Afghanistan : "Une possibilité réelle de voir les Taliban au pouvoir dans les prochains mois"

...par "France 24" - Le 30/06/2021.

Après une percée fulgurante dans le nord-est de l'Afghanistan, les Taliban continuent de conquérir de nouveaux territoires dans le pays, alors que le retrait des troupes américaines est presque achevé. Ils espèrent provoquer un effondrement du gouvernement afghan.

 

Ils sont désormais présents dans presque toutes les provinces afghanes et encerclent plusieurs grandes villes, comme ils l'avaient fait dans les années 1990 pour s'emparer de la quasi-totalité du pays. Face à la multiplication des victoires militaires des Taliban en Afghanistan, l’hypothèse de voir le groupe insurgé prendre le pouvoir dans les prochains mois n’est plus exclue.

 

Prenant la mesure du danger, le ministère afghan de l'Intérieur a indiqué, mardi 29 juin, avoir créé une "force de réaction rapide" de 4 000 hommes qui sera dirigée par des généraux à la retraite et combattra les Taliban aux côtés des forces régulières.

 

En parallèle, les discussions de paix menées au Qatar n'ont pas débouché pour l'heure sur des avancées significatives. Sur le terrain, les combats font rage depuis le début, en mai, du retrait des troupes américaines. Les Taliban, qui contrôlaient déjà largement le Sud à l'exception des grandes villes, ont effectué une percée dans le Nord-Est jusqu'à la frontière avec le Tadjikistan.

 

Côté américain, la totalité des troupes devront avoir quitté l'Afghanistan d'ici le 11 septembre, date butoir fixée par le président américain Joe Biden. Mais la finalisation de ce retrait ne semble déjà plus être qu'une question de jours, d’après des représentants américains au fait de la question, interrogés mardi par Reuters.

 

L'Allemagne a elle aussi annoncé mardi avoir finalisé le retrait de ses troupes d'Afghanistan. Quant à l'Italie, l'une des puissances occidentales les plus engagées dans le pays, elle a indiqué mercredi avoir rapatrié ses derniers soldats dans le cadre du retrait accéléré des contingents de l'Otan.

 

Pour Gilles Dorronsoro, professeur de science politique à Paris I Sorbonne et auteur du livre "Le gouvernement transnational de l’Afghanistan, une si prévisible défaite" (éd. Karthala), l’effondrement du régime afghan n’est qu’une question de temps.

 

France 24 : Quelle est la stratégie des Taliban en Afghanistan ?

 

Gilles Dorronsoro : Les Taliban sont en train de tester les défenses du régime de Kaboul. Leur but est de prendre le maximum de districts pour encercler les villes. Jusqu’ici, ça a bien fonctionné puisqu’ils contrôlent à peu près 75 % du territoire. Depuis le début de l’année, ils ont pris plus de 70 districts [sur les 370 districts que compte l’Afghanistan].

 

Visiblement, ils vont tenter de prendre les capitales provinciales. Le scénario est assez clair : ils vont isoler ces villes en prenant les axes de communication qui les relient et ces capitales seront hors de contrôle du gouvernement. Si les Taliban s'emparent de ces villes moyennes, cela peut provoquer un effet d'effondrement.

 

Ce qui peut se passer alors, c’est que le gouvernement afghan s’effondre, ou que les Taliban décident de négocier avec les forces politiques gouvernementales pour aller vers une transition pacifique, ce qui leur permettrait de prendre les grandes villes et la capitale en évitant une bataille qui serait très violente à Kaboul, car prendre cette ville est techniquement compliqué.

 

Comment expliquer la progression fulgurante des Taliban ces derniers mois ?

 

Ils s’appuient sur un appareil militaire assez rustique, mais bénéficient de "troupes de choc", spécialisées dans les attaques éclairs, capables de monter à l’avant et de prendre des positions rapidement. Ils ont un avantage majeur, c’est qu’ils sont présents sur l’ensemble du territoire afghan, ce qui leur permet de monter des opérations simultanées, face auxquelles l’armée afghane se retrouve dépassée.

 

Face à eux, le gouvernement afghan est divisé, affaibli, et pas très légitime. Mais ça n’est pas tant sur ça que les Taliban s’appuient. Ils profitent surtout d’une armée afghane en très mauvais état. Celle-ci est très affaiblie, elle prend peu d’initiatives sur le terrain et elle souffre de corruption – comme avec la revente d’armes par des soldats. Et surtout, l’armée afghane se retrouve privée du soutien aérien qui était assuré par les troupes américaines. Il y a eu récemment une frappe de drone, mais c’est très marginal, pour une raison simple, c’est qu’il n’y a plus de bases américaines en Afghanistan. Il ne reste que quelques centaines soldats [essentiellement affectés à la protection de l’ambassade des États-Unis et de l’aéroport de Kaboul].

 

La victoire des Taliban n’est-elle qu’une question de temps ?

 

Tout est allé très vite et les Taliban semblent eux-même surpris de la rapidité de l’effondrement du régime en place. Il y a une possibilité réelle de voir les Taliban au pouvoir en Afghanistan dans les prochains mois.

 

 

Il se peut que le régime résiste, et cela conduirait à une guerre civile, mais le pouvoir afghan d’Ashraf Ghani est politiquement fini et il ne bénéficie plus que d’un soutien international de façade.

 

Le risque de voir les Taliban accéder au pouvoir remet-il en question le désengagement militaire américain ?

 

Le désengagement américain est déjà fait. Il n’y a aucune raison pour que les Américains y renoncent. Renvoyer des troupes en Afghanistan me paraît politiquement suicidaire pour Joe Biden. En annonçant leur retrait, les Américains savaient très bien que le régime afghan allait s’effondrer, c’est un choix politique qu’ils ont fait.

 

Les Taliban d’aujourd’hui sont-ils les mêmes que ceux d’hier ? Doit-on craindre l’instauration d’un régime islamique autoritaire comme ils l’avaient fait entre 1996 et 2001 ?

 

S’ils arrivent au pouvoir, il y aura une régression des droits humains en général, mais il est probable qu’ils n’enfreignent pas certaines lignes rouges afin de ne pas s’attirer les foudres de la communauté internationale comme ce fut le cas dans les années 1990. Pour autant, les Occidentaux n’ont pas beaucoup de moyens de pression sur eux et pour le moment, ils bénéficient d’une reconnaissance internationale forte.

 

Source : France 24

  

Commentaire

Le 01/07/2021.

On arrive donc à la conclusion logique et prévue d'une "aventure pathétique".

Les Afghans vont reprendre les commandes de leur pays.

En l’occurrence les "Talibans",  qu'on le veuille ou non, ont mené un combat pour les valeurs qui sont les leurs. Celles de l'islam et ce serait une erreur de penser qu'ils n'ont pas eu le soutien de la population. Si cela avait été le cas  ils auraient été anéantis.

Ils ont affronté avec des pétoires hors d'âge et des bourricots , sans aviation, sans artillerie, sans logistique sans renseignement sophistiqué les armées les plus puissantes du monde : USA, Union soviétique, France , Angleterre ....et au final ils restent maîtres du terrain. 

 

Pourquoi ?

Parce que c'est leur terre et leurs caillasses qu'ils défendaient, parce qu'ils se sont battus pour une idéologie  qui les dépassait sans souci d'économiser leurs vies et leurs familles. Comme les volontaires de l'An II ! 

 

Le lieutenant Robert G. Escarpit, héros de la résistance en Médoc parlait de "Va nus pieds superbes".....

 

On n'avait aucune chance de "gagner".

Pourquoi ?

Parce que Les mouvements motivés par des tendances spirituelles, fussent ils exacts ou faux, ne peuvent plus, à partir d’un certain moment, être brisés par la force matérielle si elle n’est pas sous tendue par une conception religieuse,  philosophique ou morale.

Sinon cette action contre une idée apparaît comme injuste et brutale et suscite  l’augmentation de  ses partisans.

 

JPM

Afghanistan, Pakistan : L’échec américain.

...par le Gal. J-B Pinatel - Le 28/06/2021.

Le 4 juillet 2021, jour de « l’independance day », les Etats-Unis achèveront leur retrait d’Afghanistan mettant un terme à 20 ans de guerre, la plus longue de leur histoire au cours de laquelle au 13 avril 2021  ils avaient perdu 2 349 soldats et avaient déploré 20 149 blessés. 

Pour effectuer un retrait de leurs troupes d’une façon honorable, le 12 septembre 2020, les Américains ont lancé la nième négociation intra afghane avec les Talibans. Mais pas un seul observateur de bonne foi peut croire que les Talibans voudront les poursuivre après le 4 juillet. Pourquoi ? Parce qu’en Afghanistan les Etats-Unis ont fait face à une guerre révolutionnaire dans laquelle les objectifs religieux des talibans « instaurer un ordre islamique et vertueux pour remplacer l’ordre païen et corrompu » se sont entremêlés avec les objectifs mafieux des trafiquants de pavot. En effet, devant la nécessité de financer leur guerre et de s’attacher la complicité des campagnes, les Talibans ont décidé de faire des producteurs et des trafiquants de pavot, leurs compagnons de route alors qu’avant l’invasion américaine ils les exécutaient. Cette interdépendance nous la retrouvons dans nos banlieues. Elle est la cause des échecs de la politique de réconciliation que le Président Kasaï a tenté plusieurs fois de négocier. Pour les Talibans il n’est pas question de composer avec un pouvoir corrompu, pour les trafiquants, la paix est synonyme de développement économique et donc de fin de leur business alors qu’en temps de guerre, la culture du pavot et leur trafic sont une condition de survie pour la population rurale. 

