le problème démographique si les femmes prennent la décision, après avoir découvert la grossesse, de préserver la vie de l’enfant. C’est une évidence. Les droits de la femme et la liberté dont nous disposons doivent également être respectés

Conférence de de presse du 14.12.2023

 

Vladimir et son double

Je vois que vous pouvez être comme moi et parler avec ma voix, mais j’ai réfléchi et j’ai décidé qu’une seule personne devrait être comme moi et parler avec ma voix. Et cette personne, c’est moi. C’est ce que l’un de nos personnages a dit en plaisantant. C’est mon premier sosie, d’ailleurs.

Conférence de presse du 14.12.2023

 Réflexions stratégiques depuis Moscou

Source : RzO international - Le 13/12/2023.

par Alastair Crooke

La tension inhérente et l’absence d’échanges véritables sont pires que pendant la guerre froide, lorsque les canaux de communication restaient ouverts.

Les relations entre les États-Unis et la Russie sont au plus bas ; la situation est même pire que ce que l’on pouvait imaginer. En discutant avec de hauts fonctionnaires russes, il est évident que les États-Unis traitent les premiers comme des ennemis déclarés. Pour se faire une idée, c’est comme si un haut fonctionnaire russe demandait :

«Qu’est-ce que vous attendez de moi ?» La réponse pourrait être : «Je souhaite que vous mouriez».

La tension inhérente et l’absence d’échanges véritables sont pires qu’à l’époque de la guerre froide, lorsque les canaux de communication restaient ouverts. Cette lacune est aggravée par l’absence de sens politique des dirigeants politiques européens, avec lesquels il n’a pas été possible d’avoir une discussion de fond.

Les responsables russes reconnaissent les risques de cette situation. Ils ne savent toutefois pas comment y remédier. La teneur du discours a également glissé de l’hostilité pure et simple à la mesquinerie : Les États-Unis, par exemple, pourraient empêcher des travailleurs d’entrer dans la mission russe à l’ONU pour réparer les vitres cassées. Moscou, à contrecœur, n’a d’autre choix que de répondre de manière tout aussi mesquine, et les relations s’enveniment.

Il est admis que la «guerre de l’information», délibérément vitupérante, est entièrement dominée par la presse occidentale, ce qui ne fait qu’envenimer l’atmosphère. Et bien que les médias alternatifs occidentaux épars existent et gagnent en ampleur et en importance, il n’est pas facile de les mobiliser (ils sont à la fois diversifiés et individualistes). L’étiquette d’«apologiste de Poutine» reste également toxique pour tout fournisseur d’informations autonome et peut détruire la crédibilité d’un seul coup.

En Russie, il est entendu que l’Occident vit actuellement dans une «fausse normalité» – une parenthèse dans sa propre guerre culturelle (dans la perspective de 2024). Les Russes perçoivent toutefois des parallèles évidents avec leur propre expérience de polarisation civile radicale – lorsque la Nomenklatura soviétique exigeait la conformité à la «ligne» du parti, sous peine de sanctions.

Moscou est ouverte au dialogue avec l’Occident, mais les interlocuteurs ne représentent jusqu’à présent qu’eux-mêmes et n’ont pas de mandat. Cette expérience permet de conclure qu’il ne sert pas à grand-chose de «se taper la tête» contre le mur de briques d’un leadership occidental idéologique – les valeurs russes n’étant qu’un chiffon rouge pour le «taureau» idéologique occidental. Cependant, il n’est pas certain que le moment venu, un interlocuteur habilité (capable de s’engager) sera présent à Washington pour décrocher le téléphone.

Néanmoins, l’hostilité projetée par l’Occident à l’égard de la Russie est perçue comme ayant des aspects positifs, mais aussi de graves risques (l’absence de traités sur l’utilisation et le déploiement d’armes). Les interlocuteurs soulignent que le dédain de l’Occident à l’égard des Russes – et son inimitié explicite – a finalement permis à la Russie de dépasser l’européanisation de Pierre le Grand. Ce dernier épisode est aujourd’hui considéré comme un détournement du véritable destin de la Russie (bien qu’il doive être replacé dans le contexte de la montée en puissance de l’État-nation européen post-westphalien).

L’hostilité manifestée par les Européens à l’égard du peuple russe (et pas seulement de sa gouvernance) a poussé la Russie à «redevenir elle-même», ce qui lui a été très bénéfique. Néanmoins, ce changement suscite une certaine tension : Il est évident que les «faucons» occidentaux scrutent en permanence la scène russe afin de localiser un hôte au sein du corps politique dans lequel insérer les spores de leur Nouvel Ordre Moral armé – leur but étant de s’enfoncer dans la société russe et de la fragmenter.

Inévitablement, l’attachement explicite à la culture occidentale suscite une certaine prudence au sein du «courant patriotique» dominant. Les Russes (principalement à Moscou et à Saint-Pétersbourg) qui penchent pour la culture européenne ressentent une certaine tension. Ils ne sont ni poisson ni volaille : La Russie évolue vers une nouvelle identité et une nouvelle «façon d’être», tandis que les européistes voient leurs repères reculer. D’une manière générale, ce changement est considéré comme inévitable et comme ayant entraîné une véritable renaissance russe et un sentiment de confiance.

Le renouveau de la religion, nous a-t-on dit, s’est effectivement déclenché spontanément, avec la réouverture des églises après la fin du communisme. De nombreuses nouvelles églises ont été construites (environ 75% des Russes se disent orthodoxes aujourd’hui). Dans un certain sens, la «renaissance» orthodoxe a une touche eschatologique – provoquée en partie par ce qu’un individu a appelé l’«eschatologie» antagoniste de l’ordre des règles ! Il est à noter que peu d’interlocuteurs ont regretté les «libéraux russes» séculiers (qui ont quitté la Russie) – «bon débarras» (bien que certains reviennent). Il y a ici un élément de nettoyage de la société de l’«occidentalisation» des siècles précédents – bien que l’ambivalence soit inévitable : La culture européenne – au moins en termes de philosophie et d’art – était, et est toujours, une composante essentielle de la vie intellectuelle russe et n’est pas sur le point de disparaître.

Le domaine politique

Il n’est pas facile d’exprimer le sens dans lequel la victoire «absolue» de la Russie en Ukraine s’est confondue avec la notion de renouveau en cours du nouveau sentiment d’identité de la Russie. La victoire en Ukraine a été en quelque sorte assimilée à un destin métaphysique – comme quelque chose d’assuré et qui se déroule. Les dirigeants militaires russes (et c’est compréhensible) restent muets quant à l’issue structurelle/institutionnelle probable. Les discussions (sur les plateaux télévisés) sont toutefois davantage centrées sur les querelles et les schismes qui déchirent Kiev que sur les détails du champ de bataille, comme c’était le cas jusqu’à présent.

Il est entendu que l’OTAN a subi une défaite totale en Ukraine. L’ampleur et la profondeur de l’échec de l’OTAN ont peut-être surpris la Russie, mais elles sont considérées comme un témoignage de la capacité d’adaptation et de l’innovation technologique de la Russie en matière d’intégration et de communication toutes armes confondues. La «victoire absolue» peut être comprise comme «il est hors de question» que Moscou permette à l’Ukraine de redevenir une menace pour la sécurité de la Russie.

Les responsables russes considèrent que l’Ukraine et les guerres israélo-moyen-orientales se combinent pour segmenter l’Occident en sphères distinctes et conflictuelles, ce qui conduit l’Occident à la fragmentation et à une possible instabilité. Les États-Unis sont confrontés à des revers et à des défis qui révéleront davantage la perte de dissuasion, ce qui exacerbera l’anxiété des Américains quant à leur sécurité.

Moscou sait à quel point le zeitgeist politique en Israël a changé (suite au gouvernement radical mis en place après les dernières élections israéliennes), et donc les limites qui en découlent pour les initiatives politiques des États occidentaux. Elle surveille attentivement les plans d’Israël concernant le Sud-Liban. La Russie se coordonne avec d’autres États pour éviter le glissement vers une grande guerre. La visite du président Raïssi à Moscou la semaine dernière se serait concentrée sur l’accord stratégique global en cours de négociation et aurait notamment comporté la signature d’un document sur la lutte contre les sanctions occidentales imposées aux deux États.

En ce qui concerne l’ordre mondial émergent, Moscou prendra la présidence des BRICS en janvier 2024. C’est à la fois une énorme opportunité d’établir le monde multipolaire des BRICS à un moment de large consensus géopolitique dans le Sud mondial – et un défi aussi. Moscou perçoit la fenêtre d’opportunité qu’offre sa présidence, mais est très consciente que les États des BRICS sont loin d’être homogènes. En ce qui concerne les guerres d’Israël, la Russie dispose à la fois d’un lobby juif influent et d’une diaspora russe en Israël qui impose certains devoirs constitutionnels au président. La Russie agira probablement avec prudence dans le conflit israélo-palestinien afin de préserver la cohésion des BRICS. Certaines formes importantes d’innovations économiques et financières émergeront de la présidence russe des BRICS.

En ce qui concerne le «problème UE» de la Russie, en contrepoint du soi-disant «problème Russie» de l’Europe, l’UE et l’OTAN (après le Maïdan) ont développé l’armée ukrainienne pour en faire l’une des armées les plus importantes et les mieux équipées de l’OTAN en Europe. Après que les propositions de règlement ukraino-russe de mars 2022 ont fait l’objet d’un veto de la part de Boris Johnson et de Blinken – et alors que l’inévitabilité d’une guerre plus longue et plus intense devenait certaine – la Russie s’est mobilisée et a préparé ses propres chaînes d’approvisionnement logistique. Toutefois, les dirigeants de l’UE s’emploient désormais à «boucler la boucle» en projetant cette expansion militaire russe (elle-même une réaction à l’intensification de la présence de l’OTAN en Ukraine) comme la preuve d’un plan russe d’invasion de l’Europe continentale. Dans ce qui semble être un effort coordonné, les médias grand public occidentaux s’efforcent de trouver tout ce qui peut ressembler, même de loin, à une preuve des «desseins» supposés de la Russie contre l’Europe.

Le spectre de l’impérialisme russe est brandi pour susciter la peur au sein de la population européenne et pour faire valoir que l’Europe doit consacrer des ressources à la préparation de sa logistique en vue d’une prochaine guerre avec la Russie. Il s’agit là d’un nouveau rebondissement dans le cercle vicieux de la menace de guerre qui n’augure rien de bon pour l’Europe. Pour l’Europe, il n’y avait pas de «problème» russe jusqu’à ce que les néo-conservateurs s’emparent de l’«ouverture» du Maïdan pour affaiblir la Russie.

