Général (2s)
 

Les dernières révélations sur le service national universel (SNU) ont essuyé de plein fouet tant le choc du refus des associations lycéennes que le dithyrambe des porte-parole du pouvoir.

Ayant déjà présenté, sur ce site, des propositions sur le SNU, nous n’allons pas nous lancer dans une analyse exhaustive de ce projet dont la minceur de la présentation n’autorise pas l’exégèse.

À brûle-pourpoint, nous dirons simplement qu’il semble ignorer deux principes majeurs de la stratégie : l’unité d’action et l’économie des forces, clés du succès et de la pérennité.

Quelques journalistes se sont lancés dans l’évocation de l’histoire de la conscription française, dont la forme universelle ne remonte qu’à 1905. Mais aucun n’a pensé à citer le slogan crié à l’époque : « Les curés, sac au dos ! » De ce jour, les séminaristes firent leur service militaire et payèrent, eux aussi, leur lourd tribut aux grands carnages européens du siècle dernier.

La question que l’on peut se poser reste la suivante : que connaissaient du métier des armes tous ces hommes politiques qui envoyaient leurs concitoyens à la mort ? C’est selon… Poincaré avait été chasseur à pied. Je n’ai trouvé aucune trace de service militaire chez le pacifiste Viviani, mais son ministre de la Guerre était le saint-cyrien Messimy. Clemenceau, médecin, n’avait aucune heure de service à se reprocher, pourtant il gagna la guerre, mais perdit la paix. En 1939, Daladier avait fait la guerre de 14, terminée comme capitaine d’infanterie avec la Légion d’honneur. Reynaud avait moins brillé. Puis Coty avait été sergent d’infanterie. Sous la Ve, tous les présidents, sauf l’actuel, ont fait un service militaire et les cinq premiers avaient fait la guerre.

Alors, est-ce bien indispensable que les hommes politiques de niveau national aient une connaissance particulière de ce milieu à forte culture endogène que représente le métier des armes ? Napoléon avait dit : « Il n’est de pire faute que de ne pas connaître le métier que l’on fait. » On pourrait dire, aujourd’hui, qu’« il n’est de pire faute que de ne pas connaître le métier que l’on fait faire ». Ce n’est pas tant pour l’épreuve du passage par la « rude vie des camps » que pour la connaissance du milieu, de son fonctionnement, de ses motivations et de ses traditions qu’il semble intéressant de faire effectuer un service militaire à ceux qui, demain, devront mener le pays.

Dans le projet que nous avons développé, nous souhaitions que les futures élites soient frottées à la chose militaire. Nous pensons donc qu’une année de service, strictement militaire, doit aujourd’hui faire partie du cursus de formation des garçons et des filles issues des grandes écoles (ENA…).

Cette année commencerait, au sein des armées ou de la gendarmerie, par la formation de quatre mois des officiers sous contrat avant d’exercer une fonction de commandement, à l’exclusion de tout autre poste marginal ou protégé avec, comme cri de ralliement : « Les énarques, sac au dos ! »