Comprendre les PSYOPs anti-Poutine :

Une préparation à la guerre

...Par Le Saker – Le 31 mars 2021 –

Source  : The Saker Blog

Il n’est pas exagéré de dire que dans la mythologie de l’Empire anglo-sioniste, Poutine est quelque chose d’apparenté à Satan ou, du moins, qu’il est une sorte de « Sauron » qui incarne le mal. Et nous avons tous entendu que récemment Biden, au cours d’une interview enregistrée, a déclaré que Poutine est « un tueur ». Lorsqu’on lui a donné la possibilité d’adoucir une telle déclaration, Jen Psaki n’a rien fait de tel. Nous pouvons donc conclure qu’il s’agissait d’une caractérisation officielle, délibérément planifiée, du dirigeant russe.

Ce type de langage n’a jamais été utilisé par les responsables occidentaux pendant la guerre froide, du moins pas au plus haut niveau. Alors pourquoi cette haine bouillonnante envers Poutine ?

 

Intro : Une cause pour un prétexte

Ce n’est pas parce qu’il est un ex employé du PGU, KGB, SSSR. Yuri Andropov était un ancien président du KGB, et il a beaucoup fait pour renforcer le KGB, son personnel et ses opérations. Pourtant, personne ne l’a jamais traité de tueur. Ce n’est pas non plus à cause de la Crimée ou du Donbass, du moins pas directement, car lorsque l’URSS a envahi la Tchécoslovaquie et, avant cela, la Hongrie, les politiciens occidentaux n’ont pas traité Khrouchtchev ou Brejnev de « tueurs ». Ce n’est pas pour avoir descendu le MH-17 (les dirigeants occidentaux savent tous que ce sont des mensonges créés par les services spéciaux occidentaux), parce qu’il y a eu pas mal d’avions de ligne civils abattus par divers États, mais cela n’a pas donné lieu à ce genre de diabolisation totale des dirigeants de ces États. Je pourrais continuer, mais vous avez compris : même si nous analysons soigneusement toutes les accusations portées contre Poutine, nous constatons que le type de diabolisation totale dont il a fait l’objet est assez unique dans son intensité et sa portée.

Il y a une énorme différence entre les concepts de « cause » et de « prétexte », et tous les exemples que j’ai donnés ne sont que des prétextes. Nous allons donc examiner les causes réelles d’une telle haine aveugle pour Poutine.

Voici une autre liste de raisons possibles : tout d’abord, il est indéniable que si Eltsine a presque détruit la Russie en tant que pays, Poutine a, à lui seul, « ressuscité » la Russie en un temps étonnamment court. D’un pays en lambeaux et d’une population qui ne souhaitait rien d’autre que de devenir la prochaine Allemagne ou, à défaut, la prochaine Pologne, Poutine a fait de la Russie la plus forte puissance militaire de la planète et a complètement remodelé la perception que les Russes ont d’eux-mêmes et de la Russie. En outre, Poutine a utilisé la moindre mesure prise par l’Occident (comme les sanctions, les boycotts ou les menaces) pour renforcer davantage la Russie (par des moyens tels que la substitution des importations, les conférences internationales et les manœuvres militaires). Plus important encore, Poutine a dissocié la Russie d’un grand nombre d’institutions ou de mécanismes contrôlés par les États-Unis, un geste qui a aussi énormément servi la Russie.

Les politiciens américains ont parlé d’un pays dont l’économie était « en lambeaux » et d’une « station-service se faisant passer pour un pays ». Mais dans le monde réel (zone B), l’économie russe s’est bien mieux comportée que les économies occidentales et, quant à la « guerre de l’énergie » entre les États-Unis, l’Arabie saoudite et la Russie, elle s’est soldée par une défaite catastrophique pour les États-Unis et un triomphe pour la Russie et, dans une moindre mesure, l’Arabie saoudite.

Puis vint la Covid-19 et le désastre épique pour mauvaise gestion de cette crise par l’Occident. De plus, le contraste entre la façon dont la Russie (et la Chine !) a géré la crise et ce que l’Occident a fait ne pouvait pas être plus grand. Quant au fait que la Russie soit le premier pays à créer un vaccin (à l’heure actuelle, pas moins de trois en fait ; la Russie est sur le point de commercialiser un autre vaccin, cette fois pour protéger les animaux contre la Covid-19) et, pire encore, le pays qui a créé le meilleur vaccin de la planète – c’est un désastre de relations publiques pour l’Occident et il n’y a rien que l’Occident puisse faire pour en atténuer le choc. Au contraire, les choses ne font qu’empirer, comme le montrent tous les blocages à venir en Europe – à mettre en parallèle avec cette photo de l’heureux Lavrov en Chine portant un masque sur lequel est écrit « FCKNG QRNTN » ! [merde à la quarantaine, NdT]

https://cdni.rt.com/russian/images/2021.03/article/605887fb02e8bd09605f31d5.png

Mais ce n’est pas non plus la vraie raison, comme le montre le fait que l’Occident détestait déjà Poutine bien avant la Covid-19.

La victoire « volée » de la guerre froide

En vérité, l’Occident a une très longue liste de raisons de haïr Poutine et tout ce qui est russe, mais je crois qu’il y a une raison qui les surpasse toutes : les dirigeants occidentaux croyaient sincèrement avoir vaincu l’URSS pendant la guerre froide (des médailles ont même été fabriquées pour commémorer cet événement) et, après l’effondrement de l’ancienne superpuissance et l’arrivée au pouvoir d’une marionnette alcoolique et désemparée, le triomphe de l’Occident était total. Du moins en apparence. La réalité, comme toujours, étant beaucoup plus compliquée.

[Aparté : les causes et les mécanismes de l'effondrement de l'Union soviétique ne sont pas notre sujet aujourd'hui, je me contenterai donc d'indiquer que je ne crois pas que l'URSS se soit "effondrée" mais qu'elle a été délibérément détruite par l'appareil du PCUS qui a décidé de briser le pays afin que le Parti et la Nomenklatura restent au pouvoir, non pas à la tête de l'URSS, mais à la tête des différentes républiques ex-soviétiques. Les dirigeants faibles et les idéologies auxquelles personne ne croit vraiment n'incitent pas les gens à se battre pour leurs dirigeants. C'est pourquoi la monarchie russe s'est effondrée, c'est pourquoi la démocratie maçonnique de Kerenski s'est effondrée et c'est pourquoi l'Union soviétique s'est effondrée (c'est aussi l'une des raisons les plus probables de l'effondrement final des États-Unis en tant qu'État)].

