POLITIQUE D’INTÉGRATION :

un changement de direction s’impose

...par Malika Sorel-Sutter - le 17/12/2017.

L’auteur de Décomposition française tire la sonnette d’alarme: selon elle, Emmanuel Macron « fait voler en éclats la digue qui protège notre société » en entretenant le «poison» de la « repentance » et de la « culpabilisation ».

C’est de la lutte contre le communautarisme que dépend désormais le destin de la cohésion nationale. Même François Hollande l’a admis dans Un président ne devrait pas dire ça… en affirmant à propos de l’attentat contre Charlie Hebdo : « C’est quand même ça qui est en train de se produire : la partition. »  
Emmanuel Macron n’a jamais caché sa matrice idéologique. Au lendemain des attentats du Bataclan, c’est au conseiller d’Etat Thierry Tuot qu’il choisit de confier une mission de propositions ; celui-là même qui qualifie d’archaïsme et boursouflure l’invocation chamanique de la civilisation française, de la patrie, de la France. 
Pour Macron, la France a sa part de responsabilité dans les malheurs qui la frappent, de par le terreau qu’elle aurait laissé se constituer en n’offrant pas, selon lui, suffisamment d’opportunités et de perspectives. Repentance et culpabilisation ; ce poison entretient souffrances et ressentiments, provoque le repli identitaire d’une partie des enfants de l’immigration et conduit à des revendications communautaristes.

Le rapport sur l’école maternelle remis en 2007 au ministre de l’Education nationale énonce pourtant clairement la véritable nature des défis à relever : « la compatibilité culturelle entre l’école et la maison ». Malgré cela, le rôle joué par les familles et l’importance des flux migratoires – qui est un frein à l’intégration culturelle – sont soigneusement occultés par la Rue de Grenelle. 
Peut-on, comme Macron, vouloir célébrer l’héritage extraordinairement émancipateur de Mai 68 pour les femmes, et en même temps soutenir le port du voile, « une atteinte au principe de l’égalité et de la dignité partagées entre les sexes », selon l’islamologue Abdelwahab Meddeb (Le Monde) ? Le voile participe à matérialiser la frontière entre communautés.

En déclarant que le politique n’aura pas de prééminence sur le religieux, Macron rompt avec la laïcité comme principe organisateur de notre société. Pour lui, « la République est ce lieu magique et unique qui permet à des gens de vivre dans l’intensité de leur religion ».L’image d’une centaine d’élus en écharpe tricolore tentant, en vain, d’empêcher des prières de rue est révélatrice de la détérioration du climat. Ce qu’il faut comprendre, c’est que le positionnement de Macron – une première pour un président de la République – fait voler en éclats la digue qui protège notre société. Non seulement la laïcité ne sépare pas, mais c’est elle qui ménage la possibilité de vivre ensemble, dans la paix et dans la durée.

Contrairement à ce qu’Emmanuel Macron expose lors de l’inauguration du Louvre Abu Dhabi, ce n’est pas « la beauté qui sauvera le monde » et a fortiori la France, mais le courage de regarder la réalité en face et de prendre l’ensemble des décisions qui s’imposent. Il ne tient qu’à lui de se mettre en marche dans la bonne direction. Donnons une chance à la paix. Refusons tous ensemble, quelles que soient nos origines culturelles, que la France connaisse le sort de la Yougoslavie.

Malika SOREL-SUTTER*
Ancien membre du Haut Conseil à l’intégration

*Prix littéraire « honneur et patrie » de la Société des membres de la Légion d’honneur pour Décomposition française. Comment en est-on arrivé là ? (Fayard, 2015).

 

Source : http://www.asafrance.fr/item/politique-d-integration-un-changement-de-direction-s-impose-libre-opinion-malika-sorel-sutter.html

 

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