Hier et demain

Ukraine : Responsabilité écrasante de l’ONU et de la France en particulier - Le 26/04/2022.

Comaguer, comme souvent nous présente un article fondamental sur le viol systématique par l’occident de la Libye à l’Ukraine de la charte des Nations unies. Le rôle de la France dans les deux cas est à la pointe du crime, et on comprend le peu de crédit qu’à partir en particulier de Sarkozy notre pays a dans le monde ; c’est une attitude de pays voyous et de dirigeants mafieux qui n’a plus rien à voir avec le gaullisme dont certains osent encore se réclamer. Qu’il se trouve en France si peu de forces politiques pour avoir le courage de faire ce que jadis aurait au moins accompli le parti communiste dans la dénonciation, le consensus dont ont joui ces dirigeants français qu’ils soient de droite ou de gauche participe d’un déclin français que l’extrême-droite cherche abusivement dans des peuples victimes de ces gens-là. À lire absolument. (Danielle Bleitrach)
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En 2014 après le renversement par la violence du gouvernement légal de Yanoukovitch éclate la crise dite du Donbass, lorsque deux des provinces de l’Est : celles de Lougansk et celle du Donetsk ne reconnaissent pas le gouvernement Porochenko issu du coup d’État. Celui-ci exécute sans tarder le mandat politique qui lui a été confié par les États-Unis : liquider militairement la rébellion.

Ce type d’action violente d’un État contre une partie de sa population est défini clairement dans le Chapitre VII de la Charte des Nations unies. Elle est interdite et l’ONU peut la sanctionner.

C’est en application des dispositions de ces articles de la Charte que le 14 Mars 2011 le Conseil de sécurité de l’ONU autorise – résolution 1973 – une action militaire contre le gouvernement libyen qui agresserait la population de Benghazi en révolte contre le pouvoir central. La résolution portée par la France de Sarkozy et par le Royaume Uni de Cameron est adoptée par le Conseil de sécurité. Deux membres permanents : la Russie et la Chine s’abstiennent. L’action militaire est organisée par l’OTAN, les États-Unis assurant la coordination des actions menées principalement dans les airs et sur le terrain par ses deux alliés occidentaux.

L’intervention de Alain Juppé ministre français des Affaires étrangères qui a fait spécialement le déplacement à New-York pour justifier l’usage par l’ONU de la force contre un État membre est un morceau de bravoure surtout lorsqu’on le confronte à la réalité des opérations guerrières qui ont suivi le vote de la résolution.

Déclarations avant le vote

Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères de la France, a déclaré avant le vote que « le monde était en train de vivre une de ces révolutions qui changent le cours de l’histoire ». Estimant que les peuples arabes clament leur désir de démocratie, les transitions en Tunisie et en Égypte étant menées dans un esprit de maturité, il a estimé que « ce nouveau printemps arabe était pour nous tous une bonne nouvelle ». Le ministre français des Affaires étrangères a ensuite invité le Conseil à accompagner cette évolution avec confiance pour aider chaque peuple à construire son avenir.  Poursuivant, il a déploré que pendant ce temps, en Libye, « hélas, la volonté populaire est foulée au pied par le régime de Kadhafi ». Après avoir rappelé les mesures prises par la communauté internationale pour ramener à la raison ce régime, il a constaté qu’elles n’avaient pas été suffisantes, les violences n’ayant fait que redoubler. « La situation sur place est plus alarmante que jamais, marquée par la reconquête violente des villes qui avaient été libérées », a souligné M. Juppé, qui a estimé que le Conseil de sécurité ne pouvait pas laisser faire « les fauteurs de guerre et laisser bafouer la morale et la légalité internationale ». Commentant la résolution présentée par son pays et le Royaume-Uni, il a affirmé qu’elle donnait les moyens de protéger la population civile. « Outre l’instauration de la zone d’exclusion aérienne, la résolution appelle tous les États à protéger les civils, elle renforce les sanctions déjà adoptées, notamment l’embargo sur les armes et le gel des avoirs du clan Kadhafi et de ses affidés ». Avant de conclure, M. Juppé a estimé qu’adopter cette résolution serait l’honneur du Conseil de sécurité qui, ce faisant, ferait prévaloir la loi sur la force. « C’est une question de jours, c’est peut-être une question d’heures. Chaque jour, chaque heure qui passe, resserre l’étau des forces de la répression autour des populations civiles éprises de liberté, et notamment de la population de Benghazi », a-t-il martelé. « Chaque jour, chaque heure qui passe, alourdit le poids de la responsabilité qui pèse sur nos épaules », a-t-il encore déclaré.

Outre la Russie et la Chine les abstentionnistes et non des moindres (Inde, Brésil, Allemagne) pouvaient avoir quelques doutes sur les intentions réelles des défenseurs de la population de Benghazi. En témoigne l’intervention du délégué russe qui suit :

Vitaly Tchourkine (Fédération de Russie) a indiqué que son pays s’était abstenu lors du vote « pour des raisons de principe ». Il a ainsi déploré que le travail sur le document n’ait pas été conforme à la pratique du Conseil de sécurité. M. Tchourkine a notamment indiqué que son pays n’avait pas obtenu de réponses sur les moyens permettant de mettre en place le régime d’exclusion aérienne. « Non seulement, nous n’avons obtenu de réponses à nos questions aux cours des délibérations, mais nous avons aussi vu passer sous nos yeux un texte dont le libellé n’a cessé de changer, suggérant même par endroit la possibilité d’une intervention militaire d’envergure», a-t-il expliqué. « La voie la plus rapide pour assurer la sécurité du peuple libyen est l’instauration d’un cessez-le-feu immédiat, ce que, précisément, souhaitait obtenir mon pays par le biais d’un projet de résolution présenté hier », a souligné M. Tchourkine.

En pratique les armées de l’OTAN vont outrepasser la mission que leur a été confiée par l’ONU et en six mois de bombardement intense détruire toute l’armée libyenne et à sa suite l’État libyen lui-même, parachevant leur action par l’assassinat du chef de l’État.

Le cas ukrainien tel qu’il est posé depuis 2014 après le coup d’État et la révolte des deux provinces de l’Est relève lui aussi du Chapitre VII de la Charte. Il s’agit en effet de protéger une population menacée par le gouvernement et les troupes de son propre pays. L’ONU va dans ce cas déléguer sa responsabilité permettant aux États-Unis de se mettre officiellement en retrait. L’ONU le fait en acceptant et en validant les accords de Minsk entre les deux parties au conflit qui prévoient de le régler par la négociation sous la supervision de la France et de l’Allemagne. Sous le titre général « accords de Minsk » nous rassemblons le protocole de Minsk dit aussi Minsk 1, l’accord de Minsk dit aussi Minsk 2 et aussi les réunions au format « Normandie » qui associaient la Russie aux discussions. Il a été très vite évident que le gouvernement de Kiev mis en place par un coup d’État orchestré par les États-Unis n’avait aucunement l’intention de respecter ces accords dans leur différentes moutures bine qu’il les ait toutes signées

Sur le terrain la seule application des accords se résumait à la définition d’une ligne de démarcation, à organiser à intervalle régulier des cesser le feu toujours violés et par la présence d’observateurs de l’OSCE qui se sont bornés à constater que le conflit avait pris une forme militaire et se poursuivait. Ainsi l’ONU sur la base des leurs observations a pu reconnaitre sans émotion particulière que 14 000 habitants du Donbass avaient péri du fait du conflit entre 2014 et 2021. Jamais la partie politique des accords à savoir la possibilité institutionnelle de faire vivre les deux républiques au sein de la république ukrainienne apaisée ne sera abordée.

La responsabilité de la France que ce soit sous la présidence de Hollande ou sous celle de Macron est écrasante. En effet, puissance garante des accords de Minsk et membre permanent du Conseil de sécurité, son devoir était de demander des sanctions contre le gouvernement ukrainien qui continuait à tuer par milliers des citoyens de son propre pays. L’Allemagne n’a pas fait mieux impliquée qu’elle était dans le coup d’État de 2014 dont certains acteurs importants étaient financés par la fondation Adenauer (fondation de la CDU de Mme Merkel).

En 2019 l’élection de Zelenski a fait croire qu’enfin le moment de la négociation était venu. Mais ce n’était que le premier acte du mélodrame sordide pour lequel ce comédien sans vertu avait été embauché. L’illusion ne dura pas au-delà de la campagne électorale. L’acte 2 commença aussitôt avec la reprise ou la poursuite des actions militaires de l’armée ukrainienne et de ses éléments les plus fascisants contre le Donbass. Entretemps le Donbass avait organisé sa résistance militaire pour éviter l’invasion.

L’acte 3 démarre avec l’installation de Biden à la Maison Blanche. La nouvelle administration démocrate animée par les mêmes acteurs (Biden lui-même, Blinken, Jack Sullivan et Victoria Nuland) qui ont organisé le coup d’État de 2014 veut cette fois liquider physiquement et définitivement la rébellion. S’il ne l’avait pas compris plus tôt Zelinski sait alors qu’il va être l’exécutant d’un crime de masse décidé ailleurs.

Puisqu’il devenait patent que les accords de Minsk ne seraient jamais appliqués puisque les États-Unis n’en voulaient pas, une France majeure et indépendante aurait dû saisir le Conseil de sécurité en exigeant des sanctions contre l’Ukraine. Mais la diplomatie macronienne n’étant pas indépendante de Washington s’est trouvée «  en état de mort cérébrale » sur le sujet.

Pendant toute l’année 2021 la diplomatie russe a fait tous ses efforts pour éviter l’assaut final sur le Donbass qui aurait consacré la transformation du gouvernement Zelinski en exécutant docile de la politique des États-Unis (qui avec constance assuraient la modernisation et l’encadrement de l’armée ukrainienne) et en agent direct du gouvernement étasunien à la frontière de la Russie. L’illusion longtemps entretenue dans la population de l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN et dans l’UE s’évanouissait : Washington était directement aux commandes à Kiev. Zelinski devenait ainsi – acte 4 du mélodrame – le président d’une république bananière avec beaucoup de sang ukrainien sur les mains déjà versé et beaucoup plus à verser pour la bataille finale. En effet, début 2022 tout est prêt pour l’assaut militaire sur le Donbass. Les hypocrites, les marionnettistes occidentaux ont choisi de laisser le gouvernement de Kiev seul maitre apparent de l’opération. Zelinski le sait, le piège s’est refermé sur lui. Il gesticule un peu : « Aidez-moi ! » peine perdue. Il découvre, peut-être avec effroi mais trop tard, qu’il a signé son contrat avec le réalisateur du mélodrame sanglant, que le dernier acte s’intitule « Zelinski boucher du Donbass ».

Mais coup de théâtre, acte 5, la Russie vient bouleverser le scénario.

Lorsque le 19 Février Zelinski annonce en public à Munich devant Kamala Harris et un parterre de diplomates qui ne le traite pas de fou qu’il envisage face à la « menace russe » de doter son pays de l’arme atomique la Russie comprend qu’il a le feu vert pour l’agression.

La Russie après huit ans de retenue, huit ans pendant lesquels elle a donné la priorité à la diplomatie et au règlement pacifique du conflit du Donbass, accède alors à la demande de reconnaissance formulée dès 2014 par les deux républiques séparatistes. Le 22 le parlement russe les reconnait.

Le 24 Février la Russie se porte à leur secours et elle ne peut le faire qu’en s’en prenant à une armée ukrainienne bien formée par les conseillers miliaires occidentaux qui s’apprête à liquider le Donbass. Elle tire donc la conclusion de l’échec total de l’ONU qui a passé huit ans à regarder sans s’émouvoir la non application des règles du Chapitre VII de la Charte des Nations unies que ce soit par les États-Unis au Conseil de sécurité ou par la France et l’Allemagne garants volontairement impuissants des accords de Minsk.

Voilà la vraie responsabilité de l’Occident sous ses diverses parures qui se déchaine contre « l’agresseur », « l’envahisseur » alors qu’il a passé son temps à préparer cette guerre en la faisant faire par un pays ravagé par la corruption, que ses habitants ont fui par millions depuis 1991, un pays transformé en pays mercenaire y compris en prévoyant de lui faire utiliser des armes biologiques et chimiques de destruction massive en préparation dans les labos étasuniens en Ukraine.

Si elle ne veut pas finir comme feu la Société des Nations, l’ONU doit se saisir avec la dernière énergie de cette menace mondiale d’une apocalypse perfide et anonyme remisant au magasin des terreurs enfantines les champignons atomiques avec l’image d’un Docteur Folamour qui, dans une ultime transe solitaire dans son bunker, appuie sur le bouton.

source : Histoire et Société

Une confrontation militaire avec la Russie signifie un sérieux réarrangement des pierres dans les capitales occidentales

par Andrei Martyanov - Le 26/04/2022.

Voici la vidéo du comité d’enquête russe d’un autre chouchou de l’Occident, qui, lorsqu’il a appris qu’un couple marié de Marioupol était fait prisonnier par les FAU, s’est saoulé, est entré dans la cave où le couple était détenu et a commencé, en menaçant avec son arme de poing, à violer la femme devant son mari. Lorsque le mari a « exprimé des objections », ce courageux Ukie l’a tué.

 

 

Ce n’est pas une exception, c’est typique de larges segments des FAU et, bien sûr, des nazis. Je pense que le département américain de l’Éducation devrait sérieusement envisager d’introduire l’étude de ces « défenseurs de la démocratie » dans les programmes d’histoire et d’éducation civique en tant que grands exemples de sacrifice personnel pour la liberté et contre le totalitarisme. Je suis certain que les programmes de sciences humaines de nombreuses universités occidentales utilisent déjà ces exemples brillants, comme ce type, de courage humain et d’altruisme dans leurs programmes de sciences politiques et de journalisme, car sinon, comment aurions-nous pu avoir des personnes comme Rachel Maddow ou feu Madeleine Albright et les admirateurs du terrorisme Lindsey Graham et son défunt copain John McCain.

Non, je vous taquine. Le flux de psychopathes au sein des « élites » occidentales a atteint son apogée aux alentours des années 1980 et aujourd’hui, l’Occident combiné vit dans une réalité complètement déformée, surtout en termes moraux. Demandez simplement à 500 000 enfants irakiens ce qu’ils en pensent. Passons maintenant aux remarques de Poutine :

« De l’avis de Poutine, l’Occident a depuis changé d’objectif. « … Comme ils se rendent compte que c’est impossible, ils essaient d’atteindre un autre objectif à la place – diviser la société russe, détruire la Russie de l’intérieur. Mais là aussi, il y a un hic : cela n’a pas marché non plus », a déclaré Poutine. Selon lui, la société russe « a fait preuve de maturité, de solidarité » et soutient ses forces armées et les efforts déployés « pour assurer la sécurité ultime de la Russie et aider les habitants du Donbass ». Après un « fiasco » dans le domaine des médias, Poutine a affirmé que l’Occident s’est tourné « vers la terreur, vers l’organisation du meurtre de nos journalistes ». Il faisait référence à l’annonce faite lundi par le Service fédéral de Sécurité russe (FSB) selon laquelle il avait arrêté un groupe de « néonazis » chargés par le Service de Sécurité ukrainien (SBU) de tuer le célèbre animateur de télévision et journaliste russe Vladimir Solovyov. Kiev a nié tout rôle dans l’organisation de cette tentative d’assassinat. « À cet égard, il convient de noter bien sûr que nous connaissons les noms de tous les manipulateurs occidentaux, de tous les membres des services occidentaux, principalement la CIA, qui travaillent avec les agences de sécurité ukrainiennes. Apparemment, ils leur donnent ce genre de conseils », a déclaré le dirigeant russe.

Les tentatives d’assassinat correspondent à ce dont je parlais hier – des cellules dormantes ou des « insertions » en Russie à partir du pays 404. Les actes de sabotage et de terrorisme vont se poursuivre à l’intérieur de la Russie, même s’il est évident que le FSB travaille et fait son travail. Il s’agit d’un acte de désespoir et ces actes ne sont plus seulement des actes de diversion, ils commencent à se transformer en terrorisme pur, ce qui est la spécialité de la CIA, du MI-6 et de leurs caniches. Toute cette histoire (d’amour) avec l’État islamique ou l’assassinat du général Soleimani alors qu’il était en mission diplomatique ne sont que de petits fragments d’une image beaucoup plus vaste d’un problème métaphysique de la guerre continentale pour le monde anglo-américain au XXe siècle. Elle a eu un certain succès pendant la Seconde Guerre mondiale, après quoi ses performances ont été plutôt douteuses et aujourd’hui, c’est du pur terrorisme. Le terrorisme est une arme de faiblesse. C’est un axiome, pas même un théorème.

De plus, dans le cas des journalistes russes, il s’agit de la continuation d’une illusion totale et d’une réalité alternative dans laquelle l’Occident est plongé lorsqu’il s’agit de la Russie. Ils croient toujours qu’ils peuvent « changer de régime » en Russie si seulement ils peuvent tuer un nombre déterminé de personnalités des médias russes et leurs familles et ouvrir la voie aux « forces de la démocratie », c’est-à-dire la cinquième colonne. Lisez plus de Soljenitsyne et de dissidents russes anti-soviétiques, cela vous garantira que vous ne savez rien de la Russie et que vous continuerez à échouer dans tous vos efforts de subversion en Russie.