Alastair Crooke

source : Strategic Culture Foundation

traduction Réseau International

Moscou on the Rocks

Source : RzO international - Le 10/12/2023.

par Pepe Escobar

La Russie n’entamera pas de dialogue diplomatique. Le sentiment de menace est très réel en Russie. Les canaux diplomatiques ont transmis ce message aux Américains.

Et puis, nonchalamment, presque comme une réflexion après coup alors qu’il rencontrait des héros du Donbass, Poutine annonce qu’il se présentera à nouveau à la présidence lors des élections de mars prochain. Compte tenu de sa popularité massive – au moins 80% à l’échelle du pays – il est voué à rester au pouvoir jusqu’en 2030.

Bienvenue au VVP-2024. Il aura tout le temps pour des réunions en série avec son cher ami Xi Jinping. Le partenariat stratégique Russie-Chine, chargé d’ouvrir la voie à la multipolarité, est prévu pour déferler plus progressivement qu’Emerson, Lake et Palmer sur «Tarkus» («Have you walked in the stones of years ?»).

Ce sont des journées enivrantes dans une Moscou éblouissante et enneigée. Commençons par faire l’inventaire de tous les indicateurs qui sont admis à contrecœur, même par les médias enragés de l’OTAN.

Un boom manufacturier est en cours dans une économie de semi-guerre. Les investissements sont en hausse, en hausse et en hausse – notamment de la part d’oligarques russes douteux qui ne peuvent plus placer leurs fonds à l’Ouest.

Le tourisme est en plein essor, notamment grâce aux légions de touristes chinois et à tous les habitants du Moyen-Orient, du centre et du sud de l’Asie. Les exportations de pétrole et de gaz sont en plein essor, les clients de l’UE continuant d’acheter du gaz via la Turquie ou, pour le plus grand plaisir de New Delhi, du pétrole reconditionné en Inde.

Le yuan remplace le dollar américain et l’euro.

Les règles de substitution des importations s’appliquent, tandis qu’en parallèle les produits fabriqués en Turquie ou en Chine remplacent les produits européens.

En janvier dernier, le FMI pariait que l’économie russe se contracterait de 2,3%. Aujourd’hui, cet avant-poste du département du Trésor admet que le PIB russe augmentera de 2,2%. En fait, c’est 3%, selon Poutine lui-même, sur la base des chiffres fournis par la «perturbatrice» (telle que décrite par un torchon occidental), Madame Elvira Nabiullina.

En coulisses du festin mobile

J’ai eu le privilège de participer à des réunions clés sur tous les sujets, depuis les derniers développements sur le front Ukraine-Biélorussie jusqu’à des études encore secrètes et de haut vol sur le mécanisme idéal pour contourner le dollar américain dans les règlements de paiement.

Un petit groupe d’entre nous, invité par le Mouvement russophile international (MIR), a eu droit à une visite détaillée de l’étonnant complexe monastique de Sretensky, défini par le très cool Larry Johnson comme un joyau architectural sans pareil où l’on peut faire l’expérience de «la présence palpable de Dieu».

Ensuite, il y a eu le rituel habituel, le long dîner langoureux avec une princesse éblouissante dans les incomparables étangs du Patriarche, dans le quartier de Soho à Moscou ; la discussion avec la jeune génération future qui planifie un nouveau groupe de réflexion révolutionnaire à Saint-Pétersbourg ; l’exposition fascinante sur la Russie au VDNKh, avec un bunker souterrain de quatre étages construit par Rosatom pour mettre en lumière l’histoire du programme nucléaire russe.

Oui, il y a des répliques du TU-144 supersonique, du sous-marin nucléaire K3 Leninsky Komsomol et même de la Tsar Bomba. Sans oublier la fusée de Gagarine, illuminée comme si elle était en train de faire un voyage psychédélique.

L’esprit de Noël règne sur la Place Rouge, avec sa patinoire et ses innombrables sapins de Noël de toutes les régions de Russie, exposés au GUM.

Bienvenue à la véritable fête mobile multipolaire ; et à l’ère du génocide sur tous les smartphones, contrairement à l’époque d’Hemingway il y a un siècle, cela ne se passe pas exactement dans un Paris lugubre et craintif.

Le dialogue au plus haut niveau diplomatique, coordonné par le MIR, a suivi les règles de Chatham House : Nous pouvons parler des informations – inestimables – débattues et divulguées, mais les identités et les affiliations ne doivent pas être révélées.

Cela nous permet de souligner quelques points cruciaux.

La diplomatie russe de haut niveau a été stupéfaite de découvrir que l’Europe était beaucoup plus dogmatique qu’on ne le pensait. Une «nouvelle génération» est nécessaire pour que le dialogue reprenne, mais cela ne semble pas être à l’ordre du jour.

Les ambassades devraient jouer un rôle de médiateur. Or, ce n’est pas le cas, surtout en ce qui concerne l’ambassade des États-Unis à Moscou.

La Russie ne veut pas entamer un dialogue diplomatique. Le sentiment de menace est très réel en Russie. Les canaux diplomatiques ont transmis ce message aux Américains, à huis clos.

Sur les vœux pieux de has been comme l’ancien secrétaire général de l’OTAN Anders «Brouillard de Guerre» Rasmussen, qui se vante d’avoir bloqué Saint-Pétersbourg sur la mer Baltique : «C’est quelque chose qui pourrait très mal se terminer».

L’abîme de l’humiliation de l’OTAN

Au milieu de ce qui a été correctement décrit comme une «hypocrisie organisée par la souveraineté», on a entrevu une possible initiative intellectuelle unie entre la Russie, le Sud mondial et quelques Américains et Européens dissidents pour orienter l’Occident recueilli vers l’acceptation de la multipolarité. Toutefois, ce qui domine pour l’instant, c’est ce qui a été défini comme des «schémas sombres» – notamment une question toujours sans réponse, posée par l’étalon-or-platine-terres rares de l’analyse, Alastair Crooke : Comment se fait-il que l’Occident ait été si docile face au wokisme ?

On a beaucoup appris sur la capacité d’adaptation de la Russie aux sanctions et sur le renforcement du caractère national, parallèlement à l’économie. Nabiullina avait donc raison après tout : Il n’est pas étonnant que les Russes se sentent plus sûrs d’eux qu’auparavant.

Cependant, il n’y a pas d’illusions à se faire en ce qui concerne la guerre hybride à plusieurs niveaux menée par l’Hégémon : «La Russie doit être punie, et ce pour de nombreuses générations. Les Russes doivent connaître leur place». Cet état d’esprit n’est pas près de disparaître. Il faut donc une Russie unifiée sous Poutine et l’Église orthodoxe pour combattre quelque chose d’aussi «existentiellement grave».

Et puis il y a la dimension profonde de l’opération militaire spéciale. Ce qui se passe dans les steppes du Donbass est également perçu comme un défi spirituel. Il fallait donc évoquer l’esprit hégélien : Le peuple dans son ensemble s’est engagé à remporter la victoire – d’autant plus que l’Hégémon est complètement paniqué face à l’abîme de l’humiliation cosmique de l’OTAN.

Compte tenu de tout ce qui précède, il n’est pas étonnant que chacune de mes longues promenades au milieu de la nuit moscovite ait été accompagnée d’une voie lactée de pensées tourbillonnantes. Puis je m’arrêtais dans l’un de mes établissements préférés, je me versais la dernière vodka bien fraîche et je portais un toast à la multipolarité galactique. Loin, mais à portée de main.

Pepe Escobar

source : Strategic Culture Foundation

traduction Réseau International

La Russie se prépare à un nouveau monde

Source : RzO international - Le 10/12/2023.

par M. K. Bhadrakumar

L’annonce vendredi par le président russe Vladimir Poutine qu’il se représentera pour un cinquième mandat n’a pas été une surprise. Le fait qu’il ait choisi l’occasion d’une cérémonie au Kremlin pour remettre les médailles de Héros de la Russie à des militaires ayant participé à l’opération militaire russe contre l’Ukraine pour faire cette annonce est frappant.

Il s’avère que Poutine répondait à une exhortation du Héros de la République populaire de Donetsk Artyom Zhoga, commandant du célèbre bataillon Sparte (qui a succédé à son fils Vladimir, mort à 28 ans en 2022 et qui s’est vu décerner à titre posthume le titre de «Héros de la Russie»), selon laquelle l’ensemble du Donbass souhaiterait qu’il participe à l’élection. Il ne fait aucun doute que le colonel Zhoga a exprimé un souhait collectif du peuple russe.

La guerre en Ukraine s’est avérée être un événement déterminant dans la vie politique de Poutine. Lorsque l’opération militaire spéciale a débuté fin février 2022, certains ont cru à tort qu’elle serait de courte durée et que le président Volodymyr Zelensky accepterait l’offre de négociation de la Russie. Mais là où Moscou s’est terriblement trompé, c’est que les États-Unis n’allaient pas s’engager dans une guerre par procuration avec eux avec autant d’ardeur et manipuler Zelensky pour qu’il ne cherche pas la paix.1

En effet, Poutine a fini par sortir l’opération militaire spéciale de l’impasse en procédant à un retrait tactique des troupes dans les secteurs nord, en autorisant une large mobilisation des troupes pour mener une guerre d’usure et en ordonnant une fortification efficace à plusieurs niveaux de la ligne de front. Rétrospectivement, ses décisions militaires ont inversé le cours de la guerre et l’armement et la technologie militaire russes ont surpassé ce que les États-Unis et l’OTAN ont fourni à Kiev.

À l’heure actuelle, les forces russes avancent sur les 900 km de la ligne de front et leur élan pourrait les porter jusqu’à l’autre côté du Dniepr. La Crimée et la mer Noire ne sont pas en grand danger ; les quatre nouveaux territoires sont riches en ressources et la Russie contrôle tous les ports de la stratégique mer d’Azov, qui est une importante voie d’accès à l’Asie centrale depuis la mer Caspienne via le canal Volga-Don.

Cependant, bien que les États-Unis n’aient pas réussi à remporter une victoire militaire en Ukraine, l’administration Biden tentera de prolonger le conflit aussi longtemps que possible jusqu’en 2024, espérant saigner la Russie dans une lutte épuisante comme en Afghanistan dans les années quatre-vingt. Mais c’est un espoir vain.