Poutine, qui n’était pas très connu en Occident ni, d’ailleurs, en Russie, est arrivé au pouvoir et a immédiatement inversé la chute de la Russie dans l’abîme. Il s’est d’abord attaqué aux deux menaces les plus urgentes, les oligarques et l’insurrection wahhabite dans le Caucase. De nombreux Russes, dont moi-même, ont été absolument stupéfaits par la rapidité et la détermination de ses actions. En conséquence, Poutine s’est soudainement retrouvé l’un des dirigeants les plus populaires de l’histoire de la Russie. Dans un premier temps, l’Occident a subi une sorte de choc, puis s’est installé dans un processus rappelant le « modèle Kübler-Ross » et, enfin, dans une frénésie russophobe jamais vue depuis le régime nazi allemand, pendant la Seconde Guerre mondiale.

Pour comprendre pourquoi Poutine est le Diable incarné, nous devons comprendre que les dirigeants de l’Occident collectif ont vraiment pensé que cette fois-ci, après un millénaire d’échecs et de défaites embarrassantes, l’Occident avait finalement « vaincu » la Russie qui deviendrait maintenant un territoire sans leader, sans culture, sans spiritualité et, bien sûr, sans histoire, dont la seule utilité serait de fournir des ressources à « l’Occident triomphant ».

Ensuite, les dirigeants anglo-sionistes de l’Empire ont exécuté l’opération sous faux drapeau du 11 septembre qui leur a donné le prétexte nécessaire à la Grande Guerre contre le Terrorisme, mais a complètement détourné leur attention de la soi-disant « menace russe », simplement parce qu’en 2001, il n’y avait pas de menace russe. Il y avait donc une certaine logique derrière ces mouvements. Et puis, « soudainement » (du moins pour les dirigeants occidentaux), la Russie fut « de retour » : en 2013, la Russie a bloqué l’attaque prévue des États-Unis et de l’OTAN contre la Syrie (le prétexte ici était les armes chimiques syriennes). En 2014, la Russie a apporté son soutien au soulèvement de la Novorussie contre le régime ukrainien de Kiev et, la même année, la Russie a également utilisé son armée pour permettre à la population locale de voter lors d’un référendum pour rejoindre la Russie. Enfin, en 2015, la Russie a stupéfié l’Occident avec une intervention militaire extrêmement efficace en Syrie.

Dans cette séquence, la Russie a commis deux types de « crimes » très différents (du point de vue anglo-sioniste, bien sûr) :

  • Le crime mineur de faire ce que la Russie a réellement fait et
  • le crime beaucoup plus grave de ne jamais avoir demandé à l’Empire la permission de le faire.

L’Occident aime traiter le reste de la planète comme une sorte de partenaire junior, avec un champ d’action très limitée et presque aucune autonomie réelle (le meilleur exemple est ce que les États-Unis ont fait à des pays comme la Pologne ou la Bulgarie). Si et quand un tel pays « junior » veut faire quelque chose pour sa politique étrangère, il doit absolument demander la permission à son grand frère anglo-sioniste. Ne pas le faire s’apparente à de la sédition et de la révolte. Dans le passé, de nombreux pays ont été « punis » pour avoir osé avoir une opinion ou, plus encore, pour avoir osé agir en conséquence.

Il ne serait pas inexact de résumer tout cela en disant que Poutine a fait un doigt d’honneur à l’Empire et à ses dirigeants. C’est ce « crime des crimes » qui a réellement déclenché l’hystérie anti-russe actuelle. Très vite, cependant, les dirigeants (pour la plupart désemparés) de l’Empire se sont heurtés à un problème extrêmement frustrant : alors que l’hystérie russophobe a eu beaucoup d’écho en Occident, elle a provoqué un puissant retour de flamme en Russie en raison d’un mouvement typique de « judo » à la Poutine : loin d’essayer de supprimer la propagande anti-russe de l’Occident, le Kremlin a utilisé son pouvoir pour la rendre largement disponible (en russe !) par le biais des médias russes (j’ai écrit à ce sujet en détail ici et ici). Le résultat direct a été double : premièrement, l’« opposition » dirigée par la CIA/MI6 a commencé à être fortement associée aux ennemis russophobes de la Russie et, deuxièmement, le grand public russe s’est rallié à Poutine et à sa position inflexible. En d’autres termes, en qualifiant Poutine de dictateur et, bien sûr, de « nouvel Hitler », les PSYOP occidentales ont obtenu un avantage limité dans l’opinion publique occidentale, mais se sont totalement tiré une balle dans le pied vis à vis du public russe.
J’appelle cette étape la « phase un de la PSYOP stratégique anti-Poutine ». Quant au résultat de cette PSYOP, je dirais non seulement qu’elle a presque complètement échoué, mais je pense qu’elle a eu, en Russie, l’effet inverse de celui escompté.
Un changement de cap s’imposait donc de toute urgence.

La réorientation des PSYOP américaines contre Poutine et la Russie

Je dois admettre que j’ai une très mauvaise opinion de la communauté du renseignement américain, y compris de ses analystes. Mais même l’ennuyeux « spécialiste de la zone Russie » a fini par comprendre que dire à l’opinion publique russe que Poutine était un « dictateur », un « tueur de dissidents » ou un « empoisonneur chimique d’exilés » entraînait un mélange typiquement russe de rires et de soutien au Kremlin. Il fallait faire quelque chose.

C’est ainsi qu’un petit malin, quelque part dans un sous-sol, a eu l’idée suivante : il est absurde d’accuser Poutine de choses qui le rendent populaire dans son pays, alors dressons une nouvelle liste d’accusations soigneusement adaptées au public russe.

Appelons cela la « phase deux de l’opération PSYOP anti-Poutine ».

Et c’est ainsi qu’a commencé l’affaire des « Poutine est de mèche avec ». Plus précisément, ces accusations ont été déployées par les PSYOP américaines et ceux qui sont à leur solde :

  • Poutine désarme la Syrie
  • Poutine va vendre le Donbass
  • Poutine est une marionnette d’Israël et, en particulier, de Netanyahu.
  • Poutine est un traître corrompu ne tenant pas compte des intérêts nationaux russes.
  • Poutine autorise Israël à bombarder la Syrie (voir ici)
  • Poutine vend les richesses de la Sibérie à la Chine et/ou Poutine soumet la Russie à la Chine.
  • Poutine est corrompu, faible et même lâche.
  • Poutine a été vaincu par Erdogan dans la guerre du Haut-Karabakh.

Les points ci-dessus sont les principaux sujets de discussion immédiatement approuvés et exécutés par les PSYOPs stratégiques américaines contre la Russie.

Ont-elles été efficaces ?

