Le Soldat et la mort (mai 2017)

Dans « Pour quoi serions-nous encore prêts à mourir ? » Alexandra Laignel-Lavastine sanctifie le Soldat et cite Baudelaire qui a écrit : - il n’y a de grand parmi les hommes que le poète, le prêtre et le soldat, l’homme qui chante, l’homme qui bénit, l’homme qui sacrifie et se sacrifie. Tout le reste est bon pour le fouet.

Le soldat que je fus, qui a vu mourir plusieurs de ses camarades et vu la mort de près sans avoir jamais tiré un coup de feu en opérations, a pourtant gardé une vision plus terre à terre de la vie et de la mort. Il se pose aussi la question : - Pour quoi serions-nous encore prêts à tuer et à détruire ?

 

Pilote de chasse au temps de la guerre froide, une époque où « bon an mal an et naturellement » l’Armée de l’air perdait un navigant par mois en Service Aérien Commandé, je ne doute pas un instant des qualités de nos combattants aujourd’hui en OPEX. Pourtant, la notion de « sacrifice suprême » ou de « prêt à mourir pour des valeurs » me met encore mal à la l'aise.
Même si, pour pouvoir monter au combat le Soldat se sent souvent invulnérable, il n’est pas suicidaire. Il n’accepte pas plus la mort que le randonneur en montagne qui va être englouti dans une avalanche.
Je penche plutôt vers l’acceptation d’un risque pouvant aller jusqu’à la mort… et bien pire pour nos filles qui se feraient capturer. Risque connu et accepté en toute connaissance de cause, par idéal, pour honorer des valeurs héritées de nos Anciens, pour l’amour de sa Patrie, ou pour d’autres raisons propres à chaque individu. Le Soldat ne se sacrifie pas et ne donne pas sa vie. Il assume le risque de pouvoir se  la faire voler ou arracher pour une cause qui dépasse sa personne, après qu’il l’ait exposée et défendue jusqu’à ses dernières forces.

Au plan des valeurs et de la motivation, je pense aussi que la confiance et la considération de ses proches, sa famille ses pairs et ses voisins, ont, pour le Soldat, plus de prix que les médailles distribuées par ceux qui ont décidé de lui ordonner d’aller répandre la mort et la destruction.

Ceux et aussi leurs successeurs qui, en fonction de l’air du temps, pourront découvrir quelques « soldats perdus de la République » au temps des « opérations » en Algérie, où ils ont récemment été réunis dans une armée de « criminels contre l’humain ».

En écrivant cela je pense aux confidences d’un camarade qui, aux premières heures de la première guerre du Golfe, avait fait décoller son Jaguar pour la deuxième mission sur l'Irak.

Pour des raisons de « subtilités politiciennes françaises » ils ont décollé, en toute connaissance de cause, sans disposer de toutes les informations alliées disponibles sur les défenses irakiennes. Pourtant deux de leurs camarades de la première mission n’avaient pas pu regagner leur base, dans leur avion endommagé en survolant une zone bien connue des alliés pour sa densité en DCA.
N’oublions pas non plus tous nos Soldats qui combattent au Sahel et ailleurs, et ceux qui, tragiquement, nous ont quitté sur le tarmac à Albacete et... leurs familles.

 

L’air du temps fait aussi que l’engagé dans les Armées est plus souvent un fonctionnaire en uniforme qu’un Soldat.
Après le déclin des industries minières et sidérurgiques et le premier choc pétrolier, un Ancien de la 3 nous avait expliqué les difficultés que rencontraient les sous-officiers chefs de service. Faute de trouver des emplois à la hauteur des études qu’ils avaient faites, la plupart des jeunes engagés s’étaient rabattus sur les Armées. Ils étaient nettement plus diplômés que ceux qui les commandaient directement, et se montraient facilement arrogants et indisciplinés.
Aujourd’hui, le fait religieux pourrait s’ajouter aux diplômes des recrues comme souci majeur du commandement. Cheval de Troie et bombe à retardement ?

Quant au "grand remplacement" qui se met démographiquement en place, il me fait profondément regretter que l'immigration bénéficie à ce point d'une sélectivité politico-citoyenne dans l'application du Principe de Précaution, pourtant inscrit dans notre constitution.
Où se distinguent, se séparent : l'amour du prochain, la tolérance, la complicité, le suicide « civilisationnel » ???

 

 

Un outil de type AMDEC (Analyse des Modes de Défaillance et de leur Criticité), utilisé dans l'industrie, serait-il utilisable et pertinent en politique et en sociologie ? 

 

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