ISRAËL (II)

 

ISRAËL MET (aussi) EN DANGER LES JUIFS : Les conséquences d'une politique dévastatrice...

 

 

Enfin la justice. Mais les Israéliens vont-ils commencer à se réveiller ?

Source : RzO International - Le 25/05/2024.

par Gideon Levy

Il vaut mieux qu’Israël, en ce moment difficile, regarde en lui-même, enfin, pour voir son propre portrait.

Enfin, la justice ; les tout premiers signes du début d’une justice tardive, partielle, mais tout de même un peu de justice.

Il n’y a aucune joie à voir son Premier ministre et son ministre de la Défense devenir wanted dans le monde entier, mais il est impossible de ne pas ressentir une certaine satisfaction face à l’amorce d’une certaine justice.

Dans la complaisance et la victimisation des Israéliens, dans les interminables débats bien-pensants à la télévision, dans les cris sur un monde antisémite et l’injustice de l’amalgame entre Israël et le Hamas, il manque une question fondamentale et fatidique : Israël a-t-il commis des crimes de guerre à Gaza ? Personne n’ose aborder cette question essentielle et critique : Y a-t-il eu, oui ou non, des crimes ?

Si des crimes de guerre ont été commis, des massacres et une famine, comme l’a suggéré le courageux procureur Karim Khan (à la nomination duquel Israël a participé en coulisses, ayant trouvé sa prédécesseure Fatou Bensouda suspecte), alors il y a des criminels qui en sont responsables. Et s’il y a des criminels de guerre, il est du devoir du monde de les traduire en justice. Ils doivent être déclarés wanted et arrêtés.

Si le Hamas a commis des crimes de guerre – et il ne semble pas y avoir d’argument à ce sujet – ses criminels doivent être traduits en justice. Et si Israël a commis des crimes de guerre – et il ne semble pas y avoir d’argument à ce sujet dans le monde, sauf dans l’Israël suicidaire qui se trompe lui-même – les responsables de ces crimes doivent également être traduits en justice.

Le fait de les regrouper n’implique pas une symétrie morale ou une équivalence juridique. Même si Israël et le Hamas étaient accusés séparément, Israël aurait soulevé un tollé contre le tribunal.

Le seul argument entendu aujourd’hui en Israël est que le juge est un fils de pute. Le seul moyen suggéré pour empêcher sa condamnation sévère est de nuire à la Cour pénale internationale de La Haye.

Convaincre des nations amies de ne pas respecter ses décisions, imposer des sanctions (!) à ses juges. C’est ainsi que pense tout criminel, mais un État n’a pas le droit de penser ainsi. Les deux tribunaux internationaux devant lesquels Israël et les Israéliens sont jugés méritent le respect de l’État et non son mépris. L’outrage au tribunal de la part d’Israël ne fera qu’allonger la liste des accusations et des soupçons qui pèsent sur lui.

Il vaut mieux qu’Israël, en ce moment difficile, regarde en lui-même, enfin, pour voir son propre portrait. Mieux vaut qu’il se reproche quelque chose, n’importe quoi, plutôt que de blâmer le monde entier. Comment en sommes-nous arrivés là, telle devrait être la question, plutôt que de se demander comment ils en sont arrivés là.

Quand assumerons-nous enfin la responsabilité de quoi que ce soit, de quelque chose fait en notre nom ? Les 106 députés qui ont signé la pétition contre la CPI et les zéro députés qui ont signé la pétition inexistante contre les crimes de guerre israéliens sont un triste reflet du pays : Unis contre la justice, unis dans un éternel sentiment de victimisation, sans droite ni gauche, un chœur céleste. Si Israël est un jour reconnu coupable de crimes de guerre, il faudra se souvenir que 106 députés ont voté pour blanchir ceux de Benjamin Netanyahou et de Yoav Gallant.

La bande de Gaza est en ruines, ses habitants sont tués, blessés, orphelins, affamés, démunis, alors que la plupart d’entre eux étaient innocents. Il s’agit clairement d’un crime de guerre. La famine est considérée par tout le monde en Israël comme un moyen légitime, qu’on le soutienne ou le combatte, tout comme les massacres intentionnels. Comment peut-on affirmer qu’il n’y a pas eu de famine ou de massacre intentionnel ?

Le jour d’après la CPI, Israël doit se regrouper pour procéder à une introspection nationale, ce qu’il n’a jamais fait auparavant. Chaque Israélien doit se poser la question suivante : «Comment en sommes-nous arrivés là ?» Il ne suffit pas de blâmer Netanyahou, le principal coupable, ni d’étouffer l’affaire avec des arguments évasifs sur la hasbara, des conseils juridiques erronés et des remarques extrêmes de la part de responsables israéliens.

Le problème est bien plus profond : Depuis 57 ans*, Israël maintient un régime malfaisant et répréhensible, et aujourd’hui, enfin, le monde se réveille et commence à agir contre lui. Est-ce que cela sera également en mesure de réveiller au moins quelques Israéliens de leur sens de la justice je-m’en-foutiste et scélérat ?

 

NdT
*En bon Israélien l’auteur fait débuter le parcours criminel d’Israël en 1967. C’est son choix.

Faucheuse (d’)enfant (s)

source : Haaretz via Tlaxcala

Le procureur de la CPI demande des mandats d’arrêt contre Netanyahou, Gallant et d’autres personnes

Source : Le Saker francophone - Le 21/05/2024.

 


Par Moon of Alabama – Le 20 mai 2024

Aujourd’hui, le procureur de la Cour pénale internationale, Karim A.A. Khan KC, a déposé des demandes de mandats d’arrêt devant une chambre préliminaire de la Cour.

