Les Armées Françaises délabrées !

Les députés Jean-Louis Thiériot (Les Républicains, Seine-et-Marne) et Patricia Mirallès (LREM, Hérault) ont présenté leur rapport de mission sur la préparation à une guerre de haute intensité devant la Commission de la défense nationale et des forces armées, le 16 février 2022.

Ils ont souligné que le risque d’une guerre de haute intensité (c’est-à-dire face à des armées de haut niveau et non plus face à des bandes terroristes) est désormais réel. Dans une telle perspective, les armées françaises doivent immédiatement être mises à jour.

Par exemple, compte tenu de l’état des appareils, l’armée de l’Air ne tiendrait pas plus de 5 jours (face à la Russie).

Les rapporteurs ont proposé de relever le budget de la Défense à 2,5 % du PIB.

Source : RzO voltaire.

 

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(....C'est un peu long, les pages 8 à 12 donnent l'aperçu. Si l'on pouvait espérer, ne serait-ce que, la moitié des propositions, ce serait déjà un grand pas en avant !)

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La défense délabrée - Rapport-informatio
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État de notre armée : Le Colonel Péré balance le nom des coupables - Le 13/03/2022.

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Source : Riposte laïque.

Nous avons reçu dans notre boîte à lettres ce courrier du colonel Péré, président de la Fédération des Opex en France. Accablant pour le régime, et pour ses différents CEMA… 

« La grande illusion »
Les acteurs du DRAME
(Tragédie en quatre actes et 10 scènes)
Les leçons de « La grande Illusion »

Enfin, mais de façon inattendue surtout de la part des services de renseignement français, la guerre déclenchée en Ukraine révèle dans sa totalité l’état désastreux de notre Défense conventionnelle, depuis trop longtemps dissimulé.

Depuis 1995, les responsables politiques de notre pays, chefs de l’État, Premiers ministres, ministres de la Défense ou des Armées, en particulier, successifs, par leur mépris constant de la chose militaire, leur méconnaissance voire le déni de notre Histoire, leur vision partiale d’une politique étrangère étriquée, le non-respect des lois de programmation militaires dûment votées par le Parlement, l’abandon consenti de l’industrie d’armement et de munitions, le délitement de l’esprit patriotique, ont créé les conditions de notre affaiblissement.

Mais c’est dès 1990 que Laurent Fabius alors président de l’Assemblée nationale fut le premier à évoquer et à promouvoir Les « dividendes de la paix » pour demander une baisse conséquente du budget militaire étant alors entendu que l’URSS éclatée, son armée ne représenterait plus une menace.

Cependant, le mur de Berlin venait à peine de tomber que se profilait la guerre de libération du Koweït, et l’éclatement de l’ex-Yougoslavie mettait la guerre à seulement deux heures de vol de Paris. Puis les attentats du 11 septembre 2001, les guerres en Afghanistan et en Irak, l’essor des groupes djihadistes au Sahel, l’opération française en Libye, la déstabilisation de ce pays et de ses voisins, les tensions au Moyen-Orient, et dans la région indo-pacifique, l’émergence de l’État islamique au Levant etc. ont pu faire dire au général de Villiers, ancien CEMA, que ces fameux « dividendes de la paix » n’étaient qu’une tragique illusion.

J’ai souhaité ici, alors que le temps qui passe efface de grands pans de notre mémoire, mettre un nom sur chacun des responsables politiques dont certains aujourd’hui encore occupent des fonctions majeures au sein de grandes institutions républicaines, aux postes de responsabilité de grandes entreprises publiques ou privées, ou pérorent comme consultants dans les médias complaisants pendant que d’autres, de livres en livres, justifient sans vergogne leurs actions ou inactions passées et se répandent en conseils et avis désormais aussi inconvenants qu’inutiles.

Hommes politiques responsables assurément mais qu’en est-il des chefs d’état-major des armées (CEMA) pendant cette période ? Depuis 1995, les CEMA qui auraient dû être les conseillers militaires avisés et déterminés auprès des gouvernants se sont révélés être des généraux ou amiraux cinq étoiles timorés, à ce point subjugués par le pouvoir politique à qui ils devaient promotion et nomination, qu’ils entérinaient sans coup férir, voire même prévenaient les multiples et incessantes suppressions de régiments, de bases aériennes et de forces navales et la cession de nombreuses infrastructures de soutien ou d’entrainement.

Les CEMA se contentaient de gérer la pénurie, de différer voire d’annuler les commandes étriquées de matériels, d’armements, d’équipements et au contraire de prolonger au mépris des coûts exorbitants de maintenance, des matériels obsolètes et n’assurant plus la protection des personnels embarqués. Premiers dispensateurs de la pensée unique, ils n’hésitaient pas à sanctionner les cadres qui avaient le courage de s’affranchir de cette dictature.

Afin de calmer « la troupe » désemparée, ils n’avaient de cesse de prôner le respect de la discipline, d’imposer l’esprit de sacrifice et de multiplier les cérémonies de dissolution et de transfert au cours desquelles l’émotion dissimulait le dépit parmi les cadres et les soldats pétrifiés par le chagrin.
Leur attitude (à l’exception notable de celle du général Pierre de Villiers en 2017) consistait à faire accepter un budget en constante régression et de se montrer aux yeux d’un pouvoir politique qui n’en demandait pas tant, comme les serviles collaborateurs d’une gigantesque entreprise de démolition nationale.

Le démantèlement organisé de notre outil de défense cumulé avec la suppression de la  conscription a cassé de façon irréversible le lien Armée-Nation entretenu par les actions admirables de générations de chefs de corps exercées au sein des villes, des départements, des régions.

Cette tragédie s’appelle la Grande Illusion, elle comporte 4 actes (comme 4 présidents de la
République) et 10 scènes (comme 10 Premiers ministres).

Colonel Daniel PÉRÉ
Chevalier de la Légion d’honneur
Chevalier de l’Ordre national du Mérite
Croix du combattant
Président de la Fédération des Opex de France

 

 

 

La France et l’Union européenne confrontées au retour de la guerre

..par le Gal. J-M Faugère - Le 05/04/2022.

Avec vingt ans de retard, les autorités françaises se rendent compte

qu’elles ont sacrifié la défense de la patrie sur l’autel du management.

Les chefs militaires avaient beau parler, on ne les écoutait pas. Est-il trop

tard ?

 

La guerre est aux marches de l’Europe ou, plus précisément, à celles de l’Union

européenne, ce grand marché qui pensait, il y a peu encore, que l’avenir appartenait à

l’économie et à la finance mondialisée, annihilant à jamais les ferments de guerre.

Reviennent en écho à cette réalité brutale les avertissements de deux anciens très récents chefs d’état-major des armées qui ont démissionné de leur fonction respectivement en 2017 et en 2021, décisions inédites sous la Ve République ; l’un disait en substance qu’il devenait insupportable que le budget des armées soit la perpétuelle variable d’ajustement du budget de l’État ; l’autre constatait simplement que nos armées n’étaient que des armées de « temps de paix ». Autrement dit, incapables de conduire des guerres modernes contre un « ennemi » bien doté et armé.

 

Ainsi, nos « élites » redécouvrent depuis peu les vertus de l’institution militaire et l’intérêt de posséder des armées bien équipées et aussi entraînées à la nature la plus rude d’un conflit que l’on puisse supposer. Mais aucune d’entre elles ne témoignera des alertes, des avertissements lancés par ces mêmes chefs militaires et laissés sans suite, promptes qu’elles seront à les renvoyer à leur responsabilité si les évènements leur donnaient raison.