Oui, dans une certaine mesure. D’une part, ces « PSYOPS anti-russes améliorées » ont été immédiatement reprises par au moins une partie de ce que l’on pourrait appeler « l’opposition patriotique interne » (dont une grande partie est très sincère et sans aucune conscience d’être habilement manipulée). Plus toxique encore a été l’émergence d’un mouvement néo-communiste (ou, comme Ruslan Ostashko les appelle souvent « emo-marxistes ») assez bruyant (que j’appelle personnellement une sixième colonne) qui a commencé une campagne de propagande interne anti-Kremlin centrée sur les thèmes suivants :

  • « Tout est perdu » (всепропальщики) : c’est la thèse qui dit que rien en Russie n’est bien, tout est soit faux soit mauvais, le pays s’effondre, ainsi que son économie, sa science, son armée, etc. etc. etc. C’est juste une sorte de défaitisme, rien de plus.
  • « Rien n’a été accompli depuis l’arrivée de Poutine au pouvoir » : cette position est étrange, car il faut une gymnastique mentale absolument spectaculaire pour ne pas voir que Poutine a littéralement sauvé la Russie de la destruction totale. Cette position n’explique pas non plus pourquoi Poutine est si détesté par l’Empire (si Poutine faisait tout de travers, comme, disons, Eltsine, il serait adoré en Occident, pas détesté !)
  • « Toutes les élections en Russie ont été volées. » Ici, la 5e colonne (dirigée par la CIA/MI6) et la 6e colonne doivent être d’accord : selon les deux, il est absolument impossible que la plupart des Russes aient soutenu Poutine pendant tant d’années et il est impossible qu’ils le soutiennent encore maintenant. Sans parler du fait que la grande majorité des sondages montrent que Poutine était, et est toujours, la personnalité politique la plus populaire de Russie.

Enfin, le grand dérapage de la réforme des retraites n’a certainement pas aidé Poutine à améliorer sa cote de popularité. Il a donc dû prendre des mesures : il a « adouci » certaines des pires dispositions de cette réforme et, finalement, il a réussi à mettre sur la touche certains des pires intégrationnistes atlantiques, dont Medvedev lui-même.

Malheureusement, certains sites web, blogs et individus prétendument pro-russes ont montré leur vrai visage en prenant le train en marche de cette deuxième campagne stratégique de PSYOP, probablement dans l’espoir d’être plus remarqués ou d’obtenir des fonds, ou les deux. D’où toutes les sornettes sur la collaboration entre la Russie et Israël ou sur un Poutine « vendu », que nous avons vues si souvent ces derniers temps. Le pire, c’est que ces sites web, ces blogs et ces personnes ont gravement induit en erreur et perturbé certains des meilleurs amis réels de la Russie en Occident.

Aucun d’entre eux ne répond jamais à une question très simple : si Poutine est un tel vendu, et si tout est perdu, pourquoi l’empire anglo-sioniste déteste-t-il autant Poutine ? En presque 1000 ans de guerre (spirituelle, culturelle, politique, économique et militaire) contre la Russie, les dirigeants de l’Occident ont toujours détesté les vrais patriotes russes et ils ont toujours aimé les (hélas nombreux) traîtres à la Russie. Et maintenant, ils détestent Poutine parce qu’il serait un mauvais dirigeant ?

Cela n’a absolument aucun sens.

Conclusion : une guerre est-elle inévitable maintenant ?

Les États-Unis et l’OTAN ne s’engagent pas dans des opérations stratégiques de maintien de la paix simplement parce qu’ils aiment ou n’aiment pas quelqu’un. L’objectif principal de ces PSYOPs est de briser la volonté de résistance de l’autre partie. C’était également l’objectif principal des deux PSYOP anti-Poutine (phase 1 et phase 2). Je suis heureux d’annoncer que les deux phases de ces PSYOPs ont échoué. Le danger ici est que ces échecs n’ont pas réussi à convaincre les dirigeants de l’Empire de la nécessité de changer de cap de toute urgence et d’accepter la « réalité russe », même si elle ne leur plaît pas.

Depuis que l’administration « Biden » (le « Biden collectif », bien sûr, pas la plante en pot) a pris (illégalement) le pouvoir, nous avons assisté à une forte escalade des déclarations anti-russes. D’où le dernier « hou, c’est un tueur » – ce n’était pas l’erreur d’un esprit sénile, c’était une déclaration soigneusement préparée. Pire encore, l’Empire ne s’est pas limité à des paroles, il a également effectué quelques « mouvements de corps » importants pour signaler sa détermination à rechercher une confrontation encore plus poussée avec la Russie :

  • Il y a eu beaucoup de bruits de sabre en provenance de l’Ouest, et surtout des manœuvres militaires plutôt malavisées (voire carrément stupides) près de la frontière russe ou le long de celle-ci. Comme je l’ai expliqué un milliard de fois, ces manœuvres sont vouées à l’échec d’un point de vue militaire (plus on se rapproche de la frontière russe, plus les forces militaires occidentales sont en danger). Politiquement, cependant, elles sont extrêmement provocantes et, par conséquent, dangereuses.
  • La grande majorité des analystes russes ne croient pas que les États-Unis et l’OTAN attaqueront ouvertement la Russie, ne serait-ce que parce que ce serait suicidaire (l’équilibre militaire actuel en Europe est fortement en faveur de la Russie, même sans utiliser d’armes hypersoniques). Ce que beaucoup d’entre eux craignent maintenant, c’est que « Biden » déclenche les forces ukrainiennes contre le Donbass, « punissant » ainsi l’Ukraine et la Russie (la première pour son rôle dans la campagne présidentielle américaine). Je suis plutôt d’accord avec ces deux déclarations.

En fin de compte, l’empire anglo-sioniste a toujours été raciste à la base, et cet empire l’est toujours : pour ses dirigeants, le peuple ukrainien n’est que de la chair à canon, une nation de troisième ordre sans intérêt et sans dirigeants qui a dépassé son utilité (les analystes américains comprennent que le plan américain pour l’Ukraine s’est soldé par un nouveau fiasco spectaculaire, comme ces plans délirants finissent toujours par le faire, même s’ils ne le disent pas publiquement). Alors pourquoi ne pas lancer ces gens dans une guerre suicidaire contre non seulement la LDNR mais aussi la Russie elle-même ? Bien sûr, la Russie gagnera rapidement et de manière décisive la guerre militaire, mais politiquement, ce sera un désastre en termes de relations publiques pour la Russie, car l’« Occident démocratique » accusera toujours la Russie, même si elle n’a clairement pas attaqué la première (comme ce fut le cas le 08.08.08) [En Géorgie, NdT].

J’ai déjà écrit sur la situation absolument désastreuse de l’Ukraine il y a trois semaines, je ne vais donc pas tout répéter ici, je dirai simplement que depuis ce jour, les choses ont encore empiré : il suffit de dire que l’Ukraine a déplacé beaucoup de blindés lourds vers la ligne de contact, tandis que le régime de Kiev a maintenant interdit l’importation de papier toilette russe (ce qui montre ce que la bande au pouvoir considère comme des mesures importantes et nécessaires). S’il est vrai que l’Ukraine est devenue un État totalement défaillant depuis le coup d’État néonazi, on constate aujourd’hui une nette accélération de l’effondrement non seulement du régime ou de l’État, mais aussi du pays dans son ensemble. L’Ukraine s’effondre si rapidement que l’on pourrait créer un site web entier pour suivre l’évolution de cette horreur, non pas jour après jour, mais heure après heure. Il suffit de dire que « Ze » s’est avéré être encore pire que Porochenko. La seule chose que Porochenko a fait et que « Ze » n’a pas fait (encore !) est de déclencher une guerre. À part cela, le reste de ce qu’il a fait (par action ou inaction) ne peut être qualifié que de « encore la même chose, mais en pire ».