Bernhard de Moon of Alabama donne un bon article sur l’importance de la Russie qui a pratiquement coupé le pays 404 en deux en termes de lignes de communications ferroviaires :

« Toutes les couches, les armes et les munitions que les États-Unis et d’autres pays fournissent à l’Ukraine seront désormais coincées dans l’ouest de l’Ukraine où elles pourriront jusqu’à ce qu’un astucieux oligarque ukrainien parvienne à les vendre à un pays tiers. Les retombées des attaques ferroviaires toucheront également les fournitures civiles en Ukraine. Elles entraveront le trafic de passagers civils, notamment pour les personnes qui ont fui vers l’ouest et qui disposent désormais de moins de moyens de transport pour rentrer chez elles. Depuis le début de la guerre, la Russie a intentionnellement évité de frapper les infrastructures civiles en Ukraine. Les réseaux d’électricité et de communication ainsi que l’approvisionnement en eau sont tous restés intacts. (Les attaques contre les chemins de fer ukrainiens ne sont devenues nécessaires que lorsque les États-Unis et d’autres pays ont fourni de plus en plus de matériel de guerre à l’Ukraine. La Russie ne permettra pas à ses troupes de subir le feu de ces armes nouvellement livrées ».

Comme je l’ai déjà dit, non seulement le canal d’approvisionnement a été largement étranglé, mais tout ce qui pourrait pénétrer dans la zone de combat du groupement des FAU encerclé dans le Donbass sera anéanti par tous les moyens nécessaires. C’est la raison pour laquelle les amateurs de pornographie militaire, principalement occidentaux, avec des expériences de vie et une formation dans les jeux vidéo de guerre et à Hollywood, éjaculent chaque fois qu’un jouet militaire occidental (l’objet de masturbation du jour est l’obusier M-777) est expédié en pays 404 et que les espoirs de voir ce jouet assurer la victoire des Ukrainiens sont élevés, jusqu’à ce que l’efficacité douteuse des armes de l’OTAN soit révélée, et que les cycles de masturbation recommencent avec les résultats attendus. Comme je l’ai dit, ne pas avoir de formation militaire sérieuse ni d’outils de base de la pensée critique n’est pas bon pour faire face à la réalité.

Mais tout ceci n’est qu’une toile de fond d’un drame plus vaste :

« La société russe Rosneft a demandé des roubles et des paiements anticipés complets dans les appels d’offres pour le brut, ont déclaré des sources à Reuters, alors que le premier exportateur de pétrole du pays s’aligne sur la volonté du président Vladimir Poutine de ne marchander qu’en roubles pour le gaz naturel. Si Rosneft a laissé une marge de manœuvre pour le paiement dans d’autres devises, elle s’est également réservée le droit de refuser les contrats pour lesquels le prépaiement n’est pas proposé dans son intégralité ».

La Russie n’est pas la Libye, qui a été démolie dès que Kadhafi a fait allusion à un système de paiement du pétrole en or. Même Lord Austin est quelque peu décevant dans son nouvel objectif :

« Le secrétaire à la Défense, Lloyd Austin, déclare que l’objectif des États-Unis est de rendre la Russie si faible qu’elle ne pourra plus envahir un autre pays ».

Eh bien, c’est vraiment décevant. Honnêtement, et je ne veux pas m’étendre maintenant sur l’illusion pure de cette déclaration, mais la vérité est que la seule chose que l’Occident combiné peut faire est de poursuivre les actes terroristes et de diversion sur le territoire russe parce que toute sorte de confrontation militaire avec la Russie signifie un sérieux réarrangement des pierres dans les capitales occidentales et des pertes dont aucun pays de l’OTAN, en particulier les États-Unis, n’a l’expérience historique. Enfin, à l’exception de l’Allemagne. Certaines personnes à D.C. le comprennent. Donc, le Rouble des ressources est là et le Rouble de l’or est le suivant. Comme le chantaient les Doors : « C’est la fin ». Tout le reste se développe à partir de ce point.

source : Reminiscence of the Future

traduction Réseau International

Vers un suicide collectif de l’Europe ?

par le Professeur Heinrich Wohlmeyer- Le 26/04/2.

Les vassaux doivent oser penser !

Dans le numéro 6 d’Horizons et débats du 22 février 2022, Eberhard Hamer a analysé les dessous du conflit ukrainien et exprimé l’espoir que la Russie ne tomberait pas dans le « piège américano-ukrainien ».

Le 24 février 2022, le piège s’est refermé.

La Russie, personnifiée par Vladimir Poutine, n’a malheureusement pas vu d’autre issue après des années de provocations systématiques et de manquements humiliants à la parole donnée. Le réarmement en cours et l’intégration des régiments Azov – régiment tueur de Russes, l’annonce de la conquête de la Crimée et du Donbass, la massification des troupes sur la ligne de cessez-le-feu avec le Donbass, la demande d’armes nucléaires, l’activité cachée des conseillers militaires des États-Unis et de l’OTAN, l’existence de laboratoires d’armes biologiques, etc. ne laissaient plus le choix du point de vue des militaires russes. Ils ne voulaient pas être totalement encerclés et sans défense. Et ils espéraient une guerre éclair ainsi qu’un fléchissement des États-Unis et de leurs marionnettes en Ukraine. C’est pourquoi, contrairement aux guerres de l’OTAN et des États-Unis, les Russes ont épargné les infrastructures critiques (électricité, télécommunications, transports et eau) là où cela était stratégiquement responsable. Ils auraient pu sans problème couper les liaisons ferroviaires et arrêter Volodymyr Zelensky au moyen d’une opération commando, mais ils ne voulaient et ne veulent toujours pas de martyrs. La question est : combien de temps encore ?

En effet, les États-Unis et leurs vassaux de l’OTAN empêchent cette stratégie par des livraisons d’armes, des slogans d’endurance, le déploiement des régiments Azov remplis de haine, une aide en matière de renseignement et une campagne médiatique sans précédent. La guerre psychologique – surtout avec des atrocités sous faux drapeau – dans laquelle les États-Unis et l’OTAN sont passés maîtres, a créé une hystérie de masse qui va jusqu’à la mise au ban de la culture russe. Heinrich Heine avait déjà prévenu : « Là où l’on brûle des livres, on brûlera bientôt des hommes ».

La campagne médiatique occidentale me rappelle le discours de Josef Göbbels du 18 février 1943 au palais des sports de Berlin, où il posa aux 15 000 personnes réunies la question démagogique : « Voulez-vous la guerre totale ? La voulez-vous – si nécessaire, plus totale et plus radicale que nous ne pouvons même pas l’imaginer aujourd’hui ? »

On s’accommode désormais de cette « guerre totale » en intensifiant continuellement la guerre économique contre la Russie (appelée « sanctions ») ; en s’armant massivement ; en humiliant la Russie ; en méprisant ses propositions compréhensibles et justifiées pour la paix et sa sécurité.

L’un des analystes militaires les plus avisés, le rédacteur en chef de la plus ancienne revue militaire du monde, le brigadier Wolf-gang Peischel, a toujours conseillé de ne pas projeter ses pensées sur l’adversaire, mais de se mettre à sa place pour prendre une décision raisonnable.

Si nous nous mettons à présent à la place des Russes, une tentative désespérée de libération contre l’encerclement par l’OTAN et la diffamation est évidente. En comparaison militaire avec les autres puissances mondiales, la Russie n’a que l’avantage de ses forces nucléaires hautement équipées. Voulons-nous, nous Européens de l’Ouest, dans un aveuglement suicidaire, provoquer leur utilisation ?

Réfléchissons enfin ! Sapere aude ! Et comprenons aussi l’arrière-plan.

Sir Halford Mackinder, qui fait toujours partie de la littérature obligatoire dans les académies militaires américaines, a développé la théorie dite du Heartland, dans laquelle il montre que la domination de l’Europe de l’Est (« région charnière ») et le blocage d’une liaison entre l’Europe de l’Ouest et la Russie empêchent la création d’un bloc de puissance riche en technologies et en matières premières, qui s’étendrait de l’Atlantique au Pacifique. La stratégie de domination mondiale de l’Angleterre et de son successeur, les États-Unis, basée sur la mer, aurait alors joué son rôle (« The geographical pivot of history », 1904).

Cette politique a été mise en œuvre dans l’entièreté du XXe siècle et actuellement dans le XXIe siécle débutant.

Les deux livres de Thomas P. M. Barnett de 2003 et 2005 « The Pentagon’s New Map – War and Peace in the Twenty-First Century » et « The Pentagon’s New Map – Blueprint for Action » sont une autre source mettant en avant la création ininterrompue d’oppositions artificielles – surtout concernant la Russie. On y expose l’inquiétude du Pentagone à l’époque de la chute de l’Empire soviétique, à savoir la suppression des moyens pour les bases européennes et nord-asiatiques (fin de la guerre froide). Il fallait donc de nouveaux scénarios de menace et de nouveaux motifs de guerre. Nous nous sommes laissés entraîner dans cette stratégie de l’establishment militaro-industriel et financier des États-Unis et de son bras militaire, l’OTAN, qui est en train de dépérir sans adversaire réel, et nous avons participé jusqu’au sang à la provocation des Russes au lieu de contribuer à une paix équilibrée et équitable. Comme les États-Unis n’ont pas été touchés par toutes les guerres qu’ils ont déclenchées sur leur propre territoire, les élites bellicistes pensent qu’il en sera toujours ainsi – surtout qu’une guerre avec la Russie se produirait en Europe. Mais c’est une erreur d’appréciation grossière, car les attaques désespérées des Russes seraient intercontinentales.

Mais les principaux dommages dévastateurs toucheraient l’Europe.

Voulons-nous nous laisser entraîner dans ce danger au lieu de prêter l’oreille et d’agir en faveur des voies de la paix qui sont présentées avec de plus en plus d’insistance ?

Je pense en particulier aux propositions faites avant le début de la guerre en Ukraine dans le cadre de l’étude de l’Institut de recherche sur la politique de sécurité, dirigé par l’expérimenté professeur Hans Köchler, dirigé par l’International Progress Organization. En acceptant le triptyque « neutralité perpétuelle, non-alliance et structure fédérale », tous les intérêts (sauf ceux des belligérants) seraient servis ; en particulier le peuple ukrainien, qui profiterait d’être courtisé par l’Est et l’Ouest au lieu d’être exploité unilatéralement.

Il existe un vieil avertissement en anglais : Don’t drive them to dispair (ne les pousse pas au désespoir). Mettons donc fin à la vassalité et empruntons la voie de la raison au lieu de nous précipiter dans une guerre d’extermination !

traduction Horizons et débats

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Erich Vad, ancien général de la Bundeswehr : « Sortons de la logique de l’escalade et entamons des négociations ! »

Après la mort de son père, Heinrich Wohlmeyer a été accueilli par des paysans, cela avant même d’être envoyé dans un camp de concentration, de la destruction de sa maison familiale par les bombes et de la maladie soudaine de sa mère. Il est allé au lycée « par ses propres moyens », a étudié le droit, le droit économique international aux États-Unis et en Angleterre, ainsi que l’agriculture et la technologie alimentaire à l’Université de pédologie de Vienne. De retour en Autriche, il a mis à disposition ses compétences en tant que développeur régional et manager industriel pour le « Waldviertel » [région rurale et forestière au nord-ouest de Vienne]. Puis, il est devenu directeur de l’industrie agricole autrichienne. Suite à des divergences de points de vue dans cette fonction, il est entré à l’université et a enseigné l’économie des ressources et la gestion de l’environnement. Toutes ces activités lui ont fait prendre conscience de l’existence d’un lien de cause à effet entre le développement non durable, la politique commerciale et la politique financière sapant les cycles économiques régionaux. « Nous avons besoin de solutions locales pour assurer la meilleure prospérité régionale possible », déclare-t-il.

Dans une interview accordée à l’agence de presse allemande (dpa) le 12 avril 2022, (www.stern.de du 12/04/2022), Erich Vad, ancien général de brigade allemand de la Bundeswehr et chargé de la sécurité auprès de la chancelière Angela Merkel, s’est prononcé contre la livraison d’armes lourdes à l’Ukraine. Il a également mis en garde contre le fait de nier au président russe Vladimir Poutine son appartenance au genre humain et de le qualifier de despote maladif qui s’opposerait à toute entente. Le militaire à longue expérience déclare : « En ces temps, nous divulguons suffisamment de rhétorique guerrière – apparemment dans les meilleurs intentions éthiques. Mais comme c’est amplement connu, le chemin vers l’enfer est toujours pavé de bonnes intentions. Nous devons concevoir la guerre en cours entre la Russie et l’Ukraine en partant de sa fin. Si nous refoulons la Troisième Guerre mondiale pour de vrai, nous devrons tôt ou tard sortir de cette logique d’escalade militaire et entamer des négociations ».

Harald Kujat, inspecteur général de la Bundeswehr de 2000 à 2002 et président du comité militaire de l’OTAN de 2002 à 2005, a réagi de la sorte : « Je confirme mon accord complet avec le brigadier-général Vad sur chacun des points qu’il vient de soulever. Le train des lemmings s’est mis en marche, la politique politicienne se trouve sur la voie de la guerre. Pourquoi tant de politiciens et de journalistes veulent-ils conduire la guerre dans notre pays ? » (https://lnkd.in/dbJV6JiQ)

source : Horizons et Débats

La guerre « tout ou rien »

La position radicale adoptée par l’Occident à l’encontre de la Russie risque de faire s’effondrer l’ensemble du système économique avec lequel il a imposé sa domination sur la planète.


Par Alastair Crooke – Le 11 avril 2022 – Source Al Mayadeen

Ces « guerres » sont de plus en plus considérées en Occident comme des événements existentiels – c’est-à-dire des événements « tout ou rien » – et leur portée s’élargit. Pourquoi des guerres au pluriel ? Eh bien, l’affrontement militaire en Ukraine est sur le point d’atteindre son paroxysme ; la guerre concernant les changements radicaux apportés par la Russie à l’ordre monétaire mondial plonge les États occidentaux dans un tourbillon sans fin ; l’Europe est au bord du gouffre économique ; et la « guerre » lancée par l’alliance Russie-Chine visant à réorganiser les « règles » mondiales arrive également à son terme (bien qu’elle voyage à un train légèrement plus lent).

Cependant, la guerre psychologique de l’Occident est vraiment à part. Le mur de toxicité qui gonfle, s’élève et s’écrase sur les rivages de la Russie est une véritable tempête marine, c’est du jamais vu. Son intention est clairement de noircir l’image du président Poutine à l’excès, d’en faire un démon satanique si tordu que tout oligarque russe sain d’esprit se précipitera pour le remplacer par une figure plus docile, semblable à Eltsine.

Seulement, cela ne fonctionne pas. Les responsables occidentaux derrière le « rideau » des PSYOPS ne savent pas quand s’arrêter. Ils ont tellement poussé l’outrance que le déferlement de haine viscérale contre tout ce qui est russe a créé l’effet inverse : non seulement Poutine est plus populaire, mais il a déclenché en Russie une violente réaction contre l’Occident dans son ensemble.

L’effet net a donc été précisément de transformer la question de l’Ukraine en un cauchemar existentiel manichéen. Le monde anglo-saxon écrit en gros titres que « la guerre, c’est tout ou rien » : si Poutine n’est pas vaincu (au sens de totalement vaincu au combat), l’Occident ne peut tout simplement pas survivre.

Le problème de l’Occident qui n’envisage que le « tout ou rien » , c’est qu’il y a aussi un risque de « rien » . En effet, il est clair qu’il n’est pas permis de discuter avec les forces démoniaques « maléfiques » : aucun dialogue politique donc. Tout ou rien.

Le corollaire évident de cette confrontation binaire entre le bien et le mal est que le reste du monde doit être soumis à un dispositif inquisitorial visant à découvrir, puis à forcer, les hérétiques à abjurer tout manquement à leur soutien à l’Ukraine contre la Russie, sous peine de se retrouver sur le bûcher. Les inquisiteurs se répandent dans le monde entier : les euro-récalcitrants seront les premiers (les Orbàns) ; le Pakistan, l’Inde, la Turquie, les États du Golfe, etc. suivront.

Seulement, là encore, ça ne marche pas. Les pays non-occidentaux sentent qu’ils ont affaire à un empire qui s’affaiblit, qui vacille, comme Hercule descendant armé de son épée dans les enfers contrôlés par Hadès pour aller chercher le chien tricéphale Cerbère, dont l’une des têtes répand la peur de ce qui nous attend au prochain coin de rue. (La peur, en effet, monte.)

Et c’est ce qui motive cette peur qui se cache derrière l’expression « tout ou rien » : le changement radical présagé par l’insistance de la Russie à être payée en roubles (pour l’instant, uniquement pour les livraisons de gaz) et par un rouble déjà en hausse, désormais lié à l’or et aux matières premières.

En jouant sur les deux tableaux : en liant le rouble à l’or puis en liant les paiements énergétiques au rouble, la Banque de Russie et le Kremlin modifient fondamentalement l’ensemble des hypothèses de fonctionnement du système commercial mondial (en remplaçant les transactions évanescentes en dollars par des transactions solides en devises adossées à des matières premières), tout en déclenchant une réorientation du rôle de l’or comme rempart du système monétaire.

Si une majorité du système commercial international commence à accepter les roubles pour l’approvisionnement en matières premières, cela pourrait propulser ce que le gourou de Wall Street, Zoltan Pozsar, prévoit comme étant la mort du pétrodollar et la montée de Bretton Woods III (c’est-à-dire un nouvel ordre monétaire mondial).