 

Le 17 février dernier, avant l’irruption de la Russie en Ukraine, le rapport parlementaire présenté par Mme Patricia Mirallès et M. Jean-Louis Thériot sur « la préparation à la haute intensité » de nos armées renchérissait remarquablement sur un sujet aussi grave.

Mais... il intervenait vingt ans trop tard !

 

L’état de nos armées 

 

En effet, les effets inconsidérés – mais prévisibles – des « dividendes de la paix », slogan navrant de couardise et d’aveuglement politique des années 90, affectent encore durablement les capacités opérationnelles de nos armées au regard des perspectives d’une guerre de haute intensité telle qu’elle se pratique aujourd’hui sous nos yeux en Ukraine.

 

Après la dissolution du Pacte de Varsovie le 1er juillet 1991, les armées françaises furent contraintes de réduire leur format et de se voir amputées des ressources financières nécessaires pour les entretenir et les moderniser : dissolution de plus des deux tiers des régiments de l’armée de terre, diminution de plus de la moitié de l’effectif e la marine et de l’armée de l’air, diminution par deux des crédits d’investissements (les programmes d’armement).

Paradoxalement, ce qui semblait n’affecter aucun responsable politique, les armées se trouvaient de plus en plus engagées sur des théâtres d’opérations extérieures pour lutter contre le terrorisme ou participer aux missions de maintien de la paix ou humanitaires, ensemble auquel vint s’ajouter en 2015 l’opération Sentinelle sur le territoire national...

 

L’incohérence est notoire dans ces mouvements contradictoires, qui aurait dû sauter aux yeux du dernier des néophytes en ce domaine à la lecture des Livres blancs sur la défense et la sécurité nationale de 2008 et 2013. Ceux-ci, dès 2008, notaient l’accroissement des risques et des menaces, proposaient de multiplier les interventions armées sur les lieux de crise, tout en réduisant formats, budgets et contrats opérationnels – passés, pour l’armée de terre de 50 000 hommes en 2000 à 15 000 hommes en 2013, selon une pente dont le terme d’ailleurs n’était annoncé à quiconque, ni même aux armées...

Il faudrait revenir au Livre blanc sur la défense de 1994 qui décrivait, en maintenant la

conscription, les formats des armées et qui retenait six scénarios d’engagement possibles dont un scénario du type de celui qui se déroule actuellement, à savoir la résurgence d’une menace existentielle.

Malheureusement, les recommandations de la Commission de l’époque en charge de son élaboration ont été balayées d’un revers de main, moins de deux ans après l’approbation du Livre blanc par l’exécutif du moment, par l’annonce de la suspension du service militaire décidée par un nouveau président dont la vision stratégique relevait davantage de l’intérêt de court terme à portée électorale, sans doute.

 

Si l’on conçoit que nous pouvions « baisser la garde » après 1991, dès nos interventions en ex-Yougoslavie et au Kosovo (1998), il devenait clair que les « dividendes de la paix » avaient vécu ; tromperie coupable illustrant l’absence de vision stratégique de nos gouvernants comme de ceux de l’Union européenne, leur manque de culture historique et militaire conduisant au déni de la réalité des rapports entre nations et des signaux pourtant clairs depuis vingt ans en de nombreux domaines : Réveil de la Russie, montée en puissance de la Chine, de la Turquie, les désordres amenés par les printemps arabes. On peut généraliser cette situation à l’ensemble des pays européens toujours soumis à la tutelle nord-américaine, sous l’emprise de l’Otan notamment et des « vertus » cachées de la mondialisation.

 

La voix des chefs militaires n’est plus entendue depuis cette époque de la « fin

de l’histoire ».

 

Pour faire face à la situation du jour d’une manière crédible en matière militaire, il nous manque vingt ans de délai, nécessaires à une réelle remontée en puissance des armées et non selon sa caricature actuelle qui dénote cependant un effort méritoire envers nos armées mais largement sous-dimensionné pour répondre aux désordres du monde. Vingt ans, toutes choses égales par ailleurs, c’est le temps incompressible pour former un commandant de régiment ou de bâtiment de guerre ou d’unités aériennes, mais aussi pour reconstituer des unités de combat et leurs supports logistiques. C’est aussi et encore le délai que demandera la reconstruction d’un outil industriel de défense trop rapidement congédié. Songeons que l’armée française est tributaire d’entreprises étrangères pour son armement de petit calibre – celui du fantassin – et les munitions associées. L’Afghanistan nous en a administré la leçon, à nos dépens, dès 2008... C’est aussi le délai pour concrétiser massivement la dotation des unités opérationnelles en

systèmes d’armes, reconstituer des stocks de maintenance de matériels ou alimenter les

dépôts de munitions et les réserves. D’autant plus que nos armements sophistiqués, tributaires de composants électroniques souffrent, là encore, de nos dépendances industrielles et technologiques extérieures quand elles ne sont pas extra-européennes.

 

Parallèlement, l’entraînement – parfois jusqu’au niveau de l’unité élémentaire – a lui aussi été négligé, les formations étant dispersées entre de multiples théâtres d’opérations de crise en raison de leur faible nombre et peinant à se reconstituer après chaque intervention. La « haute intensité » n’étant plus l’actualité des crises vécues, l’entraînement qui lui était dû n’a jamais pu se réaliser faute de temps et de moyens.

D’autant que les crédits n’étaient pas au rendez-vous pour le faire, pour restaurer les matériels durement sollicités sur des théâtres à la nature agressive. Les matériels pour l’armée de terre notamment, la plus atteinte, n’étaient pas disponibles, ni même présents dans leurs unités en raison d’une « gestion des parcs » mise en place pour pallier la faiblesse des crédits de maintenance. Sans oublier la rareté des crédits alloués aux munitions nécessaires à l’entraînement qui concourait à sa disparition.

 

Plus cruelle est, à mon avis, la leçon majeure de cette situation d’infériorité avérée et de dépendance : La voix des chefs militaires n’est plus entendue depuis cette époque de la

« fin de l’histoire ». Non seulement l’attention des politiques ne leur est plus acquise

mais, pire, elle a inhibé la parole de la hiérarchie militaire et interdit de fait le rôle d’alerteur de ceux qui savent le tragique de l’histoire et possèdent la vision stratégique.

Combien de fois ai-je entendu dans les réunions de cabinets « le pire n’est pas certain » ou encore « c’est politique », ce qui nous signifiait de rester à notre place dans un rôle de technicien de la crise armée – car on ne parlait plus de guerre.

Le commandement a été infantilisé par cette attitude condescendante et méprisante à la fois. Il faudrait pouvoir relire les procès-verbaux des conseils de défense depuis vingt ans, hautement

classifiés évidemment, pour faire justice aux chefs militaires, de ce déni d’écoute de la part de ceux qui croyaient savoir.

 

Trop de réformes incongrues sans vision prospective

 

Il est désarmant – sans jeu de mots – de lire, aujourd’hui, dans un rapport parlementaire ce que demandaient depuis longtemps les chefs militaires, en vain. Certes, il y a eu le petit sursaut post-attentats de 2015 qui mit une fin – perçue comme temporaire à ce moment – à la déflation du personnel, puis un effort louable mais foncièrement insuffisant avec l’actuelle loi de programmation militaire votée en 2017, dont le véritable effort financier n’est prévu qu’à compter de... 2023 !