Ces demandes concernent les deux parties du conflit en Palestine :

Sur la base des éléments de preuve recueillis et examinés par mon Bureau, j’ai des motifs raisonnables de croire que Yahya SINWAR (chef du Mouvement de résistance islamique (“Hamas”) dans la bande de Gaza), Mohammed Diab Ibrahim AL-MASRI, plus connu sous le nom de DEIF (commandant en chef de l’aile militaire du Hamas, connue sous le nom de Brigade Al-Qassam) et Ismail HANIYEH (chef du bureau politique du Hamas) portent la responsabilité pénale des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité suivants, commis sur le territoire d’Israël et de l’État de Palestine (dans la bande de Gaza) depuis au moins le 7 octobre 2023 :

 

Ces trois personnes sont déjà menacées d’assassinat par Israël. Elles ne voyagent pas et se tiennent à l’écart du public. Même si des mandats d’arrêt sont délivrés à leur encontre, il est peu probable qu’elles s’en préoccupent.

De l’autre côté du conflit, le problème est différent :

Sur la base des preuves recueillies et examinées par mon Bureau, j’ai des motifs raisonnables de croire que Benjamin NETANYAHU, le Premier ministre d’Israël, et Yoav GALLANT, le ministre de la Défense d’Israël, portent la responsabilité pénale des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité suivants, commis sur le territoire de l’État de Palestine (dans la bande de Gaza) à partir du 8 octobre 2023 au moins :

  • Affamer des civils comme méthode de guerre est un crime de guerre, en violation de l’article 8(2)(b)(xxv) du Statut ;

  • Le fait de causer intentionnellement de grandes souffrances ou de porter gravement atteinte à l’intégrité physique ou à la santé, en violation de l’article 8(2)(a)(iii), ou d’infliger des traitements cruels est un crime de guerre, en violation de l’article 8(2)(c)(i) ;

  • L’homicide volontaire en violation de l’article 8(2)(a)(i), ou le meurtre est un crime de guerre en violation de l’article 8(2)(c)(i) ;

  • Le fait de diriger intentionnellement des attaques contre la population civile est un crime de guerre, en violation des articles 8(2)(b)(i) ou 8(2)(e)(i) ;

  • L’extermination et/ou le meurtre en violation des articles 7(1)(b) et 7(1)(a), y compris dans le contexte des décès causés par la famine, est un crime contre l’humanité ;

  • La persécution est un crime contre l’humanité, conformément à l’article 7, paragraphe 1, point h) ;

  • D’autres actes inhumains sont des crimes contre l’humanité, conformément à l’article 7, paragraphe 1, point k).

Si les mandats d’arrêt contre Netanyahou et Galant sont acceptés, ils devront cesser tout voyage vers ou passant par les nombreux pays qui sont membres du Statut de Rome. (Les États-Unis, Israël, la Russie et le Soudan ont signé le statut de Rome mais n’en sont pas devenus membres).

Les États membres sont tenus d’exécuter les mandats d’arrêt si le procureur de la CPI les fait valider. Les mandats d’arrêt s’accompagnent également d’une stigmatisation qui empêchera les politiciens pro-sionistes d’Europe et d’ailleurs de rencontrer Netanyahou ou d’autres personnes impliquées.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

Sur le même sujet

La Cour pénale internationale lance un mandat d’arrêt contre Netanyahou et Yoav Gallant pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité

- La communauté internationale se décide enfin à poursuivre Netanyahu pour ses crimes

 

 

L’art de l’impossible : Ni État palestinien, ni État libanais, ni État syrien aux frontières d’Israël

SOURCE : RZO International  - LE 15/05/2024

par Nabih al-Bourgi

Pour la grande majorité des Levantins et nombre d’observateurs, Israël a été créé pour servir d’outil aux Américains et aux Européens, ces derniers étant les seuls responsables de la tragédie du peuple juif et de leur «holocauste» pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais aujourd’hui, leur comportement devant la tragédie vécue par les Palestiniens, notamment dans Gaza, tendrait à démontrer que c’est l’inverse qui est vrai : les Américains et les Européens seraient des otages, voire des outils entre les mains d’Israël.

Quoi qu’il en soit, la folie meurtrière qui s’est emparée des Israéliens a amené les Américains à justifier leur assistance militaire, sans limites et tout aussi meurtrière, par leur souci de sauver Israël de lui-même ; autrement dit, de la folie de ses dirigeants et de l’extrémisme de bon nombre de ses ressortissants.

Une folie israélienne qui semble avoir contaminé les Américains, l’exemple parlant d’une telle contamination ayant récemment été donné par le célèbre sénateur de la Caroline du Sud et membre du Parti républicain, Lindsey Graham, lequel a réitéré publiquement ses justifications du bombardement atomique des États-Unis sur Hiroshima et Nagasaki, encourageant Israël à adopter son raisonnement.1

Déclarations qui ont, quand même, poussé l’allié japonais à réagir2 et qui expliquent les propos de l’auteur, M. Nabih al-Bourgi, éminent éditorialiste au quotidien Addiyar. [NdT].

*

Ce qui nous a été rapporté à propos de la série de négociations pour un cessez-le-feu à Gaza suggère que l’approche politique d’Israël relève de l’art de l’impossible, plutôt que de l’art du possible, et que celui qui lui tend la main se retrouve comme s’il l’avait mise dans la gueule d’un loup.

Il ne manquait plus à David Barnea – l’ex-directeur du Mossad – que de déclarer à la délégation du Hamas : «Remettez-nous les otages, nous vous donnerons 40 jours pour choisir entre la mort et la déportation».

Un choix dont les Palestiniens ont fait l’expérience pendant quatre décennies et en plus d’un endroit, les Israéliens étant des pros pour tuer le temps, tout comme ils sont des pros pour tuer les Arabes.

Une horrible soif de meurtre et de destruction qui semble être une vengeance contre l’humanité toute entière. Et cela, Mesdames et Messieurs, correspond désormais au onzième commandement de l’Arche d’Alliance qui dicte de tuer…

Il n’empêche qu’en sept mois, les milliers de frappes aériennes, les milliers de tonnes de bombes et de missiles n’ont pas réussi à mettre à mal la Résistance palestinienne assiégée dans une bande de terre cadenassée de toutes parts. Est-ce là l’Israël que Moshe Dayan – l’ancien chef d’état-major de Tsahal devenu ministre de la Défense – considérait comme «la sainte citadelle sur laquelle nul autre que nous ne mettra les pieds» ? Une citadelle dont les murs se sont effondrés en quelques minutes…

L’obsession américaine de sauver Israël de peur que Benjamin Netanyahou ne pousse sa politique hystérique jusqu’au suicide est claire. D’où son assistance militaire stupéfiante, son engagement à pousser l’Arabie saoudite à normaliser ses relations avec l’État sioniste avec tout ce que cela implique comme répercussions sismiques sur les processus stratégiques du (grand) Moyen-Orient, en plus de l’établissement dans le sud d’Israël d’une base militaire3 accueillant 23 000 soldats avec leurs équipements et leurs systèmes de missiles afin d’assurer «l’éternité» de l’État hébreu. Mais, étonnamment, ces fous ne font même pas confiance à l’Amérique, comme l’a écrit Thomas Friedman, le célèbre éditorialiste au New York Times.

