CORRUPTION !

Virginie Joron décrit la corruption des institutions européennes

Source : Le Courrier des Stratèges - Par Eric Verhaeghe - Le 13/01/2023.

Virginie Joron décrit la corruption des institutions européennes

Il n’est désormais plus possible de ne pas connaître le Qatargate, le scandale de la corruption de certains parlementaires européens par le gouvernement qatarie. Mais cette affaire fait suite au Pfizergate, scandale de la négociation du colossal contrat entre la Commission Européenne et Pfizer (plusieurs dizaines de milliards€) en dehors de toute procédure démocratique et transparente. Dans ce dernier scandale, c’est la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen elle-même, qui est impliquée personnellement, puisqu’elle a choisi de conduire directement la négociation avec Albert Bourla, patron de Pfizer, sans aucun contrôle et sans aucune transparence. Cette dérive grave a conduit la Commission a acheté 9 doses de vaccin par habitant à un prix unitaire exorbitant… Sur tous ces points la députée européenne Virginie Joron nous explique le « dessous des cartes ». Une interview décapante qu’il faut absolument voir.

On retiendra de cette palpitante interview les révélations que Virginie Joron nous fait sur le fonctionnement interne du Parlement européen.

Ce sont en effet les très mal connus « conseillers politiques » des groupes, catégorie mystérieuse de polyglottes formés à l’influence politique, qui ont l’initiative de matière de résolutions adoptées par le Parlement. Ces conseillers, attachés aux groupes parlementaires (qui sont multinationaux), constituent à la fois la cheville ouvrière et une sorte de « passoire » pour la corruption. Ce n’est pas systématique, mais il semble bien que ce soit par eux que passent les tentations et les influences extérieures, parfois à l’insu du groupe politique qui les emploie.

On retiendra de cet entretien que la commission COVID, qui est une commission spéciale, entend bien auditionner Ursula von der Leyen sur les conditions de négociation du contrat Pfizer. C’est le dossier à suivre dans les prochaines semaines.

Le « scandale du Qatar » au Parlement européen n’est que la partie émergée d’un iceberg de corruption

Source : The Saker francophone.


Par Rachel Marsden – 15 décembre 2022 – Source RT

Dans le scandale de corruption qui frappe le cœur de la gouvernance de l’Union européenne, une vice-présidente du Parlement européen, la Grecque Eva Kaili, a été déchue de ses responsabilités par le Parlement européen, ses avoirs ont été gelés et elle a été inculpée après que la police a trouvé des « sacs d’argent liquide » à son domicile.

 

Une descente a également eu lieu au domicile d’un député européen belge, Marc Tarabella, vice-président de la délégation de l’UE pour les relations avec la péninsule arabe. Les autorités belges ont effectué une autre visite sans préavis au domicile de l’assistant d’un autre député européen. En début de semaine, les autorités ont fouillé les bureaux du Parlement européen comme s’il s’agissait d’une vulgaire scène de crime, et auraient saisi des données. Jusqu’à présent, 1,5 million d’euros ont été saisis au domicile de particuliers. Le parquet fédéral belge accuse les quatre personnes arrêtées et inculpées de « participation à une organisation criminelle, blanchiment d’argent et corruption. » Il s’avère que les fonctionnaires présumés impliqués sont également accusés d’avoir fait pression pour que les voyageurs de l’UE et du Qatar puissent voyager sans visa entre les deux pays et pour blanchir le bilan du Qatar en matière de droits du travail.

Pour une institution comme l’Union européenne, qui prêche constamment aux autres pays de faire le ménage dans leurs affaires, on pourrait penser qu’elle aurait elle-même mis en place des garde-fous solides pour empêcher ce genre de choses de se passer chez elle. Mais ce n’est pas le cas. « Les allégations sont extrêmement préoccupantes et très sérieuses« , a déclaré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, d’un ton inhabituellement mesuré. Elle a proposé la création d’un organe d’éthique indépendant chargé d’établir des règles pour les institutions de l’UE « où il existe des règles très claires« , ajoutant que cela « constituerait un grand pas en avant. » Vous voulez dire que cela n’existait pas déjà ? Et pourquoi donc ?

Ceux qui croient que les institutions démocratiques occidentales pratiquent ce qu’elles prêchent constamment pourraient être surpris d’apprendre que le manque de freins et de contrepoids pour prévenir la corruption chez eux est en fait assez stupéfiant. Au début de l’année, par exemple, trois représentants du Congrès américain ont présenté une loi bipartisane visant à combler les lacunes permettant le financement étranger de groupes de réflexion, de fonctionnaires et de participants aux élections. « À l’heure actuelle, les gouvernements étrangers sont en mesure de financer secrètement des groupes de réflexion pour promouvoir leurs propres programmes, d’engager d’anciens fonctionnaires et officiers militaires pour faire pression en faveur de leurs intérêts et de demander à leurs agents de collecter des millions de dollars pour des campagnes politiques« , a expliqué le parrain du projet de loi, le député Jared Golden.

C’est presque comme si la corruption systémique est un secret de polichinelle qui bénéficie d’une omerta, car très peu de fonctionnaires semblent vouloir reconnaître ou aborder le problème.

Lorsque Mme von der Leyen a eu l’occasion d’aborder la question avec la presse bruxelloise lundi, elle a fait obstruction aux journalistes, à leur grande frustration, qu’ils n’ont pas hésité à exprimer sur Twitter. Selon Politico, un journaliste a même crié à Mme von der Leyen au moment où elle partait : « Vous n’avez pas répondu à une seule de nos questions. » Ce n’est pas exactement le genre de comportement auquel on pourrait s’attendre de la part d’une personne qui parle régulièrement de tenir les autres dirigeants responsables pour leur corruption, leur manque de transparence et d’autres pratiques antidémocratiques.

La présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a dépeint le scandale comme quelque chose que subit l’UE, plutôt qu’un phénomène dont elle est directement responsable ou dont elle doit répondre par ses pratiques systémiques au pire ou par son manque de garanties liées au lobbying au mieux. « Ne vous y trompez pas : le Parlement européen, chers collègues, est attaqué. La démocratie européenne est attaquée. Et notre style de société, ouverte, démocratique et libre est attaquée« , a déclaré Metsola.