Même la représentante spéciale de l’ONU Mme Lyons n’y croit pas. Tout en saluant diplomatiquement les avancées dans les pourparlers de paix entre l’Afghanistan et les Talibans, puisque les deux parties ont annoncé le 2 décembre 2020 « qu’elles avaient formé un comité de travail chargé de discuter de l’ordre du jour », elle s’est inquiétée d’une violence incessante qui reste « un obstacle sérieux à la paix ».  

En effet, entre le 13 juillet et le 12 novembre 2020, 9600 atteintes à la sécurité attribuées aux Talibans à Al Qaida ou à Daech ont été recensées dans tout le pays. En octobre et novembre 2020, les engins explosifs improvisés ont ainsi causé 60% de victimes civiles de plus qu’à la même période en 2019. Et au dernier trimestre 2020, le nombre d’enfants victimes de violences a augmenté de 25% par rapport au trimestre précédent.  Les attaques contre les écoles ont été multipliées par quatre. 

Même à Kaboul, les Américains et les forces gouvernementales n’arrivent pas à assurer la sécurité.  Le 8 mai 2021, deux mois avant le retrait total des forces américaines, une explosion devant une école pour filles à Kaboul fait au moins 85 morts et des centaines de blessés ; 8 jours plus tard le 15 mai 2021, un attentat revendiqué par Daech dans une mosquée soufi, a occasionné plus de 60 morts et plusieurs centaines de blessés.    

Comment expliquer cet échec de la première puissance militaire et économique du monde. 

La première cause de cet échec est l’inadaptation totale de la politique de défense, de la stratégie opérationnelle et de l’armée américaine à la menace. 

La première erreur stratégique des conseillers de Bush junior a été de croire que l’on pouvait gagner cette guerre sans modifier la doctrine d’emploi de leurs forces classiques prévue pour des combats de haute intensité. Conformément à la doctrine militaire américaine, ils ont mené comme en Irak jusqu’en 2009 une guerre à distance sans mobiliser et entraîner des troupes locales et en causant des pertes considérables à la population. 

L’inadaptation de cette stratégie opérationnelle est résumée par le colonel Michel Goya dans ses « impressions de Kaboul », je cite : « une mission moyenne de deux heures de vol, sans tir, d’un chasseur bombardier américain équivaut presque à la solde mensuelle d’un bataillon Afghan ». 

Bien plus, Michel Goya dans « les armées du chaos » donne un exemple édifiant de l’inefficacité de cette guerre à distance, je cite : « des statistiques montrent qu’il faut aux américains une moyenne de 300 000 cartouches pour tuer un rebelle en Irak ou en Afghanistan ». Le chef de bataillon d’Hassonville du 2ème REP écrivait en écho dans le Figaro du 20 avril 2010 : « L’une des clés du succès du contingent français dans sa zone de responsabilité est d’être parvenu à contrôler nos ripostes et de ne tirer que pour tuer des cibles parfaitement identifiées ».  

Ce choix initial a entrainé des pertes considérables dans la population tant en Afghanistan qu’au Pakistan. L’étude « Body count » menée par des médecins légistes anglo-saxons, que l’on peut télécharger sur le web, chiffre entre 2003 et 2011 à au moins de 150 000 civils tués par les frappes américaines en Afghanistan et de l’ordre de 50 000 au Pakistan. 

Cette analyse est confirmée par le Général Stanley Cristal qui, prenant le commandement du théâtre d’opérations en juin 2009, déclare dans son premier discours aux troupes américaines « je crois que la perception causée par les pertes civiles est un des plus dangereux ennemis auquel nous devons faire face ». 

La seconde raison de cet échec est que Washington a cru qu’il pourrait gagner ce conflit local sans adapter sa stratégie diplomatique et militaire mondiale qui considérait la Chine et la Russie comme les deux menaces principales. C’est une erreur récurrente des Américains, ils croient toujours qu’ils peuvent ménager la chèvre et le chou. 

Ainsi depuis le début du XXIème, les Etats-Unis confrontés à la montée en puissance de la Chine, ont initié un partenariat stratégique avec l’Inde. En 2005, les deux pays ont signé un accord-cadre de défense de dix ans, dans le but d’étendre la coopération bilatérale en matière de sécurité. Ils se sont engagés dans de nombreux exercices militaires combinés et l’Inde a acheté d’importantes quantités d’armes américaines ce qui fait des États-Unis l’un des trois principaux fournisseurs d’armement de l’Inde après la Russie et Israël. 

Ce partenariat stratégique avec leur ennemi héréditaire, a inquiété les stratèges pakistanais qui ont revu à la baisse leur engagement aux côtés des Etats-Unis au moment même où les américains avaient besoin d’une collaboration sans faille du Pakistan pour gagner la guerre en Afghanistan.  En effet, les Talibans sont majoritairement des Pachtounes qui représentent 40% de la population afghane et leur ethnie est présente de part et d’autre de la frontière avec le Pakistan. Ainsi les Américains n’ont jamais pu obtenir une coopération efficace pour éviter que le Pakistan ne constitue une base arrière pour les Talibans. En effet les dirigeants pakistanais, obnubilés par leur conflit avec l’Inde, doivent prendre en compte la possibilité que les Talibans puissent revenir un jour au pouvoir à Kaboul. Or l’Afghanistan est pour eux un allié vital car il leur offre la profondeur stratégique qui leur manque face à l’Inde. 

De même, en se rapprochant de l’Inde, les Américains ouvraient la porte à la Chine qui s’est empressée de nouer un partenariat stratégique avec le Pakistan.  Il s’est rapidement concrétisé par une très importante coopération militaire et économique. Le New-York Times du 19 décembre 2018 écrit je cite : « depuis 2013, année de lancement des routes de la Soie le Pakistan est le site phare de ce programme le corridor industriel actuellement en travaux à travers le Pakistan – environ 3 000 kilomètres de routes, de voies ferrées, d’oléoducs et de gazoducs – représente à lui seul un investissement de quelque 62 milliards de dollars ».  

Pour la partie chinoise, un double impératif stratégique a guidé sa signature : la sécurisation de ses voies d’approvisionnement en pétrole et en gaz en bâtissant une voie terrestre d’acheminement évitant le détroit de Malacca et pouvant à terme aller jusqu’à l’Iran et la lutte « contre les trois fléaux » qui menacent le Xinjiang chinois : terrorisme, extrémisme, séparatisme. Trois mois après cette signature Ben Laden était exécuté par des navy seals américains ; coïncidence troublante quand on sait qu’il était l’instigateur de nombreux attentats islamistes en Chine. 

Depuis cette coopération stratégique n’a fait que se renforcer. En mai 2019, le vice-président chinois Monsieur Wang a effectué une visite au Pakistan au cours de laquelle il s’est entretenu avec le président et le Premier ministre pakistanais du renforcement des relations bilatérales. M. Wang a déclaré que la Chine et le Pakistan étaient des “amis de fer”. 

Par ailleurs les Américains ont rejeté avec dédain l’aide des Russes que Poutine a proposée juste après le 9/11. Le 2 octobre Poutine avait rencontré le secrétaire général de l’OTAN à Bruxelles et lui a proposé l’aide de la Russie contre Al-Qaida notamment au Tadjikistan où stationnait la 201 division de fusiliers motorisés russe ; en Ouzbékistan où ils possèdent une base aérienne à Ghissar. Mais pour le complexe militaro-industriel américain l’opposition avec la Russie était à l’époque vitale car elle leur permettait de justifier un budget militaire qui était pourtant dix fois supérieur à celui de la Russie alors que la menace militaire chinoise était alors insignifiante. 

20 ans plus tard pour Biden et ses conseillers, il est temps de tourner la page et d’éviter une alliance stratégique de la Russie avec la Chine et je partage l’analyse de Renaud Girard qui dans Figaro vox met la rencontre Biden-Poutine du 16 juin 2021 à Genève sous la raison de leur intérêt commun : freiner l’ascension de la Chine. Certes cela ne se fera pas en un jour mais cela permet d’identifier que l’absence de vision stratégique à long terme des hommes politiques occidentaux et par conséquence l’absence de prise en compte des conséquences des stratégies mondiales des grands acteurs internationaux sur les théâtres d’opération régionaux ne permet pas de gagner les guerres régionales. 

Macron devrait s’en inspirer et, plus que l’appui significatif des européens que nous recherchons désespérément sans succès depuis 10 ans, c’est de celui de la Russie dont nous avons besoin au Sahel. J’ai publié en 2011 un livre intitulé « Russie alliance vitale » où je montrai que ce pays était notre meilleur allié face à l’islamisme et à la montée en puissance de la Chine. Malheureusement Sarkozy, Hollande et Macron, vassaux zélés de Washington, se sont lancés en Libye, Syrie et Sahel dans des opérations extérieures sans mettre en place le contexte diplomatique qui aurait permis de transformer nos victoires militaires en succès politiques. 

En conclusion : 

Le retrait américain marque la fin de la domination anglo-saxonne sur l’Asie centrale que les britanniques avaient établis depuis le milieu du XIXème siècle et une preuve de plus de la montée en puissance de l’Asie face à l’Occident. La France qui se prépare à modifier sa stratégie dans le Sahel devrait tirer les leçons de cet échec américain en Afghanistan et au Pakistan.


Défaite stratégique de l’Empire en Afghanistan

...par Strategika 51 - Le 06/07/2021.

Source : RzO International

 

En moins de deux semaines, les Talibans Afghanistan ont capturé 2,86% de l’ensemble des véhicules Humvees en dotation au sein de l’Armée nationale Afghane (ANA).