Israël ne reviendra jamais à ce qu’il était avant le 7 octobre, et même avant l’été 2006, lorsque l’armée israélienne est arrivée épuisée au trente-troisième jour de son attaque sur le Liban et que ses chars Merkava fumaient à Wadi al-Hujair, au Sud du Liban.

Aujourd’hui, les étudiants de l’Université Columbia ont posé la question de savoir s’il est juste et judicieux que les impôts des Américains servent à soutenir des meurtriers. Quant à nous, nous revenons sur la déclaration de l’un des dirigeants du parti Otzma Yehudit [Force Juive], Michael Ben-Ari. Déclaration selon laquelle aucun des prophètes de la Torah n’a parlé d’un État pour les Palestiniens. Bien au contraire, ils ont souvent appelé à les éradiquer. Par conséquent, la promesse divine s’accomplit non seulement en retournant en Terre Promise, mais aussi en effaçant la moindre trace de Palestiniens en Palestine.

Ce qui s’est passé et continue dans la bande de Gaza est complètement éloigné des normes morales, voire immorales, de la guerre. Et tout comme Harry Truman – président des États-Unis de 1945 à 1953 – a ordonné de larguer la bombe atomique sur Hiroshima afin que la superpuissance américaine écrive «une autre histoire de l’humanité» comme l’a dit Dean Acheson – secrétaire d’État dans son gouvernement de 1949 à 1953 – Israël devrait larguer sa bombe sur Gaza, ou sur Téhéran, pour écrire une autre histoire de la région.

Benjamin Netanyahou n’a-t-il pas menacé le jour même de l’opération Déluge d’Al-Aqsa de «changer le Moyen-Orient», pour ensuite devenir encore plus agressif lorsque le porte-avions Gerald Ford, les sous-marins nucléaires et d’autres navires de guerre ont pris la route de la Méditerranée orientale ?

Joe Biden est un otage entre les mains du président du Likoud, Benjamin Netanyahou, lequel parie sur le prolongement de la guerre jusqu’à ce que les États-Unis entrent dans leur coma électoral. Quelle diplomatie adopter dans ce cas ? D’autant plus que les Américains savent que Netanyahou et la majorité des Israéliens refusent d’entendre parler d’un État palestinien, tandis que pour Bezalel Smotrich – adepte du sionisme religieux, ministre des Finances et ministre au ministère de la Défense dans le gouvernement de Netanyahou VI – la création d’un État palestinien serait pire qu’une bombe dans le dos et un danger tangible imminent pour Israël.4

C’est dans ce contexte que l’administration américaine a poussé l’Élysée, devenue l’ombre de la Maison-Blanche, à ouvrir une entrée diplomatique par la porte libanaise ; la «porte du feu» selon Gadi Eizenkot, l’ex-chef d’état major de Tsahal.

Les dirigeants israéliens, qui menacent quotidiennement de transformer le Liban en enfer, pratiquent à notre égard la même diplomatie qu’ils pratiquent à l’égard des Palestiniens : L’art de l’impossible.

En effet, considérant qu’il leur faut redessiner les cartes, ils ont informé les Américains et les Français que ce qui se passe sur le terrain depuis le lendemain du 7 octobre 2023 nécessite des dispositions de sécurité plus efficaces allant au-delà de l’application de la résolution 1701(2006)5, (application pourtant réclamée à maintes reprises par les uns et les autres).

Plus clairement, ils veulent placer le Sud du Liban sous tutelle militaire israélienne, alors que l’accord libano-israélien du 17 mai 19836, qui n’a tenu que quelques mois, revenait insidieusement à placer tout le Liban sous tutelle militaire israélienne.

L’équation de Jéhovah  est donc : «Il n’y aura ni État palestinien, ni État libanais, ni État syrien aux frontières d’Israël».

Qu’en décideront le destin et la Providence ?

source : Addiyar [لا دولة فلسطينية، ولا دولة لبنانية، ولا دولة سورية، على حدود اسرائيل]

Traduction de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

  1. «Un sénateur américain réitère ses justifications du bombardement atomique sur Hiroshima et Nagasaki»
    https://www.nippon.com/fr/news/yjj2024051300134
  2. «Japan FM reacts to US Senate atomic bombings remarks»
    https://www3.nhk.or.jp/nhkworld/en/news/2024/05/10
  3. «Une base militaire américaine secrète en Israël, qu’est ce que vous en savez ?»
    https://www.trtfrancais.com/une-base-militaire-americaine-secrete-en-israel-quest-ce-que-vous-en-savez
  4. «Bezalel Smotrich prévient que la création d’un État palestinien constitue un «danger tangible» imminent»
    https://www.radioj.fr/bezalel-smotrich-previent-que-la-creation-d-un-etat-palestinien-constitue-un-danger-tangible-imminent
  5. La résolution 1701 (2006) https://www.diplomatie.gouv.fr/IMG/pdf/N0646504-2.pdf
  6. L’accord libano-israélien du 17 mai 1983 https://www.persee.fr/doc/afdi1983-num-29

Netanyahu essaie de cacher que l’expulsion des Gazaouis a échoué

Source : Le Courrier des Stratèges - par Edouard Husson - Le 10/05/2024.

