LA GUERRE EN UKRAINE

Guerre d’Ukraine – Jour 338

L’Occident commence à douter

Source : Le Courrier des Stratèges - par Edouard Husson - Le 30/01/2023.

 

Alors que les troupes russes ne cessent de grignoter du terrain et que l’on murmure que l’offensive russe de grande ampleur est pour bientôt, la situation géopolitique globale se dégrade pour les pays occidentaux, qui commencent à douter de la victoire de l’Ukraine, plus ou moins ouvertement. Nous donnons quatre exemples: la démonstration de force de « l’Amiral Gorchkov » au large des côtes américaines; le désarroi des dirigeants de Washington; la remise en place des Allemands par Vladimir Poutine après la décision d’envoyer des chars là où la Wehrmacht massacrait indistinctement Ukrainiens et Russes il y a 80 ans. Le risque que comporterait une guerre entre Israël et l’Iran.

Ispahan – Iran

Depuis quelques jours, l’alliance occidentale a perdu de sa superbe. Les hourras qui accompagnent les promesses d’envois de blindés ne doivent pas nous tromper.. Il s’agit d’une de ces surenchères qui caractérisent désormais la « culture de mort » (selon l’expression inquiète du pape Jean-Paul II, il y a trente ans, quand il constatait que l’Occident n’avait pas compris les facteurs profonds de la chute du communisme) qui règne de Washington à Kiev. Mais derrière la « danse macabre », on sent la panique se répandre.

A l’OTAN on sait ce que signifie le trajet de l’Amiral Gorchkov

La frégate « Amiral Gorchkov » a fait un crochet au large des côtes américaines

Selon itamilradar.com: « L’Amiral Gorchkov a quitté son port d’affectation, dans la région de Mourmansk, le 4 janvier pour une longue croisière qui le conduira dans l’océan Indien, via la Méditerranée (où il pourrait rester jusqu’à un an), le navire sera armé de nouveaux missiles de croisière hypersoniques Zircon.

La destination finale de la frégate est la Méditerranée, mais elle ne l’atteindra pas avant la fin du mois de mars car elle est attendue en Afrique du Sud dans la seconde moitié du mois de février, où elle participera à un exercice avec des unités navales sud-africaines et chinoises.

Toutefois, l’attention portée à la frégate est due au fait que, l’autre jour, elle a dévié de sa route vers le sud, se dirigeant vers l’ouest en direction des îles Bermudes et de la côte américaine.

Quelque part dans l’Atlantique Nord, le navire a simulé le lancement de missiles hypersoniques. Il n’est pas facile de comprendre où se trouve actuellement le navire car il y a beaucoup de confusion sur le web et nous ne nous aventurerons pas dans des hypothèses non étayées par des faits concrets.

Ce que nous savons, c’est que le pétrolier Kama, avec lequel l’Amiral Gorchkov navigue depuis son départ de Mourmansk, fait maintenant lui aussi route vers le sud-ouest et se trouve approximativement au milieu de l’Atlantique, naviguant dans la direction SSO« .

Il s’agit d’une démonstration de force. Mais le côté ostentatoire du crochet pour passer au large des côtes américaines ne doit pas nous faire illusion. La frégate russe transporte des missiles hypersoniques et entend signifier aux Américains que l’avance russe est telle dans le domaine de l’hypervélocité qu’un conflit serait suicidaire pour les USA. Même pas besoin de prévoir des frappes nucléaires: avec l’hypervélocité, les Russes ont mis en place une capacité de destruction totale des centres de commandement américain sans les inconvénients de la radioactivité.

Selon l’exxpress, média en ligne autrichien,

« Le capitaine de la frégate, Igor Krokhmal, a déclaré : « Personne ne verra le lancement ou le vol du missile. Ils ne verront que si le missile atteint sa cible. Une cible de surface, une cible côtière. Je ne pense pas qu’il y ait quoi que ce soit qui puisse s’opposer à cela dans les années à venir« .

La frégate ultramoderne doit participer le mois prochain à des exercices communs avec les marines chinoise et sud-africaine près des ports de Durban et de Richards Bay en Afrique du Sud. »

Non seulement, comme le souligne Scott Ritter, il suffirait de 16 Zircon pour paralyser le commandement américain. Mais les BRICS s’affichent désormais comme une alliance à vocation militaire autant que monétaire et commerciale.

Le doute s’insinue au plus au niveau à Washington

L’attaque de blindés commandée par le lieutenant Douglas Macgregor en 1991 en Irak.

Nous avons fait état, la semaine dernière, de la tentative de Blinken, le secrétaire d’Etat américain, de rouvrir la porte des négociations avec la Russie. Le doute s’insinue au plus haut niveau à Washington. Et nul ne l’a mieux résumé que Douglas Macgregor, cette fin de semaine, dans The American Conservative. C’est nous qui soulignons:

« Jusqu’à ce qu’on y décide de confronter Moscou à une menace militaire existentielle en Ukraine, Washington a limité l’utilisation de la puissance militaire américaine à des conflits que les Américains pouvaient se permettre de perdre, des guerres avec des adversaires faibles dans le monde en développement, de Saigon à Bagdad, qui ne présentaient pas de menace existentielle pour les forces américaines ou le territoire américain. Cette fois-ci, une guerre par procuration avec la Russie est différente.

Contrairement aux espoirs et aux attentes initiales du Beltway, la Russie ne s’est pas effondrée sur le plan interne et n’a pas cédé aux demandes collectives de l’Occident en faveur d’un changement de régime à Moscou. Washington a sous-estimé la cohésion sociétale de la Russie, son potentiel militaire latent et son immunité relative aux sanctions économiques occidentales« .

Douglas Macgregor est un insider par bien des aspects: héros de la première guerre d’Irak où il mena une spectaculaire offensive d’une cinquantaine de blindés sans essuyer une perte; planificateur, aux côtés du Général Clark, de l’opération du Kosovo; ancien conseiller du secrétaire à la défense sous Donald Trump. Macgregor est aussi un empêcheur de tourner en rond: auteur en particulier d’une proposition de réorganisation de l’armée américaine qui a plus inspiré l’armée israélienne que le Pentagone. Ses propos ont du poids:

« En conséquence, la guerre par procuration de Washington contre la Russie est en train d’échouer. Le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, s’est montré inhabituellement franc au sujet de la situation en Ukraine lorsqu’il a déclaré aux alliés en Allemagne, à la base aérienne de Ramstein, le 20 janvier :  » Nous avons une fenêtre d’opportunité ici, entre maintenant et le printemps « , admettant :  » Ce n’est pas une longue période. « 

Alexei Arestovich, conseiller du président Zelensky récemment licencié et « Spinmeister » officieux, a été plus direct. Il a exprimé ses propres doutes quant à la capacité de l’Ukraine à gagner sa guerre contre la Russie et il se demande maintenant si l’Ukraine survivra même à la guerre. Les pertes ukrainiennes – au moins 150 000 morts, dont 35 000 disparus au combat et présumés morts – ont fatalement affaibli les forces ukrainiennes, ce qui a donné lieu à une position défensive ukrainienne fragile qui risque de se briser sous le poids écrasant de l’attaque des forces russes au cours des prochaines semaines.

Les pertes matérielles de l’Ukraine sont tout aussi graves. Elles comprennent des milliers de chars et de véhicules blindés de combat d’infanterie, des systèmes d’artillerie, des plates-formes de défense aérienne et des armes de tous calibres. Ces totaux incluent l’équivalent de sept années de production de missiles Javelin. Dans un contexte où les systèmes d’artillerie russes peuvent tirer près de 60 000 cartouches de tous types – roquettes, missiles, drones et munitions à coque dure – par jour, les forces ukrainiennes ont du mal à répondre à ces salves russes avec 6 000 cartouches par jour. De nouvelles plateformes et de nouveaux ensembles de munitions pour l’Ukraine peuvent enrichir la communauté de Washington, mais elles ne peuvent pas changer ces conditions ».

Dans ces conditions, MacGregor essaie d’anticiper sur la réaction des « maîtres du monde autoproclamés »:

« Comme on pouvait s’y attendre, la frustration de Washington face à l’incapacité collective de l’Occident à endiguer la marée de la défaite ukrainienne est croissante. En fait, la frustration cède rapidement la place au désespoir.

Michael Rubin, ancien membre de l’équipe Bush et fervent partisan des conflits permanents de l’Amérique au Moyen-Orient et en Afghanistan, a exprimé sa frustration dans un article de la revue « 1945 » affirmant que « si le monde permet à la Russie de rester un État unitaire, et s’il permet au poutinisme de survivre à Poutine, alors l’Ukraine devrait être autorisée à maintenir sa propre dissuasion nucléaire, qu’elle rejoigne ou non l’OTAN ». À première vue, la suggestion est imprudente, mais la déclaration reflète fidèlement l’anxiété des cercles de Washington selon laquelle la défaite ukrainienne est inévitable.

Les membres de l’OTAN n’ont jamais été fortement unis derrière la croisade de Washington pour affaiblir fatalement la Russie. Les gouvernements hongrois et croate ne font que reconnaître l’opposition de l’opinion publique européenne à la guerre avec la Russie et le manque de soutien au désir de Washington de retarder la défaite prévisible de l’Ukraine.

Bien que sympathisant avec le peuple ukrainien, Berlin n’était pas favorable à une guerre totale avec la Russie au nom de l’Ukraine. Aujourd’hui, les Allemands sont également mal à l’aise face à l’état catastrophique des forces armées allemandes.

Le général de l’armée de l’air allemande à la retraite (équivalent de quatre étoiles) Harald Kujat, ancien président du Comité militaire de l’OTAN, a sévèrement critiqué Berlin pour avoir permis à Washington d’entraîner l’Allemagne dans un conflit avec la Russie, notant que plusieurs décennies de dirigeants politiques allemands ont activement désarmé l’Allemagne, privant ainsi Berlin de toute autorité ou crédibilité en Europe. Bien qu’ils soient activement étouffés par le gouvernement et les médias allemands, ses commentaires ont une forte résonance auprès de l’électorat allemand.

Le fait est que, dans ses efforts pour s’assurer la victoire dans sa guerre par procuration avec la Russie, Washington ignore la réalité historique. À partir du 13e siècle, l’Ukraine était une région dominée par des puissances nationales plus grandes et plus puissantes, qu’elles soient lituanienne, polonaise, suédoise, autrichienne ou russe.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, les projets polonais avortés d’un État ukrainien indépendant ont été conçus pour affaiblir la Russie bolchévique. Aujourd’hui, la Russie n’est pas communiste, et Moscou ne cherche pas à détruire l’État polonais comme l’ont fait Trotsky, Lénine, Staline et leurs partisans en 1920.

Où va donc Washington avec sa guerre par procuration contre la Russie ? La question mérite une réponse.

(…) Pendant la Seconde Guerre mondiale, Washington a eu de la chance avec le timing et les alliés. Cette fois-ci, c’est différent. Washington et ses alliés de l’OTAN prônent une guerre totale contre la Russie, la dévastation et l’éclatement de la Fédération de Russie, ainsi que la destruction de millions de vies en Russie et en Ukraine.

Washington est dans l’émotivité. Washington ne pense pas, et on y est aussi ouvertement hostile à l’empirisme et à la vérité. Ni nous ni nos alliés ne sommes prêts à mener une guerre totale avec la Russie, à l’échelle régionale ou mondiale. Cependant, si une guerre éclate entre la Russie et les États-Unis, les Américains ne devraient pas être surpris. L’administration Biden et ses partisans bipartisans à Washington font tout ce qu’ils peuvent pour que cela arrive.« 

Moscou hausse le ton face à Berlin

Vkadimir Poutine a déploré le manque de souveraineté de l’Allemagne lors d’un échange avec des étudiants le 24 janvier 2023

A peine 80 ans se sont écoulés depuis que l’Armée Rouge a détruit le régime nazi, qui incarnait l’anti-civilisation, puisque le premier objectif d’Hitler et de ses sbires était d’abolir le commandement « Tu ne tueras pas ». D’abolir le Décalogue – les Dix commandements de la Bible, sur lesquels s’est construite la culture européenne. C’est pour cela qu’Hitler a voulu exterminer les Juifs – en tant que peuple du Décalogue; et il prévoyait de s’en prendre aux chrétiens après la guerre.

C’est pourquoi on ne peut qu’être stupéfait de voir tant de membres du gouvernement allemand, tant de députés, pousser la cause d’un soutien militaire à l’Ukraine. Quelle insoutenable légèreté de l’être allemand! Ne venez plus nous vanter la solidité, le goût du profond qui caractériserait la culture allemande. Annalena Baerbock se comporte comme une écervelée quand elle déclare « nous sommes en guerre avec la Russie »; et Olaf Scholz est bien peu courageux quand en Allemagne on commence à parler ouvertement de l’origine OTANienne du sabotage de Nordstream 2.

Mercredi 24 janvier, le lendemain de la déclaration de Madame Baerbock, Vladimir Poutine a souligné que l’Allemagne n’était pas un pays véritablement souverain vu qu’après 1990, elle avait conservé des bases militaires américaines sur son territoire:

« [ En ce qui concerne] le plus grand pays d’Europe, un géant économique, la République fédérale d’Allemagne, l’Union soviétique a légalement officialisé la fin de l’occupation.

Après tout, après la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne était, comme vous le savez, divisée en quatre zones d’occupation : américaine, britannique, française et soviétique. L’Union soviétique a donc légalement mis fin à l’occupation, mais pas les États-Unis. À proprement parler – techniquement, légalement – il y a des troupes d’occupation américaines en République fédérale d’Allemagne. En fait, elles le sont : elles sont nombreuses.

Même les politiciens allemands disent que l’Allemagne n’est plus un État souverain au sens plein du terme depuis la Seconde Guerre mondiale. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont des personnalités éminentes et, surtout, non pas des pro-russes, mais des pro-allemands qui le disent. Ils l’ont dit ouvertement. En d’autres termes, il existe des racines très profondes et des raisons sérieuses pour tout ce qui se passe actuellement. Bien sûr, je ne doute pas que le jour viendra où l’Europe retrouvera sa souveraineté, d’une manière ou d’une autre. Mais à en juger par toutes les apparences, cela prendra encore un certain temps« 

Mesurons bien les implications de ce que dit Vladimir Poutine: ni l’Allemagne, ni l’Italie, ni même la France n’agissent souverainement: elles sont sous la coupe de l’OTAN. Elles ne pourront redevenir des interlocuteurs ayant du poids aux yeux de la Russie que lorsqu’elles se seront libérées de l’emprise de Washington.

 

Un risque d’extension du conflit par une guerre entre l’Iran et l’Israël?

Depuis hier dimanche, tous ceux qui analysent soigneusement le conflit se demandent dans quelle mesure les frappes américaines et israéliennes sur une usine où les Iraniens fabriquent, selon toute vraisemblance, leurs premiers missiles hypersoniques pourrait avoir des répercussions sur la guerre d’Ukraine.