Sergueï Narychkine, chef du service de renseignement extérieur russe, a écrit la semaine dernière dans le journal de l’agence, Razvedchik (The Intelligence Operative), qu’«il est fort probable qu’un soutien supplémentaire à la junte de Kiev, en particulier compte tenu de la «toxicité» croissante du thème ukrainien pour l’unité transatlantique et la société occidentale dans son ensemble, accélérera le déclin de l’autorité internationale de l’Occident».

L’Ukraine elle-même se transformera en un «trou noir qui absorbera des ressources matérielles et humaines au fur et à mesure qu’elle avancera», poursuit-il. «Au final, les États-Unis risquent de créer un «autre Vietnam», avec lequel chaque nouvelle administration américaine devra composer jusqu’à ce qu’une personne sensée ayant le courage et la détermination de briser ce cercle vicieux prenne le pouvoir à Washington».

L’Ukraine restera une question prioritaire pour la Russie et c’est l’une des principales raisons pour lesquelles l’élite russe et le pays dans son ensemble souhaitent que Poutine reste au pouvoir jusqu’en 2030. Le cœur du problème est que Poutine a également brillamment bidouillé les politiques économiques et sociales pour épargner aux Russes ordinaires les privations habituelles caractéristiques d’une «économie de guerre». La vie continue et la «nouvelle normalité» fonctionne bien.

Poutine a dispersé l’objectif des États-Unis de piéger la Russie dans un bourbier apparent – en faisant plonger l’économie russe, en attisant le mécontentement social et en créant les conditions d’une insurrection contre le régime – afin d’affaiblir la Russie et de l’éliminer de la scène mondiale en tant que contrepoint de plus en plus efficace à l’hégémonie occidentale, en alimentant des tendances dissidentes qui menacent l’unité et l’intégrité de la Fédération de Russie.

En réalité, les réalisations de Poutine sont un travail en cours et son maintien au pouvoir reste une condition préalable à la réémergence de la Russie en tant que «superpuissance» surpassant même, à certains égards, l’Union soviétique, dans des circonstances qui sont autant de défis que d’opportunités à saisir de manière créative dans un environnement mondial volatile en pleine transition historique.

Poutine a tâté le terrain et a placé la Russie du bon côté de l’histoire, pour ainsi dire, ce qui présente une étude en contraste avec le désarroi et le manque de conviction et de leadership des États-Unis et du système transatlantique dans son ensemble.

Si l’on prend comme référence l’essai précité de Narychkine (intitulé «2024 est l’année de l’éveil géopolitique»), on peut s’attendre à ce que le monde en transition ait une trajectoire conforme aux lignes suivantes :

• Un conflit fondamental entre l’«ancien» et le «nouveau» monde, qui a mûri sous la surface au cours des trois décennies qui ont suivi la fin de la guerre froide, est «entré dans une phase ouverte» avec le début de l’opération militaire spéciale de la Russie et a «acquis un caractère géographique global» au cours de l’année écoulée.

• Un nombre croissant de pays qui «partagent les idées de multipolarité et adhèrent à une vision traditionnelle du monde» repoussent l’agenda mondialiste et anti-humaniste de l’Occident.

• Par conséquent, les risques d’instabilité se multiplient, ce qui conduit à «une augmentation de la nature chaotique des processus qui se déroulent dans l’arène de la politique étrangère». La situation émergente exige «une retenue et une prévoyance remarquables» de la part des dirigeants mondiaux.

• En résumé, la situation actuelle «rappelle de plus en plus une situation de révolution de classe, lorsque les «classes supérieures», face à l’affaiblissement des États-Unis, ne peuvent plus assurer leur propre leadership, et que les «classes inférieures», comme l’élite anglo-saxonne désigne tous les autres pays, ne veulent plus obéir aux diktats de l’Occident».

• Afin de préserver son hégémonie mondiale, l’élite euro-atlantique suivra le chemin bien tracé de la création d’un chaos contrôlé – déstabiliser la situation dans des régions clés en montant certains États «récalcitrants» contre d’autres et «former un sous-système autour d’eux sous forme de coalitions opérationnelles et tactiques contrôlées par l’Occident».

• Cependant, «les acteurs mondiaux responsables, en particulier la Russie, la Chine, l’Inde et quelques autres, se montrent prêts à résister résolument aux menaces extérieures et à mettre en œuvre de manière indépendante la gestion des crises». Même les plus proches alliés des États-Unis s’efforcent de diversifier leurs relations extérieures face au manque de confiance dans les États-Unis en tant que fournisseur de sécurité. L’éclatement du conflit israélo-palestinien est «un exemple qui donne à réfléchir» pour de nombreux hommes politiques occidentaux.

• Dans un tel contexte, «la scène mondiale sera marquée par une nouvelle intensification de la confrontation entre les deux principes géopolitiques – à savoir le principe anglo-saxon, ou insulaire, «diviser pour régner» et le principe continental «unir pour diriger» qui lui est directement antagoniste. Les manifestations de cette confrontation féroce au cours de l’année à venir seront observées jusque dans les régions les plus reculées du monde».

Il est intéressant de noter que dans le pronostic de Narychkine, ce n’est pas l’Indo-Pacifique mais le «monde arabe» qui restera «l’arène clé de la lutte pour un nouvel ordre mondial» en 2024.

Soit dit en passant, cet essai a été publié à la veille du voyage d’une journée de Poutine aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite, mercredi, où il a reçu un accueil de héros. Dans une courtoisie extraordinaire des pays hôtes, l’avion présidentiel de Poutine a été flanqué de quatre chasseurs multirôles Su-35 armés, notés pour leur grande puissance de combat, leur grande vitesse et leur rayon d’action inégalable.

M. K. Bhadrakumar

source : Indian Punchline

traduction Réseau International

 

L'Arctique, la nouvelle cible de Poutine

 

 

Les élites politiques russes parlant de leurs homologues américains : « des manipulateurs de cartes ! »

 


Par Gilbert Doctorow – Le 9 novembre 2023

Le forain américain du XIXe siècle P.T. Barnum est surtout connu pour son aphorisme “Il y a un pigeon qui naît à chaque minute“. C’est précisément le type de tricheur cynique qui symbolise aujourd’hui l’establishment politique américain, selon l’avis d’experts et de législateurs russes participant à l’émission télévisée Evening with Vladimir Solovyov, très regardée. Ils ont dans leur ligne de mire ce qu’ils appellent “le Biden collectif“, c’est-à-dire le fou sénile et désorienté qui a le doigt sur le bouton rouge et l’État profond qui écrit ses discours et oriente ses décisions. Cela englobe également les crapules du Sénat américain comme Chuck Schumer, mon camarade de classe (Harvard 67) Mike Blumenthal et le célèbre Lindsey Graham. Des extraits de leurs déclarations sont très souvent affichés à l’écran pour permettre au public russe de mieux comprendre ce que disent les anciens “partenaires” de la Russie à l’étranger.

 

Ceux d’entre vous qui suivent RT (Russia Today) n’ont jamais été exposés à ce genre d’analyse tranchée et de mépris total pour les classes politiques américaines. Cela va bien plus loin que ce que l’on pourrait imaginer lorsque les grands médias occidentaux concèdent qu'”il y a peu de confiance entre les deux parties“.

Si l’on creuse un peu, le mépris des commentateurs politiques russes, dont beaucoup sont titulaires de diplômes universitaires de haut niveau, repose sur leur conviction que les hommes politiques américains, comme leurs homologues de l’Union européenne aujourd’hui, sont peu éduqués, voire tout simplement des ignorants. Par une curieuse ironie du sort, les Américains apparaissent aux yeux des élites russes comme les péquenauds que les Américains voyaient autrefois dans les dirigeants soviétiques de l’époque de Khrouchtchev.

Nous avons tous pu rire aux dépens de la ministre allemande des affaires étrangères, Annalena Baerbock, qui a déclaré il y a quelques mois que “Vladimir Poutine doit changer de cap à 360 degrés“. Mais à Moscou, on a surtout ri aux dépens de Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale du président, apparemment bien formé et diplômé de Yale, et de sa citation, jamais démentie, datant de quelques semaines avant l’attaque du Hamas contre Israël, le 7 octobre, selon laquelle “le Moyen-Orient est plus calme aujourd’hui qu’il ne l’a été depuis deux décennies“.

Ces panélistes russes rient aux larmes. La valeur d’une éducation de l’Ivy League, autrefois considérée comme le nec plus ultra par les parents oligarques ambitieux de Moscou, se révèle comme étant nulle. Plus important encore, ils ne voient aucune alternative à la préparation aux pires atrocités qui pourraient être déclenchées par les États-Unis contre les alliés de la Russie, comme l’Iran, à tout moment. C’est l’allusion subtile qu’ils associent au stationnement actuel d’un sous-marin américain à armement nucléaire en mer Rouge. Ils prévoient le déclenchement d’une guerre directe avec Washington à tout moment. C’est pourquoi les Russes sont déterminés à augmenter encore les dépenses militaires et à multiplier leur complexe militaro-industriel dans l’avenir immédiat. Pour reprendre la perspective de Lev Tolstoï dans l’épilogue de Guerre et Paix, Vladimir Poutine est l’instrument des élites russes autant, sinon plus, qu’il n’en est l’éclaireur.

Je mentionne tout ce qui précède pour aider les lecteurs à comprendre comment les élites politiques russes et le Kremlin considèrent les suggestions qui font actuellement surface dans les médias américains et occidentaux, à savoir que la guerre entre la Russie et l’Ukraine est dans une impasse et qu’il est temps pour les parties de négocier une paix.

Pour les Russes, cela signifie que les États-Unis ont déplacé leurs priorités vers le conflit au Moyen-Orient et vers la préparation de la confrontation armée à venir avec la Chine. Kiev peut maintenant être lâché sans attirer indûment l’attention sur le manque de fiabilité de l’Amérique en tant que garante de la défense, car les médias mondiaux se concentrent sur la lutte entre le Hamas et Israël.