Les commentaires de Metsola font écho aux articles de la presse grand public nommant ce scandale « la corruption du Qatar » au sein de l’UE, mais il faut considérer qu’il s’agit avant tout d’un problème de corruption au sein de l’Union européenne. En rejetant la faute sur le Qatar, l’UE se décharge de ses responsabilités et donne la fausse impression que les problèmes commencent et se terminent avec un seul pays. Combien d’autres pays [ou de multinationales, NdT] peuvent aussi bénéficier d' »accords de lobbying » similaires avec des personnes occupant des postes de pouvoir politique et d’influence à Bruxelles ?

Transparency International suggère que ce genre de choses est en fait assez courant. « Il ne s’agit pas d’un incident isolé. Pendant plusieurs décennies, le Parlement a laissé se développer une culture de l’impunité, en combinant des règles et des contrôles financiers laxistes et une absence totale de contrôle éthique indépendant« , a déclaré le directeur de l’ONG, Michiel van Hulten.

Un autre problème de ce fiasco pour l’UE est qu’il nuit à son message bien conçu qui met constamment l’accent sur deux points. Le premier est que l’Europe veut faire croire aux gens qu’elle est vertueuse et juste. Ce scandale braque les projecteurs sur une question sale dans un coin sombre que personne n’évoque jamais, et finit par ternir son auréole, qu’ils brandissent constamment. Le deuxième point que l’UE promeut toujours – et que tout cela entrave – est la façon dont la Russie serait responsable de toutes les blessures auto-infligées de l’UE parce que l’UE est si innocente et infiniment compétente et digne de confiance, sans absolument aucun intérêt caché ou particulier.

La corruption dans l’UE semble être relative et peut être utilisée comme monnaie d’échange ou pour augmenter ou diminuer la pression. L’Union a récemment bloqué les fonds destinés à la Hongrie sous prétexte que les institutions du pays sont si fragiles que l’argent pourrait servir à alimenter la corruption. Mais lorsque la Hongrie a accepté de lever son veto à l’octroi de fonds supplémentaires à l’Ukraine, les fonds ont soudainement été débloqués et les craintes de corruption ont disparu.

Si tout ceci n’est que la partie visible de l’iceberg en ce qui concerne les activités louches de l’UE, quelle est la taille réelle de l’iceberg ? Qui sera vraiment intéressé à creuser davantage pour le découvrir ?

Rachel Marsden

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone

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Le Qatar est soupçonné d'avoir "acheté" plusiieurs personnalités
Cette si vertueuse Union Européenne qui ne cesse de donner des leçons à tous ses membres !
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Brigade des mœurs de la Commission, souvenez-vous des contrats Pfizer!

Source : Le Courrier des Stratèges ...par Ulrike Reisner - Le 16/12/2022

Si la présidente de la Commission se pose en gardienne des traités, qu'on lui rappelle ses propres actes. Il suffit de jeter un coup d'œil au contrat entre la Commission et Pfizer/BioNTech pour le savoir : C'est là le véritable scandale politique !

Il y a quelques jours, Ursula von der Leyen a déclaré au sujet du « Qatargate » : « Nous savons qu’elles (les accusations, ndlr) suscitent une grande inquiétude au regard de la confiance que les gens ont dans nos institutions européennes. Nous avons besoin des normes les plus élevées et nous avons besoin d’indépendance et d’intégrité sur ces normes les plus élevées ».

Mme von der Leyen estime qu’elle a donc lancé un processus pour garantir ces principes avec les autres institutions de l’UE. « Je pense qu’il serait juste que nous mettions en place un comité d’éthique – nous avons un tel comité d’éthique à la Commission européenne, ce ne doit pas être le même – mais il est important pour moi que nous ayons des règles claires, des normes claires avec toutes les autres institutions européennes, que nous ayons tous les mêmes mécanismes de contrôle et que nous fixions ensemble ces normes élevées d’intégrité et d’indépendance ».

 

Le précédent scandaleux du contrat entre Pfizer et la Commission Européenne

Chère Madame von der Leyen, qu’en est-il de vos propres actions ? Rappelons-nous le contrat entre la Commission et Pfizer/BioNTech, que nous publions à nouveau ici.

Ce contrat est scandaleux

Jetons simplement un coup d’œil aux points I.12 (Indemnisation) et I.13 (Droit applicable) du contrat:

1) Ce contrat est totalement inhabituel dans ses conditions en ce qui concerne la clause de non-responsabilité en rapport avec les groupes pharmaceutiques. Cela va à l’encontre de la législation européenne en vigueur et est donc inhabituel (responsabilité du fait des produits, protection des consommateurs…).

2) Il s’agit d’un contrat à charge de tiers, à charge des États membres. Cela présuppose d’une part que la Commission a reçu la délégation de compétence pour la conclusion d’un tel contrat ou que les États membres ont également approuvé ce contrat après sa conclusion.

3) La Commission européenne oblige tous les Etats membres à conclure un tel contrat sur la base du droit civil belge (I.13)

Il s’agit ici – il faut le noter – d’un acte de gestion du secteur privé. La Commission conclut des contrats de droit civil avec des entreprises pharmaceutiques.

Mme von der Leyen, sur quel élément de compétence du TUE et du TFUE l’UE ou la Commission fonde-t-elle son droit de conclure des contrats d’économie privée pour les États membres ? Nous quittons ici le cadre du droit international public et du droit supranational et nous nous plaçons sur la voie classique de « l’action des États en tant que sujets de droit souverains ». La condition pour que la Commission européenne représente chaque État membre serait que chaque État membre autorise la Commission à négocier et à conclure de tels contrats pour les États membres !

Mme von der Leyen, de telles procurations existaient-elles ? Au moment de la négociation et de la conclusion ? Si ce n’est pas le cas, ce contrat est nul et non avenu !

Si les États membres ont reconnu en second lieu ce traité comme base, il faudrait alors vérifier dans chaque pays si les organes constitutionnels ont légalement conclu de tels contrats individuels. Nous devons toutefois partir du principe que ce problème de légitimité se posera dans la plupart des États membres de l’UE. Nous devons partir du principe que nous avons affaire à une responsabilité de l’État, car il est évident qu’outre le droit national respectif, le droit européen a également été violé.