Le monde observe attentivement. On peut voir le changement de décor. Lorsque l’Occident a saisi toutes les réserves de change de la Banque centrale de Russie, il a décrété que les réserves souveraines russes en euros, en dollars et en bons du Trésor américain n’étaient plus de la « bonne monnaie » . Elles étaient sans valeur en tant que « monnaie » pour payer les dettes envers les créanciers étrangers.

Le message était assez clair : si même un État important du G20 peut voir ses réserves annulées en un tour de main, alors pour ceux qui détiennent encore des « réserves » à New York, allez les déposer ailleurs (tant que c’est possible) ! Car le commerce des devises de demain sera adossé à des matières premières et non à des dollars constants.

Bien sûr, parmi ceux qui observent attentivement un autre aspect du problème (les prix du pétrole sur le marché), la Chine (avec ses énormes réserves d’or) et les grands producteurs de brut comprendront que les actions de la Russie, si elles se poursuivent, pourraient conduire la Russie non seulement à arracher la détermination du prix de l’or au LBMA et au COMEX (bourses de lingots), mais qui sait, en combinaison avec d’autres producteurs, à arracher la détermination du prix du pétrole aux bourses de matières premières américaines également ?

Très concrètement, l’Occident ressent un danger existentiel. Nous ne parlons pas seulement de dédollarisation, mais de quelque chose de plus fondamental. Le système financier occidental est constitué d’une pyramide inversée d’instruments de monnaie de papier à fort effet de levier (souvent appelés produits dérivés), reposant sur la plus petite base, le sommet de la pyramide inversée. C’est ce qu’on appelle « l’argent intérieur » .

Son importance est supérieure à celle de ses supports collatéraux à sa base – parfois appelés « argent extérieur » . L’argent extérieur représente quelque chose de réel : pétrole, gaz, énergie, nourriture, métaux, etc. Une garantie qui, elle, est réelle.

Enlevez l’argent extérieur de la base de la pyramide renversée… et vous aurez (potentiellement) un crash.

Et bien, c’est ce qui se passe. Poutine éloigne le gaz russe de la pyramide en insistant pour que l’ensemble du processus de paiement et la valeur de la garantie, restent dans la sphère du rouble. Et si d’autres États suivent l’exemple et l’étendent à d’autres produits de base… c’est le crash.

L’ironie, c’est que l’Occident s’est mis lui-même dans cette situation. Ce n’est pas Poutine qui l’a fait. Ils l’ont fait. Ils l’ont fait lorsque les « faucons » russophobes de Washington ont stupidement déclenché un combat avec le seul pays – la Russie – qui possède les matières premières nécessaires pour diriger le monde, et pour déclencher le passage à un système monétaire différent – un système alternatif, ancré dans autre chose que la monnaie fiduciaire, soutenue par rien d’autre que la capacité de la Réserve fédérale à imprimer des dollars à l’infini.

Et puis ils ont détruit la « garantie et la promesse » du Trésor américain de s’engager à un paiement contractuel en volant les réserves russes.

Alastair Crooke

Traduit par Zineb, relu par Charles, pour le Saker Francophone

« C’est en forgeant que l’on devient forgeron »

Voilà 2 mois que l’Europe est meurtrie par un nouveau conflit symétrique de haute intensité et dont la cinétique est en passe de devenir incontrôlable du fait des obstinations idéologiques occidentales vis à vis de la Russie et de l’aveuglement des populations européennes complétement hypnotisées et asservies par une doxa mondialiste totalitaire.

Loin des imposteurs propagandistes qui, s’enivrant de leurs fantasmes manichéistes jusqu’à y croire, veulent nous persuader que l’armée russe est la meilleure armée du Monde (comme le courtisan Moreau) ou que l’armée ukrainienne est en train de gagner la guerre (comme le collabo Tyleman), je vais jeter ici, et sans prétention aucune, quelques observations réalisées depuis deux mois et qui appartiennent une réflexion insoumise entamée il y a plus de trente ans.

1- La guerre est géopolitique

« L’art de la guerre », ainsi que décrivait le stratège chinois Sun Tsu il y a 25 siècles les conflits militaires tissant l’Histoire humaine, n’est ni une science exacte ni une connaissance théorique mais un domaine exclusivement empirique et complexe, car dépendant du terrain, de la volonté, de la technologie, de la politique, de la psychologie, du courage… et de la chance également.

L’Histoire militaire nous enseigne depuis l’antiquité que toute armée « qui se repose sur ses lauriers », fantasmes, théories et autres propagandes fumeuses, est condamnée à se réveiller dans la douleur de revers et de défaites militaires graves, et que les français se souviennent à ce titre de l’humiliation militaire subie en 1940.

Depuis 2 mois, les populations européennes, hypnotisées par 2000 années d’occidentalisme fantasmé, semblent découvrir sous le choc médiatique ce conflit russo-ukrainien qui pourtant couvait depuis 8 années comme un volcan dont la tectonique en éveil alerte de son éruption prochaine. Pourtant ce séisme militaire n’est pas surprenant sous notre Soleil et pour s’en convaincre il suffit de prendre un peu de recul historique, de hauteur géopolitique et surtout de reconquérir la sagesse des anciens.

Le grec Thucydide, un contemporain européen de Sun Tzu avait défini il y a 25 siècles déjà les principes de la géopolitique universelle qui fait se mouvoir les relations politiques, économiques, culturelles humaines jusqu’à, parfois, leurs paroxysmes militaires. Thucydide dans ses livres, à la fois philosophiques, poétiques et historiques, souligne entre autres concepts toujours d’actualité:

  • Les oppositions universelles entre la vision réaliste de l’Être (Métis, la tempérance) et l’idéologie fantasmée de l’Avoir (Hubris, la démesure),
  • La dynamique dangereuse des alliances pourtant nécessaires mais qui entraîne les guerres vers leurs extensions mondiales,
  • La dérive de la puissance qui, au prétexte de sa protection offerte, impose aux peuples une soumission totale au pouvoir qui la détient,
  • La rivalité entre la Mer et la Terre, les thalassocraties marchandes et les royaumes continentaux, entre la force militaro-économique et le droit de la cité…

Et si l’on prolonge la pensée de Thucydide, que bien d’autres penseurs ont repris jusqu’à nos jours comme par exemple le sociologue polonais Zygmunt Bauman dans sa métaphore de l’opposition entre « société liquide » et « société solide » critiquant l’Hubris néo-libéral, on s’aperçoit qu’elle est plus que jamais d’actualité dans cette géopolitique, qui depuis des siècles se cristallise autour de la Mer Noire, ce « pivot stratégique de l’Europe » comme l’appelait justement le néolibéral Zbigniew Brzeziński.

On ne peut comprendre ce conflit russo-ukrainien sans le mettre préalablement en perspective de cette géopolitique universelle qui seule permet d’en définir les véritables enjeux et menaces :

• Washington et son mondialisme ont remplacé son impérialisme mais toujours dans un Hubris marchand et liquide pour lequel les identités « non alignées » et concurrences économiques ne sont que des ilots à submerger. De même Moscou est devenu la nouvelle Sparte, cité continentale défendant ses traditions et ses identités civilisationnelles dans une notion d’Empire solide défini par la réalité de son sanctuaire et son Histoire et opposée à l’idéologie impérialiste fondée sur des fantasmes hors sol.

• Dans cette confrontation entre Moscou et Washington, le contrôle de la mer Noire qui depuis le XVIIIe siècle est l’obsession militaro-commerciale des uns et des autres (à l’époque les empires britannique et russe) est redevenu un enjeu majeur prioritaire, que ce soit pour l’OTAN, qui veut encercler militairement la Russie (« stratégie du Containment »), que pour Moscou qui veut protéger sa zone d’influence sécuritaire qui ici lui est vitale faute de profondeur stratégique occidentale.

• Après l’échec occidental à vouloir récupérer la Crimée et sa base stratégique russe de Sébastopol (objectif majeur du Maïdan), Washington a commandité la guerre contre le Donbass russe  puis, l’a entretenu par des violations quotidiennes des accords de Minsk tout en la maintenant dans les tranchées militaires et diplomatiques pour ne pas discréditer outrancièrement la junte ukrainienne et, poursuivre une militarisation atlantiste factuelle du pays qui conduirait inévitablement la Russie à réagir violemment.

Pour résumer, la préemption politique de l’Ukraine par la ploutocratie mondialiste est d’abord et avant tout un enjeu stratégique pour son hégémonie militaro-industrielle autant qu’elle est une menace existentielle pour la Fédération de Russie. Ce que les européens ne devraient pas oublier c’est que  lorsqu’il s’agit de sauver sa peau tous les coups son permis, car ils risquent de payer très cher cette stratégie agressive de l’OTAN ordonnée par des faucons de guerre amoraux qui sont aux antipodes du vieux continent.

 2- La guerre est empirique

Oui, les forces russes ont rencontré des difficultés tactiques et organisationnelles sensibles, et Non, les forces ukrainiennes ne sont pas en train de gagner ce conflit militaire avec la Russie.

Et pour plusieurs raisons :

D’une part un conflit symétrique et d’une telle intensité ne peut être conclu en quelques semaines et même en quelques mois, sauf capitulation et d’autre part il n’y a pas eu de précédent depuis près de 80 ans et donc des surprises, positives ou négatives, sont inévitables ainsi que la nécessité de réaliser une réévaluation doctrinale en cours d’action pur les 2 belligérants au regard du rapport « coût/bénéfice » de leurs décisions stratégiques et actions tactiques. C’est ainsi dans toutes les guerres (et plus généralement dans toute les actions risquées de l’existence) : rien ne se passe généralement « comme prévu » et l’atteinte des objectifs ne dépend souvent que de la faculté à analyser et s’adapter rapidement aux nouvelles situations. Et paradoxalement l’échec est souvent la meilleure école dès lors que l’obstination ne le conduise pas à la défaite.

Ainsi si on regarde les opérations militaires russes des dernières décennies on constate que ses grandes réformes ont été déclenchées au lendemain de difficultés rencontrées sur le terrain :

  • Modernisation des armements suite aux enseignements de la guerre en Afghanistan,
  • Modernisation des procédures tactiques après l’échec de la 1ère guerre de Tchétchénie,
  • Modernisation de la logistique suite aux problèmes vus lors de la guerre en Géorgie,
  • Modernisation de la doctrine du combat urbain suite aux opérations menées en Syrie…

Lorsque l’état-major russe lance ses opérations militaires en Ukraine ce 24 février 2022, pour mettre fin à la guerre dans le Donbass, imposer une neutralité de l’Ukraine et porter un coup d’arrêt à l’extension territoriale de l’OTAN, on peut observer une stratégie d’autant plus ambitieuse que les forces qui lui sont consacrées (env. 150 000 hommes) semblent être relativement faibles par rapport à l’étendue du théâtre d’opérations (2000 kilomètres entre Kiev et Kherson), les forces en présence (260 000 soldats ukrainiens plus 300 000 réservistes rappelés), ainsi que le coefficient du rapport de force « assaillant/défenseur » qui donne toujours un avantage à ce dernier.

Loin de moi l’intention de juger les décisions de l’état-major russe, leurs objectifs politiques, leurs pertinences stratégiques, car d’une part je ne dispose pas de toutes les données qui de plus sont noyées dans le brouillard de guerre des secrets opérationnels autant que des mensonges propagandistes mais de relever des difficultés qui semblent être la conséquence d’évaluations initiales erronées où visiblement des capacités russes ont été surévaluées tandis que des capacités ukrainiennes ont été sous-évaluées.

Y a t-il eu un problème d’évaluation russe ?

Oui et non :

Tout d’abord, il faut rappeler à ceux qui jubilent ou dépriment devant les blindés avions et soldats russes détruits que ce n’est que la dure réalité d’un conflit symétrique de haute intensité qui comme son nom l’indique bien est émaillé de pertes sensibles voire de revers des deux côtés du front jusqu’à les dieux des batailles décident à qui donner les lauriers de la victoire finale.

De même il est malhonnête de faire un focus uniquement sur des pertes subies par l’un des belligérants et de cacher celles subies par l’autre. Cela relève du crétinisme propagandiste qui à l’heure de l’hypercommunication des réseaux internet est totalement abscons et même contre productif !

Voilà pourquoi, pour ne pas rentrer dans le jeu des masturbations propagandistes je ne donnerai aucun chiffres des pertes ukrainiennes ou russes subies, sachant de surcroit qu’aucun de ceux communiqués n’est réel, brouillard de guerre oblige.

à Dmytrivka, à l’Ouest de Kiev, le 2 avril 2022.

Le fait est qu’après 3 semaines d’opérations militaires globalement réussies sur le plan des destructions occasionnées aux forces ukrainiennes, l’état-major russe a été obligé de réorienter sa stratégie et même de réorganiser ses articulations tactiques :

Vladimir Poutine a nommé cette intervention armée visant à démilitariser l’Ukraine « Opération miliaire Spéciale » ce qui sous entend une doctrine stratégique différente de celle d’une guerre totale menée contre un pays (voir § suivant), laissant notamment la porte ouverte à un retour aux négociations politiques autour des objectifs désignés. Par conséquent l’état-major russe a défini des moyens, des cibles et des procédures mesurées qui veulent rester liées à la politique internationale et sécuritaire de la Russie et dans son espace régional frontalier.

En limitant clairement ses moyens sur le terrain Moscou voulait maintenir sa stratégie :

• À sa zone d’influence sécuritaire frontalière qu’elle veut voir légitimement rester politiquement et militairement neutre face à un impérialisme occidental libéré par l’effondrement soviétique.  Rappelons ici que ces revendications russes sont :

– rappelées à chaque expansion de l’OTAN… mais en vain, depuis 1991, date où elles avaient été pourtant actées entre Washington et Moscou à l’occasion des discussions autour de la réunification allemande,

– alertées… mais en vain, depuis 2008, lorsqu’au sommet de Bucarest, l’OTAN annonce sa volonté d’intégrer l’Ukraine et la Géorgie et malgré une première réaction militaire russe en Géorgie),

– martelées… mais en vain, depuis 2014, après le coup d’État du Maïdan commandité par Washington et provoquant la sécession de la Crimée et la guerre du Donbass, pour laquelle les accords de paix n’ont jamais été respectés par Kiev,

– exigées…  mais en vain, depuis décembre 2014, par une proposition de traité de sécurité collective, après que l’imminence d’un offensive de Kiev dans le Donbass et la militarisation atlantiste accélérée de l’Ukraine aient été confirmées,

– militarisées finalement depuis le 24 février, suite à un nouvel échec de la diplomatie russe à les faire respecter par Washington (qui pourtant les exige pour son espace) et l’obstination de l’Ukraine russophobe à vouloir entrer dans l’OTAN,

• À des opérations militaires dont les objectifs sont de mettre fin à un conflit local (Donbass) et surtout éviter que ce conflit régional devienne total risquant ainsi d’évoluer vers une guerre mondiale,

• Dans un mode opératoires privilégiant les frappes de précision plu tôt que les bombardements massifs afin de préserver autant que possible les populations civiles prises entre les deux feux (d’où la priorité donné aux corridors humanitaires)

• À une option n’impliquant pas l’engagement radical de la société civile russe dans le conflit (mobilisation générale, économie de guerre…), ce qui impose de mettre entre parenthèse le contrat social de la gouvernance.

Sauf que, 2 mois après le début des opérations militaires russes, force est de constater qu’elles évoluent malgré tout (sauf capitulation improbable de Kiev) vers un conflit régional de haute intensité et de longue durée dont les perspectives mondiales ne sont pas écartées.

Il y a bien sûr un succès évident à ces opérations militaires russes dans leur objectifs de démilitariser l’Ukraine car les frappes russes réalisées au cours du premier mois ont détruit environ 70% de ses ressources stratégiques (dépôts divers, centres de commandement, parc aérien, usines d’armement etc) empêchant ainsi les forces de Kiev, et malgré leur supériorité numérique, d’engager des contre offensives majeures ou simplement de reprendre l’initiative.

Cependant les objectifs russes n’ont pas été tous atteints : le régime de Kiev n’a pas capitulé, l’OTAN n’a pas renoncé (au contraire), et les forces ukrainiennes ont encaissé le choc initial et même engagé un certaine résistance grâce à des combats d’attrition s’appuyant sur une techno-guerrilla antichar et une défense urbaine dans la profondeur, lesquelles n’ont été rendues possibles que grâce aux formations, aux aides logistiques et à l’engagement du renseignement stratégique de l’OTAN qui depuis avril exponentialise quantitativement et qualitativement ses aide, risquant ainsi de provoquer une extension internationale du conflit.

Ceci et cela a donc conduit l’état-major russe à une réévaluation des situations tactiques pour une réorientation de la stratégie.