Netanyahu essaie de cacher que l’expulsion des Gazaouis a échoué

 

BERLIN, GERMANY - MARCH 16: Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu and German Chancellor Olaf Scholz (not pictured) speak to the media following talks at the Chancellery on March 16, 2023 in Berlin, Germany. Netanyahu's one-day visit to Berlin is being accompanied by protests, including both by people angry over Israel’s policies towards Palestinians as well as those critical of possible new legislation in Israel supported by Netanyahu that would undermine the independence and the power of Israel's Supreme Court, effectively curtailing democracy in Israel. (Photo by Sean Gallup/Getty Images)

Benjamin Netanyahu a pris deux fois la parole depuis hier pour expliquer comment il voir l’avenir de Gaza. Le mélange de mégalomanie et de défi au reste du monde dissimule une réalité simple: le projet d’expulsion des Palestiniens de Gaza, motivation profonde de la campagne menée en représailles au 7 octobre a échoué. Cela n’en rend pas le vieux chef isolé moins dangereux dans l’immédiat pour les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie. mais la réalité s’impose: malgré les souffrances inouïes infligées aux Palestiniens, la guerre de Gaza est une défaite stratégique, non seulement pour Israël mais pour les Etats-Unis.

Illustration du plan Gaza 2035

Benjamin Netanyahu a pris la parole ces 9 et 10 mai pour parler de l’avenir de Gaza…et d’Israël.

Un message aux Américains

Israel National News reprend les meilleurs extraits d’une interview du Premier ministre destinée à un public américain:

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré à la personnalité de la télévision américaine Dr. Phil, dans une interview diffusée jeudi, qu’il espérait que le président américain Joe Biden et lui-même parviendraient à surmonter leurs désaccords sur la guerre de Gaza.

« Je connais Joe Biden depuis de nombreuses années, 40 ans et plus. Nous avons souvent eu des accords, mais aussi des désaccords. Nous avons réussi à les surmonter. J’espère que nous pourrons les surmonter maintenant, mais nous ferons ce que nous devons faire pour protéger notre pays”, a déclaré M. Netanyahu.

Dans le même temps, le Premier ministre a souligné qu’Israël se battrait seul s’il le fallait.

« Quand les gens nous disent de ne pas aller à Rafah… ils nous disent de les laisser intacts et la chose se répète encore et encore, alors je pense que les gens qui ont l’esprit droit, les gens qui ont l’esprit rationnel, comprennent que nous n’avons pas le choix.

« J’ai dit lors du service commémoratif de l’Holocauste que nous avons eu l’autre jour [que] pendant l’Holocauste, nous nous sommes tenus seuls, mais nous étions sans défense. Et aujourd’hui, si Israël doit rester seul, nous resterons seuls, mais nous savons aussi que nous ne sommes pas seuls parce qu’il y a tant de gens honnêtes partout qui nous soutiennent, qui comprennent la vérité, et nous vaincrons nos ennemis et nous assurerons notre avenir”, a déclaré M. Netanyahou.

Interrogé sur ce qu’il répond à ceux qui qualifient de « résistance » l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre, le Premier ministre a répondu : « Le Hamas déclare ouvertement son objectif d’anéantir tout ce que vous voyez ici, de tuer chaque homme, chaque femme et chaque enfant en Israël, de détruire l’État. Ce n’est pas de la résistance. C’est de l’agression pure et dure. C’est leur doctrine.

L’Iran dit la même chose : « Notre but est de détruire Israël ». Nous sommes le ‘petit Satan’. D’ailleurs, leur objectif est de vous détruire. Vous êtes le ‘grand Satan’. Nous leur barrons la route et ils ont raison. Nous ne faisons pas que nous protéger, nous le faisons, mais ce faisant, nous protégeons toute la civilisation libre, toute la culture occidentale. Ils veulent l’effacer”, a ajouté M. Netanyahu.

Concernant sa vision du lendemain de la guerre à Gaza, M. Netanyahou a déclaré : « Je pense que nous devrons assurer une démilitarisation continue car, même si vous détruisez l’armée terroriste, il peut rester des terroristes individuels. Nous devons les extirper en permanence ».


« Nous devrons probablement mettre en place une sorte de gouvernement civil, d’administration civile, par des habitants de Gaza qui ne sont pas déterminés à nous détruire, éventuellement, je pense, avec l’aide des Émirats arabes unis, de l’Arabie saoudite et d’autres pays qui, je pense, veulent voir la stabilité et la paix », a-t-il ajouté.

« Mais Israël devra continuellement éradiquer les terroristes, car je ne vois personne venir pour le faire en ce moment… J’aimerais bien que ce soit le cas, mais je ne le vois pas, et nous continuerons donc à agir contre les restes de l’armée terroriste », a souligné le Premier ministre.

israelnationalnews.com, 10 mai 2024

“Nous combattrons avec les ongles s’il le faut”

Pour la société israélienne, le Premier ministre a publié une vidéo, avec quelques jours d’avance sur la célébration de la naissance de l’Etat d’Israël (le 14 mai):

Derrière les formules de défi, on entend que le pays est bien seul. Et puis il y a cette formule étonnante (c’est moi qui souligne):

“Si nous devons rester seuls, nous resterons seuls. S’il le faut, nous nous battrons avec nos ongles. Mais nous avons bien plus que des ongles

Vidéo pour le Jour de L’Indépendance

Le plan Gaza 2035

Quel contraste entre un Premier ministre qui évoque une société israélienne éventuellement réduite à rien et le plan mégalomane appelé “Gaza 2035”. Selon le Jerusalem Post:

Les plans d’Israël pour une Gaza d’après-guerre ont fait l’objet de nombreux débats. Des documents du bureau du Premier ministre ont été publiés en ligne vendredi, montrant le plan d’Israël pour revitaliser l’économie de Gaza.

Les documents publiés en ligne montrent que le Premier ministre Benjamin Netanyahu tente d’instaurer une paix durable et de réintégrer Gaza dans l’économie régionale grâce à d’importants investissements dans l’infrastructure et l’économie.

Le plan a pour objectif de reconstruire Gaza afin de modérer sa politique.

Le plan souligne également la place centrale qu’occupe historiquement Gaza sur les routes commerciales est-ouest, puisqu’elle se trouve à la fois sur les routes commerciales Bagdad-Égypte et sur les routes commerciales Yémen-Europe.