La guerre peut-elle être évitée ?

Je ne sais pas. Poutine a donné aux Ukronazis un avertissement très sévère (« des conséquences graves pour le statut d’État de l’Ukraine en tant que tel »). Je ne crois pas une seconde que quiconque au pouvoir à Kiev se soucie de l’Ukraine ou de son statut d’État, mais ils sont assez intelligents pour comprendre qu’une contre-attaque russe pour défendre la LDNR et, plus encore, la Crimée, pourrait inclure des frappes de précision ciblées sur « le leadership » avec des missiles avancés. Les dirigeants ukronazis seraient bien avisés de réaliser qu’ils ont tous une cible peint sur la tête. Ils pourraient également réfléchir à ceci : qu’est-il arrivé à tous les chefs de gangs wahhabites en Tchétchénie depuis la fin de la deuxième guerre de Tchétchénie ? (Indice : ils ont tous été retrouvés et exécutés). Cela suffira-t-il à les arrêter ?

Peut-être. Espérons-le.

Mais nous devons maintenant garder à l’esprit que dans un avenir prévisible, il ne reste que deux options pour l’Ukraine : « une fin horrible ou une horreur sans fin » (expression russe).

Le meilleur scénario pour la population ukrainienne serait une scission (relativement pacifique, espérons-le) du pays en plusieurs parties gérables.
La pire option serait sans aucun doute une guerre à grande échelle contre la Russie.

À en juger par la rhétorique qui émane de Kiev ces jours-ci, la plupart des politiciens ukrainiens soutiennent fermement l’option n° 2, d’autant plus que c’est également la seule option acceptable pour leurs maîtres étrangers. Les Ukrainiens ont également adopté une nouvelle doctrine militaire (qu’ils appellent « stratégie de sécurité militaire de l’Ukraine ») qui déclare la Russie État agresseur et adversaire militaire de l’Ukraine (voir ici pour une traduction automatique du texte officiel).

Cela pourrait être la raison pour laquelle Merkel et Macron ont récemment eu une vidéoconférence avec Poutine (« Ze » n’était pas invité) : Poutine pourrait essayer de convaincre Merkel et Macron qu’une telle guerre serait un désastre pour l’Europe. Pendant ce temps, la Russie renforce rapidement ses forces le long de la frontière ukrainienne, y compris en Crimée.

Mais toutes ces mesures ne peuvent pas dissuader un régime qui n’a pas de dirigeants. L’issue sera décidée à Washington DC, pas à Kiev. Je crains que le sentiment traditionnel d’impunité totale des dirigeants politiques américains ne leur donne, une fois de plus, l’impression qu’il y a très peu de risques (pour eux personnellement ou pour les États-Unis) à déclencher une guerre en Ukraine. Les dernières nouvelles sur le front américano-ukrainien sont la livraison par l’US Navy de 350 tonnes d’équipement militaire à Odessa. Pas assez pour être militairement significatif, mais plus que suffisant pour inciter le régime de Kiev à attaquer le Donbass et/ou la Crimée.

En fait, je ne m’étonnerais même pas que « Biden » lance une attaque contre l’Iran pendant que le monde regarde l’Ukraine et la Russie se faire la guerre. Après tout, l’autre pays dont la position géostratégique s’est gravement dégradée depuis que la Russie a déplacé ses forces en Syrie est Israël, le seul pays que tous les politiciens américains serviront fidèlement et quel qu’en soit le coût (y compris le coût humain pour les États-Unis). Les Israéliens exigent une guerre contre l’Iran depuis au moins 2007, et il serait très naïf d’espérer qu’ils ne finissent pas par obtenir gain de cause. Enfin, et ce n’est pas le moins important, il y a la crise que le chutzpah condescendant qu’est Bliken a déclenchée avec la Chine et qui, jusqu’à présent, n’a abouti qu’à une guerre économique, mais qui pourrait aussi s’intensifier à tout moment, surtout si l’on considère les nombreuses provocations anti-chinoises récentes de la marine américaine.

Actuellement, les conditions météorologiques dans l’est de l’Ukraine ne sont pas propices à des opérations militaires offensives. La neige continue de fondre, créant des conditions routières très difficiles et boueuses (appelées « rasputitsa » en russe) qui entravent considérablement le mouvement des forces et des troupes. Ces conditions vont toutefois changer avec l’arrivée de la saison chaude, et les forces ukrainiennes seront alors idéalement positionnées pour une attaque.

En d’autres termes, à moins d’un développement majeur, nous pourrions être à quelques semaines seulement d’une guerre majeure.

The Saker

Traduit par Wayan, relu par Hervé pour le Saker Francophone


Finalement, Biden a téléphoné au « tueur »

....par The Saker - Le 13/04/2021.

 Le 13 avril 2021 – Source The Saker’s Blog

La grande nouvelle du jour est que Biden a décidé d’appeler Poutine. Voici comment les Russes ont rapporté l’événement :

 

À l'initiative de la partie américaine, une conversation téléphonique a eu lieu entre le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, et le président des États-Unis d'Amérique, Joseph Biden. L'état actuel des relations russo-américaines et certains aspects pertinents de l'agenda international ont été discutés en détail. Joseph Biden a confirmé l'invitation qu'il avait adressée au président russe de participer au sommet sur le climat, qui se tiendra par vidéoconférence les 22 et 23 avril. Les deux parties ont exprimé leur volonté de poursuivre le dialogue sur les domaines les plus importants pour assurer la sécurité mondiale, ce qui répondrait aux intérêts non seulement de la Russie et des États-Unis, mais aussi de l'ensemble de la communauté mondiale. En outre, Joseph Biden a exprimé son intérêt pour la normalisation de la situation, d’une manière bilatérale, et l'établissement d'une coopération stable et prévisible sur des questions urgentes telles que la garantie de la stabilité stratégique et le contrôle des armements, le programme nucléaire iranien, la situation en Afghanistan et le changement climatique mondial. Dans ce contexte, le président américain a proposé d'envisager la possibilité d'organiser une réunion au sommet personnelle dans un avenir proche. Au cours de l'échange de vues sur la crise interne ukrainienne, Vladimir Poutine a exposé les approches d'un règlement politique fondé sur le paquet de mesures de Minsk. Il a été convenu de donner des instructions aux services compétents afin de régler les questions soulevées lors de la conversation téléphonique.

