Poutine joue et gagne…

...par Christian Vanneste - le 09/12/2106.

 

Professeur de philosophie au LICP de Tourcoing et directeur adjoint de l’EIC pendant près de 10 ans, il a toujours résidé à Tourcoing. Profondément attaché à sa région, à la Vallée de La Lys et aux 6 villes de sa circonscription (Bousbecque, Halluin, Linselles, Neuville-en-Ferrain, Roncq et Tourcoing), il a à cœur d’en défendre, avec fierté, son patrimoine, son identité et ses traditions.

 

Christian Vanneste est un acteur de la vie politique régionale depuis 1983. Il fut successivement adjoint au maire de Tourcoing (à la Culture) et conseiller régional du Nord – Pas-de-Calais.



 

Alep est presque totalement libérée. L’avancée des troupes gouvernementales et de leurs alliés a été foudroyante. Beaucoup de rebelles se sont rendus à l’armée régulière tandis que de nombreux civils profitaient de l’effondrement des djihadistes pour gagner les secteurs plus sûrs contrôlés depuis longtemps par ce que les « occidentaux » continuent d’appeler le régime et qui est le gouvernement légal syrien. Jusqu’au dernier moment, l’exécutif français a été à la pointe de l’ingérence et de l’hypocrisie à propos de la guerre qui est en train de tourner nettement à l’avantage de la Syrie  de Bachar Al-Assad et souligne la justesse de la stratégie du Président Poutine. La France a été fourvoyée dans une aventure criminelle par des dirigeants irresponsables soutenus dans cette affaire par des médias dont l’attitude est une honte sur le plan déontologique.

 

La stratégie américaine a comme d’habitude mêlé la sinuosité et le cynisme sur le terrain et les déclarations solennelles fondées sur les grands principes. Depuis l’accord passé sur le Quincy le 14 Février 1945 entre le Président Rooseveelt et le Roi d’Arabie, Abdelaziz Ibn Saoud, les Etats-Unis ont définitivement remplacé les Britanniques comme « protecteur » de la Péninsule et de son sous-sol riche en gaz et en pétrole. Le Royaume-Uni a progressivement abandonné ses possessions et ses vassaux tout autour. Les Américains se sont au contraire déployés, au Qatar et en Arabie Saoudite, notamment. Les Etats du Golfe constituent un intérêt vital pour l’Oncle Sam, et celui-ci l’a montré en intervenant quand une monarchie sunnite était attaquée. Ce fut le cas au Koweit quand Saddam Hussein avait tenté de l’annexer.

Cette alliance objective avec des pays qui se réclament notamment du Wahhabisme est un paradoxe. Cette conception intégriste de l’islam, qui est une lecture intransigeante du Coran et des hadiths, n’est pas une hérésie, mais elle se situe aux antipodes de toutes les valeurs dont se réclament les démocraties occidentales, et l’Amérique en premier lieu. Le choix de Washington s’est donc habillé d’une illusion volontaire, utile pour les discours et absurde dans la réalité. L’idée est venue que l’islam sunnite pouvait servir de vecteur à l’accès du monde arabe musulman à la démocratie. Il avait grandement contribué à la défaite soviétique en Afghanistan. Il pouvait permettre la transition dans les pays arabes entre les dictatures nationalistes et la démocratie.

 

Les néoconservateurs qui entouraient le Président G.W.Bush, saisissant le prétexte de l’attentat du 11/09/2001, ont ainsi lancé l’opération irakienne, contre un pays fragilisé par sa politique aventureuse, mais que sa richesse avait doté d’une classe moyenne. Le résultat fut catastrophique. Les démocrates ont donc tenté de substituer un pouvoir doux à une action dure. Le retrait des troupes et de l’action militaire sur le terrain était décidé par le Président Obama. Tandis qu’il cassait la contre-attaque assez réussie de l’armée américaine en Irak, il allait au Caire dire tout le bien qu’il pensait de l’islam. Le prix Nobel de la paix par anticipation préparait le terrain à un Printemps arabe, fait de démocratie et de paix, qui allait souffler sur le Nord-Est de l’Afrique et sur le Moyen-Orient, dix-huit mois plus tard.