La première dichotomie observable est le rapport initial entre l’étendue des secteurs militaires traités et la faiblesse des moyens qui leur ont été consacrés, et cette contradiction a été exacerbée par plusieurs difficultés rencontrées par l’état-major russe :

1- Résistance tactique et mentale des forces ukrainiennes qui a été sous évaluée,

2- Captation d’effectifs et de moyens importante autour des villes assiégées,

3- Rigidité verticale et lente d’une coordination éclatée sur 3 districts militaires,

4- Faiblesse persistante de la chaîne logistique russe au delà des 100km,

5- Manque d’infanterie pour des engagements urbains ou forestiers sécurisés,

6- Modernisation inachevée du champ de bataille terrestre (numérisation, guerrélec),

Je pense que les difficultés rencontrées et les pertes subies par les forces russes en Ukraine (il faut être idiot pour raconter comme certains que « tout va bien ») sont logiques et la conséquence de plusieurs paramètres connus :

  • C’est la première apparition pratique d’un conflit symétrique de haute intensité et il est normal qu’elle bouscule certaines certitudes et théories échafaudées par les stratèges depuis 80 ans,
  • Une sous évaluation des capacités militaires ukrainiennes qui, contrairement au fantasmes pro-russes propagandistes, ont été très nettement améliorées en formation et équipement par l’OTAN,
  • Une sous évaluation de la mentalité ukrainienne qui a subi par le lobby consumériste occidental un lavage russophobe de cerveaux, progressif depuis son indépendance et accéléré depuis le Maïdan,
  • Une surévaluation des capacités militaires russes qui ont montré la persistance d’un atavisme structurel paralysant dans une rigidité de commandement verticale les initiatives horizontales imposées par la guerre moderne,
  • Des contraintes budgétaires (où interviennent peut-être les sanctions) qui ont obligé le Kremlin a modernisé en priorité ses forces stratégiques et de précision (aviation, missiles, forces spéciales) au détriment des forces conventionnelles à la traîne,
  • Un manque d’encadrement de terrain, officier et surtout sous-officiers formés à être autonomes dans les évaluations et prises de décisions tactiques (conséquence de la rigidité structurelle verticale évoquées précédemment).

Pour rééquilibrer ce tableau, je pense pour ma part que Moscou a également aussi limité qualitativement son engagement militaire en Ukraine, gardant ses meilleures atouts militaires modernes en réserve pour l’éventualité d’une extension internationale du conflit, scénario que l’état-major russe a certainement envisagé et étudié.

Et aujourd’hui, tant la contraction des opérations militaires dans le Donbass que les renforts russes minimum envoyés en Ukraine (une dizaine de Bataillons Tactiques Interarmes) me font penser que la Russie pour ne pas tomber dans un trou noir ukrainien aspirant ses forces a également engagé une guerre d’attrition, à la fois contre l’armée ukrainienne toujours paralysée par ses frappes stratégiques mais également contre la logistique des forces de l’OTAN dont elle sait, pour certaines aides accordées à Kiev, qu’elles ont été obligées de puiser dans leurs stocks stratégiques (pour le missile antichar « Javelin » par exemple).

Pour illustrer ces quelques remarques, j’évoquerai le secteur d’Izioum (Nord du Donbass) où plusieurs unités russes se sont fait clouer dans des embuscades antichars où dans des frappes de mortiers parce qu’elles arrivaient en colonne aux abords de zones forestières ou urbaines non reconnues. Après plusieurs revers, l’envoi d’unités d’infanterie organisées en petits groupes autonomes et équipés sont parvenues à casser les défenses ukrainiennes en s’adaptant à leur fluidité et dispersion. La rapidité et l’initiative, remplaçant la masse, ont permis aux forces russes de s’emparer de ce secteur clé qui était pourtant très bien défendu. Et la même réflexion peut être faite concernant l’emploi des forces spéciales tchétchènes dans la bataille de Marioupol.

Du côté ukrainien, force est de constater que l’OTAN a su engager une réforme très importante des forces de Kiev, sur les enseignements de ses revers subis en 2014-2015 dans le Donbass où leurs groupes blindés ont été écrasés par seulement quelques bataillons. Ces réformes ont bien sûr porté sur des éléments visibles dans les sources ouvertes comme par exemple les livraisons des matériels occidentaux, mais aujourd’hui au vu de la réactivité des unités ukrainiennes on peut déceler les autres réformes structurelles et doctrinales qui ont été engagées depuis 8 ans comme par exemple :

  • réforme des organigrammes des petites unités pour plus de mobilité,
  • modernisation d’un corps de sous-officiers formé pour développer l’autonomie,
  • nouvelles procédures d’emploi des composantes antichars, antiaériennes…
  • généralisation de l’emploi des drones d’observation jusqu’au niveau tactique,
  • développement de réseaux logistiques alternatifs et camouflés,
  • entrainement aux combats en zone urbaine etc.

À ces réformes militaires il faut également souligner les réformes plus psychologiques tel que la communication ouverte, la propagande nationaliste, l’intoxication occidentale (russophobie, « american way of life »…)… qui participent à la motivation du soldat sans laquelle la modernisation du champ de bataille ne sert à rien.

Concernant le secteur de Kiev

Mais cette adaptation n’est possible que dans un maintien d’une stratégie globale et la limitation des moyens qui lui sont dédiés, voilà pourquoi l’état-major russe a préféré quitter le secteur Nord (de Kiev, Tchernigov et Soumy) lequel est militairement secondaire malgré un enjeu politique évident dont les objectifs (capitulation) n’ont pas été atteints. Et plutôt que de se maintenir dans ce secteur Nord au prix de renforts importants l’état-major russe a préféré se réorienter sur la priorité de ses opérations, à savoir la libération totale du Donbass laquelle n’exclut pas ensuite un retour vers Kiev après la prise de Kharkov ou Odessa.

Peut-être aussi assiste t-on avec ce départ du secteur Nord à un bluff stratégique russe visant à dégarnir les défenses de Kiev au profit du front central (ce qui a déjà commencé avec l’envoi d’au moins 5 brigades vers Kharkov et Pavlograd), et à y faire revenir le gouvernement,

Pour faire une précision sur ce retrait russe de Kiev il est complètement débile, comme le prétendent certains propagandistes ukro-atlantistes, de prétendre que ce sont les forces ukrainiennes qui ont repoussé les forces russes, et pire que ces dernières avaient l’intention de capturer Kiev (une mégapole de plus de 800 km2) avec seulement 20 000 hommes.

Incontestablement, même si la dissuasion stratégique russe non nucléaire n’a pas convaincu les Ukro-atlantistes d’abandonner leurs ambitions aux frontières de la Russie, cette dernière a démontré l’efficacité de ses armes de dernière génération dont les puissances, portées et précisions lui permettent d’opérer des destructions dans la profondeur ennemie et de paralyser des forces numériquement supérieures.
Vers une réorganisation stratégique et tactique russe 

Une fois les forces russes retirées du secteur Nord, on a pu observer des changements structurels dans la conduite des opérations militaires qui sans nul doute ont tenu compte du retour d’expérience des premières semaines du conflit :

Lieutenant-Général Alexandre Dvornikov.

Tout d’abord les forces russes, sur le théâtre d’opérations ukrainien sont passées en la personne du Lieutenant-Général Alexandre Dvornikov sous un commandement unifié afin d’améliorer leur coordination à la fois sectorielle mais aussi interarmes.

Cet officier russe de 60 ans se révèle avoir une solide expérience militaire et notamment concernant la guerre urbaine qu’il a pratiqué en Tchétchénie et en Syrie, et qui s’est imposée à nouveau en Ukraine comme le principal champ de bataille des opérations.

Mais surtout il est depuis 2016 le Commandant en chef du district militaire Sud dont dépendent les secteurs Sud et Centre des opérations militaires en cours. Il était donc normal en dehors de toutes les élucubrations entendues à son sujet qu’il soit choisi pour ce poste de général en chef des forces russes en Ukraine.

Concernant les opérations militaires, il est faux de prétendre que le Kremlin a revu à la baisse ses objectifs géopolitiques mais que simplement, ne voulant pas mettre plus de moyens que de raison dans ce théâtre d’opérations ; il a demandé à son état-major :

• De séquencer les objectifs militaires en donnant une priorité à la libération de l’ensemble des territoires du Donbass laquelle peut être longue du fait du nombre de villes industrielles organisées en bastions défensifs (environ une dizaine) et de la présence du corps de bataille ukrainien le plus important, le mieux formé et aguerri ; et dont la destruction constituera une défaite très importante pour Kiev, tant politique que militaire.

• D’intensifier les bombardements de précision visant les ressources stratégiques et militaires ukrainiennes mais aussi de les étendre à l’ensemble du réseau ferroviaire et routier civil qui avait été épargné pour les réfugiés en partance vers l’Ouest mais qui aujourd’hui devient le réseau d’approvisionnement logistique des forces ukrainiennes et notamment celui des aides militaires occidentales qui leur parviennent.

• De réorganiser les Groupes Tactiques InterArmes russes appelés BTG, qui jusqu’ici laissaient les villes de côté dans des encerclements, en les renforçant avec plus d’infanterie et des forces spéciales nécessaires et adapter pour sécuriser les assauts urbains. Un BTG renforcé c’est environ 800 hommes avec de l’artillerie, des blindés, de l’infanterie, du génie combat, des systèmes antiaériens… lui conférant un autonomie.

• De renforcer la chaîne logistique avant de poursuivre les progressions dans la profondeur, et c’est pour cela entre autres raisons que La prise de Marioupol etait un objectif majeur, car désormais elle offre à l’état-major russe un port et un aéroport, une voie directe jusqu’à Rostov sur le Don qui vont augmenter considérablement len vitesse et quantités la logistique pour le front Sud du Donbass.

L’école du terrain

Mais le plus grand changement qui a été opéré depuis deux mois (et cela est valable aussi à moindre mesure pour les forces ukrainiennes) c’est l’expérience du combat acquise par les forces russes engagée dans ces opérations militaires. Mon chef d’escadron me disait qu’une mission opérationnelle en territoire hostile valait souvent une année de formation et souvent la remplaçait en terme d’efficacité opérationnelle acquise.

À Marioupol, les mouvements des soldats sont devenus plus « félins » et leurs regards plus attentifs, les instincts se sont aiguisés, les ordres se sont raréfiés, chacun connaissant maintenant son rôle dans l’action de plus en plus franche.

Si les « RetEx » (retour d’expérience) donnent souvent lieu à des remue méninges dans les états-majors, pour le soldat du terrain ils sont directement distillés dans ses muscles, ses sens et son instinct, et c’est ici que s’opéré sans nul doute la plus importante évolution empirique du combat et qui donne aux soldats restés debout les armes de la Victoire finale !

3- La guerre est cinétique

Lorsque Moscou engage la solution militaire pour résoudre la menace ukrainienne il est bon de rappeler que, dans les jours précédents :

• Du côté de Washington, non seulement la proposition d’un traité de sécurité collective exprimée à plusieurs reprises par le Kremlin (à Washington puis devant l’ONU, l’OTAN, l’OSCE) venait d’être rejetée catégoriquement et sans aucune explication, mais que l’OTAN venait depuis le 17 janvier de mettre en place un pont aérien délivrant quotidiennement aux forces ukrainiennes des dizaines de tonnes d’armes et de munitions.

• Du côté de Kiev, ses forces déployées dans le Donbass venait non seulement d’intensifier leurs bombardements contre les populations de Donetsk et Lougansk depuis le 12 février mais que surtout, par la voix de son président Zelensky, confirmait publiquement que Kiev ne respecterait pas les accords de Paix, maintiendrait sa demande d’intégration dans l’OTAN et, « cerise sur le gâteau », doterait son armée de l’arme nucléaire.

Dès lors, même si la réaction militaire russe peut paraître à certains violente (mais n’est-ce pas finalement la définition d’une action militaire ?), il n’en demeure pas moins qu’elle intervient après 8 années d’échecs diplomatiques russes à vouloir amorcer les accords de Minsk et contre des menaces existentielles pesant sur les populations du Donbass autant que sur les grands centres névralgiques russes occidentaux.

La problématique des actions occidentales 

D’un part à cause de leur repli dans les bastions urbains et des aides occidentales continuelles qui compensent et parfois augmentent en qualité les matériels détruits, les forces ukrainiennes disposent encore de capacités antichars et antiaériennes performantes et difficiles à détecter et détruire préventivement car elles s’appuient aujourd’hui sur des moyens portatifs légers dotant l’infanterie comme le missile antiaérien britannique STARStreak (portée 8km, vitesse Mach3) ou le missile antichar « Javelin » (portée 2500m)…

Alors que dans la phase initiale des opérations, la priorité donnée à la vitesse, aux dépens de la prudence, avait donné lieu à des pertes sensibles aux lisières des villes et des forêts, on observe pour la phase suivante démarrée depuis 1 semaine, un net ralentissement volontaire des progressions russes, qui privilégient désormais la sécurité autant que l’efficacité. Ceci est visible par exemple dans les derniers combats pour Marioupol ou les progressions ont été menées lentement et pour les attaques de l’aviation russe les positions d’Avdeevka (Nord de Donetsk) dont les passes des chasseurs Sukhoï sont réalisées à haute vitesse et très basse altitude pour surprendre et jamais doublées pour éviter la riposte antiaérienne alertée.

Mais ces aides occidentales, dans leurs croissances quantitative et qualitative, risquent de devenir à terme un nouveau problème devant lequel les forces russes devront s’adapter, notamment lorsqu’arriveront sur le champ de bataille les chasseurs MIG 29 polonais, les chars de combat roumains, les obusiers français les drones étasuniens, les véhicules de combat d’infanterie allemands ou les systèmes antiaériens britanniques pour ne citer que quelques exemples des « cadeaux » fournis par 35 pays de l’OTAN et du G7. Il faudra pour l’état-major russe intensifier, diversifier et étendre ses attaques aériennes jusqu’aux frontières de la Pologne et de la Roumanie, et probablement, si un jour prochain un missile de croisière livré par le Pentagone frappe une ville russe, attaquer directement les ressources de l’OTAN qui auront été impliquées ((bases et dépôts logistiques en Pologne ou satellites militaires par exemple).

Il y a un mois je ne serais pas permis ce scénario, mais aujourd’hui devant la démesure des aides occidentales qui ne cherchent – comme de coutume – qu’à provoquer une riposte russe inévitable, je commence à le croire plausible.

Vers une internationalisation territoriale du conflit 

Dans la doctrine stratégique russe il existe 3 types de conflits militaires : local, régional et mondial les deux premiers pouvant évoluer facilement vers le suivant, notamment si viennent s’y greffer sous forme de conflits asymétriques, des proxys manipulés de l’extérieur dans une mécanique d’alliances militaires internationales.

Ainsi le conflit local du Donbass, devenu régional depuis deux mois continue sa progression vers une guerre mondiale par la seule servilité politique de Kiev aux intérêts de Washington et renforcée par sa dépendance économique totale au système économique mondialiste. Ett on peut observer que cette attitude est partagée par la grande majorité des pays occidentaux  qui forment l’ossature de l’OTAN et du G7.

Lorsque la guerre était « le prolongement de la politique par d’autres moyens » il était encore possible de revenir à la table des négociations assez facilement, mais dès lors que la guerre n’est plus que le prolongement de l’économie par d’autres moyens, l’intérêt financier qui par définition est amoral a remplacé définitivement la raison politique, surtout depuis que la propagande de guerre, en diabolisant l’adversaire, le rend systématiquement et totalement infréquentable comme le serait n’importe quel chef terroriste international. et je fais le pari qu’à partir de cette guerre russo-ukrainienne une « reductio ad Putinum » deviendra l’ultima ration de la bien pensance en lieu et place de la « reductio ad hitlerum » qui est d’autant plus inappropriée que cette doxa dominante soutient désormais une résurgence du nazisme en Europe.

Ce 25 avril, Sergeï Lavrov, le chef de la Diplomatie russe a alerté l’opinion internationale sur cette escalade militaire exacerbée par les aides militaires occidentales exponentielles à l’Ukraine, soulignant que « le risque de Troisième guerre mondiale est réel ».

Pendant les 20 dernières années, tandis que l’OTAN poursuivait inexorablement sa reptation vers elle, la Russie a tout fait pour combler les trous dans sa raquette défensive qui étaient la conséquence de plus de 10 ans de délabrement politique moscovite d’abandon militaire et de corruption monstrueuse, Washington a vu les progrès impressionnants des armements russes qui permettent depuis 2008 des réactions également de plus en plus fortes du Kremlin face à l’hégémonie de l’OTAN. Voilà pourquoi les faucons de Washington pressés par leur propre effondrement économique, ont décidé de jouer le tout pour le tout et d’ouvrir en 2014 un conflit purulent sur le flanc occidental de la Russie en ordonnant à leurs auxiliaires de Kiev d’y jeter du sel pour que jamais ne s’accomplissent les accords de paix signés à Minsk…

Aujourd’hui, après cette première étape impérialiste géopolitique au cours de laquelle le conflit local et asymétrique du Donbass a été joué, l’Hubris occidental est entré une deuxième étape militaire, cette fois régionale et symétrique et où apparait déjà une dimension internationale avec une OTAN déjà engagée contre la Russie sur le plan de la logistique et du renseignement militaires.

Mais en cherchant à rééquilibrer le rapport des forces technologiques actuellement défavorable à l’Ukraine par un rééquipement énorme dans des types de matériels détruits (artillerie aviation…) et jusqu’à vouloir saturer le champ de bataille avec certaines armes comme par exemple les missiles antichars et antiaériens modernes, les occidentaux basculent sciemment vers une mondialisation du conflit. Et ce n’est pas Poutine qui l’a dit en premier mais Biden lui-même qui, commentant l’idée de la Pologne de livrer ses Mig 29 à Kiev, avait refusé arguant du fait que « cela serait considéré comme un « casus belli » par Moscou » (et les Mig 29 avaient même été rapatriés sur la base de Ramstein en Allemagne).

Ne nous y trompons pas: toutes ces perfusions logistiques hallucinantes envoyées aux forces armées ukrainiennes par Washington et ses laquais ne cherchent pas à sauver le régime de Kiev ou je ne sais quel fantasme démocratique hypocritement agité au dessus des troupeaux occidentaux. Le fait est que Biden n’en a strictement rien à faire des pertes ukrainiennes (et même européennes), tant que leur sacrifice est utile au business étasunien de l’armement et des énergies et sert la stratégie d’affaiblissement économique et militaire de la Russie.