Le plan de la zone de libre-échange Gaza-Arish-Sderot fait partie du plan du gouvernement pour une Gaza d’après-guerre. (…)
Selon les documents, le retour de Gaza à l’autonomie se fait en trois étapes.

La première étape, intitulée « Aide humanitaire », devrait durer 12 mois. Israël créera des zones sûres échappant au contrôle du Hamas, en commençant par le nord et en s’étendant lentement vers le sud. Une coalition de pays arabes (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Égypte, Bahreïn, Jordanie et Maroc) répartira et supervisera l’aide humanitaire dans les zones de sécurité. Les Palestiniens de Gaza gèreront les zones de sécurité sous la supervision des États arabes.

La deuxième phase interviendrait dans les cinq à dix prochaines années. Le plan consiste à transférer la responsabilité de la sécurité israélienne à Israël, tandis que la coalition arabe créera un organisme multilatéral appelé Autorité de réhabilitation de Gaza (GRA) pour superviser les efforts de reconstruction et gérer les finances de la bande de Gaza. La GRA sera dirigée par des Palestiniens de Gaza et sera responsable de la gestion des zones de sécurité. Cette gestion sera coordonnée avec la mise en œuvre d’un « plan Marshall » et d’un programme de déradicalisation.

Au cours de la troisième phase, appelée « autonomie », Israël conserverait le droit d’agir contre les « menaces à la sécurité ».Le pouvoir serait lentement transféré à un gouvernement local de Gaza ou à un gouvernement palestinien unifié (incluant la Cisjordanie). Toutefois, cela dépend de la réussite de la déradicalisation et de la démilitarisation de la bande de Gaza et sera soumis à l’accord de toutes les parties.

L’étape finale consisterait pour les Palestiniens à gérer la bande de Gaza de manière totalement indépendante et à adhérer aux accords d’Abraham.

Ce plan présente plusieurs avantages pour les pays concernés. Pour Israël, le principal avantage, outre la sécurité dans le sud, est la normalisation avec l’Arabie saoudite.

Les principaux avantages pour les États du Golfe qui y participeraient seraient des pactes défensifs avec les États-Unis et un accès sans entrave aux ports méditerranéens de Gaza par le biais de chemins de fer et de pipelines. Le plan prévoit également que si une telle intervention réussit à Gaza, elle pourra être répétée au Yémen, en Syrie et au Liban.

Pour la population de Gaza, les principaux avantages de la fin du contrôle du Hamas seraient des investissements massifs dans la bande et des possibilités d’emploi considérables, ainsi qu’une voie vers la réunification avec la Cisjordanie et l’autogouvernance.


Le plan régional plus large consiste à accélérer les mégaprojets tels que NEOM en Arabie saoudite et à les mettre en œuvre dans le Sinaï.

Cela permettrait à Gaza de fonctionner comme un port industriel important sur la Méditerranée, qui serait le principal entrepôt pour l’exportation des marchandises gazaouies, mais aussi du pétrole saoudien et d’autres matières premières en provenance du Golfe.

Le plan prévoit également la création d’une vaste zone de libre-échange couvrant Sderot-Gaza-El Arish, qui permettrait à Israël, à Gaza et à l’Égypte de tirer parti de l’emplacement, en coopération.

En combinant les nouveaux investissements dans les infrastructures et l’intégration de la région, les gisements de gaz récemment découverts juste au nord de Gaza contribueraient à soutenir l’industrie en plein essor.

Des champs d’énergie solaire seraient également construits dans le Sinaï, ainsi que des usines de dessalement qui contribueraient à lutter contre le changement climatique.

L’une des idées avancées par le plan est de faire de Gaza une plaque tournante pour la fabrication de véhicules électriques. L’espoir est que toute cette intégration puisse faire de Gaza, mais aussi d’El-Arish et de Sderot, un concurrent de la fabrication chinoise bon marché.

Jerusalem Post, 3 mai 2024

Netanyahu a perdu et il sort des lapins de son chapeau

Première remarque : Tout cela est bâti sur le sable… de Gaza rasée à 70%. Le Premier ministre israélien fait comme si les Etats-Unis devaient arriver à convaincre les Saoudiens de signer un accord avec Israël.

Deuxième remarque : La mégalomanie est poussée à son comble quand Netanyahu imagine que “Gaza 2035” servira de modèle pour le Yemen, la Syrie et le Liban… Il ne manque que l’Iran….

Troisième remarque : Il est bien question, dans ces projections des Gazaouis qu’au mois d’octobre dernier le gouvernement Netanyahu voulait expulser vers le Sinaï !

C’est bien là l’essentiel: Le plan de nettoyage ethnique de Gaza a échoué.

En attendant, le calvaire des Palestiniens continue

Le déni de réalité qui caractérise le Premier ministre israélien est flagrant. Il est mortifère, aussi, pour les Palestiniens de Cisjordanie, soumis à des attaques permanentes de l’armée et de la police israélienne. Et pour les Gazaouis, exposés à un nouveau ralentissement des livraisons de l’aide humanitaire depuis que l’armée israélienne s’est emparée du point du poste-frontière de Rafah.

Le scénario à venir n’est pas compliqué à anticiper : Le gouvernement israélien poussera à la limite son opération contre les civils de Gaza, en s’arrêtant avant de mettre en danger le soutien américain. Et, pendant ce temps, Tsahal aura des pertes croissantes face aux combattants palestiniens.

Israël : Une discrète déconfiture ?


Par Yves Smith – Le 8 mars 2024 – Source Naked Capitalism

De nombreux commentateurs de la guerre à Gaza ont décrit, souvent avec une certaine consternation, l’unanimité du public israélien en faveur de la poursuite vigoureuse du conflit, ainsi que la conviction ouvertement exprimée que les Palestiniens sont des sous-hommes qui méritent la brutalité et la mort. L’opinion publique devient de plus en plus dure. La droite a obtenu de bons résultats aux élections locales. On me dit également qu’un chercheur du MIT développant des idées sur la manière de résoudre le conflit a découvert que les jeunes en Israël sont plus conservateurs que les cohortes plus âgées.