Le désastre de cette politique mensongère ou utopique est aujourd’hui patent. Le chaos s’est installé en Libye, en Irak et en Syrie.

 

Du Nigéria jusqu’aux Philippines le terrorisme s’est répandu au nom de l’islam, dont le Président américain avait tressé les lauriers avec des citations sélectionnées peu représentatives de l’ensemble. Obama quittera la Maison Blanche en laissant un monde arabo-musulman avec plus de guerres et moins de démocratie qu’à son arrivée. La Turquie elle-même, musulmane mais non-arabe, qui affichait un kémalisme progressiste et laïque, pilier de l’Otan et aspirant à l’Union Européenne, est redevenue une autocratie ottomane dangereuse pour l’Europe.

L’aveuglement de Washington, sincère ou simulé, sur les rapports entre la démocratie et l’islam s’est accompagné de deux orientations contestables. Le maintien de la doctrine Brzezinski qui conduit à prolonger la guerre froide avec une Russie délivrée du communisme, mais néanmoins rejetée vers l’Asie et donc vers la Chine et frappée par des sanctions injustes et humiliantes, est la première. Le choix du sunnisme par rapport au chiisme duodécimain, alors qu’il est plus aisé de dialoguer avec ce dernier dans la mesure où il est plus unitaire et mieux organisé, est la seconde. La relative amélioration des relations avec L’Iran n’a pour effet que d’inquiéter les Saoudiens qui savent combien les Américains peuvent facilement abandonner leurs protégés, quand une autre option se présente. Les USA sont redevenus exportateurs de pétrole.

 

Vladimir Poutine a déployé une stratégie plus cohérente et dans le fond plus transparente même si elle s’accompagne d’une grande habileté tactique et ne s’embarrasse guère de circonvolutions dans l’action militaire. Il a clairement choisi de  soutenir son allié syrien non seulement pour maintenir les bases russes dans ce pays, mais aussi pour combattre le fondamentalisme sunnite qui est inséparable du terrorisme, et globalement dangereux sous toutes ses formes, même apparemment « modérées », surtout pour les pays qui abritent une forte minorité musulmane comme la Russie… ou la France.

Il a donc fait la guerre comme on doit la faire, pleinement, contre un ennemi qui menace son pays et qui est aussi un danger civilisationnel. Comme il l’avait fait en obligeant Damas à se défaire de ses armes chimiques, en libérant Palmyre, ou aujourd’hui encore en ouvrant un couloir humanitaire pour que les civils puissent échapper à l’emprise des rebelles dans leur dernier bastion, le Président russe a toujours gardé un coup d’avance.

Nos médias essaient de compenser cette évidente supériorité par une désinformation qui devient grotesque. Il est pourtant facile de traduire : lorsqu’ils parlent d’Alep, il s’agit maintenant de quelques quartiers qui ne peuvent abriter les 250 000 habitants toujours rappelés. Lorsque l’armée avance, les civils ne fuient pas, mais se réfugient quand ils le peuvent dans le secteur gouvernemental.

La zone « rebelle » correspond à 15% de la ville et les tentatives d’arrêter le processus de libération par des votes à l’ONU ne pourraient, si elles aboutissaient, que prolonger le bain de sang.

Lorsque l’Armée loyaliste bombarde les quartiers où sont retranchés les derniers djihadistes, c’est une action militaire qui a un but et des limites.

Lorsque les « insurgés » bombardent les civils d’Alep-Ouest, c’est une vengeance inutile. L’attitude la plus responsable des occidentaux, certes déplaisante pour leurs alliés du Golfe, serait de faciliter la reddition des rebelles. Evidemment, quel gâchis que toutes ces armes données et ces combattants formés en pure perte.

Il faut espérer que 2017 verra aux Etats-Unis puis en France de nouveaux responsables adopter une politique plus intelligente, plus claire et plus efficace.

 


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