Dans la pratique, le mal est fait et ne peut absolument pas être chiffré à l’heure actuelle. C’est pourquoi la Commission, en collaboration avec les États membres, doit ériger un mur de silence et de dissimulation et continuer à lancer des manœuvres de diversion les unes après les autres.

Madame von der Leyen, vous devriez toujours garder cela à l’esprit avant de jeter l’opprobre sur les autres !

Briefing : Qatargate, le point complet sur ce que vous devez savoir

Source : Le Courrier des Stratèges - Le 16/12/2022.

Vous commencez les valises ce soir avant de rejoindre l'oncle Gontrand qui aime l'Europe et vote Macron, pour une semaine au chalet de Megève ? Vous devez regarder le match de dimanche avec votre belle-mère qui adore Nathalie Loiseau et vous propose toujours une petite dose de Pfizer entre la bûche et la tisane ? Pour bien préparer votre argumentaire sur le Qatargate et les méfaits toxiques de l'Union Européenne (vous savez, au moment perfide où vos invités vous glissent les petites piques pour vous rappeler que le complotisme est une erreur), le Courrier vous propose un dernier briefing 2022 qui vous permettra d'être incollable sur le sujet.

On le redit, d’abord, l’affaire est pour l’instant essentiellement tournée autour de la désormais ex-vice-présidente socialiste du Parlement européen Eva Kaili, de nationalité grecque, ancienne présentatrice du journal télévisé dans son pays. Vendredi dernier, l’intéressée a fait l’objet d’une perquisition et d’une interpellation, avec mise en détention provisoire, par la justice belge. 

Une affaire belge, et non européenne

C’est la première anomalie du dossier : cette affaire de corruption au plus haut niveau par le Qatar n’est pas lancée par le Parquet européen, mais par le Parquet bruxellois. Nous l’avons souligné cette semaine, cette situation est non seulement anormale, mais soulève la question de la subordination de l’Union à la justice du pays qui en abrite les institutions. Imagine-t-on la justice américaine inquiéter des ambassadeurs à l’ONU ?

Toujours est-il que la justice belge, considérant que la procédure contre Eva Kaili était en flagrant délit, a ordonné sa mise sous écrou, comme quatre autres prévenus dans ce dossier. Eva Kaili est traitée à la belge : elle ne sera présentée au juge que le 22 décembre pour évoquer son maintien en détention provisoire, en raison d’un mouvement de grève dans la prison, qui a retardé sa comparution devant la Chambre du Conseil ce jeudi…

On peine à le croire… une grève dans une prison belge prive la vice-présidente du parlement européen d’une audience devant le juge des libertés. Pour ceux qui s’inquiètent du sort de cette prisonnière au visage d’ange, elle aurait été transférée de la lugubre prison de Saint-Gilles, à Bruxelles, vers la “prison-village” de Haren. C’est moins insupportable, pour la jeune maman d’une petite fille de 22 mois, qui charge désormais son compagnon en clamant son innocence.

Tout vient d’une “BIM” de l’espionnage belge

Si, si, ça existe ! il y a des services d’espionnage en Belgique, appelés “la Sûreté de l’Etat”, et ce sont eux qui ont mené une opération spéciale appelée BIM. La presse belge en dit plus ce matin :

On parle d’écoutes téléphoniques, d’opérations d’infiltration. Selon les informations du Soir et du Knack, la Sûreté de l’État a coopéré dans cette enquête avec cinq autres services de renseignements européens. Lesquels ? Les noms n’ont pas été cités. « Une étape cruciale de l’enquête de renseignement a été une visite clandestine au domicile bruxellois de l’ancien député européen italien Pier Antonio Panzeri », écrit le Soir.

Lors de cette « visite », les agents de la Sûreté de l’État avaient observé « environ 700.000 euros en liquide ». Ce qui permettait de penser qu’il y avait « suffisamment de preuves d’infractions pénales présumées » à l’encontre de Panzeri. Après cette découverte, la Sûreté de l’État qui se refuse naturellement à tout commentaire s’est déchargée d’une partie du dossier qui a été déclassifiée et transférée au parquet fédéral.

Cette remise de témoin a été réalisée le 12 juillet de cette année. C’est à partir de ce moment que l’enquête judiciaire a pu débuter, avec les résultats que l’on connaît.

Pour ceux qui avaient un doute, certains députés ou anciens députés font donc l’objet d’enquêtes clandestines et sans contrôle de la justice. Leur domicile est discrètement violé pour vérifier ce qu’il héberge… La classe, la vie démocratique européenne !

En tout cas, cela fait plusieurs mois que les services de police sont au courant de ces versements qui relèvent de la corruption. Le lancement de l’affaire dix jours avant la finale de la Coupe du Monde est donc tout sauf anodin.

Quels sont les faits au fondement de l’enquête ?

Bref, tout part, on vient de le voir, d’une enquête menée par cinq services d’espionnage dès le printemps 2022 (nous mettons notre main à couper que, dans la liste des 5, on trouve aussi la CIA et le Mossad, très agacés par l’alliance du Qatar avec l’Iran et la Syrie). Ces services établissent la preuve matérielle que le Qatar verse de l’argent liquide à des députés européens, et à leur entourage, en échange de décisions ou de mesures favorables. 

Dans le cas d’Eva Kaili, une rumeur persistante (démentie par l’intéressée, semble-t-il, qui clame son innocence) veut que l’on ait trouvé des sacs d’argent liquide à son domicile :

Eva Kaili n’a « aucun rapport avec l’argent retrouvé à son domicile (…), elle ne connaissait pas l’existence de cet argent », a-t-il assuré. Des sacs remplis de billets d’une valeur de 150.000 euros ont été découverts dans son appartement à Bruxelles, selon une source judiciaire belge.

Le juriste, qui a dit s’être entretenu à plusieurs reprises au téléphone avec sa cliente en détention, a souligné que « seul son compagnon », avec qui elle vivait, pouvait fournir « des réponses sur l’existence de cet argent ».