Cependant, du point de vue des élites russes, la guerre en Ukraine a basculé de manière décisive en faveur de Moscou, maintenant que Kiev a largement épuisé ses réserves humaines et matérielles pour faire la guerre. Ces élites ne sont absolument pas intéressées par une solution semblable à celle de la Corée, par un “conflit gelé” qui pourrait être réchauffé à tout moment dans l’avenir, lorsque Washington le décidera. Non, elles ne s’assiéront pas à la table des négociations tant que Kiev ne capitulera pas et n’acceptera pas ce qui équivaut à la neutralité et au retrait du régime néo-nazi de Zelensky. Moscou est prête à se battre “aussi longtemps qu’il le faudra” pour atteindre ses objectifs.

Gilbert Doctorow

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

Ce qu’il faut retenir du discours de Poutine au sommet du G20

par Sputnik Afrique - Le 23/11/2023.

Revenant sur les propos du secrétaire général de l’ONU selon lesquels Gaza est «un cimetière pour enfants», Vladimir Poutine a épinglé, lors du sommet du G20, les leaders mondiaux qui ne se disent bouleversés que par le conflit en Ukraine. Il a aussi noté que la Russie n’avait jamais refusé de dialoguer avec Kiev au sujet d’une trêve.

Le président russe s’est demandé pourquoi les dirigeants mondiaux qui se disent «choqués» par le conflit continu en Ukraine, ne le sont pas à l’égard de la catastrophe humanitaire dans la bande de Gaza :

«Je comprends qu’il s’agit d’une guerre, les pertes en vies humaines ne peuvent que choquer. Et le coup d’État sanglant en Ukraine en 2014, suivi de la guerre du régime de Kiev contre son peuple dans le Donbass, n’est-ce pas choquant ? Et l’extermination de la population civile en Palestine et dans la bande de Gaza aujourd’hui. N’est-ce pas choquant ?», a-t-il indiqué ce 22 novembre au cours du sommet du G20 auquel il a participé en visioconférence.

«N’est-il pas choquant que des médecins soient obligés de pratiquer des opérations sur des enfants, des opérations abdominales, en utilisant un scalpel sur le corps d’un enfant, sans anesthésie ? Et le fait que le secrétaire général de l’ONU ait dit que Gaza s’est transformée en un immense cimetière pour enfants, n’est-ce pas choquant ?», a poursuit le dirigeant russe.

Besoin d’une paix

Vu que les actions militaires sont toujours associées à des catastrophes personnelles, il est nécessaire de réfléchir à la manière d’y mettre fin :

«Bien sûr, les actions militaires sont toujours une tragédie. Des personnes concrètes, des familles concrètes et le pays dans son ensemble, et bien sûr, nous devons réfléchir à la manière de mettre un terme à cette tragédie», a noté Poutine tout en revenant sur le dossier ukrainien.

Il a d’ailleurs rappelé que la Russie n’a jamais refusé les négociations de paix. Cependant, pour pouvoir les organiser, Kiev doit tout d’abord abolir son décret signé en septembre 2022 par Volodymyr Zelensky, interdisant tous les pourparlers «avec le Président russe Vladimir Poutine».

Problèmes économiques

L’économie mondiale subit un stress colossal qui n’est pas provoqué par les actions de la Russie en Ukraine, mais par «la politique macroéconomique irréfléchie» de certains États, poursuit-il.

«Certes, l’injection de milliers de milliards de dollars et d’euros dans l’économie, dans le système bancaire a suscité une flambée de l’inflation mondiale, une augmentation rapide des prix alimentaires et énergétiques. C’est précisément ce qui est au cœur des événements dont je vous ai parlé. Ce ne sont pas du tout nos actions ni nos tentatives pour obtenir justice en Ukraine. Non. Ce sont les actions des plus grandes économies du monde», a souligné le chef de l’État russe.

Au vu de l’état actuel des choses, la situation de l’économie mondiale nécessite un consensus et la prise en compte des points de vue des différents pays, selon lui.

De son côté, la Russie se prononce pour la reconstitution d’une coopération ouverte et mutuellement bénéfique dans le monde :

«La Russie est favorable au rétablissement de l’esprit d’une coopération économique internationale ouverte et mutuellement bénéfique, fondée sur les normes de la Charte des Nations unies et les principes du travail d’équipe collégial et mutuellement respectueux. Il est important de parvenir à une optimisation efficace du système de gouvernance économique mondiale, à savoir, pour redémarrer pleinement l’OMC [Organisation mondiale du commerce], y compris sa fonction d’arbitrage», a déclaré Poutine.

Blé pour l’Afrique

La Russie remplit toutes ses obligations dans le domaine des exportations alimentaires, a-t-il fait valoir. À titre d’exemple, il a rappelé que la Russie avait récemment envoyé les premiers navires transportant gratuitement des céréales russes en Afrique.

Les premiers navires de 25 000 tonnes de grains chacun, à destination du Burkina Faso et de la Somalie, doivent arriver dans les ports de destination d’ici deux ou trois semaines, indiquait le 17 novembre le ministre russe de l’Agriculture Dmitri Patrouchev.

Des navires avec du blé pour la République centrafricaine, le Zimbabwe, le Mali et l’Érythrée partiront avant la fin de l’année. Jusqu’à 200 000 tonnes de blé devront être livrées à l’Afrique d’ici la fin de l’année, selon lui.

source : Sputnik Afrique

 

Poutine annonce les prochaines initiatives de la Russie pour résoudre le conflit israélo-palestinien

par Sputnik Afrique - Le 22/11/2023.

Déplorant la catastrophe humanitaire désastreuse dans la bande de Gaza, Vladimir Poutine a prôné la nécessité d’un cessez-le feu tout en annonçant les futures initiatives russes sur cette crise en 2024. Il a dénoncé les tentatives US de déjouer les efforts de médiation et le non-respect des décisions de l’Onu prises au XXe siècle.

La Russie a l’intention d’initier des contacts sur le conflit israélo-palestinien lors de sa présidence des BRICS+ (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud et plusieurs nouveaux membres) en 2024, a déclaré ce 21 novembre Vladimir Poutine lors d’un sommet extraordinaire des BRICS consacré à la crise au Moyen-Orient.

«Nous considérons qu’il est extrêmement utile de poursuivre les discussions au sein des BRICS sur le développement ultérieur de la confrontation palestino-israélienne. (…) Lors de la prochaine présidence russe de l’association l’année prochaine, nous initierons d’éventuels contacts, y compris par vidéoconférence, sur cette question», a noté le président russe.

Impérativité d’un cessez-le-feu

À l’heure actuelle, il est primordial de parvenir à une trêve durable et sur le long terme au Proche-Orient, a-t-il poursuivi, soulignant également l’inadmissibilité d’élargir la géographie du conflit.

«Bien sûr, dans l’ensemble, la tâche la plus urgente est de parvenir à un cessez-le-feu véritable sur le long terme et durable. Il est important, je suis d’accord avec mon collègue brésilien, d’éviter l’implication d’autres États dans la guerre dans le Proche-Orient et toute extension du conflit, ainsi qu’à conserver la paix interconfessionnelle fragile», a-t-il déclaré Poutine.

Washington accusé de saborder le règlement pacifique

Le dirigeant russe a accusé les États-Unis de torpiller les efforts de médiation visant à un cessez-le-feu et à une résolution pacifique du conflit.

«Tous ces événements sont essentiellement une conséquence directe de la volonté américaine de monopoliser les efforts et les fonctions de médiation dans le règlement du conflit israélo-palestinien et de leur blocage des activités du Quatuor de médiateurs internationaux pour le Proche-Orient», poursuit-il.

Selon Poutine, «l’histoire a montré que les tentatives individuelles visant à trancher le nœud palestinien» étaient non-viables et contre-productives.

L’ONU est aussi dans le collimateur

Dans son ensemble, la crise semble être exacerbée par le non-respect des directives de l’ONU, adoptées au XXe siècle, à l’encontre de cette région :

«En raison du sabotage des décisions de l’ONU, qui prévoient clairement la création et la coexistence pacifique de deux États indépendants et souverains – Israël et la Palestine – plus d’une génération de Palestiniens a été élevée dans un climat d’injustice envers son peuple. Alors même que les Israéliens ne peuvent pas garantir pleinement la sécurité de leur État», a indiqué le président russe.

Détresse à Gaza

La situation dans la bande de Gaza est un désastre humanitaire qui suscite de profondes inquiétudes, a-t-il fait valoir :

«La mort de milliers de personnes, les expulsions massives de civils et la catastrophe humanitaire en cours [dans la bande de Gaza] sont une source de profonde préoccupation».

Commentant la mort d’un grand nombre d’enfants, Poutine a noté : «C’est terrible. Lorsque les médecins opèrent des enfants sans anesthésie, cela suscite bien sûr des sentiments particuliers».

Le chef de l’État russe est également revenu sur un document récemment voté à l’ONU :

«Bien que cette résolution contienne uniquement un appel à l’établissement de pauses humanitaires, et non à un cessez-le-feu complet, nous considérons le fait même de son approbation comme un pas dans la bonne direction». Et d’ajouter qu’il faut «continuer de lutter pour la libération des otages et l’évacuation des civils».

Efforts du Moyen-Orient

Poutine a souligné les efforts déployés par les pays du Moyen-Orient pour stabiliser la situation et la position constante des BRICS sur une solution durable au conflit palestino-israélien.

«La participation à notre réunion de nos collègues des États du Moyen-Orient, qui ont reçu cette année une invitation à devenir membres à part entière des BRICS, est particulièrement importante. Profitant de cette occasion, je voudrais respectueusement noter leurs efforts pour régler la situation, et je parle en particulier de la tenue d’un «sommet de la paix» en Égypte et d’un sommet islamique d’urgence en Arabie saoudite».

Le dirigeant russe a salué la pratique de convoquer d’urgence des sommets des BRICS sur des questions internationales importantes, initiée par l’Afrique du Sud.

source : Sputnik Afrique

Le pivot public de la Russie vers la Palestine

par Pepe Escobar - Le 0/11/2023. 

Alors que le soutien de l’Occident à la guerre d’Israël à Gaza devient indéfendable, Moscou s’aligne sur la Majorité mondiale pour défendre la Palestine.

La question complexe et nuancée de la neutralité géopolitique de la Russie dans la tragédie israélo-palestinienne a finalement été clarifiée la semaine dernière, en des termes très clairs.

La pièce à conviction est le président russe Vladimir Poutine qui s’est adressé – en personne, le 30 octobre – au Conseil de sécurité de son pays, à de hauts responsables du gouvernement et aux chefs des agences de sécurité.