Il ne faut pas oublier également les ombreuses réformes structurelles d’organisation depuis la professionnalisation des armées : Mutualisation entre armées, civilianisation des soutiens et de l’administration, externalisation encore de fonctions de soutien dit de métiers « civils », redéploiement des responsabilités budgétaires sous l’emprise de la Loi organique relative aux lois de finances (LOLF) de 2001 mise en œuvre à partir de 2006, révision générale des politiques publiques appliquées aux armées avec brutalité à partir de 2008, enfin la nouvelle gouvernance du ministère de la Défense en 2013 qui dépossédait les chefs militaires de nombreuses responsabilités laissées alors aux mains d’une administration civile mettant en position de «clients » les armées face à des « fournisseurs » (l’administration et les soutiens) qui ne répondent pas aux chefs militaires de leurs lacunes et de leurs défaillances. Pas plus d’ailleurs que Bercy ne saurait être mis en cause par ceux qui habitent la haute fonction publique dans ces vagues de réformes qu’il initiait très adroitement sans en porter aucune responsabilité.

 

Toutes ces réformes ont dissipé la disponibilité et la réactivité de nos forces pour un engagement massif, obéré leur autonomie d’action sur les théâtres, supprimé les réserves comprises comme

superfétatoires au motif d’inutiles doublons ou d’une redondance coûteuse de moyens.

Dans un tel contexte de rejet de la puissance militaire, et sans le secours d’études prospectives élémentaires, il est alors aisé de se gargariser de notre dissuasion nucléaire pour justifier tous ces abandons successifs. Mais c’est oublier que même celle-ci se trouve fragilisée dans le contexte du jour, car la faiblesse de notre outil conventionnel a contribué à abaisser considérablement la crédibilité associée au seuil de l’emploi de la menace de l’arme nucléaire.

Les forces conventionnelles participent aussi de la dissuasion, mais leur faiblesse et leur niveau dérisoire jouent aussi contre celle-ci, car elles ne sont plus en mesure d’élever le seuil d’intervention de la menace ’une frappe nucléaire de rétorsion.

 

La double illusion d’une Europe de la défense et d’une Otan protectrice 

 

L’autre sujet mis en avant par cette guerre demeure l’absence d’union entre Européens sur les questions de défense. L’Europe de la défense n’a jamais existé, mais l’illusion des petits pas commis en la matière depuis la chute du Mur de Berlin ne peut masquer la déshérence militaire généralisée des membres de l’UE. Et ce ne sont pas les « outils », échantillonnaires à l’origine, comme la Brigade franco-allemande (1989) ou le Corps européen de Strasbourg (1992) qui peuvent prétendre apparaître comme un embryon de défense européenne. Si nos armées semblent en meilleure posture que celles de nos alliés européens, là aussi, il faudra vingt ans avant de restaurer – ou plutôt créer – une Europe occidentale en mesure de se défendre par ses propres moyens.

Encore faudrait-il une volonté politique à 27 ou même à moins qui, jusqu’ici, ne s’est jamais manifestée, en dépit des efforts des présidents français, il faut bien le dire. Mais cette Europe de la défense ne pourra reposer que sur l’alliance d’armées nationales, donc des nations, car on ne meurt pas pour une entité abstraite et désincarnée. Un soldat accepte de mourir pour défendre son sol et les siens ; l’exemple de l’Ukraine aujourd’hui en livre une parfaite démonstration. Pourquoi celle-ci ne vaudrait pas pour chaque nation européenne ? Le merveilleux est que les mêmes beaux esprits qui encensent le président Zelensky et le peuple ukrainien pour leur résistance à l’ennemi sont les mêmes qui nous ont refusé jusqu’ici de tels élans envers une cause et une défense purement nationales...

 

À ce vide européen, l’Otan pourrait servir d’alibi. Sans doute est-ce l’espérance de nombreux parmi nos concitoyens ; c’est déjà la posture intellectuelle de nos alliés européens, à commencer par l’Allemagne, puis celle des nouveaux entrants dans l’Alliance atlantique de l’Est européen. Là encore ce n’est qu’illusion, le masque de l’Otan cachant les démissions européennes. Cette Alliance militaire ne repose dans les faits que sur l’armée américaine. La somme des faiblesses des États membres de l’UE ne peut constituer une force, mais bien au contraire une faiblesse collective encore plus grande. Le réveil de l’Europe de la défense n’est qu’un leurre à court terme et il ne faudrait pas croire en un sursaut. La décision allemande de doubler son budget militaire

– on parle de 100 milliards d’euros –, pour méritoire qu’elle soit, n’est qu’une réaction épidermique strictement limitée à l’Allemagne et sans trop de concertation avec ses partenaires européens ; on peut douter d’ailleurs de cet effort et de ses effets sans que soient considérés les aspects industriels liés à la volonté d’un réarmement, d’une part, et la possibilité d’accroître les formats des composantes de son armée sur un vivier de recrutement limité, déjà par la dénatalité de ce pays, comme pour d’autres nations européennes d’ailleurs, d’autre part.

Sauf à avoir recours à nouveau à la conscription...

 

Gérer les armées comme une entreprise

 

Nous sommes tous devant un défi de très court terme qui n’aura de solution désormais que dans le long terme si les évènements nous en laissent le loisir. Sur un plan strictement militaire, le monde occidental s’est privé de pouvoir tenir un langage de fermeté réaliste et pragmatique – si tant est qu’il était légitime, car les torts ukrainiens sont aussi bien réels – face aux revendications russes. Et Vladimir Poutine le sait depuis longtemps.

Mais le temps nous manque pour faire face aux obligations actuelles en dépit des mesures relatives aux sanctions européennes, économiques, financières et bancaires – qui ne sauraient soutenir ni même renforcer un discours politique dont la crédibilité se trouve fortement entamée par la faiblesse militaire de ses auteurs. Le président américain annonçant qu’il n’enverrait pas de troupes en Ukraine – ce qui relève du bon sens, outre-Atlantique – parvient du même coup à détruire tout espoir en ’Otan, puisque les États-Unis sont son seul crédit en matière d’action militaire.

 

Pour revenir au cas français, en conclusion, la seule lecture du plan du rapport parlementaire en question illustre parfaitement les manquements et les lacunes de l’outil militaire d’aujourd’hui. On a voulu « gérer » les armées comme une entreprise, hommes et matériels, avec les habituels arguments de réduction de coût : pas de stocks, des flux tendus, davantage de personnel civil réputé être moins coûteux en rémunération. Avec la volonté politique et administrative clairement affichée de séculariser une institution qui s’y opposait en prônant la constance d’une spécificité ou plutôt d’une singularité dénoncée comme d’un autre temps mais aussi dangereuse pour les valeurs républicaines.

Les conséquences sont là : Il serait facile dans de telles conditions de mettre en cause le «commandement » devant si peu de clairvoyance pour avoir laissé se dégrader les capacités de nos armées en médiatisant un ensemble de constats illustrant les mauvais choix ou l’incurie de la hiérarchie au travers de priorités viciées qui ont conduit à la situation actuelle.

 

Il faudra un jour écrire l’histoire de cette période désastreuse de laisser-aller général. Il faudra en montrer les vrais responsables devant le peuple français, ceux qui ne croyaient plus à la guerre, ceux qui ont abusé de l’argument de la nécessaire réduction de la dépense publique, ceux qui ont promu la sécularisation des armées pour en diminuer l’impact dans l’appareil d’État et pour en effacer la singularité au mépris de l’histoire.