Ce manque de souci de traiter la vie avec respect par un peuple théoriquement civilisé est inquiétant, étant donné que dans de nombreux pays avancés, les lois contre la maltraitance animale protégeraient mieux les Palestiniens que les États musulmans et l’ONU ne l’ont fait.

 

Mais malgré l’apparent consensus sur l’extermination de la Palestine, des tensions croissantes, notamment économiques, existent également. Israël est une petite économie ouverte, dont les échanges commerciaux représentent près de 32 % du PIB. Certains secteurs sont vulnérables aux effets de la guerre. Par exemple, le tourisme, en termes plus larges, contribue à hauteur de 5 à 6 % au PIB.

Certains signes indiquent qu’Israël subit davantage de dégâts sous la ligne de flottaison que ne le révèlent les médias anglo-saxons. Le taux de baisse de 20 % du PIB du quatrième trimestre a été un choc. Et il est peu probable qu’il y ait un grand rebond. Même si le conflit devait se terminer bientôt, Israël se retrouverait face à des voisins hostiles et bien plus puissants économiquement et militairement.

Pardonnez-moi de m’appuyer encore sur l’ancien diplomate britannique Alastair Crooke pour les points clés de notre analyse, mais il soulève des questions critiques que je n’ai pas vues abordées dans d’autres rapports en langue anglaise.

Crooke, qui suit la presse hébraïque, a souligné à plusieurs reprises que le 7 octobre a brisé le sentiment de sécurité en Israël et que cela est fondamentalement important. Il soutient que l’hypothèse selon laquelle les Juifs seraient à l’abri de tout danger partout en Israël est profondément intériorisée. Je me souviens qu’après le 11 septembre (rappelez-vous que j’étais à New York) le degré de désarroi des individus dépendait de la quantité de porno genre « tour qui s’effondre » qu’ils regardaient et/ou de leur conviction que le monde était sûr.

Crooke soutient également que le sentiment de violation est si grave que le public a besoin qu’Israël rétablisse la perception qu’il dispose d’une armée puissante et redoutable en remportant une victoire visible. Cela ne s’est pas produit à Gaza. Les Israéliens savent que la guerre ne se passe pas très bien à Gaza. Crooke dit que les Israéliens pensent que le nombre de morts militaires est beaucoup plus élevé que ce que rapportent Tsahal, d’autant plus que les informations allant dans ce sens sont rapidement supprimées par la censure. D’où (comme nous le verrons plus loin) la pression exercée pour s’attaquer au Liban.

Une dernière observation de Crooke : l’Iran, le Hezbollah et d’autres membres de la Résistance ont étudié la manière dont les États-Unis et Israël mènent la guerre et ont planifié leur guerre en conséquence. Les deux pays s’appuient sur des campagnes dominées par la puissance aérienne et destinées à être écrasantes. Leurs opposants au Moyen-Orient ont également observé qu’aucun des deux pays n’avait prévu de mener une guerre longue. Cela est confirmé par Mark Sleboda, qui, dans une récente émission sur l’analyse syrienne avec Andrei Martyanov, a déclaré que les académies militaires occidentales n’étudient même pas les guerres d’usure (à 13h50). Ils les considèrent comme trop primitifs.1

Malheureusement, de la même manière que les rapports sur l’économie israélienne n’ont pas donné beaucoup d’indications sur l’ampleur des dégâts causés par la baisse du PIB au dernier trimestre, les signes persistants de pressions économiques et sociales risquent d’être sous-estimés ou tout simplement de ne pas être couvert par les médias. Alors s’il vous plaît, partagez d’autres observations et anecdotes dans les commentaires.

Les médias ont couvert le faible soutien public à Netanyahu, les protestations contre l’échec de la libération des otages et le spectacle de l’ingérence américaine dans la politique israélienne en essayant de jouer le rôle de faiseur de roi en invitant un simple ministre, Benny Gantz, à Washington.2 Nous passerons donc sous silence l’intensification des joutes de haut niveau en Israël. Les experts estiment généralement que le départ de Netanyahu et le moment où il le fera ne fera pas de différence en termes de politique ; Au contraire, ses successeurs seront très probablement plus à droite, ce qui signifie aussi plus sanguinaires.

Un problème persistant est celui du statut des colons déplacés de la frontière libanaise. Wikipédia estime le total à 96 000. Pour donner une idée de l’importance, ce niveau, un peu supérieur à 1 %, rapporté à la population américaine, serait supérieur à 3,5 millions. Le gouvernement israélien leur fournit des logements (on ne sait pas si c’est pour tous ou seulement pour ceux qui doivent être évacués).

Outre le coût de ce soutien social (qui, selon certains, n’est pas viable à long terme), il y a également une perte de revenus et d’emplois pour les entreprises opérant dans ces villes frontalières. S’ils continuent à se dépeupler trop longtemps, il sera impossible de les faire revivre. Le client et les employés auront évolué.

Les habitants des villes frontalières se battent pour rentrer chez eux et exigent qu’Israël repousse le « Hezbollah » jusqu’au fleuve Litani au Liban afin de leur fournir une zone tampon. Cette exigence équivaut à la mise en place d’une zone démilitarisée au Liban aux dépens des résidents libanais de très longue date ou, à défaut, une occupation israélienne. Le gouvernement a promis à ces colons qu’il éliminerait la menace à la frontière. Pourtant, de nombreux experts militaires (Scott Ritter, qui a une grande expérience personnelle avec l’armée israélienne, s’est montré le plus bruyant et le plus détaillé, mais d’autres arrivent à la même conclusion) affirment que si Israël tentait d’envahir le Liban, le résultat probable serait Il ne s’agira pas seulement d’une défaite, mais aussi d’une occupation par le Hezbollah d’Israël jusqu’en Galilée.