Le père de la responsable politique a pour sa part été surpris avec une valise contenant 750.000 € en liquide. Enfin, 600.000 € ont été saisis au domicile de Pier-Antonio Panzeri, un ancien eurodéputé socialiste italien désormais à la tête d’une ONG à Bruxelles.

Pier-Antonio Panzeri est un ancien député qui a créé une ONG appelée Fight Impunity. Cette ONG est soupçonnée d’avoir servi de relais aux intérêts qataris auprès de l’Union Européenne. 

Dans la pratique, cette enquête qui cible le Qatar pour des raisons géopolitiques que nous avons effleurées (le Qatar penche du mauvais côté de la balance au Moyen-Orient, et les USA entendent bien ramener leurs alliés dans le droit chemin par des sanctions exemplaires contre tous ceux qui l’ont quitté) est une bombe à retardement, puisque Kaili et Panzeri ne sont probablement les seuls, en Europe, à profiter des bienfaits du Qatar, de son argent, de ses cadeaux somptueux. 

Qui sont les personnalités incriminées à ce stade ?

Pour l’instant, cinq personnes sont dans les filets de la justice belge, et deux autres sont inquiétées :

  • Eva Kaili, en détention provisoire, ancienne vice-présidente du parlement européen
  • Francesco Giorgi, le compagnon d’Eva Kaili, et père de leur fille de 22 mois. On sait très peu de choses sur cet homme à cause de qui (nous allons y venir) l’enquête est désormais élargie au Maroc. Il est toujours en détention provisoire. 
  • Marc Tarabella, eurodéputé socialiste belge. L’intéressé n’est pas en détention, mais il est suspecté d’avoir bénéficié de pots-de-vin. Il est suspendu provisoirement par le groupe socialiste au parlement. 
  • Nicolo Figa-Talamanca, lobbyiste dont on sait peu de choses à de stade. Il est directeur général de l’ONG No Peace Without Justice, dédiée aux droits de l’Homme au Moyen-Orient. Il est libéré, mais sous bracelet électronique. 
  • Pier-Antonio Panzeri, ancience eurodéputé, et fondateur de l’ONG Fight Impunity. C’est chez lui que les services secrets ont vu d’importantes sommes d’argent en liquide, ce qui a lancé l’enquête
  • Luca Visentini, ancien secrétaire général de la Confédération Européenne des Syndicats (dont Laurent Berger, le patron de la CFDT, est actuellement président…), et actuel secrétaire général de la Confédération Internationale des Syndicats, qui clame son innocence
  • Maria Arena, eurodéputée socialiste belge, proche de Tarabella, a vu son bureau perquisitionné par la police belge, pour d’éventuels liens avec Panzeri

On notera que, parallèlement, Maria Spyraki, euro-députée grecque du parti Nouvelle Démocratie (centre droit), est visée par une enquête de l’OLAF. A ce titre, le Parquet européen demande la levée de son immunité parlementaire. Cette demande n’est pas, à ce stade, expressément liée à l’affaire qatarie, mais elle vise aussi Eva Kaili…

Qui sont les prochains sur la liste ?

Pour l’instant, le volet “public” de l’enquête n’en est qu’à ses débuts, et celle-ci promet un beau feuilletonnage à venir. Francesco Giorgi, le concubin d’Eva Kaili et père de son enfant, semble avoir décidé de passer à table. Son jeune papa a déclaré vouloir revoir sa fille rapidement… terrible levier d’aveux !

Or, il se trouve que le play-boy milanais, dont on sait très peu de choses, mais qualifié de “plus beau du Parlement européen”, est considéré comme l’homme de main de Panzeri, l’ancien eurodéputé devenu fondateur d’ONG (dont la mère et la fille, qui vivent en Italie, sont aussi en détention). C’est Giorgi qui saurait tout ou presque des dessous de cette affaire. 

Grâce aux aveux de Giorgi, l’enquête devrait rapidement suivre plusieurs axes.

Il y a d’abord l’axe qatari. Toutes les résolutions, toutes les décisions européennes concernant le Qatar sont désormais passées au peigne fin. L’accord aérien donnant un libre accès au ciel européen à Qatar Airways ne devrait pas manquer d’être passé au crible. Le commissaire grec Margaritis Schinas, très complaisant vis-à-vis du Qatar, devrait également passer sur le gril. 

Sur cet axe, la complaisance de la sous-commission des Droits de l’Homme du Parlement européen vis-à-vis du Qatar devrait éveiller l’attention. Elle implique au premier chef Maria Arena, eurodéputée belge, présidente de cette sous-commission et proche de Panzeri. L’assistante parlementaire de Maria Arena est aussi… ancienne salariée de l’ONG bien-nommée de Panzeri Fight on Impunity. Cette circonstance a valu le placement du bureau de l’eurodéputée sous scellé. 

Il y a ensuite l’axe marocain. Panzeri, avec un sens consommé des affaires, semble aussi avoir fait affaire avec les Marocains, désireux, semble-t-il, de protéger leurs positions au Sahara Occidental face aux ardeurs du parlement européen. Là encore, l’enquête devrait apporter quelques surprises. 

Il y a enfin les simples effets de contamination. Au sein du groupe socialiste au Parlement européen, l’influence du Qatar risque d’éclabousser quelques personnalités qui aiment jouer les chevaliers blancs. 

Pour la gauche, cette affaire est une vraie bombe à retardement ! Le nom de Bernard Cazeneuve apparaît dans l’ONG Fight on Impunity. Les syndicats ne devraient pas être en reste, avec l’implication possible de Luca Visentini dans le dossier. 

Bref, les choux gras ne font que commencer. Pour l’Union Européenne, le ver est dans le fruit, car l’opinion publique devrait se délecter du spectacle donné par ces socialistes bien-pensants achetés pour nier les morts en cascade d’ouvriers immigrés sur les chantiers qataris. 

 

Ces anciens commissaires européens devenus mercenaires des lobbies

Source : RzO International.
par Frédéric Lemaire, Gildas Jossec - Le 13/12/2022..