Tout d’abord, les faits. Il y a bien eu une attaque de drones sur des bâtiments du Ministère de la Défense à Ispahan. On suppose que les Américains et les Israéliens visaient un espace de recherche et d’expérimentation sur les missiles hypersoniques puisque l’Iran commence à maîtriser cette technologie. On a parlé d’attaques ailleurs, d’incendies. Mais il n’est pas possible ce lundi 30 janvier de savoir ce qui relève d’éventuels attentats, d’un accident industriel, des séquelles d’un tremblement de terre.

Chancelleries, médias, experts restent sereins. Pour autant on soulignera la différence de comportement du gouvernement israélien depuis le retour de Netanyahou au poste de Premier ministre. Tel-Aviv a pris acte de l’échec d’un nouvel accord sur le nucléaire iranien. Mais Israël a le sentiment que les USA sont – par choix ou par nécessité – de moins en moins impliqués au Moyen-Orient. Il s’agit de les « mouiller » à nouveau dans la défense d’Israël.

Pour autant, Netanyahou veut encore moins que ses prédécesseurs être obligé de choisir dans la guerre en Ukraine et Russie. Israël se comporte de manière assez similaire à la Turquie. En vendant des armes à l’Ukraine mais sans prendre partie dans le conflit et en se posant, si possible, en médiatrice. Netanyahou avait compris plus vite que d’autres l’importance stratégique de la Russie pour Israël: non seulement parce qu’il y a plus d’un millions de Juifs russophones en Israël. Mais aussi parce que Moscou est désormais garante de tours les équilibres dans la région: les Russes ont préservé le régime d’Assad de l’effondrement; ils investissent massivement en Iran; et comme je l’ai entendu dire en 2018 à un diplomate israélien, « Nous ne pouvons pas nous priver de parler avec les Russes puisqu’ils parlent à tout le monde.

Le basculement dans une vraie guerre entre Israël et Iran serait bien entendu éminemment dangereux. Israël a la bombe nucléaire et l’Iran peut compter sur du matériel russe, dont la guerre d’Ukraine montre qu’il est plus performant que ce qui vient de l’industrie militaire occidentale. Surtout, l’Iran semble suivre la stratégie russe consistant à maîtriser à la fois des armes peu sophistiquées mais destructrices, comme les drones, et l’hypervélocité.

Pour autant, les Américains ont-ils intérêt à ouvrir un troisième front, après celui, bien réel, de l’Ukraine et celui, en puissance,, de Taïwan? Et Netanyahou peut-il prendre le risque de mécontenter les Russes en laissant les Américains déstabiliser l’Iran? .

Chars, dollar et pensée magique …

Source : Le Courrier des Stratèges - Par Alexandre N - Le 26/01/2023.

Chars, dollar et pensée magique … par Alexandre N

« Les chars, je connais. J’ai servi et j’ai surtout beaucoup appris à les détruire. Au final c’est facile, presque un sport vu ce qu’on envoie en Ukraine. Les Russes vont littéralement faire du tir au pigeon d’autant que ces chars n’auront même pas de couverture aérienne, du quasi suicide » – C’est ainsi que notre ami Alexandre N a commencé sa réponse à nos questions. Lisez jusqu’au bout, ça décoiffe.  


Passons d’abord sur le ridicule profond de faire croire que 30 M1 Abrams et une poignée de Leo II pourrait être – une fois encore – la clé de la victoire. Mais force est de constater que c’est le pari toujours gagné par la propagande occidentale de faire prendre de vessies pour des lanternes aux Occidentaux qui n’exercent plus leur libre jugement.

Pourquoi les Américains doivent faire durer la guerre

Revenons au schéma de fonctionnement de ce conflit :

– Coté américain, on doit faire durer le conflit, car tout aveu d’échec est désormais strictement impossible dans la mesure où il n’annoncerait que … la fin programmée du dollar. Ce qui est actuellement en train de changer est que de plus en plus d’Américains en prennent conscience – à la différence de bien des Européens. .

Donc les Américains doivent désormais admettre que leur extrême arrogance les a fourvoyés jusqu’à croire qu’ils pourraient battre la Russie. Tout le problème pour les plus lucides d’entre eux est maintenant de trouver une porte de sortie acceptable à cette guerre. Mais que signifie alors acceptable ? On sait seulement aujourd’hui que le spectre de l’acceptable se situe forcément entre les deux extrêmes que sont le suicide nucléaire américain et la sécession du pays, agrémentée d’une guerre civile larvée.

En attendant de trouver cette solution, les dirigeants américains doivent faire durer la guerre et conséquemment plus que jamais faire croire qu’ils sont toujours en train de la gagner.

Faire durer la guerre : on l’a vu précédemment, pour les US ce n’est qu’une question de guerre par procuration et/ou d’alimentation continue en armement, les deux sur fond de l’épuisement de la population ukrainienne.

Le mental russe se durcit

Toutefois, les Américains ont cependant de la chance dans cette manœuvre puisque les Russes poursuivent apparemment le même objectif, raccourcir la guerre n’aboutissant de leur point de vue qu’à laisser à l’Occident la possibilité de la recommencer dans quelques années. Ce qui permet de déceler une telle tendance est bien le fait que s’opère actuellement – enfin! – une vraie purge de la 6° colonne occidentaliste. En clair, le mental russe se durcit.

Comment les Russes s’y prennent-ils pour faire durer et épuiser ? V. Orlov l’explique parfaitement bien,  mais encore faut-il pour comprendre avoir une vraie culture ainsi qu’une véritable expérience militaire.

 « Il existe un système russe ironiquement appelé Pénicilline (sa désignation technique est 1B75). Il a été assemblé et testé pour la première fois il y a quelques années, mais ce n’est que maintenant qu’il a été produit en nombre suffisant pour saturer toute la ligne de front russe dans l’ancienne Ukraine, produisant de bons résultats. Il s’agit d’un système optique, acoustique et sismique combiné, qui identifie les emplacements de tous les tirs d’artillerie et de missiles dans un rayon de 25km, en 5 secondes, et transmet automatiquement leurs informations de la cible et la trajectoire des projectiles aux systèmes d’artillerie et de défense aérienne russes, dans un rayon de 40km. C’est un système passif : il écoute simplement et ne peut pas être identifié pour le ciblage. Il est facile à cacher : il est monté sur un camion Kamaz-6350 8×8 et peut être caché dans n’importe quel ravin ou parcelle de bois. Il peut fonctionner sans surveillance pendant de longues périodes. Les Ukrainiens ont également reçu quelques systèmes de ciblage, mais ce sont tous des systèmes actifs, qui font briller un faisceau radar sur tout ce qu’ils suivent, informant ainsi les systèmes radar passifs russes de leurs emplacements exacts ; ils ne survivent donc pas longtemps. Chaque fois que les Ukrainiens lancent un missile (à l’exception de petites choses comme des mortiers), les Russes connaissent immédiatement à la fois le site de lancement et la trajectoire. Le missile est alors précisément ciblé et détruit par la défense aérienne russe, tandis que le lanceur est précisément ciblé et détruit à l’aide d’artillerie avant qu’il n’ait une chance de se déplacer. Cela désavantage encore plus les Ukrainiens, déjà désavantagés en nombre de pièces d’artillerie et affamés de munitions. Une fois l’artillerie et les systèmes de roquettes ukrainiens désactivés, les Russes prennent leur temps pour faire sauter les tranchées et les bunkers ukrainiens. Une fois qu’ils sont raisonnablement convaincus qu’il ne reste plus de combattants côté ukrainien, ils déplacent leur infanterie et nettoient. Et puis le front avance de quelques kilomètres vers l’ouest. Cet équilibre des forces se traduit par des pertes ukrainiennes de plusieurs centaines à quelques milliers par jour, tandis que les victimes du côté russe se font de plus en plus rares, grâce à la méticulosité sans hâte avec laquelle les Russes accomplissent ce qui est devenu une corvée routinière et répétitive.

Pour mémoire, la Russie fabrique actuellement plus de missiles de défense aérienne que le reste du monde réuni. Merci pour elle, elle a ce qu’il faut.

Il va donc de soi que les Russes n’ont pas besoin de faire beaucoup plus que ce qu’ils font actuellement : faire exploser tout ce que les Ukrainiens parviennent à amener au front et tuer tout ce qui bouge du côté ukrainien ; déplacer le front vers l’ouest de quelques kilomètres par jour; et perfectionner leurs armes et leurs stratégies en vue de tout conflit futur. Depuis le début de la phase chaude du conflit il y a 11 mois, les Russes ont détruit les forces armées ukrainiennes, non pas une, mais deux fois : une fois avec son ancien contingent et ses armes de l’ère soviétique, et une fois avec un contingent constitué à la hâte et des armes de l’ère soviétique données de tout l’ancien bloc de l’Est, et il est maintenant occupé à détruire les forces armées ukrainiennes 3.0, armées d’armes de l’OTAN et de nombreux mercenaires polonais, roumains, américains et divers autres. Le résultat final de cela,  … »

Pourquoi « les chars » ne sont pas « l’arme du miracle »

Donc les Russes se chargent de faire durer la guerre pendant que les Américains se chargent d’entretenir la propagande. Faute de proxy pour alimenter la guerre, ils doivent se résoudre à racler les fond des arsenaux et à transformer la raclure qu’ils y trouvent en wunderwaffe, une fois de plus.

Aujourd’hui, on en est aux chars, autrement dit de l’obsolète, mais telle n’est pas la question.  Voyons donc de quoi il s’agit.

Rappelons d’abord qu’un armement n’est qu’un tas de matières inertes, qui ne vaut que par le talent de ceux qui le servent et l’emploient. Nonobstant cette remarque, on ne saurait occulter quelques vérités tactiques qui si rattachent. Ainsi : 

– s’agissant de l’US M1 Abrams : on note d’abord le nombre ridicule d’engins prévus (30 ) alors que 1000 conviendraient mieux au problème posé. Le M1 est de surcroît ancien et obsolète, en tout cas totalement vulnérable face aux chars comme aux anti-char russes, sans parler de l’artillerie à tir direct. Son concept de turbine à gaz en fait une cible tout particulièrement « lumineuse » sur le champ de bataille. Bien entendu, les Russes joueront avec le M1 Abrams, d’autant qu’il présente tout un tas d’autres désagrément qui expliquent largement pourquoi le Pentagone s’oppose en fait à son déploiement. La propagande aura du mal à censurer le ridicule qui va s’y attacher.

– le Léopard II allemand est un peu plus sérieux, mais également douteux lui aussi quand à sa capacité à résister aux conditions de l’Ukraine. On prête beaucoup trop aux Allemands en matière de chars alors que le PZH 2000 s’est en fait ridiculisé en Ukraine. Si le châssis du Leo II peut paraître a priori apte à ce combat, sa conduite de tir en revanche ne l’est absolument pas, ce qui est gênant.

Mais le pire est l’informatique embarquée de ces engins et qui va en définir toute la vulnérabilité. « Char immobile = char mort » est la règle du combat de chars. Conséquemment, la guerre électronique russe va les immobiliser pour les livrer aux projectiles quels qu’ils soient.

– On parle aussi du Challenger II anglais, mais on s’abstiendra d’en donner un quelconque jugement tant il est mauvais. Un seul conseil : prévoir les body bags !

Cependant, le vrai problème tactique n’est même pas là. Le char en lui-même n’existe pas. N’existe que le système de chars et par conséquent le problème n’est pas de casser du char, mais de « péter le système ». Et ça c’est tactiquement facile puisqu’il suffit de détecter puis de détruire sa tête. Il faut 20 ans pour la reconstruire alors qu’il ne faut que 24 heures pour remplacer un char.

On le voit, les stratégies réciproques qui semblent s’affronter en Ukraine ne répondent en rien à un système physique de deux forces antagonistes de même direction et de sens opposés.

Les généraux de plateau et la pensée magique

Plus que jamais cette guerre vue de l’extérieur est celle de l’aveugle contre le paralytique dans un buisson d’ortie. 

Le Russe attend, tapi au fond d’une nasse que l’ Américain a lui-même construit, pendant que ce même Américain n’a de cesse de remplir cette nasse avec tout et n’importe quoi pour en absorber les capacités destructrices.

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Une victoire russe en Ukraine ne mettra pas fin à la guerre

par Mike Whitney - Le 26/01/2023.

Derrière l’appel désespéré de Washington à fournir des chars et d’autres armes mortelles à l’Ukraine, se profile la perspective lancinante que l’offensive hivernale de la Russie pourrait avoir déjà commencé dans le sud, où de violents combats ont éclaté le long de la ligne de contact dans la région de Zaporijia. Si les informations en provenance du front restent sommaires, certains analystes pensent que la Russie envisage d’envoyer ses troupes et ses unités blindées vers le nord afin de bloquer les lignes d’approvisionnement vitales et de piéger les forces ukrainiennes à l’est. Un blitz russe vers le nord serait probablement synchronisé avec le mouvement d’un deuxième grand groupe poussant vers le sud le long de la rivière Oskil. Ces deux poussées en forme de poignard seraient accompagnées de multiples frappes de missiles visant les ponts stratégiques et les lignes de chemin de fer traversant le Dniepr. Si les Russes parvenaient à mener à bien une telle opération, le gros de l’armée ukrainienne serait effectivement encerclé à l’est, tandis que Moscou aurait repris le contrôle de la plupart de ses territoires traditionnels. L’offensive ne mettrait peut-être pas fin à la guerre, mais elle mettrait fin à l’existence de l’Ukraine en tant qu’État viable et contigu. Ceci est un extrait d’un article paru sur Al Jazeera :

« Les forces de Moscou poussent vers deux villes de la région de Zaporijia, dans le sud de l’Ukraine, où les combats se sont intensifiés cette semaine après plusieurs mois de stagnation du front… Vladimir Rogov, un responsable installé par les Russes dans la région, a déclaré que les actions offensives étaient concentrées autour de deux villes : Orikhiv, à environ 50 km (30 miles) au sud de Zaporijia, la capitale régionale contrôlée par les Ukrainiens, et Hulyaipole, plus à l’est. (…)

L’armée russe a ensuite affirmé, pour la deuxième journée consécutive, avoir pris des « lignes et positions plus avantageuses » après des « opérations offensives » dans la région de Zaporijia. (…) Dans son rapport quotidien de dimanche, l’armée ukrainienne a déclaré que « plus de 15 localités ont été touchées par des tirs d’artillerie » à Zaporijia. (…) Il a également déclaré cette semaine que les combats ont « fortement augmenté » dans la région du sud »1.