Ce qui sape le moral, c’est qu’il est difficile de cacher que la campagne à Gaza n’a pas abouti à une victoire, ce qui n’augure rien de bon non plus pour une action contre le Hezbollah, beaucoup plus puissant. Extrait du Middle East Monitor du 6 mars :

La poursuite de la guerre israélienne contre la bande de Gaza assiégée aggrave les pertes de Tel Aviv aux niveaux politique et militaire, a déclaré mardi le journal israélien Maariv dans un article…

Le journal affirme que l’armée israélienne traîne les pieds au ralenti le long de la bande de Gaza et lance rarement de nouvelles opérations, sauf lorsqu’elle tente de ratisser certaines des petites zones qu’elle a laissées derrière elle… ajoutant que les dirigeants politiques traînent également les pieds, attendant une intervention extérieure et tentant de parvenir à un accord d’échange de prisonniers.

Selon le journal, c’est la raison pour laquelle les dirigeants politiques ne font pas beaucoup de déclarations, n’ordonnent pas à l’armée d’occuper les camps du centre de Gaza ou les zones rurales autour de Rafah et ne tentent pas d’évacuer les réfugiés de Rafah.

Il a affirmé que prendre de telles mesures exercerait une pression sur le Hamas et améliorerait les termes de l’accord d’échange, tout en préparant le terrain pour l’occupation de Rafah.

Cependant, selon le rapport, le chef du Hamas à Gaza, Sinwar, a réussi à assiéger Israël là où il le souhaitait, c’est-à-dire sous la pression internationale en raison de la question des réfugiés et de la pénurie de nourriture et d’eau dans la bande de Gaza, ce qui l’a rendu réticent à parvenir à un accord….

Il est clair que la branche militaire du Hamas ne veut pas conclure un accord qui signifie que les réfugiés ne reviendront pas, que l’armée ne se retirera pas des villes et que la bande de Gaza ne pourra pas être reconstruite.”

Ce retard permet au Hamas de traîner Israël jusqu’après le mois de Ramadan, ce qui prolongera la guerre d’au moins deux mois supplémentaires, alors que l’armée israélienne aurait pu mettre fin à son opération militaire et occuper le centre de Gaza et les camps de Rafah il y a un mois, si les dirigeants politiques l’avaient autorisé, ajoute le journal dans son rapport.

Remarquez l’impatience implicite de mettre fin à la guerre. Il n’est pas clair si cela est dû à des coûts financiers et à d’éventuelles pertes militaires supplémentaires, ou à des tensions politiques dues à une incertitude persistante.

La guerre prolongée engendre des problèmes de main-d’œuvre. Tiré de The Cradle, le 4 mars, la crise de la main-d’œuvre en Israël s’aggrave alors qu’une vague de démissions frappe l’armée :

L’unité du porte-parole de l’armée israélienne, dirigée par le lieutenant-colonel Daniel Hagari, a été témoin d’une grande vague de démissions.

Parmi ceux qui ont démissionné figurent le commandant en second de Hagari, le colonel Butbol, ainsi que le colonel Moran Katz et le porte-parole international de l’armée, le lieutenant Richard Hecht.

« Un grand nombre d’officiers ont récemment annoncé leur retraite de l’unité responsable du système d’information militaire », a rapporté la chaîne d’information en hébreu, Channel 14, le 3 mars.

Cela ne semble pas si significatif en soi, mais l’article se concentre ensuite sur un problème que nous avons mentionné dans Links, à savoir qu’Israël s’apprête à recruter des Haredim, les ultra-pieux qui ont été exemptés du service militaire :

Ces démissions surviennent alors que d’importantes tensions envahissent l’establishment militaire israélien.

Le ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant, a appelé à la fin des exemptions pour la communauté ultra-orthodoxe d’Israël, citant une grave crise de personnel dans l’armée…

« L’armée a désormais besoin de main-d’œuvre. Ce n’est pas une question de politique, c’est une question de mathématiques », a déclaré dimanche le ministre de la Défense….

Israël subit de lourdes pertes du fait de sa guerre génocidaire à Gaza et de sa tentative d’éradiquer la résistance palestinienne.

Nous avons souligné le fait que le projet de loi visant à recruter les Haredim, qui sont normalement exemptés du service militaire3, a suscité des protestations, notamment le blocage d’une route principale pendant huit heures. Même le New York Times a jugé bon de reconnaître ce schisme. Extrait d’un article en début de semaine :

Contrairement à la plupart des Israéliens, pour qui le service militaire est obligatoire, les Haredim sont exemptés de la conscription pour se concentrer sur les études religieuses. Ils reçoivent également des subventions substantielles de l’État pour maintenir un système éducatif indépendant qui évite les mathématiques et les sciences au profit de l’étude des Écritures.

Alors que le nombre de Juifs ultra-orthodoxes a explosé – pour atteindre plus d’un million de personnes aujourd’hui, soit environ 13 % de la population d’Israël, contre environ 40 000 en 1948 – ces privilèges et exemptions ont suscité le ressentiment des Israéliens laïcs. De nombreux Israéliens estiment que leur propre service militaire et leurs impôts fournissent à la fois une protection physique et une récompense financière à une communauté sous-employée qui donne peu en retour. Les efforts laïcs visant à attirer les ultra-orthodoxes dans l’armée et dans le monde du travail ont provoqué la colère de nombreux Haredim, qui voient le service militaire comme une menace pour leur vie de dévotion religieuse….

Les sondages montrent que le courant dominant israélien est plus que jamais désireux de forcer les Haredim à s’enrôler, en particulier avec un nombre croissant de soldats revenant des combats à Gaza et remettant en question l’absence d’ultra-orthodoxes sur les lignes de front.

L’article tente de donner une tournure positive en affirmant que désormais près de 30 % des sondés ultra-orthodoxes se déclarent favorables à la conscription. C’est encore une minorité. Que se passe-t-il lorsque les Haredi enrôlés refusent les ordres et sont envoyés dans les prisons militaires ? Je peux voir que c’est un résultat assez courant.