Parmi les personnalités présentes figuraient le Premier ministre Mikhaïl Michoustine, le président de la Douma Viatcheslav Volodine, le secrétaire du Conseil de sécurité Nikolaï Patrouchev, le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, le directeur du FSB Alexandre Bortnikov et le directeur du SVR (renseignement extérieur) Sergueï Narichkine.  

Poutine n’a pas perdu de temps pour détailler la position officielle de la Fédération de Russie dans l’incandescence géopolitique actuelle de deux guerres imbriquées, l’Ukraine et Israël-Palestine. Cette déclaration s’adressait aussi bien à son public de haut niveau qu’aux dirigeants politiques de l’hégémon occidental.

«Rien ne peut justifier les terribles événements qui se déroulent actuellement à Gaza, où des centaines de milliers d’innocents sont tués sans discernement, sans pouvoir fuir ou se cacher des bombardements. Quand on voit des enfants tachés de sang, des enfants morts, la souffrance des femmes et des personnes âgées, quand on voit des médecins tués, bien sûr, on serre les poings et on a les larmes aux yeux».

La coalition du chaos dirigée par les États-Unis

Il a ensuite donné un aperçu du contexte : «Nous devons comprendre clairement qui est en réalité derrière la tragédie des peuples du Moyen-Orient et d’autres régions du monde, qui a organisé ce chaos meurtrier et qui en tire profit».

Sans détour, Poutine a décrit «les élites dirigeantes actuelles des États-Unis et de leurs satellites» comme «les principaux bénéficiaires de l’instabilité mondiale qu’ils utilisent pour extraire leur rente sanglante. Leur stratégie est également claire. Les États-Unis en tant que superpuissance mondiale s’affaiblissent et perdent leur position, et tout le monde le voit et le comprend, même à en juger par les tendances de l’économie mondiale».

Le président russe a établi un lien direct entre la volonté américaine d’étendre «sa dictature mondiale» et l’obsession politique de promouvoir un chaos permanent : «Ce chaos les aidera à contenir et à déstabiliser leurs rivaux ou, comme ils le disent, leurs adversaires géopolitiques, parmi lesquels ils placent également notre pays, qui sont en réalité de nouveaux centres de croissance mondiaux et des pays indépendants souverains qui ne veulent pas se soumettre et jouer le rôle de serviteurs».

De manière cruciale, Poutine a tenu à «répéter encore une fois» à son public interne et à celui du Sud mondial que «les élites dirigeantes des États-Unis et leurs satellites sont derrière la tragédie des Palestiniens, le massacre au Moyen-Orient en général, le conflit en Ukraine et de nombreux autres conflits dans le monde – en Afghanistan, en Irak, en Syrie, et ainsi de suite».

Ce point est d’une importance capitale. En faisant l’amalgame entre les auteurs du conflit en Ukraine et de la guerre contre Gaza – «les États-Unis et leurs satellites» – le président russe a effectivement mis Israël dans le même sac que l’hégémon occidental et son programme de «chaos».

Moscou s’aligne sur la véritable «communauté internationale»

Essentiellement, ce que cela nous dit, c’est que la Fédération de Russie s’aligne sans équivoque sur l’écrasante majorité de l’opinion publique du Sud mondial/Majorité mondiale – du monde arabe à toutes les terres d’islam et au-delà, en Afrique, en Asie et en Amérique latine.

Il est intéressant de noter que Moscou s’aligne sur les analyses du leader iranien, l’ayatollah Khamenei – un partenaire stratégique de la Russie – et du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, dans son discours percutant, sophistiqué et teinté de Sun-Tzu de vendredi dernier, sur «l’araignée qui tente d’enchevêtrer la planète entière et le monde entier dans sa toile d’araignée».

La preuve B de la position officielle de la Russie, en particulier sur Israël-Palestine, a été donnée par le représentant permanent de la Russie auprès de l’ONU, Vassili Nebenzia, lors d’une session spéciale de l’Assemblée générale de l’ONU sur la Palestine, deux jours après le discours de Poutine.

Nebenzia a clairement indiqué qu’Israël, en tant que puissance occupante, n’a pas «le droit à l’autodéfense», ce qui a été confirmé par une décision consultative de la Cour internationale de justice des Nations unies datant de 2004.

À l’époque, la Cour avait également établi, par 14 voix sur 15, que la construction par Israël d’un mur massif en Palestine occupée, notamment à Jérusalem-Est, était contraire au droit international.

En termes juridiques, Nebenzia a réduit à néant l’argument sans cesse évoqué du «droit à l’autodéfense» brandi par Tel-Aviv et toute la galaxie de l’OTAN. L’Hégémon, protecteur de Tel-Aviv, a récemment opposé son veto au projet humanitaire du Brésil au Conseil de sécurité de l’ONU, simplement parce qu’il ne mentionnait pas le «droit à l’autodéfense» d’Israël.

Tout en soulignant que Moscou reconnaît le droit d’Israël à assurer sa sécurité, Nebenzia a insisté sur le fait que ce droit «ne pourrait être pleinement garanti que dans le cas d’une résolution équitable du problème palestinien basée sur les résolutions reconnues du Conseil de sécurité de l’ONU».

Les faits montrent qu’Israël ne respecte aucune résolution du Conseil de sécurité des Nations unies sur la Palestine.

Les priorités de Lavrov en Palestine occupée

La pièce à conviction C sur la position de la Russie concernant Israël/Palestine a été fournie par le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors d’une conférence de presse avec le ministre koweïtien des Affaires étrangères Sabah Al-Sabah, deux jours après l’intervention de Nebenzia à l’ONU. 

Lavrov a réitéré les priorités de Moscou déjà soulignées par Poutine et Nebenzia : un cessez-le-feu urgent, des couloirs humanitaires et un retour à la table des négociations pour «un État palestinien indépendant, tel qu’envisagé par le Conseil de sécurité de l’ONU dans les frontières de 1967, qui coexisterait dans la paix et la sécurité avec Israël».

Lavrov a souligné une fois de plus que plusieurs tactiques de diversion américano-israéliennes sont employées «dans le but de retarder (voire d’enterrer) la décision du Conseil de sécurité de l’ONU de créer un État palestinien».

Cela implique, selon le ministre des Affaires étrangères russe, de condamner les Palestiniens «à une existence éternelle sans droits. Cela ne garantira ni la paix ni la sécurité dans la région et ne fera qu’aggraver le conflit. Et vous ne serez pas en mesure de l’approfondir. Les prochains «raisins de la colère» seront semés et pousseront rapidement».

L’analyse de Lavrov, autant que celle de Poutine, converge avec celle de Khamenei et de Nasrallah : «Il ne s’agit pas de Gaza, mais du conflit israélo-palestinien. L’État de Palestine fait partie intégrante de cette solution».

La Russie sème les graines pour exercer le rôle de médiateur de confiance pour toutes les parties en Israël/Palestine – un rôle totalement inadapté pour l’hégémon, surtout après l’approbation tacite de l’actuel nettoyage ethnique israélien de Gaza.

Tout est là, clairement formulé par Lavrov : «Il sera fondamentalement important pour nous de connaître l’opinion unanime du monde arabe». Ce message vise spécifiquement les régimes sunnites vassalisés par Washington. Ensuite, lorsqu’ils se seront ressaisis, «nous soutiendrons la solution arabe à cette question très difficile».

Condition sine qua non de la multipolarité : La paix en Palestine

Examinées ensemble, les pièces A, B et C montrent que Moscou a une longueur d’avance. Le message général – qui est décodé minutieusement dans tout le Sud mondial/Majorité mondiale – est que même en tenant compte des jeux de l’Empire du Chaos, le projet sioniste immuable et exclusiviste est désormais mort à l’arrivée.

La solution la moins mauvaise à ce jour est l’Initiative de Paix arabe de 2002, à laquelle ont souscrit tous les pays, des terres d’islam à la Russie, l’Iran et la Chine : un État palestinien indépendant, ramené aux frontières de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale.

Le problème est de savoir comment convaincre le sionisme incontrôlable de faire marche arrière. Les faits impératifs sur le terrain devraient notamment consister à couper le cordon ombilical militarisé/sécurisé Washington-Tel Aviv – et à expulser du spectre géopolitique la matrice sioniste chrétienne néoconservatrice des États-Unis, qui se trouve être profondément enracinée dans les silos de l’État profond.

Ces deux impératifs sont impossibles à réaliser – à court, moyen et même long terme. 

En attendant, un simple coup d’œil sur la carte montre qu’à toutes fins utiles, la solution des deux États – de la Cisjordanie à la bande de Gaza – est morte. Il est peut-être déchirant pour les dirigeants de la multipolarité de l’admettre. Il faudra du temps et un déplacement du discours public pour reconnaître que la seule solution viable est un anathème suprême pour le projet sioniste : un État unique où juifs et Arabes vivraient ensemble en paix.

Tout cela nous amène à une formulation brutale : sans une solution juste pour la Palestine, une paix tangible dans le spectre de la multipolarité émergente reste inaccessible. L’horreur actuelle à Gaza montre que la paix n’est toujours pas une priorité pour l’Empire du Chaos, et il faudra une Russie – et peut-être une Chine – pour changer la donne.

Pepe Escobar

source : The Cradle

traduction Réseau International

La Russie se prépare à la Troisième Guerre mondiale

par Idriss Aberkane & Xavier Moreau - Le 03/11/2023.

«Si tu veux la paix prépare la guerre», cet adage de Végèce a structuré la posture nucléaire de toute l’Union soviétique et désormais de la Fédération de Russie. La seconde Guerre de Gaza n’a déjà plus rien à voir avec la première en 2008, puisqu’elle risque d’impliquer d’une façon imminente

  • la Turquie et ses deux millions d’hommes mobilisables
  • l’Iran et ses proxys que sont le Hezbollah et le gouvernement rebelle houthi au Yémen
  • le Pakistan et son arme nucléaire
  • l’Égypte et ses 110 millions d’habitants

Dans le même contexte les USA ont déployé deux groups aéronavals sur zone, et en ont posté un en retrait suite au déploiement de Mi-31 russes équipés en missiles hypersoniques.

On fait le point sur la posture de la Russie avec l’officier et analyste franco-russe Xavier Moreau.

source : Idriss J. Aberkane

Quelle est la vitesse du missile russe Avangard

par Chimauchem Nwosu - Le 21/10/2023.