Normalement, je ne m’attarderais pas sur un sujet pour lequel il y a si peu de preuves et tant de spéculations. Mais les gens suivent de très près les événements en Ukraine parce qu’ils veulent savoir ce que Poutine prévoit de faire avec les 550 000 soldats qui sont actuellement dispersés sur le théâtre des opérations ou rassemblés le long du périmètre en Biélorussie. L’hypothèse est que Poutine va utiliser ces forces dans une offensive hivernale qui pourrait avoir un impact considérable sur le cours de la guerre. Je suis d’accord avec cette hypothèse, mais je ne suis pas entièrement convaincu que les combats dans le sud prouvent que l’offensive a déjà commencé. Malgré cela, le buzz sur les chaînes Telegram et Twitter est difficile à ignorer et pourrait indiquer que mon scepticisme est injustifié. Par exemple, voici quelques extraits de sites indépendants qui suggèrent que l’offensive est déjà en cours :

« L’armée russe continue à avancer activement dans la direction de Zaporijia, le front a été poussé à une profondeur de 7 km. En ce moment notre avance dans trois directions sur la section Orekhov. A l’ouest, il y a des combats pour Novoandreyevka et Shcherbaki, à l’est pour Belogorye et Malaya Tokmachka, au sud-est il y a des combats pour Novodanilovka, qui est seulement à 6,5 km de Orekhov. Une percée défensive ici permettra aux forces armées de la FR de développer une offensive dans plusieurs directions à la fois, coupant littéralement le groupement des FAU en deux parties ». (Telegram)

Ou ceci :

« Mise à jour de Zaporijia

L’armée russe poursuit son offensive sur le front de Zaporijia

Les troupes des districts militaires Sud et Est mènent une offensive sur un large front – jusqu’à 60 km (dans les districts Vasilyevsky et Pologovsky).

L’avancée des troupes est ralentie en raison de nombreux champs de mines. »

Ou ceci :

« L’offensive se déroule comme prévu : Combats rapprochés dans plusieurs zones. Les positions fortifiées et les régions de l’ennemi sont activement traitées avec des bombes, des mines et des obus d’obusier ; ensuite seulement viennent les véhicules blindés avec l’infanterie.

Selon l’état-major général des forces armées ukrainiennes dans la direction de Zaporijia, les forces armées de la FR frappent les forces armées ukrainiennes avec tous types d’armes dans les zones de plus de 25 localités, dont Olgovskoe, Gulyaipole, Volshebnoe, Novodanilovka, Kamenskoe et Plavni de la région de Zaporijia, Vremovka et Novopol ».

Ce n’est qu’un petit échantillon des messages qui inondent divers sites depuis quelques jours. Un grand nombre de commentaires proviennent de personnes qui semblent avoir une connaissance directe des événements sur le champ de bataille. Je ne peux pas parler de leur exactitude, mais le volume des rapports (et leur intensité) suggère que quelque chose d’inhabituel est en train de se produire.

Il y a aussi un nouveau post sur Moon of Alabama dans lequel Bernard affirme sans équivoque que l’offensive est déjà en cours. Voici ce qu’il dit :

« L’offensive russe tant attendue en Ukraine a commencé. (…)

D’autres et moi-même avons suggéré depuis un certain temps que les forces russes utiliseront la région sud de Zaporijia pour une grande poussée à l’arrière des forces ukrainiennes autour de Bakhmout. (…)

Les mouvements russes contre les troisième et quatrième lignes de défense ukrainiennes seront probablement soutenus par un mouvement venant du sud qui libérera le reste des oblasts de Zaporijia et de Donetsk. (…)

Il n’y a pas de brigade d’artillerie ukrainienne dans ce secteur. Il n’y a donc aucune capacité de contre-artillerie disponible. (…) L’objectif de la poussée russe dans le sud ne sera pas de prendre des villes comme Zaporijia. L’objectif est d’amener les principales voies de transport, les chemins de fer et les routes, de l’ouest de l’Ukraine au front de l’est de l’Ukraine sous le feu de l’artillerie russe. Cela empêchera non seulement le réapprovisionnement des troupes ukrainiennes sur le front oriental, mais aussi leur sortie de la ligne de front. Une poussée de 100 kilomètres vers le nord y parviendrait en grande partie. Une poussée complémentaire du nord vers le sud, qui pourrait ou non arriver, fermerait définitivement le chaudron »2.

Bien que je ne sois toujours pas sûr que l’offensive ait réellement commencé, je suis entièrement d’accord avec MoA pour dire que le plan de la Russie sera une variation de la stratégie qu’il présente dans son article. En fait, une stratégie similaire a été exposée par l’historien militaire Big Serge dans un récent billet de Substack intitulé « Guerre russo-ukrainienne : la pompe à sang mondiale ». Les deux analystes semblent avoir tiré des conclusions similaires quant à ce à quoi nous devons nous attendre dans les semaines à venir. Voici un extrait de l’article :

« Pour le moment, la majorité de la puissance de combat russe n’est pas engagée, et les sources occidentales et ukrainiennes sont (tardivement) de plus en plus alarmées par la perspective d’une offensive russe dans les semaines à venir. Actuellement, l’ensemble de la position ukrainienne à l’est est vulnérable car il s’agit, en fait, d’un énorme saillant, vulnérable à une attaque provenant de trois directions.

Deux objectifs de profondeur opérationnelle en particulier ont le potentiel de briser la logistique et le soutien ukrainiens. Il s’agit, respectivement, d’Izioum au nord et de Pavlograd au sud. Une poussée russe le long de la rive ouest de la rivière Oskil vers Izioum menacerait simultanément de couper et de détruire le groupement ukrainien sur l’axe de Svatove (S sur la carte) et de couper l’autoroute M03 vitale pour Kharkov. Atteindre Pavlograd, d’autre part, isolerait complètement les forces ukrainiennes autour de Donetsk et couperait une grande partie du transit ukrainien à travers le Dniepr.

Izioum et Pavlograd se trouvent toutes deux à environ 110km des lignes de départ d’une éventuelle offensive russe, et offrent donc une combinaison très tentante : elles sont à la fois importantes sur le plan opérationnel et relativement faciles à atteindre. Depuis hier, nous avons commencé à voir des avancées russes sur l’axe de Zaporijia. Bien qu’il s’agisse, pour l’instant, principalement de reconnaissances en force poussant dans la « zone grise » (ce front interstitiel ambigu), le ministère russe de la Défense a fait état de plusieurs prises de colonies, ce qui pourrait présager une véritable offensive dans cette direction. L’indice clé serait un assaut russe sur Orikhiv, qui est une grande ville avec une véritable garnison ukrainienne. Une attaque russe ici indiquerait que quelque chose de plus qu’une attaque de sondage est en cours.

Il est parfois difficile de faire la différence entre ce que nous prévoyons et ce que nous voulons. C’est certainement ce que je choisirais si j’étais en charge de la planification russe – une poussée vers le sud le long de la rive ouest de la rivière Oskil sur l’axe Koupiansk-Izioum, et une attaque simultanée vers le nord au-delà de Zaporijia vers Pavlograd. Dans ce cas, je pense qu’il est préférable de simplement protéger Zaporijia à court terme plutôt que de s’enliser dans une bataille urbaine.

Nous ne savons pas si la Russie tentera réellement de le faire. La sécurité opérationnelle russe est bien meilleure que celle de l’Ukraine ou de ses forces supplétives (Wagner et la Milita de la RPL/RPD), de sorte que nous en savons beaucoup moins sur les déploiements de la Russie que sur ceux de l’Ukraine. Quoi qu’il en soit, nous savons que la Russie jouit d’une forte prépondérance de la puissance de combat à l’heure actuelle, et qu’il existe des cibles opérationnelles juteuses à portée de main »3.

Sans surprise, des combats ont éclaté autour d’Orikhiv, ce qui, selon Big Serge, « indiquerait que quelque chose de plus qu’une attaque de sondage est en cours ». En d’autres termes, il pourrait s’agir, en fait, de la phase d’ouverture de l’offensive d’hiver. Et, si c’est le cas, nous devons supposer qu’il y aura un changement par rapport aux « batailles d’usure positionnelles » que nous avons vues jusqu’à présent. L’offensive russe ne sera pas confrontée à des lignes défensives de tranchées lourdement fortifiées qui nécessitent des semaines d’assouplissement avec de l’artillerie à longue portée jusqu’à ce que les unités blindées puissent être envoyées pour des opérations de nettoyage. Les mouvements de la Grande Flèche que Serge anticipe suggèrent que nous pourrions voir des gains territoriaux significatifs dans des zones peu défendues. Cela signifie que les choses vont probablement évoluer beaucoup plus rapidement qu’au cours des 11 derniers mois. Cela signifie également que les forces ukrainiennes dans le Donbass seront effectivement coupées de Kiev et devront se débrouiller seules. Naturellement, les pertes sont appelées à être importantes.

Selon les médias, le directeur de la CIA, William Burns, s’est secrètement rendu à Kiev la semaine dernière pour avertir Zelensky de l’offensive russe imminente. Burns a probablement présenté un scénario très similaire à la stratégie exposée par MoA et Big Serge. Mais quoi que Burns ait pu dire à Zelensky, cela n’a eu aucun effet sur le président ukrainien. Zelensky a continué à envoyer des troupes sur les lignes de front (Bakhmout) malgré le caractère désespéré de la situation et malgré le fait que les positions défensives ukrainiennes s’effondrent de jour en jour. Il ne fait plus aucun doute que les forces russes éradiqueront les poches de résistance à l’est ou que les restes malmenés de l’armée ukrainienne seront contraints de battre en retraite. Ce n’est qu’une question de temps.

Nous ne disons pas que tout va être « tranquille » pour les Russes à partir de maintenant. Non, il y aura de nombreux obstacles sur la route. Mais étant donné la supériorité de la Russie en termes d’effectifs, de puissance de feu et de base industrielle, nous pensons que la Russie gagnera sans aucun doute cette première phase de la guerre. Le problème est que – même si l’armée russe nettoie tout le territoire à l’est du fleuve Dniepr et l’annexe à la Fédération de Russie – cela ne signifie pas que les combats vont s’arrêter. Ils ne s’arrêteront pas. Les forces soutenues par les États-Unis continueront à lancer des attaques depuis l’autre côté du fleuve, elles déploieront des commandos pour frapper derrière les lignes russes, elles formeront des paramilitaires pour déclencher une insurrection, et elles tireront des missiles sur la Crimée, la Russie et, peut-être, sur Moscou même.

Poutine est-il prêt pour cela ?

Washington ne va pas jeter l’éponge parce que la Russie a gagné le premier round d’un combat de 10 rounds. Les États-Unis sont toujours pleinement engagés dans leur plan visant à « affaiblir » la Russie afin de devenir l’acteur dominant du marché le plus prometteur du monde, l’Asie centrale. À cet égard, les combats en Ukraine n’ont en rien entamé la détermination de Washington. En fait, nous pensons que le conflit alimente la russophobie généralisée et les appels incessants à la vengeance. Comment expliquer autrement l’escalade persistante qui n’a pas encore suscité la moindre protestation publique ? Et n’oubliez pas que les États-Unis ont déjà fait sauter Nord Stream 2, poussé l’Europe dans une grave dépression, saboté les lignes d’approvisionnement mondiales dans un avenir prévisible, fait dérailler le projet de « mondialisation » vieux de 40 ans et fait tout ce qui était en leur pouvoir pour pousser la Chine à une guerre armée. Ce que ces incidents montrent, c’est l’importance que les États-Unis attachent à leur rôle privilégié dans l’ordre mondial et les risques qu’ils sont prêts à prendre pour préserver ce rôle. En bref, les États-Unis sont prêts à faire « tout ce qu’il faut » pour conserver leur main de fer sur le pouvoir.

Si j’étais Poutine, je me préparerais à une lutte longue et sanglante. Car c’est ce qui l’attend.

source : The Unz Review

traduction Réseau International

  1. « La Russie avance vers deux villes de la région ukrainienne de Zaporijia », Al Jazeera
  2. « Ukraine – L’armée russe active le front sud », Moon of Alabama
  3. « Guerre russo-ukrainienne : la pompe à sang mondiale », Big Serge, Substack

Ukraine : Des livraisons de chars occidentaux ne seraient pas décisives

Source : Le Courrier des Stratèges - Par Philippe Migault - Le 25/01/2023.

Ukraine : Des livraisons de chars occidentaux ne seraient pas décisives – par Philippe Migault

Les livraisons de chars occidentaux à l’Ukraine sont-ils le secret de la future offensive victorieuse de l’Ukraine comme le pensent nos médias? Expert des questions militaires, co-fondateur de l’Institut Brennus, Philippe Migault propose de regarder les choses un peu plus froidement: pourquoi les Ukrainiens ont-ils soudain besoin de ces blindés alors qu’on nous expliquait qu’ils en avaient pris plusieurs centaines à la Russie? Et si on partait de considérations plus raisonnables sur le rapport de forces entre les deux belligérants?


La polémique portant sur la fourniture de chars occidentaux à l’Ukraine est révélatrice à plus d’un titre.

Elle met en exergue en premier lieu un apparent suivisme français vis-à-vis de Washington. Emmanuel Macron a été le premier dirigeant occidental à décider l’envoi de blindés « lourds » à Kiev, des AMX-10RC. Il n’exclut pas par ailleurs d’envoyer également des chars Leclerc«pourvu que cela ne soit pas escalatoire », réserve sur laquelle nous reviendrons.

A contrario, la répugnance de l’Allemagne à fournir des Léopard-2, et à autoriser le réexport vers l’Ukraine de ces blindés en dit long sur le caractère résolu d’un pays qui, parce qu’il peut investir 100 milliards d’euros dans sa défense, prétend devenir « le pilier de la défense conventionnelle en Europe» et dicter en conséquence ses volontés à ses alliés en termes militaro-industriels. Enfin elle démontre le manque de professionnalisme des médias occidentaux vis-à-vis de cette guerre. Aucun d’entre eux ne s’interroge sérieusement quant à ce besoin ukrainien en chars lourds et sur ce qu’il révèle. Or il ne peut répondre qu’à deux options :

Soit l’Ukraine espère percer les lignes russes avec ces blindés plus performants,

Soit elle ne dispose plus des capacités lui permettant de soutenir durablement ce conflit et a urgemment besoin de solides renforts..

 

Au mépris de la neutralité journalistique

Le premier scénario est bien entendu largement évoqué au sein de rédactions qui ont pris fait et cause pour l’Ukraine, au mépris de toute neutralité journalistique. Pour elles, si nous donnons des chars aux Ukrainiens c’est pour écraser la Russie« D’après le New York Times, l’administration Biden aux États-Unis devient « plus chaude envers l’idée que l’Ukraine attaque la Crimée », un territoire que la Russie avait annexé en 2014 et que Washington considérait jusque-là comme une ligne rouge à ne pas dépasser. Même le président français Emmanuel Macron, qui avait appelé dans le passé à ne pas « humilier » la Russie, parle désormais ouvertement d’une victoire de l’Ukraine et lui a promis des chars de combat légers AMX-10 RC, qui commenceront à arriver le mois prochain », s’enthousiasme TF1. Dans ce cas, il sera difficile à la France de livrer des Leclerc à Kiev. La participation de ceux-ci à une offensive majeure contre l’armée russe serait, pour le moins, « escalatoire », a fortiori si la Crimée est l’objectif. A moins de se montrer parfaitement incohérent, le Président de la République vient donc, une fois encore, de faire une promesse assortie d’une telle réserve qu’il n’est pas possible de la tenir.