Voici la version américaine :

Le président Joseph R. Biden, Jr. s'est entretenu aujourd'hui avec le président russe, Vladimir Poutine. Ils ont discuté d'un certain nombre de questions régionales et mondiales, notamment de l'intention des États-Unis et de la Russie de poursuivre un dialogue de stabilité stratégique sur le contrôle des armements et la sécurité, en s'appuyant sur l'extension du nouveau traité START. Le président Biden a également précisé que les États-Unis agiront fermement pour défendre leurs intérêts nationaux en réponse aux actions de la Russie, telles que les cyber-intrusions et l'ingérence dans les élections. Le président Biden a souligné l'engagement inébranlable des États-Unis envers la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Ukraine. Le président a fait part de ses préoccupations concernant le soudain renforcement militaire russe en Crimée occupée et aux frontières de l'Ukraine, et a appelé la Russie à désamorcer les tensions. Le président Biden a réaffirmé son objectif de construire avec la Russie une relation stable et prévisible, conforme aux intérêts des États-Unis, et a proposé une réunion au sommet dans un pays tiers dans les mois à venir pour discuter de l'ensemble des questions auxquelles sont confrontés les États-Unis et la Russie.

Pourquoi cette différence de ton ? Parce que les Russes ne croient pas aux déclarations fracassantes avant une négociation et, contrairement à « Biden », ils ne sont pas incertains de leur légitimité (à la fois la légitimité de leurs politiques et la légitimité de leur gouvernement). Quant à Biden, il ne fait que produire exactement le même type d’air chaud que l’administration Trump. Je peux vous dire ce que la plupart des Russes pensent lorsqu’ils entendent cela. Ils pensent : « J’ai bien l’impression que le vieil homme essaie désespérément de s’encourager lui-même ! ». Je suis tout à fait d’accord.

Ceci étant dit, il y a aussi un triomphalisme très prématuré en Russie. Beaucoup de « patriotes hurlants » disent que « Biden a cédé le premier ». Leurs arguments sont à peu près les suivants :

Selon le ministre de la défense, Shoigu, les Etats-Unis et l'OTAN ont environ 40 000 soldats placés le long de la frontière russe (ostensiblement à titre d'exercice) et environ 15 000 systèmes d'armement. 

En réponse à cette menace, la Russie a déployé 2 armées et 3 divisions aéroportées le long de sa frontière occidentale. Cela représente quelque chose comme 200 000 soldats. Les Américains ont vu cela et ont compris que le "poing" russe pouvait les écraser. C'est pourquoi Biden a cédé.

Eh bien, je ne suis pas du tout sûr que « Biden » ait cédé ou qu’il ait « cligné des yeux le premier ». Pourquoi ?

  1. Une réunion au sommet « dans les mois à venir » sera trop tard pour désamorcer les risques actuels de guerre. Ils pourraient se rencontrer lors de la prochaine conférence sur le climat, les 22 et 23 avril. Mais ce n’est pas le bon format.
  2. La première règle de l’analyse militaire est « ne pas regarder les intentions, mais les capacités ». C’est encore plus vrai pour les « intentions déclarées ». Et que lisons-nous dans les intentions supposées de « Biden » ? « Poursuivre un dialogue de sécurité stratégique » est le mieux que je puisse trouver, et je ne suis vraiment pas impressionné.
  3. Supposons qu’ils se rencontrent avant qu’une guerre à grande échelle n’éclate, et alors ? Si Trump n’avait pas rencontré Kim Jong-un, cela aurait-il changé quelque chose ?

Dimanche dernier, Margarita Simonian, la directrice de Russia Today, a dit quelque chose de très intéressant lors d’une émission de télévision russe (je paraphrase et résume ici) :

Nous ne serons jamais en mesure de parvenir à un véritable accord (de coexistence) avec les États-Unis. Pourquoi ? C'est un pays construit sur la violence depuis le premier jour. C'est un pays bloqué par plusieurs doctrines idéologiques, de la Doctrine de sa découverte à la Doctrine de sa destinée manifeste. Toutes ces doctrines disent la même chose : "nous avons le droit de faire ce que nous voulons et nous avons le droit de dominer tous les autres. Cette terre était à nous, mais ces salauds d'Indiens ont eu l'arrogance d'y vivre. Nous allons donc tous les massacrer et ensuite créer une belle fête où nous célébrerons le fait qu'ils nous ont appris ce qu’il fallait manger (Thanksgiving Day)". Ceci n'était pas seulement vrai au 17ème siècle. Je vous rappelle l'année 1831 où nous avions déjà la révolte des décembristes alors que les USA étaient engagés dans une opération massive de nettoyage ethnique (la Piste des Larmes) sous la supervision personnelle du président Andrew Jackson (un Démocrate, soit dit en passant !) qui déporta 5 tribus indiennes qui étaient sédentarisées, avaient leurs propres écoles et dont beaucoup étaient christianisées. Il les a déportées en Oklahoma en utilisant des méthodes qui ont entraîné des milliers de morts (une tribu a perdu ¼ de sa population. Ma propre famille a été déportée par Staline (nous étions arméniens) et je peux vous dire que les méthodes utilisées par Staline lors de ses déportations étaient un "doux ballet" comparé à ce que les "États-Unis démocratiques" ont fait.

Nous ne parviendrons jamais à un accord avec eux parce que nous ne pouvons pas accepter de nous effondrer. Nous ne parviendrons jamais à un accord avec eux parce que nous ne pouvons pas accepter de devenir des indigents. Nous ne parviendrons jamais à un accord avec eux parce que nous ne pouvons pas accepter de renoncer à nos armes nucléaires. Nous ne parviendrons jamais à un accord avec eux parce que nous ne pouvons pas accepter de renoncer à tous nos intérêts nationaux et nous ne pouvons pas accepter de ne faire que ce qu'ils nous disent de faire (y compris au détriment de nos propres intérêts). Nous ne parviendrons jamais à un accord avec eux parce que nous n'accepterons jamais d'oublier notre histoire et nous n'accepterons pas que nos prochaines générations se considèrent une nation totalement différente. Nous ne parviendrons jamais à un accord avec eux parce que nous n'accepterons jamais rien de tout cela, et ils n'accepteront jamais rien de moins ! (c'est nous qui soulignons).

Franchement, je ne peux qu’être d’accord. Depuis la Première Croisade, la valeur centrale et même l’identité de l’Occident politique (dans ses diverses manifestations) a toujours été l’impérialisme. C’est vrai de la papauté latine autant que du national-socialisme hitlérien, et c’est encore vrai de l’idéologie principale des États-Unis d’aujourd’hui. En vérité, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Nous pouvons appeler ces diverses manifestations de l’Occident messianique uni par de nombreux noms (aujourd’hui, je l’appelle « Zone A »), mais cela ne change rien à son essence, sa nature et son comportement : les prétextes (idéologies) changent, les politiques restent les mêmes.

C’est pourquoi j’ai toujours dit que la Russie et l’Empire anglo-sioniste sont enfermés dans une guerre existentielle dont seul un côté sortira vivant et l’autre sera soit détruit (la Russie par les États-Unis) soit profondément modifiée (en raison des contradictions dialectiques internes du capitalisme et de la nature insoutenable de la société américaine actuelle).