 

 

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Munitions : La France tire ses dernières cartouches - Le 2/04/2022.

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 Le 19/08/2022

 

* Armée française : L’alerte des chefs d’état-major ...par Cédric Pietralunga pour le Journal "LE MONDE".

- Compte rendu n° 6 :  Audition, à huis clos, du général d’armée Thierry Burkhard, chef d’état-major des Armées.

Compte rendu n° 7 Audition, à huis clos, du général de corps aérien Frédéric Parisot, major général de l'armée de l'Air et de l'Espace.

- Compte rendu n° 8 :  Audition, à huis clos, du général d’armée Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de Terre.

Compte rendu n° 10 : — Audition, à huis clos, de l’amiral Pierre Vandier, chef d’état-major de la Marine.

Les limites capacitaires des Armées.

Source : Place d'Armes - Le 19/08/2022.

Les chefs d’état-major de l’armée française ont alerté sur le manque de moyens, lors des auditions menées à huis clos en juillet par la nouvelle commission de la défense de l’Assemblée nationale.

 

Le chef d’état-major des armées, le général Thierry Burkhard, s’est montré direct :

 

«Notre capacité à être une force expéditionnaire ne nous rend pas instantanément aptes à conduire une guerre de haute intensité. Le changement d’échelle et le recouvrement des capacités que nous avons éclipsées sont des défis». « Vingt années de conflits asymétriques (…) ont conduit à des arbitrages réduisant certaines capacités ».

Les responsables politiques ont voulu toucher « les dividendes de la paix », expression utilisée en 1990 par Laurent Fabius pour justifier la baisse des budgets militaires entraînée par la fin de la guerre froide. Conséquence, le budget de la défense peine aujourd’hui à atteindre 2 % du PIB, alors qu’il dépassait 3 % dans les années 1980. L’amiral Pierre Vandier, chef d’état-major de la marine, a illustré cela lors de son audition le 27 juillet :

 

« Depuis 1945, la marine n’a jamais été aussi petite qu’aujourd’hui ». « Depuis 1990, le format de la marine a été réduit de moitié »

 

La marine ne compte plus que 19 grands bâtiments de surface, contre 37 il y a trente ans, quatre sous-marins nucléaires d’attaque sur cinq dans les deux prochaines années, de deux pétroliers ravitailleurs sur quatre d’ici à 2029, de la moitié de ses patrouilleurs de haute mer d’ici à 2030… Sans parler du remplacement du Charles-de-Gaulle , qui doit être décidé rapidement si la France ne veut pas se retrouver sans porte-avions en 2037.

 

Le général Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de terre, a dénoncé le 20 juillet :

 

«Parmi les capacités à renforcer, je citerai les capacités de défense sol-air, les drones, les feux dans la profondeur [l’artillerie de longue portée] , les systèmes d’information et de communication, le renseignement ou les moyens de franchissement  ».

Dans l’aérien, depuis 1996, l’armée de l’air a fermé une base aérienne par an et ses effectifs ont chuté de 30 %. Le général Stéphane Mille, chef d’état-major de l’armée de l’air et de l’espace, souligne que l’armée de l’air ne dispose plus que de 195 avions de chasse, soit trois fois moins qu’il y a trente ans. Un niveau estimé trop faible pour assurer «de front» la mission de dissuasion nucléaire, dévolue aux Rafale des forces aériennes stratégiques, et les missions conventionnelles (appui des troupes au sol, renseignement, etc.) liées à un conflit de «haute intensité».

 

« Sans doute faudrait-il tendre vers un plancher de 225 avions afin de pouvoir remplir sereinement nos missions ».

Le niveau des stocks de munitions – des données classifiées – serait aussi très insuffisant.

 

« Une logique de faibles stocks a prévalu, considérant qu’on pouvait faire beaucoup à flux tendus, mais on s’aperçoit que c’est plus difficile avec les munitions. L’absence de moyens financiers pour maintenir les flux a créé des dépendances ». «La priorité, pour toutes les armées, c’est de faire un effort sur les munitions. Les stocks doivent être adaptés à un contexte international plus exigeant et plus incertain», a demandé l’amiral Vandier. «Nos stocks, notamment de missiles air-air (…) , ne sont pas à un niveau suffisant : nous arriverions le cas échéant assez rapidement à bout de chargeurs ».

 

Source : Le salon beige

L’outil militaire français : Une nation prête à faire la guerre ?

Source : Le Courrier des Stratèges - Le 14/10/2022.

...par Yves-Marie Adeline.

Au moment où le président de la République adopte volontiers un ton martial face à la Russie, un rapide inventaire de l'outils militaire français et du contexte dans lequel la France devrait faire la guerre devrait ramener à....un peu plus de sobriété.

A mesure que le conflit ukrainien gagne en intensité, la menace d’un emballement général augmente : Un abîme vertigineux qui semble aimanter le Président actuel de la République, comme s’il y percevait, depuis le fond, un appel à entrer dans la grande histoire, si l’on en juge par le discours exalté qu’il a tenu devant l’Assemblée de l’ONU, prenant des allures de meeting électoral, inédit et mal accueilli car inadapté à cet auditoire. Cependant, par un étonnant caprice du destin, triomphalement réélu à son poste mais sitôt désavoué aux législatives suivantes, ses pouvoirs sont limités par une assemblée nationale où il ne dispose pas de la majorité.

 

Les contraintes juridiques et politiques

On sait que, de par son appartenance même à l’ONU, la France n’aurait pas le droit de déclarer ouvertement une guerre : l’article 2 de la Charte des Nations Unies précise que « les Membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies »[1]. En fait, seule l’ONU en tant que telle peut s’autoriser à déclarer une guerre ; mais en l’absence d’une résolution explicite, aucun de ses membres ne peut théoriquement se l’autoriser lui-même : c’est ce qui explique que la Russie ne peut pas qualifier son intervention dans la guerre du Donbass autrement que par l’expression « opération militaire spéciale », alors qu’il est évident qu’il s’agit d’une guerre en bonne et due forme. Naturellement, les Etats-Unis, qui hébergent l’organisation et la surplombent du haut de leur puissance, ont pu s’exonérer facilement de cette contrainte qu’ils avaient eux-mêmes fixée en la fondant : on l’a vu en 2003 quand ils ont envahi l’Irak sans en avoir obtenu le mandat. On imagine mal comment l’ONU aurait pu sanctionner son fondateur et mentor, ni appeler au rassemblement d’une force militaire contre cet envahisseur d’un autre pays membre, alors ce envahisseur possède la plus grande armée du monde, avec un budget équivalant à peu près à l’ensemble de tous les autres budgets militaires de la planète.

Par-delà l’interdiction formelle de déclarer une guerre, il resterait à la France la possibilité de la contourner par un vocabulaire adapté, exactement comme fait la Russie aujourd’hui : c’est ainsi que se sont déclarées de nombreuses guerres réputées illégales selon l’ONU, depuis le Viêt-Nam hier jusqu’au Yémen aujourd’hui, en passant par le bombardement par l’Otan de Belgrade[2]. Ainsi et paradoxalement, dans une certaine mesure, l’interdiction de déclarer ouvertement l’état de guerre augmente le pouvoir personnel des chefs d’Etat, qui peuvent avancer des arguments fallacieux pour justifier leur décision d’intervention militaire sans un contrôle parlementaire trop contraignant. En France, l’article 15 de la Constitution[3] permet au Président d’engager des forces armées à l’étranger ; mais au bout de quatre mois, il revient au Parlement d’autoriser ou non la prolongation de cet engagement. Dans la conjoncture actuelle, on peut donc penser que l’opposition au Président, constituée de la Nupes et du Rassemblement national, pourrait y faire barrage.