Dans les opérations de combat modernes, la vitesse (que ce soit sur terre ou dans les airs) est souvent l’attribut déterminant entre la victoire et la défaite. La vélocité inégalée de l’Avangard lui permet d’atteindre ses cibles avec une précision vertigineuse. Cette capacité réduit considérablement le temps de réaction des adversaires et rend les mesures de défense traditionnelles beaucoup moins efficaces.

Le système de missiles Avangard témoigne des progrès rapides de la technologie de guerre aérienne ces dernières années. Développé par la Russie, ce système d’armement d’avant-garde représente un bond en avant conséquent dans le domaine des missiles balistiques contemporains.

Ce missile est représenté par son véhicule à glissement hypersonique (HGV) révolutionnaire, qui lui permet de se déplacer à une vitesse sans précédent, dépassant de loin les missiles balistiques conventionnels.

De plus, le poids lourd Avangard peut transporter plusieurs ogives nucléaires, offrant ainsi une flexibilité dans son application stratégique.

Son déploiement rapide et sa rapidité inégalée en font un atout inestimable dans les plans militaires offensifs et défensifs. La capacité de l’Avangard à échapper aux défenses ennemies et à transporter des charges utiles avec une précision extrême a remodelé le paysage stratégique, incitant les nations du monde entier à réévaluer leurs postures de défense et à investir massivement dans des contre-mesures.

Spoutnik aborde la compréhension des subtilités du système Avangard et pourquoi il joue un rôle crucial face à l’évolution des menaces contre la sécurité nationale de la Russie.

Qu’est-ce que le missile Avangard ?

Anciennement appelé Projet 4202, l’Avangard est un véhicule traditionnel à capacité nucléaire et à glissement accéléré qui est transporté dans l’espace en tant que véhicule de rentrée à ciblage multiple indépendant (MIRV) au sommet d’un missile balistique intercontinental existant comme l’UR-100N UTTH ou le RS- 18A (UR-100/SS-19 Stiletto), R-36M2 ou RS-28 Sarmat. Après avoir été libéré, il pénètre dans l’espace suborbital et glisse jusqu’aux confins de l’atmosphère à une vitesse météorique.

Propriétés techniques

Il convient de noter que les caractéristiques techniques du système de missiles Avangard n’ont pas été officiellement publiées, de sorte que toute information pertinente ne peut être obtenue que par le biais de données publiques.

L’Avangard est souvent représenté comme un véhicule en forme de delta, enveloppé dans un bouclier plasma lumineux. Mesurant environ 5,4 mètres, soit près de 18 pieds, l’Avangard est un véhicule de taille importante et pèse environ 2000 kg.

Selon les médias, le missile Avangard affiche une vitesse maximale impressionnante, allant de 20 à 27 Mach (24 696 à 33 340 kilomètres par heure) dans les couches denses de l’atmosphère. Ce système polyvalent est conçu pour transporter des charges utiles nucléaires et conventionnelles. Cependant, son rendement potentiel en explosion est estimé entre 150 kilotonnes et deux mégatonnes (trinitrotoluène – équivalent TNT).

Le test réussi de l’Avangard marque une étape majeure dans la science des matériaux et le contrôle thermique. Les autorités russes affirment que la nouvelle arme est protégée par un matériau composite unique qui a résisté à des températures comprises entre 1600 et 2000°C lors d’un vol hypersonique intercontinental pendant plusieurs minutes.

De plus, l’Avangard intègre des systèmes de guidage avancés, garantissant une navigation précise et une acquisition de cible pendant son vol à grande vitesse.

Le fuselage de l’Avangard est conçu pour réduire la traînée et maximiser l’efficacité aérodynamique. Cette caractéristique de conception, combinée à ses capacités de manœuvre, permet au missile de modifier sa trajectoire en cours de vol, évitant ainsi d’éventuelles tentatives d’interception. Le résultat est un système d’armes qui remet en question les paradigmes existants de la défense antimissile et réduit considérablement la fenêtre de réponse pour les cibles potentielles.

Objectifs militaires stratégiques du missile Avangard

La vitesse et la maniabilité sans précédent du missile Avangard ont de profondes implications sur le paysage de la guerre stratégique, en remodelant la dynamique de l’offensive, de la défense et de la dissuasion.

Selon des sources russes, l’arme hypersonique boost-glide Avangard est conçue pour éliminer les installations de défense antimissile et les cibles de grande valeur telles que les sites fortement fortifiés tels que les silos de missiles ou les centres de commandement militaire.

Implications de la vitesse extrême d’Avangard pour la guerre

Temps de réaction réduit : La vitesse extraordinaire de l’Avangard réduit considérablement la fenêtre de réponse des cibles potentielles. Les adversaires disposent de beaucoup moins de temps pour détecter, évaluer et formuler une contre-stratégie. Cela augmente l’élément de surprise et diminue l’efficacité des mesures de défense conventionnelles.

Précision améliorée : La capacité de l’Avangard à maintenir des vitesses élevées tout en effectuant des ajustements de cap garantit une précision exceptionnelle dans la frappe des cibles. Ce niveau de précision est crucial dans la guerre stratégique, en particulier lorsqu’il s’agit de cibler des objectifs fortement fortifiés ou sensibles au facteur temps.

Évasion par rapport aux défenses : lorsqu’il se dirige vers une cible, l’Avangard effectue des manœuvres en profondeur, à la fois latérales et verticales, le rendant invulnérable aux systèmes de défense antimissile et de défense aérienne. Contrairement aux trajectoires balistiques prévisibles, les modifications de trajectoire de l’Avangard en cours de vol le rendent exceptionnellement difficile à intercepter. Cela remet en question les paradigmes existants de la défense antimissile et nécessite le développement de contre-mesures plus sophistiquées et plus adaptables.

Flexibilité stratégique : la vitesse élevée et la maniabilité de l’Avangard lui permettent d’engager diverses cibles, notamment des navires de guerre en mouvement ou des ressources de grande valeur et à temps critique. Cette polyvalence améliore son efficacité dans un large éventail de scénarios stratégiques.

Historique du service de combat d’Avangard

De février 2015 à juin 2016, l’Avangard, une arme très avancée, a subi des essais en vol. Il a été lancé à l’aide d’ICBM UR-100UTTKh depuis la base aérienne de Dombarovsky dans l’oblast d’Orenbourg. L’Avangard a fait preuve d’une vitesse et d’une précision remarquables lors de ces tests en atteignant avec succès des cibles sur le polygone d’essai de missiles Kura dans le kraï du Kamtchatka.

En octobre 2016, l’essai en vol réussi d’un ICBM lourd R-36M2 a été lancé depuis la base aérienne de Dombarovsky. Il a atteint sa cible au champ d’essai de missiles Kura, marquant le premier test réussi d’un véhicule planeur.

Le 1er mars 2018, le président russe Vladimir Poutine a révélé dans son discours à l’Assemblée fédérale à Moscou que l’arme avait terminé sa phase de test et était officiellement en production en série.

source : Algora via La Cause du Peuple

Poutine se prépare à une catastrophe irréparable

Source : Le Courrier des Stratèges - Le 17/10/2023.

Comment va réellement l’économie américaine ? Il est difficile de répondre à cette interrogation fondamentale. Les avis sont partagés. Les États-Unis restent la première puissance économique mondiale, mais le sentiment prévaut chez plusieurs analystes que le colosse repose désormais sur des pieds d’argile. Selon l’ancien PDG de Walmart et expert en comportement de consommation, Bill Simon, le tout-puissant consommateur américain, dont les dépenses sont le moteur de l’économie, atteint un point de rupture et est sur le point de s’effondrer ! Dans une récente interview à NBC, Simon jugeaient qu’une série de facteurs – polarisation politique, inflation et taux d’intérêt élevés – concouraient tous à miner les consommateurs et leur propension à dépenser. Il est connu que le pouvoir d’achat des ménages américains est réduit par l’inflation (49 % des consommateurs ont déclaré que les prix élevés érodent leur niveau de vie), et que leur endettement excessif a atteint un plafond. Selon la Réserve fédérale, les prêts étudiants représentent 1.600 milliards de dollars au deuxième trimestre 2023, ce qui en fait la troisième catégorie d’endettement des ménages américains derrière les prêts automobiles (1.800 milliards de dollars) et les prêts hypothécaires (12.000 milliards de dollars). Où tout cela va-t-il mener ?

Cet article initialement publié sur le site k-politika.ru n’engage pas la ligne éditoriale du Courrier.

Il existe une expression merveilleuse : vivez selon vos moyens. C’est un bon guide tant pour la vie privée que pour la gestion des États. Lorsque tel ou tel pays viole ce principe simple, cela se termine généralement très mal, tant pour lui-même que pour ses voisins. Cependant, la situation la plus dangereuse survient lorsque la nation la plus puissante de la planète vit au-dessus de ses moyens.

Une économie tirée par la dette et le dollar

Dans notre cas, ce sont les USA. Depuis la création de la Réserve fédérale en 1913, cet État a effectivement reçu tous les biens matériels produits dans différentes parties du globe en échange du moyen de paiement universel qu’est le dollar américain. Et si auparavant les dirigeants américains devaient dépenser de l’argent au moins simplement pour imprimer des billets de banque, ils échangent désormais des actifs réels et des biens simplement contre des entrées dans un ordinateur, permettant ainsi de créditer une certaine quantité de monnaie virtuelle sur le compte d’un État particulier.

Mais toute personne sensée est consciente qu’un tel système est intrinsèquement défectueux et qu’il ne peut certainement pas exister indéfiniment. À un moment donné, ce modèle tout entier devra s’effondrer sous le poids de ses propres contradictions internes accumulées. Et cet effondrement va se transformer en catastrophe.

Un point de non-retour est-il franchi ?

Le politologue Yakov Kedmi estime que la catastrophe que serait l’effondrement de l’hégémonie américaine ne peut être inversée. Dans une interview pour la chaîne YouTube Waldman-Line, l’expert a expliqué que le président russe, Vladimir Poutine, parlait ouvertement et depuis longtemps de l’effondrement inévitable du système mondial du dollar. Il faut reconnaître qu’il est le seul dirigeant mondial qui ne craint pas de porter cette menace devant le public et d’en discuter ouvertement sur n’importe quelle plateforme internationale. 