Washington a octroyé au gouvernement afghan près de 25 000 véhicules militaires de type Humvee suivant un financement complexe dans lequel la corruption a englouti plus de la moitié des ressources allouées au programme d’équipement d’une armée afghane pléthorique mais dont les unités combattantes fondent comme de la neige au soleil depuis le retrait militaire US partiel. Ces véhicules capturés par les Talibans sont désormais utilisés contre le gouvernement afghan. Si l’avance des Talibans est assez rapide et la possibilité qu’ils puissent prendre le pouvoir extrêmement élevée, ils ne pourront jamais entretenir ni financer une armée de la taille qu’entretient le gouvernement afghan actuel.

Selon la BBC, près de 1000 militaires afghans auraient fui au Tadjikistan voisin suite à de violents combats avec les Talibans. Il s’agit de soldats et d’officiers d’ethnies tadjik et ouzbèke dont le sort demeure incertain en cas de retour des Talibans au pouvoir.

Cette éventualité laisse la porte ouverte à plusieurs scenarii dans lesquels la Chine et la Russie pourraient jouer un rôle de premier plan dans la géopolitique afghane. Le retrait militaire US, dans tous les cas partiel et ne concernant que des unités régulières, pourrait amener la Chine à ré-investir en Afghanistan selon son approche spécifique excluant tout recours à la force. Beijing considère en effet l’Afghanistan comme un passage obligé et historique de la Nouvelle Route de la Soie, ou l’initiative de la ceinture de prospérité chinoise et dispose d’une première tranche d’un montant de sept milliards de dollars US pour un programme de reconstruction d’un pays en guerre depuis quatre décennies.

L’intervention militaire US et Atlantique en Afghanistan s’est achevée avec une défaite stratégique majeure et historique.

Contrairement à l’ex-URSS dont les stratèges savaient évaluer le rapport gain stratégique/coûts économiques, les planificateurs de l’Empire, intoxiqués par un sentiment de supériorité absolue, s’obstinèrent à faire perdurer la guerre durant deux décennies en inondant l’Afghanistan avec de la planche à billets et la corruption. Et faute de résultat probant avec des bombes du type MOAB (Mother of All Bombe où Mère de toutes les Bombes).

Les exactions et les violations massives des droits humains commises par les forces spéciales US, britanniques, canadiennes, australiennes, françaises, danoises et néerlandaises et de celles d’autres pays embarqués dans cette aventure sans issue ont provoqué l’adhésion de certains groupes de la population hostiles aux Talibans à ce mouvement, lequel ne cesse de se renforcer en dépit de vingt années de guerre.

C’est un échec retentissant doublé d’une défaite historique de l’Empire que ses médias tentent d’ignorer mais dont les effets se font sentir sur la nature même du système politique et économique d’un empire qui crut pouvoir marquer le 21ème de son empreinte. Comme le 3ème Reich Allemand qui espéra au faîte de sa puissance durer un millénaire, l’Empire totalitaire libéral continue à espérer poursuivre son hégémonie grâce aux géants du Net, la propagande, l’ingénierie sociale, la fraude électorale et la gigacorruption financière et économique. Or, la Providence a voulu qu’il se casse les dents en Afghanistan, un pays arriéré et très pauvre d’Asie. Cette Asie où le poids du monde a basculé.

 

Vidéo amateur prise par la caméra embarquée d’un smartphone transmise par un ressortissant afghan montrant des scènes de liesse, réelles ou simulées, suite à l’entrée des forces des Talibans à Qala City, l’un des plus grands ports secs du pays et véritable poumon économique de ce pays enclavé d’Asie.

 

Un panneau aux couleurs du drapeau de l’Émirat Islamique d’Afghanistan, interdit jusqu’ici, mis bien évidence à l’entrée des limites administratives de la province de Faryab, capturée par les Talibans. C’est dans cette région de l’ancien Khorasan ou Bactriane qu’est originaire l’illustre Al-Farabi (Alpharabius en Occident), grand philosophe musulman (872-950 après Jésus-Christ), surnommé le second Aristote ou le deuxième Magister

source : https://strategika51.org

 


Afghanistan. Les États-Unis s’enfuient pendant la nuit

...par Moon of Alabama - Le 06/07/2021.

Les talibans s’emparent de plusieurs districts par jour


Par Moon of Alabama – Le 6 juillet 2021

C’est la honte :

Les États-Unis ont quitté l'aérodrome de Bagram en Afghanistan après près de 20 ans en coupant l'électricité et en s'éclipsant pendant la nuit sans avertir le nouveau commandant afghan de la base, qui a découvert le départ des Américains plus de deux heures après, ont déclaré des responsables militaires afghans.  ...  "Nous avons entendu des rumeurs selon lesquelles les Américains avaient quitté Bagram... et finalement, à sept heures du matin, nous avons compris qu'il était confirmé qu'ils avaient déjà quitté Bagram", a déclaré le général Mir Asadullah Kohistani, le nouveau commandant de Bagram.  ...  Avant que l'armée afghane ne puisse prendre le contrôle de l'aérodrome situé à environ une heure de route de la capitale afghane Kaboul, celui-ci a été envahi par une petite armée de pillards, qui ont saccagé baraquement après baraquement et fouillé dans les tentes de stockage avant d'être expulsés, selon des responsables militaires afghans.  "Au début, nous avons pensé que c'étaient peut-être des talibans", a déclaré Abdul Raouf, un soldat depuis 10 ans. Il a dit aussi que les américains avaient appelé de l'aéroport de Kaboul et dit "nous sommes ici, à l'aéroport de Kaboul".

 

Il y a une vidéo de la base vide. Des centaines de voitures ont été abandonnées. L’équipement réseau du quartier général a été arraché mais l’hôpital de la base semble être resté intact. Il y a même quelques fournitures médicales utiles stockées là-bas.

Pendant ce temps, les Talibans continuent leur opération éclair pour prendre le contrôle du pays. Ils s’emparent des districts les uns après les autres, en particulier dans le nord.

Source : Long War Journal – Agrandir

 

J’avais remarqué cela il y a deux semaines :

Il est remarquable qu'un grand nombre de districts pris par les Talibans ne se trouvent pas dans les régions principalement pachtounes mais dans le nord où la population est souvent ouzbèke, tadjike ou issue d'autres minorités ethniques. Avant l'invasion américaine, ces populations étaient souvent anti-talibans.

Les talibans ont probablement quelque 3 à 4 000 combattants dans la province de Badakhshan, au nord-est du pays, mais ils ont réussi à en prendre 90 % en seulement 4 jours, 14 de ses districts étant tombés au cours des dernières 48 heures. Quelque 1 500 soldats du gouvernement afghan qui y étaient stationnés ont fui vers le Tadjikistan. La capitale de la province, Faizabad, est désormais isolée et le seul endroit encore sous le contrôle du gouvernement.

Agrandir

Il y a quelque chose de curieux dans tout cela. Le Badakhshan était un bastion de l’Alliance du Nord qui, à la fin des années 1990, combattait les talibans. C’est le siège du parti Jamiat-e Islami, composé principalement de Tadjiks de souche et disposant de sa propre milice. Le chef du Jamiat-e Islami est Salahuddin Rabbani, qui préside aujourd’hui le Haut Conseil pour la paix en Afghanistan, chargé de négocier avec les talibans.

Cette province montagneuse compte 1 million d’habitants. Mais voici 4 talibans qui débarquent dans une voiture dans le district reculé de Wakhan. Ils ne sont pas combattus par la milice locale mais au contraire accueillis par la population (masculine).

Il est inconcevable qu’une force talibane de la taille d’une brigade puisse s’emparer du Badakhshan en quelques jours et à peu de frais sans passer un accord avec la milice du parti local dominant. Il a dû se passer quelque chose en coulisse dont les médias ne sont pas au courant.

C’est une bonne nouvelle car une victoire rapide des talibans dans le nord rendra moins probable une nouvelle guerre civile. Le journal néoconservateur Long War Journal, lui, est atterré :

L'Afghanistan risque de s'effondrer complètement après que les talibans ont fait des progrès spectaculaires ces derniers jours, frappant au cœur de la base de pouvoir du gouvernement afghan dans le nord et prenant le contrôle de vastes régions du pays - souvent sans opposition des forces gouvernementales.  ...  La plupart des gains des talibans ont eu lieu dans le nord. L'importance de la poussée des talibans dans le nord ne doit pas être sous-estimée. Les talibans mènent le combat directement chez les courtiers en pouvoir et les fonctionnaires de l'élite afghane.  Si les talibans peuvent priver le gouvernement afghan et ses bailleurs de fonds de leur base de pouvoir, l'Afghanistan est effectivement perdu. Si le gouvernement perd le nord, il ne pourra pas conserver ses points d'appui ténus dans le sud, l'est, l'ouest et même le centre du pays. Si le gouvernement afghan perd le nord, les talibans pourraient s'emparer sans combattre des centres de population du sud, de l'est et de l'ouest, et commencer leur siège de Kaboul.

Je ne pense pas, pour l’instant, qu’il y aura un long « siège de Kaboul », mais un transfert négocié du pouvoir.

Les événements des dernières semaines montrent une retraite ou une défaite plus ou moins contrôlée des forces gouvernementales, totalement démoralisées, et une prise de contrôle systématique de la plupart des campagnes et des centres de district par des forces talibanes bien préparées. Seules les capitales des grandes provinces ne sont pas encore tombées, bien que certains pensent que Mazar i-Sharif, la capitale de la province de Balkh, tombera ce soir.