Voilà pourquoi la troisième étape de cette spirale infernale sera l’engagement direct et progressif des forces de l’OTAN dans le conflit, engagement qui peut-être considéré comme déjà amorcé avec ce soutien du renseignement stratégique occidental au profit des forces ukrainiennes au combat et augmenté cette semaine de 7 avions de recherche électronique supplémentaires. D’ailleurs il est aujourd’hui plus que probable qu’un avion de reconnaissance de l’US Air Force P8 « Poséidon » qui était en mission aux mêmes moment et secteur ait joué un rôle dans l’attaque contre le croiseur-amiral Moskva ce 13 avril 2022 au large d’Odessa.

À noter également dans le menu des provocations russophobes organisées les incidents actuels en Transnisstrie (pro-russe) et Moldavie (pro-UE) qui risquent de voir une première internationalisation du conflit du fait de la présence d’un groupe opérationnel russe à Tiraspol (1500 hommes) et de la politique atlantiste de Chișinău

Comme d’habitude Washington flirte avec la ligne rouge, agit par procuration ou faux drapeau, pour provoquer étape par étape la Russie qui, devant le chaos organisé à ses frontières n’a pas d’autre choix (quitte à endosser le masque médiatique du méchant) que de frapper haut et fort appliquant l’enseignement de Machiavel :

« On ne doit jamais laisser se produire un désordre pour éviter une guerre ; car on ne l’évite jamais, mais on la retarde à son désavantage ». (« Le Prince »)

En conclusion

Comme le rappelait le Docteur Adam Leong Kok Wey il y a un mois, faisant référence lui aussi au bien aimé Thucydide, les opérations militaires russes en Ukraine ont été motivées par « la Peur, l’Intérêt, et l’Honneur » cette trilogie qui opposa dans le Péloponnèse Sparte à Athènes et leurs alliés… il y a 25 siècles.

  • La peur de voir l’OTAN atteindre ses frontières occidentales, plaçant ainsi Moscou à moins de 5 minutes des missiles stratégiques de Washington,
  • L’intérêt de conserver sa position stratégique et économique en Mer Noire et même de la renforcer par un cordon littoral jusqu’à Odessa,
  • L’Honneur pour la Russie de défendre sa place et sa vision du Monde laquelle est largement plébiscité par les peuples de la Fédération,

On peut appliquer la même trilogie pour motiver la stratégie étasunienne sauf que cette dernière est dans une dynamique hégémonique tandis que la stratégie russe (malgré la réalité des des opérations militaires) est bien dans une position défensive existentielle, voilà pourquoi elle ne peut que gagner cette nouvelle guerre, et une fois encore dans l’Histoire, européenne ensanglantée, quel qu’en soit le prix !

À l’heure d’aujourd’hui, il devrait y avoir des millions d’européens manifestant chaque jour dans les rues en faveur de la Paix, mais il n’en est rien comme depuis ces 8 dernières années de bombardements dans le Donbass. Et leur veulerie, leur insouciance, leur apathie, leur servilité, leur idiotie… que sais-je encore, sont de facto un blanc seing donné aux fous furieux qui dirigent l’Occident. Pire que cela, lorsque des voix s’élèvent dans les théâtres politico-occidentaux, c’est pour hurler contre Poutine et glorifier les fanatiques nazis du régiment Azov.

La fin du cycle occidental est décidément bien pathétique mais il reste à espérer que l’Europe renaisse un jour lointain des cendres de l’Occident !

« On fait la guerre quand on veut, on la termine quand on peut ».

source : Alawata Rebellion

Donc, la punition commence en bonne et due forme

Par Andrei Martyanov − Le 27 avril 2022 −

Source : Reminiscence of the future et The saker francophone

https://www.rollingstone.fr/wp-content/uploads/2016/03/the-dark-side-of-the-moon.jpg

Vous l’avez déjà lu, mais laissez-moi le répéter :

Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a accusé la Russie d’utiliser l’approvisionnement en gaz naturel comme un « instrument de chantage », suite à la décision de Gazprom d’arrêter les exportations vers la Pologne et la Bulgarie mercredi. Varsovie et Sofia n’ont pas payé en roubles les livraisons de gaz russe en avril, a expliqué la société publique russe de l’énergie. Dans une déclaration publiée mercredi, Mme von der Leyen a affirmé que « l’annonce par Gazprom de l’arrêt unilatéral des livraisons de gaz à ses clients en Europe est une nouvelle tentative de la Russie d’utiliser le gaz comme instrument de chantage ». La présidente de la Commission a poursuivi en qualifiant cette décision d’« injustifiée et inacceptable », ajoutant qu’elle mettait encore davantage en évidence le « manque de fiabilité de la Russie en tant que fournisseur de gaz. »

 

Oh mon Dieu, donc les sanctions et le vol de réserves financières ne sont pas « injustifiés et inacceptables », tout comme le fait d’armer le régime nazi de Kiev, mais se faire gifler pour cela est maintenant mauvais ? Nous savons tous ce qui pourrait être dit ici, mais comme je l’ai déjà dit, la Pologne et la Bulgarie serviront d’exemple pour montrer aux autres que l’Europe s’en est pris à elle-même et, si nécessaire, la Russie peut arrêter pratiquement toute activité économique avec l’Europe. Mais tout le monde dans l’Europe du lavage de cerveau ne veut pas se suicider. Voici un exemple, parmi tant d’autres.

Le géant italien de l’énergie Eni SpA s’apprête à ouvrir des comptes en roubles auprès de Gazprombank JSC, ce qui lui permettra éventuellement de se conformer aux exigences russes selon lesquelles le gaz doit être payé en monnaie locale, selon des personnes au fait de la question. Cette décision est prise à titre de précaution, car Eni cherche à obtenir davantage d’indications du gouvernement italien et des autorités européennes sur la question de savoir si – et dans quelles conditions – elle peut utiliser ces comptes pour acheter du gaz russe, ont indiqué ces personnes.

De nombreuses autres sociétés européennes ont déjà ouvert des comptes en roubles et le « plan » (élaboré à la maternelle) est simple et transparent : acheter des volumes supplémentaires de gaz et de pétrole par l’intermédiaire des titulaires de comptes en roubles, puis distribuer ces volumes au sein de l’UE, y compris à toutes ces nations « fières » comme la Pologne, la Bulgarie et, semble-t-il, la Finlande également. Bien sûr. Comme je l’ai « prévenu », la Hongrie pourrait bientôt devenir un pays très riche. Même l’Autriche pourrait participer à ce projet lucratif (en russe), ce qui, en fin de compte, soulève la question de savoir pourquoi le chancelier autrichien s’est rendu à Moscou récemment. Il a tenté de menacer Poutine et s’est fait immédiatement raccompagner à la porte. Poutine est formel : le refus de payer en roubles est une rupture de contrat, point final.

Je sais à quel point il est difficile pour l’Occident combiné d’accepter cette réalité, mais le rouble basé sur les ressources est là maintenant, et pas seulement de facto mais de jure, et il est en train de devenir une marchandise très prisée. Comme en témoigne le taux de change d’aujourd’hui :

que les capitales occidentales sont en proie à une grande colère et à des pertes douloureuses et que Yahoo News ne s’en préoccupe même plus et se contente de placer ce genre de bêtises en première page :

Suivant l’exemple de Dunkerque : les combattants de Marioupol demandent une procédure que même Hitler avait acceptée en 1940.

Par des nouvelles militaires, qui, comme nous le savons tous, la Russie perd gravement, et comme les soldats de plomb britanniques nous en informent :

L’Ukraine conserve le contrôle de la majorité de son espace aérien, a déclaré le ministère britannique de la défense, ajoutant que la Russie n’a pas réussi à détruire efficacement l’armée de l’air ukrainienne ou à supprimer ses défenses aériennes.

Je pense que Sandhurst devrait tout simplement devenir l’Académie du cirque (il y en a une bonne à Tucson, par exemple) et en finir avec tout ce mambo-jumbo militaire, car les diplômés de l’Académie du cirque (département d’acrobatie) peuvent faire un aussi bon travail de discussion sur la guerre moderne que le ministère de la Défense britannique. Mais là encore, les Pink Floyd devraient revoir et réécrire leur phrase tirée de l’immortel morceau de « Time »« The Dark Side of The Moon »« S’accrocher dans un désespoir tranquille, c’est la méthode anglaise ». La manière anglaise n’est pas tranquille, elle est grandiloquente, elle vous saute au visage, elle est un flot de conneries hystériques qui surprend les fans (comme moi) de la vieille culture anglaise, de la lèvre supérieure raide, de l’humour délicieux, du sens aigu de l’autodérision et de la grande intelligence, qui ont tous quitté depuis longtemps les rivages de la Foggy Albion pour nous donner ceci :

Mon Dieu, comme la Grande-Bretagne est tombée bas. Mais encore une fois, c’est le choix qu’a fait le peuple britannique et c’est ainsi que le biscuit s’émiette. Mais si j’avais été David Gilmour et Roger Waters, j’aurais réécrit cette phrase de « Time ». Mais c’est juste moi, petit moi insignifiant. En effet, qu’est-ce que j’en sais.

Andrei Martyanov

Traduit par Hervé pour le Saker Francophone

Montée aux extrêmes ?

par Régis Chamagne - Le 30/04/2022.

Certains commentateurs craignent de plus en plus ouvertement que cette guerre ne dégénère vers une confrontation nucléaire entre les deux blocs. En effet, la tournure que prennent les événements en Ukraine nous fait penser à une possible montée aux extrêmes de la violence, selon la formulation de Carl von Clauzewitz. D’un côté les États-Unis et les pays de l’UE envoient massivement des armements en Ukraine, d’un autre les Russes réduisent considérablement leurs exportations vers l’UE. Revenons donc aux sources et d’abord au concept.

La montée aux extrêmes, un concept théorique

Dans son célèbre ouvrage « De la guerre », Carl von Clauzewitz développe le concept de montée aux extrêmes. Il s’agit en fait d’une abstraction qui n’existe qu’à l’état de théorie et qui découle d’un exercice de pensée logique partant de la nature de la guerre, ou en tous cas de la définition qu’en donne Clauzewitz : « un acte de la force par lequel nous cherchons à contraindre l’adversaire à se soumettre à notre volonté. » Ainsi, chaque camp va logiquement chercher à surpasser son adversaire en engageant plus d’efforts que lui, ce qui conduira à l’emploi illimité de la force et à une montée aux extrêmes de la violence.

Mais, précise Clauzewitz, dans la vraie vie, la guerre est limitée par toutes sortes de phénomènes : le brouillard de la guerre, les erreurs d’évaluation de la volonté de l’ennemi, les frictions internes dues aux fonctionnements des rouages étatiques et des armées elles-mêmes… Mais surtout, les limites à la montée aux extrêmes sont fixées par les buts politiques de la guerre qui, chez l’un et l’autre des belligérants, exigera des moyens à consentir et influera sur la motivation à combattre. Du reste, souvent la montée aux extrêmes est limitée par l’épuisement d’un des camps, voire des deux.

Quels sont les buts de guerre ?

La guerre d’Ukraine a commencé en 2014 par le coup d’État de Maïdan organisé par les États-Unis. L’objectif des Anglo-Américains était de prendre le contrôle de l’Ukraine, pays considéré comme stratégique. En effet, dans son livre « Le grand échiquier », livre qui a beaucoup influencé la pensée stratégique américaine depuis le milieu de la décennie 1990, Zbigniew Brzezinski classe l’Ukraine dans la catégorie des pivots géopolitiques. Il convient de préciser que Z.B. s’appuie sur la théorie géopolitique de Halford John Mackinder selon laquelle il faut tenir le « Heartland », principalement la plaine s’étendant de l’Europe centrale à la Sibérie occidentale, comme l’évoque sa célèbre devise : « Qui gouverne l’Europe orientale domine le Heartland, qui gouverne le Heartland domine l’île-monde, qui gouverne l’île-monde domine le monde. »

La plaine ukrainienne représentait alors, selon Mackinder, l’espace de mobilité par excellence permettant des invasions rapides au moyen de la cavalerie. Logiquement, Z.B. classe l’Ukraine dans la catégorie des pivots géopolitiques : « La notion de pivots géopolitiques désigne les États dont l’importance tient moins à leur puissance réelle et à leur motivation qu’à leur situation géographique sensible et à leur vulnérabilité potentielle, laquelle influe sur le comportement des acteurs géostratégiques. » Les acteurs géostratégiques étant « les États dotés d’une capacité et d’une volonté nationale suffisantes pour exercer leur puissance et leur influence au-delà de leurs frontières. » On comprend bien le lien qui adosse un pivot géopolitique à un acteur géostratégique. Z.B. cite les pivots géopolitiques les plus importants:  l’Ukraine, l’Azerbaïdjan, la Corée, la Turquie et l’Iran (en respectant l’ordre de son livre).

Le but de guerre des classes dirigeantes anglo-américaines est donc probablement de s’appuyer sur l’Ukraine pour neutraliser la Russie, de façon à rayer la Russie de la liste des acteurs géostratégiques. Mais les idiots qui dirigent les États occidentaux et l’UE appliquent les recettes de cuisine de Z.B. sans en avoir compris l’esprit, tout à leur illusion de suprémacisme et de destin manifeste. On peut même imaginer qu’ils nourrissent un fantasme de grand remplacement ; après tout, ils en ont déjà fait l’expérience réussie avec le génocide des indiens d’Amérique du nord.

En résumé, il s’agit donc profondément d’une question existentielle pour la Russie. Du reste, c’est bien comme cela que Vladimir Poutine l’a compris. Après avoir tenté en vain de faire appliquer les accords de Minsk II pendant sept ans, alors que les Américains armaient et prenaient le contrôle des moyens militaires ukrainiens (rattachement des centres d’opérations ukrainiens à la chaîne de commandement de l’OTAN, formation et commandement des unités sur le terrain…) et se préparaient à mener une offensive meurtrière dans le Donbass vers la mi-mars, il a fini par déclencher les hostilités lui-même, selon son principe : « Quand le combat est inévitable, il faut attaquer en premier. » Mais pour quels buts de guerre ?

Depuis de nombreuses années, je développe le thème du changement de paradigme géopolitique en cours, ou transition de phase pour reprendre le modèle mathématique de Stuart Kauffman. Mes derniers articles en témoignent. Et bien cette fois-ci, c’est dit de manière très claire par Vladimir Poutine, par Sergueï Lavrov et par Dmitri Medvedev : Le vrai but de cette opération militaire n’est pas seulement de démilitariser et de dénazifier l’Ukraine, il est de mettre en œuvre un nouvel ordre mondial fondé sur l’égalité entre les nations et des règles de sécurité qui conviennent à chacune d’elles.

Bref, il s’agit de mettre fin à l’hégémonie anglo-américaine. Cette hégémonie reposant sur la primauté du dollar (monnaie de singe car non adossée à une quelconque richesse réelle) dans les échanges internationaux maintenue de force (chantage ou violence déclarée) par la puissance militaire américaine. Le but de guerre stratégique de la Russie, et derrière elle de tous les États non-alignés, est donc d’essence monétaire et économique car le centre de gravité du système occidental est d’essence monétaire et économique. Nous avons affaire, là aussi, à une question existentielle pour l’Occident. Les fantasmes sur une possible guerre nucléaire, si elle relève de l’angoisse devant la tournure que prennent les relations entre la Russie et les pays occidentaux, ne se situe pas au bon endroit ; la vraie guerre est économique.

Cette guerre met donc en jeu une menace existentielle pour la Russie contre une menace existentielle pour l’Occident, sauf que… il est presque certain que les idiotes et les idiots qui dirigent l’Occident ne l’ont pas compris, tant ils n’ont même pas le niveau intellectuel pour analyser correctement une situation tactique.

Bêtes à bouffer du foin !

Dans toutes les méthodes de planification opérationnelle, il y a une phase qui consiste à faire l’analyse la plus objective possible de la balance entre les forces et faiblesses de l’adversaire et nos propres forces et faiblesses. Sun Zi aborde cette question dans « L’art de la guerre » à l’article VI intitulé « Du plein et du vide ». Et les gouvernants occidentaux déclarent une guerre économiques à la Russie. La Russie, un pays autonome sur le plan énergétique et exportateur, autonome sur le plan alimentaire et exportateur en produits sans OGM (Vladimir Poutine a interdit l’emploi des OGM en Russie depuis plusieurs années), sur la voie de l’autonomie pour les produits manufacturés. Les pays occidentaux, en particuliers les pays européens dépendent de l’énergie russe et des produits alimentaires russes, à des degrés divers.

L’action occidentale face à la Russie peut donc se résumer ainsi : attaquer l’adversaire de front, bille en tête, sur ses points forts qui sont également nos propres points faibles. Sans vouloir être excessif, je dirais qu’il faut avoir un QI ne dépassant pas celui d’une poule, et encore ce n’est pas très sympa pour les poules, pour imaginer un tel plan. La montée aux extrêmes a donc commencée dans le domaine de l’économie, et de la finance qui va avec. Elle s’achèvera par l’épuisement du camp occidental. Car pour Vladimir Poutine, c’est la montée aux extrêmes de la résignation face à tant de bêtise et de l’indifférence qui s’en suit.

La suite ?