Mais il n’est pas exclu non plus qu’Emmanuel Macron ne se montre très habile si c’est la seconde option, celle d’une défaite de l’Ukraine faute de renforts, qui corresponde aux faits. La France, depuis des mois, est accusée de soutenir une position modérée vis-à-vis de la Russie. Peut-être est-ce, tout simplement, qu’elle a compris que les Ukrainiens ne pouvaient pas vaincre les Russes. Dans ce cadre, la livraison de quelques dizaines d’AMX-10RC, qui devaient justement partir à la casse, permet à Paris de faire un geste, sans s’engager plus avant par le don de chars lourds, qui serait cautère sur jambe de bois. 

Les comptes fantastiques des experts

Il est de bon ton de souligner les pertes russes. Si l’on s’en réfère aux chiffres donnés par l’Amiral Bléjean, directeur de l’Etat-major de l’UE,  Moscou a perdu plus de 60% de son stock total de chars de combat, soit 6 000 blindés, depuis le début des hostilités.  « Kiev, «emporté par son élan», «compte gagner la guerre, en reprenant la Crimée comme les Oblasts de Louhansk et Donetsk». «À moins d’une surprise en matière de négociation, une offensive sanglante surviendra au printemps», affirme-t-il. Alors ? Pourquoi cet empressement de Volodymir Zelenski à réclamer urgemment 300 nouveaux chars, atout qui, selon de nombreux spécialistes, ne permettrait pas une victoire décisive ? Parce que le rapport de forces réel est infiniment moins favorable à l’Ukraine qu’on ne le dit.

Avec plus de 100 000 morts et blessés, les Ukrainiens ont subi une saignée proportionnellement plus lourde que celle consentie par la Russie, compte tenu du différentiel démographique entre les deux pays. Et du point de vue matériel le bilan est tout aussi éloquent.

Kiev disposait d’à peu près 850 chars de combat opérationnels lors du déclenchement de l’offensive russe. Elle en a perdu plus de la moitié, 449, si l’on s’en réfère à la source préférée des médias occidentaux, Oryx. Heureusement, peut-on lire, les Ukrainiens ont capturé plus de 543 chars russes depuis le début des combats dont 400 au moins en parfait état de marche. Avec le millier de chars d’assaut que les Ukrainiens avaient en réserve au début des hostilités, ils devraient donc disposer de quelques 1 800 chars. Sauf que ce n’est pas le cas. D’une part parce que le nombre de chars ukrainiens en ligne n’est sans doute pas de 1 800. Hors d’âge, ils ont un taux de maintien en condition opérationnelle faible et le chiffre des pertes subies est vraisemblablement plus important qu’annoncé.

En face la Russie n’a non seulement pas perdu 60% de ses chars, mais semble capable d’en engager rapidement 3 000 de plus. De surcroît elle est parvenue malgré les sanctions occidentales à accroître sa production de chars d’assaut, qui s’établit entre 450 et 500 unités par an, alors qu’il ne sort plus aucun char des usines ukrainiennes et que les chaînes de production occidentales ne sont pas en mesure de rivaliser à court terme.  Certes ces chars russes sont désormais privés de certains composants occidentaux qui leur apportaient une valeur ajoutée. Mais la masse finit quasi-systématiquement par l’emporter dans une guerre de haute intensité. Comme le rappelle le chef d’Etat-major des armées américain, Mark Miley, « il sera très difficile d’expulser les forces russes » d’Ukraine en 2023

L’urgence n’est peut-être pas de livrer des Leclerc, mais plutôt de songer sérieusement à négocier.

 

Léopard-2 allemands en Ukraine : La charge de la brigade légère ?

Source : Le Courrier des Stratèges - Par Philippe Migault - Le 25/01/2023.

Léopard-2 allemands en Ukraine : la charge de la brigade légère ? par Philippe Migault

 

La livraison de 14 chars allemands à l’Ukraine est annoncée comme un tournant majeur par la presse internationale, qui y voit le prélude à un envoi de chars lourds américains et de nombreux autres moyens blindés qui devraient permettre à Kiev de reprendre l’initiative. D’un point de vue stratégique, cependant, un tel scénario est loin d’être acquis.


Nous y voilà. Sonnez buccins et trompettes, la cavalerie arrive, l’Occident envoie ses chars en Ukraine. C’est à peu près le ton triomphaliste des médias occidentaux et des réseaux sociaux leur servant de caisse de résonance aujourd’hui. Y a-t-il, pourtant, de quoi s’exalter ? D’un point de vue politique et symbolique, peut-être.

Symboliquement, parce qu’en annonçant l’envoi de 14 Léopard-2 en Ukraine, l’Allemagne donne le feu vert pour l’envoi de dizaines d’autres blindés de ce type, actuellement en service dans de nombreuses armées en Europe. L’Ukraine reçoit un signal fort : « Vous n’êtes pas seuls. »

Politiquement, parce qu’Olaf Scholz, vient de briser un tabou absolu, a fortiori pour un chancelier social-démocrate, celui d’une intervention armée, fût-elle indirecte, en Europe orientale, contre les Russes. Une zone riche de souvenirs douloureux et honteux pour les Allemands, qui y ont perpétré leurs pires atrocités et subi leurs plus lourdes défaites.

De ces deux points de vue, nous assistons effectivement à une mutation. Sauf qu’« envoyer un signal fort », c’est bon pour les communicants, mais cela ne parle guère aux militaires et que, d’un point de vue militaire, il n’y a pas précisément pas de quoi s’emballer.

Certainement pas le tournant annoncé dans le conflit

Comme nous le soulignions hier, même si l’Ukraine venait à rentrer en possession des 300 chars modernes qu’elle réclame afin de percer les lignes russes, cela ne garantirait pas nécessairement un tournant dans le conflit.

En premier lieu parce que, comme précédemment souligné, la Russie est sans doute en capacité de mobiliser rapidement 3 000 chars supplémentaires, sur les 8 à 9 000 dont elle dispose en réserve. Aussi performants que les chars occidentaux puissent être, ils ne pourront pas surmonter leur infériorité numérique par leur stricte supériorité technologique. Certes les blindés dont il est question, Léopard-2 allemand et, peut-être, à plus long terme, M-1 Abrams américains, ont été spécifiquement conçus pour s’opposer à la déferlante des dizaines de milliers de chars soviétiques. Mais ils n’étaient pas conçus pour vaincre ce rouleau compresseur seuls. Dans le cadre d’Air Land Battle, la doctrine de combat américaine -et, par extension de l’OTAN, des années 80- ils étaient assurés de combattre dans un cadre interarmes et interarmées, avec le soutien des aviations de combat occidentales, des centaines d’hélicoptères antichars dont l’Alliance Atlantique s’était dotée, avec un appui d’artillerie conséquent et un puissant accompagnement d’infanterie mécanisée, le tout sur un théâtre d’opérations, l’Europe occidentale, dotée de très denses infrastructures routières, ferroviaires et aéroportuaires permettant des manœuvres rapides et puissantes pour contenir et refouler l’adversaire.

Or l’Ukraine n’a plus guère d’avions et d’hélicoptères de combat pour détruire les forces russes et frapper leurs arrières. La maîtrise de l’air appartient à l’aviation russe, qui dispose encore de centaines d’avions de combat. L’artillerie ukrainienne est surclassée par son homologue, qui, en dépit de ses pertes, dispose encore d’une capacité de frappe massive, avec plus de 80% de ses moyens intacts et une capacité de production d’obus lui permettant de combattre pendant des années encore. Il a fallu envoyer des VAB français et des M-113 américains antédiluviens pour permettre aux Ukrainiens de se doter de quelques unités d’infanterie mécanisée. Ne parlons pas enfin des réseaux routier, ferroviaire et aéroportuaire ukrainiens, d’une qualité et d’une densité toute soviétique.

Il faudra du temps pour remettre en service et expédier les chars

Par ailleurs, l’Ukraine ne va pas recevoir ces 300 chars demain, ni dans une semaine. Il va falloir fréquemment remettre à niveau des blindés que les Européens, occupés à encaisser les dividendes de la paix, n’ont souvent pas correctement entretenus. Il va falloir, aussi, former les équipages ukrainiens sur des machines bien plus performantes que les leurs, certes, mais aussi bien plus difficiles à maîtriser. Il faudra sans doute des mois pour qu’un poing blindé puissant et moderne ne se constitue. Sauf que pendant ce temps la Russie ne cesse de renforcer ses positions, que des dizaines de milliers d’hommes supplémentaires, actuellement à l’instruction, sont attendus dans les semaines qui viennent en première ligne et que ses usines d’armement tournent à bloc.

Nul ne sait qui passera à l’offensive le premier. Mais une chose est certaine : si les espoirs ukrainiens reposent sur la seule mise en œuvre des chars occidentaux, ils risquent fort de voir leur poing blindé rejouer la charge de la brigade légère…

Le gras est parti, coupez dans le muscle

 

par Helmholtz Smith - Le 21/01/2023.

Il y a seulement un mois environ, la machine de propagande occidentale était persuadée que l’Ukraine était en train de gagner. Mais il y a eu un changement. Prenez l’avertissement lancé hier par le président polonais Duda : « Ils (les Russes) sont encore très forts et nous craignons qu’ils ne se préparent à une nouvelle offensive dans quelques mois ». En septembre, il était convaincu que « la Russie avait démontré sa faiblesse ». Qu’est-ce qui a changé ? Je suppose que la capture de Soledar par Wagner et la situation autour de Bakhmout ont entamé la propagande de réconfort, mais qui sait – les dirigeants occidentaux vivent dans un « bain de langue de l’illusion agréable » conçu pour écarter la réalité.

Quelle que soit la raison, la confiance en l’échec russe s’estompe. (OK – la petite-fille de Chomiak y croit encore.) Les officiels ukrainiens disent que leurs pertes sont « énormes, indigestes ». Les grands acteurs de la guerre disent que le temps n’est pas du côté de l’Ukraine. Même CNN affirme que « le temps s’écoule rapidement » et que la Russie pourrait lancer une « nouvelle offensive féroce ». Il faut faire quelque chose ! Et ce quelque chose est – attendez ! !! Ta dah !! Plus d’armes !! (Vous vous attendiez à ce que ces imbéciles aient une nouvelle idée ?). Il y a un an, l’Ukraine avait un énorme arsenal et l’OTAN lui en a envoyé beaucoup depuis. Voici une liste – 410 MBTs, 300 IFVs, 700 canons, 95 MLRS.

Ce n’est pas suffisant. La Russie a détruit la majeure partie de l’armée ukrainienne 1, la majeure partie de l’armée ukrainienne 2 fournie par l’OTAN. Il est temps de passer à l’armée ukrainienne 3 fournie par l’OTAN.

Mais les stocks de l’Occident sont vides, disent Borrell, Stoltenberg, Del Toro. « Nous avons essentiellement utilisé l’équivalent de 13 ans de production de Stinger et de 5 ans de production de Javelin ». Et ils ne seront pas remplis de sitôt. Voici une estimation du temps qu’il faudra aux États-Unis pour remplacer les munitions et les armes envoyées en Ukraine – HIMARS en cinq ans, tout le reste plus longtemps. Probablement du côté optimiste – beaucoup de goulots d’étranglement à fournisseur unique. « Nous n’avons pas encore trouvé de solution ». Non, c’est faux. Et ce sont les États-Unis qui ont une industrie de l’armement gigantesque. En Europe – ou en Allemagne en tout cas – il semble que rien de ce qu’ils ont ne fonctionne vraiment.

Plus de graisse à envoyer, il est temps de couper dans le muscle de l’OTAN.

Les premières offres pour l’armée ukrainienne 3 sont des véhicules vieux de plusieurs dizaines d’années – obsolètes oui, mais parce que leurs remplaçants n’existent pas ou sont des ratés, ils sont en fait du muscle – même s’ils sont un peu ridés. Les États-Unis ont donné le coup d’envoi de ce dernier cycle en annonçant qu’ils enverraient environ 50 VCI Bradley. La France envoie quelques AMX-10 RC et l’Allemagne promet environ 40 VCI Marder.

Mais des véhicules non blindés sont également envoyés. Nous avons appris aujourd’hui que le Danemark enverra 19 GSP Caesar à l’Ukraine. C’est tout ce qu’ils ont. La Grande-Bretagne envoie environ 30 AS 90, soit un quart de ses stocks. Les États-Unis ont pénétré dans les stocks d’urgence de munitions de 155 mm entreposés en Israël (Syriens, Irakiens, Palestiniens – vous m’écoutez ?).

Voici le reste de la déclaration de Duda : « Il était crucial de fournir un soutien supplémentaire à Kiev avec des chars et des missiles modernes ». Les chars sont la nouvelle wonderwaffe qui permettra au général Steiner de se rendre à Moscou. (Il y a un an, l’Ukraine disposait de centaines et de centaines de chars de l’ère soviétique et a reçu 400 autres chars de l’ère soviétique. Où sont-ils passés ?) Londres a été la première à donner le coup d’envoi en annonçant qu’elle enverrait 14 (14 !) Challenger 2 (environ 6% de ses avoirs) – « une lacune dans notre inventaire », selon le plus haut soldat britannique. C’est du muscle. Les Léopards allemands seront-ils envoyés ? Pour l’instant, l’Allemagne dit que non et qu’elle ne permettra pas aux autres pays d’envoyer les leurs, et les États-Unis disent qu’ils n’enverront pas leurs chars Abrams. Mais nous verrons bien – la réunion de demain à Ramstein nous en dira plus.

Les vrais étudiants de la guerre savent que « les professionnels parlent de logistique » et Brian Berletic explique ici les problèmes logistiques de tous ces différents chars. Selon toute vraisemblance, ils seront à usage unique – dès que quelque chose se casse ou qu’ils sont à court de munitions, ils seront abandonnés. Les chars ne feront pas l’affaire.

Voici ce que les médias occidentaux ne vous ont pas dit. Les forces armées russes en tant que telles n’ont pas été très impliquées jusqu’à présent. Parachutistes au début, un peu d’aviation rapide et de voilure tournante, beaucoup d’artillerie tout au long de l’opération. Mais les grands combats ont été menés par les milices du Donbass partout, Wagner au complexe de défense de Bakhmout, les Tchétchènes à Marioupol. Le gros morceau n’a pas encore été lâché.