Il semble qu’il y ait une volonté d’au moins certaines parties du gouvernement actuel de l’Afghanistan de laisser les talibans prendre le contrôle du pays sans trop se battre.

Cela donne l’espoir qu’un autre long conflit sera évité. Après plus de 42 ans de guerre, l’Afghanistan a besoin de paix. Si le régime des talibans est dur, il est quand même juste et certainement moins corrompu que les structures imposées par les États-Unis. Il faut donner à l’Afghanistan le temps de trouver un nouvel équilibre à partir duquel il pourra ensuite se développer d’une manière adaptée aux circonstances locales ainsi qu’aux traditions et à la moralité des populations locales.

Les 42 dernières années ont montré que rien d’autre ne fonctionnera.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

LIRE AUSSI : Les Américains abandonnent dans la nuit leur base de Bagram sans mettre au courant les militaires afghans

Un moment Saïgon dans l’Hindu Kush

...par Pepe Escobar - Le 10/07/2021.

Les États-Unis sont sur le point de connaître leur second Vietnam répété comme une farce dans une retraite désordonnée d’Afghanistan.

And it’s all over (Et tout est fini)
For the unknown soldier (Pour le soldat inconnu)
It’s all over (Tout est fini)
For the unknown soldier (Pour le soldat inconnu)

The Doors, « The Unknown Soldier »

Commençons par quelques faits étonnants sur le terrain afghan.

Les Taliban ont le vent en poupe. En début de semaine, leur service de relations publiques affirmait qu’ils tenaient 218 districts afghans sur 421 – et en capturaient de nouveaux chaque jour. Des dizaines de districts sont contestés. Des provinces afghanes entières sont pratiquement perdues pour le gouvernement de Kaboul, qui a été de facto réduit à l’administration de quelques villes éparpillées et assiégées.

Le 1er juillet déjà, les Taliban ont annoncé qu’ils contrôlaient 80% du territoire afghan. C’est proche de la situation d’il y a 20 ans, quelques semaines seulement avant le 11 septembre, lorsque le commandant Ahmed Chah Massoud m’a dit dans la vallée du Panjshir, alors qu’il préparait une contre-offensive, que les Taliban dominaient 85% du territoire.

Leur nouvelle approche tactique fonctionne à merveille. D’abord, il y a un appel direct aux soldats de l’Armée nationale afghane (ANA) à se rendre. Les négociations se déroulent sans heurts et les accords sont conclus. Des soldats par milliers ont déjà rejoint les Taliban sans qu’un seul coup de feu ne soit tiré.

Carte de CIG/Telegram/Counter-Intelligence (t.me/CIG telegram) montrant les récentes avancées des Taliban et les districts afghans en cours de capture, au 5 juillet 2021

Les cartographes ne parviennent pas à télécharger les mises à jour assez rapidement. Cela devient rapidement un cas d’école de l’effondrement d’un gouvernement central du XXIe siècle.

Les Taliban avancent rapidement dans l’ouest de Wardak, capturant facilement les bases de l’ANA. C’est le prélude à un assaut sur Maidan Shar, la capitale provinciale. S’ils prennent le contrôle de Wardak, ils seront alors littéralement aux portes de Kaboul.

Après avoir capturé le district de Panjwaj, les Taliban sont également à un jet de pierre de Kandahar, fondée par Alexandre le Grand en 330 avant J.-C. et la ville où un certain mollah Omar – avec un peu d’aide de ses amis de l’ISI pakistanais – a lancé l’aventure talibane en 1994, qui a abouti à leur prise de pouvoir à Kaboul en 1996.

L’écrasante majorité de la province de Badakhshan – à majorité tadjike, non pachtoune – est tombée après seulement quatre jours de négociations, agrémentées de quelques escarmouches. Les Taliban ont même capturé un avant-poste au sommet d’une colline, tout près de Faizabad, la capitale du Badakhshan.

J’ai suivi la frontière tadjiko-afghane en détail lorsque j’ai parcouru la route du Pamir fin 2019. Les Taliban, qui suivent les pistes de montagne du côté afghan, pourraient bientôt atteindre la légendaire frontière désolée avec le Xinjiang chinois dans le corridor de Wakhan.

La province afghane du Badakhshan, vue depuis l’autoroute du Pamir au Tadjikistan lors du voyage de l’auteur en novembre 2019. Ce district, non loin d’Ishkashim, est désormais sous le contrôle des Taliban. Photo : Pepe Escobar

Les Taliban sont également sur le point de s’attaquer à Hairaton, dans la province de Balkh. Hairaton se trouve à la frontière entre l’Afghanistan et l’Ouzbékistan, à l’emplacement du pont de l’amitié sur l’Amu Darya, d’une importance historique, par lequel l’Armée rouge a quitté l’Afghanistan en 1989.

Les commandants de l’ANA jurent que la ville est désormais protégée de tous côtés par une zone de sécurité de cinq kilomètres. Hairaton a déjà attiré des dizaines de milliers de réfugiés. Tachkent ne veut pas qu’ils traversent la frontière.

Et il n’y a pas qu’en Asie centrale, les Taliban ont déjà progressé jusqu’aux limites de la ville d’Islam Qilla, située à la frontière avec l’Iran, dans la province de Herat, et qui est le point de contrôle clé du couloir très fréquenté reliant Mashhad à Herat.

Le puzzle tadjik

La frontière tadjiko-afghane, extrêmement poreuse et géologiquement étonnante, reste le cas le plus délicat. Le président tadjik Emomali Rahmon, après un entretien téléphonique sérieux avec son homologue russe Vladimir Poutine, a ordonné la mobilisation de 20 000 réservistes et les a envoyés à la frontière.

Rahmon a également promis un soutien humanitaire et financier au gouvernement de Kaboul.

Le président russe Vladimir Poutine et le président tadjik Emomali Rahmon lors du défilé du Jour de la Victoire de cette année, le 9 mai, qui marquait le 76ème anniversaire de la victoire sur l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale

Les Taliban, pour leur part, ont officiellement déclaré que la frontière est sûre et qu’ils n’ont aucune intention d’envahir le territoire tadjik. En début de semaine, même le Kremlin a annoncé de manière cryptique que Moscou n’envisageait pas d’envoyer des troupes en Afghanistan.

Un coup de théâtre est prévu pour la fin du mois de juillet, les Taliban ayant annoncé qu’ils soumettraient une proposition de paix écrite à Kaboul. Il est fort possible qu’il s’agisse d’une invitation à Kaboul à se rendre et à transférer le contrôle total du pays.

Les Taliban semblent bénéficier d’un élan irrésistible, surtout lorsque les Afghans eux-mêmes ont été stupéfaits de voir comment le « protecteur » impérial, après près de deux décennies d’occupation de facto, a quitté la base aérienne de Bagram au milieu de la nuit.

Comparez cela à l’évaluation d’analystes sérieux tels que Lester Grau, expliquant le départ des Soviétiques il y a plus de trois décennies :

« Lorsque les Soviétiques ont quitté l’Afghanistan en 1989, ils l’ont fait d’une manière coordonnée, délibérée et professionnelle, laissant derrière eux un gouvernement qui fonctionnait, une armée améliorée et un effort consultatif et économique assurant la viabilité continue du gouvernement. Le retrait était basé sur un plan diplomatique, économique et militaire coordonné permettant aux forces soviétiques de se retirer en bon ordre et au gouvernement afghan de survivre.

La République démocratique d’Afghanistan (RDA) a réussi à se maintenir malgré l’effondrement de l’Union soviétique en 1991. Ce n’est qu’ensuite, avec la perte du soutien soviétique et les efforts accrus des moudjahidines (guerriers saints) et du Pakistan, que la RDA a glissé vers la défaite en avril 1992. L’effort soviétique pour se retirer en bon ordre a été bien exécuté et peut servir de modèle pour d’autres désengagements de nations similaires ».

En ce qui concerne l’empire américain, Tacite s’applique une fois de plus : « Ils ont pillé le monde, dépouillé la terre par leur faim… Ils sont poussés par la cupidité, si leur ennemi est riche ; par l’ambition, s’il est pauvre… Ils ravagent, ils massacrent, ils s’emparent par de faux prétextes, et tout cela, ils le saluent comme la construction d’un empire. Et quand, dans leur sillage, il ne reste rien d’autre qu’un désert, ils appellent cela la paix ».

Dans le sillage de l’hégémon, les déserts appelés paix comprennent à des degrés divers l’Irak, la Libye, la Syrie – qui se trouvent être, géologiquement, des déserts – ainsi que les déserts et les montagnes de l’Afghanistan.

Il semble que les think tanks de Washington, entre les cercles Dupont et Thomas, le long de Massachusetts Avenue, n’ont pas vraiment fait leurs devoirs sur le Pachtunwali – le code d’honneur pachtoune – ou sur l’ignoble retraite de l’empire britannique de Kaboul.

La filière de l’héroïne afghane

Il est encore trop tôt pour dire si ce que l’on présente comme le « retrait » des États-Unis d’Afghanistan reflète l’effondrement définitif de l’Empire du Chaos. C’est d’autant plus vrai qu’il ne s’agit pas du tout d’un « retrait » : c’est un repositionnement – avec des éléments de privatisation en plus.

Au moins 650 « forces américaines » protégeront l’ambassade tentaculaire de Kaboul. S’y ajouteront peut-être 500 soldats turcs – ce qui signifie l’OTAN – pour protéger l’aéroport, ainsi qu’un nombre non déclaré de « contractants », c’est-à-dire de mercenaires, et un nombre indéterminé de forces spéciales.