 

L’outil militaire français

Ceci étant dit, en admettant que la France s’engagerait malgré tout dans une guerre « de haute intensité », comme on dit, c’est-à-dire bien plus violente que ses opérations extérieures (OPEX) en Afrique, il nous reste à évaluer les moyens dont elle dispose.

En Europe, Russie exceptée, et tenant compte du recul pluriséculaire de l’Espagne[4], on compte trois grandes nations militaires traditionnelles, la France, l’Angleterre et l’Allemagne. Cette dernière a déclaré vouloir consacrer 100 milliards à son réarmement, mais en attendant, elle demeure une puissance militaire mineure, ayant été muselée après sa défaite de 1945. L’Angleterre, depuis plusieurs décennies déjà et à la surprise générale, a renoncé volontairement à son rang de grande puissance militaire, bien que ses personnels soient restés à la hauteur de leur réputation mondiale. La France est donc le seul pays d’Europe occidentale à avoir maintenu une armée et une industrie d’armement assez complète, avec une technologie majoritairement nationale.

Ne parlons pas de la dissuasion nucléaire, qui, sans être quantitativement égale à celles des Américains et des Russes, suffirait à les anéantir : depuis Giscard d’Estaing, cette force de frappe ne se conterait plus « d’arracher un bras » à l’adversaire, comme disait De Gaulle à propos des Soviétiques, mais l’anéantirait. C’est l’aspect égalisateur de cette arme : les Russes pourraient détruire vingt fois Paris, mais il suffit aux Français de pouvoir détruire une fois Moscou… Au bout du compte, le résultat est le même.

On sait toutefois que la force de frappe sert à ne pas devoir servir. Donc restons-en à l’armée conventionnelle.

Il est certain que la technologie militaire de la France est de très haut niveau, ce qui en fait d’ailleurs le 3e exportateur mondial d’armements avec 11% du marché, loin devant la Chine, mais derrière les 20% de la Russie et surtout les 40% des Etats-Unis. Il n’empêche que les chiffres français ne rendent pas compte de la valeur de ses armements : l’avion Rafale-B est peut-être le meilleur du monde, le char Leclerc surpasse ce que peuvent fabriquer les Russes, l’artillerie française est depuis toujours d’excellente qualité.

En revanche, les effectifs de l’armée française sont tellement faibles qu’on se demande si la France n’est pas d’abord un grand fabricant d’armes, qui ne s’en sert pas lui-même, ou très peu (je mets toujours à part la force stratégique).

 

Quels effectifs? Quel matériel? 

Tandis que la Russie vient de mobiliser 300.000 hommes pour le Donbass, l’armée française compte 200.000 hommes. 77.000 servent dans l’armée de terre, 40.000 dans l’aviation et 38.000 dans la marine, le reste étant des unités non-combattantes, mais bien sûr indispensables pour la bonne marche de l’ensemble.

Sur ses 219 avions de combat, 119 sont déclassés, les autres sont les Rafale, dont la moitié, donc 50 (!) sont des Rafales-B de nouvelle génération.

Nos avions ravitailleurs sont en si mauvais état qu’ils nécessitent 20 heures d’entretien pour 1 heure de vol.

Nous avons 222 chars Leclerc, supérieurs aux russes, mais en trop petit nombre.

Le problème de nos avions de transport lourd n’a toujours pas été résolu depuis la guerre du Golfe en 1991. Pour rapatrier nos soldats du Mali, la France fait de nouveau appel aux Etats-Unis.

Sur nos 2.600 véhicules de transport de troupes, la plupart datent d’il y a quarante ans –les fameux VAB[5] – nous ne disposons que de 220 excellents Griffons. Cette carence est responsable de 28% des pertes au Mali, provoquées par des mines sur lesquelles les VAB sont vulnérables.

La marine compte 109 navires d’importance, dont 15 protègent le Charles De Gaulle, seul porte-avions à propulsion nucléaire en-dehors des onze de la flotte américaine. Mais un missile hypersonique russe serait peut-être capable de le frapper avant que l’on soit en mesure de s’en protéger.

 

Une nouvelle “crise des munitions” !  

On sait enfin que notre armée brûlerait ses munitions en quelques jours : la fameuse Crise des munitions qui éclata en septembre 1914 au lendemain de la bataille de la Marne éclaterait chez nous bien avant que le sort des armes puisse être décidé.

Ainsi, la France peut envoyer 500 soldats en Estonie et quelques milliers en Roumanie, mais ce sont des messages politiques plus que des actions militaires crédibles. Notre pays est un grand fabricant d’armes, mais n’a pas l’armée qui lui faudrait pour affronter l’épreuve d’une guerre avec un adversaire tel que la Russie.

Enfin, il reste une dernière interrogation. Nous voyons M. Poutine ordonner une mobilisation de 300.000 hommes – qui d’ailleurs ne seront toujours que 20% environ du total de son armée – mais qu’en serait-il en France si le Président ordonnait une mobilisation de grande ampleur ?

La Fédération de Russie est peuplée majoritairement de Russes, tandis qu’en France vivent non pas un, mais deux peuples titulaires de la citoyenneté. En dépit de la puissance de persuasion de nos médias, peut-on croire que les Français d’origine africaine marcheraient d’un seul pas, alors qu’à leurs yeux, la Russie est l’héroïne du Tiers-monde dans sa contestation de la suprématie occidentale ? Dans une guerre, il y a la matière et l’esprit : On peut déceler des vulnérabilités françaises chez l’une et chez l’autre

[1] Paragraphe 4 de l’article.

[2] Autrement plus brutal, en tout cas pour l’instant, que celui des missiles russes tombés sur des objectifs stratégiques à Kiev.

[3] Révisé en 2008 pour accroître le pouvoir du Parlement.

[4] Ses guerriers sont toujours redoutables – comme on a pu le constater durant leur dernière guerre civile – mais ce pays est devenu depuis longtemps une puissance secondaire. 

[5] Véhicule de l’avant blindé, entré en service sous Giscard en 1976.

Selon un rapport, le déficit d’entraînement des pilotes de l’armée de l’Air et de l’Espace est « préoccupant »

Source : OPEX 360 - Laurent Lagneau - Le 27/10/2022.

 

Lors d’un exercice récent, des Eurofighter Typhoon et des F-35B de la Royal Air Force [RAF] ont vidé les stocks de missiles air-air AIM-132 ASRAAM [Advanced Short-Range Air-to-Air Missile] devant être bientôt remplacés par des modèles plus modernes. L’objectif était de « développer » la confiance des pilotes et de plonger ceux-ci dans une situation réelle de combat.

Sans doute que les pilotes français ont envié leurs homologues britanniques étant donné que les occasions de tirer des missiles air-air sont rares. Très rares même, d’après le député Frank Giletti [RN], rapporteur pour avis sur les crédits destinés à l’armée de l’Air & de l’Espace [AAE] pour 2023.