Du côté du monde nouveau le développement des échanges entre les États non occidentaux dans les monnaies de chaque pays va s’intensifier jusqu’à ce que la Russie puisse se passer des exportations qu’elle réservait aux pays occidentaux. Des infrastructures sont nécessaires (gazoducs, voies ferrées, autoroutes…) mais d’ici deux à trois ans elles seront construites.

Du côté occidental, nous allons assister à une dégradation très rapide des niveaux de vie des populations, différentes par leurs natures et par leurs brutalités en fonction des pays. Cela pourrait provoquer des révolutions, sous une forme ou sous une autre, dans certains pays particulièrement fragiles… jusqu’à ce que nous nous soyons débarrassés de ces imbéciles qui nous gouvernent et que nous entrions pleinement dans le XXIe siècle et rejoignions le monde nouveau.

source : Régis Chamagne

L’Empire du Mensonge est impatient de recevoir la carte de visite de M. Sarmat

par Pepe Escobar - Le 30/04/2022.

Au milieu de la démence propagandiste et de la dissonance cognitive aiguë qui sévissent dans toute la sphère de l’OTAN, le seul antidote est constitué par les rares voix de la raison, qui se trouvent être russes, donc réduites au silence et/ou écartées.

En particulier depuis le début de la Guerre mondiale contre le Terrorisme (GWOT) au début du millénaire, personne n’a jamais perdu d’argent en pariant contre le mélange toxique d’orgueil, d’arrogance et d’ignorance déployé en série par l’Empire du Chaos et du Mensonge.

Ce qui passe pour une « analyse » dans la vaste zone d’exclusion aérienne intellectuelle connue sous le nom de « Think Tankland » des États-Unis comprend des balbutiements de vœux pieux tels que Pékin « croyant » que Moscou jouerait un rôle de soutien dans le siècle chinois, juste pour voir la Russie, maintenant, dans le siège du conducteur géopolitique.

Il s’agit là d’un bon exemple non seulement de paranoïa russophobe/sinophobe pure et simple concernant l’émergence de concurrents pairs en Eurasie – le premier cauchemar anglo-américain – mais aussi d’ignorance crasse des détails du complexe partenariat stratégique global Russie-Chine.

Alors que l’Opération Z entre méthodiquement dans sa phase 2, les Américains – avec vengeance – se sont également lancés dans leur phase 2 symétrique, qui se traduit de facto par une escalade pure et simple vers la Totalen Krieg, des nuances de l’hybride à l’incandescent, le tout bien sûr par procuration. Le célèbre vendeur d’armes Raytheon reconverti en chef du Pentagone, Lloyd Austin, a dévoilé le jeu à Kiev :

« Nous voulons voir la Russie affaiblie au point qu’elle ne puisse plus faire le genre de choses qu’elle a faites en envahissant l’Ukraine ».

Alors ça y est : l’Empire veut anéantir la Russie. La frénésie de War Inc. se traduit par l’envoi de cargaisons d’armes illimitées sur l’Ukraine, dont l’écrasante majorité sera dûment éviscérée par les frappes de précision russes. Les Américains partagent avec Kiev des informations 24/7, non seulement sur le Donbass et la Crimée, mais aussi sur le territoire russe. La Totalen Krieg se déroule parallèlement à la démolition contrôlée de l’économie de l’UE, la Commission européenne agissant joyeusement comme une sorte de bras de l’OTAN pour les relations publiques.

Au milieu de la démence propagandiste et de la dissonance cognitive aiguë qui sévissent dans toute la sphère de l’OTAN, le seul antidote est constitué par les rares voix de la raison, qui se trouvent être russes et qui sont donc réduites au silence et/ou écartées. L’Occident les ignore à son propre péril collectif.

Patrouchev la joue Triple-X déchaîné

Commençons par le discours du président Poutine devant le Conseil des législateurs à Saint-Pétersbourg pour célébrer la Journée du parlementarisme russe.

Poutine a démontré comment une « arme géopolitique » à peine nouvelle s’appuyant sur la « russophobie et les néonazis », couplée à des efforts d’« étranglement économique », non seulement n’a pas réussi à étouffer la Russie, mais a imprégné dans l’inconscient collectif le sentiment d’un conflit existentiel : une « Seconde Grande Guerre Patriotique ».

Avec une hystérie hors normes sur tout le spectre, un message pour un Empire qui refuse toujours d’écouter, et qui ne comprend même pas le sens de « l’indivisibilité de la sécurité », devait être inévitable :

« Je voudrais souligner une fois de plus que si quelqu’un a l’intention d’interférer dans les événements qui se déroulent depuis l’extérieur et crée des menaces de nature stratégique inacceptables pour la Russie, il doit savoir que nos frappes de représailles seront rapides comme l’éclair. Nous disposons de tous les outils nécessaires à cet effet. Tels que personne ne peut s’en vanter aujourd’hui. Et nous ne nous vanterons pas. Nous les utiliserons si nécessaire. Et je veux que tout le monde le sache – nous avons pris toutes les décisions à ce sujet ».

Traduction : les provocations incessantes peuvent conduire M. Kinjal, M. Zircon et M. Sarmat à être contraints de présenter leurs cartes de visite sous certaines latitudes occidentales, même sans invitation officielle.

Sans doute pour la première fois depuis le début de l’Opération Z, Poutine a fait une distinction entre les opérations militaires dans le Donbass et le reste de l’Ukraine. Cette distinction est directement liée à l’intégration en cours de Kherson, Zaporijia et Kharkiv, et implique que les forces armées russes continueront d’aller de l’avant, en établissant la souveraineté non seulement dans les Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk, mais aussi sur Kherson, Zaporijia, et plus loin, de la mer d’Azov à la mer Noire, jusqu’à établir le contrôle total de Mykolaïv et Odessa.

La formule est claire comme de l’eau de roche : « La Russie ne peut pas permettre la création de territoires anti-russes autour du pays ».

Passons maintenant à une interview extrêmement détaillée du secrétaire du Conseil de sécurité, Nikolaï Patrouchev, à Rossiyskaya Gazeta, où Patrouchev l’a joué Triple-X déchaîné.

Le point essentiel à retenir est peut-être ici : « L’effondrement du monde américano-centré est une réalité dans laquelle il faut vivre et construire une ligne de comportement optimale ». La « ligne de conduite optimale » de la Russie – à la grande colère de l’hégémon universaliste et unilatéraliste – se caractérise par « la souveraineté, l’identité culturelle et spirituelle et la mémoire historique ».

Patrouchev montre comment « les scénarios tragiques des crises mondiales, tant dans les années passées qu’aujourd’hui, sont imposés par Washington dans sa volonté de consolider son hégémonie, en résistant à l’effondrement du monde unipolaire ». Les États-Unis ne reculent devant rien « pour s’assurer que les autres centres du monde multipolaire n’osent même pas lever la tête, et notre pays non seulement a osé, mais a déclaré publiquement qu’il ne jouerait pas selon les règles imposées ».

Patrouchev n’a pas pu s’empêcher de souligner à quel point War Inc. fait littéralement un carnage en Ukraine : « Le complexe militaro-industriel américain et européen jubile, car grâce à la crise en Ukraine, il n’a aucun répit à l’ordre. Il n’est pas surprenant que, contrairement à la Russie, qui est intéressée par l’achèvement rapide d’une opération militaire spéciale et la minimisation des pertes de toutes parts, l’Occident soit déterminé à la retarder au moins jusqu’au dernier Ukrainien ».

Et cela reflète la psyché des élites américaines : « Vous parlez d’un pays dont l’élite n’est pas capable d’apprécier la vie des autres. Les Américains sont habitués à marcher sur une terre brûlée. Depuis la Seconde Guerre mondiale, des villes entières ont été rasées par les bombardements, notamment des bombardements nucléaires. Ils ont inondé la jungle vietnamienne de poison, bombardé les Serbes avec des munitions radioactives, brûlé vifs les Irakiens avec du phosphore blanc, aidé les terroristes à empoisonner les Syriens avec du chlore (…) Comme l’histoire le montre, l’OTAN n’a jamais été non plus une alliance défensive, seulement une alliance offensive ».

Auparavant, dans une interview accordée à l’émission The Great Game, délicieusement nommée, de la télévision russe, le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov avait une nouvelle fois détaillé comment les Américains « n’insistent plus sur l’application du droit international, mais sur le respect de « l’ordre mondial fondé sur des règles ». Ces « règles » ne sont en aucun cas décryptées. Ils disent que maintenant il y a peu de règles. Pour nous, elles n’existent pas du tout. Il y a le droit international. Nous le respectons, tout comme la Charte des Nations unies. La disposition clé, le grand principe est l’égalité souveraine des États. Les États-Unis violent de manière flagrante leurs obligations au titre de la Charte des Nations unies lorsqu’ils promeuvent leurs « règles ».

Lavrov a dû souligner, une fois de plus, que la situation incandescente actuelle peut être comparée à la crise des missiles de Cuba : « À l’époque, il y avait un canal de communication auquel les deux dirigeants faisaient confiance. Aujourd’hui, ce canal n’existe pas. Personne n’essaie de le créer ».

L’Empire du mensonge, dans son état actuel, ne fait pas de diplomatie.

Le rythme du jeu dans le nouvel échiquier

Dans une référence subtile aux travaux de Sergey Glazyev, comme l’a expliqué le ministre chargé de l’Intégration et de la Macroéconomie de l’Union économique eurasiatique dans notre récente interview, Patrouchev a touché le cœur du jeu géoéconomique actuel, la Russie s’orientant désormais activement vers un étalon-or : « Les experts travaillent sur un projet proposé par la communauté scientifique pour créer un système monétaire et financier à deux circuits. En particulier, il est proposé de déterminer la valeur du rouble, qui devrait être garantie à la fois par l’or et par un groupe de biens qui sont des valeurs monétaires, afin de mettre le taux de change du rouble en conformité avec la parité réelle du pouvoir d’achat ».

C’était inévitable après le vol pur et simple de plus de 300 milliards de dollars de réserves étrangères russes. Il a peut-être fallu quelques jours pour que Moscou soit pleinement certifié qu’il était confronté à la Totalen Krieg. Le corollaire est que l’Occident collectif a perdu tout pouvoir d’influencer les décisions russes. Le rythme du jeu sur le nouvel échiquier est fixé par la Russie.

Plus tôt dans la semaine, lors de sa rencontre avec le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, Poutine est allé jusqu’à déclarer qu’il serait plus que disposé à négocier – à quelques conditions seulement : la neutralité de l’Ukraine et un statut d’autonomie pour le Donbass. Pourtant, tout le monde sait maintenant qu’il est trop tard. Pour un Washington en mode Totalen Krieg, la négociation est un anathème – et c’est le cas depuis le lendemain de la réunion Russie-Ukraine à Istanbul fin mars.

Jusqu’à présent, dans le cadre de l’Opération Z, les forces armées russes n’ont utilisé que 12% de leurs soldats, 10% de leurs avions de chasse, 7% de leurs chars, 5% de leurs missiles et 4% de leur artillerie. Le cadran de la douleur va augmenter considérablement – et avec la libération totale de Marioupol et la résolution d’une manière ou d’une autre du chaudron du Donbass, il n’y a rien que le combo hystérie/propagande/armement déployé par l’Occident collectif puisse faire pour modifier les faits sur le terrain.

Cela inclut des manœuvres désespérées telles que celle découverte par le SVR – le service russe de renseignement extérieur, qui se trompe très rarement. Le SVR a découvert que l’axe Empire du mensonge/Guerre Inc. pousse non seulement à une invasion polonaise de facto pour annexer l’Ukraine occidentale, sous la bannière de la « réunification historique », mais aussi à une invasion conjointe roumaine/ukrainienne de la Moldavie/Transnistrie, les « soldats de la paix » roumains s’entassant déjà près de la frontière moldave.

Washington, comme l’affirme le SVR, prépare la manœuvre polonaise depuis plus d’un mois maintenant. Il « dirigerait en coulisses » (vous vous souvenez de la Libye ?), « encourageant » un « groupe de pays » à occuper l’Ukraine occidentale. La partition est donc déjà dans les cartons. Si cela devait se concrétiser un jour, il serait fascinant de parier sur les endroits où M. Sarmat serait enclin à distribuer sa carte de visite.

Pepe Escobar

source : Strategic Culture Foundation

traduction Réseau International

Guerre d'Ukraine

Vers un affrontement États-Unis - Russie :   Risques de dérapage et d’ engrenage ?

MESSAGE
de Jacques MYARD
Membre Honoraire du Parlement
Maire de Maisons-Laffitte
Président du Cercle Nation et République
Président de l'Académie du Gaullisme
Le 1er MAI 2022
Guerre d'Ukraine Vers un affrontement États-Unis - Russie : risques de dérapage et d’'engrenage ?
La guerre en Ukraine évolue visiblement vers un affrontement direct entre la Russie et les États-Unis. Il est évident que Washington a armé depuis des années l’armée ukrainienne, formé leurs soldats, fourni tous les renseignements recueillis par la CIA et surtout par les écoutes effectuées par la NSA.
Les renseignements fournis par les Américains ont été décisifs pour contrer l’avancée russe dont l’armée s’est révélée incapable de s’adapter, en raison de concepts militaires d’un autre âge.
Les Américains se rendent désormais compte que l’Ukraine n'’est plus dans une situation de résistance, elle peut gagner non la guerre dans sa totalité mais tenir militairement à distance la Russie, la faire reculer !

La destruction le 15 avril du navire amiral russe Moskva en mer Noire effectuée grâce au guidage par les services américains de deux missiles Neptune, a été une étape, peut être symbolique, mais bien réelle dans l’épreuve de forces russo-américaine !
Mais c’est le 28 avril que Washington a annoncé clairement ses intentions et fixé ses objectifs. Le Président Biden demande au Congrès de voter une aide à l’Ukraine de 33 milliards de dollars dont 20 d’armement.

Auparavant, le 26 avril en Allemagne, sur la base américaine de Ramstein, le vrai patron de l’OTAN, le secrétaire américain à la défense Lloyd Austin, préside une conférence à laquelle participent les représentants de 40 États dont la France qui y dépêcha notre ambassadrice à Berlin.
La tenue de cette conférence sur une base américaine – la symbolique est très forte - ne laisse aucun doute sur la volonté de Washington de prendre fermement la direction de la coalition pour contrecarrer la Russie coupable d’une guerre d'’agression. Lloyd Austin ne mâche pas ses mots : « Nous voulons voir la Russie à tel point qu’elle ne puisse plus faire ce qu’elle a fait en envahissant l’Ukraine. »
En conséquence la livraison d’armes lourdes s'’accélère avec des missiles antiaériens, des obusiers Howitzer. A l’évidence les Américains après leur échec en Afghanistan, après Saigon, cherchent à rebâtir leur crédibilité politique et militaire dont ils ont un impérieux besoin en mer de Chine méridionale pour garantir l'’indépendance de Taïwan.
La Russie est certes l'’agresseur, mais aujourd’hui, en raison de l’'engagement auprès de l’Ukraine des Américains, Moscou a clairement le sentiment d'’être opposé aux États-Unis.

D'’où un changement radical de la guerre et surtout des incertitudes fortes sur les conséquences géostratégiques des deux premières puissances nucléaires mondiales.
On se rappelle heureusement, comme le disait le général Gallois, que « L'’atome rend sage ! » Oui, mais un dérapage ne peut être exclu...
Quelle doit être la politique de la France ? La France soutient l’Ukraine dans sa résistance contre la Russie de Poutine, mais a-t-elle intérêt à se mettre au garde à vous et à claquer les talons aux ordres des Américains dont l’'objectif est double : affaiblir durablement la Russie d’une part et assurer la mainmise politique et militaire sur l’'ensemble des pays européens d’'autre part ?

Dans ces conditions la France doit conduire une politique indépendante, avec un seul objectif : obtenir un cessez le feu en recherchant un règlement politique pour reconstruire l’Ukraine et asseoir les fondements de la sécurité en Europe. l'’Europe, dont la Russie et l'Ukraine font partie. Dans ces conditions, l’'envoi aux Ukrainiens des canons français César de 155, d'’une très grande précision, ne fait que qu’'accroître la continuation de la guerre, une guerre que les Occidentaux semblent vouloir conduire jusqu'’au dernier soldat ukrainien...

La France ne retrouvera sa crédibilité et sa capacité d’'agir qu'’en affirmant une politique étrangère totalement indépendante !

Il existe bien, dès lors, un réel risque de dérapage, d’engrenage qui ouvre la boite de Pandore de l’'aventure. Ce sera alors un échec patent pour tous !

Clemenceau jugeait à juste titre qu'’il est « plus facile de faire la guerre que la Paix ». Et il ajoutait : « Un arrangement médiocre ou une Paix boiteuse valent mieux que la guerre. »
N'oublions pas la sagesse d'’Aristote : « L'’objet de toute guerre, c’'est la Paix. »

Commentaire du Gal. D. Delawarde

Le 02/05/2022.

 

Bonjour monsieur M.,


Si une bonne partie de votre analyse sur les risques de dérapage du conflit ukrainien me semble juste, je reviens sur la phrase: "Les renseignements fournis par les Américains ont été décisifs pour contrer l’'avancée russe dont l'’armée s’'est révélée incapable de s’'adapter, en raison de concepts militaires d'’un autre âge."

Ancien chef "Situation-Renseignement-Guerre électronique" de l’État-major Interarmées de planification opérationnelle,je ne partage pas du tout cette partie d'analyse qui repose sur une "appréciation de situation" inexacte qui est, en fait, la conclusion d'une prise de position atlantiste biaisée, visant à faire croire aux ukrainiens que la Russie est faible, pour pousser l'Ukraine à résister jusqu'au bout et lui laisser envisager, avec l'aide occidentale, une victoire. Voici mon argumentation..