Les forces armées russes proprement dites comptent 200 000 à 500 000 soldats armés, entraînés et équipés (beaucoup de chars – les derniers T-90 font leur apparition). Vont-elles rester complaisamment assises à regarder l’Ukraine et l’OTAN se « démilitariser » ? Ou une offensive de type « grande flèche » est-elle en préparation ? C’est à Moscou de choisir.

L’optimiste peut espérer que les annonces de wonderwaffe qui ne sont pas réellement arrivées en Ukraine sont la justification que « nous avons fait tout ce que nous pouvions » avant le décollage de l’aéroport de Kaboul Ouest.

Le pessimiste peut craindre que l’OTAN, lorsqu’elle arrivera enfin au fond du baril et qu’elle se sera coupé les bras et les jambes, n’utilise la dernière arme dont elle dispose.

Moi, je vais au magasin d’alcools – je suis trop vieux pour faire l’affaire.

source : A Son of The New American Revolution

traduction Réseau International

Leclerc en Ukraine ?

Critères techniques pour une décision politique !

Commniqué par le Gal. Bernard Janvier - Le 20/01/2023.

 

Dans une intervention devant le Sénat, Sébastien LECORNU est revenu aujourd'hui  sur les cessions de matériels à l'Ukraine et plus particulièrement celles d'engins blindés. Après avoir rappelé que les Ukrainiens avaient salué la proposition française de fournir à Kiev des AMX 10RC, le MinArm a indiqué que la demande ukrainienne de chars Leclerc était en cours d'instruction. En dépit de son caractère spécifique, l'analyse de la requête ukrainienne est conduite à l'aide de critères communs à toutes les demandes formulées par Kiev. Ces trois critères "universels" qui semblent constituer la clé de voûte de l'examen des besoins exprimés par Kiev sont présentés ci-dessous ainsi que les remarques que ces points ont inspiré à Blablachars. 

  

Le premier critère retenu par le Gouvernement pour cette analyse est le suivant : "Nous assurer que l'équipement est utilisé à des fins défensives". Avant de formuler des remarques sur ce critère, il serait intéressant de savoir comment la France pense s'assurer de l'utilisation à des fins défensives des chars transférés ? A côté de précaution oratoire, la première remarque qui peut être formulée tient à la nature même de l'engin? Un char que l'on appelle souvent d'assaut est par définition un engin offensif. Son introduction sur le champ de bataille en 1917 répondait bien à la volonté des états-majors de briser les lignes ennemies en s'affranchissant des tranchées et en éliminant les combattants. Aujourd'hui, si le char est devenu plus polyvalent et employé au sein de dispositifs flexibles, il reste avant tout un engin de combat destiné à accomplir des missions de toute nature, face à une grande variété d'adversaires. La limitation de sa seule utilisation à des fins défensives est parfaitement illusoire et priverait l'armée ukrainienne de ces chars pour d'éventuelles contre-attaques ou contre-offensives, missions ne correspondant pas du tout au critère énoncé par le gouvernement.  Les Leclerc devraient donc être affectés à des missions statiques ou ne faisant pas appel aux capacités d'agression du char, ce qui serait un peu dommageable. Avec une absence quasi totale de tout contrôle sur l'utilisation à des fins défensives des chars, le transfert de Leclerc ne peut être envisagé selon ce critère.

 

Le second critère retenu par le Gouvernement est le suivant : "Ne pas affaiblir notre système de défense". Avec un parc avoisinant les 200 unités devant être rénovées à l'horizon 2029, la question d'affaiblir notre système de défense se pose réellement en cas de transfert de 14 chars, volume qui représenterait 7% du parc total, soit un pourcentage légèrement supérieur au pourcentage britannique se situant à 6,11% du parc. A ce critère purement mathématique s'ajoute la cinématique de la rénovation, enclenchée en 2021 par une commande de 50 chars à laquelle s'est ajoutée ces derniers jours une nouvelle tranche de 50 engins, portant le total des engins à rénover à 50% du parc existant. Les engins restant soit 100 devraient faire l'objet d'une ou plusieurs commandes qui devraient être notifiées après 2023. Le calendrier des opérations de rénovation prévoit la démarrage de la production en série à partir du printemps prochain pour permettre la livraison des 18 premiers exemplaires avant la fin de l'année. A côté de ces opérations planifiées plusieurs facteurs concourent à augmenter le pourcentage évoqué plus haut. En effet, aux 18 chars immobilisés pour rénovation, viennent s'ajouter les 13 Leclerc déployés en Roumanie au sein de la Mission Aigle pour une durée prévisible d'un an, avant une probable relève qui devrait immobiliser 13 autres chars. Le nombre de chars ne pouvant pas être transférés s’élève donc à 31 engins (18+13) sur un parc total de 200. Ce parc de 169 engins affiche selon les derniers chiffres officiels une DTO (Disponibilité Technique Opérationnelle) de 80%, il est donc amputé de 33 chars correspondant aux 20% d'engins indisponibles. Le parc de Leclerc est donc composé de 136 engins réellement disponibles dans parmi lesquels il serait possible de prélever les 14 chars évoqués. En prenant en compte ces différents éléments,  le pourcentage que représenteraient ces 14 engins s'élèverait alors à 10,29% des chars Leclerc disponibles, laissant 122 chars à l'Armée de Terre. Le transfert de Leclerc à l'Ukraine pourrait donc affaiblir notre système de défense, et plus particulièrement sa composante blindée, partie intégrante de ce système.

 

Le troisième critère présenté par le MinArm est "la garantie de leur maintien en condition opérationnelle." Avant d'aller plus loin dans l'analyse de ce critère, il serait intéressant de savoir qui pourra fournir une telle garantie de MCO (Maintien en Condition Opérationnelle) dès lors que les chars seront déployés sur le territoire ukrainien ? Des maintenanciers français à moins que ce ne soit leurs homologues ukrainiens dont la formation de base prendrait  entre deux et cinq mois selon le niveau de responsabilité ? La création d'un détachement de soutien dans un pays avancé pourrait être envisagé en mutualisant cette entité avec le dispositif en place pour  les chars de la Mission Aigle, ce qui imposerait cependant la réalisation de rotations entre l'Ukraine et la Roumanie. Avec un coût unitaire mensuel de 20.000 euros, le MCO Leclerc de 14 chars pendant un an reviendrait à 3 360 000 euros hors carburant et munitions dont le coût alourdirait encore cette facture. Il faut en outre rappeler que les Leclerc français ont fait l'objet d'un contrat de maintenance notifié à Nexter en avril 2021. D'une durée de dix ans et d'un montant de 1 milliard d'euros, ce "marché forfaitaire avec engagement de résultat" comprend la gestion et la livraison des pièces de rechange, la documentation, la maîtrise et l'assistance technique des régiments, en vue de permettre l'augmentation de la DTO. En dépit ce contrat couvrant à peine les besoins de l'Armée de Terre, cette dernière pourrait tout de même chuter fortement à la suite de ce transfert, en raison des inévitables prélèvements qui ne manqueraient pas d'être effectués pour le MCO des chars fournis à l'Ukraine. Cette "double peine" associée à la difficulté de réaliser les opérations de MCO ainsi que l'impact prévisible sur la DTO des chars de l'armée de terre, ce transfert ne parait pas envisageable.

 

Cette rapide analyse du "geste fort" selon les trois critères énoncés par le MinArm démontre que le transfert de ces 14 Leclerc qui ne seront pas utilisés à des fins uniquement défensives, dont le prélèvement sur la ressource existante affaiblirait notre système de défense et dont le MCO ne saurait être garanti, ne devrait donc pas avoir lieu. Cependant, de plus en plus de signaux indiquent que ce transfert pourrait tout de même avoir lieu en dépit de son caractère totalement irrationnel pour la France et pour l'Ukraine. Celle-ci va se retrouve avec une multitude de parcs de volume "symbolique" dont le simple assemblage ne présente aucune garantie d'efficacité globale sur la suite des opérations. Comme celui des AMX 10RC, ce transfert doit être envisagé sous un angle politique comme un signal envoyé par la France à nos voisins d'outre-Rhin. L'Allemagne dont la position sur le sujet devient chaque jour plus difficile pourrait en effet accorder l'autorisation de réexportation des Leopard 2 polonais et finlandais sous l'effet de ce dernier coup de boutoir que serait le transfert par la France de 14 Leclerc !

 

Le char français si décrié depuis sa mise en service est aujourd'hui l'objet de toutes les attentions politico-médiatiques. Ses fossoyeurs d'hier qui le trouvaient trop lourd, trop cher et inutile vantent aujourd'hui ses qualités, sa capacité à changer le cours de la guerre et même à sauver l'Honneur de la France. Au delà de ces circonvolutions oratoires, ce possible transfert met surtout en lumière les renoncements et abandons français dans le domaine du combat blindé mécanisé.

Il pourrait nous obliger à "piocher" dans une ressource déjà bien maigre, ce que nous risquons de payer fort cher dans les prochaines semaines si ce transfert se réalise !

 

CNN continue la tendance à briser le récit officiel de l’Occident sur l’Ukraine.


Par Andrew Korybko – Le 18 janvier 2023 – Sa newsletter

Il ne fait aucun doute que le dernier article de CNN contredit le récit fabriqué artificiellement sur l’Ukraine que ce média lui-même a pourtant contribué à créer au cours de l’année écoulée. Juste la veille, j’avais prédit dans mon analyse pourquoi le Premier ministre polonais avait prévenu lors de son voyage à Berlin lundi que Kiev pourrait perdre, que « le récit officiel continuera de changer » et « les médias grand public vont bientôt répéter son dramatique alarmisme » ; c’est précisément ce qui s’est passé moins de 24 heures plus tard.

Aucun observateur objectif ne peut maintenant nier qu’une tendance se perçoit dans laquelle le « récit officiel » de l’Occident est brisé par les mêmes forces qui l’ont fabriqué artificiellement. CNN vient de sauter dans le train en marche avec son article en première page du mercredi. Le journaliste de la Maison Blanche, Stephen Collinson, a titré un article dans lequel il a déclaré de façon dramatique que « Biden atteint un nouveau point de basculement vital sur l’Ukraine« , ce qui contredit complètement tout ce que CNN affirmait précédemment.

 

Selon l’homme qui fait partie des principaux responsables de la perception de cet important média américain, « le temps presse également pour les États-Unis et leurs alliés d’envoyer des armes plus puissantes et de former les soldats ukrainiens à les utiliser avant cette deuxième année peut-être décisive de la guerre, qui pourrait voir la Russie lancer une nouvelle offensive féroce. » On est loin du triomphalisme prématuré de l’année dernière lorsque CNN laissait entendre que l’inévitable victoire de Kiev était un fait accompli.

De plus, dans ce qui pourrait être une première pour les médias grand public, Collinson a reconnu les critiques croissantes du milliard doré occidental contre la mendicité sans fin de Kiev en écrivant que « l’Ukraine, compte tenu de sa situation désespérée, en voudra toujours plus« . Il a également brisé le tabou en posant la question : « L’Occident s’est-il engagé à aider l’Ukraine à expulser l’envahisseur de tout son territoire ?… Ou limite-t-il ses efforts à donner à l’Ukraine suffisamment d’acier pour survivre mais pas pour gagner ? »

Bien qu’il n’ait pas directement abordé l’éléphant dans la pièce, ces deux passages pourraient être interprétés comme une allusion à la crise militaro-industrielle qui afflige actuellement les capacités de facto de ce bloc de la Nouvelle Guerre froide à continuer d’approvisionner Kiev au même rythme, à la même échelle , et comme avant. La crise susmentionnée a été officiellement reconnue par nul autre que le secrétaire à la marine de Biden la semaine dernière, qui a averti que les États-Unis pourraient bientôt devoir choisir entre répondre à leurs propres besoins ou à ceux de Kiev.

Collinson a poursuivi la tendance à briser le récit officiel de l’Occident sur l’Ukraine en remettant en question l’engagement de l’administration Biden envers elle, se demandant même si le titulaire finira par ruiner son héritage. Selon ses propres termes, « l’héritage de Biden en Ukraine – en tant qu’auteur de l’une des entreprises de politique étrangère américaine les plus importantes et les plus réussies depuis des décennies – n’aura que peu d’importance si Washington ne continue pas à financer et à armer les forces de Zelensky aussi longtemps que durera un conflit sans fin en vue. »

Il s’agit clairement d’une référence aux hauts responsables ukrainiens et aux anciens responsables américains comme le ministre de la Défense sortant, Alexey Reznikov, et l’ancien secrétaire à la Défense du second, Robert Gates, qui ont récemment fait pression pour avoir encore plus que les 100 milliards de dollars d’aide que Washington a accordés à Kiev jusqu’à présent. La somme sans précédent versée à cette ancienne République soviétique corrompue en seulement 10 mois suscite déjà beaucoup de controverses dans le pays, et on s’attend à ce que la Chambre dirigée par les Républicains tente de réduire davantage cette aide.

La libération de Soledar a vraiment été un événement important malgré tous les discours contraires des médias grand public au cours du mois dernier, car c’est ce développement récent et tout ce qu’il implique pour la bataille du Donbass qui a conduit le Premier ministre polonais, puis CNN, à changer de manière irréversible le « récit officiel » du conflit.

Mon article susmentionné expliquait également pourquoi il est clair que le conflit ukrainien a atteint une phase cruciale, dont l’essentiel a été observé en partie par Collinson, qui a accordé du crédit à mes observations militaro-stratégiques de la veille. Tout cela montre que les médias grand public ne peuvent plus mentir sur cette guerre par procuration puisque les faits sont aujourd’hui impossibles à nier purement et simplement, si ces gestionnaires de la perception espèrent conserver la moindre crédibilité aux yeux de leur public cible.

Pour cette raison, les hauts responsables ukrainiens et anciens américains mentionnés précédemment ont mené la charge avec leur lobbying au début du mois, qui a ensuite été suivi par le voyage paniqué du Premier ministre polonais à Berlin peu après la libération de Soledar. Deux jours seulement se sont écoulés entre l’éclatement autoritaire du « récit officiel » de ce conflit par ce haut responsable occidental et la reprise par CNN de l’esprit de ce qu’il a dit, ce qui montre à quel point la situations est mauvaise pour Kiev à ce stade du conflit.

Andrew Korybko

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

Ukraine. Forte pression pour obtenir des chars

Source : The Saker francophone - par Moon of Alabama - Le 19/01/2023.


Par Moon of Alabama – Le 19 janvier 2023

Le chancelier allemand Olaf Schulz subit des pressions de la part des partenaires de la coalition locale et des alliés extérieurs pour autoriser l’exportation de chars Leopard 2 allemands vers l’Ukraine.