 

 

D’abord, M. Giletti estime que, dans la perspective d’un engagement de haute intensité et au regard de l’attrition constatée durant la guere en Ukraine et des exercices récemment menés, le format « Rafale Air » mériterait d’être porté à 225 exemplaires [au lieu de 185, comme le prévoit l’actuelle Loi de programmation militaire, ndlr] afin de gagner en crédibilité. « Seul ce format permettrait de sanctuariser les aéronefs dédiés à la posture de dissuasion nucléaire tout en conférant la capacité à l’armée de l’air et de l’espace à pleinement accomplir ses autres missions », soutient-il.

En outre, fait-il observer, les équipements dits « missionnels » sont « en nombre largement insuffisant alors qu’ils sont pourtant essentiels au bon accomplissement des missions de combat ». Ainsi, « le faible nombre actuel des pods de désignation laser – une trentaine aujourd’hui pour l’armée de l’air et de l’espace et la marine, 67 à l’horizon 2025 – implique pour les aviateurs des opérations de montage-démontage de ces pods d’un avion à l’autre », relève M. Giletti.

 

 

Enfin, il est aussi nécessaire de « rehausser significativement les stocks de missiles, notamment les missiles air-air de type Mica ou Meteor », selon lui. Et cela d’autant plus, avance-t-il, que le « le stock actuel de missiles est si faible que les aviateurs ne peuvent en tirer qu’un seul en entraînement dans toute leur vie d’aviateur, comme cela [lui] a été indiqué […] dans le cadre de ses travaux ».

Qui plus est, poursuit le parlementaire, il « est également notoire que les aviateurs français ont pu être contraints par le niveau des stocks de munitions lors de certains engagements. Ceci n’est naturellement pas tenable dans un conflit de haute intensité ».

 

 

Cela étant, au-delà des occasions pour les pilotes de l’AAE de tirer des missiles air-air dans le cadre de leur préparation opérationnelle, M. Giletti s’est inquiété de la réduction – drastique – du nombre d’heures de vol que ceux-ci doivent effectuer chaque année. Ce qui avait d’ailleurs été prévu par le général Frédéric Parisot, le numéro deux de l’AAE, lors d’une audition parlementaire, en juillet. Et cela, en raison de la cession d’un total de 24 Rafale à la Grèce et à la Croatie ainsi que du retrait des Mirage 2000C.

Quoi qu’il en soit, selon les normes édictées par l’Otan, un pilote de chasse doit effectuer un minimum de 180 heures de vol par an.

Or, un pilote de combat de l’AAE ne devrait voler que pendant 147 heures en 2023 [voire aussi en 2024], contre 162 heures en 2022. Les pilotes de transport ne sont pas mieux lotis, avec 189 heures prévues pour l’an prochain, alors que la norme Otan est de 320 heures.

« L’activité aérienne par pilote diminue pour la chasse et l’aviation de transport en 2023. Cette situation résulte d’une part de la cession-export des Rafale à la Croatie qui limite le nombre de cellules disponibles et la capacité de production d’heures de vol, et d’autre part des aléas techniques sur des flottes [C130H] ou en montée en puissance [A400M]. L’activité des hélicoptères est maintenue. De fait, ces contraintes ont conduit à repousser la rejointe des normes [cible LPM] », a expliqué le ministère des Armées au député, qui, au passage, a dit n’avoir pas pu obtenir les chiffres relatifs à la disponibilité technique des aéronefs, malgré sa qualité de rapporteur.

En tout, pour M. Giletti, ce « déficit d’entraînement est particulièrement préjudiciable, alors que le contexte stratégique actuel requiert bien au contraire un durcissement de la préparation opérationnelle » et que les derniers engagements [Sahel, Levant] « ne mobilisent guère les compétences requises dans des combats de haute intensité, de sorte que ces dernières ne peuvent s’acquérir que par l’entraînement ».

 

MAIS QU’EST DEVENUE NOTRE ARMÉE ?

Source : Minurne Résistance - par Eric De Verdelhan -  Le 28/10/2022.

 

UNE ARMÉE MEXICAINE ?

 « La grande trouvaille de l’armée, c’est qu’elle est la seule à avoir compris que la compétence ne se lit pas sur le visage. Elle a donc inventé les grades. »

(Alphonse Allais).

 

 

Chaque jour qui passe me donne l’occasion de mesurer le délitement de la France : tout va à vau-l’eau, plus rien ne fonctionne normalement, et ceci n’est pas imputable à la conjoncture ou au hasard. Il y a chez nos dirigeants politiques une volonté de tout tirer vers le bas, de tout niveler, pour que les Français, conscients de leur médiocrité, acceptent les diktats de Bruxelles, et qu’on les mène vers une gouvernance mondiale comme on conduit des veaux à l’abattoir.

Depuis longtemps, « panem et circenses », du pain et des jeux, ou, si vous préférez, Mac-Do et le foot, ne suffisent plus à abrutir les masses. L’homme occidental est devenu un enfant gâté, il faut donc le flatter dans ses plus bas instincts. La pornographie, les loisirs, les 35 heures, la violence télévisuelle, la drogue quasi légalisée, les mœurs les plus dépravées, l’entretiennent dans une sorte d’hédonisme narcissique dans lequel, hélas, une large majorité se vautre et se complait.

Mais certains ne se laissent pas tondre aussi facilement. Certes ce sont des bœufs, en aucun cas des taureaux de combat, mais ils veulent avoir l’impression d’exister. Là, rien de mieux que les médailles, les hochets, les diplômes au rabais et les titres ronflants pour flatter l’égo des imbéciles.

Il reste cependant, dans ce pays, quelques irréductibles Gaulois qui résistent encore, mais ceux là sont voués aux gémonies, insultés, méprisés, traités de « fachos » ou de « complotistes ».

Ils sont les derniers des Mohicans, une espèce en voie d’extinction qu’on veut remplacer par une faune allogène qui n’a aucune volonté de se plier aux coutumes du pays qui les accueille (et les nourrit grassement). Le Gaulois, on lui demande juste de travailler et de payer beaucoup d’impôts.

Quand je parle de ceux qu’on caresse dans le sens du poil pour qu’ils votent bien, ne croyez pas que je noircis le trait car cette volonté de nivellement, de dévalorisation des institutions, des diplômes, des grades, va se nicher partout, y compris dans l’Armée.

En 2022, l’UNOR (1) fête son centenaire et demande aux AOR (2) départementales ou locales d’organiser des réunions (avec prise d’armes, plaques du souvenir, hommages etc…) un peu partout en France. Rappelons que la Réserve Militaire a été créée après l’humiliante capitulation de Sedan en 1870. On parlait alors d’« officiers de compléments ». Quelques années après la Grande Guerre, en 1922, le corps des officiers de compléments deviendra celui des « officiers de Réserve ». Ce sera la naissance de l’UNOR, dont Raymond Poincaré (capitaine de complément en 14-18), président de la République, sera le premier président.

De 1914 à 1918, l’Armée française a compté dans ses rangs près de 195 000 officiers qui ont encadré plus de 8 millions d’hommes. 36 593 officiers ont été tués. Une bonne moitié était des officiers de compléments (3), dont entre autres, le lieutenant Péguy tué au tout début de la guerre (4).

Depuis la Grande Guerre, la Réserve a continué à verser son sang au service de la patrie.