Jusqu'à preuve du contraire, la Russie n'a pas déclaré de mobilisation partielle et encore moins générale de ses forces pour mener cette "opération spéciale". 
Dans le cadre de l’Opération Z, elle n'a utilisé, jusqu’à présent, que 12% de ses soldats (des professionnels ou des volontaires), 10% de ses avions de chasse, 7% de ses chars, 5% de ses missiles et 4% de son artillerie. Chacun observera que le comportement des élites dirigeantes occidentales est, jusqu'à ce jour, beaucoup plus fébrile et hystérique, que le comportement de la gouvernance russe, plus calme, plus placide, plus déterminée, plus sûre et maîtresse d'elle même, de son action et de son discours. Ce sont des faits.

La Russie n'a donc pas fait jouer ses immenses réserves (réserves qui n'existent quasiment plus en UE). Elle dispose de beaucoup plus d'une semaine de munitions ainsi qu'elle le démontre chaque jour sur le terrain. Nous n'avons pas cette chance à l'Ouest où la pénurie de munitions, l'obsolescence des matériels majeurs, leur maintenance insuffisante,leur faible DTO (Disponibilité Opérationnelle Technique), l'absence de réserve, le manque d'entrainement des personnels, le caractère échantillonnaire des matériels modernes et bien d'autres éléments ne nous permettent pas d'envisager sérieusement, aujourd'hui, une victoire militaire de l'OTAN face à la Russie. C'est bien la raison pour laquelle nous nous contentons d'une guerre "économique" en espérant affaiblir l'ours russe.

Venons en à la qualité du leadership militaire de la partie russe et comparons la à celle de la "coalition occidentale".

Le 24 février, les Russes se sont lancés, dans l'urgence, dans une "opération spéciale" préemptive, précédant de quelques jours un assaut des forces de Kiev contre le Donbass.

Cette opération était spéciale parce que l'essentiel des opérations au sol allaient se dérouler dans un pays frère et dans des zones dans lesquelles une partie importante de la population n'était pas hostile à la Russie (le Donbass). Il ne s'agissait donc pas d'une opération classique de haute intensité face à un ennemi irréductible, il s'agissait d'une opération dans laquelle la technique du rouleau compresseur russe, écrasant les forces, les infrastructures et les populations adverses par l'artillerie (comme en Allemagne lors de la 2ème guerre mondiale) était impossible à envisager. Cette opération était spéciale parce qu'il s'agissait davantage, dans le Donbass, d'une opération de libération d'une population amie, otage des bataillons de représailles ukro-nazis, et martyrisée depuis 8 ans, opération dans laquelle les populations et l'infrastructure civiles devaient être épargnées autant qu'il était possible.

Cette opération était donc réellement spéciale et particulièrement difficile à conduire avec en permanence à l'esprit les exigences contradictoires d'obtenir la victoire en avançant et en occupant le terrain, tout en ménageant la population et l'infrastructure civile et la vie de ses propres soldats.

En outre, cette opération a été menée, jusqu'à présent, en infériorité numérique (près de un contre deux), alors que le rapport de force au sol requis en offensive est de 3 contre 1, et même de 5 contre 1 en zone urbanisée. Les forces kiéviennes ont d'ailleurs parfaitement compris l'intérêt de se retrancher dans les villes et de se servir des populations civiles russophones et russophiles comme bouclier humain......

J'observe que, sur le terrain, les forces russes continuent d'avancer, jour après jour, lentement mais sûrement face à une armée ukrainienne qui a réalisé sa mobilisation générale, qui est aidée par l'occident, et qui est sensée se battre pour sa terre.....

Mettre en cause la qualité du leadership russe, engagé dans une opération militaire très complexe, menée en infériorité numérique, dans laquelle tout doit être fait pour éviter les dégâts collatéraux excessifs . me paraît être une énorme erreur d'appréciation. On prête aussi trop souvent aux russes, en occident, des intentions ou buts de guerre qu'ils n'ont jamais eu, juste pour pouvoir dire que ces objectifs n'ont pas été atteints.

Il est vrai que l'OTAN ne s'est jamais embarrassée de scrupules pour écraser sous les bombes les populations civiles des pays qu'elle agressait (souvent sous des prétextes mensongers), pour contraindre ces pays à demander grâce. (Serbie, Irak, Afghanistan, Libye, ...etc). Plus d'un million de bombes otaniennes ont été larguées depuis 1990 sur la planète entraînant la mort directe ou indirecte de plusieurs millions d'individus dans l'indifférence la plus totale des opinions publiques occidentales .

Avant d'en arriver à l'examen du leadership occidental, pour comparaison avec le leadership russe, notons que l'OTAN a mis 78 jours de bombardement et 38 000 sorties aériennes pour contraindre la petite Serbie à demander l'armistice. Rappelons que la Serbie est 8 fois plus petite que l'Ukraine et 6 fois moins peuplée, et qu'elle était agressée par l'OTAN, sans mandat de l'ONU, dans un rapport de force de plus de dix contre un......

Quelqu'un en occident s'est-il interrogé alors sur la qualité du leadership de l'OTAN qui a mis 78 jours à vaincre son adversaire serbe avec un tel rapport de force ? Quelqu'un s'est-il interrogé sur la légalité de cette action lancée sous un prétexte mensonger (faux massacre de Racak) et sans mandat de l'ONU ?

Je connais bien, pour l'avoir mesuré moi même aux USA pendant plusieurs années, la qualité du leadership US, qui est aussi celui de l'OTAN et qui, disons le tout net, n'est pas bonne, à quelques exceptions près.

Pour tenter d'évaluer la qualité de leur leadership et les chances de victoire dans un éventuel conflit, les USA utilisent deux méthodes.

1 - Pour la guerre de haute intensité, les évaluations se déroulent dans un grand camp militaire situé dans le Nevada: Fort Irwin
Toutes les brigades mécanisées ou blindées de l'Armée de Terre US effectuent des séjours d'entraînement et de contrôle dans ce camp, à intervalles réguliers. J'ai eu le privilège d'assister à nombre d'entre eux. Après trois semaines d'entraînement intensif dans ce camp, avec tous les matériels majeurs, il y a un exercice en vraie grandeur pour conclure la période, avant que la brigade ne rejoigne sa ville de garnison. La brigade est opposée à un petit régiment équipé de matériels russes et appliquant la doctrine militaire russe. On l'appelle l' OPFOR (Opposing Force).

Statistiquement, selon l'aveu même du général commandant le camp et directeur de ces exercices militaires de haute intensité, la brigade US perd la partie 4 fois sur 5 contre l'OPFOR russe ...... Rares sont donc les commandants de brigades américains qui peuvent se vanter de l'avoir emporté sur "l'OPFOR russe" à Fort Irwin.

Interrogé sur cette étrangeté, le commandant du camp nous déclarait toujours: "ce n'est pas grave, le commandant de brigade apprend de ses erreurs et ne les renouvellera pas en situation réelle"..... On peut toujours rêver ....

De mon point de vue d'observateur extérieur, les échecs des commandants de brigade US étaient tout simplement liés à leur formation qui consiste à suivre des schémas et des règlements à la lettre sans jamais en déroger, même si la situation se prête à la prise d'initiatives et/ou à des actions d'opportunité, en marge des règlements.
 Le "principe de précaution ou Zero defect philosophy" paralyse les leaders, retarde les prises de décision, coupe l'élan, et conduit très souvent à la catastrophe dans le combat de haute intensité.

A Fort Irwin, cette catastrophe est observée dans 80% des cas au détriment des brigades US. C'est un fait.

2 - Pour entrainer les États-majors, et tenter d'évaluer les chances de succès dans un éventuel conflit, des exercices d’État-major de haut niveau ( War games) sont organisés chaque année. Ces wargames se veulent aussi, en fait, des répétitions d'actions militaires qui sont envisagées. Il y a, en bout de chaîne, des unités des trois Armées pour matérialiser les décisions prises par les États-majors US.

Il faut savoir que tous les wargames envisagés contre la Chine ont été perdus par le camp US, ce qui explique peut être la prudence des USA dans leurs relations avec la Chine.

J'ai moi même participé au printemps 1998 à l'un de ces wargames qui n'était autre que la répétition, avant l'heure, de la guerre d'Irak de 2003.

Il faut aussi souligner que des wargames contre l'Iran ont été perdus par la partie US et notamment, en 2002, le wargame Millenium Challenge. Cette année là, le général du Marine Corps Van Riper qui commandait l'OPFOR iranien a coulé l'ensemble d'un groupe porte avions US (19 navires) et 20 000 hommes en quelques heures, avant que le leadership US ne s'aperçoive de ce qui lui arrivait .... .
https://www.youtube.com/watch?v=g9b1DG86a4k et https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=van+riper


Je n'évoquerai pas ici les wargames contre les forces russes parce que je n'en connais pas les résultats.

Si l'on rajoute à tout ce qui précède toutes les guerres perdues par les USA depuis la guerre du Vietnam jusqu'au piteux retrait d'Afghanistan d'octobre 2021, on ne peut être que très dubitatif sur la qualité du leadership US, donc Otanien.


En conclusion, je dirai qu'il faut être prudent avant d'évoquer les insuffisances du leadership russe. Peut être conviendrait-il d'ôter la poutre qui obstrue les yeux du leadership occidental avant d'évoquer la paille que l'on peut trouver dans l’œil du leadership russe. Si le leadership russe a, aux yeux de certains, sous estimé la capacité de résistance de l'Armée ukrainienne, le leadership occidental a sous estimé la capacité de résistance russe aux sanctions économiques occidentales et sa capacité à imaginer des contre sanctions très efficaces qui vont mettre à mal les économies de l'UE et les affaiblir toujours plus vis à vis des USA et dans leur compétition avec la Chine.

Le leadership occidental a également sous estimé les soutiens sur lesquels pouvait compter la Russie dans la guerre économique qui lui est faite (soutien de l'OCS, des BRICS, de très nombreux pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine et même des pays du golfe, producteurs de gaz et de pétrole. ...https://thecradle.co/Article/columns/8096 ) . Tous ces pays qui refusent de sanctionner la Russie sont souvent des pays exaspérés par l'hégémonisme du monde unipolaire occidental et par les sanctions qui leur sont unilatéralement appliquées au moindre écart de conduite par rapport aux règles fixées par les USA pour servir leurs intérêts.

Sur le plan militaire et dans la perspective d'une guerre nucléaire, les occidentaux gagneraient enfin à ne pas sous estimer les performances des vecteurs et des technologies russes. https://www.youtube.com/watch?v=mVFlXQjxwcE


Il faut être prudent avant de prendre pour argent comptant et de relayer les déclarations péremptoires et les analyses des services de renseignement occidentaux et garder à l'esprit la superbe déclaration de Mike Pompéo, ex Secrétaire d’État américain:
J’ai été directeur de la CIA et nous avons menti, triché, volé. C’était comme si nous avions eu des stages entiers de formation pour apprendre à le faire »… https://www.france-irak-actualite.com/2020/04/mike-pompeo-et-l-arme-du-mensonge.html

Pour ma part, je préfère partager/relayer le bel article du général Jacques Guillemain sur la crise ukrainienne qui me paraît rappeler quelques vérités toujours bonnes à entendre : https://www.profession-gendarme.com/point-de-vue-du-general-francais-jacques-guillemain-situation-russie-ukraine

Cdt

DD

PS: Vous pouvez, si vous le souhaitez relayer mon témoignage à qui bon vous semble..

Après deux mois de guerre

Guerre en Ukraine

 

Point de situation après deux mois de combats

 

Suite aux deux premiers articles que j’ai signés sur le sujet il semble maintenant utile de tenter d’examiner sans passion la guerre d’Ukraine deux mois après son début le 24 février 2022 et alors qu’elle s’engage dans une nouvelle phase.

L’analyse du 26 février se terminait sur ces mots : « Poutine, homme d’Etat sans équivalent sur le continent depuis de Gaulle ou Thatcher, sera-t-il un nouveau tyran qu’il faudra un jour abattre au prix d’immenses souffrances, tel un Hitler, ou bien reprendra- t-il ses esprits ?

 

Ou bien encore, ayant gagné sur tous les plans, la sagesse le saisira-t-elle et se contentera-t-il d’assister aux renoncements d’une Europe qu’il voit désarmée, repentante, qui se meurt de dénatalité et de consumérisme sans espoir et de plus envahie de peuples allogènes dont une partie la haïssent ?

L’avenir le dira. Il a rarement été aussi incertain et peut se révéler très dangereux voire mortel si quelque affreux dérapage comme l’histoire en a connus se terminait en échange nucléaire. »

 

Deux mois plus tard et toujours avec indépendance d’esprit, voyons ce qu’il en est.

 

Le président russe n’a pas en effet « repris ses esprits » et rien n’indique qu’il fera rentrer ses troupes en Russie avant d’avoir obtenu un succès militaire majeur, ou présenté comme tel, d’où il trouverait un avantage politique.

 

1/ La situation militaire

 

Engagée le 24 février, l’opération présentée et voulue comme une « guerre éclair » n’a pas atteint ses buts tels que définis dans le discours de M. Poutine le 23.

Ils étaient les suivants :

-Détruire ou neutraliser l’appareil militaire de l’Ukraine en vue de la « finlandiser » ultérieurement pour l’empêcher d’accéder à l’OTAN.

-Soutenir les républiques séparatistes du Donbass, dont la Russie a reconnu l’indépendance et qui l’ont « appelé à l’aide », légitimant ainsi en droit international cette intervention.

-Enfin et surtout, défaire le pouvoir politique de M. Zelenski, président de l’Ukraine, dont les Russes considèrent qu’il est issu des suites du « coup de force de Maïdan » de 2013, organisé avec l’appui des services occidentaux, particulièrement américains 1

M. Poutine promet également une « dénazification » de l’appareil politique ukrainien, s’appuyant sur la présence parmi les partisans de M. Zelenski de membres d’organisations arborant des insignes clairement nazis.

A l’heure où sont écrites ces lignes, aucun des buts assignés à cette « opération spéciale » ne sont atteints, particulièrement dans le domaine militaire. Nous analyserons donc ces premiers mois d’opérations au prisme des trois « principes de la guerre » de Foch : La concentration

des efforts, la liberté d’action et l’économie des forces.

 

Concentration des efforts et rapport de forces

 

L’armée russe a franchi la frontière ukrainienne avec des effectifs évalués à 150 000 hommes en premier échelon et 50 000 hommes supplémentaires de « réserve de théâtre » disponible, utilisant environ 1500 chars et autant de pièces d’artillerie. Bien qu’inconnu, le nombre d’avions russes engagés était très supérieur à celui dont disposait l’Ukraine.

 

Face à eux, les forces militaires ukrainiennes se montaient à environ 209 000 hommes d’active, associées à 250 000 réservistes opérationnels. Le matériel de l’armée active, en partie identique à celui des Russes, est assez moderne. Ces forces ont été instruites depuis huit ans par d’excellents cadres américains et britanniques. L’armée de terre disposait de 2000 chars, en général moins modernes que ceux des Russes. Les forces de réserve disposaient de peu de matériel lourd.

 

Sur le front dans le Donbass par rotations depuis huit ans, date de la sécession des provinces de Louhansk et Donetsk, cette armée ukrainienne a eu le temps d’aguerrir ses cadres. On doit cependant noter que ni d’un côté ni de l’autre, aucune grande offensive interarmes et a fortiori interarmées n’a eu lieu dans ce secteur. Les combats se sont limités à des accrochages entre petites unités et à des échanges de tirs d’artillerie sous forme de harcèlement ou d’appui localisé. Les populations habitant près de la ligne de front ont beaucoup souffert.

 

De son côté l’armée russe a pu acquérir une bonne expérience du feu en Syrie depuis 2015. Au cours de cette campagne victorieuse qui engageait peu d’effectifs (de l’ordre de dix mille hommes) sur un théâtre particulier « du fort au faible », face à des adversaires pugnaces mais faiblement armés, sans chars ni avions. L’armée de l’air russe disposait en Syrie de la suprématie aérienne, ses mouvements étant coordonnés avec ceux des aviations occidentales opérant sur le théâtre et, naturellement, de l’aviation syrienne dont elle assure elle-même le contrôle.

 

La Russie, attaquant l’Ukraine le 24 février « du fort au fort », sur le territoire d’un pays européen doté d’une armée moderne défendant une étendue plus grande que la France, le rapport de forces général entre les deux adversaires, proche d’un contre un, était insuffisant. En effet il faut compter trois assaillants pour un défenseur si l’on veut espérer le succès, surtout si l’on affronte une armée équipée de matériels modernes ou moyennement anciens convenablement servis.

Il est cependant toujours possible de rétablir localement un rapport de forces suffisant en concentrant ses efforts sur un ou deux points particuliers qui décideront de l’issue de la campagne. Ce ne fut pas le cas et nous verrons que la conduite de la guerre par les Russes, qui

attaquèrent simultanément sur quatre directions stratégiques différentes, commirent là le péché originel de cette campagne qui, de plus, se fondait sur des renseignements erronés.

 

Liberté d’action

 

Pour qu’une action offensive ou défensive réussisse il lui faut également disposer de ce que l’on appelle la liberté d’action afin de ne pas être entravée ou bloquée. Les adversaires doivent donc pouvoir disposer librement de l’espace de manœuvre. Or ce n’est pas le cas des Russes, sauf en matière aérienne. En effet ils neutralisèrent d’emblée presque complètement l’armée de l’air et les bases aériennes ukrainiennes mais les forces terrestres restèrent intactes après la première salve de missiles et de bombardements.

