"Opération ronces"

 

par Stratediplo - le 08/09/2016.

 

De formation militaire, financière et diplomatique, s'appuie sur une trentaine d'années d'investigations en sciences sociales et relations internationales.



Extrait du nouveau livre d'Eric Zemmour.
Extrait du nouveau livre d'Eric Zemmour.

L'expression qui sera rapidement sur toutes les premières pages, c'est "opération Ronces".

 

Il est vrai qu'Eric Zemmour ne laisse pas indifférent, il ne mâche pas ses mots, il sait jouer de l'audience qu'on lui offre (bizarrement trop ?) facilement, et ses fidèles assurent qu'on ne l'a jamais pris en défaut d'information, jusqu'à présent. Toute occasion de diversion étant bonne à prendre, une partie de la presse, peu gênée de commenter un livre qu'elle n'a pas lu, annonce que M. Zemmour vient de révéler le plan de l'armée française pour reconquérir les terres perdues par la France en métropole. Une autre partie de la presse, qui a lu les trois lignes en question, annonce qu'il a révélé, du moins, l'existence et le nom de ce plan.

 

Car évidemment ce plan existe.

 

Il existe aussi sûrement que le fantasme de coup d'Etat militaire éventé il y a trois ans par le Lys Noir et son fidèle lecteur tombé tout petit dans les questions de démilitarisation, qui assurait que le ministère prenait l'affaire très au sérieux et qui activait ses sources bien informées. Il existe, et tous les officiers d'état-major de l'armée de terre et de la gendarmerie savent qu'un tel plan ne tient pas "dans les cartons".

 

La planification de l'opération Ronces a certes bénéficié, c'est M. Zemmour qui le dit, du retour d'expérience de l'armée israélienne, que le gouvernement français a certainement choisie en raison de ses résultats (comme chacun sait) décisifs, positifs et exemplaires à Gaza, et qu'un certain nombre d'officiers français ont donc été chargés de noter, analyser, conceptualiser et formaliser. Cela ne saurait évidemment suffire, et l'état-major de l'armée de terre, riche en spécialistes de la coordination multinationale de patrouilles sur axe routier dans les vallées afghanes, a dû amener ses officiers traitants, diplômés et brevetés d'état-major, à dérouler leur fameuse méthode de définition du contexte physique et humain, détermination des effets majeurs à obtenir, identification des points décisifs, choix des modes d'action etc., en vue de l'élaboration d'une conception de manœuvre, en amont de l'entrée en scène des spécialistes chargés, pour leur part, de la déclinaison spécifique en termes techniques et tactiques des composantes appuis, renseignement, mobilité, transmissions, logistique... la planification d'une telle opération n'étant pas l'affaire d'un général et de deux colonels. Comme on le lisait aujourd'hui sur certains media, l'élaboration de ce plan a nécessairement impliqué aussi les bureaux opérations des régiments d'infanterie (susceptibles d'être) concernés, à la grande joie certainement des commandants et lieutenants-colonels sortis d'école après la guerre de Bosnie et Herzégovine et instruits par des anciens de la tempête du désert irakien.

 

Il est vrai aussi qu'après avoir rigolé de l'emballement étatsunien à citer abondamment le colonel Galula à contresens et à contre-emploi, les officiers français d'après le Pacte de Varsovie et le service mononational à menu unique n'ont plus eu honte de consulter en librairie les réflexions du colonel Trinquier. Cela n'a pu que faciliter les études du commandement de la doctrine, chargé de rédiger les manuels d'emploi des forces et les traités d'instruction (toutes armes ou spécifiques), sachant qu'un nouveau concept d'emploi des armées françaises, ou la résurrection d'un concept oublié depuis plus de deux générations, n'est pas aussi simple à adopter et mettre en œuvre qu'un vulgaire logiciel de paye.

 

Donc évidemment puisque ce plan existe, on peut avouer maintenant que pratiquement tous les officiers supérieurs sont au courant.

 

L'année dernière, aux six scenarii (scénarios selon la terminologie gouvernementale) de recours aux moyens de la défense, définis par le Livre Blanc de 2008, a été discrètement ajouté un septième scénario. On a étudié le volume des forces utilisées à Alger en 1957, à Bab el Oued en 1962, et jusqu'à Baltimore en 2015. On a déterminé les capacités réelles de ce qui reste d'armée de terre française pour divers types de missions, dont la stabilisation d'une agglomération et la sécurisation de la population. On a étudié un enchaînement type (à titre d'exemple possible) de circonstances pouvant conduire à ce scénario, et pris en compte le rôle possible des forces de maintien de l'ordre de deuxième catégorie. On a même envisagé la proclamation (un 14 novembre, coïncidence plus que prophétie) de l'état d'urgence défini en 1955, et on a déterminé que par contre l'état de siège ne serait pas proclamé car il n'apporterait rien. On a, évidemment, tiré toutes les conclusions sur l'issue possible, en l'état actuel et surtout dans le volume actuel des moyens militaires français, en d'autres termes on a déterminé quel volume maximal de population il serait possible de sécuriser. Et oui, cette étude d'état-major a été présentée aux plus hautes autorités militaires, tout en étant accessible au public (www.lulu.com/fr/shop/stratediplo/le-septième-scénario/paperback/product-22330739.html).

 

Mais pour ce qui est du plan mis au point, "déjà dans les cartons" et baptisé Opération Ronces, la fuite ne peut provenir que du fameux Dugommier, qui vient d'obtenir un temps de commandement de deux ans aux Kerguelen.

 

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