AMBIANCE !

Le 18/07/2022.

Medvedev a déclaré que le jour du jugement pourrait venir pour l’Ukraine

Medvedev a averti l’Ukraine des conséquences extrêmement dures de toute attaque contre la Crimée.

Toute forme d’agression de la part de l’Ukraine dirigée contre la Crimée aura des conséquences catastrophiques pour Kyiv. Selon Dmitri Medvedev, vice-président du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, une tentative d’attaque contre la Crimée conduira l’Ukraine au Jour du Jugement.

La déclaration de Medvedev est intervenue au milieu de la récente menace de Kyiv d’utiliser les systèmes américains Himars contre la Crimée. Pour le moment, ce n’est pas possible, cependant, si les États-Unis annoncent le 20 juillet le transfert de missiles tactiques à longue portée à l’Ukraine, les objets stratégiques les plus importants de la péninsule tomberont dans la zone de destruction des armes américaines.

« Des clowns exaltés et sanglants qui surgissent de temps en temps avec des déclarations essaient également de nous menacer, en faisant référence à l’attaque contre la Crimée, etc. À cet égard, je tiens à dire qu’il est bien évident qu’ils comprennent les conséquences de telles déclarations. Et les conséquences sont évidentes : si quelque chose comme ça se produit, pour tous là-bas, le Jour du Jugement viendra en même temps. Très rapide et lourd. Ce sera très difficile de se cacher », a déclaré Dmitri Medvedev.

Ce que Medvedev entend exactement par Jour du Jugement pour l’Ukraine n’est pas précisé.

source : Avia.pro

Le ministre de la Défense russe demande d’accélérer l’offensive

Le 16 juillet, le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgu, est venu en Ukraine pour inspecter les militaires russes déployés dans le pays voisin. Le chef du département militaire russe a donné les instructions nécessaires pour accroître encore les actions des militaires russes dans tous les domaines opérationnels afin d’exclure la possibilité pour le régime de Kiev d’infliger des frappes massives de missiles et d’artillerie sur les infrastructures civiles et les habitants des localités du Donbass et d’autres régions.

Au poste de commandement, le général d’armée Sergueï Shoigu a entendu les rapports du général d’armée Sergueï Surovikin, commandant du groupe Sud, du colonel général Alexander Lapin, commandant du groupe Centre, et d’autres commandants sur la situation actuelle, la nature des actions ennemies et le déroulement des missions de combat des forces armées russes.

L’ordre du ministre russe de la Défense pourrait marquer le début d’une offensive majeure des forces dirigées par la Russie dans la région de la ville de Donetsk. Il s’agit de l’une des zones les plus lourdement fortifiées, où l’avancée russe a été presque stoppée. Les forces armées ukrainiennes déployées près de la ville de Donetsk bombardent quotidiennement les civils vivant dans la région, ce qui augmente le nombre de victimes.

Moscou avait précédemment prévenu que la partie russe ne se battait pas encore « en force », mais qu’elle menait une opération spéciale avec des moyens et des forces limités. Dans le même temps, le Kremlin a souligné qu’il était prêt à négocier depuis le tout début de l’intervention russe.

« Aujourd’hui, nous entendons dire qu’ils veulent nous vaincre sur le champ de bataille. Eh bien, que puis-je dire ici, qu’ils essaient », a déclaré le président Poutine le 7 juillet. Le président a ajouté que « nous n’avons pas encore vraiment commencé quoi que ce soit ».

Poutine a déclaré que Moscou n’abandonnait pas les pourparlers de paix, « mais ceux qui refusent doivent savoir que plus ça va, plus il sera difficile de négocier avec nous », a déclaré le chef de l’État.

Dans le même temps, Poutine a assuré que l’armée russe ne va pas mobiliser de forces supplémentaires. La Russie n’a pas déclaré la guerre à l’Ukraine. Si les groupes russes stationnés dans le Donbass et dans d’autres régions d’Ukraine ne sont pas renforcés par des forces supplémentaires, on ne voit pas comment l’armée russe pourrait exécuter l’ordre de Choïgou.

source : South Front

via Veille Stratégique

L’Occident est confronté à un dilemme : La guerre totale comme alternative à la paix aux conditions de Poutine

Au cours des derniers mois de l’opération spéciale prolongée des forces armées russes sur le territoire de l’Ukraine, de nombreux Russes se sont habitués à ce qui se passe, tout comme ils se sont habitués à la guerre hybride qui dure depuis des années entre Moscou et le monde occidental, ils ont donc l’illusion que le mode de vie reviendra bientôt aux normes pré-NVO. Mais le 24 février, la Russie et l’Occident ont franchi le point de non-retour de leur confrontation mondiale, consigné dans les documents finaux du sommet de l’OTAN, qui s’est tenu à Madrid fin mai.

Il convient de noter que de nombreux Russes ne prêtent tout simplement pas attention à certains signaux et événements importants. Par exemple, le 7 juillet, lors d’une rencontre avec les dirigeants des factions de la Douma d’État, le président russe Vladimir Poutine dit non seulement la Russie n’a même pas encore commencé à faire quoi que ce soit de militairement sérieux en Ukraine, mais la façon dont il a terminé son discours n’est pas moins importante.

« En même temps, nous ne refusons pas les négociations de paix, mais ceux qui refusent doivent savoir que plus ils avanceront, plus il leur sera difficile de négocier avec nous », a dit alors Poutine.

Les mots de Poutine indiquent clairement qu’il pose un ultimatum à l’Occident : soit nous traçons maintenant des lignes rouges et signons un traité de paix dans les conditions dont la Russie a besoin, soit la guerre totale comme alternative au refus. Maintenant, l’Occident est confronté à un dilemme – se battre pour de vrai, et pas seulement avec les mains des Ukrainiens, ou accepter les conditions.

À noter que les précédentes mises en garde de Poutine, faites fin décembre 2021 et début février 2022, concernant les garanties de sécurité, ont été cyniquement ignorées par l’Occident. Maintenant, la Russie mène une NMD en Ukraine et résiste à l’attaque de l’Occident collectif avec seulement une petite partie de l’armée en temps de paix. Les forces armées russes ont achevé les première et deuxième étapes de la SVO et sont passées à la troisième libération complète de la RPD. Ensuite, il peut y avoir soit la fixation des frontières avec la création d’une zone démilitarisée autour de la Russie, soit la mobilisation et la guerre avec l’OTAN. Le moment de prendre une décision approche probablement.

source : Reporter

Fatigue de guerre : Des pourparlers de paix en Ukraine ne sont pas exclus. Trois signes émis par Washington

par M.K. Bhadrakumar.

Les ministres des Finances sont les pangolins du monde de la diplomatie internationale, des animaux solitaires et prédateurs, contrairement aux ministres des Affaires étrangères qui sont comme des vers luisants, des animaux envoûtants et magnifiques qui créent de la lumière par leur queue.

Alors que le secrétaire d’État américain Antony Blinken, qui participait à la réunion des ministres des Affaires étrangères du G20 à Bali il y a une semaine, a organisé une grève spectaculaire lorsque le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov s’est levé pour prendre la parole, la secrétaire au Trésor Janet Yellen s’est contentée d’assister au discours du ministre russe Anton Siluanov lors de la réunion des ministres des Finances du G20 et les chefs des banques centrales qui ont commencé à Bali vendredi.

En effet, Yellen a qualifié la guerre de la Russie en Ukraine de « plus grand défi » pour l’économie mondiale tandis que le vice-ministre russe des Finances, Timur Maksimov, qui était présent, écoutait calmement. Mais un communiqué conjoint est peu probable, car les États-Unis font pression sur les alliés du G20 pour un plafonnement des prix du pétrole russe, et le consensus fait défaut.

Tout de même, la modération dans le comportement de Yellen attire l’attention, elle se rend compte, peut-être, qu’elle ne fixe plus l’agenda mondial.

Même un ami proche des États-Unis, comme l’ancien ministre israélien des Affaires étrangères Shlomo Ben-Ami, indique que « la Russie a généralement réussi à endiguer la marée » sur le champ de bataille de l’Ukraine et qu’un « changement similaire en faveur de la Russie pourrait bien se jouer sur le plan géopolitique », ce qui signifierait que « les conséquences si on reste sur la voie actuelle pourraient s’avérer bien pires ».

De telles voix de la raison devraient être remarquée à Washington.

Au cours de la seule semaine dernière, Washington a montré sa volonté de « modifier » les sanctions occidentales contre la Russie à trois reprises dans une direction qui répondait aux préoccupations de Moscou.

Le dernier en date concerne la crise alimentaire où la Russie et l’Ukraine sont parvenues à un accord selon lequel Kiev supprimera les mines dans les eaux autour de ses ports du sud afin qu’un « couloir céréalier » s’ouvre vers le Bosphore.

Pendant ce temps, Washington a informé les banques internationales, les compagnies maritimes et d’assurance que les sanctions occidentales ne s’appliquent pas aux exportations russes de céréales alimentaires et d’engrais vers le marché mondial.

Là encore, une situation potentiellement explosive s’est produite lorsque, le 18 juin, la Lituanie a bloqué le transit de marchandises russes vers et depuis l’enclave de Kaliningrad. Après les protestations furieuses de Moscou et les avertissements de représailles, la Commission européenne a publié une décision révisée le 13 juillet dans « une démonstration de réalisme et de bon sens », comme l’a dit le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères.

Selon les directives de l’UE, le transit ferroviaire de pétrole et de produits pétroliers, de charbon, d’acier et de fer, de bois, de ciment et d’autres marchandises non militaires vers Kaliningrad ne sera pas interdit en vertu des sanctions.

Il est inconcevable que l’UE ait agi sans consulter Washington, qui est probablement intervenu pour désamorcer la confrontation potentiellement dangereuse.

De même, le 11 juillet, le porte-parole du département d’État américain a reconnu que Washington était favorable à une levée des sanctions par le Canada ce qui permettrait à Siemens de transférer une turbine nécessaire de toute urgence pour l’exploitation du gazoduc Nord Stream de Gazprom vers l’Europe, afin que la situation énergétique de l’Allemagne ne s’aggrave pas. .

Dans chacune des trois situations ci-dessus, la position de Washington est de ne pas laisser la confrontation actuelle entre la Russie et l’Europe s’aggraver davantage.

Washington doit être parfaitement conscient que la fatigue de la guerre en Europe est une réalité impérieuse.

Les protestations des agriculteurs aux Pays-Bas se sont rapidement propagées à travers l’Europe.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a peut-être démissionné d’une implosion politique de sa propre initiative, mais c’était aussi un processus plutôt qu’un événement, et l’état de l’économie britannique au bord de la récession était un facteur majeur.

Le gouvernement italien est maintenant sur le point de s’effondrer (BB c’est fait) et, ce sont les mesures visant à compenser la crise du coût de la vie qui sont devenues le point focal des tensions qui couvaient au sein de la large coalition du Premier ministre Mario Draghi.

En ce qui concerne l’Allemagne, la centrale électrique de l’Europe, tous les paris sont ouverts. La faisabilité d’une relance de la production d’énergie nucléaire ; l’inflation et les moyens les plus efficaces de la combattre ; hausse des prix ; crise de la sécurité énergétique; les fermetures industrielles imminentes et la réduction à grande échelle de l’emploi – celles-ci ont exacerbé les désaccords entre les partis au sein du gouvernement de coalition dirigé par le chancelier Olaf Scholz et érodé régulièrement le soutien du public.

Les désaccords internes sur des questions clés affectent la prise de décision du gouvernement et détruisent la réputation du cabinet de coalition. Le British Telegraph a rapporté hier : « Autrefois admirée et enviée, l’Allemagne est maintenant l’exemple type des dommages qu’une politique étrangère et énergétique malavisée peut causer. »

Le journal a souligné que Scholz essaie de plaire à la fois aux pays de l’OTAN et à la Russie, alors que « personne ne le respecte » et qu’il y a peu d’options pour de nouveaux développements. Sa prévision : « Soit Berlin subira un revers massif, accompagné de l’effondrement de la coalition au pouvoir des « feux de signalisation », soit elle capitulera devant Poutine. »

En effet, Moscou serre la vis.

Gazprom a averti mercredi qu’il ne pouvait pas garantir le fonctionnement des équipements « critiques » du gazoduc Nord Stream 1 malgré la décision du Canada de restituer une turbine essentielle après sa réparation.

Pourtant, il n’y a pas si longtemps, Poutine prévoyait que l’Allemagne serait la prochaine superpuissance mondiale. L’Allemagne paie en effet un prix très élevé pour suivre la ligne belliqueuse des États-Unis envers la Russie. Les Verts de la coalition de Scholz, en particulier, ont repoussé les limites. Aujourd’hui, Washington n’a pas de solutions à proposer alors que l’économie allemande est au bord de l’effondrement en raison du contrecoup des sanctions contre la Russie. 

La vérité choquante est que, comme l’a noté China Daily, « Lors de la crise de la dette européenne de 2011, l’Allemagne, avec un approvisionnement suffisant en énergie russe grâce aux relations stables avec Moscou entretenues par la chancelière d’alors Angela Merkel, a agi comme le sauveur de l’Union européenne ». Union… L’Allemagne pourra-t-elle cette fois sauver l’UE ?

Certes, l’administration Biden comprend que l’alliance occidentale est confrontée au moment de vérité. Le « peaufinage » des sanctions à trois reprises la semaine dernière transmet quelque chose.