Le chef du Pentagone, Lloyd Austin, est à l’origine de ce nouvel accord. L’ambassade militarisée est désignée sous le nom de Forces Afghanistan-Forward. Ces forces seront « soutenues » par un nouveau bureau spécial afghan au Qatar.

La disposition clé est que le privilège spécial de bombarder l’Afghanistan quand les États-Unis le souhaitent reste intact. La différence se situe au niveau de la chaîne de commandement. Au lieu du général Scott Miller, jusqu’ici le plus haut commandant américain en Afghanistan, le bombardier en chef sera le général Frank McKenzie, chef du CENTCOM.

Les futurs bombardements proviendront donc essentiellement du golfe Persique – ce que le Pentagone décrit affectueusement comme une « capacité au-delà de l’horizon ». Fait crucial, le Pakistan a officiellement refusé d’en faire partie bien que, dans le cas des attaques de drones, ils devront survoler le territoire pakistanais au Baloutchistan.

Le Tadjikistan et le Kirghizstan ont également refusé d’accueillir des bases américaines.

Les Taliban, quant à eux, ne sont pas inquiets. Le porte-parole Suhail Shaheen a été catégorique : toutes les troupes étrangères qui ne seront pas parties à la date limite du 11 septembre seront considérées comme – quoi d’autre ? – des occupants.

La question n’est pas de savoir si les Taliban parviendront à asseoir leur domination, mais simplement de savoir quand. Et cela nous amène aux deux questions vraiment importantes :

1) La CIA sera-t-elle en mesure de maintenir ce que Seymour Hersh, puis moi-même, avons décrit comme la filière de l’héroïne afghane qui finance ses opérations secrètes ?

2) Et si la CIA ne peut pas continuer à superviser la production des champs de pavot en Afghanistan et à coordonner les étapes ultérieures du commerce de l’héroïne, où ira-t-elle ?

Des agriculteurs afghans ramassent de l’opium alors qu’ils travaillent dans un champ de pavot dans le district de Khogyani à Jalalabad, à l’est de Kaboul, en Afghanistan

Tous les esprits réfléchis d’Asie centrale et d’Asie du Sud savent que l’Empire du Chaos, pendant deux longues décennies, n’a jamais été intéressé par la défaite des Taliban ou la lutte pour « la liberté du peuple afghan ».

Les principaux motifs étaient :

  • conserver une base avancée cruciale et stratégique dans le ventre-mou des « menaces existentielles » que sont la Chine et la Russie, ainsi que l’intraitable Iran – tout cela faisant partie du nouveau Grand Jeu ;
  • être bien placé pour exploiter plus tard les énormes richesses minérales de l’Afghanistan ;
  • et transformer l’opium en héroïne afin de financer les opérations de la CIA. L’opium a joué un rôle majeur dans l’essor de l’empire britannique, et l’héroïne reste l’un des principaux commerces sales du monde, qui finance des opérations de renseignement occultes.
Ce que veulent la Chine et l’OCS

Comparez maintenant tout ce qui précède avec l’approche chinoise.

Contrairement aux think tanks de Washington, les homologues chinois semblent avoir fait leurs devoirs. Ils ont compris que l’URSS n’a pas envahi l’Afghanistan en 1979 pour imposer la « démocratie populaire » – le jargon de l’époque – mais qu’elle a en fait été invitée par le gouvernement de Kaboul, reconnu par les Nations unies à l’époque, qui voulait essentiellement des routes, de l’électricité, des soins médicaux, des télécommunications et une éducation.

Comme ces éléments de base de la modernité ne pouvaient être fournis par les institutions occidentales, la solution devait venir du socialisme soviétique. Cela impliquerait une révolution sociale – une affaire alambiquée dans une nation islamique profondément pieuse – et, surtout, la fin du féodalisme.

La contre-attaque impériale de Zbignew « Grand Échiquier » Brzezinski a fonctionné parce qu’elle a manipulé les seigneurs féodaux afghans et leur capacité de régimentation – soutenue par d’immenses fonds (CIA, Saoudiens, services secrets pakistanais) – pour donner à l’URSS son Vietnam.

Aucun de ces seigneurs féodaux n’était intéressé par l’abolition de la pauvreté et le développement économique en Afghanistan.

Zbigniew Brzezinski et un homme souvent supposé (mais contesté) être Oussama ben Laden, 1981. Photo : Twitter

La Chine est en train de reprendre le flambeau là où l’URSS l’a laissé. Pékin, en contact étroit avec les Taliban depuis le début de l’année 2020, souhaite essentiellement étendre le Corridor économique Chine-Pakistan (CECP), d’une valeur de 62 milliards de dollars, l’un des projets phares de l’Initiative Ceinture et Route », à l’Afghanistan.

La première étape, cruciale, sera la construction de l’autoroute Kaboul-Peshawar – à travers le col de Khyber et l’actuelle frontière de Torkham. Cela signifiera que l’Afghanistan fera de facto partie du CECP.

Voici l’intégration régionale à l’œuvre. Kaboul-Peshawar sera un nœud supplémentaire du CECP qui comprend déjà la construction de l’aéroport ultra-stratégique de Tashkurgan sur l’autoroute du Karakoram dans le Xinjiang, à seulement 50 kilomètres de la frontière pakistanaise et également proche de l’Afghanistan, ainsi que du port de Gwadar au Baloutchistan.

Début juin, une réunion trilatérale Chine-Afghanistan-Pakistan a conduit le Ministère chinois des Affaires étrangères à parier sans ambiguïté sur le « redressement pacifique de l’Afghanistan », la déclaration commune saluant « le retour rapide des Taliban dans la vie politique de l’Afghanistan » et s’engageant à « développer les liens économiques et commerciaux ».

Il est donc hors de question que des Taliban dominants refusent la volonté chinoise de construire des projets d’infrastructure et d’énergie axés sur l’intégration économique régionale – la contrepartie des mollahs étant de maintenir le pays pacifié et non soumis à des turbulences djihadistes de type État islamique de la province de Khorasan susceptibles de déborder sur le Xinjiang.

Le jeu chinois est clair : les Américains ne doivent pas être en mesure d’exercer une influence sur le nouvel arrangement de Kaboul. Il en va de l’importance stratégique de l’Afghanistan pour « la Ceinture et la Route » – et cela se mêle aux discussions au sein de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), fondée par ailleurs il y a 20 ans, et qui préconise depuis des années une « solution asiatique » pour le drame afghan.

Les discussions au sein de l’OCS considèrent que la projection par l’OTAN du nouvel Afghanistan comme un paradis djihadiste contrôlé par Islamabad n’est rien d’autre qu’un vœu pieux.

Il sera fascinant de voir comment la Chine, le Pakistan, l’Iran, la Russie et même l’Inde combleront le vide de l’après-guerres éternelles en Afghanistan. Il est très important de se rappeler que tous ces acteurs, ainsi que les pays d’Asie centrale, sont membres à part entière de l’OCS (ou observateurs, dans le cas de l’Iran).

Il est plausible que Téhéran puisse interférer avec d’éventuels plans impériaux visant à bombarder l’Afghanistan de l’extérieur – quel qu’en soit le motif. Par ailleurs, il est difficile de savoir si Islamabad ou Moscou, par exemple, aiderait les Taliban à prendre Bagram. Ce qui est certain, c’est que la Russie retirera les Taliban de sa liste d’organisations terroristes.

Étant donné que l’empire et l’OTAN – via la Turquie – ne partiront pas vraiment, une possibilité future distincte est une poussée de l’OCS, alliée aux Talibans (l’Afghanistan est également un observateur de l’OCS), pour sécuriser la nation à leurs conditions et se concentrer sur les projets de développement du CECP. Mais la première étape semble être la plus difficile : comment former un véritable gouvernement de coalition nationale, solide, à Kaboul.

L’histoire dira peut-être que Washington voulait que l’Afghanistan soit le Vietnam de l’URSS ; des décennies plus tard, il a fini par obtenir son propre second Vietnam, répété comme – quoi d’autre ? – une farce. Un Saïgon remixé approche à grands pas et une nouvelle étape du nouveau Grand Jeu en Eurasie est à venir.

Pepe Escobar

source : https://asiatimes.com

traduit par Réseau International

 

LIRE AUSSI :

-"La Chine considérée comme une « puissance amie » par les Taliban d’Afghanistan"

 - Pepe Escobar, Politique de Puissance et S-500 

 

Dites bonjour aux diplo-Taliban

...par Pepe Escobar - Le 11/07/2021.

Déployant des compétences diplomatiques raffinées de Doha à Moscou, les Taliban de 2021 n’ont plus grand-chose à voir avec ceux de 2001.

Une réunion très importante s’est tenue à Moscou la semaine dernière, pratiquement dans le plus grand secret. Nikolai Patrushev, secrétaire du Conseil de Sécurité russe, a reçu Hamdullah Mohib, conseiller à la Sécurité nationale de l’Afghanistan.

Il n’y a pas eu de fuites importantes. Une déclaration fade a souligné l’évidence : ils se sont « concentrés sur la situation sécuritaire en Afghanistan pendant le retrait des contingents militaires occidentaux et l’escalade de la situation militaro-politique dans la partie nord du pays ».

La véritable histoire est beaucoup plus nuancée. Mohib, représentant le président Ashraf Ghani, a fait de son mieux pour convaincre Patrushev que l’administration de Kaboul représente la stabilité. Ce n’est pas le cas, comme l’ont prouvé les avancées ultérieures des Taliban.