Que font les commissaires européens une fois leur mandat terminé ? Ils sont de plus en plus nombreux à vendre leurs services – et leur influence – aux multinationales et aux lobbies qui pullulent à Bruxelles. Et ce, sans quasiment aucun contrôle.

Visite des petits et grands conflits d’intérêt qui corrompent peu à peu l’exécutif européen.

Bruxelles, ce n’est pas nouveau, est la capitale mondiale du lobbying : la Commission européenne estime à 15 000 le nombre de lobbyistes qui arpentent la ville, au service des 2800 grandes entreprises, agences spécialisées ou autres cabinets de « consulting » (à Washington, ils ne sont « que » 12 000). Plus grave : Les anciens dirigeants européens sont de plus en plus nombreux, une fois leur mandat terminéà se faire embaucher en tant que conseillers pour des intérêts privés. Une façon très lucrative de monnayer son réseau et son expérience. Ce qui demeurait une pratique encore exceptionnelle il y a quelques années, semble devenir la règle.

Des treize commissaires européens qui ont quitté la Commission en février 2010, six ont déjà rejoint le secteur privé ! Un « pantouflage » massif… L’Irlandais Charlie McCreevy, ex-commissaire au Marché intérieur et Services, pointe désormais chez la compagnie aérienne Ryanair. Celle-ci le considère probablement comme le conseiller idéal pour contrer les plaintes des autres compagnies aériennes européennes, échaudées par les financements publics dont profite leur concurrent low-cost1. Charlie McCreevy, qui a décidément du temps à revendre, aurait également rejoint le Conseil d’administration de la banque londonienne NBNK Investments PLC2 alors qu’il était l’un des principaux responsables… de la régulation bancaire au sein de la première Commission Barroso (2004-2009). Régulation bancaire qui a été – comme chacun sait – d’une redoutable efficacité.

Conseiller les banquiers plutôt que les consommateurs

La Bulgare Meglena Kouneva, ex-commissaire à la protection des consommateurs et ex-députée centriste, a rejoint BNP Paribas. Vu les pratiques des banques à l’égard de ces mêmes consommateurs (entente illégale, absence de transparence sur la nature des frais payés par les clients…), l’ancienne commissaire devrait très vite se rendre indispensable. D’autant qu’à Bruxelles, elle a élaboré la « directive Crédit » sur les prêts à la consommation, supprimant plusieurs protections pour les emprunteurs. BNP-Paribas justifie son choix par la récente « campagne de féminisation du personnel dirigeant de la banque et son orientation de plus en plus internationale ». Le CV de commissaire européen de Meglena Kouneva n’est bien sûr pas entré en ligne de compte.

L’ancienne commissaire autrichienne Benita Ferrero-Waldner (conservatrice) vient d’emménager au Conseil de surveillance du champion allemand de la réassurance, Munich Re. Coïncidence : en tant que commissaire, elle s’était impliquée en faveur du projet « Desertec », un plan d’approvisionnement électrique de l’Europe par un réseau de centrales solaires en Afrique du Nord… dont Munich Re est l’un des acteurs principaux.

Un pantouflard de première classe : Günter Verheugen

Mais le cas le plus emblématique est celui du social-démocrate allemand Günter Verheugen. Il est l’un des commissaires européens les plus puissants de ces dix dernières années. En tant que vice-président et commissaire aux entreprises et à l’industrie (de 2004 à 2010), Günter Verheugen est critiqué pour son favoritisme à l’égard des intérêts des grandes entreprises, aux dépens des préoccupations sociales et environnementales. Il vient de franchir une étape supplémentaire en créant, seulement deux mois après la fin de son mandat, sa propre entreprise de relations publiques. Avec son ancienne collaboratrice et directrice de cabinet, Petra Erler, il fonde en avril un cabinet de conseil en lobbying, « European Experience Company ».

 

La lecture du catalogue de l’agence de Verheugen laisse songeur. Officiellement, ses activités n’ont rien à voir avec le lobbying, comme l’indique le site de sa société. Pourtant, l’agence propose d’aider « les hauts dirigeants des institutions publiques et privées et des entreprises » dans leurs actions de lobbying à destination de l’Union européenne, via des « séminaires intensifs de management pour les institutions et les entreprises en coopération avec des experts des institutions européennes ». La « company » facture également ses « recommandations stratégiques dans le domaine de la politique de l’Union européenne et d’autres questions politiques » et vend un « soutien aux efforts de relations publiques dans les affaires européennes (discours, événements médiatiques, publications) ». Une belle brochette de services qu’une députée européenne allemande, Inge Gräßle (CDU), résume ainsi : « Toute personne ayant de l’argent peut acheter l’accès de Verheugen aux institutions européenne ».

On nomme cela un mercenaire, non ?

Mensonge par omission

Comment expliquer que les institutions européennes n’encadrent pas ce genre de transferts ? Normalement, les anciens commissaires sont censés informer Bruxelles de leurs activités futures, afin de s’assurer que celles-ci ne soient pas source de conflit d’intérêt. Verheugen a omis de le faire. En avril, la Commission lui demande explicitement de la mettre au courant des « différentes activités qu’[il pouvait] envisager dans l’année ». Il y répond en envoyant des informations sur ses quatre nouveaux employeurs. À savoir : la Banque Royale d’Écosse (Royal Bank of Scotland), l’agence de lobbying Fleischman-Hillard, l’organisation bancaire allemande BVR, et l’Union turque des chambres de commerce et des bourses (Turkish Union of Chambers and Commodity Exchanges).

Le comité d’éthique de la Commission européenne3 s’est donc penché sur le cas Verheugen. Sans surprise, il n’y trouve rien à redire. Précisons que ce comité n’a jamais fait preuve d’un grand zèle. Il accorde systématiquement des exemptions aux anciens commissaires qui, officiellement, doivent pourtant observer une période d’un an avant de revêtir leur costume de lobbyistes. Les trois ex-collègues de Verheugen ont d’ailleurs obtenu le feu vert du comité pour aller conseiller les secteurs qu’ils étaient censés encadrer à la Commission. Le fonctionnaire allemand est donc autorisé à exercer ses quelques « extras »… Sans aucune mention de son « European Experience Compagny » d’où provient pourtant son fax de réponse à la Commission.