L’influent quotidien russe Izvestia a écrit mercredi que le règlement sur le « corridor céréalier » à travers la mer Noire peut créer l’ambiance pour la reprise des pourparlers de paix entre Kiev et Moscou. Le quotidien cite Ivan Abramov, vice-président de la commission de la politique économique du Conseil de la Fédération (chambre haute du parlement), disant :

« Bien sûr, maintenant, tout accord peut rapprocher les positions. Il y a eu des changements à Kaliningrad. Peut-être que le succès des négociations sur les céréales incitera à la reprise des pourparlers de paix avec l’Ukraine. Cependant, Kyiv devrait être prêt pour cela. »

Abramov a laissé entendre que le président Poutine et son homologue turc Erdogan pourraient discuter de nouveaux pourparlers de paix lors de leur prochaine réunion à Téhéran mardi. Le vice-président de la commission de politique économique de la Douma d’État (chambre basse du parlement), Artem Kiryanov, a également déclaré aux Izvestia que pour arrêter l’opération militaire spéciale en Ukraine, les conditions déclarées par Moscou doivent être remplies, mais que Kiev semble plutôt enclin à compter sur l’approvisionnement en armes occidentales plutôt qu’à s’asseoir à la table des négociations.

Dans ce contexte, le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, a effectué aujourd’hui une « visite d’inspection » au poste de commandement des groupes sud et centre des forces armées russes, qui dirigent les opérations militaires spéciales en Ukraine, pour être informé par les commandants de l’armée sur « la situation actuelle, l’action de l’ennemi et l’avancement de l’accomplissement des tâches de combat ».

Le communiqué de presse du MOD a déclaré que Choïgou « a donné les décrets nécessaires pour intensifier l’action des groupes de troupes sur tous les fronts afin d’empêcher les attaques massives de missiles et d’artillerie lancées par le régime de Kiev contre les infrastructures civiles, la population du Donbass et d’autres régions ».

L’accent de Choïgu était sur la consolidation des gains militaires plutôt que sur de nouvelles offensives.

MK Bhadrakumar

source : Indian Punchline

via Bruno Bertez

Ukraine : Zelensky ne fait plus confiance à son entourage et procède à un balayage

Alors que le président ukrainien Vladimir Zelenski semble ne plus avoir confiance en certains de ses collaborateurs, il a procédé au limogeage de deux hauts responsables du pays et à l’arrestation d’un autre.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a démis de ses fonctions la procureure générale du pays, Irina Venediktova et suspendu le chef du Service de sécurité de l’Ukraine (SBU), Ivan Bakanov. Les deux décrets ont été publiés ce dimanche sur le site de la présidence.

Dans la foulée, Zelensky avait ordonné plus tôt, l’arrestation de l’ancien chef du Service de sécurité de l’Ukraine (SBU), Oleg Koulinitch, qui a été interpellé le 16 juillet, en Crimée et est soupçonné de haute trahison. Le dirigeant du pays a annoncé la nouvelle sur sa chaîne Telegram, rappelant qu’il l’avait limogé dès le début de l’opération spéciale de la Russie. « Nous constatons que cette décision était absolument justifiée. »

Il a affirmé que les preuves étaient suffisantes pour l’accuser de haute trahison. « Tous ceux qui, avec lui, faisaient partie du groupe criminel déployant des activités dans l’intérêt de la Russie, assumeront également leurs responsabilités », a-t-il ajouté. Il a affirmé qu’il s’agissait de la remise à la Russie d’informations secrètes et d’autres faits de coopération avec les services secrets russes.

Selon l’agence RBC-Ukraine, l’ancien chef du SBU en Crimée, Oleg Koulinitch, travaillait au sein des services au moment de son interpellation. Il était l’adjoint du patron du SBU, Ivan Bakanov, qui a été limogé par Volodymyr Zelensky.

source : Actu Cameroun

L’OTAN est-elle en morceaux ? L’Europe implose-t-elle ? Le 23/07/2022.

par Luigi Tedeschi - Le 23/07/2022.

Mais surtout, qui tombera dans le « piège de Thucydide », la Russie ou les États-Unis ?

Depuis le début de la guerre d’Ukraine, l’interprétation de l’évolution du conflit par le courant dominant occidental est sans ambiguïté : la stratégie de Poutine visant à diviser l’Occident a échoué, étant donné l’unité granitique de l’OTAN face à l’ennemi commun, et les sanctions conduiraient bientôt au défaut de paiement de la Russie, avec la déstabilisation politique du régime de Poutine qui en découlerait. Aujourd’hui, nous devons constater l’absence totale de fondement de ces prédictions. Les sanctions, plutôt que la Russie, ont plutôt conduit à une crise énergétique et à une récession économique imminente en Europe, avec des résultats imprévisibles. L’unité même de l’OTAN et de l’UE, au-delà de la rhétorique pro-occidentale et russophobe, est tout à fait apparente. De profonds clivages et des conflits potentiels sont évidents entre les membres de l’OTAN et de l’UE. Il faut s’attendre à ce que l’Occident sorte de cette crise profondément divisé.

L’OTAN est-elle en morceaux ?

Au sein de l’OTAN, on peut distinguer plusieurs zones géopolitiques aux histoires et aux intérêts très divers et conflictuels.

La région balte se compose de l’Estonie, de la Lettonie, de la Lituanie et de la Pologne, dont l’adhésion à l’UE a été conçue comme une conséquence directe et nécessaire de l’adhésion à l’OTAN. Ces pays constituent une zone d’influence des États-Unis, qui ont remplacé l’URSS sur le plan militaire. La présence de l’OTAN dans la région balte est donc configurée comme un avant-poste stratégique et idéologique occidental (en tant que zone la plus nettement russophobe de l’OTAN), en opposition à la Russie.

En revanche, la région scandinave, dans laquelle l’OTAN a été renforcée par la récente adhésion de la Suède et de la Finlande, est une zone d’influence anglo-saxonne-britannique depuis la Seconde Guerre mondiale, opposée à la Russie, mais également encline au compromis avec Moscou. Étant donné la culture pacifiste qui prévaut chez les peuples scandinaves, l’éventualité de conflits guerriers avec la Russie est hautement improbable.

La zone d’Europe centrale et occidentale, représentée par l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne (les Pays-Bas se situent entre l’influence germanique et anglo-saxonne), qui constitue le noyau prédominant de l’UE, résiste en revanche largement au nouveau rideau de fer érigé par l’OTAN en Europe de l’Est. L’Europe continentale, bien qu’elle se soit jointe aux sanctions contre la Russie, est néanmoins opposée à la rupture des liens tant historiques-culturels qu’économiques avec Moscou, car une telle rupture géopolitique affecterait négativement l’économie européenne dans une très large mesure et pourrait saper la propre suprématie économique de l’Allemagne. Il faut également tenir compte du fait que les pays d’Europe de l’Est sont en réalité des satellites économiques d’une Allemagne dont l’influence économique dominante ne s’accompagne pas d’une primauté politique correspondante, étant donné sa subordination à l’OTAN et aux États-Unis. Le rôle propre de l’UE est actuellement très affaibli et marginalisé par rapport à l’OTAN. Il suffit de mentionner le cas de la Pologne, un pays qui a été sanctionné par la Cour européenne de justice pour avoir violé l’État de droit. Ces sanctions ont été écartées en raison du rôle stratégique de premier plan joué par la Pologne dans l’expansion de l’OTAN à l’est. Enfin, il convient de noter que la prédominance de l’OTAN en Europe a complètement contrecarré les aspirations européennes à la création de sa propre autonomie stratégique.

La Hongrie de Orban, bien que membre de l’OTAN, mène une politique autonome. La Hongrie n’a jamais rompu ses liens énergétiques avec la Russie et résiste aux sanctions occidentales contre Poutine.

La Turquie est un membre de l’OTAN qui poursuit néanmoins sa propre politique étrangère autoréférentielle. Elle ne s’est pas associée aux sanctions contre la Russie. Au contraire, elle a assumé un rôle de médiateur dans le conflit.

La création d’un nouveau « rideau d’acier » en Europe de l’Est, dans un esprit russophobe, a fait disparaître l’intérêt stratégique de l’OTAN pour la région méditerranéenne de l’Europe. Ces changements dans la stratégie géopolitique de l’OTAN impliquent directement l’Italie.

Cependant, dans la zone méditerranéenne, le désintérêt apparent de l’OTAN pour le front sud de l’Europe (déterminé par le désengagement américain au Moyen-Orient et en Afrique du Nord), s’est en fait transformé en un assentiment tacite à la politique d’expansion néo-ottomane d’Erdogan, avec la pénétration conséquente de la Turquie sur le continent africain, au détriment de l’Europe et surtout de l’Italie, qui a été évincée de la Libye. La Turquie est membre de l’OTAN, qui poursuit néanmoins une politique impérialiste en Méditerranée et en Afrique, mais les stratégies d’Erdogan ne sont jamais en contradiction avec celles de l’OTAN.

L’Europe est-elle en train d’imploser ?

Le conflit entre les États-Unis et la Russie en Ukraine a également une signification idéologique. La propagande dominante repropose le choc des civilisations entre l’Occident libéral-démocratique et les autocraties de la Russie et de la Chine. Ce qui émerge de cet affrontement, c’est la configuration du modèle occidental comme civilisation supérieure, comme expression de la primauté américaine dans le monde. Primauté en vertu de laquelle, les guerres américaines sont idéologiquement et moralement légitimées comme des missions de défense de la civilisation occidentale. Mais dans le modèle libéral-démocratique occidental, des facteurs de crise et de conflit apparaissent, qui conduiront finalement à la décadence progressive de l’Occident lui-même.

La crise du modèle occidental est évidente : l’UE elle-même a largement contribué au processus de désintégration progressive des institutions politiques des États européens.

L’Allemagne est la puissance économique dominante de l’UE, mais elle n’est pas pertinente sur le plan géopolitique en raison de son statut de pays à souveraineté limitée au sein de l’OTAN. Étant donné sa dépendance au gaz russe, une crise énergétique et une guerre pourraient mettre en péril sa propre primauté économique. Sur le plan interne, l’Allemagne apparaît divisée en trois zones culturellement et socio-économiquement diversifiées: la Bavière, qui est le pays le plus avancé économiquement et qui dispose également d’un large degré d’autonomie au sein de l’UE, la zone rhénane-hanséatique et la partie orientale correspondant à l’ancienne RDA.

Cette dernière zone, en ce qui concerne l’approvisionnement énergétique, n’est pas reliée à l’Occident, car elle est approvisionnée en pétrole russe par l’oléoduc Druzhba, qui traverse le Belarus et la Pologne. Par conséquent, les Länder de l’Est auront du mal à se libérer de la dépendance énergétique russe et resteront exposés aux éventuelles représailles de Poutine contre l’Ouest et aux éventuelles actions de désintégration de la Pologne en fonction anti-russe. Ajoutez à cela le fait que la réunification allemande a eu lieu par l’annexion de l’ancienne RDA à la RFA, avec l’accaparement par cette dernière des ressources économiques et la déconstruction du tissu industriel de l’ancienne Allemagne de l’Est. Les Länder de l’Est ont subi un fort déclin démographique et leurs conditions économiques et sociales actuelles sont bien inférieures à celles des citoyens de l’Ouest. Les Allemands de l’Est (les Ossis) sont largement convaincus qu’ils vivent dans un état d’inégalité économique et politique flagrant, et la réunification allemande est considérée comme une occupation des territoires de l’Est par l’Allemagne de l’Ouest. Ainsi, les sentiments pro-russes sont largement répandus au sein de la population de l’ancienne RDA, par opposition aux terres occidentales qui ont toujours été alignées sur l’Occident et l’OTAN. Avec la guerre, cette ligne de fracture entre l’Est et l’Ouest pourrait s’accentuer.

Un réarmement de l’Allemagne avec des investissements de 100 milliards a été prévu dans le cadre de la stratégie de l’OTAN pour s’opposer à la Russie. L’Allemagne devra donc détourner des ressources considérables des investissements dans l’économie et les infrastructures sociales pour les affecter à l’armement. La hausse des prix de l’énergie, l’inflation et la pénurie de semi-conducteurs sont des facteurs qui pourraient nuire à la compétitivité de l’industrie allemande et européenne basée sur l’exportation. Il est toutefois très douteux qu’une population décimée par la récession économique imminente puisse accepter cette transformation du statut géopolitique de l’Allemagne d’une puissance économique dominante à une puissance militaire en fonction de la politique américaine d’endiguement de la Russie. L’opinion publique allemande est actuellement très critique à l’égard de la « coalition des feux de signalisation » du gouvernement Scholz en ce qui concerne la politique économique et le rôle de l’Allemagne dans la crise ukrainienne.

En France, la crise institutionnelle s’est manifestée de plein fouet. Le mécontentement social qui a déjà explosé avec les gilets jaunes ces dernières années est appelé à s’étendre et l’abstentionnisme est désormais majoritaire aux élections générales. Ces phénomènes mettent en évidence le détachement total entre le peuple français et ses institutions. L’ingouvernabilité actuelle de la France de Macron, qui résulte des résultats des dernières élections, en est une démonstration claire.

En Italie aussi, l’abstention de vote est endémique. Les gouvernements techniques, ou en tout cas les gouvernements non représentatifs des orientations exprimées par le corps électoral, se succèdent depuis plus d’une décennie. Les gouvernements techniques et/ou d’unité nationale tels que ceux de Draghi et de Macron représentent la prévalence de pouvoirs technocratiques légitimés par l’UE qui priment sur la volonté du peuple. Les gouvernements pilotés par le pilote automatique européen ont progressivement subverti les institutions démocratiques et profondément affecté la souveraineté même des États.