Scholz refuse jusqu’à présent de le faire parce que les États-Unis ne sont pas disposés à donner leurs propres chars, de type M1 Abrams, à l’Ukraine :

 

L’Allemagne n’enverra pas ou n’autorisera pas le transfert de chars à l’Ukraine tant que les États-Unis n’accepteront pas de donner les leurs, a déclaré le chancelier allemand Olaf Scholz aux législateurs américains en marge du Forum économique mondial mercredi.

L’échange à Davos, décrit par trois personnes ayant connaissance de ce qui s’est dit, était respectueux dans le ton mais a montré à quel point Washington et Berlin sont éloignés au sujet des chars.

Un porte-parole de Scholz n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaire. Mais le chancelier a fait allusion à une sorte d’arrangement avec les États-Unis lors de son discours de Davos.

« Nous ne faisons jamais quelque chose tout seuls, mais avec d’autres, notamment les États-Unis, qui sont très importants dans cette tâche commune de défendre l’indépendance et la souveraineté de l’Ukraine« , a-t-il déclaré.

Les États-Unis ont envoyé leur secrétaire à la défense, Lloyd Austin, à Berlin pour faire pression sur Scholz afin qu’il change d’avis :

Le secrétaire à la défense, Lloyd Austin, a rencontré jeudi son homologue allemand nouvellement nommé pour des discussions qui ont pris un caractère d’urgence depuis que Berlin a posé des conditions sur les livraisons de chars à l’Ukraine.

Lors d’un appel cette semaine au président Biden, le chancelier allemand Olaf Scholz a souligné que pour que l’Allemagne débloque un paquet de chars Leopard 2 pour l’Ukraine, Washington devrait également envoyer des chars, selon un fonctionnaire allemand et un fonctionnaire américain, qui ont parlé sous couvert d’anonymat pour discuter de la conversation privée.

C’est un geste que Washington ne veut pas faire, citant la consommation élevée de carburant et le fardeau de la maintenance des chars de combat M1 Abrams de l’armée américaine. Austin espère sortir de cette impasse et persuader l’Allemagne d’envoyer des chars, selon un haut responsable de la défense américaine.

L’excuse donnée par Washington pour ne pas livrer les chars Abrams n’est pas vraiment crédible. Oui, l’Abrams à turbine consomme un peu plus de carburant que le moteur diesel du Leopard. Mais une turbine nécessite également moins d’entretien qu’un moteur diesel qui comporte beaucoup plus de pièces mobiles.

Hormis le moteur, les Abrams n’ont pas de pièces plus importantes que celles des Léopards. La formation à l’utilisation et à l’entretien de l’un ou l’autre ne diffère pas en termes de temps nécessaire ou d’intensité.

Il existe également une fausse impression, véhiculée par certains marchands d’armes (en allemand), selon laquelle des « centaines » de Léopards sont disponibles. Cela n’a aucun sens. Tous les Leopard ne sont pas semblables les uns aux autres. La variante la plus standardisée est le Leopard 2A4. En fin de compte, l’Ukraine pourrait en recevoir jusqu’à 50. Le char standard allemand actuel est le Leopard 2A7 qui a subi trois mises à niveau depuis la sortie de la version A4. Plusieurs pays disposent de versions intermédiaires, souvent dotées de leurs propres systèmes de contrôle d’armes et de communication. Il serait absurde, du point de vue de la formation et de la maintenance, de donner à l’Ukraine une panoplie de différents types de Leopard. La logistique nécessaire pour les soutenir deviendrait immédiatement irréalisable.

D’autres problèmes se posent également. Les chars de l’ère soviétique pèsent environ 40 tonnes métriques. Tous les chars de combat principaux « occidentaux » Abrams, Leopard, Challenger britannique et Leclerc français ont un poids de combat de l’ordre de 60 tonnes. Je doute que les routes rurales et les ponts ukrainiens aient été construits en tenant compte de ces chars. À quoi sert un char si vous ne pouvez pas le déplacer sans détruire vos propres voies d’approvisionnement ?

Il y a aussi l’importante question de la formation. Il ne s’agit pas seulement de la technologie du char mais de son utilisation tactique sur le terrain. L’expérience turque en Syrie a montré que de mauvaises tactiques en matière de chars entraînent inévitablement de mauvais résultats, quelle que soit la qualité des chars.

Revenons au problème initial.

Pourquoi les États-Unis refusent-ils d’envoyer des Abrams, alors qu’ils en ont des centaines facilement livrables dans divers dépôts et sites de prépositionnement ?

Le chancelier allemand semble penser que les États-Unis veulent se soustraire à leur engagement et à leur responsabilité dans la future défaite de l’Ukraine.

« Les Allemands étaient responsables de la livraison des chars, mais ils ne les ont pas livrés rapidement et pas en quantité suffisante« , pourrait devenir une excuse commode lorsque le projet néoconservateur ukrainien échouera, comme ce sera inévitablement le cas. Les États-Unis pourraient ainsi laisser à l’Europe la responsabilité d’une Ukraine démembrée et en faillite. Cela arrivera de toute façon, mais il ne faut pas faciliter les choses en laissant l’Allemagne être poussée à mener la spirale de l’escalade dans une guerre par procuration entre les États-Unis et la Russie.

Scholz aurait dû y penser quand, au début de la guerre, il a engagé son pays dans le projet ukrainien. Les conséquences étaient faciles à prévoir :

Toute consommation d’énergie aux États-Unis et dans l’UE sera désormais payée au prix fort. Cela poussera l’UE et les États-Unis dans une récession. Comme la Russie augmentera les prix des exportations de biens pour lesquels elle dispose d’un pouvoir de marché – gaz, pétrole, blé, potassium, titane, aluminium, palladium, néon, etc – la hausse de l’inflation dans le monde entier deviendra significative.

Les banques centrales « occidentales » ont toujours des taux d’intérêt pratiquement nuls et seront réticentes à les augmenter, car cela entraînerait une récession plus profonde. Il est donc probable que l’inflation dans le monde « occidental » augmentera à un rythme plus élevé que celle de la Russie.

L’évitement des relations économiques avec la Russie et la Chine signifie que l’Allemagne et son nouveau chancelier Olaf Scholz sont tombés dans le piège des États-Unis, qui veulent créer une nouvelle guerre froide. L’économie allemande sera désormais l’une de ses victimes.

Le 4 février, la Russie et la Chine ont déclaré un monde multipolaire dans lequel elles constituent deux pôles partenaires qui s’opposeront au pôle américain. L’entrée de la Russie en Ukraine en est la démonstration.

Cela montre également que les États-Unis ne sont pas disposés à renoncer à leurs pulsions suprématistes sans un grand combat. Mais alors que les États-Unis ont dépensé leur argent au cours des 20 dernières années pour semer la pagaille au Moyen-Orient, la Russie et la Chine ont utilisé ce temps pour se préparer à un grand conflit. Elles ont consacré plus de temps de réflexion à cette question que les États-Unis.

Les Européens auraient dû le reconnaître au lieu d’aider les États-Unis à conserver l’image d’une puissance unipolaire.

Il faudra un certain temps pour que les nouvelles réalités économiques s’installent. Elles changeront probablement la vision actuelle des véritables intérêts stratégiques de l’Europe.

Aujourd’hui, l’Allemagne et Scholz sont dans le pétrin que j’avais prédit au début de la guerre. La situation ne s’améliorera pas en « assumant la responsabilité » des livraisons de chars et en laissant les États-Unis s’en tirer à bon compte. Scholz doit être capable de désigner les États-Unis comme la puissance derrière la guerre lorsque les résultats finaux seront connus. Voyons donc combien de temps sa faible colonne vertébrale lui permettra de rester droit.

Les États-Unis travaillent d’ailleurs à une nouvelle escalade dans la guerre en planifiant de nouvelles attaques contre la Crimée :

L’administration Biden envisage maintenant ce qui serait l’une de ses actions les plus audacieuses à ce jour, en aidant l’Ukraine à attaquer la péninsule que le président Vladimir V. Poutine considère comme une partie intégrante de sa quête pour restaurer la gloire russe passée.

Des responsables américains discutent avec leurs homologues ukrainiens de l’utilisation d’armes fournies par les États-Unis, des systèmes de roquettes HIMARS aux véhicules de combat Bradley, pour éventuellement cibler le contrôle durement acquis par M. Poutine du pont terrestre qui sert de voie d’approvisionnement essentielle reliant la Crimée à la Russie via les villes de Melitopol et de Mariupol, occupées par les Russes.

Cependant, le président Biden n’est pas encore prêt à donner à l’Ukraine les systèmes de missiles à longue portée dont Kiev aurait besoin pour attaquer les installations russes sur la péninsule.

Cette semaine, les hauts commandants américains et ukrainiens tiendront une réunion de planification de haut niveau en Allemagne pour mettre au point la planification de l’offensive, a déclaré un autre haut fonctionnaire américain. L’exercice, a précisé le responsable, vise à aligner les plans de bataille de l’Ukraine sur les types d’armes et de fournitures que les alliés de l’OTAN fournissent.

Les États-Unis planifient toutes les opérations majeures de l’Ukraine dans cette guerre. Ils vérifient quelles armes sont nécessaires à la réalisation de ces plans. Ils ordonnent ensuite à leurs clients de l’OTAN de livrer le matériel ou du moins de payer un autre pays pour le faire. Lorsque l’opération sera finalement lancée, seuls les soldats ukrainiens et russes mourront dans leurs efforts.

« Qu’est-ce qu’on ne peut pas aimer dans tout ça« , se demande la Maison Blanche.

Eh bien, je ne pense pas que la Russie soit disposée à être la proverbiale grenouille qui bout lentement dans ce jeu d’escalade. Elle devra, à un moment donné, riposter contre les puissances qui sont à l’origine de cette guerre et pas seulement contre leur mandataire ukrainien. Je suis sûr que le Kremlin a déjà étudié les différentes options pour y parvenir.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

Poutine : La victoire est inévitable… Nos industries de défense égalent la production mondiale

 

par Al Manar - Le 19/01/2023.

Le président russe Vladimir Poutine a déclaré que « les industries de défense russes produisaient chaque année autant de missiles pour les systèmes de défense aérienne que d’autres fabricants dans le monde réunis », soulignant : « Cela renforce la confiance dans la victoire de la Russie en Ukraine ».

S’adressant aux travailleurs de l’usine Obukhov du consortium de l’industrie des missiles Almaz-Antey à Saint-Pétersbourg, Poutine a noté que « la Russie produit trois fois plus de missiles de défense aérienne par an que les États-Unis ».

Il a également ajouté que « les industries de défense russes produisent des missiles de défense aérienne à diverses fins en un an environ, comme tous les établissements industriels militaires du monde », notant que « la production russe est comparable à la production mondiale dans son ensemble ».

Poutine a poursuivi : « Du point de vue du résultat final et de la victoire inévitable, il y a beaucoup de choses qui n’ont pas disparu, qui sont à la base de la victoire de la Russie, dont la plus importante est l’unité et la cohésion du peuple russe. »

De même, Poutine a salué « le courage et l’héroïsme des combattants dans le cadre de l’opération militaire spéciale sur la ligne de front et a applaudi le travail du complexe militaro-industriel, des institutions, du peuple et de l’ensemble de l’économie, car chacun de ces liens: l’industrie, l’état du système financier public et la sphère sociale, le soutien aux familles qui nécessitent une attention particulière de la part de l’État et les soins de santé, touts ces élements créent la base d’un développement efficace et d’une victoire », soulignant que « la victoire est garantie sans aucun doute ».

Concernant les autorités ukrainiennes actuelles, Poutine a déclaré : « Les autorités glorifient Stepan Bandera, qui était un complice de Hitler », ajoutant que « l’armée ukrainienne continue d’utiliser des escadrons de la mort pour empêcher ses soldats de battre en retraite ou de se rendre, et continue de tirer sur des civils dans le Donbass et dans les régions avoisinantes ».

Poutine a noté « qu’il a toutes les raisons de qualifier le régime actuel de néonazi encore plus de fournir une assistance via les forces armées à ceux qui se considèrent comme faisant partie de la culture russe, qui sont des locuteurs natifs de la langue russe et qui chérissent tout autant qu’ils chérissent leur propre culture et leurs traditions », soulignant qu’il ne peut que « les protéger ».

Poutine a déclaré que « le niveau d’efficacité des entreprises industrielles russes leur permet de remplacer les produits des fabricants étrangers, qui ont quitté le marché intérieur ».

Lors de sa rencontre aujourd’hui avec les anciens combattants, à l’occasion du 80ème anniversaire de la rupture par l’armée russe du siège des forces allemandes et de leurs alliés de la ville de Leningrad (actuellement St. Petersbourg).

Poutine a confirmé, hier mardi, que « la dynamique de l’économie russe était positive l’année dernière, et le produit intérieur brut a diminué pendant 11 mois de 2,1% », s’attendant à ce « qu’il grimpe d’ici la fin de l’année à 2,5% ».

source : Al Manar

L’Ukraine a maintenant perdu l’équipement nominal de deux grandes armées. Elle en demande une troisième aux Occidentaux

 

par Moon of Alabama - Le 19/01/2023.

« Dans une certaine mesure, Bakhmut compte pour [l’Ukraine] parce que cela compte tellement pour les Russes », a déclaré un haut responsable américain, notant que le contrôle de Bakhmut n’aura pas un impact énorme sur le conflit ni ne mettra en péril les options défensives ou offensives de l’Ukraine. dans la région orientale du Donbass.

Le responsable a ajouté : « Bakhmut ne changera pas la guerre ».

Je crois que le haut fonctionnaire américain a tout à fait tort. 

Soledar et Bakhmut saignent à blanc l’armée ukrainienne. C’est pertinent. Regardez le nombre insensé d’unités ukrainiennes déployées sur ce secteur du front de seulement 50 kilomètres de long.

Source : Carte de déploiement terrestre militaire 

Je compte l’équivalent de quelque 27 formations de la taille d’une brigade dans cette région. La taille habituelle d’une brigade est d’environ 3000 à 4000 hommes avec des centaines de véhicules de toutes sortes. Si toutes les brigades avaient leur effectif complet, cette force compterait pour 97 500 hommes. 

Dans une récente interview, le commandant militaire ukrainien Zaluzhny a déclaré que son armée comptait 200 000 hommes entraînés au combat et que 500 000 autres avaient d’autres fonctions ou étaient actuellement en formation. Les forces qui sont actuellement dans la région de Bakhmut constituent 50% des forces ukrainiennes prêtes au combat.

Zaluzhny a retiré des unités d’autres fronts comme le secteur de la Kreminna et de Svatove plus au nord dans la province de Louhansk pour alimenter Bakhmut. Cela a réduit toute chance que les forces ukrainiennes dans ces secteurs soient en mesure de faire des progrès.

Ce que presque tous les rapports d’Ukraine semblent ignorer, ce sont les énormes dégâts que l’artillerie russe cause quotidiennement. 

L’Ukraine a peu d’artillerie pour répondre à cela et tout ce qu’elle a encore fond de jour en jour.