Sur terre, l’attaquant ne disposait pas des effectifs nécessaires pour établir un rapport de force suffisant pour obtenir la décision sur aucun des axes majeurs de son offensive. Il se heurta rapidement à de vigoureuses contre-attaques locales menées par de petites unités très

manœuvrantes et surtout bien équipées en armes antichars de provenance nationale puis occidentale.

Le soutien immédiat des nations de l’OTAN en matière d’armement et de munitions modernes très efficaces a été déterminant au bout de quelques jours. Les armées russes, qui disposaient pourtant de la supériorité aérienne, n’ont pas réussi à obtenir la suprématie2 sur leurs fronts d’engagement ni à interdire les vols ukrainiens dans le reste du pays. Ils se sont aussi montrés incapables « d’étanchéifier » les frontières terrestres de l’Ukraine face à la Pologne et la Roumanie d’où affluèrent très vite quantité d’armements. Joints à ceux dont disposait l’Ukraine et bien employés par des hommes courageux, les forces d’invasion éprouvèrent très vite de terribles difficultés.

De plus, probablement contraintes d’attaquer plus tôt que prévu du fait de l’offensive contre le Donbass que Kiev préparait, l’armée russe a lancé ses divisions sur un terrain en cours de dégel qui entrave les mouvements en dehors des routes stabilisées. La raspoutidza, cette boue gluante et profonde, a considérablement gêné le déploiement de leurs troupes. On vit des colonnes de véhicules, voire même de chenillés, forcées de rester sur les axes sans pouvoir se déployer. Elles

allaient devenir les cibles faciles des missiles antichars, des roquettes et des « drones suicides » des Ukrainiens.

 

La liberté d’action pour une troupe en marche dépend grandement de ses approvisionnements de toutes sortes, ce que l’on appelle la logistique. Rappelons qu’une division mécanisée compte environ cinq mille véhicules ! Or la logistique russe s’est montrée passablement défaillante et l’on a vu des jours durant d’immenses convois bloqués par manque de carburant ou de pièces détachées. Ajoutons à cette désorganisation les actions de harcèlement conduites sur les arrières par les réservistes ukrainiens qui attaquaient en priorité les convois de carburant, de munitions d’artillerie et de ravitaillement. Répétées à de nombreuses reprises, ces actions ont transformé la guerre-éclair supposée en une poussée aussi lente qu’inefficace vers des objectifs de plus en plus fortifiés, donc chaque jour plus difficiles à atteindre. De fait, la liberté d’action de l’attaquant diminuait au fur et à mesure du ralentissement de son avance et de l’augmentation de la liberté d’action d’Ukrainiens galvanisés par leurs succès locaux.

En outre, on constata rapidement un très mauvais emploi des troupes russes engagées, tant sur le plan tactique que sur celui de la qualité de leur commandement ou du moral des hommes.

 

Economie des forces

 

Celle-ci consiste à utiliser les unités dont on dispose au mieux de leurs capacités et de manière idoine dans leur environnement, tout en se prémunissant au mieux des pertes 3

. Au cours de cette première phase de la guerre, l’armée russe n’a rempli aucune des conditions de cette économie des forces.

 

Malgré de grands efforts budgétaires poursuivis depuis deux décennies, mais probablement «désinstruites » par trente ans de paix ou de guerres asymétriques (Tchétchénie, Syrie, engagements en Afrique) les armées russes, comme leurs homologues de l’OTAN, semblent avoir oublié comment manœuvrer les grandes unités (brigades, divisions, corps d’armées) en combinant les effets des armes et des composantes. Or c’est un savoir-faire difficile à acquérir et conserver. Il faudra d’ailleurs tirer de la guerre actuelle les leçons du coté occidental car les armées de l’OTAN, du moins pour celles qui ont encore quelque valeur opérationnelle (Etats-Unis, Grande-Bretagne et France). Elles aussi ont terriblement « désappris » cet art de la « guerre de haute intensité » en opérant sur des théâtres extérieurs et en ne pratiquant plus les grands

exercices combinés des années 1980-90 (4)

 

. Elles ne disposent d’ailleurs plus des matériels ni des unités nécessaires, sauf aux Etats-Unis 5

. Le cri de désespoir du chef d’état-major de l’armée de terre allemande au matin de l’offensive russe en témoigne, qui d’ailleurs n’a pas été sanctionné pour son « coup de gueule 6 » tant il était révélateur de la réalité. En effet les « dividendes de la paix », cette criminelle lubie de dirigeants politiques irresponsables et démagogues, n’a laissé que des ruines de puissance militaire derrière elle. De ce désastre résulte une véritable impuissance politique, particulièrement en Europe.

 

II/ La conduite des opérations

Appliquant un schéma complètement inadapté à la situation, les Russes effectuèrent le 24 février un raid aéroporté sur un aérodrome de Kiev en vue de capturer ou décapiter la direction politique du pays.

Neutralisée dès son poser, l’unité chargée de cette mission fut écrasée en deux jours.

Simultanément l’offensive était lancée sur quatre axes d’effort principaux, on l’a dit. En quelques jours la vitesse de progression des unités mécanisées se révéla faible puis quasi nulle. En effet les Russes s’attendaient à être accueillis en libérateurs mais d’emblée la résistance des unités ukrainiennes se montra féroce, ce qui porta un rude coup au moral des soldats assaillants. Il se produisit dans la troupe le même phénomène que lors de l’opération de « libération » de la

Tchécoslovaquie en 1968. A l’époque en revanche le rapport de force entre les adversaires n’avait rien à voir et toute résistance militaire tchèque fut balayée en deux semaines. Rien de comparable en Ukraine, sinon les lacunes frappant certaines unités russes (désordre, ivrognerie manque de subsidiarité) qui semblent aujourd’hui les mêmes que celles de l’armée soviétique d’alors.

 

Il est donc très probable qu’en 2022 le renseignement russe ait commis une colossale erreur d’appréciation quant à l’état d’esprit des populations ukrainiennes, du moral de son armée et de la détermination de ce pays. L’appel solennel lancé aux forces ukrainiennes par M. Poutine le premier jour, leur demandant de se joindre aux forces russes pour renverser le régime en place à Kiev, est tombé dans le vide et a au contraire galvanisé la résistance ukrainienne. Les milliers d’hommes allant mettre à l’abri leurs famille à la frontière polonaise puis retournant au front en sont la preuve irréfragable. La quasi-totalité des réfugiés ukrainiens sont des femmes et des enfants et les seuls hommes y sont des vieillards ou des inaptes au combat. Rien à voir donc avec les pseudo-réfugiés de l’été 2015 forçant les portes de l’Europe, qui étaient presque tous de sexe masculin, jeunes et en bonne santé.

En ce qui concerne l’appréciation de l’état d’esprit des Ukrainiens à l’endroit de l’armée d’invasion, s’agissait-il d’une erreur des services de renseignements russes ou bien d’un aveuglement provenant d’une fermeture du système sur lui-même ? Peut-être les services étaient-ils

incapables de contrer les désirs supposés de leurs dirigeants ? L’histoire le dira, qui semble se répéter de Hitler en 1944 à Busch junior en 2003 pour l’Irak.

 

Au vu du rapport de forces général entre l’Ukraine et la Russie, on aurait pu penser que les généraux russes auraient concentré leur attaque sur un ou deux axes stratégiques majeurs, comme par exemple l’encerclement des forces ukrainiennes du Donbass. Le plan adopté par

les Russes, probablement couronné de succès si l’armée d’invasion avait disposé d’un million d’hommes, était voué à l’échec avec les effectifs dont elle disposait réellement.

Les pertes militaires subies après deux mois de guerre sont très difficiles à estimer mais les chiffres de 14 000 tués russes et 12 000 ukrainiens circulent. Ils sont énormes, sachant que les blessés sont normalement trois fois plus nombreux que les tués. Prenons ces estimations avec

grande prudence tout en soulignant incidemment que l’Europe occidentale n’est plus accoutumée aux pertes inévitablement causées par les combats dits de haute intensité 7.

 

Le commandement russe

 

Il semble que le commandement russe se soit montré très insuffisant et surtout qu’il ait surestimé la capacité de manœuvre 8 de ses unités.

L’armée russe d’aujourd’hui semble beaucoup ressembler à l’armée soviétique, « rouleau compresseur » ou « artillerie qui marche » comme le dit le colonel Goya, mais incapable d’improvisation et d’adaptabilité rapide aux petits échelons comme aux grands.

 

Face à elle il est apparu, surtout sur le théâtre de Kiev (on sait peu de choses sur le front du Donbass), que les Ukrainiens étaient capables d’autonomie et d’une large initiative, celle qui convient dans les opérations de harcèlement ou de défense active sur un terrain connu.

En outre, il semblerait qu’une dizaine de généraux russes aient été tués car ils s’étaient portés sur l’avant pour stimuler leurs subordonnés. Une nouvelle fois l’armée russe semble payer très cher sa quasi absence de corps de sous-officiers de valeur, ceux qui exécutent (et font exécuter)

au plus bas échelon les ordres d’action. Ne dit-on pas, avec raison, que les sous-officiers sont la colonne vertébrale d’une armée ? Cette déficience, structurelle et historique chez les Russes, oblige les officiers supérieurs et parfois généraux à s’engager très en avant pour relancer

l’action, d’où les pertes enregistrées 9.

 

La logistique

 

Il semble également que les unités russes aient souffert de graves lacunes logistiques, on l’a vu. Certaines unités pillaient de la nourriture dans les villages occupés car ils semblaient même manquer de ravitaillement. De plus de nombreux véhicules en panne sèche ont été capturés par les Ukrainiens. On sait en outre que l’OTAN, bien que « non belligérant » abreuve le commandement ukrainien de renseignement d’origine électronique ou satellitaire. Il permet de

frapper avec certitude les concentrations ennemies et ses convois de ravitaillement. En revanche il semble que le service de santé russe soit très efficace et compétent. La « médecine de l’avant » fonctionne bien et les blessés sont ensuite rapidement évacués vers les hôpitaux d’infrastructure en Russie ou en Biélorussie.

 

L’avenir prévisible

 

Après avoir abandonné le projet de saisir Kiev, trop gros morceau pour l’armée engagée dans cette « opération spéciale », le commandement russe a réarticulé son dispositif depuis début avril. Il concentre ses efforts sur le Donbass et travaille à réaliser la continuité territoriale avec

la Crimée, les « républiques démocratiques de Louhansk et Donetsk » et toute la bande côtière. Il ambitionne de conquérir la totalité du rivage de la mer d’Azov et de faire sauter le verrou de Marioupol, qui est déjà presque complètement conquise 10. Il a abandonné l’idée de prendre le

port stratégique d’Odessa, pourtant ville emblématique peuplée à moitié de russophones. Au vrai les Russes n’ont conquis aucune grande métropole ukrainienne, pas même Kharkiv, pourtant proche de leur frontière.

 

Le général Alexandre Dvornikov, ancien commandant du contingent russe en Syrie et vainqueur d’Alep a été nommé à la tête de l’opération en Ukraine et en a unifié le commandement, ce qui n’était pas le cas. Il est connu pour sa maîtrise du grignotage et du tronçonnement des unités

adverses, anéanties avec méthode en usant au maximum de feux d’artillerie afin de ménager le sang de ses hommes. Il continuera certainement à ne pas engager l’infanterie dans de coûteux combats urbains, très consommateurs d’effectifs. La conséquence en est le quasi anéantissement des agglomérations assaillies, comme à Marioupol précisément. Au demeurant rien de nouveau en la matière car depuis plus d’un siècle la technique de conquête d’une ville qui se défend implique son écrasement sous les bombes 11.

 

Cela dit, il ne faudrait pas conclure définitivement que l’armée russe est devenue quantité négligeable. Son grand pays est plein de surprises et personne n’aurait parié sur ses capacités guerrières après les purges staliniennes de 1937 qui décapitèrent l’armée, les terribles revers subis en 1939-40 lors de la « Guerre d’hiver » contre la Finlande ou, pire, ceux des premiers mois de la campagne allemande de l’été 1941 où les prisonniers se comptaient par centaines de milliers 12. Or c’est cette même armée rouge, remaniée et ré-équipée, qui cassa la machine de

guerre allemande sur le front de l’est de 1942 à 1945. Cette victoire fut acquise au prix de pertes hallucinantes mais qui témoignent d’un courage semblable à celui de nos anciens à Verdun. «Comparaison n’est pas raison » dit le proverbe mais il faut donc se méfier des ressources russes, particulièrement en matière de détermination et de capacité de souffrance du peuple. Il est probable que le général Dvornikov a reçu la mission de circonscrire son action à la partie sud-

est du pays pour que les diplomates traitent en position favorable afin d’obtenir des avantages dans cette région si un accord finit par être signé avec Kiev.

 

Les réactions internationales à l’agression russe Dans ce domaine également M. Poutine a commis une lourde erreur. Il pensait qu’en poursuivant les errements de la « jurisprudence

Kosovo », remarquablement utilisée en sa faveur depuis 2008, une opération de cette ampleur n’entrainerait que de faibles réactions à l’étranger. Or, en Occident, on assista à un déferlement de haine antirusse comme jamais vu, allant jusqu’à s’en prendre aux artistes et aux auteurs de théâtre ou de livres russes ainsi qu’aux produits alimentaires de ce pays. Le tragique le disputait au ridicule toute raison ayant été perdue.

La condamnation de l’agression a été unanime en Occident, mais en Occident seulement, ce que de nombreux observateurs omettent de remarquer. En réalité les pays des deux tiers du monde s’accommodent de ces événements pour des raisons diverses, ou bien ne veulent pas prendre position. C’est le cas des traditionnels « non alignés » comme l’Inde et la Chine, ainsi que de nombreux pays africains, y compris certains amis de la France comme le Sénégal.

Pourtant, la puissance économique et politique des alliés occidentaux fait que le très dur train de sanctions aussi bien politiques qu’économiques appliquées à la Russie ne pourra qu’avoir des

conséquences catastrophiques pour ce pays, mais aussi pour l’Europe, l’Afrique et le reste du monde dans certains secteurs économiques.

L’Algérie, la Tunisie, l’Egypte, l’Ethiopie sont, entre autres, très dépendants des importations de céréales et autres biens fournis par la Russie ou l’Ukraine, où les semailles n’ont pas pu se tenir normalement.

En Europe, de nombreuses industries sont dès maintenant amenées à réduire, voire arrêter leur activité car il n’est pas anodin de se priver des services du premier producteur mondial de certaines matière premières stratégiques, surtout à un moment où la Chine a remis sous cocon des dizaines de millions de personnes travaillant dans « l’usine du monde ».

Il est à craindre que nous ne soyons qu’aux prémices de restrictions douloureuses pour nos nations et nos économies. L’immédiate flambée des prix des carburants (d’ailleurs au départ purement spéculative) en témoigne, qui met en danger beaucoup d’entreprises en tout genre.

Enfin l’Ukraine, où le président Zelenski fait légitimement feu de tout bois pour engager les alliés à se battre militairement pour son pays, reçoit depuis les premiers jours de l’offensive une aide considérable en matériels, équipements et munitions qui est sans équivalent depuis la  fin de la guerre froide. A cet égard les Américains s’approchent dangereusement de la cobelligérance surtout quand on sait qu’ils ont donné les renseignements qui ont permis le tir au but du missile

antinavire ukrainien qui a coulé le croiseur Moskva, navire amiral de la Mer Noire. Ce « flirt appuyé » avec les limites de la guerre exaspère la Russie, qui le fait savoir clairement par son ministre des affaires étrangères, Sergueï Lavrov. On devrait un peu plus en écouter les avertissements quand il agite le spectre de la guerre mondiale.

Emporté par ses passions moralisatrices et quels que soient les torts des Russes, le président Biden, se croyant à l’abri derrière son fossé antichar océanique et ses sous-marins lanceurs d’engins, souffle sur les braises avec une certaine irresponsabilité. Il lance anathèmes et même injures contre M. Poutine en oubliant qu’il a assumé personnellement un rôle politique majeur dans toutes les interventions occidentales les plus critiquables depuis trente ans. L’accusation de génocide dont il accable les Russes a quelque chose de tragique, venant de la part du représentant d’un peuple qui a systématiquement annihilé les indigènes lors de la conquête des territoires sur lesquels il s'est installé au XIXe siècle 13.

 

En effet, dès les débuts de l’invasion de l’Ukraine, non seulement les condamnations commencèrent de pleuvoir sur la Russie, également accompagnées de sanctions de plus en plus sévères, mais encore le discours des Occidentaux continua-t-il de se radicaliser de manière

outrancière. Certains aspects de ce qui est reproché à la Russie méritent que l’on s’y arrête.

 

III/ Quelques sujets problématiques

 

Il fallut moins de quarante-huit heures pour que les grands réseaux sociaux annoncent mettre en place des algorithmes neutralisant les « discours de haine » ainsi que les propos « prorusses », tout en assurant leurs utilisateurs que les contenus antirusses ne seraient pas filtrés.

Autrement dit la haine, présentée comme universellement condamnable le lundi, était tolérable le mardi si elle s’adressait à notre ennemi désigné. Etrange conception à vrai-dire, d’autant que la « liberté de la presse » pourtant constitutive des régimes démocratiques et si souven