En outre, un processus de décomposition de l’État s’est manifesté depuis longtemps en Europe avec l’émergence du phénomène de l’autonomisme/séparatisme. L’Espagne (avec la Catalogne) et la Grande-Bretagne (avec l’Écosse et l’Irlande du Nord) sont en état de dissolution avancée. Dans l’UE, un système de division territoriale par zones économiques homogènes a été imposé au détriment de l’unité et de l’indépendance des États-nations.

Ce n’est certainement pas Poutine qui provoquera la dissolution de l’Europe, qui pourrait au contraire imploser de l’intérieur, déchirée par les inégalités sociales ou entre États et par les égoïsmes régionaux, nationaux ou de classe.

L’occidentalisation prédatrice de l’Ukraine

La solidarité occidentale avec l’Ukraine s’avère cynique et hypocrite. Lors de leur rencontre à Kiev avec M. Zelensky, Macron, Draghi et Scholz ont soutenu la candidature de l’Ukraine à l’adhésion à l’UE, qui pourrait se concrétiser dans une décennie. Mais l’entrée de l’Ukraine dans l’UE n’est rien d’autre que son intégration dans le système capitaliste occidental.

La future Ukraine, en tant que membre de l’UE, sera en fait incorporée à l’Europe de l’Est, c’est-à-dire à la zone de domination économique allemande, en tant que fournisseur de matières premières et de main-d’œuvre bon marché, et deviendra un territoire pour les délocalisations industrielles de l’Occident. L’adhésion de l’Ukraine à l’UE représenterait donc l’intégration d’un pays (vivant déjà en Occident dans un statut de subalternité politique), dans un système d’expansion économique incontrôlée, d’inégalités, dominé par les oligarchies financières de l’UE.

Cependant, l’Ukraine est un pays dont les ressources ont déjà été pillées par les multinationales de l’Ouest. Après l’effondrement de l’URSS, l’indépendance de l’Ukraine a vu la mise en œuvre de programmes de privatisation de ses ressources agricoles et industrielles, sous l’égide du FMI, qui a accordé des financements liés à l’imposition de la rigueur budgétaire et de politiques d’austérité. L’Ukraine compte 32 millions d’hectares cultivés et produit annuellement 64 millions de tonnes de céréales et de graines, ainsi que de l’orge et de l’huile de tournesol, dont elle est l’un des principaux exportateurs mondiaux. L’Ukraine, qui est devenue l’un des plus importants marchés agroalimentaires du monde, a fait l’objet de gigantesques vagues spéculatives suite aux réformes ultralibérales imposées par l’Occident. De grands fonds d’investissement, tels que Black Rock, ont rapidement acquis les actifs agroalimentaires de l’Ukraine. Selon les estimations d’Open Democracy, 10 entreprises privées contrôlent aujourd’hui 71% du marché agricole ukrainien. Outre les oligarques ukrainiens, des multinationales telles que Monsanto, Cargill, Archer Daniels Midland et Dupont détiennent la gestion des usines de reproduction, des usines d’engrais et de l’infrastructure commerciale d’exportation.

Une crise alimentaire aux effets dévastateurs est en cours, notamment dans le tiers monde, en raison de la pénurie de denrées alimentaires exportées d’Ukraine et de Russie. Mais la crise concerne moins la guerre que la spéculation financière. Une interview récente dans il Manifesto de l’économiste français Frédéric Mousseau, intitulée « Le blé est là, la spéculation sur les prix provoque la crise », révèle ce qui suit : « La FAO a déclaré début mai que les stocks mondiaux de céréales sont relativement stables. La Banque mondiale confirme que les stocks de céréales sont proches des records historiques et que les trois quarts des récoltes russes et ukrainiennes avaient déjà été livrées avant le début de la guerre. Nous pouvons dire qu’il n’y a pas de pénurie imminente mais plutôt une forte spéculation sur les marchés à terme pariant sur des augmentations de prix et des famines futures afin de maximiser les profits »… « Il est clair qu’il y a une crise alimentaire, avec des millions ou des centaines de millions de personnes dans le monde en état d’insécurité, sans accès à une nourriture adéquate ou dépendant des réseaux d’aide sociale, mais cela existe indépendamment de la guerre. Il y a une crise alimentaire, mais c’est une crise sans réelle pénurie de nourriture ».

Le commerce rapace de la reconstruction de l’Ukraine

Alors que la guerre s’éternise, la perspective d’une planification commerciale pour la reconstruction de l’Ukraine devient de plus en plus d’actualité en Europe. Lors de la « Conférence pour la reconstruction de l’Ukraine » qui s’est tenue récemment à Lugano, Zelensky a présenté un plan de 750 milliards pour la décennie 2023-2032. Cela soulève la question de trouver les fonds nécessaires. Dans l’UE, des dons sont envisagés, des émissions d’euro-obligations comme pour le NGEU (mais il ne sera pas facile de surmonter l’hostilité des pays frugaux), ou la levée de fonds par l’utilisation des 300 milliards d’actifs et de capitaux russes gelés par les gouvernements occidentaux (dont la confiscation ne sera probablement pas autorisée par les tribunaux).

Quelles garanties l’Ukraine peut-elle offrir contre un tel financement ? Peut-on prévoir un endettement de l’Ukraine qui entraînera l’expropriation de ses ressources par les créanciers de l’Occident ? Toutefois, une répartition des zones de reconstruction entre les États occidentaux a été prévue. L’Italie s’est vu attribuer Donetsk, qui est toutefois désormais aux mains des Russes. C’est un territoire occupé depuis 2014 par les séparatistes russes. Et le paradoxe est que la reconstruction se ferait sur un territoire bombardé par les Ukrainiens afin de le reconquérir.

L’Ukraine est un pays dévasté non seulement par la guerre, mais aussi et surtout par les politiques néolibérales imposées par l’Occident. Après 30 ans d’indépendance, les revenus et la qualité de vie sont inférieurs aux normes des années 1990. Sur le plan démographique, l’Ukraine connaît une baisse marquée du taux de natalité et un taux de mortalité infantile élevé, tout en étant décimée par l’émigration. La migration est considérée comme une grande opportunité pour les pays capitalistes, car la mobilité de la main-d’œuvre augmente l' »armée industrielle de réserve » et favorise la compression des salaires. Mais l’émigration prive les pays d’origine de ressources humaines. Les migrations en provenance d’Europe de l’Est, un phénomène corrélé à l’expansion de l’OTAN en Eurasie, révèlent le destin tragique auquel de nombreux peuples sont tombés avec l’avènement de la mondialisation. En effet, l’Occident a transformé des millions d’individus, qui occupaient souvent des positions sociales très différentes dans leur État d’origine, en un peuple de soignants, de travailleurs et de parias.

La situation de la reconstruction de l’Ukraine est bien décrite par Fabio Mini, co-auteur avec Franco Cardini du livre Ucraina, la guerre e la storia, PaperFist 2022 : « Entre-temps, l’UE a déjà déboursé 600 millions sur le milliard accordé pour l’aide. La Banque mondiale a déjà accordé un prêt supplémentaire de 350 millions et une garantie pour 139 millions supplémentaires. Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une allocation de 2,2 milliards. La Pologne, l’Allemagne et la France sont déjà en première ligne dans la course à la reconstruction. Mais l’inventaire de reconstruction pourrait prendre des années. L’Ukraine « libérée » se prépare à être un État esclave de la dette aux mains d’une troïka qui ne fera de remise à personne (Grèce docet). Sur le plan démographique, l’Ukraine est déjà un pays au bord de la capitulation avec un déclin constant de 7 pour mille et une forte émigration. Dans une nation dévastée par la guerre, les gens ne reviennent pas volontiers et le pays devient dépendant des transferts de fonds des émigrants (ce qu’est déjà l’Ukraine), et la proie des profiteurs d’après-guerre qui contrôlent généralement les gouvernements et n’enrichissent certainement pas la population ».

L’Occident et le nouveau multilatéralisme

Cette guerre a fait apparaître un profond clivage dans la géopolitique mondiale, qui n’est pas celui entre l’Ouest et l’Est de la guerre froide. Au contraire, un contraste marqué est apparu entre l’Occident et le reste du monde, c’est-à-dire le non-Occident. La mondialisation a donc échoué, en tant que phénomène d’expansion économique et financière illimitée qui a conduit parallèlement à l’exportation mondiale d’un système néo-libéral anglo-saxon. Ce n’est pas une coïncidence si la disparition de la mondialisation coïncide avec le déclin de la puissance américaine. La mondialisation n’a pas généré le dialogue, la pacification et le développement entre les peuples, mais a, au contraire, fait naître des contrastes de plus en plus marqués et produit des conflits sans fin.

La ligne de faille d’incommunicabilité de plus en plus profonde qui sépare l’Occident des peuples des autres continents est de nature idéologique et culturelle. L’identité assumée par l’Occident au cours des trois derniers siècles découle de la culture des Lumières, qui est à l’origine de la société libérale et donc de la domination capitaliste au niveau mondial. Le modèle occidental est fondé sur un individualisme abstrait qui conduit à l’éradication des identités historiques et culturelles des peuples, en vue d’un progrès illimité et irréversible. Par conséquent, en vertu d’une idéologie qui postule le dogme a priori de la nécessité historique du progrès, l’Occident s’est légitimé pour imposer sa supériorité morale (coïncidant parfaitement avec la doctrine américaine de la « destinée manifeste », selon laquelle les valeurs et les intérêts des États-Unis sont identifiés aux destinées du monde), avec l’exportation au monde d’un modèle de société néolibéral qui implique l’annulation du sens et de la conscience de l’histoire des peuples.

La société européenne vit dans la dimension de la post-histoire depuis le milieu du siècle dernier. L’Europe actuelle est en effet dépourvue de mémoire historique, éloignée des événements géopolitiques du présent et incapable de concevoir des projets d’avenir. La dimension de la non-histoire dans laquelle se débat l’Europe actuelle est bien décrite par Romano Ferrari Zumbini dans un article intitulé « L’Occident dans le piège de Narcisse », paru dans le numéro 5/2022 de Limes : « La société occidentale du XXIe siècle est imprégnée de rationalisme. Les Lumières sont immanentes à la société contemporaine. Pensez à la fascination du mot <révolutionnaire> : quel annonceur n’utilise pas l’adjectif <révolutionnaire> pour propager avec emphase la meilleure qualité (plus ou moins réelle) d’un nouveau produit à lancer sur le marché ? Le neuf est toujours une garantie de mieux. Ce faisant, on efface le passé et on hypothèque le présent, destiné à succomber face à l’avenir ».

La guerre russo-ukrainienne est en fait un conflit géopolitique entre les États-Unis et la Russie destiné à transformer l’ordre mondial. Son issue et surtout ses conséquences sont imprévisibles. Dans ce conflit, il faut faire la distinction entre un agresseur tactique, qui a matériellement provoqué la guerre (la Russie), et un agresseur stratégique, qui a rendu la guerre inévitable (les États-Unis). Dans le livre susmentionné « Ukraine, guerre et histoire », Franco Cardini propose à nouveau une interprétation des événements tirée de la culture classique : le « piège de Thucydide ». Selon Franco Cardini : « Le piège qui porte son nom se déclenche lorsqu’une grande puissance, qui se sent pourtant menacée par la décadence, croit pouvoir arrêter ce processus négatif en attaquant une puissance subordonnée et périphérique. Les Athéniens l’ont fait avec Delos à l’origine de l’événement connu sous le nom de « guerre du Péloponnèse ». Mais derrière la fragile Délos se cachait la grande Sparte : et c’est là l’origine de la ruine de la Grèce antique ».

Alors, Poutine est-il tombé dans le piège qui, en attaquant l’Ukraine, a provoqué une intervention américaine qui, à long terme, usera et déstabilisera la Russie, ou bien Biden est-il tombé dans le piège qui, avec la guerre, provoquera une alliance entre la Russie et la Chine qui mettra fin à la suprématie américaine dans le monde ? Toute réponse est impossible pour le moment, étant donné l’imprévisibilité de l’histoire.

Cependant, un nouvel ordre mondial inspiré par le multilatéralisme est en train de prendre forme. Un sommet des pays BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) s’est tenu entre le 23 et le 24 juin, d’où sont sorties les lignes directrices d’un nouvel ordre mondial. Ces pays représentent un tiers de la masse continentale du monde, 43% de la population mondiale et 25% du PIB mondial, et détiennent une grande partie des matières premières de la planète. Cette adhésion est appelée à se développer. L’Argentine, puissance agricole condamnée à la cessation de paiement par l’impérialisme américain, et l’Iran, grand producteur de pétrole, sous embargo américain et soumis à la criminalisation internationale pour n’avoir jamais cédé à la puissance américaine, veulent adhérer.

Les BRICS sont des pays très divers dans leurs cultures et leurs intérêts. Cependant, ils sont capables de générer une opposition géopolitique mondiale aux États-Unis. Dans ce nouveau contexte multilatéral, l’Occident apparaît isolé et réduit dans son rôle géopolitique hégémonique dans le monde. Andrea Zhok, dans un article récent intitulé « The Upside Down of the World We Have Come to Know » (L’envers du décor du monde que nous avons appris à connaître), l’exprime ainsi : « Bien sûr, les BRICS auront toujours du mal à évoluer harmonieusement, car ils sont issus d’une pluralité de traditions et de cultures différentes, mais tant que l’empire américain et ses brimades internationales existeront, ils auront à la fois une forte incitation à le faire et un guide clair sur ce qu’il faut faire.