Et n’allez pas croire qu’il n’y a « que » Simonian qui « voit la lumière ». Le vice-ministre russe des affaires étrangères, Sergei Riabkov, a fait la déclaration suivante à propos des États-Unis :

Ils parlent d'un prix élevé à payer, mais ils ne mentionnent jamais lequel. Ce qu'ils ont fait jusqu'à présent, nous l'avons, premièrement, bien étudié, et deuxièmement, nous nous y sommes adaptés. Nous ne pensons pas que cette terminologie doit normalement être utilisée : prix, paiement, etc. Nous défendons simplement nos intérêts et les intérêts de nos citoyens, la population russophone, et nous continuerons à les protéger. La question est de savoir quelles conclusions tirent de cette situation Kiev et les patrons de Kiev. Ces conclusions ne créent pas un climat positif, ces menaces ne font que nous renforcer dans la conviction que nous sommes sur la bonne voie : les États-Unis sont notre ennemi, ils font tout pour saper la position de la Russie sur la scène internationale, nous ne voyons pas d'autres éléments dans leur approche avec nous. Telles sont nos conclusions.

Plutôt clair, non ?

Des années, voire des décennies, de menaces américaines ininterrompues à l’encontre de la Russie ont (enfin !) produit leur plein effet : les illusions que de nombreux Russes ont entretenues pendant des siècles à propos de leurs voisins occidentaux ont presque totalement disparu de la société et de la conscience russes. Ce qui reste est une ferme détermination à survivre, à vivre, à faire tout ce qu’il faut pour empêcher l’Empire d’« assimiler » la Russie.

Les Russes voient maintenant clairement une autre lapalissade des politiques occidentales. Je l’exprimerais ainsi : peu importe contre qui la Russie se bat – il peut même s’agir de Satan en personne (et c’est le cas à bien des égards, que ceux qui ont des oreilles…), l’Occident se rangera toujours, toujours du côté de notre ennemi, même s’il s’agit de Satan en personne (là encore, que ceux qui ont des oreilles…). Permettez-moi de vous donner un seul exemple qui en dit long :

Les USA prétendent que c’est Al-Qaïda qui a réalisé le 11 septembre. Bien. Un étudiant d’université de physique peut prouver le contraire, mais bon. Pourtant, ces mêmes États-Unis ont totalement soutenu « Al-Qaïda » (toutes les dénominations et tous les pseudonymes inclus) en Tchétchénie et en Syrie (et en Serbie aussi, j’ajouterais). Et ils sont toujours là.

Un autre exemple ? Allons y.

L’Occident a toujours soutenu les pires dirigeants, les plus violents, en Russie. À l’inverse, les meilleurs dirigeants de l’histoire russe sont vilipendés, calomniés et méprisés en Occident, et ils sont, bien sûr, décrits comme des tyrans obscurantistes, même si, comparés aux dirigeants occidentaux de la même époque, ils font figure de saints (ce que certains d’entre eux sont littéralement !).

Vous en voulez un autre ? D’accord.

Regardons la religion. Dans l’histoire des relations entre la Russie et l’Occident, nous constatons quelque chose d’intéressant : quelle que soit la branche de la chrétienté occidentale (latine ou réformée) au pouvoir, les dirigeants de l’Occident se rangent toujours du côté de leurs « frères chrétiens » putatifs, même si cela signifie se ranger du côté des non-chrétiens ! Entre le XVe siècle, la guerre de Crimée et aujourd’hui, peu de choses ont changé : l’Occident a toujours créé une « coalition œcuménique » ad hoc pour tenter de conquérir enfin la Russie.

L’essentiel est ceci : Simonian a raison à 100%. Le « programme de l’Occident pour la Russie » n’a pas changé et il reste le même : la Russie doit disparaître. Rien d’autre n’est acceptable pour nos voisins occidentaux.

Alors, où allons-nous à partir de là ?

Franchement, je ne le sais pas. Je ne pense pas que quiconque le sache. Mais je peux exprimer mes espoirs.

J’espère que la position actuelle de la Russie (« nous sommes prêts à affronter la puissance combinée des États-Unis, de l’OTAN et de l’UE » et « pourquoi voudrions-nous un monde sans la Russie ? ») permettra de surmonter le narcissisme délirant de l’Occident (Nous sommes tout-puissants ! Personne ne peut nous arrêter ! Nous allons vous écraser !) et de ramener suffisamment de gens à la « vraie réalité » (comme beaucoup l’étaient pendant la guerre froide). Ensuite, j’espère vraiment que l’Empire ne lâchera pas les Ukronazis dans le Donbass (oui, l’espoir meurt en dernier, et je dois admettre qu’actuellement je ne vois pas comment les Ukies pourraient désamorcer la situation). J’espère que les peuples de l’UE se libéreront de leur statut colonial actuel et qu’ils retrouveront au moins un minimum de souveraineté réelle. Enfin, j’espère que la société américaine vaincra les Woke-freaks actuellement au pouvoir et que les États-Unis deviendront un pays puissant, mais normal (comme tant d’empires l’ont fait auparavant). Le slogan « nous voulons retrouver notre pays » a toute ma sympathie. Mais c’est beaucoup d’espoir, je sais.

Maintenant, une dose de réalisme pessimiste.

D’abord, Biden, l’homme, pas le collectif « Biden », n’est pas en état de négocier avec qui que ce soit. Son Harris non plus. Au mieux, il peut faire ce que des micro-cerveaux comme John Kerry ou Josep Borrell ont fait : rencontrer leurs homologues, déclarer A, puis rentrer chez eux et proclamer immédiatement non-A.

Dites-moi, pourquoi les Russes seraient-ils intéressés par ce genre de cirque stupide ?

Et le collectif « Biden » alors ? Eh bien, Blinken est certainement plus intelligent que cet imbécile arrogant de Pompeo, mais il n’en déteste pas moins la Russie. Est-ce une amélioration ? Peut-être.

Je crains que cette proposition de rencontre n’ait jamais lieu, je pense que la Maison Blanche y voit une subtile ruse pour tenter d’abaisser les défenses russes (tant militaires que politiques). Cela ne sera pas le cas. Il est trop tard pour cela.

Se pourrait-il que « Biden » jette l’éponge et cherche une sorte d’arrangement avec la Russie. Il ne faut jamais dire jamais, mais je trouve cela excessivement improbable. Pourquoi ? En raison du narcissisme idéologique messianique et du sentiment d’impunité dont font preuve depuis des siècles les dirigeants américains : ils ne peuvent tout simplement pas comprendre que leur « cité sur la colline » puisse avoir été placée dans une situation de « mat en trois coup » par une horde de barbares asiatiques buveurs de vodka (tout comme ils ne peuvent pas comprendre comment ces méchants « cocos chinetoques » ont construit une économie largement supérieure à la leur).