Une autre source de stress réside dans les dommages économiques persistants liés à l’émigration à la suite du 7 octobre. De nombreux médias anglophones du monde musulman, tels que l’Agence Anadolu et le Middle East Monitor, ont rapporté que le magazine israélien Zman a déclaré, sur la base d’une analyse de données officielles, qu’environ 470000 Israéliens avaient émigré et que l’immigration avait chuté de 70 % en novembre. Les lecteurs de Naked Capitalism n’ont pas pu confirmer l’information ; peut-être a-t-elle été effacé par les censeurs officiels ? Quelques jours après cette vague d’histoires, Jordan News a estimé le total à 370 000 jusqu’à fin novembre, mais a avancé qu’il pourrait être plus élevé :

Depuis le 7 octobre, les données de l’Autorité de la population et de l’immigration révèlent qu’environ 370 000 Israéliens ont quitté le pays, la dernière mise à jour s’étendant jusqu’à fin novembre. Selon les statistiques, les Israéliens cherchent de plus en plus refuge à l’étranger, notamment en Europe, avec un intérêt croissant pour l’achat de biens immobiliers dans plusieurs pays européens.

Le journal économique israélien The Marker a souligné que les familles israéliennes manifestent un vif intérêt pour l’achat de biens immobiliers et de maisons à l’étranger depuis le 7 octobre. Fin octobre, environ 230 309 Israéliens ont immigré, tandis que 139 839 supplémentaires sont partis en novembre, selon les données et en tandem avec le ministère israélien de l’Intérieur, a rapporté Jo24.

Parallèlement, les estimations du site Internet « Zaman Yisrael » suggèrent que ce chiffre pourrait être plus élevé, avec des rapports indiquant que plus de 500 000 Israéliens ont quitté le pays, dépassant le nombre de rapatriés et de nouveaux immigrants. Le site Internet anticipe une potentielle augmentation des départs, notamment parmi les Israéliens qui résidaient déjà à l’étranger ou voyageaient pendant les fêtes juives de septembre.

L’impact économique de ces départs sera probablement disproportionné par rapport à leur nombre. Les personnes qui peuvent déménager dans un court délai, ce qui signifie avoir ou pouvoir louer un logement à l’étranger, sont susceptibles d’être en moyenne aisées. Vous ne pouvez vous imposer chez vos proches et amis que pour une période limitée.

Le 6 mars, Middle East Monitor a fait le point sur les dégâts économiques. Je ne suis pas sûr de la nature de ces demandes d’indemnisation, car il est inconcevable que 700 000 soldats aient été tués ou blessés.

Extrait de l’article :

Les dégâts israéliens enregistrés lors de la guerre dans la bande de Gaza assiégée sont six fois supérieurs à ceux enregistrés lors de la guerre du Liban en 2006, a révélé mardi le directeur de l’administration fiscale israélienne, Shai Aharonovitz, selon les médias locaux.

Le site Internet israélien Walla a déclaré qu’Aharonovitz avait révélé des données inquiétantes concernant l’étendue des dommages israéliens dus à la guerre à Gaza et les demandes d’indemnisation enregistrées.

S’exprimant lors d’un événement, il a déclaré : « La guerre a posé un défi très complexe pour faire face aux dommages directs, ce que nous n’avons jamais vu auparavant. »

« Les dégâts sont désormais six fois plus importants que lors de la Seconde Guerre du Liban (2006), et environ un demi-million de demandes [d’indemnisation] ont été déposées jusqu’à présent. »

Le responsable israélien a estimé que les demandes d’indemnisation pour dommages indirects dépasseraient les 700 000 et a exhorté les recrues de l’armée à les déposer, ajoutant : « Nous n’avons jamais été dans une situation pareille auparavant ».

Pour sa part, Ilan Pelto, PDG de la Fédération des entreprises publiques, a critiqué l’augmentation du budget militaire en temps de guerre, affirmant : « Si nous entrons dans un état d’hystérie et si nous cédons à la pression de l’armée et que le cadre budgétaire est violé au-delà de ce qui est nécessaire, cela aura de graves conséquences, tant en matière fiscale que sociale

Aucune de ces trajectoires n’est bonne et elles ne semblent pas susceptibles de s’inverser de si tôt. Et surtout, Israël n’a jamais été mis à l’épreuve de cette manière. Contrairement à la Russie, elle n’a pas d’antécédents de souffrances et de sacrifices extrêmes en temps de guerre, ni de mythes sur la gravité de la douleur et la victoire finale. Trop d’Israéliens sont-ils réticents à donner ce qu’il faut pour leur nation ?

Yves Smith

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

Notes

  1. Cela correspond parfaitement à la position officielle selon laquelle les Russes sont des hommes des cavernes dotés d’armes nucléaires. Mais cela me rappelle le grand combat entre Muhammed Ali et George Forman. Si vous avez regardé le documentaire When We Were Kings, l’équipe d’Ali était découragée juste avant qu’Ali ne monte sur le ring. Ils craignaient que le jeune et extrêmement puissant Forman ne se contente pas de battre Ali, mais qu’il lui donne un coup de poing si dur qu’il le tuerait.

    Ali a commencé par utiliser un coup de poing risqué et amateur, l’attaque de la droite. Mais même si Foreman ne semblait pas s’être entraîné pour cela et avait d’abord reçu quelques coups, il a commencé à réagir avec succès. Ali a ensuite utilisé sa célèbre et nouvelle corde-à-dope, fatiguant tellement Foreman qu’Ali l’a achevé au 8ème tour. ↩

  2. Les médias israéliens ont largement présenté la Maison Blanche comme ayant invité Gantz (voir ici et ici). Il est difficile de penser que Gantz serait assez effronté pour solliciter des réunions non sollicitées à haut niveau. Le porte-parole John Kirby a néanmoins décrit Gantz comme ayant sollicité les réunions. ↩
  3. Curieusement, cela se fait par voie législative, et le dernier projet de loi exemptant les Haredim a expiré fin juin 2023. Le gouvernement israélien a présenté à plusieurs reprises des excuses à la Haute Cour pour ne pas avoir recruté les Haredim et a tenté d’améliorer cela via des réglementations temporaires. Il a admis que si un projet de loi militaire n’est pas adopté d’ici le 1er avril, le gouvernement devra enrôler les étudiants de la yeshiva. ↩

 

 

Ambassadeur Chas Freeman 

L'Iran vient de détruire la puissance américaine au Moyen-Orient  

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