Cyber action contre la corruption

Le « code de conduite des commissaires » ne mentionne même pas la notion de conflit d’intérêt. Le comité d’éthique est seulement chargé d’évaluer si la nouvelle activité est bien « compatible avec le Traité de l’Union européenne ». Reste que Günter Verheugen a menti par omission en ne transmettant pas au comité d’éthique sa véritable nouvelle fonction4. Il ne risque cependant pas grand chose : Aucune sanction n’est prévue contre celles et ceux qui dérogent à la règle.

Le réseau associatif Alter-EU et l’ONG Transparency International demandent une révision de ce « code de conduite » pour préciser ce que l’on attend des commissaires et rendre plus transparent le travail du comité d’éthique. Et proposent d’interdire pendant trois ans toute reconversion d’anciens commissaires dans le lobbying (aux États-Unis, cette interdiction est de deux ans pour les anciens sénateurs et d’un an pour les membres du Congrès). Cette recommandation figure également dans une étude diligentée par le Parlement européen en 2008. C’est l’un des engagements pris par José Manuel Barroso au début de son second mandat. « Le Président et l’ensemble de la Commission sont parfaitement conscients de leurs responsabilités et promeuvent l’intérêt général au sein de l’Union européenne sans n’autoriser aucune pression extérieure ou intérêt personnel afin d’exercer une influence indue sur le processus de prise de décision », assurait la Commission, en février 2010. On mesure aujourd’hui le degré de sincérité de l’exécutif européen.

Le réseau Alter EU vient de lancer, ce 22 septembre, une cyber action contre le laxisme de la Commission face à l’affaire Verheugen.

source : Basta Media

envoyé par Thémisticles

Note de l’éditeur: Cet article date de 2010 mais il est toujours autant d’actualité

Arrestation pour corruption de la vice-présidente du Parlement européen

Source : RzO Voltaire - Le 11/12/2022.

La police belge a mené une vaste opération pour enquêter sur les soupçons de corruption par le Qatar au Parlement européen. Vendredi 7 décembre, 16 perquisitions ont eu lieu à Bruxelles et en Italie.

La vice-présidente du Parlement européen, la Grecque Eva Kaili (photo), a été arrêtée en flagrant délit pour corruption et blanchiment d’argent. Son père également avec une mallette d’argent liquide. Le total des différentes saisies atteint 600 000 euros. L’ancien parlementaire européen, l’Italien Antonio Panzeri, et son assistante parlementaire, la Belge Marie Arena, ont également été placés en garde à vue.

Le groupe socialiste au Parlement européen a immédiatement exclu ces personnalités.

M. Panzeri est l’ancien président de la sous-commission des Droits de l’homme du Parlement européen. Il préside l’association belge Fight Impunity et est membre du réseau Elie Wiesel Network des parlementaires pour la prévention des génocides et des atrocités de masse et contre la négation des génocides.

Cette opération de police intervient durant la Coupe du Monde de football au Qatar. Selon les enquêteurs, cette principauté conduit depuis plusieurs années une diplomatie de la corruption. De nombreux ordinateurs et téléphones portables ont été saisis. Ils devraient livrer de nouvelles informations. Les conversations téléphoniques des assistants parlementaires ont été écoutées depuis un an. Ce matériel devrait permettre de nombreux recoupements.

Le Parlement devait se réunir le 12 décembre à Strasbourg. Son ordre du jour comprend la libéralisation des visas pour les citoyens du Koweït et du Qatar. Il semble que ce texte ne pourra pas être adopté.

“Ces 3.400 ONG, dont Davos et Soros, présentes à Bruxelles pour influencer la Commission Européenne”

Source : Le Courrier des Strratèges.

Par Thibault Kerlirzin - Le 01/12/2022.

Comment se fabrique concrètement l'influence des "lobbies" mondialistes sur l'Union Européenne, et tout spécialement sur la Commission Européenne ? J'ai interviewé Thibault Kerlirzin, auteur d'une étude remarquée sur ce sujet.

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Dans quelle mesure la Commission Européenne est-elle soumise à des fondations comme celle de Bill Gates ou de George Soros ? Thibault Kerlirzin a enquêté sur ce sujet, et a produit, pour le groupe ID du Parlement européen, un document de référence intitulé “L’influence des ONG dans le processus législatif européen“. 

Dans cette interview, Thibault cite le discours d’Ursula von der Leyen au Forum de Davos, mais aussi son rapport sur le lobbying de Greenpeace

Sur le fond, Kerlirzin présente l’intérêt majeur de disséquer factuellement les moyens par lesquels l’idéologie mondialiste se diffuse au sein de la Commission Européenne, et comment elle pollue la décision publique aujourd’hui. 

Querelles de couple ou querelles de famille ?

Billet du lundi 13 novembre rédigé par Jean-Philippe Duranthon, membre fondateur et membre du Conseil d’administration de Geopragma.

Dans une interview qu’il a donnée le 17 octobre dernier Emmanuel Macron a déclaré : « Je crois dans la force du couple franco-allemand ». Il s’agissait là d’un bel acte de foi puisque, quelques jours plus tard, il était obligé d’annuler le sommet franco-allemand, les deux partenaires craignant que la réunion n’aboutisse qu’à envenimer leurs relations, les sujets de friction entre eux devenant chaque jour plus nombreux[1].

Toutefois, même si l’arrivée de la nouvelle équipe conduite par Olaf Scholz a indubitablement changé l’atmosphère des relations entre les deux pays, celles-ci ont rarement été idylliques. Malgré accolades et embrassades, l’Allemagne n’a jamais montré un grand empressement à construire une industrie d’armement européenne dans laquelle elle n’aurait pas le premier rôle, y compris dans les domaines d’excellence de la France ; elle est parvenue à faire transposer au niveau européen sa stratégie énergétique (l’energiewende) bien que celle-ci fasse fi des intérêts français et des investissements déjà réalisés dans notre pays ; elle réclame depuis longtemps un siège au Conseil de Sécurité de l’ONU ou le partage de celui que la France y détient. L’avenir des querelles observées au sein du « couple » est à l’évidence important.