Ainsi, malgré les revers, ce sera le scénario émergent, qui submergera et bouleversera le monde que nous avons connu. Il faudra quelques décennies pour en voir pleinement les effets économiques et démographiques, mais un effet sera visible immédiatement : les provinces de l’empire américain devront faire face à l’effondrement de leur propre structure idéologique, celle qui les a amenées à élever la théorie économique néolibérale et la théorie éthique libérale au rang de seule vision du monde.

source : Italicum

via Euro-Synergies

En attendant les Russes

par Dmitry Orlov - Le 27/07/2022.

Lorsque le bataillon ukrainien Azov (des nazis tatoués et drogués) a finalement été chassé des rues de Marioupol, une ville russe d’un demi-million d’habitants située sur les rives de la mer d’Azov, pour se réfugier dans les sous-sols caverneux de l’usine métallurgique, les habitants, qui avaient été contraints de se cacher des mitrailleuses et des bombardements dans les sous-sols de leurs propres immeubles, ont d’abord hésité à quitter leurs abris. Puis certains d’entre eux, en écoutant le bruit à l’extérieur, ont entendu de puissants « Allahu akbar ! » (« Gloire à Dieu »), ils ont poussé un profond soupir de soulagement – « les Russes sont enfin là ! » – et ont envahi les rues pour accueillir leurs libérateurs russes, qui étaient, dans ce cas, les forces spéciales tchétchènes.

Cette petite vignette de la vie réelle peut vous laisser perplexe. Comment vos vaillants amis ukrainiens peuvent-ils être des nazis ? Votre gouvernement leur a prodigué d’innombrables milliards d’euros d’aide militaire, qui ont rapidement disparu dans une sorte de trou noir sans que rien ne soit montré, si ce n’est une suite ininterrompue de retraites militaires, de défaites et d’humiliations. Pendant ce temps, de plus en plus de vos concitoyens n’ont même pas les moyens de chauffer ou de refroidir leur maison ou de nourrir correctement leurs enfants. Cela doit vraiment faire mal ! Et comment Marioupol, un important centre industriel ukrainien qui représentait autrefois environ un dixième du PIB de l’ancienne Ukraine, peut-il se révéler être habité presque exclusivement par des Russes patriotes, brandissant le drapeau blanc-bleu-et-rouge ? Et comment les Russes peuvent-ils se sentir heureux d’être libérés par des combattants musulmans criant « Allahu akbar » – ne sont-ils pas des chrétiens orthodoxes, et non des musulmans ?

Les nazis ukrainiens sont des nazis parce que leur idéologie est nazie. Selon cette concoction diabolique, les Ukrainiens sont racialement supérieurs et distincts de tous les autres Russes parce qu’ils sont de purs Slaves, alors que les autres Russes sont un mélange de Slaves, d’Ugro-Finlandais, de Turcs et d’autres groupes ethniques. Leur pureté et leur supériorité raciales supposées leur permettent de tuer et de torturer tous ceux qui ne sont pas eux – les Polonais, les Russes et surtout les Juifs. Ils se sentent parfaitement justifiés de bombarder les quartiers résidentiels peuplés de ces Untermenschen et d’utiliser ces civils comme boucliers humains. Et lorsque cette tactique échoue et qu’ils sont contraints de battre en retraite, ils bombardent des écoles, des hôpitaux et des jardins d’enfants dans les quartiers qu’ils ont abandonnés. Rien qu’à Donetsk, plus d’une centaine de bâtiments doivent être réparés avant le début de l’année scolaire. Il est beaucoup plus sûr de bombarder des malades et des enfants que de bombarder les troupes russes, qui ripostent immédiatement.

Si les Américains et autres Anglos, ainsi que les divers otages de l’UE, ont du mal à comprendre que les Ukrainiens sont des nazis, c’est peut-être parce qu’ils sont eux-mêmes atteints de la maladie nazie. Après tout, cela fait maintenant neuf ans qu’ils financent les nazis et permettent leurs crimes de guerre – suffisamment longtemps pour que le poison mental se répande et s’infiltre. À leur tour, les nazis ukrainiens se sentent très proches des Anglos, comme ils l’étaient des nazis allemands pendant la Seconde Guerre mondiale, et ce sentiment n’est guère déplacé, car les Anglos sont aussi de grands massacreurs et tortionnaires de peuples, comme en témoignent d’innombrables témoins oculaires survivants en Irak, en Afghanistan, en Libye, en Syrie et au Yémen, entre autres. Au-delà des sentiments meurtriers, ils seraient bien avisés de ne pas faire confiance aux Anglos, car il n’y a pas d’honneur parmi les criminels de guerre. À titre d’exemple, il y a actuellement 74 274 Afghans qui ont travaillé pour les Américains pendant l’occupation et qui attendent toujours, et probablement pour toujours, la permission de venir aux États-Unis. Il en sera de même avec les Ukrainiens : une fois qu’ils ne seront plus utiles à leurs maîtres anglo-saxons, ils seront abandonnés et oubliés.

De nos jours, le politiquement correct exige des Occidentaux qu’ils refrènent leur appétit pour désigner les Noirs et les Asiatiques par des appellations aussi démodées que Négros, Kaffirs, Coolies ou Orientaux. Mentionnez que Poutine est l’un des dirigeants nationaux les plus populaires de tous les temps, ou qu’il réussit plutôt bien selon la plupart des critères de bien-être de la société, et on vous demandera de partir. D’autre part, les Russes peuvent être caricaturés à l’infini en ours assoiffé de sang et déshumanisés de toute autre manière, à tel point que les Occidentaux sont incapables de voir qu’un génocide est perpétré dans l’ancienne Ukraine de l’Est depuis neuf ans maintenant parce que, voyez-vous, les gens qui sont génocidés ne sont pas tout à fait humains – ce sont de simples Untermeschen russes.

Une caractéristique intéressante du fait d’être russophobe est que cela fait automatiquement de vous un antisémite. Comment cela ? Les Russes et les juifs ne sont-ils pas ethniquement et religieusement distincts ? Eh bien, pas du tout ! Les Juifs russes, qui sont plus d’un million en Russie et jusqu’à 10 millions dans le monde, ne sont pas du tout distincts sur le plan ethnique en raison des nombreux mariages mixtes et la grande majorité d’entre eux sont culturellement et linguistiquement russes. Alors qu’en vertu de la loi hébraïque, les juifs doivent être nés d’une mère juive, en vertu de la loi russe, c’est un choix libre : tout Russe d’ascendance juive peut choisir de faire enregistrer sa nationalité comme juive – ou simplement comme russe. Il n’est pas non plus obligatoire pour un juif russe d’épouser le judaïsme (ou, comme c’est plus souvent le cas pour les juifs, l’athéisme) et il y a beaucoup de juifs russes qui sont russes orthodoxes. Ainsi, être russophobe fait automatiquement de quelqu’un un antisémite, à deux pas du nazi. Les russophobes juifs ne sont pas exempts, le sionisme ayant été assimilé au racisme selon la résolution 3379 de l’ONU de 1975.

Les Russes peuvent être toutes sortes de combinaisons intéressantes de choses, voyez-vous. Ils parlent des centaines de langues différentes, de l’abkhaze au yakout, mais utilisent invariablement le russe comme lingua franca. Ils sont très diversifiés sur le plan religieux, et si beaucoup sont chrétiens orthodoxes, environ un quart d’entre eux sont musulmans. À l’intérieur, la Russie est merveilleusement complexe et diverse ; à l’extérieur, tout le monde est russe. Puisque la Russie est unique sur notre planète à bien des égards, il n’y a aucun intérêt à l’assigner à une classe. S’agit-il d’un empire, d’une civilisation, d’une communauté de nations ou d’une autre chose qui correspond au modèle anglais d’appartenance à une classe « X est un Y » ? On s’en fiche ! La Russie est la Russie. Cela n’est pas du goût de certains Occidentaux qui rêvent toujours de découper la Russie en petits morceaux qu’ils pourraient ensuite analyser pour en faire quelque chose qu’ils pourraient comprendre et utiliser.

Hélas, il n’en est rien. La Russie, en tant qu’organisme vivant, respire. Lorsqu’elle inspire, elle s’agrandit, s’étendant pour englober diverses régions le long de ses frontières sans fin ; lorsqu’elle expire, ces régions frontalières tentent souvent de revendiquer leur souveraineté – et échouent invariablement, devenant rapidement une possession coloniale de quelque grande puissance du jour. En ce moment, la Russie est en train d’inhaler, et lorsqu’elle aura terminé, elle s’étendra pour atteindre une taille comprise entre celle de l’URSS et celle de l’Empire russe. La Finlande et la Pologne redeviendront-elles russes ? La Russie récupérera-t-elle l’Alaska, Hawaï et la Californie du Nord ? Seul l’avenir nous le dira, mais le temps est propice à un changement majeur.

L’inspiration actuelle de la Russie ne pouvait pas mieux tomber (pour la Russie). Son ennemi juré, à savoir les États-Unis, se ratatine en temps réel. Ses appétits démesurés ne peuvent être alimentés que par une expansion continue de la dette, alors que sa dette, qui éclipse désormais toutes les autres pyramides de dettes que le monde ait jamais vues par ordre de grandeur, commence à céder. Un tiers de la dette est détenu par des étrangers, qui s’en débarrassent aussi vite qu’ils le peuvent (la Chine s’est débarrassée de 100 milliards de dollars le mois dernier ; le Japon, un peu plus). Un autre tiers est détenu par la Réserve fédérale (qui se trouve au sommet d’un tas de déchets financiers en décomposition, cachés derrière des écrans de fumée) et la majeure partie du dernier tiers est détenue par des entités financières de toutes sortes qui subsistent grâce à un afflux continu de liquidités émises par la Réserve fédérale et qui se ratatinent instantanément lorsqu’elles en sont privées. La capacité de l’Amérique à escroquer la planète avait reposé sur sa puissance militaire, mais la fin humiliante de son occupation de l’Afghanistan a montré que cette puissance était largement fictive. Si les États-Unis perdent maintenant l’Ukraine, cela pourrait bien donner le coup de grâce à leurs rêves de domination à spectre complet.

Pendant ce temps, les dirigeants de l’Occident collectif sont composés de nains politiques mal éduqués qui font de leur mieux pour ignorer le dénuement rapide de leurs électeurs, mais ce qu’il n’est plus possible d’ignorer, c’est que l’Occident ne présente plus une image positive du bien-être de la société lorsqu’on le compare à une Russie stable et de plus en plus prospère. Les populations vivant dans les vastes franges de la Russie se demanderont : voulons-nous grelotter dans le noir en mangeant des insectes comme les Allemands, ou voulons-nous nous prélasser en lingerie alors qu’il fait -40ºC dehors et qu’il y a du blizzard, et manger des brochettes de porc quand nous le voulons, comme le font les Russes ? Lorsqu’on leur demande s’ils veulent être pauvres et malades ou riches et en bonne santé, la plupart des gens optent naturellement pour la seconde solution. Si tout va bien, la Russie les aspirera ; dans le cas contraire, ils seront laissés à eux-mêmes.

Pour en revenir maintenant à l’ancienne Ukraine et à ce qu’elle va devenir, le tableau est désormais assez clair. La Russie peut poursuivre son opération spéciale de démilitarisation et de dénazification de l’Ukraine aussi longtemps qu’il le faudra, mais cela ne devrait pas prendre trop de temps. Les Occidentaux ont déjà commencé à se rendre compte de ce que l’Ukraine, qui ne cesse de rétrécir, est devenue : un État failli infesté de criminels de guerre. Certains ont commencé à la qualifier de trou noir : l’argent et les armes y entrent et rien n’en sort. Mais c’est une erreur : il ne s’agit pas d’un trou noir mais d’une passoire. L’argent afflue et se dépose sur les comptes offshore de la junte de Kiev. Des armes sont expédiées et sont soit vendues à la Russie ou à divers groupes terroristes en Europe et ailleurs, soit détruites à l’aide de roquettes russes ou abandonnées lorsque les forces ukrainiennes battent en retraite.

La démilitarisation est en cours ; à l’heure actuelle, environ 80% de toutes les armes dont disposait l’armée ukrainienne au début de 2022 ont été détruites ; les armes expédiées par l’OTAN sont détruites peu après leur arrivée. La dénazification va bon train également ; 80% des bataillons nazis d’origine, fortement endoctrinés, ont déjà été décimés. Les pertes du côté ukrainien se comptent en centaines par jour, tandis que les Russes font leur travail en toute sécurité, à distance, et n’interviennent que lorsque la situation est sûre. L’armée ukrainienne est contrainte de rassembler des réservistes et des recrues sans formation (y compris des femmes) et de les envoyer au front où ils sont tués, se rendent, font défection ou tentent de s’échapper.

Il est encore trop tôt pour décrire l’état final général, mais certains éléments sont déjà visibles. Les provinces historiquement russes, qui comprennent tout le sud-est de l’ancienne Ukraine, de Kharkov au nord à Odessa au sud et tout ce qui se trouve entre les deux, se retrouveront à nouveau à l’intérieur des frontières de la Russie. Personne ne sait encore ce qu’il adviendra de Kiev ou de l’ancienne Ukraine occidentale. Kiev est précieuse pour la Russie en tant que ville historiquement russe ; le reste l’est beaucoup moins. Elle pourrait finir comme un analogue de la province d’Idlib en Syrie – une réserve de gremlins.

