Un accord absurde !

par Christophe Geffroy - le 16/04/2016.



 

Directeur fondateur de la revue La Nef, mensuel catholique (1990)

Ecole Centrale de Nantes Institut de Sciences-Politiques (Paris)

Cadre dans l'industrie automobile

 

Ouvrages

Enquête sur la messe traditionnelle (avec Philippe Maxence) (1998) -

Au fil des mois (2000) -

Jean-Paul II, les clés du pontificat (avec Yves Chiron et Luc Perrin) (2005) -


Un accord absurde !

Après les attentats de Paris du 13 novembre, c’est Bruxelles qui a vécu l’horreur de la terreur islamiste le 22 mars dernier. Ce drame a éclipsé l’accord hallucinant passé entre l’Union européenne (UE) et la Turquie quelques jours plus tôt, le 18 mars. Hallucinant car à l’heure où l’Europe tangue sous la violence criminelle et aveugle des islamistes, c’est à la Turquie, dirigée par un "islamiste modéré", ainsi que le nomment pudiquement nos médias, qu’elle abandonne bien légèrement une part importante du contrôle de ses frontières, alors même que ce pays est depuis longtemps un "maillon faible" face au terrorisme islamiste ! Si Madame Merkel est ravie de cet accord, le premier ministre turc, M. Davutoglu, l’est plus encore. Et il a raison, car, ainsi que l’écrivait Renaud Girard dans Le Figaro du 22 mars, c’est "un marché de dupes" qui révèle, s’il en était encore besoin, combien l’UE est devenue une structure ubuesque dirigée par des hommes étrangers à l’histoire et aux intérêts fondamentaux des peuples et des nations qui la composent.

 

Que stipule cet accord, en effet ?

L’aide de l’UE à la Turquie pour accueillir les migrants est portée à 6 milliards d’euros et cette dernière a obtenu pour ses 80 millions d’habitants (musulmans) l’ouverture sans conditions de l’espace Schengen, ainsi qu’une relance des discussions d’adhésion à l’UE. En échange, la Turquie accepte de reprendre chez elle tous les migrants partis de ses côtes qui ont débarqué illégalement en Grèce, les Européens s’engageant à donner un droit d’installation sur leur territoire à autant de demandeurs d’asile présents dans les camps turcs. Autrement dit, l’accord ne cherche même pas à limiter le flux des migrants – l’appel d’air n’a donc aucune raison de s’arrêter –, seulement à rendre leur itinéraire encore plus compliqué selon un mécanisme qui ne pouvait être inventé que par des technocrates déracinés et déconnectés du réel qui ne nous ont pas expliqué qui aura la responsabilité de ramener en Turquie les migrants clandestins… Et comble d’ironie et de déshonneur, nos eurocrates droits-de-l’hommiste ont réussi le tour de force de renvoyer des exilés dans un pays, la Turquie, qui ne reconnaît pas le statut de réfugiés aux demandeurs d’asile originaires du Proche-Orient !

 

Mais le plus scandaleux est que cet accord n’évoque pas l’effroyable exploitation des migrants, véritable trafic d’êtres humains qui est organisé à partir des côtes turques et que le gouvernement d’Ankara laisse faire, alors qu’il pourrait facilement le stopper s’il en avait la volonté, ce qui aurait été plus simple que l’accord absurde conclu le 18 mars !

 

Autre aspect que personne ne souligne : ce sont les États-Unis qui sont à l’origine du chaos en Irak, nullement l’Europe, qui n’est pour rien également dans la guerre civile syrienne, et c’est pourtant elle qui, non seulement en subit les conséquences en termes de migrations, mais encore est la seule à payer pour aider la Turquie à faire face à ce vaste mouvement migratoire : ne serait-il pas juste d’inviter les États-Unis à prendre leur part du fardeau ?

 

Enfin, pourquoi les migrants, qui sont à plus de 95 % musulmans, cherchent-ils absolument à quitter la Turquie, grand pays frère qui a une économie assez prospère ? Pourquoi n’essaient-ils pas de rejoindre les richissimes monarchies pétrolières du Golfe qui sont loin d’être surpeuplées et dont la responsabilité est fortement engagée dans la déstabilisation de la Syrie ? Et pourquoi ces pays ne manifestent-ils aucune solidarité avec leurs coreligionnaires ?

Ces questions n’effleurent visiblement pas nos dirigeants européens, faibles, lâches, sans vision politique et toujours prompts à l’auto-culpabilisation.

 

L’UE ne défend pas ses peuples

C’est là le drame : l’UE, engluée dans son idéologie multiculturaliste, est incapable de défendre les intérêts fondamentaux de ses membres. L’enracinement, l’identité des peuples, la souveraineté des nations sont des notions qu’elle ne comprend plus, qu’elle combat même, et l’immigration est l’un des moyens de ce combat en même temps qu’une façon – neutre, pense-t-elle, puisque tous les hommes, de quelque origine, seraient interchangeables – de compenser la chute démographique du vieux continent, qu’elle n’essaie même plus de redresser – pensez donc, cela obligerait à défendre la famille traditionnelle tant honnie ! Ce faisant, l’UE apparaît de plus en plus clairement comme une technocratie foncièrement et viscéralement anti-démocratique, l’avis des peuples étant méprisé et le véritable pouvoir semblant toujours plus lointain et anonyme, concentré en une caste sans légitimité politique.

La belle idée européenne est, depuis l’Acte unique de 1986, menacée par une folle union qui écrase les peuples et les nations. Si l’on veut sauver l’Europe, il est temps de la construire sur d’autres bases.


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