Kedmi note que le dirigeant russe n’attend pas seulement la catastrophe à venir : Il s’y prépare activement. En effet, Poutine part du fait que le cataclysme imminent ne peut plus être annulé. Cela aurait pu se faire au début des années 2000 ou au milieu, voire à la fin de la première décennie du nouveau millénaire. Cependant, la volonté des États-Unis de conserver – à tout prix et par toutes les méthodes et moyens disponibles – leur statut hégémonique, n’a pas permis à ce pays de tirer à temps les bonnes conclusions, d’évaluer correctement la situation émergente et ses perspectives afin d’orienter sa politique intérieure et étrangère dans le bon sens. C’est ce qui a rendu le désastre irréversible. Or, au début des années 2000, l’Amérique pouvait s’accorder sur un nouveau concept de sécurité.

Les États-Unis ont voulu à tout prix maintenir leur hégémonie mondiale

Poutine a proposé de le faire il y a très longtemps. Il a appelé à la répartition des responsabilités en matière de maintien de l’ordre sur tous les continents entre les principales puissances, afin que les pays les plus puissants puissent maintenir la stabilité et l’équilibre entre les différentes régions de la planète. De cette manière, le fardeau pourrait être réparti équitablement entre les pays les plus développés. Mais les États-Unis ne voulaient pas envisager la proposition de Poutine. Ils refusaient de partager une partie de leur hégémonie et de réduire leur influence sur le monde entier. Ils ont donc continué à augmenter le budget du Pentagone et ont également commencé à dépenser des sommes d’argent énormes pour maintenir l’infrastructure de leur influence en matière de politique étrangère. En outre, d’énormes sommes d’argent étaient nécessaires pour assurer le fonctionnement du système mondial du dollar.

Tous ces aspects ont finalement conduit les États-Unis à se « surmener ». En d’autres termes, ils en ont trop fait. Kedmi a souligné que cela était devenu clair pour Poutine dès le début de l’année 2007, lorsque celui-ci avait prononcé son célèbre discours à Munich. A l’époque, il était devenu évident que les Américains ne pourraient pas assumer seuls le rôle de gendarme mondial et qu’à la suite de tentatives infructueuses pour maintenir leur influence aux quatre coins de la planète, ils se retrouveraient tout simplement dans un gouffre économique.

Ce qui va se passer ensuite a également été prédit, à l’avance, par Poutine

Le dirigeant russe a décrit très clairement les événements à venir. La catastrophe, qui, selon lui ne peut plus être endiguée, commencera aux États-Unis. Son déclencheur sera la perte de la capacité du gouvernement américain à assurer le service de sa gigantesque dette nationale. 

Cela interviendra à un moment où le paiement des intérêts deviendra prohibitif pour les autorités américaines. Et il est certain que cela se produira. C’est inévitable car la dette nationale américaine ne fait qu’augmenter : Elle ne diminue pas, et cette croissance de l’endettement se fait avec une accélération constante. Cela signifie que les intérêts qui doivent être payés sur cette dette augmentent également. A un moment donné, ils deviendront si importants que le gouvernement américain sera tout simplement contraint d’abandonner ses obligations. Et ce sera la première étape de l’effondrement.

Ensuite, tous les pays de la planète qui ont des dollars en leurs avoirs, après avoir vu ce qui s’est passé aux États-Unis, commenceront rapidement à refuser d’utiliser cette monnaie. Or, c’est précisément sur cela que repose tout le bien-être du pays : Sur l’échange de papier vert sans valeur contre de véritables objets et ressources matériels. Après cela, les États-Unis commenceront à perdre leur influence politique dans le monde.

La probabilité d’une réaction américaine agressive et donc dangereuse

L’étape la plus dangereuse de la catastrophe à venir irrémédiablement sera le moment où les dirigeants des États-Unis décideront de maintenir, à tout prix, leur hégémonie par la force. Alors commencera la dernière étape du cataclysme. Les Américains commenceront à provoquer des affrontements dans toutes les régions de la planète dans l’espoir à la fois d’une demande croissante de dollar et du besoin chez de nombreux dirigeants d’États de bénéficier de la protection des États-Unis. Mais il n’en sortira rien. Dans tous les cas, les États-Unis perdront de leurs propres mains leur hégémonie. 

Mais quels seront les coûts que le reste de l’humanité devra supporter ? C’est une question particulière et ouverte. Très probablement, le prix à payer sera très important. Car les Américains ne voudront pas se séparer si facilement de leur statut de leader mondial qui leur confère une existence insouciante et un puissant pouvoir. Ils se battront donc pour les conserver. Et ils ne se soucieront pas des conséquences, car pour eux, l’objectif a toujours justifié les moyens pour l’atteindre.

C’est exactement le genre de catastrophe à laquelle Poutine se prépare. Il comprend que cela est irréversible. Par conséquent, la Russie doit donc se préparer à l’arrivée de ce défi.

 

 

Le missile russe Burevestnik à propulsion nucléaire effraie l’Amérique

par Amit Chaturvedi - Le 08/10/2023.

Après le Satan 2 et le Poséidon, c’est maintenant au tour du Burevestnik de faire parler de lui. Le président russe affirme que ce missile a été testé avec succès. Pouvant être aussi bien employé avec une ogive conventionnelle ou nucléaire, il se distingue des autres par son système de propulsion. Un moteur de départ est de conception classique avec un carburant solide. Ensuite, c’est une motorisation nucléaire qui prend le relais. De fait, ce type de propulsion lui donne théoriquement une portée illimitée. Le missile est également capable de modifier sa trajectoire pour la rendre moins prévisible.

Les États-Unis semblent tendus quant aux nouvelles capacités militaires de la Russie. Le missile de croisière à propulsion nucléaire Burevestnik sera capable d’atteindre des cibles aux États-Unis, a déclaré le major à la retraite de l’armée américaine Mike Lyons dans une interview à CBS News. Y a-t-il vraiment un tournant dans la confrontation entre la Russie et l’Occident ?

«C’est une arme exotique. L’énergie nucléaire n’est généralement pas utilisée pour la propulsion. Cela donnera à la Russie la possibilité d’adapter des armes de faible puissance, potentiellement nucléaires, et d’augmenter considérablement leur portée de vol, par exemple, elles pourront parcourir des dizaines de milliers de kilomètres», s’est inquiété le militaire.

Telles sont les conséquences du discours de Vladimir Poutine au forum du Club Valdaï le 5 octobre, où il a annoncé le test réussi du Burevestnik, le qualifiant de «missile de croisière à portée mondiale». La réponse russe aux mondialistes ? Le président a également déclaré que les travaux sur le missile super-lourd Sarmat étaient «virtuellement» terminés.

En effet, les images satellite diffusées le mois dernier indiquaient que la Russie avait récemment construit de nouvelles installations dans un îlot reculé de l’Arctique où des essais nucléaires soviétiques étaient déjà effectués. Les images ont montré des travaux de construction sur Novaya zemlya, un archipel insulaire dans le nord de la mer de Barents.

Poutine avait annoncé pour la première fois le système de missiles de nouvelle génération Burevestnik en 2018. Les informations sur Burevestnik sont extrêmement rares. Le missile mesure 9 à 12 mètres de long (selon la classification OTAN SSC-X-9 Skyfall), est capable de transporter une ogive spéciale ou une unité de glissement hypersonique et est équipé d’un propulseur à combustible solide ou statoréacteur et d’un réacteur nucléaire compact.

M. Poutine a déclaré que «Burevestnik», ferait réfléchir à deux fois tout pays envisageant d’utiliser l’arme nucléaire contre la Russie. Si un pays ose le faire, «un tel nombre de nos missiles apparaîtront dans les airs qu’aucun ennemi n’aura une chance de survivre», a déclaré Poutine.

Qu’est-ce que le missile Burevestnik ?

L’arme est appelée Skyfall par l’OTAN et de nombreux experts occidentaux se montrent sceptiques à son sujet, affirmant qu’un moteur nucléaire pourrait être très peu fiable.

Le missile de croisière lancé au sol et volant à basse altitude est capable de transporter une ogive nucléaire. Il pourrait rester en l’air beaucoup plus longtemps que les autres missiles et couvrir une distance beaucoup plus grande, grâce à la propulsion nucléaire.

Poutine n’a pas précisé quand le dernier test a eu lieu, mais le New York Times a rapporté lundi qu’il pourrait s’agir d’un événement récent, sur la base des mouvements d’avions et de véhicules sur une base russe dans l’Arctique.

Pourquoi le missile est-il important ?

L’Institut international d’études stratégiques, citant une revue militaire russe spécialisée en 2021, avait déclaré que le Burevestnik aurait une portée théorique allant jusqu’à 20 000 km, ce qui lui permettrait d’être basé n’importe où en Russie et de frapper des cibles n’importe où aux États-Unis.

Le même journal indique que l’altitude théorique du missile n’est que de 50 à 100 mètres, bien inférieure à celle d’un missile de croisière à propulsion conventionnelle, ce qui rendrait sa détection plus difficile par les radars de défense aérienne.

Un rapport de 2020 du Centre national de renseignement aérien et spatial de l’armée de l’air américaine a déclaré que si la Russie réussissait à mettre en service le Burevestnik, cela donnerait à Moscou une «arme unique avec une capacité de portée intercontinentale».

Développement du missile

Son développement s’est avéré être une tâche difficile pour les scientifiques nucléaires russes. L’agence de presse Reuters a déclaré que le missile avait subi un certain nombre d’échecs lors des tests, notamment en 2019 lorsque cinq spécialistes nucléaires russes avaient été tués dans une explosion et une fuite de radiations lors d’une expérience en mer Blanche.

Les experts nucléaires se demandent depuis longtemps si le missile peut entrer en service. La Nuclear Threat Initiative, une organisation de sécurité à but non lucratif, a estimé en 2019 que le déploiement pourrait prendre une décennie.

source : NDTV World via La Cause du Peuple

La vision contrariée du tsar Nicolas II

Source : The Saker francophonePar Batiushka − Le 18 septembre 2023 − Source Global South

 

Introduction

Deux choses sont immuables en ce monde : la nature humaine, avec ses vertus et ses vices, et la géographie, avec ses terres et ses eaux. C’est pourquoi l’histoire se répète plus ou moins ou, comme certains le disent, se répercute à travers les âges. Il n’y a pas d’exemple plus clair que les événements actuels en Ukraine et leur toile de fond, la géopolitique du “cœur” de l’Eurasie, autour duquel tourne tout le reste de la planète, comme le proclamait Mackinder il y a plus d’un siècle. Au centre de ce “heartland” se trouve le seul pays eurasiatique qui s’étend d’est en ouest et qui est aussi le plus grand du monde : la Fédération de Russie.