Mais les débats du soi-disant « couple » ne cachent-ils pas un malaise de la « famille » européenne dans son ensemble ? 

L’un des principaux objectifs de la construction européenne engagée après-guerre était de mettre fin aux conflits récurrents en Europe de l’Ouest ; dans cette perspective l’entente franco-allemande était au cœur de la création de la CECA (1951) puis de la Communauté Economique Européenne et d’Euratom (1957). Mais les choses ont bien évolué depuis et, contrairement à ce qui est souvent affirmé, les évènements récents ne favorisent pas l’affermissement des liens entre les pays membres de l’Union Européenne (UE – 1992) :

– L’intégration, à partir de 2004, des pays d’Europe centrale ou orientale auparavant sous domination soviétique a profondément modifié l’objectif et la logique de la construction européenne, qui jusque-là plaçaient la dyade franco-allemande au cœur du projet. Elle a déplacé le centre de gravité de l’UE des pays méditerranéens, où l’influence française est historiquement et culturellement forte, vers l’Europe centrale et du Nord, où l’influence allemande est historiquement, culturellement et industriellement forte. Elle a permis aux Etats-Unis de chercher à opposer, comme l’a fait en 2003 Donald Rumsfeld, alors Secrétaire à la Défense, les nouveaux adhérents à la « vieille Europe ».

– L’entrée de la Grande Bretagne dans le processus européen en 1973 a substitué au dialogue initial des anciens ennemis un trilogue permettant de lisser la rivalité franco-allemande. Mais le Brexit a replacé les deux protagonistes dans leur face à face initial sans qu’aucune autre puissance de même niveau soit désormais en mesure d’apaiser les tensions entre eux ; la Commission en a naturellement profité pour jouer le conciliateur et donc renforcer son poids dans la régulation de l’Union. En outre, alors qu’on aurait pu espérer que le retrait des Britanniques atténuerait l’influence américaine, il est vite apparu que les Américains ont aujourd’hui en Europe de nombreux relais au moins aussi convaincus et actifs que l’étaient les Britanniques, à commencer par les Allemands eux-mêmes[2].

– L’épidémie de Covid et ses conséquences économiques ont donné un poids sensiblement accru aux organes européens intégrés, ce que l’actuelle crise énergétique prolonge et amplifie. La Banque centrale européenne (BCE) a manié la planche à billets pour fournir aux Etats l’argent gratuit[3] leur permettant de rendre la crise aussi indolore que possible sur le plan économique. Parallèlement, la Commission a convaincu de nombreux gouvernements que la résolution des crises rencontrées ne nécessitait plus seulement l’harmonisation des politiques nationales mais leur mutualisation sous son égide ainsi qu’un fort accroissement des ressources communautaires.

– La guerre en Ukraine a renforcé ces tendances, la présidente de la Commission s’arrogeant des pouvoirs de leader de fait que les textes ne lui reconnaissent nullement et les Etats membres acceptant que la mutualisation des politiques s’étende à de nouveaux domaines, la Défense et l’Energie en particulier. Elle a surtout créé une confusion quant à la nature de l’Union européenne : dès lors que celle-ci s’aligne sur les positions américaines on ne voit plus bien pourquoi elle devrait disposer d’une politique de défense et d’une industrie d’armement autonomes ; en d’autres termes et pour simplifier, l’OTAN est perçue comme le bras armé de l’UE et l’UE comme la déclinaison européenne de l’OTAN[4].

– Le rapprochement européen a clairement favorisé l’essor économique des pays membres et en particulier des membres récents. Toutefois, malgré l’ampleur des politiques communes et des financements communautaires, les économies nationales peinent à converger. Alors que la situation économique de la France et de l’Allemagne étaient voisines il y a un quart de siècle, les Allemands sont aujourd’hui 20 % plus riches que les Français (en PIB par tête), l’endettement de l’Allemagne est environ deux fois moindre que celui de la France et l’Allemagne a dégagé chaque année un excédent de sa balance commerciale de 7 % dans le temps où la France creusait son déficit : le « couple » a donc clairement divergé économiquement. De même, la crise énergétique frappe aujourd’hui très inégalement les pays membres et l’inflation varie du simple au double d’un pays à l’autre.

Ce rapide tour d’horizon conduit à trois constats :

– la position de l’Allemagne s’est considérablement renforcée par rapport à celle de la France : sur le plan économique à l’évidence mais aussi grâce à sa place centrale au sein de l’Europe. La France détient toutefois deux atouts essentiels : sa force de frappe nucléaire et son siège au Conseil de Sécurité de l’ONU ;

– le « couple » franco-allemand n’a plus le même poids au sein des institutions européennes et s’est dilué au sein d’une Europe institutionnelle donnant aux petits Etats quasiment le même poids qu’à ceux qui jouent un rôle majeur dans la vie internationale. La Commission, quant à elle, saisit la moindre occasion pour renforcer son rôle en présentant l’unification des politiques sectorielles des Etats membres comme la solution unique aux problèmes à résoudre ; sa présidente, dont le mandat est de cinq ans, se veut l’incarnation de l’Europe, davantage que le « président de l’UE » ou le président du Parlement européen, dont les mandats sont deux fois plus courts, a fortiori que le président du Conseil européen qui pour agir ne dispose que de six mois[5] ;

– malgré ou à cause de cela les ferments de dissentions entre Etats membres s’accroissent, même si les spreads de taux[6] ont été jusqu’à présent contenus. Il est en effet de plus en plus difficile de concilier, d’une part l’élargissement de l’Union à des pays de plus en plus disparates politiquement et économiquement, d’autre part l’unification des politiques sectorielles ; vouloir trouver une solution unique aux problèmes rencontrés dans un territoire aussi vaste et divers relève de la gageure[7].

Dès lors on ne voit plus très bien quel est aujourd’hui le projet européen, quelle Europe il vise à construire. L’UE se réfère à des « valeurs » mais se garde bien de les nommer, de peur que leurs fondements historiques, philosophiques ou religieux heurtent certains. Elle s’est transformée en un complexe mécanisme de redistributions financières entre Etats et entre acteurs économiques. Elle est ainsi devenue une sorte d’ONU miniature, doublée d’un distributeur de billets destinés à ceux qui font allégeance à Bruxelles. Est-ce là ce que les promoteurs de l’idée européenne ambitionnaient ? Est-ce là l’ « Europe souveraine » souhaitée par Emmanuel Macron ?

