Hommage aux morts d’Indochine

par Paul Rignac - le 07/06/2016.



 

Paul RIGNAC

 

 

Essayiste, écrivain? Licence en droit

 

* Au service d’associations humanitaires œuvrant dans le Sud-Est Asiatique.

     Sa fréquentation du terrain humanitaire et de ses acteurs l’a amené à écrire sur l’histoire commune et sur le choc des cultures entre la France et l’Asie.

* Directeur de collection chez Arconce Éditions (Maison d’édition régionaliste)

     Ses recherches le portent à une réflexion sur les identités culturelles, leurs fondements, leurs limites et leurs possibilités d’ouverture dans un monde de plus en plus globalisé.

 

Ouvrages

Indochine, les mensonges de l’anticolonialisme (2007) - La guerre d’Indochine en questions (2009) - Une vie pour l’Indochine (2012) - La désinformation autour de la fin de l’Indochine française (2013) - Le Mystère des Blancs (2013) - Charolles, une promenade en photos (2013) -

 

Coauteur de

Présence française outre-mer  publié par l’Académie des sciences d’outre-mer (Editions Karthala)

Dictionnaire de la guerre d’Indochine, à paraître prochainement (Robert Laffont, collection Bouquins).

 

Conférences 

Régulièrement sollicité pour des conférences

     (Commission française d’histoire militaire, ... et pour diverses manifestations du souvenir de l’Indochine française)


 

Le 8 juin est la journée d’hommage aux morts pour la France en Indochine.

 

Récemment, deux soldats français décédés dans les camps de concentration japonais se sont vus reconnaître le titre de "Morts en déportation" grâce à l’intervention d’un avocat à la retraite, maître François Cartigny.

C’est un évènement considérable pour toute la communauté des Français d’Indochine, soit environ 40 000 personnes (civils et militaires), qui furent soumises au joug japonais entre le 9 mars et le 15 août 1945. Apparemment, les autorités françaises jouent la montre pour éviter d’admettre l’évidence et de rendre justice, non pas à deux personnes seulement, mais aux 3 000 victimes de détentions de toutes sortes (environ 2 500 militaires et 500 civils), soit à peu près 8% de la population européenne d’Indochine. Chiffre énorme qui devrait faire réagir tout observateur impartial, avant que les derniers survivants de cette époque aient disparu.

 

Cette population européenne semble depuis toujours vouée à l’incompréhension et à l’oubli. Sans doute parce que, sous les vents idéologiques dominants, elle apparaît comme un ensemble de "sales colonialistes". Et puis, comme l’Indochine était restée jusqu’en 1944 sous l’autorité (au moins nominale) du régime de Vichy, elle est en plus considérée comme "collabo". L’épuration qui la frappa en 1945 n’a pas assouvi les rancunes tenaces dont elle est l’objet. La résistance de renseignement qui a pu se développer en Indochine à cette époque est à peine reconnue à sa juste valeur, tout comme l’héroïsme de ceux qui luttèrent contre les agressions japonaises de septembre 1940 et du 9 mars 1945. Rappelons seulement que le taux de pertes de l’armée française face aux Japonais fut alors de 20 %. En fait de collaboration, on a fait pire. Et que dire du martyre des populations civiles dont certaines, comme à Hanoi ou Hué, devront attendre le mois de mars 1946 pour être libérées…

 

Pour comprendre ce qui s’est passé en Indochine, il y a un préalable indispensable : ne pas décalquer la situation de la Métropole sur celle de la colonie. À partir de là, on pourra commencer à apprécier la situation indochinoise en fonction des critères qui lui sont propres et qui font toute sa spécificité. C’est seulement à cette condition que l’on pourra porter un jugement historique équitable sur une période tragique et extrêmement complexe, sur quelques personnages controversés (comme les autorités coloniales de l’époque), mais surtout sur la grande masse des oubliés et des méprisés, les combattants, les résistants, les morts en déportation, les victimes d’assassinats et de tortures indicibles, les familles brisées, les femmes violées, les populations déplacées, les fruits du labeur de plusieurs générations détruits ou pillés.

 

Il serait inexact de dire que rien n’a été fait en leur mémoire. Une chapelle de la cathédrale Saint-Louis des Invalides est aujourd’hui dédiée aux militaires et civils d’Indochine. La persévérance de plusieurs associations d’anciens n’est pas étrangère à cela. Grâce soit également rendue aux autorités qui ont permis cette réalisation. Souhaitons encore que tous les "Morts en déportation" du fait des Japonais, que toutes les victimes de détention concentrationnaire et de tortures soient enfin officiellement reconnus comme tels, il est plus que temps.

 

Cet article est dédié à la mémoire du sous-lieutenant André Breitenstein, héros de l’aviation française et de la résistance en Indochine, décédé à Hanoi le 4 septembre 1945 des suites de sa détention au camp de concentration japonais de Hoa-Binh. "Mort pour la France" à l’âge de 26 ans, Chevalier de la Légion d’Honneur et Médaille Militaire à titre posthume. Il était le beau-frère de mon ami Claude Guioneau, lui-même résistant d’Indochine.

 


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