En attendant, de grandes parties de l’ancienne Ukraine attendent que les Russes arrivent et les libèrent. Le rythme de l’avancée s’accélérera lorsque l’Occident se rendra compte que son trou noir préféré est bien trop vorace pour ses budgets de plus en plus serrés et lorsque la junte de Kiev réalisera qu’il ne lui reste plus rien à voler et décampera vers des régions inconnues (ses membres sont actuellement interdits de voyage à l’étranger par crainte de désertion). Cela pourrait prendre des semaines ou des mois, mais probablement pas des années. En attendant, le trou noir restera là, engloutissant des milliards de dollars et d’euros et des milliers de systèmes d’armes et de mercenaires – pour que les Russes les fassent sauter à l’aide d’artillerie et de roquettes.

Les politiciens occidentaux, qui continuent de gaspiller des ressources pour la junte de Kiev, attendent toujours quelque chose… mais quoi ?

À ce stade, la seule réponse qui semble avoir du sens est qu’ils attendent eux aussi les Russes.

Dmitry Orlov

source : Club Orlov

traduction Hervé, relu par Wayan, pour Le Saker Francophone

L'Ukraine et la fin de l'histoire


Par Batiushka – Le 26 avril 2022 – Source The Saker Blog

 

Le conflit actuel en Ukraine ne concerne manifestement pas vraiment l’Ukraine – cet ensemble artificiel de territoires n’est qu’un champ de bataille tragique entre l’Occident et le Reste. Le conflit concerne la violence organisée et l’extraordinaire arrogance de l’Occident, des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’Union européenne et de l’OTAN, contre le reste du monde, en particulier la Russie, soutenue par la Chine, l’Inde et tous les autres peuples. Par conséquent, la victoire russe à venir dans l’opération spéciale en Ukraine signifie essentiellement la fin de la domination de l’Occident sur la planète, qui dure depuis 500 ans. C’est pourquoi le petit monde occidental, qui représente environ 15 % de la planète, est si virulent dans son opposition au peuple russe.

 

La victoire russe ébranlera les restes de la foi illusoire dans la supériorité mythique de l’Occident et surtout dans les États-Unis, dont la peur a longtemps découragé la résistance du « Reste » à l’Occident. Ni l’Iran, ni même la Chine n’ont pris le risque de défier les États-Unis – la Russie l’a fait. L’Ukraine est le Titanic « insubmersible » des États-Unis et la Russie l’iceberg qui coule l’orgueil démesuré des États-Unis. Lorsque le monde verra la victoire russe, quatre continents au moins, l’Europe et la Chine asiatique, l’Inde, l’Iran, l’Arabie saoudite, ainsi que l’Amérique latine et l’Afrique, voteront pour se libérer de l’empire américain. C’est la fin de la domination occidentale, « la fin de l’histoire » des occidentaux ethnocentriques comme Francis Fukuyama. Pour la Russie et l’Europe elles-mêmes, nous prévoyons cinq conséquences principales. Il s’agit de :

1. Le retrait américain de l’Europe

La victoire russe entraînera une réduction importante, voire un retrait, des forces américaines qui occupent l’Europe occidentale depuis 1945 (le Royaume-Uni depuis 1942) et l’Europe centrale et orientale depuis 1991. Aux États-Unis, les sentiments isolationnistes sont déjà forts après les humiliantes déroutes américaines en Irak et en Afghanistan et les violentes divisions internes des États-Unis ne feront que se renforcer. Les États-Unis se replieront sur leur île divisée. L’unité transatlantique s’effondrera. L’Europe occidentale pourra alors enfin sortir de son isolement à l’extrémité de la péninsule occidentale du continent eurasien et rejoindre le courant principal d’une Eurasie libérée, dirigée par la Fédération de Russie.

2. La fin de l’UE

L’UE était un concept américain à tous égards, destiné à devenir un USE, un États-Unis d’Europe. Il existe déjà un grand nombre de tensions en son sein. Le Brexit, résultat du patriotisme anglais, c’est-à-dire anti-britannique et anti-establishment, a eu lieu. Les autres tensions exigeront des solutions après la victoire russe. Après cette victoire, la marge de manœuvre pour toute nouvelle expansion de l’UE et la colonisation économique de l’Europe centrale et orientale, y compris dans les Balkans occidentaux, prendra fin. La fin de la nouvelle colonisation après la perte de l’Ukraine, riche en ressources naturelles, minera les restes d’une UE déjà divisée. L’Ukraine était un État tampon et un centre de ressources pour l’UE coloniale. Sa libération signifie une proximité directe de l’UE avec la Russie et la restauration de l’influence russe. Avec la victoire russe, l’Europe occidentale devra conclure des accords stratégiques avec Moscou sur la sécurité européenne, cette fois sans l’ingérence des États-Unis.

3. Le renouveau de la Russie impériale

Les milliards dépensés pour soudoyer des élites fantoches pro-occidentales et traîtresses dans les anciennes républiques soviétiques comme les États baltes, la Biélorussie, la Moldavie, la Géorgie, le Kazakhstan et les quatre autres « stans » d’Asie centrale auront été gaspillés. Le mythe de la supériorité occidentale sur lequel ces élites ont été créées cédera la place à la réalité. Cela mettra fin à leurs possibilités de gagner des dollars et de faire carrière grâce à la russophobie en louant des territoires nationaux pour y installer des bases américaines, des installations de torture de la CIA ou des biolaboratoires de guerre bactériologique pour créer des maladies ciblant les races. La Géorgie a été la première à le comprendre au début de 2022, en refusant de s’associer aux sanctions anti-russes. En Moldavie, l’échéance approche, alors que les troupes russes se préparent à libérer Odessa et à percer un corridor terrestre pour unir la Transnistrie à la Russie.

4. Les valeurs russes pour remodeler l’Europe centrale et orientale

Le renforcement des identités d’Europe centrale et orientale dans des États-nations comme la Hongrie, la Slovaquie et la Pologne conduira à leur rapprochement avec la Russie. La victoire de la Russie se traduira par une augmentation de la sympathie à son égard dans un certain nombre d’États-nations d’Europe centrale et orientale, non seulement en Serbie, au Monténégro, en Macédoine du Nord et en Hongrie, en Slovaquie et en Pologne, mais aussi dans les États baltes, en Autriche, dans les Pays tchèques, en Roumanie, en Bulgarie, en Grèce et dans la partie méditerranéenne de Chypre. Une fois que leurs élites vénales, anti-patriotiques et nommées par les États-Unis seront tombées, les valeurs russes reviendront dans ces pays comme une force influente.

5. Les valeurs russes vont remodeler l’Europe occidentale

L’UE, fondée dès l’effondrement de l’URSS, était dès le départ une construction artificielle, bâtie sur le rejet du patriotisme en faveur d’une identité européenne supranationale inexistante. Le patriotisme est une menace existentielle pour Bruxelles. C’est en partie pour cette raison qu’à l’époque du Marché commun, De Gaulle, qui voulait une confédération de patries, a été renversé par un changement de régime américain, en 1968. Puis en 2016, les patriotes ont voté pour le Brexit contre l’élite de l’establishment et le président démocrate Obama. L’UE a toujours eu pour objectif le rejet des identités nationales en faveur de valeurs post-chrétiennes, voire anti-chrétiennes, anti-nationales et anti-familiales, l’immigration massive d’esclaves rémunérés, l’imposition de l’agenda LGBT, la restriction des libertés pour les opinions anti-UE, etc. Ce ne sont pas des valeurs russes.

Conclusion : Dénazification mondiale

Tout comme en 1814 les troupes russes ont libéré Paris et en 1945 Berlin, dans les années 2020, Bruxelles sera libérée, ou plutôt s’effondrera, sous la pression des valeurs russes. Nous parlons de la désintégration de l’Union européenne créée par les États-Unis, mais aussi des bases américaines en Europe de l’Est et dans l’ancienne Union soviétique orientale. Nous verrons l’émergence de centres nationaux, de l’Écosse à Chypre, de la Catalogne à la Mongolie, de la Slovaquie à l’Asie centrale. La bulle d’orgueil de l’Occident, des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Union européenne, est en train d’éclater avec la libération et la dénazification de l’Ukraine par la Russie. Afin de préserver son identité de nation impériale, de protéger l’intégrité de la foi orthodoxe et de garantir la paix de l’ensemble du monde multipolaire, la Russie étendra ce processus de dénazification à tous.

Batiushka

Recteur orthodoxe russe d’une très grande paroisse en Europe, il a servi dans de nombreux pays d’Europe occidentale et j’ai vécu en Russie et en Ukraine. Il a également travaillé comme conférencier en histoire et en politique russes et européennes.

Traduit par Hervé, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

Les sanctions aident les « ennemis » à se doter de leurs propres capacités - Le 26/07/2022.


Par Moon of Alabama – Le 26 juillet 2022

Le comportement hostile de l’« Occident » envers la Chine et la Russie a des conséquences.

La station spatiale internationale est en train de perdre les modules russes dont elle a besoin pour manœuvrer. Les États-Unis doivent immédiatement construire de nouveaux modules de propulsion s’ils veulent la sauver.

 

En 2024, la Russie se retirera de la Station spatiale internationale

La Russie a déclaré qu’elle se retirerait de la Station spatiale internationale (ISS) après 2024 pour se concentrer sur la construction de son propre avant-poste orbital.

Yuri Borisov, qui a été nommé au début du mois à la tête de Roscosmos, la société spatiale contrôlée par l’État russe, a déclaré lors d’une réunion avec le président russe, Vladimir Poutine, que la Russie remplirait toutes ses obligations envers les autres partenaires avant de quitter le projet.

Borisov a déclaré que « la décision de quitter la station après 2024 a été prise« .

Les États-Unis avaient prévu d’exploiter la station jusqu’en 2031 :

Plus tôt cette année, la NASA a publié des plans qui pourraient voir cette structure de 444 615 kg être retirée de l’orbite en janvier 2031 et s’écraser dans un « cimetière de vaisseaux spatiaux« .

Elle a déclaré que le laboratoire continuerait à fonctionner jusqu’en 2030, mais que son avenir à long terme n’était pas viable.

La date de fin sera probablement antérieure à celle prévue par la NASA. Comme l’expliquait un précédent rapport :

La Russie fournit l’ergol et les propulseurs nécessaires pour rebooster périodiquement la station, une capacité critique que la NASA ne peut actuellement pas remplacer. La manœuvre est assurée par des propulseurs intégrés aux modules russes Zarya et Zvezda et à bord des vaisseaux d’approvisionnement Progress en visite.

Un vaisseau cargo Cygnus de Northrop Grumman, arrivé en début de semaine, est le premier véhicule américain, après la navette spatiale, à être capable de relancer la station, mais il ne peut à lui seul remplacer la capacité russe.

Les astronautes de la NASA ne sont pas formés pour faire fonctionner les systèmes russes et vice versa pour les cosmonautes. Aucune des deux parties ne peut faire fonctionner le laboratoire à elle seule en toute sécurité.

Sans les modules de propulsion russes, la station va continuellement ralentir et s’enfoncer vers la terre jusqu’à ce qu’elle se brise et brûle dans l’atmosphère.

La construction par les États-Unis de leurs propres modules de propulsion prendrait très probablement plus de deux ans. Ils arriveraient trop tard pour sauver la station.

La Russie a des projets de construction d’une nouvelle station spatiale. Une alternative pour elle pourrait être de se raccorder à la station spatiale chinoise qui a été lancée l’année dernière. Hier, elle a reçu son deuxième grand module, un laboratoire. Un troisième grand module sera ajouté plus tard dans l’année.

La Chine a construit sa propre station spatiale parce que les États-Unis l’avaient exclue de la participation à l’ISS :

La Chine est exclue de l’ISS depuis 2011, date à laquelle le Congrès a adopté une loi interdisant tout contact officiel américain avec le programme spatial chinois en raison de préoccupations liées à la sécurité nationale. La sécurité nationale, bien sûr, est l’expression qui permet à n’importe quel pays de faire tout ce qu’il veut, même si cela n’a rien à voir avec, vous savez, la sécurité de la nation. Mais peu importe.

Seulement 11 ans après cette interdiction, la Chine a lancé et exploite sa propre station spatiale.

Il est probable qu’à partir de 2025, il n’y aura plus qu’une seule station spatiale internationale. Mais elle sera exploitée par la Chine et probablement la Russie, tandis que les États-Unis et leurs alliés en seront surement exclus.

C’est la conséquence du comportement hostile des États-Unis qui excluent et sanctionnent les autres pour des raisons peu sérieuses.

Les États-Unis ont fait pression sur le gouvernement néerlandais pour qu’il interdise la livraison à la Chine des machines ASML nécessaires à la fabrication des structures de 4 à 7 nanomètres pour les puces informatiques les plus avancées d’aujourd’hui. Il y a deux semaines, les États-Unis ont commencé à faire pression pour interdire à ASML de livrer même ses anciens modèles en Chine.

Mais une société canadienne a récemment découvert que la société chinoise SMIC produit déjà des puces de 7 nm en masse. Cette capacité n’avait jamais été annoncée :

« Il s’agit du produit technologique le plus avancé que TechInsights ait vu de la part de SMIC jusqu’à présent et il pourrait conduire à un véritable processus autour de la technologie de 7 nm qui incorpore des cellules de mémoire et de logique à échelle réduite« , a déclaré TechInsights.