Le commandant Philippe Kieffer, à la tête des seuls Français qui débarquèrent en Normandie le 6 juin 1944, était un réserviste ; comme le commandant Bourgoin dont les paras ont été largués sur la Bretagne dans la nuit du 5 et 6 juin. Le colonel Allaire, bras droit de Bigeard en Indochine, que j’ai eu l’honneur de connaître, était un aspirant de Réserve avant d’intégrer l’armée d’active.

Dans d’autres guerres, je pourrais citer les sous-lieutenants de Réserve Jean-Marie Le Pen et Jacques Peyrat, engagés chez les Légionnaires paras en partance pour l’Indochine, ou le commandant Erwan Bergot.  Durant la guerre d’Algérie, on ne compte plus le nombre d’officiers de Réserve qui ont servi dans les unités combattantes, les commandos de chasse ou les SAS (5).

De nos jours, surtout depuis la suppression de la conscription, je pense que la Réserve dite « opérationnelle » devrait être une affaire de spécialistes (informaticiens, service de santé, ingénieurs etc…) et qu’il faudrait lui adjoindre un vivier de combattants potentiels proche du « soldat citoyen » suisse, mais cette vision des choses n’engage que moi, et je n’oblige personne à la partager.

J’ai un respect total pour les vrais professionnels ; or, en cas de conflit, la survie d’une troupe ne devrait pas, selon moi, être confiée à des « amateurs », souvent des militaires refoulés, des boy-scouts ou des vieux gamins, aussi motivés soient-ils, qui occupent leurs congés à jouer à la guerre et à se faire peur, à coup de balles à blanc et de grenades à plâtre, quelques jours par an.

La Réserve opérationnelle actuelle est constituée pour moitié de bons éléments (souvent d’anciens militaires d’active), et pour l’autre moitié de gens qui ont besoin d’exister et qui trouvent, au sein des Réserves, une honorabilité qu’ils n’ont pas forcément trouvée dans le civil.

Ceci dit, depuis que nos dirigeants ont réduit l’Armée française à une peau de chagrin, les réservistes sont indispensables et il est assez logique d’en augmenter fortement les effectifs.    

Mais revenons au centenaire de l’UNOR. Le 22 octobre, je me suis rendu, béret rouge sur la tête, à la cérémonie organisée par ma section. J’y ai retrouvé quelques amis, et des tas de gradés venus d’un peu partout : des commandants ou colonels ventripotents et qui, n’ayant pas un coup de fusil à se reprocher (sinon au pas de tir ou à la chasse aux perdreaux), aiment à s’écouter parler des campagnes ou des Opex (6) qu’ils auraient pu mener…si ma tante en avait.

MAIS IL Y AVAIT AUSSI, QUELQUES OFFICIERS DE LA RESERVE DITE « CITOYENNE ».

La Réserve citoyenne a été créée en 1999, et elle a balbutié pendant quelques années ; ses objectifs étant assez fous, elle n’intéressait pas grand monde. Et puis, François Hollande est passé par là. Après les attentats de 2015, il a souhaité créer une Garde Nationale et redonner du souffle à la Réserve citoyenne dont l’un des buts était de « s’engager bénévolement pour transmettre et faire vivre les valeurs de la République à l’École, dans le cadre d’activités périscolaires ou auprès de la société civile ». L’idée, de prime abord, peut paraître louable, mais c’est, en fait, une vaste fumisterie qui consiste à flatter l’égo de gens en mal de reconnaissance. Depuis on a nommé plein d’officiers de Réserve dont le mérite principal est souvent d’être célèbres et/ou proches du pouvoir.

Ces distributions de galons sont, à mes yeux, scandaleuses, dans la mesure où elles instillent une confusion dans l’esprit des gens qui ne connaissent pas la hiérarchie militaire.

Le 22 octobre, j’ai appris que le député macroniste du coin avait été nommé colonel de la Réserve citoyenne. Un gros type fort en gueule, qui avait été sergent dans l’infanterie de Marine, arborait une plaque de commandant… d’aviation. Un autre, qui avait terminé une courte carrière comme sergent-chef dans la biffe, était, lui, lieutenant-colonel… d’aviation également.

Mais, je peux vous citer des exemples plus choquants de gens plus connus :

Le chef étoilé Thierry Marx, qui a été militaire du rang chez les parachutistes, doit à sa notoriété d’être lieutenant-colonel de la Réserve citoyenne.

Michel Sardou, insoumis envoyé de force en caserne à Montlhéry où il aura été un simple bidasse, est colonel de la RC. Son passage sous les drapeaux lui aura inspiré un de ses succès « Le rire du sergent ».

Plus scandaleux encore, sans la bronca de l’Amicale du 13ème RDP (7), Jean-Vincent Placé, l’écolo-alcoolo, dont on ne sait même pas s’il a fait un service militaire, aurait été nommé… colonel de cette prestigieuse unité de nos Forces Spéciales.

Sébastien Lecornu, notre nouveau ministre des Armées, a été nommé colonel au titre des spécialistes de la Réserve en 2017. Le président d’une association de Gendarmes réservistes s’est indigné de « ce jeune secrétaire d’État nommé en catimini colonel, à 31 ans, peu après son entrée au gouvernement ». Et c’est ce même Sébastien Lecornu qui est intervenu pour que le simple brigadier Alexandre Benalla soit nommé lieutenant-colonel dans la Gendarmerie.         

LES EXEMPLES SONT LÉGION DE CES OFFICIERS SUPÉRIEURS NOMMÉS PAR LE FAIT DU PRINCE.

On peut me rétorquer que l’inflation aux galons (voire carrément l’usurpation de grades), n’est pas un phénomène nouveau. A la Libération, la France, qui voulait se persuader qu’elle avait gagné la guerre toute seule, grâce à la Résistance, reconstituait ses pertes en régularisant des FFI et des FTP (8). Fort Heureusement, avant d’en faire des militaires d’active, on envoyait ces cadres au rabais tester leur niveau de compétence à l’école des officiers de Cherchell, en Algérie.

Mon vieil ami, l’ancien député Marcel Bouyer, lieutenant FFI, ex-agent de liaison dans la poche de Royan, me disait en rigolant : « Cherchell, c’était impayable ! Tu voyais des gens y rentrer avec des galons de colonels et qui ressortaient… sergents. ».

L’inflation aux galons était monnaie courante à l’époque : Jacques Delmas (Chaban dans la Résistance), aspirant en 1939, sera… général en 1944, à 27 ans. On n’avait pas vu ça depuis Napoléon Bonaparte ! Mais, en ces temps troublés, tout était permis, il suffisait d’oser : on a même vu, chez les FTP, des « colonels à 6 galons », dont un qui avait échoué à son peloton de caporal en 1939.

De Gaulle, décorant à Bordeaux, une rangée d’une douzaine de colonels FFI ou FTP trouvait, en bout de file, un simple capitaine auquel il déclarait en souriant : « Vous ne savez pas coudre ? »

J’ai raconté les excès de cette époque dans un de mes livres (9) mais c’était la guerre et, s’il est vrai que certains chefs de Maquis ont fait tuer leurs hommes par incompétence, si d’autres étaient plus prompts à tondre les femmes accusées de « collaboration horizontale » qu’à se battre, si les FTP ont commis les pires atrocités durant la période appelée « l’épuration », d’autres se sont bien battus et beaucoup ont perdu la vie au service de la patrie. Ceux-là méritent notre respect.