Patrushev savait que Moscou ne pouvait pas offrir un soutien substantiel à l’arrangement actuel de Kaboul, car cela aurait pour effet de brûler les ponts que les Russes devraient traverser dans le processus d’engagement des Taliban. Patrushev sait que le maintien de l’équipe Ghani est absolument inacceptable pour les Taliban – quelle que soit la configuration de tout futur accord de partage du pouvoir.

Selon des sources diplomatiques, Patrushev n’a donc pas été impressionné.

Cette semaine, nous avons tous pu voir pourquoi. Une délégation du bureau politique des Taliban s’est rendue à Moscou essentiellement pour discuter avec les Russes de l’évolution rapide du mini-échiquier dans le nord de l’Afghanistan. Les Taliban s’étaient rendus à Moscou quatre mois plus tôt, en compagnie de la troïka élargie (Russie, États-Unis, Chine, Pakistan) pour débattre de la nouvelle équation du pouvoir afghan.

Le secrétaire du Conseil de Sécurité russe Nikolaï Patrushev

Lors de ce voyage, ils ont assuré avec insistance à leurs interlocuteurs que les Taliban n’ont aucun intérêt à envahir un quelconque territoire de leurs voisins d’Asie centrale.

Il n’est pas excessif, au vu de l’habileté avec laquelle ils ont joué leur jeu, de qualifier les Taliban de renards du désert. Ils savent bien ce que le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a répété : Toute turbulence en provenance d’Afghanistan entraînera une réponse directe de l’Organisation du Traité de Sécurité collective.

En plus de souligner que le retrait – en fait, le repositionnement – des États-Unis représente l’échec de leur « mission » en Afghanistan, Lavrov a abordé les deux points vraiment essentiels :

  • Les Taliban accroissent leur influence dans les zones frontalières du nord de l’Afghanistan ; et
  • Le refus de Kaboul de former un gouvernement de transition « favorise une solution belliqueuse » au drame. Cela implique que Lavrov attend beaucoup plus de souplesse de la part de Kaboul et des Taliban dans la tâche sisyphéenne de partage du pouvoir qui les attend.

Et puis, soulageant la tension, lorsqu’un journaliste russe lui a demandé si Moscou allait envoyer des troupes en Afghanistan, Lavrov est revenu à M. Cool : « La réponse est évidente ».

Shaheen parle

Mohammad Suhail Shaheen est le porte-parole très éloquent du bureau politique des Taliban. Il est catégorique : « Prendre l’Afghanistan par la force militaire n’est pas notre politique. Notre politique est de trouver une solution politique à la question afghane, qui se poursuit à Doha ». Conclusion : « Nous avons confirmé notre engagement en faveur d’une solution politique ici à Moscou, une fois de plus ».

C’est tout à fait exact. Les Taliban ne veulent pas d’un bain de sang. Ils veulent être embrassés. Comme Shaheen l’a souligné, il serait facile de conquérir les grandes villes – mais il y aurait du sang. En attendant, les Taliban contrôlent déjà la quasi-totalité de la frontière avec le Tadjikistan.

Nouveau visage des Taliban : Le porte-parole des insurgés, Mohammad Suhail Shaheen

Les Taliban de 2021 ont peu de choses en commun avec leur incarnation d’avant la guerre contre le terrorisme de 2001. Le mouvement a évolué, passant d’une guérilla rurale pachtoune largement Ghilzai à un arrangement plus interethnique, incorporant des Tadjiks, des Ouzbeks et même des Shi’ites Hazaras – un groupe qui a été impitoyablement persécuté pendant les années 1996-2001 du pouvoir taliban.

Il est extrêmement difficile d’obtenir des chiffres fiables, mais 30% des Taliban actuels pourraient être des non-Pachtounes. L’un des principaux commandants est d’origine tadjike, ce qui explique la guerre éclair « douce » menée dans le nord de l’Afghanistan à travers le territoire tadjik.

J’ai visité un grand nombre de ces endroits géologiquement spectaculaires au début des années 2000. Les habitants, tous cousins, parlant le dari, livrent maintenant leurs villages et leurs villes aux Taliban tadjiks par mesure de confiance. Très peu de Pachtounes de Kandahar ou de Jalalabad sont impliqués – voire aucun. Cela illustre l’échec absolu du gouvernement central de Kaboul.

Ceux qui ne rejoignent pas les Taliban désertent tout simplement – comme l’ont fait les forces de Kaboul qui tenaient le poste de contrôle près du pont sur la rivière Pyanj, en dehors de la route du Pamir ; ils se sont échappés sans combattre vers le territoire tadjik, en empruntant la route du Pamir. Les Taliban ont hissé leur drapeau à cette intersection cruciale sans tirer un seul coup de feu.

Le chef de l’Armée nationale afghane, le général Wali Mohammad Ahmadzai, fraîchement nommé par Ghani, garde un visage courageux : La priorité de l’ANA est de protéger les principales villes (jusqu’à présent, tout va bien, car les Taliban ne les attaquent pas), les postes frontières (cela ne va pas si bien) et les autoroutes (résultats mitigés jusqu’à présent).

L’entretien avec Suhail Shaheen est assez éclairant, car il se sent obligé de souligner que « nous n’avons pas accès aux médias » et déplore le déluge « sans fondement » de « propagande lancée contre nous », ce qui implique que les médias occidentaux devraient admettre que les Taliban ont changé.

Shaheen souligne qu' »il n’est pas possible de prendre 150 districts en seulement six semaines en se battant », ce qui est lié au fait que les forces de sécurité « ne font pas confiance à l’administration de Kaboul ». Dans tous les districts qui ont été conquis, jure-t-il, « les forces sont venues aux Taliban de leur plein gré ».

Shaheen fait une déclaration qui aurait pu venir tout droit de Ronald Reagan au milieu des années 1980 : « L’Émirat islamique d’Afghanistan est le véritable combattant de la liberté ». Cela peut faire l’objet d’un débat sans fin à travers les terres d’Islam.

Mais un fait est indiscutable : Les Taliban s’en tiennent à l’accord qu’ils ont signé avec les Américains le 29 février 2020. Et cela implique une sortie totale des Américains : « S’ils ne respectent pas leurs engagements, nous avons clairement le droit de riposter ».

Pensant à l’avenir, « lorsqu’un gouvernement islamique sera en place », Shaheen insiste sur le fait qu’il y aura de « bonnes relations » avec chaque nation, et que les ambassades et les consulats ne seront pas visés.

L’objectif des Taliban « est clair : mettre fin à l’occupation ». Et cela nous amène à la manœuvre délicate des troupes turques qui « protègent » l’aéroport de Kaboul. Shaheen est très clair. « Pas de forces de l’OTAN – cela signifie la poursuite de l’occupation », proclame-t-il. « Lorsque nous aurons un pays islamique indépendant, alors nous signerons tout accord avec la Turquie qui soit mutuellement bénéfique ».

Shaheen est impliqué dans les négociations en cours, très compliquées, à Doha, il ne peut donc pas se permettre d’engager les Taliban dans un futur accord de partage du pouvoir. Ce qu’il dit, même si « les progrès sont lents » à Doha, c’est que, contrairement à ce qui a été rapporté précédemment par les médias du Qatar, les Taliban ne présenteront pas de proposition écrite officielle à Kaboul d’ici la fin du mois, Les pourparlers se poursuivront.

Vers la guerre hybride ?

Quels que soient les démentis « Mission accomplie » sans appel émanant de la Maison Blanche, certaines choses sont déjà claires sur le front de l’Eurasie.

Les Russes, d’une part, sont déjà en train de discuter en détail avec les Taliban et pourraient bientôt rayer leur nom de leur liste de terroristes.

Les Chinois, quant à eux, sont assurés que si les Taliban engagent l’Afghanistan à rejoindre l’Initiative Ceinture et Route, en se connectant via le Corridor économique Chine-Pakistan, l’État islamique de la Province de-Khorasan ne sera pas autorisé à se déchaîner en Afghanistan, appuyé par les djihadistes ouïghours actuellement à Idlib.

Des soldats de la 10e division de montagne de l’armée américaine arrivent à Fort Drum en provenance d’Afghanistan, le 10 décembre 2020

Et rien n’est exclu pour Washington lorsqu’il s’agit de faire dérailler la BRI. Des silos cruciaux disséminés de l’État profond doivent être déjà à l’œuvre pour remplacer une guerre éternelle en Afghanistan par une guerre hybride, à la manière de la Syrie.

Lavrov est parfaitement conscient des courtiers puissants de Kaboul qui ne diraient pas « non » à un nouvel arrangement de guerre hybride. Les Taliban, pour leur part, se sont montrés très efficaces en empêchant diverses factions afghanes de soutenir l’équipe Ghani.

Quant aux « stans » d’Asie centrale, pas un seul d’entre eux ne souhaite une guerre éternelle ou une guerre hybride.

Attachez vos ceintures : Le voyage va être mouvementé.

Pepe Escobar


source : https://asiatimes.com

traduit par Réseau International


«Afghanistan, le mensonge de Biden»

...par Renaud Girard - Le 12/07/2021. (Le Figaro)

CHRONIQUE - Au début de l’engagement de l’armée américaine en 2001, Joe Biden n’était pas un citoyen lambda mal informé.

Le président des États-Unis a, le 9 juillet 2021, répété son intention de voir s’achever à la fin du mois d’août l’engagement militaire américain en Afghanistan, lequel avait commencé en octobre 2001.

 

Pour justifier un tel retrait, qui risque fort d’ouvrir prochainement aux talibans les portes de Kaboul, Joe Biden a dit: «We did not go to Afghanistan to nation-build» (Nous ne sommes pas allés en Afghanistan pour reconstruire un pays).

C’est un mensonge historique.