Dylan Patel, observateur du monde des puces, a noté une autre implication pour les capacités 7 nm de SMIC. Selon lui, ce développement signifie que la Chine est désormais plus avancée que les États-Unis ou l’Europe en termes de capacités de fabrication de puces à 7 nm, puisque le fabricant de puces américain Intel doit encore mettre son processus 7 nm à la disposition des fonderies.

La Chine construit également plus d’usines de fabrication de puces que quiconque :

La Chine est le leader mondial de la construction de nouvelles usines de puces, une étape vers une plus grande autosuffisance en matière de semi-conducteurs qui pourrait à terme rendre certains acheteurs dépendants de la Chine pour de nombreuses puces de base actuellement en pénurie.

Alors que les fabricants de puces s’efforcent d’augmenter leur production et de remédier aux pénuries d’approvisionnement, aucun pays ne se développe plus rapidement que la Chine, qui devrait construire 31 grandes usines de semi-conducteurs, appelées fabs, au cours des quatre années à venir, selon le groupe SEMI.

Jusqu’à présent, la Chine importait pour 300 milliards de dollars de puces par an. Lorsque toutes les nouvelles fabs chinoises seront prêtes, la majeure partie de cet argent restera en Chine. Les producteurs de puces de Taïwan, de Corée du Sud, du Japon et des États-Unis devront chercher de nouveaux clients ou réduire leur propre production.

Les sanctions concernant les stations spatiales et les puces électroniques ne font que démontrer les conséquences inévitables de l’hostilité envers de grands pays comme la Russie et la Chine.

Ces pays ont suffisamment d’alternatives pour remplacer les produits sanctionnés et pour développer leurs propres capacités de production.

Tout cela pendant que les États-Unis et leurs alliés perdent des parts de marché.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

« Un décalage entre ce que j’ai vu en Ukraine et à la télé française » : Un humanitaire témoigne

Adrien Bocquet, ancien militaire français, s’est rendu en Ukraine au début du conflit.

Il raconte pour RT France son expérience en tant que volontaire humanitaire et témoigne du décalage entre ce qu’il a vu sur place et la façon dont les médias rendent compte des événements.

 

source : RT France

Qu’en est-il de la stabilité du régime à Kiev ?


Par Gordon M. Hahn – Le 29 juillet 2022 –  Source Russian and Eurasian politics

Les dirigeants occidentaux, menés par le président américain Joe Biden, ont opté pour une longue guerre proxy contre la Russie, au moins jusqu’à ce que l’Ukraine « gagne » la guerre commencée lorsque les forces russes ont envahi le voisin occidental, le 24 février. Joe Biden a vendu la mèche lorsqu’il a déclaré que l’objectif de l’aide militaire et financière massive apportée par l’Occident à Kiev était de provoquer un changement de régime ou, du moins, d’écarter du pouvoir le président russe, Vladimir Poutine, populaire mais autoritaire. Cependant, alors que les forces militaires ukrainiennes sont lentement réduites à néant, il y a de plus en plus de preuves d’une scission majeure au sein du régime ; condition préalable aux coups d’État, militaires ou non, aux révoltes, aux révolutions et à d’autres formes de changement de régime.

 

On peut s’attendre à la déstabilisation du régime de Maidan en extrapolant à partir de certains facteurs et plusieurs autres en témoignent de plus en plus. La perspective d’une déstabilisation est soutenue par : (1) le modèle historique de défaites militaires menant à la déstabilisation du régime et parfois à des coups d’État ou à des révolutions et (2) un soutien populaire réellement faible pour Zelensky. Les preuves d’un début de déstabilisation du régime sont visibles dans l’autoritarisme croissant de l’État et dans les scissions au sein de l’élite du régime. Ces tendances ne feront que s’accentuer à mesure que Kiev sera confronté à de nouvelles défaites militaires et peut-être à l’effondrement de l’armée ukrainienne et des bataillons nationaux affiliés, dominés par les néofascistes, qui sont justement les candidats probables à l’organisation d’un coup d’État ou d’un soulèvement social.

La défaite militaire sonne souvent le glas des dirigeants politiques, des régimes et même des États. Pour trouver des preuves de l’instabilité causée par une défaite militaire, il suffit de consulter l’histoire locale de l’Ukraine et de ses environs, qu’elle fasse partie de la Russie impériale ou de l’URSS. La défaite de la Russie lors de la guerre russo-japonaise de 1904 a entraîné de violents bouleversements sociaux lors de la « révolution » de 1905, qui s’est soldée par un échec mais qui s’était largement répandue et fut presque un succès. L’échec militaire de la Russie dans la Première Guerre mondiale a conduit à la révolution de février 1917. Au cours de l’été 1917, l’échec de l’« offensive Kerenskiy » et la marche des Allemands sur Saint-Pétersbourg ont conduit à l’effondrement du gouvernement provisoire quasi-républicain d’Alexandre Kerenskiy et au succès du coup d’État bolchevique d’octobre. L’agitation en Ukraine pendant la révolution, le coup d’État et la guerre civile de 1917-1921 fut un tourbillon diablement étourdissant de chaos et de violence provoqué par une myriade de seigneurs de guerre, d’idéologies et de mouvements concurrents, peut-être un avant-goût de l’avenir de l’Ukraine contemporaine. L’échec des troupes soviétiques en Afghanistan au début des années 1980, qui a conduit à leur retrait en 1985, a été un facteur important dans la décision du régime du parti-État communiste soviétique de s’engager dans la voie des réformes, la perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev, qui a finalement conduit à l’effondrement du régime du parti-État soviétique et à l’éclatement de l’Union soviétique, qui a donné naissance à l’État ukrainien indépendant actuel. Il ne fait guère de doute que l’invasion russe de février remet en question la faible légitimité, la stabilité et la viabilité du régime de Maïdan, et que cela pourrait bien avoir été voulue par le président russe, Vladimir Poutine.

Le régime de Maïdan avait, dès le départ, une légitimité limitée. Il suffit de se rappeler son acte fondateur – le massacre du 20 février 2014 par un sniper sur la place Maidan – qui a vu l’aile néofasciste du mouvement Maidan tirer sur les forces de sécurité de l’administration corrompue de Viktor Ianoukovitch, mais surtout sur les manifestants du Maidan eux-mêmes. La connaissance au sein des cercles d’élite de la vérité sur cette opération sous faux drapeau a été une bombe cachée qui pouvait faire exploser le régime du Maïdan à tout moment. En effet, au cours de sa campagne présidentielle, l’actuel président ukrainien en exercice, Volodomyr Zelensky, a lui-même fait référence de manière cryptique à l’illégitimité du régime de Maïdan et à l’attaque terroriste des snipers. Dans une apparente référence cryptique à son adversaire, le président Petro Porochenko (qui pourrait en fait s’être opposé aux fusillades) et au massacre du 20 février 2014, Zelensky a commenté : « Les gens qui sont arrivés au pouvoir avec du sang profitent du sang » (www.pravda.com.ua/news/2019/02/26/7207718/). Plus tard, il a décrié la « disparition de la documentation concernant le massacre » (https://interfax.com.ua/news/political/640586.html?fbclid=IwAR0K4kGEZPEfsmOQActT7UXn3A3yRBmawO5MuqcYe6OiIEQMa_JbxrZOHuU). C’est cette apparente candeur qui a permis à Zelensky d’être élu haut la main à la présidence ukrainienne. Un jour, elle pourrait lui coûter la vie, et les néofascistes ukrainiens sont les premiers sur la liste des coupables potentiels.

Dans le même temps, nous entendons souvent dire que la cote de popularité du président Zelensky a atteint des niveaux poutiniens depuis l’invasion russe. Il convient toutefois de décortiquer un peu cette affirmation pour obtenir une image plus claire et plus profonde. À la veille de la guerre, l’administration Zelensky était extrêmement faible, tout comme l’appareil d’État ukrainien dans son ensemble, divisé par des factions politiques, idéologiques, oligarchiques et criminelles. La population ukrainienne était alors opposée à Zelensky. Sa cote de popularité était tombée à 25-30 %. Selon des sondages réalisés à la veille de la guerre, Zelensky obtenait 23 % et son prédécesseur, Petro Poroshenko, 21 %. Le parti « Serviteurs du peuple » ou « Slugy naroda » de Zelensky était en tête de tous les partis avec 19 %, mais ce chiffre est à comparer aux 70 % obtenus lors de l’élection de la Rada et aux 14 % du parti « Solidarité européenne » de M. Porochenko (http://www.kiis.com.ua/?lang=ukr&cat=reports&id=1090&page=1&fbclid=IwAR0-qs5D-9Hli6YNeKunjtR9N-cAnTSISnB2vn5ot3PXmvd4Q5YGoqFxJwA). Cela signifie que la cote de popularité élevée dont jouit actuellement Zelensky, en temps de guerre, est presque certainement mince et donc très vulnérable au flux continu de mauvaises nouvelles en provenance du front, malgré le fait que Zelensky manipule les informations. De plus, Zelensky donne l’impression d’être très impliqué dans la formulation de la stratégie de guerre de l’Ukraine. Il fait fréquemment des annonces militaires et stratégiques publiques et des rapports nocturnes sur le front et la situation géopolitique. Cette position tournée vers l’avenir rend le président encore plus vulnérable aux risques politiques liés à un échec militaire. Il y a et il y aura encore beaucoup de mauvaises nouvelles.

Avant la guerre, la manipulation des médias, la désinformation pure et simple et les mensonges étaient la marque de fabrique du régime de l’acteur/producteur Zelensky ; un régime rempli de producteurs, de scénaristes et de professionnels des relations publiques. Le masquage de la réalité par Zelensky avec la virtualité postmoderniste désormais omniprésente et les mensonges de la « communication stratégique » sont exposés et exacerbent l’effet délégitimant de la guerre. Le simulacre virtuel, cependant, est absent lorsqu’il s’agit de l’autoritarisme croissant du Maïdan, tant avant la guerre, lorsque la cote de Zelensky baissait, qu’après la guerre, en tant que réaction instinctive à la menace que la guerre fait peser sur la stabilité du régime.

Avant la guerre, Zelensky s’était déjà montré expert dans l’art d’aliéner toutes les forces politiques du pays à son équipe et à son parti « Slugi naroda », du nom de son émission télévisée à succès sur un président ukrainien. Zelensky a interdit les chaînes de télévision de l’opposition, ses procureurs ont accusé l’ancien président Petro Porochenko de trahison et l’ont assigné de facto à résidence, il a remanié la Cour suprême en violation de la constitution ukrainienne, et il a signé des lois discriminatoires à l’égard de la langue russe, bannissant de fait les oligarques de la politique. La seule partie de l’échiquier politique avec laquelle il a pu trouver un modus vivendi était les partis néofascistes les plus importants d’Ukraine. Par exemple, le fondateur néofasciste du parti extrémiste Secteur droit, le commandant de l’Armée des volontaires ukrainiens semi-autonome et le cerveau du pogrom terroriste d’Odessa du 2 mai 2014, Dmitro Yarosh, est devenu un conseiller officiel du chef d’état-major général des forces armées ukrainiennes sous la surveillance de Zelensky.

Après le début de la guerre, Zelensky a placé toutes les chaînes de télévision sous un commandement unique avec une diffusion uniforme qui n’offrait pratiquement aucune voix dissidente. Il a interdit tous les partis d’opposition, à l’exception du parti « Solidarité européenne » de Porochenko, suffisamment nationaliste, et à l’exception des partis ultranationalistes et néofascistes, même s’ils sont peu nombreux. Les partis interdits sont les suivants : le Parti de l’opposition – Pour la vie, le Parti Shariy, Nashi, le Bloc de l’opposition, l’Opposition de gauche, l’Union des forces de gauche, l’État, le Parti socialiste progressiste d’Ukraine, le Parti socialiste d’Ukraine, le Parti socialiste et le Bloc Volodymyr Saldo. « Toute activité des politiciens visant à diviser ou à collaborer n’aboutira pas« , a expliqué Zelensky (https://news.yahoo.com/ukraine-ban-11-political-parties-141310973.html?fr=sycsrp_catchall). Mais Zelensky a joué avec le feu puisque les partis radicaux se préparent à prendre le pouvoir dans une « révolution nationaliste » depuis que les premières salves de snipers ont résonné sur le Maïdan. La guerre pourrait être l’occasion d’un coup d’État, car l’administration de Zelensky contribue à instaurer l’autoritarisme pour les néofascistes alors que les défaites croissantes au front sapent la légitimité de son régime.

Il existe des signes indéniables de factionnalisation, de polarisation et de scission croissantes au sein de l’élite ukrainienne, qui incitent Zelensky à prendre des contre-mesures autoritaires. Le signe le plus récent de ces dissensions croissantes a été la publication par un ancien député de la Rada proche de Zelensky, Sergei Leshchenko, d’un projet de décret présidentiel qui priverait Igor Kolomoiskii de sa citoyenneté. Recherché pour divers crimes aux États-Unis, Kolomoiskii s’était attiré les foudres du prédécesseur de Zelensky, Poroshenko, et a été déchu de sa principale participation, la Privat Bank. Outre Kolomoiskii, Hennadii Korban et deux autres personnes ont été inclus dans le même projet de décret. Korban, comme Kolomoiskii, était un mécène des bataillons de volontaires néofascistes dirigés par Secteur Droit et d’autres types de néofascistes pendant la première guerre du Donbass, qui se sont récemment transformés en Armée des volontaires ukrainiens et en Korpus nationaux. Ainsi, Yarosh a signé une pétition avec 115 autres membres de l’élite ukrainienne, y compris le puissant maire de Kiev, Vitaliy Klitchko, adressée à Zelensky pour qu’il s’abstienne de prendre une telle mesure contre Korban (et par implication Kolomoiskii aussi) au motif qu’une telle action viole la constitution (https://www.facebook.com/dyastrub/posts/pfbid0vA6f26FMacYCyPwpmvtUhhLUqiLRwrRsk3kNcXUYvKo6BejDtagx9frbQcMpF4pgl). Cet épisode peut être une autre exacerbation des relations parfois éprouvantes de Zelensky avec les ultranationalistes et les néofascistes, même avant la guerre.