 

Deux fenêtres

Après s’être étendue de la Baltique au Pacifique, la Russie du tsar Pierre Ier (1672-1725) a ouvert vers 1700 une fenêtre sur l’Europe occidentale. Voyant la technologie plus avancée de l’Occident, notamment en matière militaire et navale, le tsar comprend qu’il est nécessaire pour la Russie de rattraper son retard pour se défendre, mais c’est aussi le principe de l’unité qui préside à son action. Quiconque regarde la carte voit immédiatement que la masse continentale eurasienne entre l’océan Pacifique à l’est, l’océan Atlantique à l’ouest et l’océan Indien au sud est géographiquement unique. C’est “l’île monde”.

Au cours des deux siècles qui ont suivi 1700, il est devenu évident que la Russie devait effectivement se défendre, car l’Europe occidentale s’est montrée encore plus agressive qu’avant Pierre Ier. À l’époque, la Russie avait déjà été envahie par les chevaliers teutoniques soutenus par la papauté et par les Polonais (avec les Lituaniens). Sous Pierre Ier, la Russie avait déjà été envahie par la Suède lors de la Grande Guerre du Nord, puis par une coalition de nations européennes organisée par Napoléon en 1812, puis par les Français, les Britanniques et les Ottomans en 1854.

Après avoir progressivement établi la stabilité après 1856 dans sa fenêtre sur l’ouest de l’Europe, c’est sous le tsar Nicolas II (1868-1918) que la Russie a ouvert une fenêtre sur l’est de l’Asie. La réalisation la plus visible de cette ouverture est le plus long chemin de fer du monde, le Transsibérien, construit entre 1891 et 1904. C’est le tsar Nicolas qui a ouvert la Sibérie à la colonisation et des millions de Russes s’y sont installés sous son règne, alors que la population de son empire montait en flèche. L’influence russe s’étend également à la Chine (c’est l’époque de l’insurrection anti-occidentale des Boxers), à la Mandchourie et à la péninsule coréenne, très convoitée par le Japon. Cette expansion a été stoppée très brutalement lorsque l’Occident a financé et armé son mandataire, le Japon, jusqu’aux dents. En février 1904, le Japon a perfidement attaqué la flotte russe dans son port sans avoir déclaré la guerre, comme il l’a fait plus tard en décembre 1941 à Pearl Harbour.

Au cours de ce conflit de dix-huit mois, les Japonais, armés des derniers dreadnoughts construits en Europe occidentale, qui craignaient le potentiel russe, ont battu la marine russe, désespérément arriérée, mais n’ont obtenu que peu de résultats dans leur guerre terrestre. Les deux pays ont conclus une paix sous l’égide des Américains, dans des conditions très défavorables au Japon, qui a été saigné à blanc, tant physiquement que financièrement. Cependant, l’Empire russe a également été confronté à de graves dissensions internes, fomentées par les intrigues des pays d’Europe occidentale, qui ont envoiyé de la propagande et des armes aux révolutionnaires soutenus par l’Occident, principalement par l’intermédiaire de la Finlande.

La tragédie du XXe siècle

La fenêtre russe sur l’Asie, avec la Chine, le Japon et la Corée, s’est refermée. En moins d’une décennie, une nouvelle attaque occidentale se produit, cette fois depuis l’ouest, avec l’invasion allemande, austro-hongroise et ottomane de l’Empire russe en 1914. Puis, alors que la Russie était sur le point de remporter la victoire, le tsar a été renversé à Saint-Pétersbourg en 1917, sous l’égide des Britanniques. Les Britanniques ont même envoyé le génie militaire Trotski du Canada pour soutenir l’idéologue marxiste incompétent Lénine, lui-même envoyé par l’Allemagne pour saboter l’effort de guerre russe. En 1918, le tsar et sa famille sont assassinés sur ordre de New York, comme l’a souligné l’historien russe contemporain Piotr Multatuli 1 il y a plus de dix ans.

À partir de ce moment, l’Empire russe, alors rebaptisé URSS, fût confronté à une lutte existentielle pour sa survie. En 1941, une coalition de pays sous l’égide de l’Allemagne nazie, entièrement approuvée et financée par Londres et New York, a attaqué l’URSS. Sortie victorieuse après des pertes et des effusions de sang inouïes, l’URSS a créé une zone tampon en Europe de l’Est, afin de ne plus être attaquée par l’Ouest. Cependant, 45 ans plus tard, cette zone tampon s’est effondrée. La réaction soviétique à une nouvelle invasion occidentale avait rendu l’URSS, et en particulier la Russie, extrêmement impopulaire auprès de nombreux Européens de l’Est, qui se considéraient comme gouvernés par des régimes tyranniques et fantoches pro-soviétiques.

Comme nous le savons, l’URSS s’est effondrée en 1991 et, pendant près de dix ans, la Russie est devenue la proie de l’impitoyable dépouillement des ses actifs par le capitalisme occidental, par l’intermédiaire de ses oligarques fantoches. Avec ses peuples humiliés en proie au désespoir, cela a conduit à une pauvreté de masse, à l’émigration, à l’alcoolisme, au suicide et à une crise démographique. L’hostilité destructrice de l’Occident a ainsi fermé la fenêtre russe sur l’Occident et forcé la Russie à se tourner vers l’Est, pour rouvrir la fenêtre du tsar Nicolas II sur l’Asie. Ce n’est donc qu’au cours des vingt dernières années, avec la montée des forces nationalistes russes, que la Russie a pu se protéger de l’Occident, comme en ce moment en Ukraine, et qu’elle s’est à nouveau tournée vers l’Asie.

Bien que le Japon occupé par les États-Unis ait été contraint de rejeter les ouvertures de la Russie, la Chine, l’Inde et maintenant la Corée du Nord les ont accueillies favorablement. La Corée a été la grande perdante de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les Coréens ont été brutalement exploités par l’impérialisme japonais. Peu après, la Corée a de nouveau été ravagée, cette fois par l’impérialisme des États-Unis et de leurs alliés de 1950 à 1953, faisant 2,5 millions de morts parmi les Coréens et divisant le pays dans un “conflit gelé” parce que les États-Unis n’étaient pas en mesure de gagner leur guerre. Aujourd’hui, en raison de l’hostilité raciste et de l’agression militaire de l’Occident, la Russie a été projetée vers l’est, précisément vers l’Inde, la Chine et la Corée du Nord. En fait, nous sommes revenus au grand programme asiatique du tsar Nicolas II, mais cette fois-ci, l’Asie qui l’intéressait comprend une Inde/Bharat libre, une Chine économiquement et politiquement très forte et une Corée du Nord militairement très forte.

L’unité fondamentale de l’Eurasie

Comme nous l’avons dit au début, l’Eurasie est géographiquement unie. En effet, ses liens avec l’Afrique sont tels que l’on peut même parler d’unité de l’Afro-Eurasie. En dehors du centre, il y a les aberrations, les grandes îles d’Amérique du Nord, d’Amérique du Sud et d’Australie, ainsi que toutes leurs petites îles, la Nouvelle-Zélande, la Polynésie, les Caraïbes, etc. Elles se situent toutes en dehors de l’unité géographique centrale de l’Afro-Eurasie. Cependant, une telle unité centrale ne peut exister avec la multipolarité.

En d’autres termes, l’unité ne peut exister que si elle tient compte de la diversité. Telle est la signification de la multipolarité. En effet, l’Eurasie, et plus précisément l’Asie, présente une grande diversité de races, de cultures et de croyances. Par exemple, elle est la source de croyances aussi diverses que le christianisme, l’islam, l’hindouisme, le bouddhisme, le confucianisme et des croyances plus modestes comme le shintoïsme, le sikhisme et le judaïsme. Aucune de ces religions n’est venue d’un autre continent que l’Asie.

Pendant soixante-dix ans, l’Occident a considéré la Corée du Nord comme un “État paria”, mais uniquement parce qu’elle a dû se défendre, par l’intermédiaire d’un gouvernement très autoritaire, contre la menace militaire, et plus particulièrement nucléaire, des États-Unis. Sa tyrannie était une question de survie. Tout comme le Viêt Nam a été réunifié une fois que les États-Unis ont été chassés, la Corée sera elle aussi réunifiée. Les deux moitiés, Nord et Sud, ont besoin l’une de l’autre. Et franchement, toutes les autres parties de l’Eurasie, ses péninsules et ses îles, seront également réunies à l’Eurasie. Il s’agit du Taïwan chinois artificiellement séparé, de l’Israël américain et de la péninsule “européenne” contrôlée par les États-Unis, composée de “l’UE” et de ses pays associés.

Cela inclut également les deux archipels offshore surpeuplés, qui se reflètent l’un l’autre, à l’est et à l’ouest. Il s’agit du Japon et des îles britanniques et de l’Irlande, dont les peuples insulaires sont réservés (et conduisent également à gauche). Pour l’instant, les dirigeants du Japon occupé par les États-Unis n’ont pas encore signé de traité de paix avec la Russie et ses relations avec la Corée du Nord et la Chine sont très mauvaises. Quant à la Grande-Bretagne occupée par les États-Unis, ses dirigeants n’ont pas encore fait preuve d’un quelconque sens de l’identité et d’une colonne vertébrale. Une fois libérés de leur tutelle sur les États-Unis, ils pourront eux aussi mettre fin à leur isolationnisme agressif et revenir à des relations de bon voisinage, en tant que parties intégrantes, bien qu’extraterritoriales, de la masse continentale eurasienne.

Conclusion

La montée de la multipolarité, telle qu’elle se manifeste dans l’Union économique eurasienne, l’Organisation de coopération de Shanghai, les BRICS et maintenant les BRICS +, qui incluent l’Éthiopie, avec laquelle la Russie du tsar Nicolas II était liée, est le signe que l’Eurasie et l’Afro-Eurasie ont compris qu’elles devaient travailler ensemble. C’est l’ancienne vision du Grand Programme asiatique du Tsar Nicolas II, contrariée par l’impérialisme occidental il y a cinq générations, mais ravivée par la Fédération de Russie aujourd’hui. Il est vrai que l’Occident, qui n’est plus dirigé par la Grande-Bretagne, très affaiblie, mais par les États-Unis, eux aussi très affaiblis, tente toujours de contrecarrer cette coopération. Mais l’Occident a déjà perdu contre le Reste du Monde, comme le montre chaque jour la déroute des forces supplétives de Kiev en Ukraine.