 

Joe Biden le sait très bien car, en 2001, il n’était pas un citoyen lambda mal informé. Il était président de la commission des affaires étrangères du Sénat. En janvier 2002, il est le premier élu américain à se rendre en Afghanistan après les attentats du 11 septembre 2001 et la chute du pouvoir taliban à Kaboul (13 novembre 2001), au profit de l’Alliance du Nord, coalition financée par la CIA, dont la progression avait été aidée par les bombardements de l’US Air Force.

 

La réalité est que les Américains ont initié et dirigé une conférence internationale sur

l’Afghanistan, dès le 5 décembre 2001, qui s’est tenue à Bonn. Là, ils ont fait adouber par leurs alliés l’homme qu’ils avaient choisi pour diriger le pays: Hamid Karzaï. Et ils se sont engagés publiquement à «reconstruire, démocratiser et développer» l’Afghanistan.

 

Pour ce faire, ils ont emmené l’Otan sur place.

- Ils ont implanté un peu partout des PRT (Provincial Reconstruction Teams).

- Ils ont investi des centaines de milliards de dollars en dépenses civiles et militaires. 

- Ils ont organisé des élections générales démocratiques.

 

Comment expliquer un tel effort ?

Après avoir réussi brillamment, du moins en apparence, à provoquer une déroute très rapide des talibans en novembre 2001, les États-Unis, alors dominés par la pensée néoconservatrice, ont été saisis, à ce moment précis, par une forme d’hubris néocoloniale.

 

En 2009 à Kaboul, le bien nommé ambassadeur russe en Afghanistan, Zamir Kaboulov, avait confié à l’ambassadeur de France: «Si nous, les Russes, nous avons échoué, ce n’est pas que nous étions mauvais. Nous étions très bons. Mais la tâche était tout bonnement impossible ; les Américains échoueront comme nous !».

J’avais rapporté ces propos au général Stanley McChrystal, qui commandait alors aux forces occidentales stationnées en Afghanistan. Il avait rejeté la prophétie, pensant sincèrement que l’Amérique - puissance forcément plus intelligente que l’Union soviétique des années 1980 - allait réussir à stabiliser le pays.

Un an plus tard, le président Obama ordonnait l’accroissement du contingent américain en Afghanistan.

Si Joe Biden, vice-président à l’époque, n’était pas d’accord, pourquoi n’a-t-il pas mis sa démission dans la balance ?

Ce qui est sûr, c’est que le sénateur Biden, dans ses votes, s’est montré totalement aligné sur la folie des grandeurs néoconservatrices du début des années 2000. Il a pleinement approuvé les ambitieuses expéditions néocoloniales américaines, sur l’Hindu Kuch d’abord, en Mésopotamie ensuite.

Sur l’Afghanistan, Biden s’est montré plus trumpiste que Trump. Alors que partout dans le pays les talibans se mettaient, au mépris de leurs engagements, à conquérir de nouveaux districts, était-il nécessaire que les Américains quittent la grande base aérienne de Bagram, au demeurant facile à sécuriser ?

Était-il si difficile pour Biden de comprendre que retirer les derniers soldats américains d’Afghanistan allait provoquer, au sein des forces de sécurité afghanes, un profond effet démoralisateur ?

Le leader du Parti démocrate n’a-t-il pas ressenti une petite honte à jeter les minorités ethniques et les femmes afghanes à la merci de barbus obscurantistes ?

 

On me rétorquera que les républicains américains ont bien abandonné aux envahisseurs

communistes le Sud-Vietnam en 1975. C’est vrai, mais la Maison-Blanche de l’époque avait au moins l’excuse que ce fut le Congrès qui coupa les vivres à l’armée sud-vietnamienne.

Biden n’a aucune excuse pour cet abandon précipité: le Congrès actuel ne le réclame pas.

 

Après s’être débarrassée, à la fin de l’année 2001, des combattants arabes internationalistes installés en Afghanistan, l’Amérique aurait très bien pu décider de ne pas s’installer dans le pays. Elle aurait pu se contenter, via la CIA, de continuer à financer les groupes combattants amis et exiger du Pakistan qu’il ne donne pas refuge aux talibans.

Elle a fait, librement, un choix différent: celui d’une «mission civilisatrice» à la Jules Ferry. On ne sort pas ce genre d’entreprise quand on veut. L’exemple de Mossoul a montré qu’un départ précipité pouvait se transformer en catastrophe.

 

L’honneur, mais aussi l’intérêt à long terme de l’Amérique dans la lutte contre le djihadisme voudraient qu’elle ne redonne pas aux talibans le pays qu’elle leur a, par la guerre, soustrait voici

vingt ans.

 

 

La Russie retourne en Afghanistan

...par Alexandre Douguine - Le 21/07/2021.

Parlons de l’Afghanistan. Le retrait des troupes américaines constitue un tournant très sérieux dans l’équilibre global des forces en géopolitique d’Asie centrale. Dans un avenir prévisible, le mouvement radical des Taliban, qui unit les Pachtounes, le plus grand groupe ethnique d’Afghanistan, arrivera au pouvoir d’une manière ou d’une autre. Il s’agit d’une force extrêmement active, et il y a quelques raisons de croire que les reculs honteux des Américains, qui, comme d’habitude, ont abandonné leurs laquais collaborationnistes à leur sort, vont tenter de retourner les Taliban contre leurs principaux adversaires géopolitiques dans la région, la Russie et l’Iran.

La Chine sera elle aussi directement touchée, car l’Afghanistan est un élément essentiel du projet d’intégration « One Belt One Road ». Les Taliban pourraient également servir de base à une escalade dans le Xinjiang, en mobilisant et en soutenant les islamistes ouïghours.

En outre, la montée en puissance des Taliban pourrait déstabiliser la situation en Asie centrale dans son ensemble et, dans une certaine mesure, créer des problèmes pour le Pakistan lui-même, qui est de plus en plus libéré de l’influence américaine.

Les Américains sont entrés en Afghanistan dans un environnement géopolitique très différent. La Russie était extrêmement faible après les années 90 et semblait avoir été mise au placard. Pour être en sécurité dans ce modèle unipolaire, les Américains ont décidé de renforcer une présence militaire directe au sud de la Russie et, ce faisant, d’éliminer les forces du fondamentalisme islamique qui servaient précisément les intérêts géopolitiques occidentaux, surtout à l’époque de la Guerre froide.

Aujourd’hui, après avoir évalué les changements survenus dans le monde et, surtout, la transformation de la Russie et de la Chine en deux pôles indépendants, de plus en plus indépendants de l’Occident mondialiste, les États-Unis ont décidé de revenir à leur stratégie précédente. En retirant leur présence militaire directe dans un Afghanistan exsangue, les États-Unis tenteront de se décharger de toute responsabilité et de faire subir à d’autres l’inévitable contrecoup que constitueront les Taliban, qui sont, on le sait, extrêmement militants.

Dans une telle situation, Moscou a décidé à juste titre d’être proactive. La consolidation du pouvoir des Taliban n’étant qu’une question de temps, il ne faut pas attendre de voir comment et quand le régime actuel, collaborationniste et pro-américain, sera renversé. Il faut négocier avec les Pachtounes maintenant. Comme nous l’avons vu récemment lors de la visite d’une délégation de Taliban à Moscou. Les Taliban sont désormais une entité indépendante. Et l’approche réaliste de Poutine exige que l’on tienne compte d’un tel acteur, parce que cet acteur est là, sur le terrain, et s’est avéré inébranlable.

La déstabilisation de toute l’Asie centrale est inévitable si on laisse la situation en Afghanistan se dégrader. Cela affectera directement le Tadjikistan, l’Ouzbékistan, le Kirghizstan et le Turkménistan – c’est-à-dire que cela n’affectera pas directement les intérêts de la Russie et de l’OTSC.  Par conséquent, la Russie doit assumer la responsabilité de ce qui se passe dans le prochain cycle de l’histoire sanglante de l’Afghanistan.

Ici, la Russie devrait agir en tenant compte de la structure en mosaïque de la société afghane – les intérêts des groupes ethniques non pachtounes d’Afghanistan – Tadjiks et Ouzbeks, ainsi que les chiites Hazaras et la minorité ismaélienne du Bodakhshan – devraient certainement être pris en compte. La Russie a été trop longtemps et trop profondément impliquée dans le labyrinthe afghan pour être enfin apte à comprendre les subtilités de la société afghane. Cette connaissance, ainsi que le potentiel stratégique de la Russie et son prestige accru, constituent un avantage très sérieux.

La coopération de la Russie à la préparation d’un avenir afghan en harmonie avec d’autres acteurs régionaux – avec l’Iran et le Pakistan ainsi qu’avec la Chine, l’Inde et les États du Golfe – est cruciale. La Turquie, un partenaire difficile mais aussi tout à fait souverain, pourrait servir de courroie de transmission vers l’Occident.

Mais l’essentiel est d’exclure sciemment l’Occident – principalement les États-Unis, mais aussi l’Union européenne – du nouveau formatage eurasiatique en gestation qui devra rapidement résoudre le problème afghan. Ils ont montré ce dont ils sont « capables » pour résoudre l’impasse afghane. Cela s’appelle en bref et simplement : un échec total. Rentrez chez vous, et nous ne voulons plus vous voir en Asie centrale à partir de maintenant. L’Eurasie est aux Eurasiens.

Cela ne signifie pas que le problème afghan sera facile à résoudre sans l’Occident. Ce ne sera certes pas facile. Mais avec l’Occident, ce n’est pas possible du tout.


source : https://www.geopolitica.ru

via http://euro-synergies.hautetfort.com

Quelle est la stratégie de l’OCS pour l’Afghanistan ?