Les communications stratégiques inefficaces, souvent flagrantes, absurdes et scandaleuses du porte-parole du bureau du président, Alexei Arestovich, y compris les nombreuses infox sur la guerre, ont discrédité les dirigeants militaires et civils et signalé l’apparition possible d’un fossé entre eux (https://gordonhahn.com/2022/04/15/kvartal-22-zelenskiys-simulacra/). Depuis le printemps, des tensions croissantes ont été signalées entre les dirigeants civils et militaires, le retrait russe du nord de Kiev ayant entraîné une nouvelle stratégie et une concentration sur le front oriental du Donbass et le front méridional de la Novorossiya, le long des côtes de la mer d’Azov et de la mer Noire. La prise par la Russie du port maritime de Marioupol, la révélation des crimes de guerre commis par le bataillon néofasciste Azov et le long siège russe de l’aciérie Azovstal, où les combattants d’Azov ont résisté et fait pression sur le régime et l’armée pour qu’ils envoient des forces afin de les faire sortir de l’encerclement russe, ont créé des tensions et des boucs émissaires entre civils et militaires, et ont exacerbé les tensions entre le régime et les néofascistes. Pendant le siège d’« Azovstal » qui a scellé le sort de Marioupol, le commandant adjoint des combattants néofascistes du bataillon Azov, qui s’y trouvaient, a critiqué les politiciens comme Arestovitch qui répondaient aux Azovtsy de « s’occuper de leurs affaires« . La consternation fut générale sur le réseau social ukrainien face au fait que les autorités civiles ne faisaient pas assez pour briser l’encerclement, que ce soit militairement ou par le biais de négociations (https://strana.news/articles/390297-ukrainskaja-oppozitsija-obvinjaet-ofis-prezidenta-v-dopushchenii-okkupatsii-territorij-ukrainy.html). La déclaration du ministère ukrainien de la Défense, selon laquelle une opération militaire visant à briser l’encerclement de l’Azovstal n’était pas possible, pourrait être considérée par certains comme le résultat de la rupture des généraux sous la pression des civils (https://strana.news/news/390472-v-minoborony-schitajut-chto-azovstal-nevozmozhno-deblokirovat-voennym-putem.html).

Les tensions entre civils et militaires se sont généralisées au début du mois de mai. Arestovich a ouvertement critiqué la direction militaire, parlant de « criminalité » et de « trahison » qui devaient faire l’objet d’une enquête et être punies. En effet, il a critiqué l’ensemble de la bureaucratie de l’État en réponse aux accusations d’incompétence au niveau présidentiel :  » Et 360 000 bureaucrates entre nous et la terre ? Qui sont-ils ? Ont-ils quelque chose à répondre ? Et le commandement militaire, auquel on pose déjà beaucoup de questions ? » Des voix représentant les militaires et le chef de l’opposition inculpé, l’ancien président Porochenko, ont riposté, critiquant Arestovitch et d’autres critiques civils. Une voix militaire, rapportée comme étant proche du chef d’état-major des forces armées ukrainiennes, Zalyuzhniy, a affirmé : « Chaque jour, des centaines d’hommes et de femmes tués et blessés sécurisent (votre) savoureux café dans le soleil de Kiev. Tous les jours. Et chercher aujourd’hui un coupable parmi eux est loin d’être la meilleure idée. Les coupables ne sont pas dans l’armée, même s’il y en a qui peuvent répondre de quelque chose, les coupables sont dans les hautes instances qui ont défini la politique budgétaire et déterminé qui occuperait les postes clés. » Un journaliste ukrainien a prédit que si le bureau du président continuait à critiquer l’armée, les conséquences pour ceux qui critiquent seraient « dévastatrices » (https://strana.news/articles/390297-ukrainskaja-oppozitsija-obvinjaet-ofis-prezidenta-v-dopushchenii-okkupatsii-territorij-ukrainy.html).

Début juin, Zelensky et le commandant des forces armées ukrainiennes, Viktor Zalyuzhniy, n’étaient pas d’accord sur le bon moment du retrait de Severodonetsk et sur l’endroit où former une nouvelle ligne défensive contre l’offensive russe dans les oblasts de Louhansk et de Donetsk. Zelensky a demandé que l’armée tienne le plus longtemps possible à Severodonetsk et crée une ligne défensive près de la ville, risquant ainsi que des milliers de soldats soient encerclés, tandis que Zalyuzhniy préconisait le retrait en formant une ligne défensive nord-sud passant par Kramatorsk (https://strana.news/news/394302-zelenskij-prokommentiroval-situatsiju-v-severodonetske.html?fbclid=IwAR0aJ4UE07ep1mLoeV1tsI48kqicxIX_uvcLFnPnnC7cWFsObmyHh28RF9w).

Le leadership civil est en outre miné par les défections et la corruption dans les organes de renseignement et d’application de la loi. Le 17 juillet, Zelensky a renvoyé le chef du Service de sécurité ukrainien (SBU), Ivan Bakanov, et la procureure générale de l’Ukraine, Irina Venediktova, les accusant ostensiblement d’être responsables du grand nombre de défections vers la Russie parmi les responsables de la sécurité et de l’application de la loi. Il a annoncé que « 651 procédures pénales ont été enregistrées pour haute trahison et activités de collaboration menées par des employés du bureau du procureur, des organes d’enquête préliminaire et d’autres organismes d’application de la loi. Dans 198 procédures pénales, des personnes ont été notées comme suspicieux, et plus de 60 employés des organes et du SBU sont restés dans le territoire occupé et travaillent contre notre État. » Les licenciements étaient apparemment une réponse à ce que Zelensky a nommé « une série de crimes contre les fondements de la sécurité nationale de l’État à cause des connexions enregistrées entre les employés des organismes d’application de la loi de l’Ukraine et les services spéciaux russes. » L’assistant de Bakanov et ancien chef du SBU de Crimée, Oleg Kulinich, a été arrêté pour espionnage (https://strana.news/news/399930-zelenskij-rasskazal-ob-uvolnenijakh-venediktovoj-i-bakanova-video.htmlhttps://strana.news/news/399927-zaderzhanie-eks-hlavy-sbu-kryma-i-konflikt-s-ermakom-podopljoka-otstavki-bakanova.html et https://vesti.ua/strana/est-sereznye-voprosy-prezident-obyasnil-kadrovye-resheniya). Le lendemain, Zelensky licenciait 28 fonctionnaires du SBU (https://strana.news/news/400073-zelenskij-nameren-uvolit-28-sotrudnikov-sbu-video-18-ijulja.html). Le 20 juillet, Zelensky licenciait le directeur adjoint du SBU et les directeurs régionaux du SBU à Kharkiv, Sumy et Poltava. La gravité de cette crise ne peut être exagérée. Bakanov et Zelensky sont des amis d’enfance dans la ville de Kryvyi Rih. Bakanov a ensuite dirigé la société de divertissement de Zelensky ainsi que sa campagne présidentielle en 2019. Puis Zelensky a nommé Bakanov à la tête du SBU en 2019. Il se peut qu’au moins une partie de ces licenciements soit le résultat d’une opération de renseignement ratée visant à convaincre plusieurs pilotes russes de faire défection avec des avions de guerre, pour laquelle sept militaires russes ont été arrêtés, comme annoncé le 25 juillet. Les rapports russes affirment qu’au cours des discussions entre les agents des services de renseignement ukrainiens et les pilotes russes, apparemment surveillées par les services de renseignement russes, l’emplacement, la structure et d’autres détails du système de défense aérienne de l’Ukraine ont été révélés à la Russie. Mais la plupart d’entre eux sont le résultat des défections vers la Russie que Zelensky a notées ; une chose qui serait difficilement choisie comme alibi pour couvrir l’opération ratée ou autre chose, car elle discrédite grandement son administration si ce n’est le régime de Maidan lui-même.

Les acteurs étrangers, notamment les États-Unis, peuvent compliquer la partie d’échecs polarisée à plusieurs niveaux que la politique ukrainienne est en train de devenir dans le feu de cette guerre. Le 8 juillet, moins de trois semaines avant les licenciements du SBU, Victoria Spartz, membre ukrainienne du Congrès américain, a demandé à l’administration Biden « d’informer le Congrès sur les procédures de diligence raisonnable et de surveillance appliquées au chef de cabinet du président Zelensky, Andriy Yermak, lors de la réunion de surveillance classifiée du Congrès prévue le 12 juillet 2022. Sur la base de divers renseignements et actions de M. Yermak en Ukraine, le Congrès doit obtenir ces informations de toute urgence. » Spartz a souligné que l’activité de Yermak « suscite de nombreuses inquiétudes chez diverses personnes aux États-Unis et dans le monde« , bien que Yermak soit « hautement considéré » par le conseiller à la sécurité nationale de Biden, Jake Sullivan. La référence de Spartz à de supposées actions de « renseignement » ayant été menées par Yermak suggère que le chef de cabinet de Zelensky peut être soupçonné d’avoir bâclé ou directement sapé la sécurité, notamment autour de l’opération visant à coopter des pilotes de l’armée de l’air russe ainsi que leurs avions (https://spartz.house.gov/sites/evo-subsites/spartz.house.gov/files/evo-media-document/Spartz%20Letter%20to%20Biden_Yermak%20_red.pdf). Rappelons que des accusations similaires ont été portées à l’encontre de Yermak lorsque les efforts des services de renseignement ukrainiens pour capturer des combattants russes se dirigeant vers la Syrie ont échoué en 2021 et qu’ils ont été « détenus » au Belarus après que Zelensky a annulé l’opération et que Yermak a informé les autorités bélarussiennes de la présence de mercenaires russes dans leur pays (https://uawire.org/ukrainian-journalist-accuses-zelensky-s-administration-head-of-derailing-special-operation-to-detain-wagner-mercenaries).

Outre les tensions entre civils et militaires, les graves conséquences politiques de l’interdiction de la politique à plus de dix partis politiques et, vraisemblablement, à tous les puissants oligarques ukrainiens, Zelensky s’est créé une nouvelle cohorte d’ennemis lorsqu’il a annoncé des plans à mettre en œuvre cette année pour réduire de deux tiers la bureaucratie de l’État ukrainien. Des centaines de milliers de fonctionnaires aigris, ayant une connaissance approfondie de l’organisation, du fonctionnement et du financement de l’État, se retrouveront ainsi au chômage et à la rue, à la recherche d’un emploi dans un pays déchiré par la guerre, où la législation sur la mobilisation exige que tous les citoyens masculins valides servent dans les forces armées. Ces parias garderont des contacts avec leurs anciens collègues de la bureaucratie et pourront mener des intrigues pour saper Zelensky, ses politiques et le régime lui-même.

Bien qu’il soit peut-être tôt pour conclure à un niveau élevé de tensions entre civils et militaires, on ne peut pas en dire autant de la lutte politique entre Zelensky et l’ancien président Porochenko, ainsi que d’autres oligarques. Porochenko pourrait être un adversaire particulièrement dangereux. Il entretenait de bonnes relations avec Biden lorsque ce dernier était vice-président des États-Unis et qu’il dirigeait la politique ukrainienne d’Obama, et il se retrouve acculé après avoir été inculpé et contraint de fuir à l’étranger. Ses partisans restent dans le pays, et le faible soutien de Zelensky et la purge du paysage politique ont créé une pléthore d’ennemis que Porochenko peut convaincre ou acheter. Un conflit exacerbé entre Zelensky et Porochenko pourrait attirer le général Zalyuzhniy. Il a des contacts fréquents avec Washington et Bruxelles, qui pourraient un jour se lasser de Zelensky à mesure que la guerre s’éternise. Tout cela deviendra une dynamique probablement explosive si la situation au front continue de se détériorer pour l’Ukraine. Si l’on ajoute à cela le facteur pro-russe (au sens large du terme, qui englobe le sentiment linguistique pro-russe, les revendications ethniques russes quant au droit de vivre en Ukraine et de la façonner, ainsi que le sentiment pro-russe), revigoré par l’arrestation du leader du Bloc d’opposition pro-russe Medvedchuk, le risque est réel de voir se répéter l’effondrement du pays en factions belligérantes à la suite d’un coup d’État ou d’une révolution, comme ce fut le cas après 1917 (https://strana.news/articles/analysis/392270-pokazanija-medvedchuka-na-poroshenko-naskolko-verojaten-arest-pjatoho-prezidenta.html). Dans ce cas, les régions pourraient passer sous le contrôle de seigneurs de guerre modernes représentant ces diverses tendances, soutenus par des oligarques et diverses parties extérieures intéressées.

Ajoutez à cela le jeu distinct des néofascistes sur la révolution nationale et leur colère face à la mort et à la capture du noyau du bataillon néofasciste Azov et aux pertes continues sur le champ de bataille en général. Arestovich faisait allusion, consciemment ou inconsciemment, à cette menace révolutionnaire néofasciste, lorsqu’il notait, en mai dernier, le « récit pas si intelligent : ‘des héros sur le champ de bataille contre des traîtres au bureau (du président) et des gras et gros généraux dans les états-majors’ » (https://strana.news/articles/390297-ukrainskaja-oppozitsija-obvinjaet-ofis-prezidenta-v-dopushchenii-okkupatsii-territorij-ukrainy.html).