Un célèbre leader de « l’Occident uni » a également eu du mal à accepter que lui et ses « armées invincibles » aient été complètement vaincus par des sous-hommes russes. Jusqu’à ce qu’il entende le son des canons soviétiques depuis son bunker souterrain.

Vraiment, certaines choses ne changent jamais.

The Saker

Traduit par Wayan, relu par Hervé pour le Saker Francophone


Sanctions : Biden fait à Poutine un chantage à la soumission

...par Karine Bechet-Golovko - Le 16/04/2021.


 

Source : Russie politics

 

Alors que dans le discours, Biden propose soi-disant de désamorcer les relations avec la Russie, c'est en tout cas ce qu'il affirmait à Poutine par téléphone, il vient d'adopter de nouvelles sanctions, visant les capacités financières de la Russie et sa dette souveraine - puisque Poutine n'a toujours pas répondu à sa "proposition", manifestement impérative, d'une rencontre cet été. Appelons les choses par leur nom, c'est du chantage. La Russie est sommée de se soumettre ... ou elle devra sortir de sa posture défensive.

 

Lors de son entretien téléphonique du 13 avril avec le Président russe, Biden affirmait vouloir trouver une sortie de crise, qui ne remettrait pas en cause les intérêts américains. Et une rencontre avec Poutine avait été proposée, dans les mêmes conditions que Reagan proposait une conciliation à Gorbatchev (voir notre texte ici). 

 

D'ailleurs Gorbatchev, confirmant ainsi son rôle actif dans la destruction de l'Union soviétique, trouve la proposition excellente. Des pays nordiques se proposent pour recevoir les deux Chefs d'Etats. Des scénarios politico-médiatiques se mettent en place. Bref, la pression est à son maximum. Et pour cause, la tentation est grande de remporter une victoire sans se battre ...

 

Mais le Kremlin garde ses distances. Peskov déclare que rien n'est prévu pour les prochaines semaines, que la question de la date n'est pas encore à l'ordre du jour, que l'on en est toujours à analyser, en soi, l'intérêt de cette proposition.

 

Bref, Poutine n'a pas voulu endosser les oripeaux de Gorbi, la Russie n'est plus celle de la fin des années 80, l'Occident avec ses cultes minoritaires, ses populations enfermées, son libéralisme écrasé n'a plus de modèle attrayant à proposer - le miroir aux alouettes s'est brisé. Reste la force.

 

La force militaire est trop dangereuse - pour l'instant. Des conflits localisés, qui utilisent des forces tierces, comme en Ukraine ou en Syrie, soit, mais un affrontement direct risquerait d'entraîner un changement trop radical et trop imprévisible des rapports de force. Et ... pour quelle cause envoyer des armées étrangères se battre pour l'Atlantisme ... D'ailleurs, les deux bâtiments de guerre américains, le Roosevelt et le Donald Cook, ont fait machine arrière et ne se dirigent plus vers la mer Noire.

 

Les sanctions sont de bonne augures dans cette configuration. Mais elles durent depuis longtemps et la Russie a eu le temps de les intégrer comme une donnée. Les Etats-Unis sont donc obligés d'aller de plus en plus loin, avec un effet direct limité contre la Russie, tout en provoquant, des effets politiques secondaires, dont ils se passeraient bien, mais qui sont inévitables.

 

Ainsi, Biden a adopté un ordre exécutif (publié ici en anglais) voulant toucher la Russie sur le plan financier. Ce n'est pas une surprise pour les autorités russes, qui attendent même (et s'y préparent) qu'à terme les Etats-Unis les bloquent des plateformes de paiement internationales. Ici, il s'agit principalement de bloquer le refinancement de la dette souveraine sur les marchés d'obligation :

 

"Treasury issued a directive that prohibits U.S. financial institutions from participation in the primary market for ruble or non-ruble denominated bonds issued after June 14, 2021 by the Central Bank of the Russian Federation, the National Wealth Fund of the Russian Federation, or the Ministry of Finance of the Russian Federation; and lending ruble or non-ruble denominated funds to the Central Bank of the Russian Federation, the National Wealth Fund of the Russian Federation, or the Ministry of Finance of the Russian Federation. This directive provides authority for the U.S. government to expand sovereign debt sanctions on Russia as appropriate."

 

En plus de cela, des sanctions individuelles ont été adoptées contre 6 compagnies de hautes technologies russes, sur le fondement des fameuses cyberattaques, contre 32 entités morales et physiques pour ingérence dans les élections de 2020. Et d'autres sanctions sont annoncées pour l'affaire "SolarWinds". Les Etats-Unis incitent également les Européens à adopter des sanctions individuelles sur le fondement de l'Ukraine et de la Crimée. Et n'oublions pas l'Afghanistan, etc. L'avantage des sanctions, c'est qu'il n'est pas nécessaire de prouver en justice la culpabilité pour entrainer la responsabilité et que l'on peut punir plusieurs fois pour la même accusation.

 

L'explication de Biden publiée dans le New York Times mérite de s'y arrêter : il a choisi de ne pas aller trop loin, d'être proportionnel, car il veut améliorer les relations avec la Russie (en adoptant des sanctions) ... et propose encore une rencontre à Poutine pour cet été. Qui a eu l'outrecuidance de ne pas accourir à plat ventre lors de la première invitation ...

 

I chose to be proportionate,” Mr. Biden said in comments at the White House, describing how he had warned President Vladimir V. Putin of Russia of what was coming in a phone conversation on Tuesday. “The United States is not looking to kick off a cycle of escalation and conflict with Russia. We want a stable, predictable relationship,” he said, offering again to meet Mr. Putin in person this summer in Europe. So far, the Russians have not responded to that offer.

 

C'est bien la technique primitive du bâton et de la carotte, qui est mise en jeu par l'Administration américaine, cherchant ainsi à tester la résistance de la Russie, à la fois dans sa politique extérieure et en ce qui concerne la stabilité intérieure du pays.

 

Mais ce jeu durant depuis longtemps, la Russie, que ce soit le Gouvernement ou la population, sont habitués. L'effet psychologique des premières sanctions est depuis longtemps passé, peu pensent sérieusement qu'elles pourraient être levées par l'obéissance et le renoncement à soi. Si des effets négatifs sur l'économie sont inévitables, cette stratégie des sanctions américaines produit beaucoup d'effets politiques positifs collatéraux. Tout d'abord, les sanctions décrédibilisent les groupes néolibéraux pro-atlantistes, qui ont infiltré le pouvoir, et diminuent leur influence objective - comment peut-on suivre l'avis de ceux qui soutiennent une puissance ouvertement hostile ? Ensuite, elles obligent la Russie à se concentrer sur ses propres forces de production, ce qui va à l'encontre de la politique de désindustrialisation lancée sur le mode du "nouveau monde post-industriel", où l'on n'a plus besoin de produire - car nous sommes tous devenus virtuels et l'on achète tout ce qui est produit en Chine. 