Il y a quelques semaines, l’armée russe a lancé une campagne systématique de contre-artillerie qui a depuis fait de grands progrès. 

La manière occidentale typique de détecter les unités d’artillerie ennemies est par radar. La trajectoire de vol du projectile est mesurée et les coordonnées de sa source sont calculées permettant à sa propre artillerie de réagir. Mais le radar de contre-artillerie lui-même dépend du rayonnement. Il est ainsi facilement détectable et vulnérable au feu. 

Au cours des derniers mois, la Russie a déployé un système de détection de contre-artillerie très différent avec le nom plutôt ironique de pénicilline. Pénicilline ou la pénicilline 1B75 est un système de reconnaissance d’artillerie acoustique-thermique développé par Ruselectronics pour les forces armées russes. Le système vise à détecter et localiser l’artillerie ennemie, les mortiers, les MLR, les positions de tir anti-aériennes ou de missiles tactiques avec des capteurs sismiques et acoustiques, sans émettre d’ondes radio. 

Il localise le tir ennemi en 5 secondes à une distance de 25 km (16 mi; 13 nmi). Pénicilline a terminé les tests en décembre 2018 et est entrée en service de combat en 2020.

Pénicilline est montée sur le châssis 8×8 Kamaz-6350 et se compose d’une suite de capteurs 1B75 placée sur une flèche télescopique pour le spectre infrarouge et visible ainsi que de plusieurs récepteurs sismiques et acoustiques installés au sol dans le cadre de la suite de capteurs 1B76. Il a une portée efficace pour la communication avec d’autres ressources militaires jusqu’à 40 kilomètres (25 mi) et est capable de fonctionner même en mode entièrement automatique, sans aucun équipage. Un système peut apparemment couvrir une division entière contre un tir ennemi. De plus, il coordonne et corrige un tir d’artillerie ami.

Le système Penicilline peut se cacher dans les bois et tenir sa perche télescopique pour regarder et écouter le champ de bataille. Comme il ne rayonne pas, il n’y a pas de bon moyen pour un ennemi de le détecter.

Le système repère les canons ukrainiens au fur et à mesure qu’ils tirent. Ils sont alors éliminés par un contre-feu immédiat et précis. Comme l’affirme la partie pertinente de l’artillerie de la liste des « clobbers » fournie par le ministère russe de la Défense .

Le tir de contre-batterie ukrainien contre l’artillerie russe n’est plus possible car l’équipement de détection nécessaire est éliminé et le contre-feu ukrainien est abattu par les défenses aériennes russes.

Cette campagne de contre-artillerie russe dure depuis plusieurs semaines. Il a désactivé une grande partie de ce qui restait des capacités ukrainiennes à plus longue portée. Pendant ce temps, l’artillerie russe continue d’abattre les troupes ukrainiennes qui tiennent la ligne de front. Ce n’est que lorsque toutes les parties des tranchées ukrainiennes auront été touchées par des tirs intenses que l’infanterie russe se déplacera pour nettoyer ce qui reste.

Cette forme de bataille cause d’énormes pertes du côté ukrainien alors que les forces russes n’encourent qu’un minimum de pertes.

Nous pouvons affirmer que l’Ukraine a maintenant perdu l’équipement nominal de deux grandes armées.

Au début de la guerre, l’armée ukrainienne avait environ 2500 chars, 12 500 véhicules blindés et 3500 gros systèmes d’artillerie. Il est douteux que plus de la moitié d’entre eux étaient dans un état utilisable, mais ils ont peut-être reçu suffisamment de réparations pour être utilisables.

L’armée russe affirme que la plupart d’entre eux ont été éliminés :

« 7549 chars et autres véhicules de combat blindés, 984 véhicules de combat équipés de MLRS, 3853 canons et mortiers d’artillerie de campagne, ainsi que 8 081 unités d’équipements militaires spéciaux ont été détruits au cours de l’opération militaire spéciale.

Dans son interview à l’Economist, le général Zeluzhny a demandé qu’une troisième armée lui soit livrée immédiatement :

« Je sais que je peux battre cet ennemi », dit-il. « Mais j’ai besoin de ressources. J’ai besoin de 300 chars, de 600 à 700 VCI [véhicules de combat d’infanterie], de 500 obusiers.

Comme le notait sèchement le journaliste de The Economist :

« L’arsenal supplémentaire qu’il recherche est plus important que le total des forces blindées de la plupart des armées européennes ». »

source : Bruno Bertez

Source : Revue Conflits.

Ukraine : état des lieux des armes fournies par la France

 

Ukraine : état des lieux des armes fournies par la France

par 

Le 4 janvier dernier, le président Emmanuel Macron a annoncé un nouveau cap dans l’aide à l’armée ukrainienne avec la livraison future d’engins blindés AMX 10RC, un véhicule emblématique sur le point d’être remplacé dans l’armée française. L’occasion de faire un point sur le matériel lourd envoyé par la France et ses alliés européens.

 

Des dons français importants…

18 Canons CAESAR

Élément important qui a beaucoup fait parler de lui dans l’actualité : le canon CAESAR. Cet acronyme désigne le Camion Équipé d’un Système d’Artillerie, un élément important et emblématique de l’artillerie française par sa modernité et ses caractéristiques techniques à la pointe de la technologie. D’une précision très élevée pour cette catégorie d’engins, le Caesar dispose d’un emport de 18 munitions pour un canon de 155mm dans lequel peuvent être utilisés différents types d’obus : explosifs, éclairants, fumigènes, obus de semonce, anti-char. Sa cadence est de six coups par minute pour une portée allant jusqu’à 50 km selon le type d’obus engagé. Entrés en service en 2008, 76 canons Caesar sont en dotation dans l’Armée de Terre entre les unités combattantes et celles de formation. 18 ont été livrés à l’Ukraine sur une commande qui était destinée à être livrée au Danemark et le même nombre a alors été commandé par l’État à Nexter pour combler cette perte. L’avantage de ce canon vient également du fait qu’il est très mobile, car monté sur un camion. Un avantage considérable dans l’artillerie. Sa mobilité atteint une vitesse de 80 km/h sur route et 50 km/h pour le tout-terrain, avec une autonomie de 600 km. Son blindage est concentré sur la cabine de conduite et est en option, il est fait pour se protéger des tirs de calibre 7,62 mm, des mines et autres EED (Engin Explosif improvisé, IED en anglais). Bien évidemment, quelques milliers d’obus ont été livrés avec, ainsi que la formation nécessaire aux artilleurs ukrainiens pour son utilisation.

Canon Caesar dans la vallée de l’Euphrate en 2018

Un lot de canons TRF1

Autre canon de l’artillerie française, la TRF1 n’a pas la particularité d’être montée sur un camion, mais d’être un canon-tracté, et ce par un camion TRM 10 000 qui permet un emport de 56 munitions dont les catégories sont sensiblement les mêmes que pour le Caesar : des obus explosifs, éclairants, fumigène et anti-char. Possédant un motopropulseur, il peut cependant se déplacer seul dans une certaine mesure, à raison de 8 km/h. Prédécesseur du Caesar, ce canon est lui aussi fait pour accueillir du 155m avec une portée de 24 à 30 km selon la munition tirée et une cadence de 6 coups par minute ou 3 coups en 15 secondes en cadence rapide. Entré en service dans les années 1989-1990 aux 11e Régiment d’Artillerie de Marine (11e RAMa) et 68e Régiment d’Artillerie (68e RA), la dislocation du Bloc de l’Est réduit la taille des commandes de l’État français passant de 180 aux 105 livrés jusqu’en 2006. Ayant participé à de nombreux conflits comme la guerre du Golfe, le TRF1 est peu à peu retiré du service au profit du canon Caesar et les 4 derniers TRF1 du 5eRIAOM (5e Régiment Interarmes d’outre-mer) basé à Djibouti sont retirés en avril 2022. L’Ukraine en achète un lot à l’entreprise S2M Equipment, spécialisée dans le rachat de matériel militaire, dont au moins 6 exemplaires ont déjà été livrés.

TRF1 du 3e RAMa lors d’un exercice interallié en Allemagne en 2013

2 Lance-Roquettes Unitaires

Le lance-roquette unitaire (LRU) est une autre composante importante de l’armée de Terre française, lui aussi visé par un potentiel remplacement d’ici 2027. Monté sur un châssis américain Bradley M270, le LRU est un standard particulier. En effet, il s’agit à l’origine de lance-roquettes multiples (LRM, en service depuis 1983) qui seront plus tard interdits pour les pays signataires par la convention d’Oslo (ou Convention sur les armes à sous-munitions) en 2008. Ainsi la France avait acquis 57 LRM avec 22 000 roquettes M26 dont 48 seront mises en service aux 1er et 12e Régiments d’Artillerie (1er RA et 12e RA). De fait, depuis 2014 seul le 1er RA possède encore treize LRU dont deux furent livrés à l’Ukraine en octobre dernier. Également équipé de munitions très précises (Roquette M31 guidées à charge creuse, les M26 ayant été interdites par la convention d’Oslo), la portée du LRU est de plus de 70km, pour une altitude pouvant atteindre environ 20km avec une autonomie de 500 km et une vitesse sur route de 70 km/h. Sa capacité d’emport est de 12 roquettes dont la précision varie de 3 à 5 mètres. Sa protection est assurée par un blindage de 25 mm de la cabine et la présence d’une mitrailleuse.

MLRS (Multi-Launch Rocket System) du 1st Regiment Royal Horse Artillery s’entraînant dans la campagne britannique.

2 batteries Crotale NG

Le Crotale désigne ici les missiles Crotale R-440 utilisés par ces batteries de l’Armée de l’Air et de l’Espace. Sur les douze possédées par cette dernière, deux ont été livrées à l’Ukraine. Ces batteries sol-air de courte portée (entre 13 et 15 km pour 6 à 9 km d’altitude) et utilisant des missiles VT1 (livrés en nombre significatif selon le ministre des Armées Lecornu), permet de lutter contre les aéronefs de tout type à basse altitude et faible vitesse. La batterie se compose donc d’une unité d’acquisition (UA) qui permet de prendre en charge jusqu’à 12 objectifs à la fois, et de deux voire trois unités de tir (UT), chaque unité étant composée de quatre missiles et également d’un radar d’acquisition et de poursuite chargé de recevoir le signal de l’UA lorsqu’une cible est désignée comme telle et affectée à une UT.

Ces missiles VT1 ont de plus une vitesse de Mach 3,5, alors que les R-440 n’allaient « qu’à » Mach 2,3. Deux missiles peuvent être tirés en quelques secondes, et le système nécessite 5 min pour être mis en batterie. Il nécessite également d’être monté sur un véhicule de transport : le P-4 R, un camion d’une autonomie de 500 km et d’une vitesse 70 km/h, avec un blindage de la cabine allant de 3 à 5 mm.

Les premières versions sont livrées dès 1971 par l’Afrique du Sud qui était à l’origine de la commande d’un tel système et les utilisa pour sa guerre de la frontière. Elles ont ensuite été utilisées dans la guerre du Kippour, en Lybie, en Irak ou encore au Tchad.

Lanceur de missiles Crotale lors du défilé du 14 juillet

60 Véhicules de l’Avant Blindé 

Presque qu’aussi mythique que la P4 et délégué au transport de troupe dans l’armée française, le VAB est en service depuis 1976 et a connu tous les théâtres d’opérations français. De plus, il a également connu les opérations marocaines au Sahara occidental, libanaises, qataries au Yémen, et donc récemment en Ukraine.

Véhicule le plus présent au sein de l’armée française avec environ 2 500 exemplaires dans le parc en 2021, 60 de ceux-ci ont été envoyés en Ukraine.

Existant en plus d’une cinquantaine de versions selon les armes dans lesquelles il sert et ses utilisations (Transmission, commandement, médical…), le VAB est généralement muni d’une mitrailleuse 7,62 mm calibre OTAN ou 12,7 mm pour les véhicules d’infanterie, il peut également être équipé d’un canon-mitrailleur de 20 mm ou de 25×137, ou bien encore de lance-missile comme sur le VAB HOT (ou Méphisto). Son blindage le protège des munitions de 7,62 mm, mais aussi des mines et des éclats en tout genre.

Les différentes mises à jour de ces dernières années ont modifié considérablement ses capacités, notamment l’emport passant de 10 hommes à 6 concernant les fantassins (dû à l’augmentation de l’équipement de ces derniers) ou encore l’autonomie descendue à 230 km à cause d’une consommation plus élevée en carburant alors qu’elle était initialement d’environ 1 000km. L’armée française prévoit son remplacement progressif par les nouveaux véhicules Griffon et Serval dans le cadre du programme Scorpion.

Les versions du VAB envoyées aux Ukrainiens ne semblent pas être spécifiées, mais d’après les images ayant tourné sur les réseaux sociaux, il s’agirait de modèles sommairement équipés.

VAB aux nouvelles couleurs de l’armée française durant le défilé du 14 juillet 2021

Des AMX 10RC au programme

Ces véhicules promis par Emmanuel Macron sont eux aussi emblématiques dans l’armée française, puisqu’arrivés en 1979 au 2e Régiment de Hussards (2e RH) et sur le point d’être remplacé aujourd’hui par le Jaguar, véhicule faisant aussi partie du programme Scorpion.

Issu des ateliers d’Issy-les-Moulineaux d’où provient son nom, il remplace l’Engin Blindé de Reconnaissance (EBR) alors en service et est en réalité la version à six roues (RC signifie Roues-Canon) de l’AMX-10P, blindé a chenille servant à l’infanterie pour le transport, le combat et l’appui remplacé aujourd’hui par le Véhicule Blindé de Combat d’Infanterie (VBCI).

Le rôle principal de l’AMX est la reconnaissance-feu, c’est-à-dire la reconnaissance et la possibilité de riposter en cas d’attaque. Une revalorisation au cours des années 2000 donnera l’AMX 10 RCR dont il resterait aujourd’hui un peu moins de 250 exemplaires dans le parc français. Il a été déployé sur de nombreuses opérations dont on pourrait noter parmi les plus notables Tempête du Désert durant la guerre du Golfe, durant les opérations françaises en Afghanistan, au Mali ou encore par le Maroc durant la guerre du Sahara Occidental, et donc prochainement l’Ukraine.

Pour l’aspect technique, l’AMX 10 RC a la particularité comme nous l’avons dit d’être sur roues et non sur chenilles, avec une autonomie de 800 km pour une allure de 80 km/h sur route et 40 km/h en tout-terrain. Son blindage le protège des projectiles de l’artillerie et des moyens calibres, et un surblindage en acier est ajouté après l’opération Tempête du Désert ce qui marque la fin de son caractère amphibie qui existait alors. Sa portée est d’environ 2 km pour le canon qui accueille des obus de 105mm et de toutes sortes : explosifs, fumigènes, à charge creuse, flèche. Ce canon est accompagné de deux mitrailleuses de calibre 7,62 mm.