En outre, le PIB de l’Ukraine va se contracter de près de 50 % cette année et un quart des entreprises ukrainiennes ont fermé leurs portes, la Russie s’étant emparée du charbon, des terres agricoles et des ports maritimes du pays, qui représentent quelque 60 % de l’économie ukrainienne. La crise énergétique en Europe et en Amérique fait couler beaucoup d’encre alors que l’été tourne à l’automne et que les températures commencent à baisser. On s’est moins intéressé aux conséquences des déficits énergétiques en Ukraine même. Ce pays déchiré par la guerre sera certainement privé du gaz, du pétrole et du charbon russes, et son propre charbon dans le Donbass est sous contrôle russe. Son secteur de l’énergie est au bord du défaut de paiement, les clients privés et commerciaux ne disposant plus de l’argent nécessaire pour régler leurs factures. Une nation gelée et affamée qui perd une guerre sera encline à blâmer Zelensky et le régime « démocratique » du Maidan et à suivre des dirigeants peu recommandables. Ils seront sensibles aux démagogues, et les trop nombreux néofascistes ukrainiens pourraient faire l’affaire. Ces derniers sont aujourd’hui encore mieux armés qu’avant la guerre et sont loués dans leur pays et en Occident comme des héros ayant défendu Azovstal, Mariupol, Kiev et Kharkiv. L’Armée des volontaires ukrainiens du Secteur droit néofasciste ukrainien (la première commandée et la seconde fondée par le conseiller de Zalyuzhniy, Dmitro Yarosh), le Corps national (dirigé par le fondateur d’Azov, le néofasciste Andriy Biletskiy) et d’autres groupes ultranationalistes et néofascistes continuent de se sacrifier au front, contrairement à ceux qui sirotent un café à Kiev et font des séances de photos dans des magazines féminins occidentaux sur papier glacé, comme viennent de le faire les Zelensky.

En conclusion, il existe des preuves significatives que la guerre russo-ukrainienne est en train de déstabiliser le régime hybride républicain-oligarchique-ultranationaliste de Maidan ; un régime déchiré par un factionnalisme politique, idéologique et oligarchique depuis le début. Sous le sommet du régime quasi-républicain du Maïdan, dirigé par un homme à peine populaire, se cachent les forces maléfiques de la corruption et de la criminalité oligarchiques, du nationalisme radical et du néofascisme. La guerre a temporairement masqué les divisions internes des groupes dirigeants, les unissant malgré leurs intérêts, objectifs et conflits multiples. Toutefois, avec le temps, la guerre et la lente déroute de l’armée ukrainienne auront raison de la mince couche de plâtre qui unit ces groupes dans leur lutte contre les Russes. En même temps, la corruption, la criminalité et la multi-nationalité en Ukraine rendent le régime de Maidan susceptible d’être facilement infiltré par l’État russe. En outre, la guerre et l’engagement limité de l’élite ukrainienne en faveur d’un gouvernement réellement républicain exacerbent l’environnement conflictuel et la culture politique violente du pays. Composée de clans oligarchiques et ultranationalistes concurrents et de plus en plus violents, la culture ukrainienne sera de plus en plus susceptible d’engendrer une violence intra-nationale croissante et des bouleversements politiques. Cette tendance s’intensifiera avec une vigueur particulière quand la guerre sera clairement perdue et que l’Occident commencera à abandonner la cause ukrainienne ou à tenter désespérément de la sauver par une intervention politique décisive telle qu’un coup d’État. De nombreux scénarios de coup d’État ou de révolution font désormais partie du tableau, et il convient d’en prévoir les conséquences.

Gordon M. Hahn

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

Biden modifie le récit au sujet du Banderastan


Par The Saker francophone – Le 1 août 2022 – Source The Saker’s Blog (original en anglaais)

Le « Président Biden » (c’est-à-dire le Biden « collectif ») a écrit un article intéressant pour le NYT intitulé « Président Biden : voici ce que l’Amérique va faire et ne pas faire en Ukraine« .  L’intégralité de l’article se trouve derrière un guichet payant, et il n’est pas vraiment utile de le reproduire ici. Mais je tiens à commenter quelques-unes des thèses de « Biden ».

 

Tout d’abord, j’ignorerai l’habitude odieuse d’appeler les États-Unis « Amérique« , alors que le Canada et le Brésil sont à eux seuls presque aussi grands que les États-Unis.  De plus, les États-Unis ne font que 9 833 520 km2 (3 796 742 mi2) alors que la superficie totale des Amériques est de 42 549 000 km2 (16 428 000 mi2).  Enfin, les Amériques comptent 35 pays, mais si dire « ‘Meurica » évoque des images de Captain America et de drapeaux (de fabrication chinoise) brandis, tant mieux. Examinons quelques phrases clés :

« L’objectif de l’Amérique est simple : Nous voulons voir une Ukraine démocratique, indépendante, souveraine et prospère, dotée de moyens de dissuasion et de défense contre toute nouvelle agression (…) Nous ne cherchons pas une guerre entre l’OTAN et la Russie. Bien que je ne sois pas d’accord avec M. Poutine et que je trouve ses actions scandaleuses, les États-Unis n’essaieront pas de provoquer son éviction à Moscou« .

C’est un changement ÉNORME.  En russe, il y a cette expression disant « changer de chaussures en plein saut » (переобуться в прыжке) qui fait référence à la situation où une personne fait soudainement un demi-tour complet et instantané après avoir pompeusement insisté sur un objectif qui est maintenant abandonné.

Le plan initial était simple : Ecraser l’économie russe, faire renverser Poutine dans une sorte d’insurrection, briser la Russie et se tourner ensuite vers la Chine pour l’écraser. Et, compte tenu de la diabolisation absolument extrême de Poutine, il était clairement désigné comme l’objet d’une haine totale par « toute l’humanité progressiste et éprise de liberté« .

Et maintenant « Biden » va « généreusement » permettre à Poutine de rester au pouvoir.  Oui, « Biden », sans tenir compte du fait que la population russe soutient pleinement Poutine, et l’Opération Spéciale. A quel degré « Biden » nous prend pour des cons ?

Bref, continuons,

« Nous continuerons également à renforcer le flanc oriental de l’OTAN avec les forces et les capacités des États-Unis et d’autres alliés. Et tout récemment, j’ai accueilli favorablement les demandes d’adhésion à l’OTAN de la Finlande et de la Suède, une décision qui renforcera la sécurité globale des États-Unis et de la région transatlantique en ajoutant deux partenaires militaires, démocratiques et hautement compétents ».

Ce paragraphe entier peut être résumé de toutes sortes de façons colorées, je me contenterai d’appeler cela des absurdités contre-factuelles et délirantes. Par où dois-je commencer ? Permettez-moi de décrire la réalité de l’OTAN ici, en quelques points.

  1. Premièrement, son objectif.  Son véritable objectif, bien sûr, pas toutes ces foutaises propagandistes sur la liberté, la démocratie, etc. Le véritable objectif de l’OTAN est simple : mettre les « Russes dehors, les Américains dedans et les Allemands à terre« .  Remarquez, Staline voulait une Allemagne unie, ce sont les USA qui ont dit non. Et l’OTAN a été créée avant l’Organisation du traité de Varsovie qui, en Occident, est appelée le « Pacte de Varsovie » parce que « pacte » sonne plus sinistrement. Nous avions donc une belle, brillante et pacifique Organisation du Traité de l’Atlantique Nord d’un côté, et le sombre et maléfique Pacte de Varsovie de l’autre. Vous voyez, dès le premier jour, cette organisation avait pour but de tromper l’opinion publique sur ses véritables objectifs. Même la partie « Atlantique Nord » est un mensonge, il suffit de regarder les opérations de l’OTAN en Afghanistan !
  2. Deuxièmement, en termes militaires, l’OTAN est composée à 90% des États-Unis et à 10% de caillasse.  Oh oui, oui, je sais, les pays de l’OTAN ont des tanks, des avions, des soldats, des bateaux, etc. Mais ne regardez pas ce qu’ils ont, regardez ce qu’ils n’ont pas. L’OTAN dépend entièrement des États-Unis pour le C4ISR, pour la logistique, pour la maintenance de ses systèmes d’armes, pour la formation de son personnel [les pilotes de l’aéronavale française sont formés aux USA, NdSF], etc. etc. etc. La vérité est que les États-Unis sont la seule puissance de l’OTAN qui compte, les autres ne servent que de feuille de vigne pour cacher le fait indéniable que l’OTAN est une force d’occupation militaire.
  3. Troisièmement, alors que l’OTAN fait beaucoup de bruit à propos de tout et n’importe quoi, en réalité, c’est une armée creuse, un tigre de papier. Ce que l’OTAN peut faire, c’est attaquer des pays faibles, plus ou moins défensifs. Et même dans ce cas, son bilan final est plutôt mauvais : Elle a échoué en Libye, elle a échoué en Afghanistan et en Irak, elle a échoué en Syrie et elle a même échoué (en termes militaires) contre un seul corps d’armée serbe au Kosovo. Même sa tristement célèbre opération Gladio a été un échec total. L’idée que l’OTAN puisse affronter la Russie dans une guerre terrestre est absolument hilarante et soulève la question suivante : Avec *quoi* ?
  4. Enfin, il existe de nombreux pays qui ont fait partie de l’OTAN de facto tout en restant formellement indépendants des États-Unis et de l’OTAN. Il ne s’agit pas seulement de la Finlande ou de la Suède, mais aussi de la Suisse et, bien sûr, de l’Ukraine. Ce qui compte, ce n’est donc pas tant la liste formelle des pays, que la réalité sur le terrain. L’« expansion » de l’OTAN vers l’Est (Ukraine), le Sud (Kosovo) ou le Nord (Finlande, Suède) ne change absolument rien. Tout ce qu’elle fait, c’est réduire encore plus la souveraineté et la liberté de ces pays. Mais militairement, c’est toujours la même chose.

Ensuite,

« Mon principe tout au long de cette crise a été « Rien au sujet de l’Ukraine sans l’Ukraine« . Je ne ferai pas pression sur le gouvernement ukrainien – en privé ou en public – pour qu’il fasse une quelconque concession territoriale. Ce serait une erreur et contraire à des principes bien établis de le faire. »

Une autre perle pour sûr ! Ainsi, après le « fuck the EU » de Nuland, on nous dit maintenant que « Biden » a le plus grand respect pour l’Ukraine et son brillant dirigeant Zelensky. Mais peu importe, le mot clé ici est « concessions territoriales« . Ici, « Biden » est très habile à deux niveaux :

  • Il introduit la notion de « concessions territoriales » dans la doxa, le discours publiquement accepté.
  • Il fait porter toute la charge et la responsabilité de ces concessions sur le régime de Kiev. On pourrait dire qu’il se lave les mains de ce sujet. Débrouille-toi tout seul maintenant, mon pote « Ze » !

Vient ensuite cette perle d’auto-gratification :

« Se tenir aux côtés de l’Ukraine quand elle en a besoin n’est pas seulement la bonne chose à faire. Il est dans notre intérêt national vital d’assurer une Europe pacifique et stable et de faire comprendre que la force ne fait pas le droit. »

VRAIMENT ? La force ne fait pas le droit ? Mais alors, comment les États-Unis sont-ils nés si ce n’est en vertu de ce principe même.

Et puis, les CENTAINES d’opérations militaires et d’attaques que les États-Unis ont menées contre presque tous les pays de la planète en toute illégalité.

Que dire de toutes les soi-disant « sanctions » qui sont toutes illégales au regard du droit international, y compris les divers blocus et sanctions secondaires.

Et que dire d’Israël, cette entité génocidaire que tous les politiciens américains vénèrent pieusement, et qui a fait de « la force fait le droit » son plus grand dogme religieux, c’est-à-dire l’entité que les États-Unis ont appelée « la seule démocratie du Moyen-Orient » et leur plus proche allié ! Je propose qu’au lieu du (clairement contre-factuel) « in God we trust« , les États-Unis adoptent une nouvelle devise : « quod licet iovi non licet bovi« , que l’on peut traduire librement par « c’est bien quand c’est moi qui le fait« .

Je pourrais continuer à décortiquer ce texte ennuyeux, mais voici la conclusion :

L’administration « Biden » est en train de changer son discours officiel.

Avant, il s’agissait d’évincer Poutine en écrasant la Russie, maintenant il s’agit de faire semblant d’être fort tout en préparant l’opinion publique à la défaite inévitable, non pas tant de l’Ukraine proprement dite (cette guerre a été perdue dès la première semaine de l’Opération Spéciale !), mais de la défaite des États-Unis et de l’OTAN dans ce conflit.

Oh bien sûr, selon l’auditoire, « Biden » dira ceci, ou cela, ou son contraire, ou les deux.  C’est ainsi que fonctionnent les politiciens occidentaux. Mais un article d’opinion dans le NYT est l’un des principaux moyens d’envoyer un signal aux élites dirigeantes et à la machine de propagande de l’empire anglo-sioniste.

Il n’est plus question de vaincre la Russie, mais seulement de dire que le régime ukrainien de Kiev devra trouver tout seul comment et quand demander la paix.

Andrei

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

Commentaires: 0