 

Nouvelles sanctions américaines contre la Russie

...par Andrei Martyanov - Le 17/04/2021.

Dans un monde normal (rationnel), cela aurait été… eh bien… louche dès le départ. Pas aux États-Unis où la vérité n’existe pas dans et autour de Washington et dans les studios des principaux organes de propagande tels que MSNBCCBSCNN – vous les connaissez tous.

« La Maison Blanche a déclaré jeudi que la communauté du renseignement ne dispose pas de preuves concluantes que des agents du renseignement russe ont encouragé les Talibans à attaquer les troupes américaines en Afghanistan. Cette évaluation, révélée jeudi alors que les États-Unis annonçaient une série de nouvelles sanctions contre le gouvernement russe, met à mal l’une des attaques les plus vives que Joe Biden et d’autres démocrates ont lancées contre l’ancien président Donald Trump pendant la course à la Maison-Blanche de 2020. Joe Biden a attaqué Trump à plusieurs reprises pendant la campagne pour ne pas avoir tenu tête au président russe Vladimir Poutine alors que son administration était au courant de renseignements suggérant que des agents russes offraient des primes aux Talibans. Mais jeudi, Jen Psaki, porte-parole de la Maison Blanche, a déclaré qu’après avoir examiné ces rapports classifiés, la communauté du renseignement a déterminé qu’elle n’avait qu’une « confiance de faible à modérée » dans leur authenticité. Elle a déclaré que cela était dû en partie à la façon dont les renseignements ont été obtenus, notamment par des interrogatoires de détenus afghans ».

Ahhh, non. Ce n’est pas « une confiance de faible à modérée », ces rapports promus par le Parti démocrate et Biden sont des foutaises complètes car :

1. Si la Russie voulait vraiment provoquer une effusion de sang en Afghanistan, elle dispose d’un certain nombre d’outils pour le faire, depuis les opérations clandestines contre les troupes américaines jusqu’à l’approvisionnement direct des Talibans (officiellement désignés comme une organisation terroriste en Russie) ou d’autres groupes avec toute une série de jouets qui augmenteraient les pertes américaines sur place. Après tout, toutes sortes de groupes font le commerce d’armes en Afghanistan aujourd’hui, et beaucoup de ces armes proviennent d’anciennes bases de stockage de l’ancienne Asie centrale soviétique. Vous voyez où je veux en venir. En d’autres termes, si la Russie veut infliger la douleur, les États-Unis la ressentiront. La question principale est : pour quoi faire ? Quelqu’un a-t-il des raisons rationnelles pour que la Russie le fasse ? Pas moi.

2. La Russie a, en fait, intérêt à ce que les États-Unis restent en Afghanistan, en partie pour les raisons suivantes : compte tenu du contexte actuel des relations désastreuses entre la Russie et les États-Unis, la guerre américaine dans ce pays peut servir d’exemple de la manière dont il ne faut pas poursuivre la guerre, mais aussi parce que la Russie a sincèrement intérêt à ce que les États-Unis lient pour l’instant, même si c’est de manière très inefficace, toutes les forces islamiques fondamentalistes qui, sinon, commenceraient à se déplacer vers le nord de l’Afghanistan vers les anciennes Républiques soviétiques d’Asie centrale, aujourd’hui des États indépendants. En ce sens, les États-Unis et la Russie sont des alliés improbables, compte tenu de la propension des États-Unis à soutenir toutes sortes de terroristes.

Aujourd’hui, même la propre communauté du « renseignement » de Biden affirme que toute cette histoire a la même véracité que celle du programme d’ADM de l’Irak ou que les films de Michael Bay sont des documentaires. Une telle déclaration de Psaki place toutefois les choses sous un drôle d’angle :

« Psaki a ajouté que les services de renseignement américains ont des preuves que le renseignement militaire russe, connu sous le nom de GRU, interagit avec des individus dans les réseaux criminels afghans ».

Ahh, et si les États-Unis étaient de mèche avec les gens qui ont massacré près de 3 000 Américains le 11 septembre ? Je dis ça comme ça.

Mais, de toute évidence, pour la justice américaine, c’est l’Iran qui a commis le 11 septembre, non ?

« L’Iran a été condamné à payer des milliards aux proches des victimes du 11 septembre ».

Alors, comprenez-vous maintenant pourquoi Vladimir Poutine n’a pas accepté « l’invitation » de Joe Biden ?

« Le Kremlin … a déclaré que le sommet proposé « dans un pays tiers au cours des prochains mois » ne pourrait pas être organisé dans un délai aussi court, et a refusé de dire si la Russie accepterait l’invitation de Joe Biden au sommet virtuel sur le climat prévu la semaine prochaine ».

À quoi bon ? Pour parler de quoi ? On omet de dire de qui il s’agit. Les États-Unis se sont mis eux-mêmes dans le pétrin militaro-diplomatique de leur propre chef en essayant de jouer au plus malin autour de l’Ukraine avec de très mauvaises personnes, puis ils se sont rappelés que la Russie avait des forces armées plutôt compétentes, et tout à coup il s’agit de sauver la face, celle des États-Unis. Eh bien, la diplomatie de la Russie est bien plus ancienne que celle des États-Unis en tant que pays et les Russes ont combattu des ennemis bien plus durs que les États-Unis. Je pense que la décision du Kremlin d’éviter de parler à Biden ou, plutôt, à ceux qui le contrôlent, est une décision solide et le spectacle politique de mauvais goût qui s’ensuit à Washington et à Bruxelles est amusant à observer.

En ce qui concerne les nouvelles sanctions imposées à la Russie, comme j’ai fait référence au célèbre élément de terre rare russe appelé boltium il y a quelques années, vous pouvez tous retrouver la description de cet élément vraiment rare dans le tableau périodique ici, comment l’élément russe boltium interagit avec un autre élément, connu en Occident – le sanctionium, clin d’œil. C’était il y a trois ans, depuis lors, le boltium, pour une raison quelconque, a augmenté son action corrosive sur le sanctionium et beaucoup ne comprennent toujours pas pourquoi.

Laissons donc l’administration de Biden travailler dur sur la « désescalade et le processus diplomatique » avec la Russie. Je suis sûr qu’ils sont à pied d’œuvre en ce moment et qu’ils essaient désespérément de compter les jours avant que la Russie ne termine son exercice militaire à sa frontière occidentale et permette aux États-Unis de revendiquer un succès diplomatique en « dissolvant » la situation. Bien sûr. En attendant, reste-t-il une seule personne compétente à l’intérieur du Beltway, qui ne soit pas empoisonnée par un dangereux élément de terre rare qui n’existe qu’à l’intérieur du Beltway : le sanctimonium ? Simple question.

source : https://smoothiex12.blogspot.com

traduit par Réseau International

 

Commentaires: 0