...par Andrew Korybko - Le 21/07/2021.

L’Organisation pour la Coopération de Shanghai ferait bien de coordonner les actions de ses membres pour contenir les menaces terroristes émanant d’Afghanistan vers les pays frontaliers, telle ISIS-K, d’encourager un compromis politique entre Kaboul et les Taliban, et d’élaborer un plan pour développer le potentiel de connectivité porté par ce pays ravagé par la guerre, afin d’assurer sa stabilité à long terme.

L’avenir de l’Afghanistan est plus incertain que jamais, sur fond d’avancée rapide des Taliban dans tout le pays au lendemain du retrait militaire étasunien qui va se terminer le 31 août. La plupart des observateurs prédisent une période intense de guerre civile si le groupe, qui reste considéré comme terroriste par de nombreux pays, comme la Russie – malgré le fait que Moscou les a pris pragmatiquement pour interlocuteurs au fil des années dans les dialogues de paix, ne parvient pas à prendre les principales villes de l’Afghanistan qui restent à ce jour sous contrôle du gouvernement. Le chaos résultant pourrait créer une opportunité dangereuse, en laissant ISIS-K étendre sa présence dans le pays, et même devenir une menace de sécurité majeure pour l’Asie centrale et l’Asie du Sud. Les États-Unis abandonnant de fait leurs engagements anti-terroristes, peut-être pour des raisons machiavéliques visant à provoquer ce même scénario, il en revient donc à l’OCS d’assurer la sécurité régionale à leur place.

Ce groupe comprend la plupart des républiques d’Asie Centrale (RAC, à l’exception du Turkménistan), la Chine, l’Inde, le Pakistan, et la Russie, l’Afghanistan, le Bélarus, l’Iran et la Mongolie y ont le statut d’observateur, cependant que l’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Bangladesh, le Cambodge, le Népal, le Sri Lanka et la Turquie sont des partenaires de dialogue. L’un des mandats de l’OCS est de faire face de manière conjointe aux menaces de terrorisme, séparatisme, et d’extrémisme et d’améliorer la coopération économique entre ses membres. Si l’on considère les événements qui s’enchaînent rapidement décris au premier paragraphe de la présente analyse, il s’ensuit donc que les pays membres de l’OCS ont un intérêt naturel à travailler ensemble lorsqu’il s’agit de l’Afghanistan. Cette coopération peut prendre des formes ayant trait à la sécurité, politiques, et économiques. L’aspect sécurité a trait à un soutien aux deux États jouxtant l’Afghanistan, surtout le Tadjikistan très fragile, qui sort d’une guerre civile ; le volet politique peut œuvrer à faciliter le dialogue entre les parties combattantes. Le volet économique, quant à lui, est relatif au potentiel de connectivité de l’Afghanistan.

Pour développer un peu plus, il a été signalé que presque 1 600 soldats afghans ont fui dans le Tadjikistan voisin au cours des dernières semaines, afin d’échapper à l’avancée rapide des Taliban dans le Nord du pays. Sputnik a rapporté que le groupe a permis une traversée en masse de la frontière pour poursuivre ses opérations sans entrave, et chacun sait que les Taliban n’entretiennent pas de projets d’expansion territoriale. Il est par conséquent extrêmement improbable qu’ils constituent une menace pour le Tadjikistan ou envers une autre RAC. Malgré cela, l’incertitude qui prévaut quant à l’avenir de l’Afghanistan pourrait déboucher sur d’importants flux de réfugiés, surtout si ISIS-K se met à exploiter la situation. Pour cette raison, le président Poutine a récemment promis à son homologue tadjik un soutien total pour assurer la sécurité de sa frontière. Il ne fait aucun doute que la base militaire russe implantée dans ce pays est parfaitement en mesure de remplir cette mission si on lui demande, mais le sujet n’en constitue pas moins une excellente opportunité pour les membres de l’OCS de coopérer plus étroitement sur le front de la sécurité.

À ce stade, sa structure régionale anti-terroriste (SRAT) n’a pas encore connu le feu de l’action. L’OCS est constituée de membres très divers, et n’a pas expérimenté à ce stade de coopération en matière de sécurité hormis les exercices très symboliques qui sont menés de temps à autre. L’efficacité de l’organisation serait fortement améliorée si le Tadjikistan demandait son assistance, quand bien même ce ne serait qu’afin de constituer un « exercice en conditions réelles » de soutien à la mission menée par les Russes. Cela n’implique pas non plus de déploiement prolongé de soldats sous bannière de l’OCS, car une telle mission pourrait aussi bien être accomplie par un partage accru de renseignements en passant par cette structure, ainsi que le déploiement d’un soutien matériel approprié. Bien que l’Inde soit en rivalité avec la Chine et le Pakistan, ces trois pays pourraient mettre leurs différends de côté de manière pragmatique afin d’acquérir l’expérience de sécurité multilatérale qui pourrait être utile pour le traitement des crises régionales futures, qu’elles aient trait à l’Afghanistan ou non.

La seconde dimension de la stratégie de l’OCS pour l’Afghanistan devrait voir l’ensemble des membres faire de leur mieux pour encourager un compromis politique entre Kaboul et les Taliban. Reuters a rapporté cette semaine que ces derniers comptent présenter un plan de paix au cours des discussions qui devraient avoir lieu le mois prochain, ce qui pourrait dans les faits constituer un ultimatum pour empêcher le déplacement que l’on pense qu’ils projettent en direction de la capitale. Les Taliban réfutent qu’une telle attaque soit à l’étude de leur côté, mais les observateurs craignent que celle-ci pourrait devenir inévitable si Kaboul refuse de se soumettre à leurs exigences. Afin d’éviter l’instabilité prononcée qui suivrait probablement cette bataille, il relève de l’intérêt de l’OCS de veiller à ce que les Taliban et Kaboul parviennent à un accord au cours de la prochaine phase de discussions. Le gouvernement afghan est déjà fortement démoralisé du fait du retrait étasunien, et son allié officiel étasunien sera prochainement moins capable que jamais de le défendre une fois effectué son retrait, au mois de septembre, si bien que ce scénario est bien possible.

C’est là que réside la troisième partie des actions que l’OCS peut mener pour aider l’Afghanistan : présenter les fondamentaux d’une proposition d’intégration économique régionale, pour démontrer à l’ensemble des parties prenantes intérieures que la paix serait véritablement dans l’intérêt de chacun. L’accord du mois de février entre le Pakistan, l’Afghanistan et l’Ouzbékistan, prévoyant la construction d’une voie ferrée trilatérale (que l’on nomme souvent PAKAFUZ en prenant les premières lettres du nom de chacun des trois pays) pourrait débloquer le potentiel d’intégration supercontinentale de ce pays ravagé par la guerre, en rapprochant enfin l’Asie centrale et l’Asie du Sud. Cela pourrait amener à l’établissement d’un nouvel axe économique allant de la Russie en Europe centrale jusque l’Inde en Asie du Sud, que l’on pourrait désigner sous le nom de Couloir de l’OCS. Cette proposition ambitieuse devrait idéalement être présentée à Kaboul ainsi qu’aux Taliban par l’OCS, comme une proposition d’ensemble, avec l’assistance de tous les membres de l’OCS durant la prochaine séance de discussions de paix à venir au mois d’août.

Le temps manque pour en présenter tous les détails, mais chaque pays pourrait apporter une chose ou une autre à ce projet, même des promesses générales d’assistance financière (par dons ou prêts) ainsi que d’expertise technique. La chose la plus importante est que les deux parties en guerre (mais surtout l’obstinée Kaboul) comprennent que parvenir à un compromis pragmatique servirait l’ensemble des intérêts de l’Eurasie, pas uniquement leurs intérêts propres, et que le corps multipolaire très prometteur du supercontinent est bel et bien en jeu dans ce débat. L’OCS doit agir et pas se contenter de parler, d’où la nécessité de mettre de côté certains des différends existants entre ses membres pour présenter conjointement un projet crédible à cette fin (qu’importe le manque de détails à ce stade, au vu du peu de temps qui est disponible). La bonne volonté et la confiance qui pourraient faciliter un tel processus pourraient fortement être stimulées par la proposition énoncée ci-avant, quant à une assistance en matière de sécurité accordée au Tadjikistan.

Pour assembler l’ensemble, c’est l’OCS qui porte la responsabilité de montrer la voie pour s’assurer que la situation en Afghanistan ne rentre pas prochainement dans une spirale de perte de contrôle, ce qui créerait un terrain fertile pour l’expansion régionale d’ISIS-K. Le bloc ne peut parvenir à cela qu’en contenant conjointement de telles menaces terroristes envers les RAC avoisinantes comme le Tadjikistan, en encourageant Kaboul et les Taliban à parvenir de manière pragmatique à un compromis politique au cours de la prochaine phase de pourparlers de paix qui aura lieu en août, afin de prévenir une intensification de la guerre civile afghane. Opportunité en sera également d’aider Kaboul et les Taliban à discuter d’un projet crédible pour transformer l’Afghanistan en pièce centrale du couloir de l’OCS qui est proposé, depuis l’Europe de l’Est jusque l’Asie du Sud. Certes, cela fait beaucoup pour une organisation qui n’a encore jamais été confrontée à une véritable crise, sans compter sur le caractère urgent de la crise afghane, mais tout ou partie de ce qui est proposé ici est bel et bien réalisable, pourvu que la volonté politique soit au rendez-vous.

Andrew Korybko


source : https://oneworld.press

traduit par José Martí, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

via https://lesakerfrancophone.fr

Commentaires: 0