Il est important de souligner également que les munitions acceptées (105 x 527R) par l’AMX 10 RC ne sont pas au standard OTAN ce qui fait que l’Ukraine sera entièrement dépendante de la France pour ce qui est des munitions.

AMX-10 RC en action durant un exercice hivernal, 4e Régiment de Chasseurs

20 véhicules blindés Bastion

Les ARQUUS Bastion sont des véhicules blindés, essentiellement utilisés pour le transport de troupes, à l’instar du VAB présenté plus haut, fabriqués par la firme française Arquus Défense. De tous les véhicules présentés dans cet article, le Bastion est le seul à ne pas être utilisé par les armées françaises puisque destiné à l’export uniquement, bien que les Forces Spéciales Françaises l’aient évalué.

Avec un châssis basé sur le VLRA (camions tout-terrains fabriqués à Saint-Nazaire par ACMAT, aujourd’hui filiale d’Arquus) ils sont équipés d’une tourelle mitrailleuse de calibre 12,7 mm ou 7,62mm qui peut-être téléopérée. Leur blindage leur assure une protection contre les armes de calibre 7,62mm, les mines et les différents éclats. Leur capacité d’emport est de 8 hommes (plus deux pilotes) et leur mobilité se caractérise par une vitesse de 110 km/h sur route pour une autonomie de presque 1 400 km.

Comme la plupart des véhicules, il possède plusieurs versions : le Bastion PATSAS (Patrouille SAS) réservée aux forces spéciales plus légère (10t au lieu de 12t), mais avec moins d’emport (5 soldats équipés). Il est équipé d’une mitrailleuse 12,7mm et peut en emporter 3 autres de 7,62mm. En 2018, un accord a été signé avec l’US Army pour concevoir une version ambulance du Bastion.

Ses principales zones de déploiement ont été le Burkina Faso dans le cadre de la lutte antiterroriste de la force conjointe G5 au Sahel, de la même manière au Mali, au Tchad et au Niger ; le Sénégal en a également acquis pour sa police et l’ONU en a fourni à la Tanzanie pour des opérations de maintien de paix.

Le prochain théâtre à son actif sera donc l’Ukraine puisque la France a décidé d’en livrer 20 exemplaires à l’armée ukrainienne.

Bastion APC fournis par les Américains aux forces populaires ougandaises en 2017

Il est important de rappeler que l’aide française aux armées ukrainiennes se compose également de missiles (Mistral, Milan…) et d’équipement individuels (Casques lourds, lunettes infrarouges, matériel médical, gilets pare-balles, rations de combat, etc.) et bien sûr d’une aide financière importante. De plus, 2 000 soldats ukrainiens devraient être formés par la France dans le cadre de la mission européenne EUNAM dont 400 le sont déjà, principalement sur les équipements livrés.

Des dons importants pourtant souvent décriés par certains, pointant du doigt une France qui ne ferait pas assez, notamment par rapport à ses voisins européens. Ainsi, concernant le matériel terrestre lourd, voici ce qu’ont envoyé nos alliés européens.

Une Europe également très généreuse

L’Allemagne

Alors que la question des Léopard 2 demandés par l’Ukraine se pose en Allemagne, nous pouvons revenir sur le matériel envoyé par l’un des plus gros contributeurs du soutien à l’Ukraine.

40 Marder

À la suite des annonces françaises à propos des AMX-10 RC, l’Allemagne a en effet annoncé l’envoi de 40 véhicules blindés Marder en usage dans ses armées, dont la livraison s’étendra sur le premier trimestre 2023. Ce véhicule de combat d’infanterie est entré en service durant la Guerre froide au début des années 1970 en Allemagne de l’Ouest. Remplacé peu à peu par le Puma depuis 2010, le Marder a connu de nombreuses versions et a notamment servi durant la seconde guerre d’Afghanistan. Avec un transport de 6 ou 7 hommes (plus 3 : pilote, tireur, chef d’engin) selon les modèles, son blindage d’acier varie entre 11 et 32 mm permettant de se protéger des calibres 7,62 mm, mais aussi des balles perforantes-incendiaires de 14,5 mm et des obus de 23 mm sur la partie frontale, voire de 25 mm aujourd’hui sur certaines versions. Il dispose de nombreux armements : un canon-mitrailleur de 20 mm (Mk20 Rh-202), un lance-missile antichar MILAN (4 missiles) ou Spike depuis 2018 et une mitrailleuse de 7,62 mm MG3. Avec une vitesse sur route allant jusqu’à 75 km/h, son autonomie dépasse les 500 km.

Les différentes versions existantes font varier les qualités ou les caractéristiques du blindage, des radars, transmissions ou encore les brouilleurs.

Marder 1A3 du 391e Bataillon de Panzergrenadiers

18 obusiers Boxer RCH 155

Autorisée d’envoyer ces pièces d’artillerie en Ukraine par le gouvernement allemand, la société KMW (Krauss-Maffei Wegmann) devra également fournir les pièces de rechange et former le personnel pour un coût total de 216 millions d’euros. Équipé d’un canon de 155 mm le RCH 155 est un automoteur capable d’atteindre au moins les 100 km/h pour autonomie de 700 km. Avec un système de chargement automatique, sa cadence est de 9 coups par minutes pour une portée de 30 km avec les obus conventionnels et jusqu’à 56 km avec certains plus spécifiques (V-LAP sud-africain). Il peut également être adapté avec un canon de 105 mm.

Boxter RCH 155

Le système MIM-104 Patriot 

Sur la même ligne que les États-Unis, d’où provient ce système, les Allemands ont décidé d’envoyer à l’Ukraine l’un de leur système antiaérien Patriot. Développé par la firme Raytheon il entre en service en 1984, mais plusieurs versions et développement existent et permettent également la lutte contre les missiles balistiques depuis le 104C/PAC-2 déployé en 1990 pour la guerre du Golfe. Ces missiles sol-air vont de Mach 2.8 à 4.1 avec une portée de 240 km pour les dernières versions et une altitude dépassant les 24 km. Avec une taille plus petite les PAC-3 permettent un poste de tir à 16 missiles contre 4 auparavant. Monté sur une remorque, le poste est tracté par un HEMTT ayant une vitesse de pointe à 100 km/h pour une autonomie d’un peu moins de 650 km. Outre le Golfe le Patriot a également connu l’Irak, la Syrie, le Japon, le Yémen et aujourd’hui l’Ukraine.

Lancement d’un missile Patriot PAC-2 Néerlandais

14 PzH 2000 

Autre obusier fabriqué par KMW, il est en service depuis 1998 et encore aujourd’hui dans plusieurs armées (Italie, Grèce, Qatar…). Ayant connu comme premier théâtre d’opérations l’Afghanistan, le PzH 2000 est une abréviation de Panzerhaubitze (Obusier blindé) et se caractérise par un canon de 155 mm pour une portée de 30 km pour les obus conventionnels et de 56 km pour les obus roquette avec une cadence importante de 9 à 10 coups par minute (les 3 premiers en 10s) et 20 coups en 2min30. Ce canon est accompagné comme armement secondaire d’une mitrailleuse MG3 de 7,62 ou d’une FN MAG du même calibre. Comme le RCH 155, le PzH 2000 est un canon automoteur avec une vitesse de 65 km/h pour 420 km d’autonomie et un emport de 60 obus possible. En plus des 7 envoyés par l’Allemagne en mai 2022, elle en a vendu également 100 en juillet dernier, les Pays-Bas en ont envoyé 8 et l’Italie un nombre inconnu.

Un PzH 2000 néerlandais en Afghanistan, 2009

4 MLRS Mars-II :

Les MLRS désignent des Multiple-Launch Rocket System dont le type MARS (Middle Artillery Range System) arrive en Allemagne en 1990, mais il est déjà en activité dans l’US Army depuis 1983. La version MARS-II envoyée en Ukraine permet de tirer des missiles guidés augmentant ainsi la précision des tirs (environ 7 mètres) et possède des améliorations GPS, de conduite de tir, etc. Les missiles du type M31 (230 mm) peuvent voler à Mach 3,4 avec une portée amenée à 80km (elle était de 60km avec la précédente M30, et est prévu à 140 km pour la prochaine version). Le MARS-II peut accueillir 12 missiles simultanément avec une cadence permettant de tous les tirer en 1 minute.

Photo d’un MLRS MARS-II issue du site de KMW

50 Véhicules de transport blindés Dingo

Encore un véhicule sortit de la société KMW. C’est un blindé de transport de troupes allant de 5 à 10 passagers selon les versions qui résiste aux mines, aux éclats d’artillerie et aux calibres « classique ». Une deuxième version arrivera en 2000 offrant une meilleure protection et une plus grande charge utile. Son armement varie entre les mitrailleuses 7,62 mm ou 12,7 mm et les lance-grenades automatiques HK GMG et son autonomie entre 700 et 1000 km selon la version (courte, longue ou GFF).

ATF Dingo 2 de la 37e Brigade de Panzergrenadier durant un exercice, juste après avoir franchi l’Elbe

37 chars Guépard

De son vrai nom Flugabwehrkanonenpanzer Gepard ou Flakpanzer Gepard est un char antiaérien germano-suisse entré en service en 1976 dont le programme a plus tard été rejoint par la Belgique et les Pays-Bas et est resté en service dans ces pays jusqu’à la fin des années 2000 et n’a à l’heure actuelle aucun remplaçant au sein de la Bundeswehr. Ce véhicule est équipé de deux canons Oerlikon KDA L/90 de 35 mm (du nom de la firme suisse ayant travaillé sur projet) tirant des obus explosifs ou pénétrants pour une portée de 6 500 m et une altitude maximale de 4 800 m. Son autonomie est de 560 km pour une vitesse sur route de 65 km/h. Ces engins furent tirés de leurs stocks puisque retirés depuis longtemps, et quelques problèmes de munitions furent à gérer étant donné que la Suisse et son immuable neutralité ne voulaient pas fournir les stocks de missiles qui lui restait.

Flakpanzer Gepard de la Bundeswehr

L’Italie

FH70

Envoyés en nombre inconnu par nos voisins transalpins, les FH70 sont des canons se rapprochant du TRF1 français. En service depuis 1978, il a notamment fait ses preuves au Liban durant la guerre civile. Doté d’un calibre de 155 mm sa cadence peut être de 3 coups en 15 secondes pour une rafale ou de 3 à 6 coups par minute pour une cadence soutenue avec une portée maximale de 30 km. De la même manière que le TRF1, le FH70 doit être tracté par un véhicule ce qui limite sa mobilité.

D’autres exemplaires ont également été envoyés par l’Estonie

Une batterie de FH70 du 21e Régiment d’Artillerie italien « Trieste »

Le système SAMP/T – Mamba

De concert, Paris et Rome vont livrer à l’Ukraine une batterie de système Sol-Air Moyenne Portée/Terrestre – Mamba (Moyen de défense Anti-Missile Balistique et Aérobie) sur les 5 que compte le 4e Régiment d’Artillerie antiaérienne italien. Ce système vise à protéger l’espace aérien contre les avions ou missiles de croisière. Pour la partie antiaérienne le système a une portée allant de 50 à 100 km selon les avions ciblés et d’une dizaine de km pour la défense antimissile utilisant les missiles Aster 30 Block 1. En France ces systèmes ont remplacé les Hawks et les Crotale. Le système se subdivise en 3 sous-systèmes : celui de la conduite de tir/radar, celui de lancement terrestre et le missile en lui-même.

Système de lancement terrestre du SAMP/T au défilé du 14 juillet

Espagne

1 système Aspide 2000

Au moins un de ces systèmes antiaérien de moyenne portée d’origine italienne a été envoyé par l’Espagne en Ukraine. Ses missiles équipaient auparavant les avions Aeritalia F-104S Starfighter en version air-air. Sur les quatre versions c’est la version sol-air du Mk1 qui fut envoyé en Ukraine par l’Espagne fabriqué à partir de 1988. La vitesse de ce missile est de Mach 2 avec une portée de 28 km et un plafond de 3,5 km.

Batterie antiaérienne italienne d’Aspide 2000

Missile Aspide 2000 de la Marine péruvienne

20 TOA M113 

De facture américaine, ces Transporte Oruga Acorazado sont en service depuis 1960 et seront progressivement remplacés en Espagne par les véhicules blindés « Dragon ». Capable de transporter 11 personnels, ce camion sur chenille a une vitesse 66 km/h sur route pour une autonomie de 480 km. Avec plusieurs versions (lance-flamme, dépannage, mortier, ambulance…) il a pour armement de défense une mitrailleuse M2 de 12,7 mm, avec en plus un blindage allant de 38 à 45 mm.

50 exemplaires ont également été envoyés par le Danemark et d’autres aussi par la Lituanie.

M113 blindé australien

Grande-Bretagne 

10 Challenger 2 (En cours de réflexion)

En service depuis 1998, ce char britannique a notamment connu la guerre d’Irak et le Kosovo. Son armement se compose d’un canon de 120 mm avec une durée de vie du tube de 500 coups et l’engin possède une capacité d’emport de 52 obus. À cela s’ajoutent deux mitrailleuses de 7,62 mm. En termes de mobilité, le Challenger 2 possède une autonomie allant de 450 à 550 km selon sa dotation en réservoirs largables. Son blindage est de type Dorchester en matériaux composites. Le gouvernement n’a pas encore statué sur l’envoi de ces chars, mais y réfléchit sérieusement. L’envoi de ce type de char ferait franchir un cap certain dans l’aide militaire offerte à l’Ukraine)

Challenger 2 durant un exercice amphibie de la 1ère Brigade Mécanisée dans le Hampshire

120 véhicules blindés

Nous ne connaissons pas la répartition exacte de ces 120 véhicules, mais il s’agit des modèles suivants :

MRAPs de type Cougar Mastiff et Wolfhound

Les MRAP (Mine Resistant Ambush Protected) sont une classe de véhicules blindés spécialement conçus pour résister aux Engins Explosifs Improvisés (EEI). Ils ont été mis en service au début des années 2000 d’après les conflits modernes où les mines et EEI représentent un risque important. Les MRAP sont utilisés dans de nombreuses armées (les Aravis en France ou les ATF Dingo en Allemagne) et sont encore utilisés dans la lutte contre la guérilla sur de nombreux terrains : Afghanistan, Égypte, Yémen, Syrie … et même par les Russes en Ukraine.

Les MRAP se divisent en 3 catégories et de multiples versions selon leurs poids, taille et utilité (anti-mines, missions sous feu ennemi, spécifiques pour certaines missions). De fait le Wolfhound est un véhicule de soutien tactique utilisé par exemple pour tracter les canons d’artillerie. Leur blindage et leur armement varie en fonction du modèle et leur mobilité se caractérise par une vitesse d’environ 100 km/h pour une autonomie de 1000 km.

MRAP