Mais ce n’est pas le cas avec la Réserve citoyenne ; les héros y sont rares, et rien ne justifie leur promotion-éclair sinon la volonté de les flagorner, de les caresser dans le sens du poil, souvent pour récompenser leur servilité reptilienne et leur soutien au pouvoir.

Le 22 octobre, un capitaine de la Réserve opérationnelle s’indignait qu’on nomme officiers supérieurs des gens dont le seul mérite est d’être connus. Il s’est entendu rétorquer, sèchement, par un gros lieutenant-colonel d’aviation, boudiné dans son bel uniforme : « Avec leur notoriété, vous ne vouliez pas qu’on les nomme adjudants ! ». Comment ose-t-on tenir de tels propos ?

C’est une insulte, une gifle, à notre corps de sous-officiers, qui est exemplaire.

La réflexion – ô combien méprisante – de ce crétin galonné m’a fait penser à deux amis décédés, co-fondateurs de la section UNP (11) de la Charente-Maritime. Tous deux ont terminé leur carrière avec le grade d’adjudant-chef. Anciens des maquis, d’Indochine et d’Algérie, ils étaient chevaliers de la légion d’honneur. Je pense aussi à tous ces sous-officiers qui sont devenus officiers en passant par l’EMIA, la filière des OT, des OAEO (10), ou par le rang, choisis parmi les meilleurs. Et à tous ceux qui, du grade de sergent à celui de major, font la qualité et la fierté de nos unités d’élites.

On me dit que ces officiers de la Réserve citoyenne ne portent pas l’uniforme et ne touchent pas de solde. Et alors ? Et après ? Est-ce une raison pour galvauder les galons et créer une confusion dans l’esprit du public ? A moins que ce ne soit voulu, pour dévaloriser une institution qui représente encore quelque chose dans le cœur des Français ?

Je suis intimement persuadé que cette hypothèse est la bonne !

Éric de Verdelhan

28 octobre 2022

La France pourrait-elle tenir en cas de guerre ?

Source : Bd. Voltaire.

...par Arnaud Florac - Le 22/11/2022.

 

Il est toujours intéressant de lire ou d'écouter les interviews du général de Villiers. D'abord, ce n'est pas un « bidasse », tel que le commun des journalistes se le représente.  n'est ni prognathe, ni chauve, ni imposant, ni simpliste. Sa courtoisie, sa modération et - osons le gros mot - son humanisme sont autant de points à porter à son crédit. L'ancien CEMA [chef d'état-major des armées, NDLR], qui possède par ailleurs une connaissance très pointue des dossiers en cours, sans doute alimentée par des amitiés au sein de l'institution, vient justement de s'exprimer dans Le Figaro. On lui demande évidemment son avis sur les capacités de l' française, à la lumière de la guerre en Ukraine. Son constat, qui n'est pourtant pas nouveau, est honnête et a le mérite d'être argumenté.

En un mot, dans le cadre d'une guerre de haute intensité, c'est-à-dire d'une guerre comme le XXe siècle en a connu, à la différence de nos OPEX des trente dernières années, la France, malgré la puissance de ses équipements et le professionnalisme de ses soldats, ne tiendrait pas dans la durée. Ce n'est pas une question de qualité, c'est une question de masse, une question purement arithmétique, pourrait-on presque dire, si l'on suit les propos de Pierre de Villiers. Pourtant, l'effort de  de la France est important : 43 milliards en 2023, soit trois milliards supplémentaires par rapport à 2022.  L'Allemagne, elle, de son côté, remonte singulièrement en puissance, notamment avec le vote l'été dernier d'un fonds spécial de 100 milliards sur plusieurs années pour rééquiper la Bundeswehr. Une Allemagne qui se tourne à la fois vers l'Est et vers les États-Unis, et semble dédaigner désormais l'Union européenne et son fameux « couple franco-allemand ». Nos gouvernements successifs, dans le rôle de la névrosée érotomane de ce couple inexistant, se sont raconté des histoires. L'Union européenne permettrait-elle alors, sous la forme d'une initiative commune, de pallier ces faiblesses dramatiques ? Pas davantage, dit l'ancien CEMA, qui constate que les initiatives européennes sont bien moins efficaces, en matière de défense, que les coopérations bilatérales, qui sont par ailleurs beaucoup plus faciles à mettre en place que les usines à  à 27 pays.

Le général de Villiers relève deux angles morts particulièrement graves : d'abord, nous avons radicalement sous-estimé, tout en nous payant de mots, le retour de l'agressivité géopolitique et des États-puissances. Derrière les éléments de langage (« usage décomplexé de la force », etc.), il s'agit de remettre des moyens. Cela, c'est le lot commun de la plupart des États occidentaux, car la France n'est pas la seule à avoir voulu « tirer les dividendes de la paix ». L'autre point est plus grave encore, car il ne concerne, à vrai dire, que la France : depuis des décennies, nous gagnons toutes nos guerres et nous perdons toutes nos paix. Vous me direz que c'est également le cas des Américains depuis le Vietnam. Toutefois - mais le général n'entre pas dans de tels détails -, il me semble que les Américains, constants dans leur bellicisme (qui est le ciment de leur nation, et ce, depuis le génocide des Amérindiens), ne sont pas soumis à un programme politique aussi mouvant que le nôtre. En France, l'exécutif et le Parlement changent un peu moins souvent mais donnent, l'un et l'autre, des coups de barre désordonnés. L'intérêt de la nation ? Un détail. Le véritable enjeu, Pierre de Villiers, cette fois, le dit explicitement, est la réélection, ce qui n'est pas à mettre au crédit d'une classe politique par ailleurs tellement défaillante.

Conclusion de ce constat : non seulement notre modèle d'organisation ne fonctionne pas, mais les instances supranationales, comme l'ONU, sont également obsolètes. L'OTAN, qu'Emmanuel  déclarait, avec son habituelle prescience et son sens de la nuance bien connu, en état de mort cérébrale, a repris du poil de la bête. Toutefois, cette résurrection miraculeuse fait plus de mal que de bien, puisqu'elle polarise les peuples d'Europe en les replaçant sous le joug américain. Si l'on ajoute à cela la question migratoire et, dit le général, celle du réchauffement climatique, on se dirige vers un monde « sous tension et sous pression, dans lequel il faut penser l'impensable ».

Si les propos du général de Villiers sont justes et vont droit au but, ils ne sont malheureusement pas assortis de conclusions politiques précises. Comment s'affranchir de l'électoralisme ? Comment convaincre les dirigeants de penser au long terme plutôt qu'à la gamelle, aux intérêts supérieurs de l'État plutôt qu'à la soumission transatlantique ?  ne le dit pas ; ce n'est d'ailleurs pas son rôle. Du moins son constat sans appel, qui est également celui du général Thierry Burkhard, l'actuel CEMA, nous invite-t-il, collectivement, à nous tenir prêts en tant que société. Et, si nous faisons confiance à nos soldats, il n'est pas interdit, parallèlement, de faire une vertigineuse expérience de pensée : en cas de « mobilisation générale », comme en Russie ou en Ukraine, combien de citoyens ordinaires seraient présents sous les drapeaux ?

 

Commentaires: 1
  • #1

    tiso (vendredi, 19 août 2022 22:02)

    Nous ne parleront pas d'avant 1946, mais pour une conspiration de cette importance, il faut plus que vingt ans, elle englobe tous les domaines de la société, si nous parlions du cancer nous pourrions dire que nous sommes actuellement en phase finale.