Dans ce contexte, l’Allemagne joue à présent un jeu ambivalent. Le modèle économique sur lequel elle a fondé sa puissance et qui la plaçait sous la double dépendance de la Russie pour l’énergie et de la Chine pour la puissance industrielle et les exportations, est désormais menacé. Mais elle dispose elle aussi d’une force de frappe, financière celle-ci, qui lui permet d’intervenir massivement. Elle peut donc choisir, selon ses intérêts, de jouer la carte de l’Union ou celle de l’autonomie et semble désormais préférer de plus en plus souvent cette dernière option. Cette attitude reflète une affirmation de puissance clairement exprimée en septembre par Christine Lambrecht, la ministre de la Défense : « La taille de l’Allemagne, sa situation géographique, sa puissance économique, bref son poids, fait de nous une puissance de premier plan, qu’on le veuille ou non ». Olaf Scholz a donc pu affirmer en mai que « bientôt l’Allemagne aura la plus grande armée conventionnelle d’Europe » et dégager à son profit une enveloppe de 100 Md€ ; annoncer sans s’être concerté avec ses alliés européens ni avec la Commission un plan de soutien à l’économie de 65 Md€, puis un autre en septembre de 200 Md€, mobilisant ainsi 8 % du PIB ; ou faire cavalier seul pour conclure des contrats d’approvisionnement en gaz remplaçant ceux qu’il avait avec la Russie. Le « changement d’époque » (Zeitenwende) annoncé par Olaf Scholz au Bundestag après l’invasion de l’Ukraine par la Russie doit donc être compris comme un ambitieux repositionnement d’ensemble de l’Allemagne.

La France doit donc impérativement surveiller son « partenaire » pour éviter qu’il ne prenne trop d’ascendant ; elle doit le faire d’autant plus scrupuleusement que, comme Bruno Le Maire l’a affirmé dans une récente interview, « nous n’avons jamais eu la même idée du couple franco-allemand » : si l’on file la sempiternelle métaphore, l’un veut une relation englobante et exclusive, l’autre préfère l’amour libre. La France doit aussi prendre conscience des dérèglements qui frappent l’ensemble de la « famille » européenne et de l’inadaptation des institutions européennes à une Europe aux limites de plus en plus floues, prétendant concilier dilution des Etats forts et unification des politiques sectorielles.

Mais elle doit également s’inspirer de l’histoire allemande récente et

– en parallèle de ce que l’Allemagne a fait avec constance vis-à-vis de l’Europe centrale et du Nord, développer elle-même des liens privilégiés avec l’Europe méditerranéenne[8] ;

– comme l’Allemagne l’a fait il y a vingt ans, se décider enfin à assainir ses finances publiques pour améliorer sa productivité, mais aussi accepter de travailler davantage[9] ;

– comme l’Allemagne le fait aujourd’hui, consacrer davantage d’énergie à défendre ses propres intérêts plutôt qu’à faire des leçons de morale à la planète entière.

Jean-Philippe Duranthon

Membre fondateur et membre du Conseil d’administration de Geopragma


[1] Désaccord sur la régulation des prix de l’énergie, refus d’organiser un déplacement conjoint Scholz/Macron en Chine, préférence pour l’achat de matériels militaires américains (F35 par exemple) plutôt que français, désaccords sur les projets communs de système de combat aérien SCAF et de char du futur MGCF, lancement d’un projet de bouclier antimissile fondé sur le système Patriot américain et concurrent de celui que la France a engagé, etc.

[2] Annegret Kramp-Karrenbauer, alors ministre de la Défense, a ainsi déclaré en novembre 2020 que « les Etats-Unis d’Amérique ont été et restent le principal allié en matière de politique de sécurité et de défense. Et ils le resteront dans un avenir proche. »

[3] On fait ici référence au quantitative easing consistant, pour la BCE, à acheter des titres de dette publics ou privés.

[4] Lorsque la Finlande et la Suède auront intégré l’OTAN les seuls pays membres de l’UE qui ne seront pas membres de l’OTAN seront l’Autriche, Chypre, l’Irlande et Malte. Inversement, les seuls pays européens membres de l’OTAN mais pas de l’UE seront l’Albanie, la Macédoine du Nord, le Monténégro (tous les trois candidats à l’UE), l’Islande, la Norvège et le Royaume Uni, la caractère européen de la Turquie pouvant être discuté. L’Ukraine souhaite faire partie des deux structures.

[5] La fonction de président du Conseil européen est exercée par roulement par chaque pays membre pendant 6 mois.

[6] Ecarts entre les taux auxquels les pays peuvent se financer sur les marchés.

[7] A l’inverse et paradoxalement, la Commission propose de reconnaître, pour la révision du pacte de stabilité budgétaire, la possibilité pour chaque Etat membre de déterminer quasi librement la façon d’atteindre les objectifs communs.

[8] Les semaines récentes montrent, s’agissant de l’Italie, l’ampleur du chemin à parcourir. Saluer la nomination du nouveau gouvernement italien issu des élections du 25 septembre en déclarant, comme l’a fait la ministre des affaires européennes, Laurence Boone, que « nous serons très vigilants sur le respect des valeurs et des règles de l’Etat de droit » n’est pas le meilleur moyen de créer un climat de confiance : dans d’autres pays des leaders peu recommandables fraichement élus ou réélus dans des conditions bien moins démocratiques ont bénéficié d’accueils plus chaleureux. De même, et indépendamment de la nature des décisions de fond qui ont été prises, la façon dont a été géré l’accueil de l’Ocean Viking et les déclarations ministérielles faites à cette occasionne favorisent pas l’entente et la coopération entre les deux pays.

[9] Alors qu’en 2004 les Français et les Allemands avaient la même durée moyenne de travail effectif, soit 616 heures par an, les premiers ont depuis légèrement réduit cette durée (610 heures) alors que les seconds augmentaient fortement la leur (704 heures).

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